jeudi 30 avril 2015

Une mère est morte, de Tatiana ROY


crédit photo fruban

Le muguet du jardin de Maman, qui vient de nous quitter, aujourd'hui à 13 h. Aurai-je un jour la force d'écrire un poème pour toi...  je t'offre ce poème qui me touche beaucoup, de Tatiana Roy, la femme de Jules Roy. Grande poètesse restée trop longtemps dans l'ombre du grand homme, son Julius, comme elle l'appelait.   FR, le 30 avril 2015


Une Mère est morte


Parfois je suis pleine de voix anciennes
le moment vient on entend Son pas
on ne voit rien dans le miroir qui n'y soit déjà
on croit vivre longtemps l'immédiat
alors qu'il file à vive allure
Et ce ciel terriblement vivant qui nous guette
par-dessus les étoiles sans jour et sans nuit
elle prie
muettes les lèvres remuent
Où s'ouvre donc cette porte
qui ne se referme que sur soi ?
O lumière ! Est-elle dehors est-elle dedans ?
peut-être l'avait-elle un instant entrevue
quand la brèche s'entrebâillait ?
Les jours se suivent de si près en la souffrance
à peine un peu de nuit pour séparer
et les nuits s'emboîtent si étroitement aux nuits
les jours entre elles s'effacent.
La jeunesse en secret la visite
alors qu'elle se débat et halète
aborde l'autre rive
une icône en main.
Aux bouts d'une longue table
deux hommes qu'elle ne sut aimer
l'accueillent sur le seuil
et déposent sur son front
le baiser fraternel et glacé qui scelle leur complicité.
La tombe de ma mère conduit les pas
vers le plus haut silence
peut-être que le miroir du souvenir
n'est ni miroir ni souvenir
peut-être que les larmes d'un instant de peine
ne frémissent pas sous la chaleur d'un baiser
peut-être n'y a-t-il pas de mystère
sous cette dalle
où se penche le bouleau
peut-être que mes lèvres ne savent plus prier
et l'image s'est assombrie dans le passé
de douleur et sous la solitude
peut-être éclatera-t-il mon coeur d'un mal encore plus aigu
peut-être que la lumière usée de ses yeux
ne pénètre plus en mon âme
tu es là malheureuse telle étais-tu vivante
peut-être me pardonneras-tu


Tatiana Roy
Ne restera qu'un peu de vent

vendredi 24 avril 2015

Âme écartelée, poème de Françoise Ruban

crédit photo fruban




Âme écartelée

senteurs multicolores promesses renouvelées
chaudes sensations de la Nature printanière
Méditerranée aux flots enflammés de rouge
à jamais souillée de l'espoir en sang des migrants


Rayons lumineux de l'aube sur ton corps ensommeillé
tes lèvres frémissent tes narines se gonflent
Des gazouillis joyeux et amoureux
te hèlent hors du lit
Trop vite ton esprit s'obscurcit
Des chrétiens d'Orient tu perçois les cris
Lâchement égorgés cibles jusque dans nos murs
Cimetières profanés  lieux de culte menacés
par ces vermines assoiffées d'étendre leurs tentacules afin
que plus jamais ne bouge ce qui porte le nom d'humains
Pieuvre planétaire partout déployant
haine féroce enserrant jusqu'à la mort
toute promesse de printemps
Amour
Beauté
Liberté


Tes yeux s'arrêtent
chorégraphie d' hirondelles et envol délicat des premiers papillons
bourdonnement d'abeilles semences de Vie
Tes yeux se ferment
ta peau halée caressée
ton cœur apaisé presque ensorcelé
aux allegros enchanteurs de ce concert
Vous qui donnez la Vie
ne laissez pas la folie aveugle et lâche répandre
partout les ténèbres et la mort
Aidez les poètes amoureux jardiniers de la Vie
à se lever tous ensemble __  No pasaran
Faites que les sèves nourricières
jamais ne deviennent mortel venin
roulant flots de sang noir


Âme écartelée

ne cède pas à l'inespoir
enivre-toi d'éphémères instants
prodigue à ton jardin des soins d'éternité
repeins de bleu la Méditerranée

© fruban

le 24 avril 2015

Tous droits réservés
Protégé par copyright

Recueil en cours



dessin de Plantu

mercredi 22 avril 2015

Le noir éclabousse le bleu, par Françoise Ruban

Il me devient de plus en plus difficile, de jour en jour, de savoir que penser, que dire, qu'échanger, face à la lourdeur du monde. Devrais-je me taire, puisque les mots sont si dérisoires ? Devrais-je dénoncer encore et encore, faire oeuvre militante ? Devrais-je feindre d'ignorer toutes ces victimes, en Méditerranée, parce qu'ils rêvaient d'un monde meilleur qu'ils achetèrent au prix de la mort ? Devrais-je offrir poèmes, musiques ou photos, quand bien même le coeur n'y est plus ? Devrais-je continuer à croire que seuls la Beauté et l'Amour sauveront le monde, alors qu'à chaque instant, on massacre au nom de la religion ? Alors qu'autour de moi, je ne vois qu'insolence, mensonge, et impuissance des politiciens ?
Et pourtant, la Nature est tellement belle ! Il suffirait de la contempler, d'écouter les promesses qu'elle renouvelle au rythme des saisons. Je le fais bien sûr, mais est-ce ma faute si le noir éclabousse le bleu?

fruban

le 20 avril 2015


Dessin de Plantu

dimanche 19 avril 2015

Editorial, par François Régis Hutin




                                                     Editorial, par François Régis Hutin



                              « Le pas des mendiants fera trembler la terre »


