jeudi 4 janvier 2018

Sur les sentiers de l'enfance


Pour la Saint Sylvestre et le passage à l'An neuf 2018, j'ai rejoint quelques jours la maison de mon enfance et les chemins qui m'ont vu galoper, batifoler, rire, tomber amoureuse, pleurer...
C'est là-bas que vivaient mes grands-parents maternels, petits paysans qui travaillaient dur.
C'est là-bas que maman a vécu ses dernières années.
La ferme de Berthe et Léon a été vendue. Nous avons gardé la maison de maman.






La brume installée pour la journée donne une grande douceur à ces paysages de collines rondes. L'image ne peut montrer la violence du vent qui s'est abattu sur nous. Je le ressens pourtant sur mes joues et dans mes cheveux ébouriffés.




Gamine, j'allais garder les vaches avec ma grand-mère et la fidèle Paka qui veillait sur le petit troupeau. Berthe reprisait des chaussettes sur son oeuf en bois. J'en profitais pour cueillir quelques fleurs, parfois j'emportais un canevas ou un illustré. Ma plus grande joie était de sortir le goûter qui n'avait pas la même saveur au milieu des champs !





Vite se mettre à l'abri dans cette allée du bois ! Quelques rayons de soleil laissent deviner de belles éclaircies bleues. 
Ce qui me plaît dans cette campagne, c'est qu'il suffit de marcher quelques centaines de mètres pour rencontrer des petits bois comme celui-ci. On se sent très vite éloigné du monde. Regarder la Nature qui change d'habit selon les saisons. Réfléchir, rêver... bavarder avec soi-même, avec les absents qui foulèrent cette même terre. 





Beaucoup moins timide, le soleil éteint les arbres déjà bien décharnés. Il y a Lui et l'ombre alentour !





La mare et sa minuscule presqu'île, notre terrain de jeux favori et... interdit !
Autrefois, elle servait d'abreuvoir, les paysans y conduisaient leurs vaches. Les femmes avaient un plus petit bassin pour laver le linge. Aujourd'hui, les deux se sont rejoints.
On raconte que certains s'y sont noyés pour mettre fin à une vie trop dure à supporter.








Pour les enfants que nous étions, c'était là que nous jouions à Robinson ! L'hiver, nous bravions les interdits en faisant quelques glissades sur la glace... fous que nous étions ! A la belle saison, nous y laissions les poissons rouges gagnés à la fête foraine, que nos parents refusaient d'emporter. Pendant des décennies, ils s'y sont multipliés, croisés avec des carpes. Ils étaient aussi beaux que les koïs japonais ! Et puis et puis, les enfants les ont oubliés, des pêcheurs sont venus...
Ne restent que quelques canards sauvages qui font le régal des renards, lorsque les hivers sont rigoureux.





On pourrait croire qu'il s'agit de la lune, mais non, simplement le soleil qui s'efforce de percer le ciel de cendre. A chaque apparition j'y croyais, quand surgissaient de vilains nuages noirs poussés par le vent.




"Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;(....)"

Comme Baudelaire a su nous dire ce Spleen qui s'abat sur notre âme !


Si vous observez avec attention vous apercevrez d'infimes notes bleues...
Dans l'heure qui suivit, tout le ciel a jailli éclaboussé de bleu !







les 2 et 3 janvier 2018

© photos fruban


De sentiers en vallons, de reflets en odeurs. J'ai rencontré des souvenirs, des couleurs d'autrefois. Surtout ne pas laisser les pensées, les émotions de l'enfance m'envahir. Simplement respirer, regarder, marcher doucement des heures durant. Rejeter la mélancolie lourde qui s'abat avec l'hiver. Et ce mois de janvier que j'aimerais rayer à jamais. Effacer ce passé qui revient sans être invité. Eplucher ses strates, ne retenir que rires, légèreté, insouciance. S'il suffisait de vouloir....

fruban
17 janvier 2018




Ô nostalgie des lieux qui n'étaient point
assez aimés à l'heure passagère,
que je voudrais leur rendre de loin
le geste oublié, l'action supplémentaire !

Revenir sur mes pas, refaire doucement
- et cette fois, seul - tel voyage,
rester à la fontaine davantage,
toucher cet arbre, caresser ce banc ...

Monter à la chapelle solitaire
que tout le monde dit sans intérêt ;
pousser la grille de ce cimetière,
se taire avec lui qui tant se tait.

Car n'est-ce pas le temps où il importe
de prendre un contact subtil et pieux ?
Tel était fort, c'est que la terre est forte ;
et tel se plaint : c'est qu'on la connaît peu.

