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lundi 21 octobre 2019
Le bleu de Gênes de Denis Tellier dit par Marc Feldhun
Parfois, il y a des moments que l’on apprécie tout particulièrement, quand il se passe quelque chose d’un peu irréel mais tellement présent et de tellement prenant. C’était le cas ce vendredi soir, à la médiathèque de Florensac, lors de la lecture par l’artiste et narrateur Marc Feldhun, d’un passage de la nouvelle Bleu de Gênes. Ce petit opuscule de Denis Tellier s’ouvre sur une lettre de Théo Van Gogh à son frère. Un beau prétexte à la narration dans laquelle on plonge comme en un bain de couleurs.
Le public, parmi lequel on pouvait voir le célèbre jazzman Ray Everitt et son épouse, la fille de Bobby Lapointe et demi-sœur de Marc Feldhun, s’est régalé suspendu aux paroles de Marc. "Si le Bleu de Gênes est un discret fil conducteur, la couleur réside dans l’écriture de Denis, dans la saveur des mots choisis, la richesse des descriptions. On est loin d’une langue terne et insipide", écrit Chantal Flament, la directrice de la médiathèque, qui a participé à cet événement en réalisant, avec Marc, les décors, assumant les bruitages pendant la lecture et prenant la parole à son tour. Bleu de Gênes, un monologue intérieur, empreint de lyrisme, où la description des lieux et des humains mélange cynisme et comique.
La profondeur d’un être désabusé, mais dont une tendresse pointe encore par-ci, par-là. Le riche vocabulaire de Denis Tellier fait entrevoir une succession de tableaux, ou de clichés photographiques marqués par le temps. Il donne à percevoir la vie à travers ses sentiments.
Midi libre
https://www.midilibre.fr/2019/10/21/des-riches-moments-litteraires-a-la-mediatheque,8493721.php?fbclid=IwAR0YeMsR2q_a5RTin4yFxetaMbOYf4E_drFiuEhl1E9ZktPdORZdKMaBw2c
N'oublions pas que Le bleu de Gênes fut d'abord écrit par Denis Tellier, corrigé par Véronica Stefanelli qui rédigea la quatrième de couverture, édité par L'oeil de la méduse.
Ensuite, ce fut ce spectacle où interviennent Marc Feldhun et Chantal Flament.
fruban
L'oeil de la méduse
Véronica Stefanelli
Denis Tellier
mardi 20 mars 2018
Louis Aragon, in La Valse des adieux
" Depuis des mois et des mois, je savais à quoi m'en tenir, je connaissais le fond de l'abîme..."
Qui parle ? Mais qui vous voudrez J'ai l'habitude de parler à la première personne. Pas vous ? De toute façon, dire je, dire moi, est le plus simple : le lecteur, ensuite, en dispose.
Laissons là les guillemets : depuis des mois, je connaissais... Une amie à moi me disait ces jours-ci au téléphone : Ah quelle invention la solitude... Oui. Mais encore on peut la tenir pour un progrès sur ce silence qu'on promène avec soi parmi les gens bruyants et bavards. Ou pire : dans leur compagnie, la nécessité des propos comme de feuillages à cacher le fond noir du puits. Il y a diverses façons de se taire. Il y a diverses façons d'être seul.
Ces dernières semaines, j'étais isolé du monde. Par le mal qui se niche ici ou là dans l'homme, et en devient la grande affaire, si bien que le temps n'a plus de poids, que les jours passent, et les nuits. Tout prend le caractère équivoque des rêves. Des rêves ? Il n'est même pas si sûr qu'il s'agisse des rêves. Cela ressemble à la vie. Une longue histoire. Et puis pas seulement : à la vie en général. À la mienne. À ma vie, cette vie dont je sais si bien le goût amer qu'elle m'a laissé, cette vie à la fin des fins qu'on ne m'en casse plus les oreilles, qu'on ne me raconte plus combien elle a été magnifique, qu'on ne me bassine plus de ma légende. Cette vie comme un jeu terrible où j'ai perdu Que j'ai gâchée de fond en comble.