    Voici longtemps déjà, nous avons cité cette phrase de Bernanos : « Le pas des mendiants fera trembler la terre ». En 1990, nous posions la question : « Aurons-nous un jour, des boat-people qui s'efforceront de traverser la Méditerranée ? Enverrons-nous alors la Royale pour les repêcher ou pour les refouler ? (1) »
    Voici que la prophétie de Bernanos se réalise aujourd'hui. Voici que l'interrogation d'hier devient tragique réalité. Les années passent avec leur lot de naufrages dans cette Méditerranée lumineuse, berceau de notre civilisation. Les plus importants connus ont fait environ deux cents morts chaque fois. Mais l'intensité va croissant avec, pour un seul naufrage, quatre cents victimes le 12 avril. Le total des noyades connues atteint 3 400 en 2014. Depuis le début de l'année, 900 personnes ont péri.
     Le dispositif Mare Nostrum mis en place en 2013 a permis le sauvetage de 150 000 personnes. Mais ceux qui se préoccupent de ces mouvements migratoires estiment que plus de 500 000 migrants sont en marche vers l'Europe, provenant soit de l'Est ou de l'Ouest africain, soit du Moyen-Orient. C'est la grande fuite devant la misère, devant la faim et plus encore, ces dernières années, devant les guerres, les exclusions ethniques, les persécutions religieuses, les exactions dictatoriales.
    Mare Nostrum , coûtant très cher, a été remplacé par le dispositif Triton, moins onéreux, sans doute moins efficace, alors que la situation se tend. Désormais, les passeurs sont armés. Ils n'hésitent pas à faire usage de leurs armes pour récupérer les embarcations vides dont les passagers ont été sauvés par les navires de secours. De plus, on se bat entre migrants à bord de ces esquifs. On a vu des passagers jetés à la mer à la suite de querelles ethniques ou religieuses.
« La Méditerranée, c'est la route la plus mortelle du monde », a déclaré un représentant du HCR (2) .


Endiguer et organiser la migration


            L'Union européenne, confrontée à cet énorme problème, ne sait toujours pas comment le traiter. A cause de la convention de Dublin qui prévoit que le premier Etat où arrive le migrant doit le prendre en charge, les pays riverains les plus proches de l'Afrique sont en première ligne. L'Italie n'en peut plus : 10 500 réfugiés y ont débarqué en deux semaines. « L'Italie porte un fardeau énorme pour l'Europe... Cela ne va plus », déclarent les autorités italiennes. Il devient évident, nécessaire, urgent que l'Union européenne mette en marche les dispositifs de solidarité, donc d'accueil par chacun des pays européens, selon ses moyens. Malheureusement, la France ne brille pas par sa générosité en ce domaine. L'Allemagne est beaucoup plus ouverte...
           N'oublions pas que la Turquie, le Liban, la Jordanie abritent chacun des centaines de milliers de réfugiés. Il faut rapidement, en Union européenne, un grand sursaut. Il faut regarder les choses en face. Agir efficacement vaut mieux que de détourner les regards comme nous le faisons actuellement. Plutôt que de laisser se dérouler anarchiquement une migration jusqu'à présent inévitable, il faut s'efforcer de l'endiguer et de l'organiser et donc y mettre tous les moyens.
            Par ailleurs, après le bombardement d'une école d'Alep, Andrea Riccardi de la Communauté de Sant'Egidio lance un appel : « Il faut mettre en place des couloirs humanitaires pour les civils et imposer la paix au nom de ceux qui souffrent. » C'est ainsi que l'on pourra peut-être tarir les migrations à leurs sources.

( 1)   Ouest-France, 7-8 avril 1990
(2) Haut-Commissariat aux Réfugiés de l'Onu


                                                                                       François Régis Hutin


                                                 
Dans la nuit du 18 au 19 avril, un nouveau naufrage aurait fait 700 morts !

Dans Ouest-France de dimanche 19 avril
http://www.ouest-france.fr/un-bateau-chavire-700-migrants-auraient-trouve-la-mort-3344964


"On redoute un nouveau drame de l'immigration en Méditerranée. La nuit dernière, un bateau transportant 700 migrants aurait chaviré.

 Le chavirage d'un bateau transportant des migrants aurait fait jusqu'à 700 morts dans la nuit de samedi à dimanche au large des côtes libyennes, rapporte le Times of Malta.

Les secours ont repêché 28 rescapés après le naufrage, qui a eu lieu à la limite des eaux territoriales libyennes, à environ 120 miles nautiques au sud de l'île italienne de Lampedusa, écrit le journal maltais sur son site internet.

L'alerte a été lancée vers minuit. Le bateau aurait chaviré lorsque les migrants se sont massés du même côté à l'approche d'un navire marchand, ajoute-t-il.

« La pire hécatombe »

Si ces chiffres étaient confirmés, il s'agirait de la « pire hécatombe jamais vue en Méditerranée », a-t-elle Carlotta Sami, porte-parole du Haut-commissariat aux Nations unies pour les réfugiés en Italie.

Quelque 21 cadavres ont été récupérés, selon les médias italiens. L'AFP indique qu'il n'a pas été possible dans l'immédiat d'obtenir confirmation de cette information.

Une importante opération de secours a été mise en place avec le concours des marines italienne et maltaise, a indiqué à l'AFP un porte-parole de la marine maltaise.

500 à 1000 migrants récupérés chaque jour

Deux autres naufrages ont fait quelque 450 morts et disparus en moins d'une semaine. Là encore, ce sont les récits de survivants qui ont permis d'établir ces bilans, alors que le flux de migrants provenant de la Libye ne cesse de grossir. Entre 500 et parfois 1 000 personnes sont chaque jour récupérées par les garde-côtes italiens ou des navires marchands.

Plusieurs organisations internationales et humanitaires ont dénoncé ces derniers jours l'incurie des autorités européennes, réclamant davantage de moyens. « Il faut une opération Mare nostrum européenne », a ainsi déclaré la porte-parole du HCR. L'opération italienne Mare nostrum de sauvetage des migrants a été remplacée par l'opération Triton, une opération de surveillance des frontières beaucoup plus modeste. "

Ouest-France, 19 avril 2015


Dessin d'Herman, Tribune de Genève, 16 avril 2015

vendredi 17 avril 2015

Improbable horizon, de Françoise Ruban







L'Océan là devant moi
Dans son infinie nappe turquoise
Au sourire de notes marines
Le silence étourdissant
  dépose une cantate

  caresse mon âme brûlante
Quelques voiles gonflent et glissent
     doucement
      délicieusement
          amoureusement

Mes rêves passagers clandestins
Embarquent
Vers un appel
   venu de loin
         au-delà
           de l'horizon
Autre galaxie
Là-bas
Au bout de la ligne droite

Les goélands taisent leurs cris
Ailes ouvertes
Immobilité planante
Malicieux compagnons de voyage
Ils savent
Et leurs clins d'oeil complices
Eclairent le sillon à peine creusé
Ils dansent sur un scénario
Ecrit cette nuit
     Ballet musical
     Voluptueux

A peine quelques échos
Rumeurs sourdes
Le port de pêche vaste chantier
Où gisent sur cales les chalutiers géants
Monstrueux insectes aux hélices rouillées
Aux coques béantes
Echoués
Inertes
Sur le bitume stérile

De plus loin encore
               montent
                       des relents calcinés
Peste
Brune
Mortifère
Assassine
Cris surgis
  d'un passé endormi
       souterrain cauchemar
 Années torturées
Hurlant la Mort
Loups assoiffés
Chairs éclatées
   en un chaos
          ensanglanté

L'Océan là devant moi
M'ouvre sa nappe turquoise
Son sourire de notes marine...

