dimanche 23 novembre 2014

Lettres à Milena, Franz Kafka





"La grande facilité d’écrire des lettres doit avoir introduit dans le monde — du point de vue purement théorique — un terrible désordre des âmes : c’est un commerce avec des fantômes, non seulement avec celui du destinataire, mais encore avec le sien propre". Franz Kafka
Rien de plus honteusement fascinant que la correspondance d’un écrivain. Celle de l’auteur lui-même, comme la correspondance de Flaubert, un monument de lucidité et d’ironie, ou celle des lecteurs à l’écrivain (les fantasmes des lectrices de Balzac, les desiderata du public d’Eugène Sue, les « tes rêves se mêlent à mes rêves » de Louise Michel à Hugo). Ce type de lecture procure un plaisir particulier et paradoxal, intellectuel (découvrir obliquement une œuvre), totalement interdit (satisfaire un certain voyeurisme en découvrant la sphère privée) et gratuit (les listes de blanchisserie de Balzac…).
Et puis il y a, par-dessus tout, les Lettres à Milena de Kafka. Parcours.
La silhouette de cette femme, Milena Jesenská, « Milena de Prague », « vraiment fabuleusement belle » disait Kafka, qui fut d’abord sa traductrice puis un des grands amours de sa vie, cette silhouette fugitive et fantomatique (« Es fällt mir ein, daß ich mich an Ihr Gesicht eingentlich in keiner bestimmten Einzelheit erinnern kann… », « Je m'aperçois soudain que je ne puis me rappeler en réalité aucun détail particulier de votre visage. Seulement votre silhouette, vos vêtements, au moment où vous êtes partie entre les tables du café : cela, oui, je me souviens… »).
« Milena. Quel nom riche et lourd, presque trop plein pour être soulevé… Sa couleur, sa forme est celle, merveilleuse d’une femme, une femme que l’on transporte dans ses bras en fuyant le monde ou en fuyant l’incendie, je ne sais pas lequel des deux, et elle se presse dans vos bras avec confiance et enthousiasme, le nom semble vous échapper en bondissant ou n’est-ce que l’impression que vous cause le saut de joie que vous faites avec votre charge ?… ».
« L’éclat de vos yeux supprime la souffrance du monde » lui écrit-il le 3 juin 1920.
Et à Max Brod, l’ami de toujours, le confident, l’exécuteur testamentaire : « C’est un feu vivant, tel que je n’en ai encore jamais vu… En outre extraordinairement fine, courageuse, intelligente, et tout cela, elle le jette dans son sacrifice ou, si on veut, c’est grâce au sacrifice qu’elle l’a acquis ». « Milena est comme la mer, forte comme la mer avec ses masses d’eau ; quand elle se méprend elle se rue aussi avec la force de la mer, quand l’exige la morte lune, la lointaine lune surtout ».
Et dans son Journal, le 2 décembre 1921 : « Toujours Milena, ou peut-être pas Milena, mais un principe, une lumière dans les ténèbres. Elle est le ciel fourvoyé sur terre. »
Milena force Kafka à la voir, il veut rester dans la distance, dans son « impureté », il temporise, ironise, avant de céder : « Prends-moi dans tes bras, c’est l’abîme, accueille-moi dans l’abîme… » : On est en juillet 1920 : ils passent quatre jours à Vienne, quatre jours, « et ton visage au dessus du mien dans la forêt, et ton visage au dessous du mien dans la forêt et ma tête qui repose sur ton sein presque nu… ». « Le premier jour a été celui de l’incertitude, le deuxième celui de la trop grande certitude, le troisième celui du repentir, le quatrième a été le bon. ».
Milena accepte mal cette distance, elle veut revoir Kafka, il refuse, invoque sa maladie, son travail, son impuissance à dominer ses démons. Ils se reverront à Gmund à la frontière autrichienne. Un échec. « Ce jour là nous nous sommes parlé, nous nous sommes écoutés, souvent, longtemps, comme des étrangers. ».
« Ces lettres en zigzag doivent cesser, Milena, elles nous rendent fous. Je ne peux tout de même pas garder un ouragan dans ma chambre ! Oui, ces lettres sont la source de l’impuissance à sortir de ces lettres mêmes ».
Les lettres à Milena s'espacent et finissent par cesser.
L’ultime lettre de Franz est datée de juillet 1923 : elle annonce à Milena qu’il « a trouvé à Müritz une aide prodigieuse en son genre » : Dora Dymant, une Berlinoise de 19 ans qui sut enfin lui apporter l’apaisement et l’accompagna jusqu’à sa mort, l’année suivante le 3 juin. Dans leNarodni Listy du 7 juin 1924, Milena, sans la moindre note d’acrimonie, publie un hommage funèbre : « Il était timide, inquiet, doux et bon, mais les livres qu’il a écrits sont cruels et douloureux. Il voyait le monde plein de démons invisibles qui déchirent et anéantissent l’homme sans défense… Il a écrit les livres les plus importants de la jeune littérature allemande ; toutes les luttes de la génération d’aujourd’hui dans le monde entier y sont incluses, encore que sans esprit de doctrine. Ils sont pleins de l’ironie sèche et de la vision sensible d’un homme qui voyait le monde si clairement qu’il ne pouvait pas le supporter et qu’il lui fallait mourir s’il ne voulait pas faire de concessions comme les autres… ».
Milena rentre à Prague après des années à Vienne. Elle s’engage, poursuit son activité de traductrice et de journaliste, dénonce la montée du nazisme, entre en résistance.
Etrangement, elle écrivait, dès 1919, décrivant un rêve : Quelque part lorsque la planète tout entière a été frappée par la guerre, d’interminables trains quittaient la gare l’un après l’autre… le monde se transformait en un réseau de voies ferrées emportant des êtres affolés, des êtres qui avaient perdu leur maison et leur patrie. Enfin, les trains s’arrêtèrent au bord du vide. Contrôle ! tout le monde descend ! hurla un préposé… Un douanier s’approcha de moi. Je regardais son papier déplié. Je lus, écrit en vingt langues différentes : Condamnés à mort . Elle meurt, déportée, à Ravensbrück le 17 mai 1944.