Aragon (1972)
La Valse des adieux, dans Œuvres romanesques complètes V
préface de Jean Ristat
édition publiée sous la direction de Daniel Bougnoux Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2012.
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| Édition publiée sous la direction de Daniel Bougnoux avec la collaboration de Philippe Forest. Préface de Jean Ristat |
Le mentir-vrai
Première parution en 1980
Collection Folio (n° 3001), Gallimard
Parution : 03-10-1997
"Hebdomadaire culturel communiste né pendant la Résistance, Les Lettres françaises paraissent pour la dernière fois en octobre 1972. En guise d’éditorial, Louis Aragon, directeur du journal depuis vingt ans, y signe une nouvelle, « La valse des adieux », qui sera reprise huit ans plus tard dans le recueil Le mentir-vrai. Le texte, fortement lyrique, met en scène un je qui se propose en contre-exemple aux lecteurs, affirmant avec force l’échec de son existence pour mieux condamner l’aveuglement idéologique propre au militant. Mais voilà que ce qu’on peut décoder comme une autocritique s’exprime notamment par une promenade surréaliste dans Paris et sa périphérie, entre mémoire littéraire et histoire. À partir de la réflexion d’Aragon sur sa propre pratique de l’intertextualité, cet article entend montrer que la nouvelle, en phase avec la période romanesque de l’écrivain, exprime avant tout une lecture critique de l’histoire." ( sur le site de érudit )
Sur France Culture
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| Louis Aragon en 1980• Crédits : Apesteguy Francis - Maxppp |
dimanche 11 février 2018
Trilogie, Denis Tellier
"J'avais un pote à St Naz, son père bossait à Penhoët. Il me racontait des histoires comme ça, comme si c'était vrai. J'écoute les gens encore, j'aime quand les histoires sont fortes et me prennent entièrement. Et puis cette âme ouvrière, libertaire. Et puis pour les hommes." Denis T
I
Il s'appelait Wlodzimietz.
Il était natif de Malbork au sud de Gdansk en Pologne du nord.
C'était un spécialiste de la soudure au carbure de tungstène.
Il travaillait au sein des usines Renault à Boulogne Billancourt.
Il habitait juste à côté, rue Marcel Bontemps.
Il jouait sur son harmonica : "Da Doo Ron Ron" un classique américain de Jeff Barry.
Alors il fallait le voir, comment il creusait ses joues, comment il faisait rouler ses yeux, comment il voulait donner à son air "un air de mur du son".
Il était venu en France en 1964 avec tout ça dans un sac fourre-tout qui trônait sur une chaise en guise de décor et sur lequel était marqué au pochoir et en polonais "zeglarz morski Wlodzimietz".
II
Je l'ai su après, lui il s'appelait Lukas, il habitait Borholmer Strasse bloc 2 dans une cité au 4ème étage à l'Ouest dans Berlin, en bas il y avait le mur.
Tous les mercredi Lukas brandissait à sa fenêtre une roue de vélo, une roue avant...
Elle je l'ai su après, elle s'appelait Mia, elle habitait Borholmer Strasse bloc 3 dans une cité au 6ème étage à l'Est dans Berlin, en bas il y avait le mur.
Tous les mercredi Mia brandissait à sa fenêtre une roue de vélo, une roue arrière...
C'est elle qui a arrêté la première de faire des signaux, les volets de son appartement se sont soudainement fermés du jour au lendemain !
Je l'ai su longtemps après...
III
Lululelaminé avait bossé au laminoir dans le bassin de St Nazaire, il laminait des tôles pour des coques de bateaux.
Il les rendait concaves.
A la fin de son ouvrage, il marquait sur les ferrailles à la craie blanche "Bon pour soudure" ou à la craie jaune "Bon pour soudure au 7/10ème".
En 1956, il avait travaillé sur le "Gascon" un navire vraquier, qui fut assemblé tout au long du goulet à Penhoët.
C'est à 18 heures que tous les ouvriers du réservoir enfourchaient leurs vélos pour rejoindre le bistrot de la Germaine, Quai des Darses.
Le bar faisait six mètres de long, il y avait sur le zinc 58 verres à limonade remplis pour moitié de vin blanc, du "Gros Plant", 58 verres de blanc limé.