Rejoindre la magie du rêve
Fuir vers cet Ailleurs aux horizons lointains aux rivages incertains
       Au-delà
             de la Mer éternelle
Pénétrer le Mystère
      Auréolé
       de
     Bleu

©   F.R
le 03 mai 2012

in, L'Âme des marées
recueil paru en octobre 2014
éditions épingle à nourrice
http://editozap.jimdo.com/livres/


crédit photos fruban

mardi 14 avril 2015

Tu es plus belle que le ciel et la mer, de Blaise Cendrars

Tu es plus belle que le ciel et la mer
Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir
Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises
II y a l’air il y a le vent
Les montagnes l’eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre
Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends
Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler
Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t’en
Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l’œil
Je prends mon bain et je regarde
Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t’aime

Blaise Cendrars,
 Feuilles de route, 1924

samedi 11 avril 2015

Autour de Jacques Calonne (Noctuelles) - suite - Article de Cristian Ronsmans, photos, interview Frédéric Baal

Rencontre avec Jacques Calonne à la librairie Tropismes (Bruxelles), le 2 avril 2015.







Une soirée inoubliable

Qui plus que Balthus ou Rainer Maria Rilke, indirectement, n’eut pensé , si d’aventure ils l’eurent connu , que Mitsou et ses neuf vies avait connu la renaissance et reconnaissance, ce jeudi soir, en la personne de Jacques Calonne, qui en améliorait la performance de ses 15 vies en une ?
Et qui ne pouvait mieux évoquer cette extraordinaire personnalité, que notre cher intendant des menus plaisirs, son ami de toujours, Frédéric Baal.
Car c’est lui, c’est ce dernier qui allait nous conter, en pages éblouissantes, les non moins éblouissantes performances de ce vieux Mitsou, comme ce chat que nous connaissons tous, nonchalamment étendu sur la cuisante brûlure du radiateur, qui en ce jeudi soir, l’œil tantôt mi clos, tantôt perçant, venu de l’Abyssinie mystérieuse, nous considérait, la soixantaine de spectateurs, comme s’il eût été pas peu fier de son dernier coup pendable qu’il appelait mes « Noctuelles ».
Et moi qui venait de le retrouver après tant d’années, je ne pouvais que me remémorer ces deux vers de Baudelaire (dans son poème « Les Chats »), auquel Baudelaire, géographiquement, notre Jacques succéda en l’hôtel du Grand Miroir.
« Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin »
Mais le chat qui félin, fait l’autre, au détour de notre pourtant grande attention, entre une bombe savamment préparée et l’orbe orchestrale, hors toute conception astronomique, soudain sort d’une fausse torpeur , émet ses phéromones transmises telles des perceptions extra sensorielles diffuses, engendrant un étonnant tropisme dans un sourire lumineux et énigmatique.
Une extravagante métalepse met nos sens cul par-dessus tête où qui trope embrasse mal éreinte et le vieux chat de retourner, satisfait de son dernier tour de malice, dans sa petite boutique paisible des souvenirs qui conquièrent enfin l’éternité.
Merci à toi Jacques.

Cristian Ronsmans








dimanche 5 avril 2015

Et le vent, de Martine Cros


Et Le Vent














celle qui va et qui revient
entre les strates de Sylvine
collision de paupières fines
et de larmes de gypse creux
les bégaiements sont silencieux

et le vent dans
les noiseraies
étend ses bras longs et soyeux
devenir ce vent je l'aime
et ton cou semble un noyer
et la seule chose au monde
est un soupir qui vient mourir
dans les rameaux de tes vergers
tu les cultives sans savoir
que mes yeux sont retranchés
au sein de ton coeur de colombe
dans ta chair d'épouvantail

et le vent dans
les noiseraies

secoue la paille

qu'elles sont fragiles
les entailles
enracinées
tempête lève l'oripeau
et donne à voir un nu d'enfer
couvert de lanières de sang
et rose de désirs de feu
et ridé de destins douteux
l'hivers vient occulter
les secrets et mensonges
au coin du feu c'est bon
d'inventer tous les songes
en flammes donne l'illusion
au dehors il ne reste
qu'une branche vermillon
échine de l'épouvantail
à ses pieds une plume blanche

vaut-il mieux taire ou avouer
celle qui va et qui revient
à la forêt
faut il être forte et rester
sur cette terre étrange fruit
de ces vastes vergers fleuris
où la seule chose au monde
qui m'arrache les deux yeux
est de ne pas savoir qui tu es




5 avril 2015

Texte et photo Martine Cros

Tous droits réservés
Protégé par copyright








lundi 30 mars 2015

Polyphonie Tunisie, collectif de poètes



Photo © AFP/FADEL SENNA


Polyphonie en hommage à la Tunisie et, par là-même, à toute âme meurtrie par la barbarie



Tunisie
La douceur de ton nom
s’éclipse dans le sang
De ta douceur je me souviens
de la blondeur des sables
des villes blanches
terres hospitalières
[mirages]
qu’êtes-vous devenues
la violence aveugle broie
qui attise nos désespoirs
terreur sans nom
qui tue
amis détruits
par le chagrin
Tunisie terre d’accueil
terre libre
ton visage de larmes
de feu de sang
ton nom sur mes lèvres
tremble
et ton sourire
au bord des cils
ta douleur est
la mienne
Tunisie
à mains tendues.



Angèle Paoli,
le 21 mars 2015


                                                        ******



Jour I




Dans la candeur splendide
d'une nuit encore inconnue,
je quitte ces terres meurtries
aux rives ambrées d'espoir
aux parfums noirs poudrés.
Et ma lèvre assoiffée,
et mes mains luxuriantes
en mon corps vont se taire Je
ne marcherai plus.


