samedi 14 avril 2018

Jacques Higelin


Je voulais faire tout péter








Sur TV5 l'invité, avec Patrick Simonin

Tous les jours, à 18h50 (heure de Paris), Patrick Simonin reçoit les personnalités qui font l'actualité sur TV5MONDE.





photo du Net



jeudi 12 avril 2018

A monsieur André Dhôtel, Denis Tellier




A monsieur André Dhôtel


C'est à l'ouest du massif Ardennais que vous trouverez
un territoire qui dénote et bouleverse le relief par sa
platitude, vous ne vous y tromperez pas en passant devant
ces plaines solitudes, les gens des environs
surnomment cet espace de désolation, la Champagne
Pouilleuse, excepté le jour de la Saint Cailloux où elle
reprend le nom de Champagne Crayeuse. Ce croissant
de terre s'étend le long du Porcien, puis passe devant
la Thiérache et rejoint parmi les ombres couchées de
quelques arbres plantés là sur le bord de la route, les
plaines Châlonnaises. C'est un paysage qui ne
bouleverse pas l'équilibre par sa beauté, Attila y passa
avec sa grande armée, nonchalant en regardant ses
pieds. Des champs de betteraves à perte de vue, pas
une ne dépassant l'autre, avec dessus rasant les
feuilles, une compagnie de perdreaux. Des distances à
en perdre ses yeux, à se diluer dans le flou des
chaleurs d'été. Des étendues grises nuancées,
pétrifiées, l'hiver, dont les couleurs se saupoudrent de
givre et se recouvrent de neige en novembre. C'est un
moment privilégié pour apercevoir en dérive - Le
bateau ivre -. c'est là que vivait Rimbaud, au bord de
cette mer de champs. Paysage remarquable, troublant
à en chercher des repères, avant le retour des brumes
comme une marée haute qui prend son temps, elle, la
grande plaine, la belle paresseuse, qui se recouvre
soigneusement de ses dentelles, pour en finir avec le
jour et se chiffonne à l'extrémité de la nuit sous les
étoiles, tout éblouie. C'est ce qui renforce une
irrésistible envie de rester là, planté, bouche-bée, à
réfléchir sur l'infini, sur la grandeur de la terre,
jusqu'au moment où une mouche éphémère très
particulière, la mouche de mai, désire faire le tour de
vos lèvres pour s'amuser. Éloignez-la d'un revers de
main, gentiment, vous quitterez en même temps votre
rêverie, qui finira par s'évaporer dans l'azur, pareille à
un songe déchiqueté, à une coque de bateau disloquée,
il vous sera alors très difficile de vous agripper à une
amarre, trop tard ! Vous serez gagné par l'immensité.
Car comme le disait si bien notre écrivain des
alentours, notre baroudeur des contours, André
Dhôtel, c'est – Le pays où l'on n'arrive jamais -, c'est
vrai que le fait d'y penser assècherait un encrier. C'est
lui le plumeur des recoins, notre scribouilleur d'encre
de sève, le maraudeur du plein pré, l'écumeur des
fossés, le coupeur de fleurs sous votre nez... Lui qui,
au détour d'un chemin, un bouton de trèfle fané à la
main, s'amuse à vous en expliquer les détails. Il a belle
allure à vous la montrer cette luzerne qui chauffe et
dégage en même temps au creux de sa paume une
odeur de foin mouillé. C'est encore elle qui se
retrouvera dans la pénombre du soir sur sa grande
table toute seule dans un verre à moutarde rempli à
moitié d'eau. On n'abandonne jamais, vous m'entendez
! jamais au grand jamais, une fleurette coupée au bord
d'un sentier. Il vous invite le conteur si vous le croisez,
à partager cette belle aventure dans la légèreté d'être,
le botaniste du "derrière le talus" . Certes, il est un
peu voûté, parcouru dans sa démarche par les
rhumatismes de son âge, mais à la vue du carrefour de
 Mazagran , il reprend de l'élan. Il se dirige à petits
pas vers ce lieu unique, là, où il n'y a rien à voir, car
même dans la rotation d'un cercle à 360° sur les talons
de vos chaussures, vos yeux aboutiront sur la seule
bâtisse de l'endroit, c'est le bistrot de la Madeleine, de
ses deux poules curieuses, de ses deux chats pensifs et des
hannetons qui volètent au-dessus de son toit au mois
de juin. On peut se demander ce que tout ce petit
monde peut bien faire là, au milieu d'un tel vide ?
Pourquoi une telle constance, un tel zèle en vain avec
le « Rien » ? Mais voilà, c'est aussi l'embranchement
de 5 ou 6 routes qui ont vu passer toutes les
armées, et surtout celle de nos mémorables ennemis
pour la reconquête du terrain, mais encore, celles qui
battaient en retraite avec dans le rythme de
l'essoufflement, le même martèlement de fers, le
piétinement des troupes et l'élévation dans les nues de
cette odeur caractéristique, qui est celle des grands
troupeaux dans leur divagation.
Pour notre écrivain, il est le point culminant, tout en
étant plat comme la main des rendez-vous, des
conversations partagées avec le premier quidam venu,
ouvrier et paysan, c'est là où se croisent paroles et
réflexions, des coups de rire qui s'enroulent dans les
coups de vent, de cette très belle philosophie que l'on
retrouve seulement au bord des champs. Oui, le plus
vieux des corbeaux s'en souvient du père Dhôtel
comme si c'était hier, de son bâton, de son chapeau,
qu'il faisait disparaître en marmonnant entre ses dents
derrière les meules de foin, pour se soulager, rien
qu'en pissant.
Verlaine n'est pas loin, il est là au bord du chemin, il
vient, il s'approche, il est friand de tout ce qu'il
récupère dans la trouée des nues, il est encore là, à
regarder la lune. Il accumule les tournures, il creuse au
plus profond dans cette uniformité la matière, qu'il
refaçonne pour y puiser des vers célestes, éblouissants.
N'est-ce pas la force des poètes de pouvoir s'inspirer
du grandiose avec du néant, de puiser dans le fond du
vide pour repeindre le bord des mots, délicatement ?