L’amour de Milena et Kafka se nourrit du manque, de l’absence, - encore plus palpable pour nous qui ne disposons que des lettres de Kafka - totalement et volontairement destructeur (« tu es le couteau avec lequel je fouille en moi ») et construit sur ces vides et ces souffrances un somptueux édifice littéraire. Un espace aux dimensions mêmes du monde : « ou le monde est bien petit, ou nous sommes gigantesques, en tout cas, nous le remplissons ».
Milena lit à Vienne, en 1920, les premières nouvelles de Kafka. Elle décide de traduire ses textes en tchèque, en demande l’autorisation à Kafka, lui envoie ses traductions, qu’il critique…. Ils se rencontrent à Merano, lieu de cure de l’écrivain. Elle a 24 ans, lui 38. Il lui dit ses peurs, ses angoisses, sa maladie. Le ton des lettres oscille entre passion et panique, adoration et crainte. Elle est aussi gaie et passionnée qu’il est dans la retenue, la distance et la complexité. Ce « Toi qui te vis à de telles profondeurs », ce « feu », fascine et mine Franz Kafka. Ils se voient peu, s’écrivent durant deux ans. Milena est omniprésente dans le Journal aux années 1920-1922. Kafka finit par la quitter, submergé par son angoisse, condamnant Milena à ce qu’elle nommera, dans une lettre à Max Brod, le « mal d’absence ». Kafka, lui, cynique envers lui-même comme envers elle, écrit : « ce qui fut un lien brûlant est maintenant un mur, une montagne, ou, plus exactement, une tombe ».
………………………………………
« Ah ! mon dieu ! Milena, si vous êtiez ici ! (…) Et cependant je mentirais si je disais que vous me manquez car, c’est bien là la plus cruelle et la plus parfaite des magies, vous êtes là, comme moi, plus que moi ; où je suis, vous êtes, comme moi, plus que moi. Je ne plaisante pas, il m’arrive de penser que c’est moi qui vous manque ici, puisque vous y êtes ».
« Chère Madame Milena,
Que la journée est brève ! vous suffisez à la remplir, mises à part quelques bagatelles ; la voilà déjà terminée. A peine me reste-t-il une bribe de temps pour écrire à la vraie Milena, l’encore plus vraie étant restée ici toute la journée, dans la chambre, sur le balcon ou dans les nuages. »
« Puis-je recevoir encore une lettre d’ici samedi ? Qu’en pensez-vous ? ce serait possible. Mais cette rage de lettres est insensée. Une seule ne suffit-elle pas ? Ne suffit-il pas d’une certitude ? Bien sûr ! et cependant on renverse la tête, on boit les mots, on ne sait plus rien sinon qu’on ne veut pas cesser. Expliquez-moi ça, Milena ; Milena, M. le Professeur ».
« Dis-moi encore une fois – pas toujours, je ne veux pas toujours – mais dis-moi encore une fois tu ».
« Je ne trouve rien à écrire, je ne sais que flâner autour des lignes dans la lumière de vos yeux, dans l’haleine de votre bouche, comme dans une journée radieuse ».
« J’ai vu aujourd’hui un plan de Vienne ; et je suis resté un moment sans comprendre qu’on ait bâti une si grande ville alors que tu n’as besoin que d’une chambre ».
Après une rencontre de quatre jours à Prague :
« J’ai besoin pour toi de ce temps et de mille fois plus que ce temps : de tout le temps qu’il peut y avoir au monde, celui de penser à toi, de respirer en toi, (…) de ce présent qui t’appartient.
Je ne sais ce que j’ai, je ne puis plus rien t’écrire de ce qui n’est pas ce qui nous concerne seuls, nous dans la cohue de ce monde. Tout ce qui est étranger à cela m’est étranger. (…) Ou le monde est bien petit, ou nous sommes gigantesques, en tout cas, nous le remplissons ».
« Et cependant ce n’est pas toi que j’aime, c’est bien plus, c’est mon existence : elle m’est donnée à travers toi ».
« Hier je t’ai conseillé de ne pas m’écrire chaque jour ; je n’ai pas changé d’avis, ce serait très bon pour nous deux, et je te le conseille encore, et j’y insiste même encore plus ; seulement, Milena, ne m’écoute pas, je t’en prie ; écris-moi quand même tous les jours, tu n’as pas besoin d’en mettre bien long, tu peux faire bien plus bref que tes lettres d’aujourd’hui ; deux lignes à peine, un seul mot, mais de ce mot je ne puis me passer sans une effroyable souffrance ».
« Ensuite : comment évolueront les choses, ce n’est pas de quoi il est question ; ce qu’il y a de certain seulement, c’est que loin de toi je ne puis vivre qu’en donnant raison à la peur, plus raison qu’elle ne le demande, et je le fais sans contrainte, avec ravissement, je m’épanche entièrement en elle ».
« Tu veux toujours savoir, Milena, si je t’aime ; c’est une grave question à laquelle on ne saurait répondre dans une lettre (pas même ma dernière lettre dominicale). Si nous nous revoyons un jour prochain je te le dirai, sois-en certaine, à condition que ma voix ne me trahisse pas.
Tu ne devrais pas me parler de venir à Vienne ; je ne viendrai pas, mais toute allusion à un tel voyage me fait l’effet d’une petite flamme que tu me promènerais sur la peau. C’est déjà tout un incendie ; il ne s’éteint pas ; il continue de brûler aussi fort et même plus. Ce n’est pas ce que cherchais.
(…) J’ai passé hier une journée très agitée, je ne dis pas atrocement agitée, non, agitée tout simplement, je t’en parlerai peut-être prochainement. D’abord, j’avais ton télégramme dans la poche, ce qui détermine une certaine manière de marcher. (…) On se dirige par exemple vers le Cechbrücke, on sort son télégramme, on le lit, il est toujours nouveau (quand on l’a bien relu, le papier est vide, mais à peine remis en poche, il s’y réécrit à nouveau. »
« Pourrais-tu me dire quelques mots du projet Paris ? Où iras-tu ? Est-ce que c’est un endroit bien desservi par la poste ? »