*

Des minarets aux camélias,
l'aube élève un chant
de désespoir sans cesse
renouvelé.


*

Dans nos yeux
glisse l'oubli,
oublié Toi qui t'immolais,
dévorés Vous corps explosés.


*

Les persiennes du service
chirurgie trient les
premiers rais solaires
sur les âmes engourdies.
Tu me demandes pardon
- est-ce toi, dieu ? -
car je l'ai trop aimé,
Lui humain je l'ai cru bon
et parfois un peu divin.


*

Tout semble neuf
et calme ici
dans l'abysse matinal.
Le feu intense et rouge,
le feu des
profondes heures
et le pâle passé.
Le lit d'hôpital
où gît mon corps
semble un radeau
qui sauve de l'horreur.


*

Et vers la mort
mes yeux, enlacés aux
majestueuses chutes
sur un lac qui scintille,
mes yeux ont des larmes
sans vengeance, et ces
larmes sont seules.

*

Martine Cros, contre la barbarie,
le 20 mars 2015



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TUNISIE MON ENFANCE



*


Où est le jasmin et ... la rose ?
Où sont les tapis de Kairouan ?
Où j'aimais tant me vautrer enfant
Où sont les orangers en fleur ?
Où sont ses mille parfums ?
mais voici le temps
Où les tapis sont maculés de sang
où le miel se mêle à la poussière
mes pieds nus
j'avance vers la douleur indicible
de ma terre d'Afrique
le regard se perd, vitreux
sur les espaces guerriers
de corps jonchés
disloqués
par tant de pensées de haine
portées
par les soldats de la honte !
Où est le jasmin ....
où est la rose ....
où est l'oranger en fleurs ….
Où est le Soleil paternel, protecteur ?
Où ?.....



Nataliah OSO
Le 20 mars 2015
Tous droits réservés

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Jour II



*



Trêve

*

Déplie toi dans
le ventre creux
friand des
brebis égarées
Régale toi du désert sous
leurs semelles libérées

*

La poussière de l’air
tremble et je m'assieds
Sur les accords
de Kamenja
je suspends l'attentat
juste une fois juste juste
juste une fois


*
Un seul ton cependant
tonne

*

Celui de la colère
de ces bouches en culs de sac
aux lèvres crispées si laides
de jugements derniers
faux diffamés prétextes
prétextes
prétextes abjects
Être tueur au
nom de dieu
dieu dieu dieu
dieu lui
n'a rien demandé

*

Tremblé muet
creshendo

*

Trêve

*

Je veux ton ventre creux, Trêve
Ta nef où brûle des cierges
fous de brûler pour rien ou
rien que pour eux eux
eux qui sont le rien le peuple
l'innocence un rien sacré

*

Trêve

*

Veux-tu me prendre pour
épouse Trève
chair de nos clairvoyances
toi qui nous ensorcelle
depuis mille parcelles de temps
et qui nous bénis
à la crue de tes larmes
où abonde
abonde
la paix intérieure

*

Trêve

*

Afin que nos exodes puissent enfin parler
l’enfance de nos lendemains

*


*

Martine Cros, contre la barbarie,
le 22 mars 2015


*



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"C’était à Mégara
faubourg de Carthage
dans les jardins d’Hamilcar" *

et Tanit sous la lune
voguait dans ses voiles

j’ai oublié de quoi était fait le jour
mais Tanit était là

elle dansait pieds nus
au rythme des cymbales

je me souviens
des vastes étendues
blêmes sous un ciel de craie
à perte d’horizon

Matmata
d’Ibn Khaldoun
chantait à mon oreille

je me souviens

des chambres troglodytes
de la blancheur vibrante des murs
des tapis colorés
des ksars de Tataouine
des greniers de pisé

le ksar Ouled Soultane
chantait à mon oreille
volutes du désert

et demain qu’en sera-t-il ?

qu’en sera-t-il demain
des rires colorés
au cœur de l’oasis
du chant du paysan
trottinant sur son âne
des enfants enjoués
livrés aux terrains vagues

demain ?
défunt le sourire des femmes !




*
  _* Gustave Flaubert, Salammbô_
*


Angèle Paoli,
Le 22 mars 2015


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Le monde sans lendemain



*


Je me souviens…
Je me souviens si bien.
J’avais mis ce jour là une robe lilas.
Relevé mes cheveux d’un joli ruban bleu.
Me demandant s’il remarquera
Que c’était aussi la couleur de mes yeux

Mes pas ne me portaient pas,
ils me soulevaient, me transportaient.
Je respirais et savourais le printemps
Que je humais comme on inspire un sentiment

A chaque mesure qui me menait vers lui
Mon bonheur filait en douce harmonie
Rien de ce qui se passait autour
N’aurait pu assombrir ce jour

Nous avions devant nous un futur serein
Des projets à n’en plus finir, des lendemains.
Quand j’y pense encore aujourd’hui
J’étais alors la plus heureuse des filles

Au détour de la rue, j’ai tout de suite su…
La fumée et les cris, les visages exsangues.
Je suis restée plantée là, hagarde et terrifiée
Les yeux fixés sur la terrasse du café

Près d’une table renversée, parmi les corps allongés
Il semblait endormi comme l’autre jour dans le pré.
Caresser ses cheveux soyeux, encore une fois
S’il vous plait, accordez-moi au moins cela…

Il n’y aura plus de demain
L’hivers l’a emporté
Ne laissant plus que chagrin
Et âme esseulée



Laurence Nicolas. 22/03/2015.
En hommage à la Tunisie meurtrie.
Tous droits réservés


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Ternie Tunis, l’héroïsme puis saigne Bardo
Aux décombres d'Irak, Nimrud
Au décompte des jours
La peur menace
Que tout se sache
Se taise
Ne
Laissons plus
Se
répandre
Tant de
N



*


Georges Thiéry,
Le 22-03-2015, hommage à la Tunisie blessée



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Jour III


*



le chaos sera.