© Denis Tellier

Tous droits réservés





Un livre passionnant, à lire et relire !


Pour accompagner la très belle lettre de Denis, j'ai eu envie de joindre cet extrait d'interview de Wajdi Mouawad, dans Télérama du 4 avril 2018.


Quel écrivain a le plus compté pour vous ?

Le romancier André Dhôtel (1900-1991), qu'on ne lit hélas plus beaucoup aujourd'hui, est sans doute mon auteur favori ! Ce n'est pas le plus grand, mais depuis l'âge de 23 ans je nourris à son égard une passion discrète. Inscrit dans le paysage des Ardennes, il est l'écrivain du premier amour qui resurgit dans la vie. Cela me bouleverse. J'ai lu ses quarante deux romans. Sa manière d'écrire ouvre des promenades secrètes, une manière légère d'insouciance, d'indifférence, à travers des personnages qui semblent s'éloigner de tout parce que trop préoccupés par des détails : la silhouette évanescente d'un arbre sur la ligne d'horizon, la teinte du brouillard... Cette façon de se tourner vers ce qui n'apparaît pas d'abord me touche d'autant plus qu'il écrit la même chose dans tous ses romans, comme ce conteur qui remet une branche de bois pour alimenter le feu.
.....

Quelles terres traversées vivent en vous ?

Plus je vieillis, plus le Liban, quitté en 1976 à l'âge de 8 ans, me redevient précieux. Cette tendresse immense ne s'apparente pourtant pas à un désir de retour, plutôt à un sentiment "dhôtelien" d'appartenance à un paysage, à une lumière particulière, à une manière d'être, à une langue. Jamais je n'aurais cru que ce tropisme méditerranéen reviendrait.
....

(petit extrait de l'entretien avec Emmanuelle Bouchez, Télérama 3560, 04/04/18)

Télérama


mardi 10 avril 2018

BM Koltès et P Chéreau

Je remercie mon amie Martine Cros qui a publié ceci :



"Je vois aussi de si belles choses, si invraisemblables de beauté, que j’espère avoir un jour assez de talent pour m’en approprier une parcelle ; si j’y arrivais, je pourrais être le plus grand écrivain de ma génération. Mais les choses belles sont secrètes et jalouses, et il faut de la patience."
B. M. Koltès (dans une lettre à sa mère) in
http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article589

& Carnets Koltès par Arnaud Maïsetti
http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique37



Bernard Marie Koltès
photo du Net


Pour moi, ce fut une grande émotion, beaucoup de joie. Je me retrouvais plongée des années en arrière, lorsque j'ai reçu en plein coeur, le choc Bernard Marie Koltès ! C'était avec Roberto Zucco, que j'avais vu au théâtre.