« De quelque façon que je tourne et retourne ta chère lettre, si fidèle, si joyeuse, ta lettre porte-bonheur d’aujourd’hui, c’est une lettre de sauveur. Voilà donc Milena au nombre des sauveurs (si j’y figurais aussi, serait-elle déjà près de moi ? certainement non), Milena à qui la vie ne cesse cependant d’apprendre à son corps défendant qu’on ne peut jamais sauver quelqu’un que par sa présence, et par rien d’autre. Et voilà que, m’ayant sauvé par sa présence, elle essaie encore, après coup, d’autres moyens microscopiques. Tirer quelqu’un de l’eau, c’est splendide, mais lui offrir là-dessus un abonnement gratuit à l’école de natation, qu’est-ce à dire ? »
« Non je ne suis pas fort, et je ne sais pas écrire, et je ne sais rien faire du tout. Et maintenant, toi aussi tu vas te détourner de moi, pas pour longtemps, je le sais, mais un homme ne peut pas tenir longtemps sans que son cœur batte, et comment ferait-il pour battre tant que tu n’es pas tournée vers lui ? »
« C’est un rêve qui m’a donné les dernières nouvelles que j’aie de toi »
« Je t’aime, tête dure, comme la mer aime le menu gravier de ses profondeurs ; mon amour ne t’engloutit pas moins ; et puissé-je être aussi pour toi, avec la permission des cieux, ce qu’est le gravier pour la mer ! t’aimant, j’aime le monde entier ; ton épaule gauche en fait partie ; non, c’est la droite qui a été la première, et c’est pour quoi je l’embrasse s’il m’en prend fantaisie ; ton autre épaule en fait aussi partie. On renverse la tête, on boit les mots, on ne sait plus rien, sinon qu’on ne veut pas cesser… Non, rien,… me taire entre tes bras ».
« Tout le jour j’ai été occupé de tes lettres, tourmenté, amoureux, soucieux, en proie à la crainte imprécise de quelque chose d’imprécis dont l’imprécision consiste surtout à dépasser démesurément mes forces. Je n’ai pas osé relire tes lettres ; il y en a même une demi-page que je n’ai pas osé lire du tout. Pourquoi ne puis-je pas prendre mon parti du fait qu’il n’y a pas mieux à faire que de vivre dans cette tension de suicide constamment différé ? (Tu m’as dit plusieurs fois quelque chose du même genre, et j’essayais de me moquer de toi quand tu le faisais). Pourquoi est-ce que je relâche cette tension afin de m’échapper comme un animal fou (et qui pis est, pourquoi est-ce que j’aime cette folie ?), dérangeant l’électricité, l’affolant, attirant ainsi toute la décharge sur mon corps, au risque d’être foudroyé ?
Je sais exactement ce que je veux dire par là : je ne cherche qu’à capter les plaintes qui s’échappent de tes lettres, les plaintes tues, les plaintes non proférées : et je le peux, car au fond ce sont les miennes. Que nous ayons dû connaître aussi un tel accord dans le domaine des ténèbres, c’est le plus étrange de tout, et je ne puis vraiment y croire qu’une fois sur deux ».
« Il vaut beaucoup mieux maintenant ne pas s’écrire chaque jour ; tu t’en es rendue compte en secret, avant moi. Les lettres quotidiennes, au lieu de me fortifier, me dépriment ; autrefois, je buvais ta lettre d’un trait, et je devenais (…) dix fois plus fort et altéré. Mais maintenant c’est tellement triste ! je me mords les lèvres en te lisant ; rien n’est plus sûr ; sauf la petite douleur dans les tempes ».
« La douleur me guette dans les tempes. Est-ce que la flèche m’a été tirée dans les tempes au lieu de m’être tirée dans le cœur ? »
« Pourquoi me parler, Milena, d’un avenir commun qui ne sera jamais ? Est-ce précisément parce qu’il ne sera pas ? »
« Je n’ai pas encore reçu ta lettre jaune, je te la retournerai sans l’ouvrir. Je me trompe bien s’il n’est pas bon que nous cessions de nous écrire. Mais je ne me trompe pas, Milena.
(…) Ce que tu es pour moi, Milena, ce que tu es pour moi, au-delà de ce monde où nous vivons, n’est pas écrit sur les chiffons de papier que je t’ai envoyés chaque jour. Ces lettres, telles qu’elles sont ne peuvent être bonnes qu’à torturer (…). Mais ce n’est pas là la raison essentielle ; la vraie raison, c’est l’impuissance qui va s’accentuant dans nos lettres, de sortir de ces lettres mêmes, pour toi aussi bien que pour moi ; mille lettres de toi, mille désirs de moi ne changeront rien à la chose ; la grande question, c’est cette voix irrésistible, c’est ta voix, oui littéralement, qui me donne l’ordre de me taire. »
« Je ne te dis pas adieu. Ce n’est pas un adieu, à moins que la pesanteur, qui guette, ne m’entraîne complètement au fond. Mais pourrait-elle le faire puisque tu vis ? »
« Voilà déjà bien longtemps, madame Milena, que je ne vous ai plus écrit, et aujourd’hui encore je ne le fais que par suite d’un hasard. Je ne devrais pas au fond excuser mon silence, vous savez comme je hais les lettres. (…) C’est un commerce avec des fantômes, non seulement avec celui du destinataire, mais encore avec le sien propre ; le fantôme croît sous la main qui écrit, dans la lettre qu’elle rédige, à plus forte raison dans une suite de lettres où l’une corrobore l’autre et peut appeler à témoin. Comment a pu naître l’idée que des lettres donneraient aux hommes le moyen de communiquer ? ( …) Ecrire des lettres c’est ce mettre à nu devant des fantômes ; ils attendent ce geste avidement. Les baisers écrits ne parviennent pas à destination, les fantômes les boivent en route. »
« La sorcellerie épistolaire se remet en branle et recommence à ravager mes nuits, qui se ravagent déjà d’elles-mêmes. Il faut que je cesse, je ne peux plus écrire. Votre insomnie n’est pas la même que la mienne. Ne m’écrivez plus, s’il vous plait ».
Et la dernière :
« Là-dessus, malgré ce qui précède, mes amitiés. Qu’importe si elles sont destinées à tomber dès la porte de votre jardin ? Peut-être n’en sont-elles que plus fortes ».
Franz Kafka, Lettres à Milena, traduction d'Alexandre Vialatte, L'Imaginaire Gallimard, 350 p., 9,50 €