Lululelaminé buvait son blanc limé et rentrait chez lui, c'est pour cela qu'il en parle encore aujourd'hui...
Denis Tellier
février 2018
Tous droits réservés
© textes et photos manuscrits
vendredi 30 juin 2017
Tu vois, je reste là, humant, Denis Tellier
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| dessin Denis Tellier |
Tu vois, je reste là, humant
Tu vois, j'ai en moi une petite chose sans valeur sans saveur, qui revient de temps en temps au-dessus de l'onde, brume qui envahit l'espace d'un étang. J'en profite pour en faire le tour dans ma tête... je me rends compte que j'ai cette possibilité d'être comme les autres, d'égaler des désirs, d'avoir des envies, non pour réussir, mais pour être en moi, à peu près bien.
J'ai pensé longtemps dans mon enfance, dans l'adolescence aussi, qu'il fallait dépasser un cap pour devenir adulte. Être grand nécessitait obligatoirement un examen de passage, des preuves et tellement d'assurance. J'avais peur de ce rendez-vous, de cette trajectoire vers des chemins que je n'aimais pas. C'est facile quand on est petit de rester habillé en Indien toute la journée, les gens ne s'étonnent pas. Plus grand, on vous montre du doigt, l'adulte ne rigole jamais quand il s'agit de « devenir un homme mon fils ».
Je n'avais pas une once de réflexion sur un métier choisi, alors, on me proposait à l'emporte pièce des boulots de manoeuvre, mécanicien, tôlier, chaudronnier, ferblantier, ajusteur - pour ajuster quoi ? - le manque d'ajustement, évidemment.
La réussite d'une vie n'appartenait-elle qu'aux personnes savantes ?
Tu vois, je ne me posais pas trop de questions. Heureusement l'intérieur de ma tête était resté sauvage. En avançant je regardais reculer l'horizon.
Je n'étais pas à la hauteur ou seulement dans des travaux de soutien, des dépannages extrêmes, traire les vaches à la sortie des champs, couper du bois à l'entrée de l'hiver... Et puis le schéma de la réussite me laissait indifférent, le complot de l'échelle hiérarchique me gonflait les joues, à l'intérieur je ruminais une mauvaise haleine.
Les hommes progressaient les uns sur les autres, pataugeant dans des lois, encore napoléoniennes pour certaines. Ils riaient aux éclats, bras dessus, bras dessous, pensant qu'avec tout ce retard, il fallait prendre de l'avance sur le temps.
C'est vrai qu'un bicorne écrasé à s'y méprendre ressemble de loin à un béret posé.
Non, je voulais encore partager les cerises de l'arbre avec les oiseaux. Je voulais calmement parler de l'humanité avec des hommes au regard franc. Me rappeler des premières tribus qui cherchaient sous la lune, sous les étoiles, une harmonisation. Je pensais comme un fou que l'on était capable de tout. Réunir l'essentiel pour bien remplir la vie.
J'en avais ras-les-bottes des trajectoires obligatoires, des prototypes originaux, des propositions malhonnêtes pour un supposé équilibre.
Non, tu vois, je reste là... humant.
© Denis Tellier
Ventôse (Février-Mars) 2015
Tous droits réservés
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| photos Denis Tellier |
samedi 24 décembre 2016
Moumi , de Denis Tellier, paru dans Revue Météque
| photo ©Toshihiro Okada |
Moumi habite au sixième étage
Il possède deux chemises blanches et un pantalon noir.
Une paire de chaussettes noires, un pardessus gris,
et un grand balai de paille de riz.
Moumi fredonne des notes toute la journée, en balayant le pavé.
Quand il rentre le soir devant son butagaz et pour l'aider à se coucher,
il chantonne dans le noir.
Hier, il s'est fait écraser par un bus.
Avant de mourir, il a gémi quelques notes graves.
Une infirmière m'a dit que des singes comme lui, elle en voyait tous les jours.
Je suis rentré chez moi dégueuler l'alphabet.
Moumi par Denis Tellier, auteur d'Adrien de la vallée de Thurroch chez LuNatique
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