SITE OFFICIEL DE BMK

Très bel article de Christine Marcandier, 10 août 2010 sur DIACRITIK

à propos de Roberto Zucco

Sur France Culture 


21/08/2017


"Un metteur en scène rencontre un auteur. Avec le recul du temps on s'apercevra que Patrice Chéreau et Bernard-Marie Koltès sont aussi grands que l'ont été les plus grands hommes de théâtre". Jérôme Clément

1983 : "Combat de nègres et de chiens" Koltès-Chéreau










Bernard-Marie Koltès en 1984• Crédits : Louis MONIER/Gamma-Rapho - Getty

dimanche 8 avril 2018

Sous l'à-pic, Olav H Hauge




Sous l'à-pic

Tu vis sous l'à-pic
tu le sais
mais tu sèmes ton jardin
tu consolides ton toit
tu laisses tes enfants jouer
tu te couches
comme si de rien n'était.

Peut-être
appuyé sur ta faux
un soir d'été
tes yeux se fixent là-haut sur la paroi.
Là, dit-on,
se trouve
la faille.
Peut-être
allongé, éveillé
tu entends
la chute d'une pierre,
une nuit.

Et quand l'éboulement survient
cela ne t'étonne pas.
Alors tu déblaies
le petit arpent vert
sous la montagne.

Si tu es encore en vie.

Olav H.Hauge
Nord profond
Bleu autour








© photo fr, 2011
au détour d'un sentier de montagne

samedi 7 avril 2018

Higelin, Philharmonie de Paris




Concert de 2015 disponible pendant un mois (mai 2018)

Le visionner ICI 










Higelin à la Philharmonie de Paris


Mise à jour, le 6 avril 2018, suite au décès de Jacques Higelin (1940-2018).
Arte Concert rediffuse Higelin philharmonique, jusqu'au 6 mai 2018.
Alors, je vous souhaite de passer un excellent moment avec Higelin que nous écouterons encore et toujours ! Les poètes, les artistes, jamais ne meurent.
Malheureusement, il m'est impossible d'intégrer le concert, il vous faudra donc cliquer sur les liens (en bleu) pour visualiser.
C'est tout en bas de la page. FR






Higelin Symphonique


La Philharmonie de Paris fête Jacques Higelin ! Un événement qui célèbre les cinquante ans de carrière du musicien. Ce demi-siècle a permis à Jacques Higelin de s'essayer au rock, à la soul, au jazz... et même de jouer la comédie. Au cours de cette carrière éclectique, Higelin a pourtant toujours su rester fidèle à lui-même. Dans chacun des vingt albums qui ont égrainé son oeuvre, on retrouve le même aspect fantasque, la même impression d'intimité. Ce demi-siècle a notamment été marqué par l'album BBH 75, publié en 1974 et qui vaut à Jacques Higelin sa réputation de pionner du rock français.

Pour ce concert "Higelin symphonique", Jacques Higelin et cinq solistes - Dominique Mahut, Christopher Board, Alice Botté, Arnaud Dieterlen et Zaf - s'associent à l'Orchestre National d'Ile-de-France. Ensemble, ils revisitent les compositions les plus emblématiques du répertoire de Jacques Higelin grâce à des arrangements signés Bruno Fontaine. Un anniversaire en grande pompe donc ! De quoi patienter avant la sortie d'un nouvel album prévu pour 2016...

Photo © Guillaume Laurent



http://live.philharmoniedeparis.fr/embed/1042324/jacques-higelin.html




Désolée, le replay intégral ne se trouve plus.... un jour, qui sait ?


Malheureusement, ce jour est arrivé, le 6 avril 2018, puisque Jacques Higelin vient de nous quitter.

Arte Concert rediffuse Higelin philharmonique jusqu'au 6 mai 2018.