vendredi 21 novembre 2014

Défi à l'Infini, "L'Âme des marées", de Françoise Ruban - par Cristina Castello








photo Cristina Castello
Cristina Castello, grande poète et journaliste argentine, vit actuellement entre la France et l'Argentine. Nous nous connaissons maintenant depuis plusieurs années, et son oeuvre poétique - « Soif », « Orage », « Ombre », "Le Chant des sirènes" - m'accompagne très souvent. Nous sommes devenues amies en poésie, amies et soeurs de coeur. Lorsque j'ai choisi l'expression poétique, c'est Cristina qui m' a encouragée, soutenue, donné l'élan nécessaire. Je lui dois beaucoup si « L'Âme des marées » a vu le jour en octobre 2014.
Nous avons en commun l'amour de la Beauté, de la Justice, de l'Art sous toutes ses formes. La Poésie « como un arma cargada de futuro » / « la poésie comme une arme chargée de futur » (Gabriel Celaya).
Aujourd'hui, Cristina me fait l'honneur et le grand bonheur d'écrire pour moi cet article si beau que je l'ai lu les larmes aux yeux.
Gracias Cristina !


Sur le blog de Cristina Castello





«L’Âme des marées », de Françoise Ruban

Défi à l’Infini


« Monte la voile du courage/ Hissons-la sans hésiter/
Demain nous saurons pourquoi/ Quand nous aurons triomphé »
Paul Éluard


Dans «L’âme des marées», Françoise Ruban se fonde en Poésie et – de là -, met l'Infini au défi de dévaster l'horreur.
La voix de l'auteure est une fureur douce et puissante, qui nous jette un gant au visage et nous pousse à l'Amour.
¿Y a-t-il 36 poèmes ou est-ce –du début à la fin- un seul grand poème?
Ce sont 36 poèmes et un seul: une invocation à l'Éternité.
Entre les strophes peuvent danser les magnolias ou un piano; Chopin, Lorca, Neruda ou Desnos; les cauchemars, la rébellion ou la pertinence de l'aube; l'épouvante devant l'horreur du monde, ou le silence tissé comme un mot. Et toujours l'océan.
Tout peut danser et tout danse, harmonique, dans les flux et reflux mais en tous, Fabrice est omniprésent.
Fabrice, dont le premier nid fut le ventre de notre poète; Fabrice, dans « l'Étoile la plus lumineuse de toutes » depuis 2009 :


«De ses parents on hérite qualités ou défauts
   Certaines valeurs parfois
...Mon cœur me dit
   Que j’hérite de toi
   Mon fils
   Depuis qu’un hiver glacé t’a emmené loin
                      là-bas… là-haut…»


La beauté des vers de Françoise ne cède à aucune facilité, ne fait pas de concessions, et ne se donne pas pour vaincue devant la mort; même si Thanatos guette, accable, harcèle:


«— J’y vois des taches de sang
Ma pensée mélancolique vire au cauchemar
ILS ont assassiné à Gaza
ILS ont assassiné en Grèce
Inlassablement se déroule le film de tant de mises à mort»

Plus que la nostalgie du fils éteint pour ce monde, le verbe de Françoise laisse des traces; également et plus encore: comme celles des ondulations de ces bigoudis qu'on a ôtés. Et il laisse le sillon de la douleur, permanent.
Mais même dans «la Nuit des ténèbres/ la Nuit glacée», vit le cœur de l'Amour.