Rainer Maria Rilke
( Vergers )

lundi 1 janvier 2018

L'un de mes plus beaux réveillons, de Cristian Ronsmans, à propos d'une soirée au Parc Maximilien (Bruxelles)






L'un de mes plus beaux réveillons avec une belle rencontre.
Dans les Ardennes belges, accueillis chez une amie pour ces quelques jours:
Jonathan, jeune migrant éthiopien, 20 ans de confession grecque orthodoxe et Dany jeune migrant éthiopien de confession protestante.
Je garderai longtemps en mémoire ces visages mêlant sourire confus, tristesse et regard perdu au loin vers Addis Abeba, vers les épreuves insoutenables des routes depuis les hauts plateaux vers la Libye, puis le camp, puis le bateau, des morts, l'arrivée en Italie et finalement à Bruxelles au Parc Maximilien. Dormir sur le sol par tous les temps, les forces de l'ordre dans le dos et les bénévoles en face.
Jonathan et Dany, mes amis d'un soir, représentants si jeunes et si émouvants dans la dignité, de toute l'exclusion du monde, vous qui avez déjà vieilli avant d'être jeune, c'est à vous que vont mes vœux les plus chaleureux
Merci Edith, Linda et Nathalie de nous avoir offert ce magnifique réveillon. Et merci pour votre courage exemplaire.

Cristian Ronsmans

le 1er janvier 2018




Pour compléter ce beau texte si émouvant de Cristian R, deux émissions de la Rtbf
L'une du 18 novembre 2017, l'autre du 28 décembre.
A écouter et/ou lire en cliquant sur les liens

1- 18 novembre 2017

Sur Rtbf


"Hébergement au Parc Maximilien: dans les coulisses de l'opération d'hébergement des migrants


Depuis début septembre, la Plateforme citoyenne organise l’hébergement de 2 à 300 personnes, chaque nuit. Les migrants du Parc Maximilien sont logés dans des familles à Bruxelles, Liège, Namur, mais aussi dans le Hainaut. Le temps d'une nuit ou plus. Côté néerlandophone, le mouvement commence à prendre. Une poignée de bénévoles fait tourner cette chaîne de solidarité. Reportage."

Aline Wavreille
 Publié le samedi 18 novembre 2017 à 10h00

La suite en cliquant sur le lien (......)


2- 28 décembre 2017

Sur  Rtbf

Le parc Maximilien vu par John Vink: des photos pour montrer l'élan citoyen envers les migrants

Très bel article, à lire et/ou écouter, en cliquant sur le lien

Distribution de nourriture par des citoyens - © MAPS John Vink


vendredi 29 décembre 2017

Redessiner le monde, poème fruban




Redessiner le monde


Le monde est fou les gens sont fous
Moi j'ai froid partout
dedans surtout
Tout est gris
de ce gris qui jamais ne sourit
Mon cœur est cendre-gris

Et pourtant que de lumières
de guirlandes éblouissantes
Couleurs d'artifices clignotantes
Magie de la fée Carabosse
Ces illuminations m'en-grisent
le cœur et l'âme

Arborer la Madone palestinienne
un poème de Mahmoud Darwish
Relire écouter La petite fille aux allumettes
larmes aux paupières
Je me souviens
Noël dans le cœur de l'enfant que j'étais

Toi dans la chambre à côté tu ris
Tu ris et dessines allongé sous la table
Et on s'en fout des agapes et des lumières clinquantes
Juste une plume un crayon et
redessiner le monde
illuminer la Vie