En hommage à Jacques Higelin - décédé le 6 avril 2018 - nous vous proposons de redécouvrir le concert "Higelin Symphonique". Une soirée durant laquelle cette grande figure du rock français réinterprétait ses plus grand succès aux côtés d'un orchestre symphonique. (Arte)

Higelin philharmonique




https://www.arte.tv/fr/videos/063875-000-A/higelin-symphonique-a-la-philharmonie-de-paris/


ou ICI








mardi 3 avril 2018

L'Homme Coquillage, d'Asli Erdogan




Asli Erdogan en juin 2005 à Saint-Malo © Getty / Ulf Andersen



"Elle est auteure, journaliste et poète. Son œuvre est saluée et traduite dans le monde entier. En liberté conditionnelle depuis plus d'un an, elle encourt la prison a perpétuité pour délit d’opinion et destruction de l’unité de l’état turc. Asli Erdogan est l'invitée d'Augustin Trapenard.

Son premier roman, L'homme coquillage,  écrit il y a plus de vingt-cinq ans, vient de paraître en France dans une belle traduction de Julien Lapeyre de Cabanes. L’histoire d’une jeune femme étrangère à son propre désir et qui, lors d’un séjour aux Caraïbes, va progressivement s’ouvrir aux autres et se révéler à elle même."

(sur France Inter, émission Boomerang)








Augustin Trapenard, France Inter



L'Homme Coquillage








J'ai lu une centaine de pages de ce livre qui me happe. Le premier écrit par Asli Erdogan (1998), le dernier traduit en Français (Actes Sud, 2018).


"Une jeune chercheuse en physique nucléaire est invitée dans le cadre d'un séminaire sur l'île de Sainte-Croix, aux Caraïbes. Très rapidement cette jeune Turque choisit d'échapper à ce groupe étriqué rassemblé dans un hôtel de luxe, afin d'explorer les alentours en errant sur les plages encore sauvages et totalement désertes. Ainsi va-t-elle croiser le chemin de l'Homme Coquillage, un être au physique rugueux, presque effrayant, mais dont les cicatrices l'attirent immédiatement.
Une histoire d'amour se dessine, émaillée d'impossibilités et dans l'ambiguïté d'une attirance pour un être inscrit dans la nature et la violence." (...)

(extrait de la quatrième de couverture)


"Vain effort que celui de vouloir mettre en mots ces moments passés sur une île au milieu de l'océan. Je ne pouvais que les vivre intensément et les intérioriser. Alors je me mis à danser. Je dansai sur le sable mouillé, sous les torrents de la pluie tropicale. Figures de ballet, incontrôlées, qui exaltaient les gestes quotidiens, marcher, courir puis s'arrêter. J'essayai d'attraper le vent dans mes cheveux, dans mes mains, je tournai en me balançant comme un arbre dans l'ouragan, je me refermai sur moi-même comme un coquillage, je tombai à genoux face à l'océan comme en prière aux pieds d'un dieu. Dansant pour la dernière fois, je réappris à danser, telle une ballerine découvrant qu'il existe une danse plus importante que le ballet, celle de sa propre vie."  p 98






à suivre.... sans doute en reparlerai-je. FR

mardi 27 mars 2018

Volga





Volga, 2015
© fruban




Volga


Tu réclames le soleil glacé
en ces jours de mars
Comment te retenir
Je t'observe depuis quelques jours
Tes poils se sont terni
Tes yeux tristes se creusent
Toi dont on riait des rondeurs
Tu es légère comme une plume
Je te parle tu me regardes
Ton faible ronronnement me dit
combien tu m'aimes
Tu as compris que la vie c'est aussi cela
J'ai peur et je pleure
sans que tu me vois
Volga accroche-toi même si
c'est toi qui sais

Je souriais en te voyant suivre le soleil
t'en gorger encore et encore
Fuir le vent du nord t'abriter sous les rayons
Tu viens de rentrer épuisée
tu dors dans ta litière propre
Nouka ne comprend pas
Watcha notre tigresse miaulait
Que se passe-t-il ?