pour que ne reste que la peau d'amour
cette peau d'aveu

le nu de l'être au monde
debout dans le vent

le vent
dont la rage balaie l'homicide de l'arbre

car le vent fait l'amour aux feuilles de soi
il en naît des diamants de lumière

car l'être s'abandonne au monde
dans le nu de l'aveu

des pleurs de joie dans sa bouche
qui regorge de songes

hantée mon âme

délecte-toi
de la cascade espérante

car nos peaux s'assèchent
et couvrent l'apocalypse

elle sera. et sur sa tombe
d'éthers insolites

nos baisers


*


Martine Cros,
le 23 mars 2015



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Disperser l'ombre lorsque
à Tunis
Pleurant la trêve
des libertés qui s 'écoulent comme un sang sur le marbre
à glacer d'horreur
Les lignes parfaites de la quiétude
Se lève le jour
Le thème
L'anathème
Le discours
Des parfaites indécisions du jour
Advenu qui trace une route
Un parallélépipède
Un angle saillant
Une pointe dans le cœur
D'un peuple partant à la conquête du juste
Une salve
Qui enterre
La loi de vie
Dans un puits
Un gouffre
Se relever
Un dernier défi
Et ces discours sécuritaires
Comme s'ils pouvaient faire taire l'arbitraire.



Georges Thiéry,
Le 23 mars 2015, hommage à la Tunisie blessée.



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Je voulais juste voir
l’envers des cratères

d’or

sous la lumière

le fond des coquilles

vides

au bord des rires

je voulais juste franchir
la haie cotonneuse
des nuages

boire

au creux des schistes
les lèvres de mousse

je voulais te dire creuse
creuse encore
sous les pores sous
l’écaille des ruisseaux

file à contre-courant des
images à contrevent du temps
qui glisse sous ta peau
os et chair muscles et rides
houles de vagues de sillons
qui obsèdent le silence

toi que rien ne retient

sinon la légèreté
funambule de l’air



Angèle Paoli,
Le 23 mars 2015



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Jour jour jour
Jour quatre jour
Jour quatre jour
Jour jour jour



*


Vénérer son visage
Ecouter ses yeux
Marcher perdre marcher
Marcher perdre marcher
Perdre haleine perdre langue
Se cacher fuir se cacher
Se cacher fuir se cacher
Fuir à mourir
Est ce qu'un peu de moi vivra en elle


*


Si
Je me souviens
Je voulais me blottir
Contre sa poitrine
Pour entendre son coeur
Parler à mi-mots
Puisqu'il faut
Se taire taire se taire
Se taire taire se taire
Et enterrer l'enfance
De l'Art
De l'homme l'homme
L'homme de l'homme l'homme


*


Femme toi irais tu tuer
Visage de mère
Pourrais tu mordre
Le sourire rire sourire
Sourire rire le sourire
Femme toi si je t'aime
Jusqu'à tes pieds prier
Que jamais tu ne
Meures meures meures
Meures meures demeures
Visage d'amante
Espère ton avènement



*


Espère espère espère
Espère  aime   espère
Espère  aime   espère
Espère espère espère





Martine Cros,
le 24 mars 2015



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Au Pays des cèdres


*



Ils sont partis , ils sont partis comme part le rêve
comme le bruit du vent dans les peupliers
qui s'évanouissent


Ils sont partis , je me souviens et je pleure
Ô rossignol blessé par les orties
Ô cimes enneigées de Sannine
Ô fleurs brisées , ils sont partis ...


Qui sait dans quelles montagnes
leurs navires se sont échoués
quel cavalier viendra me donner
de leurs nouvelles dans une veillée


Pendant que nous continuons les histoires oubliées
les oiseaux du printemps ont pris leurs envols
comme une aire de blés vide
comme des voix qui chantaient


Et se sont tues pour toujours
par une nuit sans fin
ils sont partis , ils sont partis , partis ...




Pascal Kin,
Le 24 mars 2015



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Résister

se donne à vivre
dans la rencontre des voix autres

convocation du corps
de l’esprit
des mots
de ce tout qui fait l’un

du vivre avec
ensemble

chacun porte en lui
la présence de l’autre
et l’un est la marque de tous

persister / résister
rythme la force
qui nous tient
rivés à la cadence

celle qui unit
et fusionne dans l’un

Il faudrait que le poème dise
ce qui obsède tient à la bride
convoque dans la cruauté

Hommes enchaînés
à l’obscène violence

écrasement et pesanteur
chacun tremble de son ombre
les langues s’enroulent dans le sang

est-il loin encore
le jour où s’insurger
prendra le relais de l’absence

où la révolte
clouera l’abjection
en son centre

en non-silence !



Angèle Paoli,
le 24 mars 2015


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*


Jour dernier


*


Je ___ Tu Ils ___

tombe à
genou
tombe des nues
garde à Vous
nues dans l’Oural
en revue
dans ce sang caravanal


*



Nous ___

paraboles disséquées
que nous sommes
à tomber par terre
unies ___ mortes


*



Elle ___

un Tout pendu au fil d’Ariane ___
d’où ?
suspendue à nos lèvres labyrinthiques
une demande de ___ pardon ___
et nous inflige l'inosé


*



je crée avant mes pas ton visage
et la danse des fous

je danse ou presque ce naufrage
infidèle et ce monde imparfait

qui s'emparera du dernier radeau
marqué au fer des symboles


*



Je ___Tu ___Ils
je te prie
de les écrire
au cas où
demain nous meure



Martine Cros,
- le 5 décembre 2010 et -  le 25 mars 2015



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LUNE FÉCONDE

*


Je m’en suis pris à Dieu
Je m’en suis pris aux hommes
Condamné autant les cieux
Que les contestables dogmes

Je me suis réfugiée dans la terre
Comme le plus insignifiant des vers
A la recherche d’une raison
En pleine confusion

J’ai échoué sur les rivages
Après ce déluge, un naufrage.
Vidée de cette substance
Qui me protégeait de l’errance .

Et puis, j’ai levé mes yeux embués
Je t’ai vu dans cette immensité
Tellement évidente de beauté
Que j’en étais dés lors aveuglée

Face cachée et demi mondaine
Parfois timide, à d’autres hautaine
Tu veillais sur les êtres de ta blancheur lactée
Et réveillait l’âme des poètes égarés

Avidement je te peignais
De toutes les couleurs de ton aura
Sereinement je te dépeignais
Du débit que mes mots créa

J’avais enfin compris.
Face au mal, à ceux dénués de coeur,
Pour qui j’avais le plus grand des mépris,
J’opposerais la beauté, la douceur

Lune, tu es le plus magnifique des tableaux
Celui que l’on ne pourra jamais détruire
Vivante, vivifiante, éternelle là haut
Pour toi, ma volonté de créer, de ne pas nuire.