Si au moins il pleuvait un petit peu dans ta main, je serais heureux 




© fruban

quelques jours en décembre 2017

Tous droits réservés

recueil en cours





photo du Net

jeudi 28 décembre 2017

Jacques Prévert parle de Robert Desnos


















Robert, Robert Desnos
Je suis devant un micro et je parle de toi
et tu es là toi aussi
et même si tu te tais, nous parlons tous les deux
tous les deux comme hier qu’il serait idiot
d’appeler déjà autrefois
Bien sûr le temps nous dépasse
nous impasse
nous trépasse
c’est l’impasse-temps
le trépasse-temps
Mais qu’il soit spatial
ou des cerises, ou perdu, ou gagné
le temps, Robert, dis-moi qui sait ce que c’est
le temps, Robert, dis-moi qui sait ce que c’est.
Il n’a pas de présent
le temps ne fait pas de cadeau
mais ce qu’ils appellent le souvenir
quand il est vrai il est vivant.
Et je parle avec toi  comme il y a des années
dans la rue Saint-Merri, au comptoir d’un bistrot
comme à la terrasse de Cyrano
un Cyrano de Montmartre et pas d’Edmond Rostand
comme à la radio pour Deharme
quand nous faisions des essais de publicité improvisée :
toutes les semaines, deux idiots parlent de la baleine
C’était peut être un projet pour une marque de savon
de parapluie ou de corset
est-ce que je sais ?
on disait des âneries immédiates
des absurdités instantanées
l’absurde n’était
pas encore à la mode
il n’était pas catalogué
on riait, on riait
et maintenant tu es mort
tu es mort
mais tu n’es pas mort à la guerre
tu es mort contre la guerre, la haine, la connerie.
Robert, mon ami
André Verdet m’a raconté qu’à Buchenwald
lorsqu’ arrivait un nouveau convoi de déportés, tu disais :
«Peut être que Prévert est là-dedans»
C’est une grande preuve d’amitié
qu’avoir envie, sans réfléchir, de retrouver un ami.
Et puis sur un grabat de liberté
le typhus t’a emporté.
Comme les hommes, les rats
font la guerre
et la guerre, comme pour les rats,
c’est bonne affaire
une valeur sûre et déclarée
mais on ne déclare jamais la paix
on en parle mais si la guerre est trop froide
au napalm on la fait réchauffer.
Enfin, au revoir, Robert
à la radio aussi le temps est compté
mais l’oiseau bleu couleur du temps
du temps du rêve
du temps de vérité
te salue et te chante amitié


Jacques Prévert



Couplets de la rue de Bagnolet


Le
Soleil de la rue de
Bagnolet
N'est pas un soleil comme les autres.
Il se baigne dans le ruisseau,
Il se coiffe avec un seau,
Tout comme les autres,
Mais, quand il caresse mes épaules,
C'est bien lui et pas un autre,
Le soleil de la rue de
Bagnolet
Qui conduit son cabriolet
Ailleurs qu'aux portes des palais,
Soleil, soleil ni beau ni laid,
Soleil tout drôle et tout content,
Soleil de la rue de
Bagnolet,
Soleil d'hiver et de printemps,
Soleil de la rue de
Bagnolet,
Pas comme les autres.

Robert Desnos




Jacques Prévert
photo du Net





Robert Desnos
photo du Net



mardi 26 décembre 2017

Lettre de Paul Eluard à Joë Bousquet




20 décembre 1928

Mon cher ami,

Noël ? Je hais Noël, la pire des fêtes, celle qui veut faire croire aux hommes « qu’il y a quelque chose DE MIEUX sur la terre », toute la cochonnerie des divins enfants, des messes de suif, de stuc et de fumier, des congratulations réciproques, des embrassades des poux à sang froid sous le gui. Je hais les marchands de cochon et d’hosties, leur charcuterie, leur mine réjouie. La neige de ce jour-là est un mensonge, la musique des cloches est crasseuse, bonne au cou des vaches. Je hais toutes les fêtes parce qu’elles m’ont obligé à sourire sans conviction, à rire comme un singe, à ne pas croire, à ne pas croire possible la joie constante de ceux que j’aime. Le bonheur leur est une surprise.

Et puis, votre lettre me désole. Comment n’avez-vous pas pu vous procurer les disques que je vous indiquais. N’importe quelle maison un peu moderne de disques de Marseille, de Paris, vous les procurerait en quelques jours. Et j’y tenais tant. Enfin, dites-moi tout de suite si je dois vous les faire envoyer par des amis ? Si votre gros Dumont s’adresse à ses fournisseurs habituels, il est peu probable qu’on les lui procure. Il y a partout, dans les Cahiers du Sud, N.R.F., Variétés, etc., des annonces de marchands « à la page », comme on dit.

Mais je dois avoir ces jours-ci la visite d’une amie très au courant de ce genre de recherches et qui m’est très dévouée. Elle sera sûrement très heureuse de vous les trouver tous. Et très vite. Sinon, vous allez vous ruiner en achats au petit bonheur. Tous les petits marchands à la Dumont tiennent à se débarrasser de leur stock et laissent en panne, intentionnellement, les nouvelles commandes.

J’ai eu la visite ces jours-ci de Arp et de Max Ernst. Entendu pour votre tableau. Nelli m’a écrit. Il fait un froid solide.

Vous ne me dites pas si vous avez Les Malheurs des Immortels. Chantiers est bien long à paraître. J’en suis fort curieux.

Croyez-moi très affectueusement vôtre,

Paul ELUARD.

(En marge de la première page) :

Pourquoi faut-il que la joie des enfants soit pour ce jour-là et souvent ce jour-là seulement et souvent jamais.