Ce soir tu t'installes dans le panier de la chienne
un peu gênée elle te laisse
Cette nuit elle ira sur le canapé
Petits arrangements entre amies
Tu vois je souris et pourtant
j'ai peur très peur de te dire bonsoir
A demain ma douce blanche

Ce matin et toute la journée
en accord avec le ciel gris
tu ne t'es pas levée
Toujours dans le panier de Nouka
Le souffle léger
Le regard perdu quand je te caresse
Juste avant de monter bouquiner
quelle surprise de te voir quitter ta couche !
Comme chaque soir j'espère
Est-ce insensé ?
Non juste l'amour que je te porte
qui me souffle d'y croire encore
même si j'appréhende chaque matin
Reste encore Volga
Même Nouka te le murmure tout bas
sa truffe sur ta petite tête assoupie

Volga ma douce ma câline
Après deux jours de soins
quelques photos de toi au soleil de mars
j'ai cru que la vie l'emportait
Ce matin je ne sais plus
Ton petit corps fragile refuse
allongé presque raidi
Et puis deux heures plus tard
tu t'es relevée tête droite
Que dois-je faire... dis-moi
Retourner chez le soigneur
te laisser tranquille chez toi ?

Et cet après-midi tout est fini

Volga ma si douce
J'ai mal
je dois me cacher pour pleurer
Ne pas attrister Nouka et Watcha

Maintenant tu reposes dans ton jardin
au milieu des jonquilles
Dors bien tu seras toujours en moi.


Elle dort la petite Volga


26 mars 2018

© fruban

quelques jours en mars





Volga, 2017
© fruban




Volga, 2017
© fruban


Volga vit ses derniers jours



Volga, mars 2018





Volga; mars 2018















Volga, mars 2018








Volga, mars 2018









Volga, dernière photo, mars 2018


Texte et photos fruban
©Tous droits réservés

dimanche 25 mars 2018

L'été en plein coeur, in Chorégraphie de cendres, par Martine Cros


Mon amie Martine Cros a choisi ce poème de mon dernier recueil qui a guidé ses pinceaux vers ce superbe tableau. Et lui a inspiré un très beau poème.
Tous deux publiés sur ses blogs.
C'est pour moi un cadeau inestimable dont je la remercie encore ici. FR




Martine Cros, "Abel et son Agneau" - détail -, tableau en cours, acrylique sur toile, 50x61, 22.03.18.






L'été en plein coeur











Juillet flocons de paille voltigeurs

arômes de fruits mûrs

soufflés en bourrasques __ Eau

ruisselante torrentielle crachée par le ciel

larmes chaudes d'une terre meurtrie - S'entretuent

Abel et Caïn bras armé glaive vengeur





Juillet s'en est allé emportant mon coeur





Hier encore tu croyais tu rêvais __ folle tu étais ! --

tu respirais... de langueurs t'enivrais

Ô interminables nuits Ô voyages

- des lagons turquoise à l'Océan

ressacs d'écume blanche fracassant les rochers

guérissant ton âme chahutée écervelée

flux et reflux terre de sel - presque une île -

un refuge un élan un départ __ Voyage voyage...









Août en sa maturité tant espérée

tes ailes a brûlées __ Ce fut chant du cygne

tu le voudrais Phénix - mais

les cendres éparpillées à jamais restent froides

Et tourne tourne en ton esprit égaré

d'un train fantôme grincements grondements





__ Dis-moi Âme mon amie ma mie sommes-nous

si loin encore de l'inaccessible rivage __ Il s'éloigne

s'éloigne...





Tu griffes la voûte étoilée où roulent

nuages blancs nuages gris __ Perverse la lune

joue à cache-cache inonde ton coeur

émotions noires encore plus noires __ Et pourtant

quelle beauté démoniaque en cette traversée - immobile

t'entraîne la Voie lactée __ Jusqu'où ?

Tu crains que demain tout ne s'arrête





Août... le pilote a quitté le train

rideaux noirs sur les vitres tirés __ Tunnel __ où

ténèbres d'enfer t'engouffrent

- Tu te souviens Graham Greene

"The tunnel is long and dark,

but the end is bright ang light" __ Mais

où la Lumière espérée ?

Vite vite siffle le vent ! __ Mais tu l'aperçois

qui s'éloigne s'éloigne par d'autres alizés emporté

voile rouge sur les flots noirs















Françoise Ruban, extrait de Chorégraphie de Cendres, poésie,

éditions épingle à nourrice, avril 2017, pages 25-26.





"Il y a dans ce recueil l'évidence de l'offrande.
L'offrande c'est le sacrifice au sens étymologique du terme : "Sacrum facere". Faire du Sacré.
Il faut mourir à soi, aux préjugés et à la mort de l'autre pour, étant passé par sa propre mort, renaître enfin".