«L’âme des marées», contient la totalité de l'univers rubanien :
On aime tout ce qui est Beau ou l'on n'aime rien; et ce "tout" inclut le silence:
«De ma chambre écrin de ma folie
dansent sur la pointe des pieds des notes amies
             Nocturne de Chopin Adagio de Mozart
             Puis
             Le silence
                         la Solitude»
Silence. Comme celui de Rimbaud, quand, à dix-huit ans, il acheva Une saison en enfer; comme celui de Hölderlin entre un poème et un autre. Silence, comme celui d'un adagio dans le désert. Silence, également, synthèse de contraires – d'Éros et de Thanatos – et qui est, en outre, un instant d'Éternité, car toujours «meurent et s’allument les étoiles». Comme la Vie, pleine de Grâce.



Cristina Castello
Traduction du castillan : Denise Peyroche


« L’âme des marées »    http://editozap.jimdo.com/livres/
Françoise Ruban
 Éditions « Épingle à nourrice »
ISBN: 979-2. 919521-26-5
15 €
Octobre 2014




«El alma de las mareas», de Françoise Ruban
Desafío al Infinito


Alza la vela el coraje/ Icémosla sin vacilar/
Mañana sabremos por qué/ cuando alcancemos la victoria"
Paul Éluard

En «El alma de las mareas» («L’âme des marées»)/, Françoise Ruban se funda en Poesía y -desde allí-, reta al Infinito a devastar el horror.
La voz de la autora es un furor dulce y potente, que nos arroja el guante y nos desafía al Amor.
¿Son 36 poemas o es –del principio al fin- un gran poema?
Son 36 y es uno: una invocación a la Eternidad.
Pueden, entre las estrofas, danzar las magnolias o un piano; Chopin, Lorca, Neruda o Desnos; las pesadillas, la rebeldía o la pertinacia del alba; el espanto ante el horror del mundo, o el silencio tejido como una palabra. Y siempre el océano.
Todo puede danzar y todo danza, armónico, en las mareas; pero es  Fabrice la omnipresencia en todas.
Fabrice, cuyo nido primero fue el vientre de nuestra poeta; Fabrice, desde 2009 en la
«Estrella, la más luminosa de todas»:
«De los padres heredamos cualidades y defectos
  Ciertos valores, a veces
...Mi corazón me dice
  Que yo heredo de vos
  Mi hijo
  Desde que un invierno helado te llevó lejos
                     allá… arriba…»

La belleza de los versos de FR no se rinde a ninguna facilidad, no hace concesiones, ni se vence ante la muerte; aunque Tánatos aceche, agobie, hostigue:
«— Veo manchas de sangre
Mi pensamiento melancólico se vuelve pesadilla
Asesinaron en Gaza
Asesinaron en Grecia
Incansablemente se celebra la película de tantas muertes»
Más que nostalgia por el hijo clausurado para este mundo, el verbo de Françoise tiene huellas; también y aún: como las de las caricias a aquellos rulos que ya no están. Y  tiene  el surco del dolor, perpetuo.
Aún en  «la Noche de las tinieblas/la Noche helada», vive el  corazón del Amor.

«El alma de las mareas»,  alberga la totalidad del universo rubadiano: Pero se ama todo lo Bello o no se ama nada; y este «todo» incluye el silencio:


"En mi cuarto estuche de mi locura
Bailan de puntillas las notas amigas
Nocturno de Chopin Adagio de Mozart 
Luego 
El Silencio
La Soledad"
         

Silencio. Como el de Rimbaud, cuando a sus dieciocho terminó Una temporada en el infierno;  como el de Hölderlin, entre poema y poema. Silencio, como el de un adagio en el desierto. Silencio, también, síntesis de contrarios –de Eros y Tánatos- y que es, además,  un instante de Eternidad, porque siempre «mueren y se encienden las estrellas». Como la Vida, llena de Gracia.

Cristina Castello
(texto y traducción de los extractos de poemas)

« L’âme des marées »
Françoise Ruban
Éditions « Épingle à nourrice »
ISBN: 979-2. 919521-26-5
15 €
Octobre 2014




photo Cristina Castello





jeudi 20 novembre 2014

Rémi Fraisse, victime d'une guerre de civilisation, par Edgar Morin (sociologue et philosophe)

Le Monde, 04-11-2014

Le sociologue et philosophe Edgar Morin, le 20 octobre 2012.
Le sociologue et philosophe Edgar Morin, le 20 octobre 2012 - FRED DUFOUR - AFP