Laurence Nicolas. 24 Mars 2015.
En hommage à la Tunisie,

Contre ceux qui pensent détruire les âmes
En nuisant aux Arts et aux cultures.



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COPEAUX A BARDO(S)...


*


…autant de morts sont vivants dans une seule pierre sculptée –autant de mains tendues pour une révolte qui élève– que dans la mémoire de tous les Hommes rassemblés –tous des singuliers du vivant car il n’y a pas de commun des mortels– autour de la pierre pour marquer au burin –le moindre coup résonne de toutes les langues qu’il faut pour faire parler la terre– tout ce peuple debout qu’il y a en chacun –qui déborde toujours puisque solitude n’est que conscience des autres– qui depuis toujours croit en l’Art comme en Dieu –juste après l’invention des paupières l’Homme décida lui-même de ce qui l’obscurcirait– pour assurer ses avants et faire un pas de plus au risque de tomber dans les lueurs du jour –la lumière c’est terrible on n’ y voit pas l’obscur– autant de vivants sont morts par une seule balle bien lisse…


**


…marcher jusqu’au bout du crâne
tout en lèvres
jamais rien jamais tout
sonner juste juste pour sonner
l’Art
à cloche-langue sans peine
sur un pied pour
juste rester debout…



Jean-Claude Goiri,
le 24 mars 2015



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COPEAUX A BARDO(S)…II

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…ils font place nette pour inoculer le regard –celui qui n’a qu’un œil ne voit pas le relief– où le rien est une arme à rabaisser la masse –elle ne fait que la moitié du geste l’autre part est pour ceux-là qui la mènent– lui enlever tout passé tout espoir de pourvoir au jour –comme un drapeau le jour tenu par une seule main– où le vide est si plein que l’art est nécessaire –puisque l’art c’est l’autre où chacun se voit– à se construire un être où tout un peuple se reflète –juste avant l’apparition des miroirs l’Homme se reflétait dans l’eau claire et mouvante– juste avant de se dire qu’il faut créer une place où le regard se débrouille…

**

…au poids des mots au jugé
l'illusion humaine est si forte
que j'ai fini par y croire
au poids des mots
de l’humain
qui tire à vue sans y croire
à l’humain
du poids des mots

démonstration

du poids des armes sur les Hommes les choses
d’une vérité qu’ils détiennent
levant le poème religieux
le croire et le pouvoir sont si lourds
que ce sont les seuls poings qu’ils tiennent
mais en face
d’autres poings s’élèvent pour dire
la poésie n'est pas l'acte d'énoncer une vérité
mais plutôt celui d'en supposer plusieurs…




Jean-Claude Goiri, le 25 mars 2015



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*


Cercle de fiel incandescent
au bord des lèvres
au bout des mots
la haine envenime le monde

combien de temps encore
tuer massacrer éradiquer
décimeront la terre ?

la peur au ventre
plein cœur
jusques à quand

cercle de fiel enfermement
larmes de sang supplices
l’homme par l’homme
meurtri avec acharnement

fusils à bout portant
crachent leur sève maligne
la vie a pris visage
de l’horreur

la bouche hideuse de la mort
arrache extirpe crève
pleurs et gémissements
râles humeurs et os

quand ― ose une voix
au-dessus du tumulte ―
cesserons-nous d’abreuver
le monstre jamais repu

de colère de fiel
de feu et de cris
d’injures de crachats
de flammes et de sang

dressé dans sa folie aveugle
l’homme contre l’homme
jusques à quand

est-ce vivre que d’assister
sans fléchir à la marée acerbe
de la violence
emportée dans sa trajectoire
de mort

est-ce vivre que haïr ?



Angèle Paoli,
Le 25 mars 2015


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Mon sang se glace


*



Mon sang se glace
En quelques blocs taillés
de rouge se teinte

Mon humeur
se fige
comme la pierre dans les soubassements de la ruine

Un son , puis un autre
des bruits de balle
qui résonnent, s’amplifient
comme une vague tueuse

Des coups à un visage
comme une faille dans l'air
transperce le rayon de soleil

Hier je n'ai pas voulu
et aujourd'hui je ne peux pas

Je risque le silence
de peur que mes mots blessent

Je risque la couleur
mon pinceau glisse
et s'étend dans un univers gris

noir

de principes morcelés, déchiquetés

Et d'un coup mon sang se déglace ...

Je crie

Je crie jusqu'à n'en plus pouvoir

Jusqu'à ce que ma peau en tremble

Jusqu'à sentir la sueur lymphique
couler sur les ossements
mis en lumière ….

Jusqu'à à en mourir....




© OSO 26 mars 2015

Nataliah Oso



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*


COPEAUX A BARDO(S)…III



*


…l’inculture se cultive en perçant la rétine –avec une balle c’est mieux sur le mur le sang dérange mieux les fleurs de la tapisserie– de tout un peuple adossé à ses grands murs porteurs –il faut voir comme ils tiennent depuis la nuit des temps– qu’il dressa de ses mains les doigts dans les cheveux –les cheveux les mots récupèrent tout de l’Homme l’incertain le sûr le nocif le tangible– pour démêler l’étincelle qu’il voyait dans le noir– l’obscurité est terrible car on y voit la moindre lumière– et en sculpter le bruit pour comprendre un peu tout –traverses plaintes briques tout lui sert de support– c’est que l’art lui promet qu’il n’est pas seul au monde –les oiseaux chantent bien avant l’aube car sinon le jour ne se lèverait jamais – qu’il attend le regard de celui qui attend peut-être en plein jour mais souvent dans la nuit –la nuit est faite de larges rétines suspendues aux lèvres du monde– quand s’enflamme soudain l’artefact l’esprit –qui n’a pas de limites ce sont les choses qui en ont– se construit des collines pour pouvoir y grimper –c’est l’ascension qui compte ce n’est pas le sommet– s’éloignant ainsi de la terreur des plaines où dans le plat règnent à l’aveugle les rétines de ceux-là qui cultivent l’inculture…