Extrait de la préface, par Cristian Ronsmans, page 7.


Blog de MC, Aller aux essentiels


http://allerauxessentiels.over-blog.com/2018/02/choregraphie-de-cendres- francoise-ruban.html

                                                            *****




23 mars 2018

NE SACRIFIE




Ne sacrifie qui veut

Seule la Promesse a ce pouvoir





Le Sacrifice est aimé par celui,

Et seulement lui, qui va rejoindre

Ce qui est promis





Ne promet qui veut

Seul

Le Juste

Sait

Que sa promesse

Est nue l’espérance blanche

Elle demande la main de la réalité

Nul besoin de javelot

Pour le Juste

Il sait d’amour mourir

Avant d’être traversé







Ils s’aiment car ils sont du même

Sacrifice.









(à Satine)

MC, 22.03.18, Ne sacrifie,

Sur le blog de MC, Bleu mouvant de la nuit




https://bleumouvantdelanuit.com/2018/03/23/ne-sacrifie/


mardi 20 mars 2018

Louis Aragon, in La Valse des adieux



" Depuis des mois et des mois, je savais à quoi m'en tenir, je connaissais le fond de l'abîme..."

Qui parle ? Mais qui vous voudrez J'ai l'habitude de parler à la première personne. Pas vous ? De toute façon, dire je, dire moi, est le plus simple : le lecteur, ensuite, en dispose.

Laissons là les guillemets : depuis des mois, je connaissais... Une amie à moi me disait ces jours-ci au téléphone : Ah quelle invention la solitude... Oui. Mais encore on peut la tenir pour un progrès sur ce silence qu'on promène avec soi parmi les gens bruyants et bavards. Ou pire : dans leur compagnie, la nécessité des propos comme de feuillages à cacher le fond noir du puits. Il y a diverses façons de se taire. Il y a diverses façons d'être seul.

Ces dernières semaines, j'étais isolé du monde. Par le mal qui se niche ici ou là dans l'homme, et en devient la grande affaire, si bien que le temps n'a plus de poids, que les jours passent, et les nuits. Tout prend le caractère équivoque des rêves. Des rêves ? Il n'est même pas si sûr qu'il s'agisse des rêves. Cela ressemble à la vie. Une longue histoire. Et puis pas seulement : à la vie en général. À la mienne. À ma vie, cette vie dont je sais si bien le goût amer qu'elle m'a laissé, cette vie à la fin des fins qu'on ne m'en casse plus les oreilles, qu'on ne me raconte plus combien elle a été magnifique, qu'on ne me bassine plus de ma légende. Cette vie comme un jeu terrible où j'ai perdu Que j'ai gâchée de fond en comble.

Aragon (1972)

La Valse des adieux, dans Œuvres romanesques complètes V
préface de Jean Ristat
édition publiée sous la direction de Daniel Bougnoux Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2012.




Édition publiée sous la direction de Daniel Bougnoux avec la collaboration de Philippe Forest. Préface de Jean Ristat
Collection Bibliothèque de la Pléiade (n° 584), Gallimard Parution : 18-10-2012




Le mentir-vrai
Première parution en 1980

Collection Folio (n° 3001), Gallimard
Parution : 03-10-1997









"Hebdomadaire culturel communiste né pendant la Résistance, Les Lettres françaises paraissent pour la dernière fois en octobre 1972. En guise d’éditorial, Louis Aragon, directeur du journal depuis vingt ans, y signe une nouvelle, « La valse des adieux », qui sera reprise huit ans plus tard dans le recueil Le mentir-vrai. Le texte, fortement lyrique, met en scène un je qui se propose en contre-exemple aux lecteurs, affirmant avec force l’échec de son existence pour mieux condamner l’aveuglement idéologique propre au militant. Mais voilà que ce qu’on peut décoder comme une autocritique s’exprime notamment par une promenade surréaliste dans Paris et sa périphérie, entre mémoire littéraire et histoire. À partir de la réflexion d’Aragon sur sa propre pratique de l’intertextualité, cet article entend montrer que la nouvelle, en phase avec la période romanesque de l’écrivain, exprime avant tout une lecture critique de l’histoire." ( sur le site de érudit )


Sur France Culture







Louis Aragon en 1980• Crédits : Apesteguy Francis - Maxppp