Paul Eluard
in, Lettres à Joë Bousquet
Les Editeurs Français Réunis (1973)



Paul Eluard
photo du Net



samedi 23 décembre 2017

Complainte de Vincent, Jacques Prévert



Complainte de Vincent

à Paul Eluard



 A Arles où roule le Rhône

Dans l'atroce lumière de midi

Un homme de phosphore et de sang

Pousse une obsédante plainte

Comme une femme qui fait son enfant

Et le linge devient rouge

Et l'homme s'enfuit en hurlant

Pourchassé par le soleil

Un soleil d'un jaune strident

Au bordel tout près du Rhône

L'homme arrive comme un roi mage

Avec son absurde présent

Il a le regard bleu et doux

Le vrai regard lucide et fou

De ceux qui donnent tout à la vie

De ceux qui ne sont pas jaloux

Et montre à la pauvre enfant

Son oreille couchée dans le linge

Et elle pleure sans rien comprendre

Songeant à de tristes présages

Et regarde sans oser le prendre

L'affreux et tendre coquillage

Où les plaintes de l'amour mort

Et les voix inhumaines de l'art

Se mêlent aux murmures de la mer

Et vont mourir sur le carrelage

Dans la chambre où l'édredon rouge

D'un rouge soudain éclatant

Mélange ce rouge si rouge

Au sang bien plus rouge encore

De Vincent à demi mort

Et sage comme l'image même

De la misère et de l'amour

L'enfant nue toute seule sans âge

Regarde le pauvre Vincent

Foudroyé par son propre orage

Qui s'écroule sur le carreau

Couché dans son plus beau tableau

Et l'orage s'en va calmé indifférent

En roulant devant lui ses grands tonneaux de sang

L'éblouissant orage du génie de Vincent

Et Vincent reste là dormant rêvant râlant

Et le soleil au-dessus du bordel

Comme une orange folle dans un désert sans nom

Le soleil sur Arles

En hurlant tourne en rond.


Jacques PRÉVERT

in, Paroles, 1946




Van Gogh, autoportrait




jeudi 21 décembre 2017

Désir / Deseo, de Federico Garcia Lorca





Désir

Rien que ton coeur brûlant,
Rien d’autre.

Mon paradis: un champ
Sans rossignols
Ni lyres,
Avec une fontaine
Et un filet d’eau vive.

Pas de vent qui éperonne
Les frondaisons
Ni d’étoile qui veuille
Se faire feuille.

Un jour immense
Y serait
Le ver luisant
D’un autre jour
Dans un champ de
Regards brisés.

Lumineux repos
Où tous nos baisers,
Grains de beauté sonores
De l’écho,
Iraient là-bas éclore.

Et ton coeur brûlant,
Rien d'autre.

Federico Garcia Lorca




Version originale




Deseo

Sólo tu corazón caliente,
Y nada más.

Mi paraíso, un campo
Sin ruiseñor
Ni liras,
Con un río discreto
Y una fuentecilla.

Sin la espuela del viento
Sobre la fronda,
Ni la estrella que quiere
Ser hoja.

Una enorme luz
Que fuera
Luciérnaga
De otra,
En un campo de
Miradas rotas.

Un reposo claro
Y allí nuestros besos,
Lunares sonoros
Del eco,
Se abrirían muy lejos.

Y tu corazón caliente,
Nada más.

Federico Garcia Lorca



Federico Garcia Lorca
photo du Net

mardi 19 décembre 2017

Des barreaux d'hier à l'éternité demain, poème fruban




Vivre c'est survivre à un enfant mort

  Jean Genet
in, Journal du voleur




Des barreaux d'hier à l'éternité demain




Il est étrange comme les mots font voyager
Entre le bleu de la Grèce la beauté de son alphabet
les barreaux de ta fenêtre ton soleil jaune
Une coïncidence devint vite connivence
Toujours ce fil qui relie deux esprits
A l'instant même j'eus le désir de t'offrir
le poème de Verlaine – Colloque sentimental -
Un déclic une impulsion subite
De barreaux en prisonniers
Me voici ici sous les nuages gris devant la page vierge

Je sais qu'au-delà de l'éternité nous continuerons 
à bavarder à rire comme ces deux spectres
Jamais je ne lâcherai ta main

Des milliers des millions de prisonniers
derrière les barreaux rêvent de s'évader
Barreaux des prisons barreaux de la Vie
Ce jour-là deux se sont croisés
Deux poètes blessés par l'Amour meurtris par la Vie
un troisième les a vite rejoints
Ce fut le rendez-vous des « poètes maudits »
Réunis tous les trois au mitan de nos plumes
Journal du voleur1 ou Voleur de poules1
Rebelles de petits ou grands chemins