**

…punir entièrement
de la tête aux pieds toujours punir
celui qui écoute celui qui voit
celui qui sait que l’Art c’est
la brillant de l’enfant cheminant dans le noir
sculptant ses idées aux coups d’œil qu’il noue

punir entièrement
de la tête aux pieds toujours punir
à paroles tordues tout un corps se dénoue
de tout
aux gestes complexes ses armes se nouent
d’un rien
pas de naître en tête ni d’images de nous
à se demander même si un jour vraiment
son corps est passé par les lèvres du monde…



Jean-Claude Goiri, le 26 mars 2015



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ATTENTAT ****


*


attentat

ce n'est même pas un nom
s'ils en avaient un ou s'ils n'en avaient pas
si je dis oui ou si je dis non
c'est bien trop tôt et bien trop tard

plus rien ne les nomme

la corde lisse autour du cou n'existe pas
ni le triangle de la lame
ni le billot ni la hache
ni les cailloux ni les chevaux qui n'écartèlent rien
ni la ciguë ni l'injection docile
ni le dernier fauteuil en tonnerre
ni coups de pied ni coups de poing
point de mur mitraillé

rien

rien de ceci ni de cela
même pas un jugement
même pas de colère ou de révolte partagée
même pas d'étendards
même pas un mot
même pas un regard

qu'un baptême tremblant qui déloge la vie



Chloé Charpentier
Le 24 mars 2015


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*



à travers la grille
de codes de conventions de prisons
de poisons pour l'esprit
de dieux ou de diables qui font corps
sur le grill de l'enfer

aller de travers
et tenter
de marcher droit
dans la brisure de verre qui déforme toutes choses

tous ces martèlements de mots
manient les armes
contre soi
et les magnent si bien
que même les blessures ne demeurent pas
qu'il ne reste qu'un épais brouillard
dans lequel on viole la vie

bourreau tu es
la première victime
que l'aveugle lumière a tuée



Chloé Charpentier,
Le 26 mars 2015



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*


Toute la journée
regarder passer les anges
dans le cadre laqué
où tout un paradis
mélange la palette chromatique

toute la journée
assis sur un banc
concentrer son regard sur un seul tableau
et plonger tellement en-dedans
qu'il semblerait qu'on y vive

toute la journée
réservée pour l'expérience
du pigment des formes des détails de poils du pinceau qui font
mouvement

toute la journée
peut-être d'autres

ont-ils couru d'une œuvre à l'autre
Et puis
en moins de cinq minutes

toute la vie s'éteint

les regards posés sur les toiles
ne voient plus
la bombe posée sur le sol

la mort
comme leurs yeux
est venue faire bombance.



Chloé Charpentier,
Le 26 mars 2015


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ENVOLÉE


*



Vous pensiez menez la danse. Ne savez-vous donc pas
Qu’en toute transhumance tout ce qui monte redescendra?
Que serait donc la femme si de malice elle n’était habillée
Il faut bien qu’elle se pâme par quelques pieds de nez!
Gardez donc l’Univers, je prends la Terre mère.
Enfant légitime de Gaïa, je la porte à bout de bras.
Après avoir connu les étoiles, les vents et les voiles
En myriades de particules, j’éclate comme une bulle.
Je deviens l’insolante rivière qui sillonne la nourricière
Je suis la consciencieuse fourmi dans l’infiniment petit
Qui laborieusement travaille sans relâche et sans faille.
Je suis la petite brindille qui se mêle au vent
Et qui le titille pour aiguiser ses tourments.
Je suis fille de la pluie dont les larmes de l’oubli
Parcourent les semis pour enfanter la vie.
Je serais le jour tandis que vous serez la nuit.
Les étoiles ne se rencontrent pas mais ce sont des divas.
Dis vague à l’âme, Ô Sésame, mais ne t’ouvre surtout pas
Car bien que mon envie soit toute particulière
Et de mes pieds nus parcourir la terre
Je ne tiens pas à ce qu’elle s’ouvre sur l’enfer
Seul lieu que nous ne voulons pas découvrir
Même si une étoile un jour se doit de mourir.


Laurence Nicolas. 27 Mars 2015


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Torture

Laissez-moi ...
laissez-moi …
laissez-moi vous dis-je !!!

vous ne comprenez pas ?

Je ne veux entendre
que le Silence

Le Silence …

plus de cri, sortant de ma voix brisée …

Le Silence ...

Entrer dans ma tête
et se repaître
d'un instant
d'un souffle

Laissez-moi !
Ne me brusquez pas !
Pas méchamment...
Pas brutalement !....

plus de sang séché sur mes mains écrasées ...

NON …..

je ne veux entendre
que le Silence...

Entendre mon souffle...
jusqu'à qu'il ne soit plus

Laissez - MOI !!!!!

plus de couteau dans mes entrailles …

Laissez - MOI !!!!!

MOI...
MOI...
MOI...

jusqu'à mon inexistence ! ….

Là...

plus qu'un instant ….

Là ...

Plus que le SILENCE …

Là...

Je ne suis plus rien...
Rien qu'une ombre...
survolant l'étendue
brûlante
du désert....

Me fondre...

Laissez-moi
me fondre
dans l'immensité
de l'Univers ….



© OSO 27 Mars 2015

Nataliah OSO


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Attends le dernier train ou le dernier métro ou le dernier taxi
la réponse à tout le bonheur peut-être dans l'étiolement des nuages qui se réverbèrent sur les carrelages
une poussée de fièvre et le souffle qu'il manque à l'audace de vivre
et là le tintement des cristaux de pluie dans la rosée du matin
pour toi la poignée de main chaleureuse qui dit « sois ici chez toi »
et le clignement d'yeux ahuris sur ton visage lui-même tant attendu
attends encore un peu
l'herbe fraîchement coupée qui caresse tes pieds nus
attends-les pour être aimé et pour aimer
attends ces visages connus par la seule race des hommes qui sonne au carillon de l'amour
attends ton père il est là
attends ton frère qui arrive
et attends
attends donc ta sœur et eux tes ancêtres
attends ta mère
attends ta
ta
attends ta... quoi... attends ta... attends...ta



Chloé Charpentier,
Le 27 mars 2015


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*


faiseurs-de-morts dieux-cimetières équarrisseurs-d'âme fraudeurs-du-paradis champignons-à-cœur crève-chagrin annonceurs-des-rubriques-nécrologiques abstinents-d'amour violents-disgraciés abcès-à-la-vie dents-cassées morsures-à-l'intelligence apprentis-démons griffeurs-de-peau poison-dans-l'eau Graal-alcoolisés idées-des-jours-de-pluie oublieurs-de-tendresse brutes-et-truands-sans-chapeau ennemis-des-petits-oiseaux bouffeurs-de-larmes avaleurs-d'acide-chlorhydrique alchimistes-de-la-bombe-hache cascadeurs-ratés éventreurs-de-printemps bousilleurs-de-tableaux fumistes-iconoclastes puis le reste avec mais ça n'a plus de sens ....
non...
ça n'a plus de sens ...