A l'image d'Astérix défendant un petit bout périphérique de Bretagne face à un immense empire, les opposants au barrage de Sivens semblent mener une résistance dérisoire à une énorme machine bulldozerisante qui ravage la planète animée par la soif effrénée du gain. Ils luttent pour garder un territoire vivant, empêcher la machine d'installer l'agriculture industrialisée du maïs, conserver leur terroir, leur zone boisée, sauver une oasis alors que se déchaîne la désertification monoculturelle avec ses engrais tueurs de sols, tueurs de vie, où plus un ver de terre ne se tortille ou plus un oiseau ne chante.
Cette machine croit détruire un passé arriéré, elle détruit par contre une alternative humaine d’avenir. Elle a détruit la paysannerie, l’exploitation fermière à dimension humaine. Elle veut répandre partout l’agriculture et l’élevage à grande échelle. Elle veut empêcher l’agro-écologie pionnière. Elle a la bénédiction de l’Etat, du gouvernement, de la classe politique. Elle ne sait pas que l’agro-écologie crée les premiers bourgeons d’un futur social qui veut naître, elle ne sait pas que les « écolos » défendent le «vouloir vivre ensemble ».
Elle ne sait pas que les îlots de résistance sont des îlots d’espérance. Les tenants de l’économie libérale, de l’entreprise über alles, de la compétitivité, de l’hyper-rentabilité, se croient réalistes alors que le calcul qui est leur instrument de connaissance les aveugle sur les vraies et incalculables réalités des vies humaines, joie, peine, bonheur, malheur, amour et amitié.
Le caractère abstrait, anonyme et anonymisant de cette machine énorme, lourdement armée pour défendre son barrage, a déclenché le meurtre d’un jeune homme bien concret, bien pacifique, animé par le respect de la vie et l’aspiration à une autre vie.

Nouvel avenir

A part les violents se disant anarchistes, enragés et inconscients saboteurs, les protestataires, habitants locaux et écologistes venus de diverses régions de France, étaient, en résistant à l’énorme machine, les porteurs et porteuses d’un nouvel avenir.
Le problème du barrage de Sivens est apparemment mineur, local. Mais par l’entêtement à vouloir imposer ce barrage sans tenir compte des réserves et critiques, par l’entêtement de l’Etat à vouloir le défendre par ses forces armées, allant jusqu’à utiliser les grenades, par l’entêtement des opposants de la cause du barrage dans une petite vallée d’une petite région, la guerre du barrage de Sivens est devenue le symbole et le microcosme de la vraie guerre de civilisation qui se mène dans le pays et plus largement sur la planète.
L’eau, qui, comme le soleil, était un bien commun à tous les humains, est devenue objet marchand sur notre planète. Les eaux sont appropriées et captées par des puissances financières et/ou colonisatrices, dérobées aux communautés locales pour bénéficier à des multinationales agricoles ou minières. Partout, au Brésil, au Pérou, au Canada, en Chine… les indigènes et régionaux sont dépouillés de leurs eaux et de leurs terres par la machine infernale, le bulldozer nommé croissance.
Dans le Tarn, une majorité d’élus, aveuglée par la vulgate économique des possédants adoptée par le gouvernement, croient œuvrer pour la prospérité de leur territoire sans savoir qu’ils contribuent à sa désertification humaine et biologique. Et il est accablant que le gouvernement puisse aujourd’hui combattre avec une détermination impavide une juste rébellion de bonnes volontés issue de la société civile.
Pire, il a fait silence officiel embarrassé sur la mort d’un jeune homme de 21 ans, amoureux de la vie, communiste candide, solidaire des victimes de la terrible machine, venu en témoin et non en combattant. Quoi, pas une émotion, pas un désarroi ? Il faut attendre une semaine l’oraison funèbre du président de la République pour lui laisser choisir des mots bien mesurés et équilibrés alors que la force de la machine est démesurée et que la situation est déséquilibrée en défaveur des lésés et des victimes.
Ce ne sont pas les lancers de pavés et les ­vitres brisées qui exprimeront la cause non violente de la civilisation écologisée dont la mort de Rémi Fraisse est devenue le ­symbole, l’emblème et le martyre. C’est avec une grande prise de conscience, capable de relier toutes les initiatives alternatives au productivisme aveugle, qu’un véritable hommage peut être rendu à Rémi Fraisse.

Edgar Morin (sociologue et phiosophe)


mercredi 19 novembre 2014

Crosse en l'air, par la Compagnie Poudre d'Or

Mise à jour


Dates des prochains spectacles sur ce site




       
4 juillet 2015

- A parly (89) à 10h45 - avec la Ligue des Droits de l'Homme de l'Yonne
dans le cadre des commémorations et de la demande de réhabilitation des fusiliiers pour l'exemple

3 août 2015

- A Vaudeur (89) à 10h45 - avec la Ligue des Droits de l'Homme de l'Yonne
dans le cadre des commémorations et de la demande de réhabilitation des fusiliiers pour l'exemple

29 août 2015

- A Pontigny (89) à 10h45 - avec la Ligue des Droits de l'Homme de l'Yonne
dans le cadre des commémorations et de la demande de réhabilitation des fusiliiers pour l'exemple

Compagnie Poudre d’Or « Crosse en l’air » : Le 30 novembre à Montsauche (58) au bar Associatif l’Esquipot à 15h. Goûter-spectacle