Verlaine avait plaisir à dire que les barreaux 
à la fenêtre de sa geôle étaient en bois
Ce qui est vrai  __   l'anecdote est délicieuse

Ils s'appellent Paul Jean ou Roger
Tous les trois réunis là-haut -  tu sais
Trois spectres qui tiennent colloque
et qui se marrent de toute cette rigolade
dégoulinante  __  Fêtes de fin d'année qu'ils disent
Tandis que s'affairent les marchands du temple
Je sais qu'un jour nous les rejoindrons
et nous regarderons s'agiter les pantins
et nous rirons comme des fous.


© fruban

19 décembre 2017

Tous droits réservés

travail en cours

Journal du voleur, Jean Genet
   Voleur de poules, Roger Knobelpiess





Colloque sentimental


Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

- Te souvient-il de notre extase ancienne?
- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois-tu mon âme en rêve? - Non.

Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.

- Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !
- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.


                                                     Paul Verlaine




Jean GENET

Roger KNOBELSPIESS


Photos du Net



lundi 18 décembre 2017

Poèmes , Denis Tellier

J'ai une fenêtre sur cour
qui me donne du gris
un gris pas comme les autres
un gris comme aujourd'hui
le soleil jaune est plus loin
il ne vient jamais par ici
il a peur de colorier mon gris
il a peur de donner de l'ombre
aux barreaux de ma fenêtre
et à ceux de mon lit
il a peur d'éclairer ma cellule
et la plume de mes écrits

                                   à Jean Genet

© Denis T

photo Denis T
manuscrit




Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara


© Denis T

Tous droits réservés



photo Denis T
manuscrit
décembre 2017


J'ajoute cette superbe collaboration entre un poète et une plasticienne, Denis Tellier et Anne-Marie Donain-Bonave



© Oeuvre Anne-Marie Donaint-Bonave
Tous droits réservés

le 26 décembre 2017







dimanche 17 décembre 2017

Octavio Paz, Pierre de soleil (extraits)





... Un saule de cristal, un peuplier d'eau,

Un haut jet d'eau arqué par le vent,

Un arbre bien planté quoique dansant,

un cheminement de rivière qui s'incurve,

avance, recule, vire et arrive toujours:

une démarche paisible d'étoile

ou de printemps sans hâte.



Eau avec les paupières fermées

dont sourdent toute la nuit des prophéties,

présence unanime en houle,

vague après vague jusqu'à tout recouvrir.

verte souveraineté sans crépuscule

comme l'éblouissement des ailes

lorsqu'elles s'ouvrent en plein ciel.



Une présence comme un chant soudain,

comme le vent chantant dans l'incendie,

un regard qui maintient suspendu

le monde avec ses mers et ses montagnes.



Corps de lumière filtré par une agate,

jambes de lumière, ventre de lumière,

baies, roc solaire, corps couleur de nuage,

couleur de jour rapide qui saute,

l'heure scintille et prend corps,

le monde est maintenant visible dans ton corps,

il est transparent dans ta transparence.



Je vais entre des galeries de sons,

Je flue entre les présences résonnantes,

comme un aveugle je vais à travers les transparences, un reflet m'efface,

je nais dans un autre,

ô forêt de piliers enchantés,

sous les arcs de lumière je pénètre

dans les corridors d'un automne diaphane...



                                                                    *


 ….

Vêtue de la couleur de mes désirs

comme ma pensée tu vas nue,

je vais par tes yeux comme dans l'eau,

je vais par ton front comme par la lune,

comme le nuage par ta pensée,

je vais suivant ton ventre comme dans tes rêves.



Tu es pluie toute la nuit, tout le jour,

tu ouvres ma poitrine avec tes doigts d'eau,

tu fermes mes yeux avec ta bouche d'eau,

sur mes os tu fais la pluie, dans ma poitrine

un arbre liquide plonge ses racines d'eau,



Je vais par ta taille comme par une rivière,

je vais par ton corps comme dans un bois,

comme dans la montagne,

sur un sentier qui aboutit soudain à un abîme
...


                                                                        *

Octavio Paz est né en 1914 dans le village de Mixcoac, au Mexique et est mort en 1998. Pierre de Soleil a vu le jour en 1957 et a été publié dans son recueil Liberté sur parole, qui rassemble ses poèmes écrits entre 1935 et 1957.
En 1990, Octavio Paz reçoit le Prix Nobel de littérature.




Octavio Paz
photo du Net