*


Chloé Charpentier,
Le 28 mars 2015


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*


Tornades



Chaos d'un monde fracassé
injustice oppression inégalité ________ en cascades
roulent les larmes
ricanent les financiers __________ arrogance
vers les paradis dorés évasion
Les vents de corruption s'abattent
sur les plus démunis
les sans travail
sans respect
sans abri
Tornade
Guerres assassines fratricides
des fous de Dieu
intégristes de la haine
Femmes emprisonnées lapidées décapitées _____ toujours
pour assouvir vos mâles superstitions
vos insatiables appétits de pouvoir
vos stupides interprétations de la Loi
vos frustrations imbéciles
Tornade
Terre de Palestine occupée écartelée
résolutions onusiennes bafouées violées _______ lettre morte
Ô Jérusalem tes extrémistes
plénipotentiaires ou suicidaires
chassent tout rêve de paix ___________ à jamais
et le sang balayé par les vents de haine
en flots noirs se répandsur les oliviers déracinés
sur les colombes foudroyées
Tornade
La Planète meurtrie ________ libère
les vents ravageurs les flots indomptés
soulève les éléments vengeurs
sur les terres craquelées des déserts
et en quelques instants de fureur ________ noire et rouge
balaie les maisons des hommes
les vies des hommes
dont il ne reste qu'amas de décombres ruines fumantes
odeurs pestilentielles
sous le glaive impitoyable de Gaïa ______ mater dolorosa
Tornade
Mon âme s'enflamme ______ puis
déboussolée se noie
de soubresauts en soubresauts
de mots de miel en silences d'amertume
de rires lumineux d'espérance
en nuits noires où _____ sans toi
mon coeur se perd
L'Amour est triste
nos vies misérables ______ fétus de paille
emportés demain
par la Mort
en
tornade




*


© F.Ruban
Le 23 mai 2013

Poème extrait d'un recueil paru en octobre 2014, L'Âme des marées , éditions épingle à nourrice
Tous droits réservés. Protégé par copyright


*

Poème offert  le 28/03/2015 par Françoise Ruban en soutien à cette polyphonie, merci!

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Quand pleurent les lendemains




Tu te souviens
les lendemains qui chantent ____ ton credo
rebelle militante
sous la bannière rouge la lutte finale
guerres dictatures pouvoir patronal
tu condamnas
Ho ho ho Ho Chi Minh
dans les rues maintes et maintes fois on te vit
scander crier chanter
les lendemains qui chantent
Ô Jérusalem
que de problèmes de dilemmes
tu me posas
déchirée épouvantée _____ Nuit et brouillard
la Shoah ___ Non
plus jamais ça
Et pourtant autour de ton cou le keffieh d'Arafat
tu portas
Ô Palestine deux peuples frères une seule terre
tu dis ____ Non
au Mur de la honte en Cisjordanie
défigurée exsangue meurtrie
Tu te souviens
t'être recueillie sur les ruines fumantes
rue Copernic rue Desrosiers
tête basse lèvres tremblantes
synagogues cimetières écoles ________ par la haine profanés
innocentes victimes de la barbarie
fous de dieu fous de puissance et de cruauté
Aujourd'hui en ces jours de mai
malgré la senteur des roses
fatiguée meurtrie les cheveux blanchis
tu entends ______ le ciel gronde
et rugit la bête immonde
"Anne ma soeur Anne ne vois-tu rien venir"
chante le poète
le Musée juif de Bruxelles devint votre cible
la terre ruissela rouge du sang répandu par les rues
En Europe _________ en France surtout
la peste brune déferle en vagues bleu marine
sur nos fragiles dunes
Ô jeunesse déboussolée en pleine tempête
ton ignorance allume cette déferlante
" la Beauté du diable" pour unique bagage
chantait Louis Aragon
Et toi mon ami
ce matin
devant le Musée juif de Bruxelles
seul tu te recueilles ______ loin
des foules aux appétits curieux
par la pensée tu m'y emmènes
je dépose une rose blanche
par des gouttes de sang vite salie
Je te dis
merci



*



© F.Ruban
Le 26 mai 2014

Tous droits réservés
Protégé par copyright



*

Poème offert  le 28/03/2015 par Françoise Ruban en soutien à cette polyphonie

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LA TRAHISON


*


J'ai trahi l'enfant
qui venait à moi
lorsque je lui ai dit ne pleure pas ...

j'ai trahi cette matinée
lorsque j'ai souhaité le soleil pour l'illuminer

j'ai trahi la terre du verger
lorsque je lui ai dit que cette année
les fruits seront les plus dorés

j'ai trahi mon sang,
mon visage
et j'ai fait couler
mes larmes sur son visage

J'ai décousu la terre
et elle s'est déversée

j'ai trahi l'Amour,

Et j'ai fait la guerre …



*


© OSO
Le 28 mars 2015

Nataliah OSO




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Je voudrais ajouter à cette Polyphonie Tunisie, organisée à l'initiative d'Angèle Paoli et de mon amie Martine Cros, avec la collaboration de poètes de talent d'une humanité profonde et sincère, une oeuvre d'un artiste ami dont j'apprécie les qualités picturales, photographiques, humaines, Michel Giliberti. Il est également poète, né en Tunisie où il passa son enfance et son adolescence. Actuellement il vit de nouveau là-bas, une grande partie de l'année.
F.Ruban









J'ai déjà présenté quelques-unes de ses oeuvres ici