samedi 15 novembre 2014 par Compagnie Poudre d’Or
Association Poudre d’Or
12, impasse du clos
89000 Auxerre
Contacts programmation, diffusion :
Yves Petident au 06-60-74-97-47 –yves.p89@gmail.com
Poèmes de Noëlie DROUS, Marcel MARTINET, Marc de LASSIGNY de Civrieux, Eugène DABIT et ANONYMES
Poètes militants, reconnus ou anonymes, poètes soldats, poètes civils, femmes et hommes de poésie qui ont écrit pour dénoncer la guerre, avant qu’elle n’éclate et sur le champ de bataille, en pleine tourmente,
leurs textes sont forts, ils ont risqué leur vie pour les écrire, dans ce contexte historique de Sainte Alliance, d’Union Nationale où la moindre voix contradictoire devait être réduite au silence.
Ces poèmes puissants, parfois désespérés, dénonçant les horreurs de la guerre, appelant à la désobéissance, exhortant les femmes et les hommes à dépasser leur condition, sont tous emprunts d’un humanisme bouleversant qui trouverait toute sa place dans la poésie d’aujourd’hui.
Tous les poèmes joués dans le spectacle ont été écrits entre 1914 et 1918 - à l’exception des chansons « Gloire au 17ème » (1907) et « Adieu m’amour » (1901)
Si le thème est grave, les textes parfois douloureux et toujours poignants, le spectacle est vivant.
Nous l’avons voulu ainsi et non pesant.
Musique de Charles Koechlin (né à Paris le 27 novembre 1867 et décédé au Canadel (Var) le 31 décembre 1950)
La musique de Charles Koechlin (sonatines...) n’a sans doute pas été écrite pour illustrer ces poèmes, pourtant elle s’est imposée lors de la recherche des œuvres poétiques et musicales. Par sa beauté à la fois légère et profonde, la musique de Koechlin correspond en tous points à l’esprit du spectacle.
« L’esprit de mon œuvre et celui de toute ma vie est surtout un esprit de liberté. »
Charles Koechlin fut un humaniste, ami de Romain Rolland, il chercha, notamment pendant la première guerre mondiale, à toujours transcender les angoisses de la guerre par une activité créatrice et militante.
Œuvres choisies : Cinq Sonatines - op. 59 - 1915-1916 – Éditeur Salabert
Le spectacle
Le spectacle s’ouvre avec la chanson « Gloire au 17ème » , chanson hommage aux soldats du 17ème régiment qui, en 1907 avaient refusé de tirer sur les vignerons en grève et, pour symboliser leurs refus d’obéissance avaient levé leurs fusils, crosses en l’air.
On retrouvera la musique de cette chanson pour une scène savoureuse autour d’un document de la censure postale qui avait intercepté une lettre adressée à un soldat du front, contenant une chanson antimilitariste, qui se chantait sur la mélodie de « Gloire au 17ème ».
Il se poursuit sur une chansonnette d’amour « bonsoir m’amour », créée en 1901 et qui sera reprise pour la fameuse « Chanson de Craonne ». Le parallèle entre la chanson de variété et l’hymne aux refus de combattre est intéressant et montre comment une bluette écrite près de 15 ans avant la guerre devait toujours être dans l’esprit des soldats au front.
Ensuite, les poèmes de Noëlie Drous, militante féministe et ouvrière, Marcel Martinet, s’enchaînent, s’entrecroisent avec ceux d’Eugène Dabit, Marc de Lassigny de Civrieux, d’anonymes ou inconnus soldats du front.
Les sonatines de Koechlin sont toujours présentes, se mariant aux mots avec force et finesse.
Ce spectacle se situe entre le théâtre, le tour de chant, le conte et la lecture de poèmes.
L’expression « crosse en l’air » symbolise l’acte de rébellion des soldats qui refusent d’exécuter les ordres de leurs supérieurs en tenant leurs fusils la crosse en l’air et le canon vers le bas.
En juin 1907 les soldats du 17ème régiment de Béziers, les « pioupious », envoyés pour mater une manifestation de viticulteurs, d’ouvriers des vignes, refusèrent d’exécuter l’ordre de tirer sur les manifestants. Ils se rendirent à la mairie de la ville, crosse en l’air suivis par une foule importante. La chanson « Gloire au 17ème » rend hommage à ces soldats de la République qui ont refusé de tirer sur leurs concitoyens.
En 1916, dans les tranchées, les actes de rébellion, de refus d’obéir aux ordres absurdes se multiplient. Un des plus connus est celui de Craonne. Au milieu de la boucherie sans fin du « Chemin des dames », des soldats lèvent la crosse de leurs fusils, refusant de monter au front. On en fusillera « pour l’exemple » les accusant de haute trahison. Les mutins de Craonne avaient écrit le magnifique texte « La chanson de Craonne » pour motiver leur geste. Cette chanson, sur un air de chanson d’amour est devenu un des symboles les plus connus de la rébellion militaire.
Interprètes  :
Laurence Gemble (Piano)
Yves Petident (Voix)
Sur une idée originale de : Sandrine Boirel
Recherche et sélection des textes : Yves Petident
Coach artistique : Sylvianne Germanique
Voix off : Sandrine Boirel
Contacts programmation, diffusion :
Yves Petident au 06-60-74-97-47 – yves.p89@gmail.com
Régisseur son et lumière :
Remy Gemble
Association Poudre d’Or
12, impasse du clos
89000 Auxerre

forum



  • Compagnie Poudre d’Or « Crosse en l’air » : samedi 8 et dimanche 9 sur France Bleu Auxerre, dans l’émission « Zic Zag Café »
    7 novembre 2014, par Yonne Lautre
    Poèmes de Noëlie DROUS, Marcel MARTINET, Marc de LASSIGNY de Civrieux, Eugène DABIT et ANONYMES
    Poètes militants, reconnus ou anonymes, poètes soldats, poètes civils, femmes et hommes de poésie qui ont écrit pour dénoncer la guerre, avant qu’elle n’éclate et sur le champ de bataille, en pleine tourmente,
    leurs textes sont forts, ils ont risqué leur vie pour les écrire, dans ce contexte historique de Sainte Alliance, d’Union Nationale où la moindre voix contradictoire devait être réduite au silence.
    Ces poèmes puissants, parfois désespérés, dénonçant les horreurs de la guerre, appelant à la désobéissance, exhortant les femmes et les hommes à dépasser leur condition, sont tous emprunts d’un humanisme bouleversant qui trouverait toute sa place dans la poésie d’aujourd’hui.
    Tous les poèmes joués dans le spectacle ont été écrits entre 1914 et 1918 - à l’exception des chansons « Gloire au 17ème » (1907) et « Adieu m’amour » (1901)
    Si le thème est grave, les textes parfois douloureux et toujours poignants, le spectacle est vivant.
    Nous l’avons voulu ainsi et non pesant.
    Musique de Charles Koechlin (né à Paris le 27 novembre 1867 et décédé au Canadel (Var) le 31 décembre 1950)
    La musique de Charles Koechlin (sonatines...) n’a sans doute pas été écrite pour illustrer ces poèmes, pourtant elle s’est imposée lors de la recherche des œuvres poétiques et musicales. Par sa beauté à la fois légère et profonde, la musique de Koechlin correspond en tous points à l’esprit du spectacle.
    « L’esprit de mon œuvre et celui de toute ma vie est surtout un esprit de liberté. »
    Charles Koechlin fut un humaniste, ami de Romain Rolland, il chercha, notamment pendant la première guerre mondiale, à toujours transcender les angoisses de la guerre par une activité créatrice et militante.
    Œuvres choisies : Cinq Sonatines - op. 59 - 1915-1916 – Éditeur Salabert
    Le spectacle
    Le spectacle s’ouvre avec la chanson « Gloire au 17ème » , chanson hommage aux soldats du 17ème régiment qui, en 1907 avaient refusé de tirer sur les vignerons en grève et, pour symboliser leurs refus d’obéissance avaient levé leurs fusils, crosses en l’air.
    On retrouvera la musique de cette chanson pour une scène savoureuse autour d’un document de la censure postale qui avait intercepté une lettre adressée à un soldat du front, contenant une chanson antimilitariste, qui se chantait sur la mélodie de « Gloire au 17ème ».
    Il se poursuit sur une chansonnette d’amour « bonsoir m’amour », créée en 1901 et qui sera reprise pour la fameuse « Chanson de Craonne ». Le parallèle entre la chanson de variété et l’hymne aux refus de combattre est intéressant et montre comment une bluette écrite près de 15 ans avant la guerre devait toujours être dans l’esprit des soldats au front.
    Ensuite, les poèmes de Noëlie Drous, militante féministe et ouvrière, Marcel Martinet, s’enchaînent, s’entrecroisent avec ceux d’Eugène Dabit, Marc de Lassigny de Civrieux, d’anonymes ou inconnus soldats du front.
    Les sonatines de Koechlin sont toujours présentes, se mariant aux mots avec force et finesse.
    Ce spectacle se situe entre le théâtre, le tour de chant, le conte et la lecture de poèmes.
    L’expression « crosse en l’air » symbolise l’acte de rébellion des soldats qui refusent d’exécuter les ordres de leurs supérieurs en tenant leurs fusils la crosse en l’air et le canon vers le bas.
    En juin 1907 les soldats du 17ème régiment de Béziers, les « pioupious », envoyés pour mater une manifestation de viticulteurs, d’ouvriers des vignes, refusèrent d’exécuter l’ordre de tirer sur les manifestants. Ils se rendirent à la mairie de la ville, crosse en l’air suivis par une foule importante. La chanson « Gloire au 17ème » rend hommage à ces soldats de la République qui ont refusé de tirer sur leurs concitoyens.
    En 1916, dans les tranchées, les actes de rébellion, de refus d’obéir aux ordres absurdes se multiplient. Un des plus connus est celui de Craonne. Au milieu de la boucherie sans fin du « Chemin des dames », des soldats lèvent la crosse de leurs fusils, refusant de monter au front. On en fusillera « pour l’exemple » les accusant de haute trahison. Les mutins de Craonne avaient écrit le magnifique texte « La chanson de Craonne » pour motiver leur geste. Cette chanson, sur un air de chanson d’amour est devenu un des symboles les plus connus de la rébellion militaire.
    Interprètes  :
    Laurence Gemble (Piano)
    Yves Petident (Voix)
    Sur une idée originale de : Sandrine Boirel
    Recherche et sélection des textes : Yves Petident
    Coach artistique : Sylvianne Germanique
    Voix off : Sandrine Boirel
    Contacts programmation, diffusion :
    Yves Petident au 06-60-74-97-47 – yves.p89@gmail.com
    Régisseur son et lumière :
    Remy Gemble
    Association Poudre d’Or
    12, impasse du clos
    89000 Auxerre

mardi 18 novembre 2014

Ici, poème d'Alain H

http://amimots.blogspot.fr/2014/11/ici.html?spref=fb

Un blog délicat que je vous recommande

vendredi 14 novembre 2014


ici

ici je passe comme est le vent sur ton visage
il sait l'empreinte et devient chant
l'odeur et puis la grâce
des bras tenant les jours vivants

et puis le jeu des jambes 
à la voile mise les jambes du vent
quand elles croisent superbes et soumises
ton rire enfant

est-ce un tambour qui respire
et qui étreint plus haut?
le rythme devient barbare
pourtant les autres moins subtils
s'oublient comme le soir se fait couchant

la terre devient fruit entre des lèvres d'argent


crédit photo A.H.