Affichage des articles dont le libellé est Cristina Castello. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Cristina Castello. Afficher tous les articles

mardi 26 juin 2018

Cristina Castello, poèmes extraits de Soif




Semences



Prisonnières. On va nous emprisonner. Elles et moi
Elles. Des milliers de milliers d’âmes sveltes
qui avec moi sont contrebandières
De valeurs. D’utopies possibles. D’art.
Art. Négation de la finitude humaine.
Vivre sans masque est désir de beauté.

C’est mon rêve de toujours vigilante pour les rêves.
C’est une soif de mains ouvertes.
Cette soif si grande qu’elle m’étouffe.
Je veux que chaque fenêtre éclaire un violon, un piano, une harpe.
Que’ en toutes avenues du monde
des sculptures de Giacometti regardent avec ravissement La Pietà.
Je veux que dans les sièges des gouvernements dans tous
un Christ de Velázquez avorte l’horreur.

Cette soif. Soif bénie qui avrile et reverdit l’âme.
Vie prodigieuse qui étend le désir de la saisir. Toute.
Et la trêve qui vient à pas retardés.
Je veux que Fra Angelico s’échappe du Prado
et que l’Annonciation parcoure le monde dans sa Lumière.
Je veux que Redon et Mantegna, Uccello, Léonard et Monet
soient trace. Phare. Et qu’ils proscrivent des bourreaux pour que Jamais Plus.

Je veux que nous sachions une bonne fois qu’il est déjà l’heure
qu’en amour se livrer absolument est la certitude de la liberté.
Que tous les matins au lieu d’écouter des nouvelles d’âmes sans anges
Bach, Poulenc, Mahler, Debussy, Schubert et Chopin,
éclatent sur un Rio de la Plata qui se change en mer.
Mer bleue d’amour qui dans la nuit berce les oreillers
Avec des madrigaux, des adagios et des clairs de lune.

Je veux. Je veux et je sème. Je veux.
Que nous enseignons la bonté avec bonté.
Que le ciel soit toujours piqué d’étoiles,
Je vous veux adultes au rire virginal
et enfants en portraits d'anges.
Que les sans pitié respirent Blake.
Que Rilke exorcise l‘évidence.
Que les petits vieux vivent dans l’honneur.
Que le Pays, le Continent, le Monde, l’Univers
soient pour des égaux et sans discrimination.

Je veux. Je veux qu’Eluard, Desnos et Rimbaud, Quasimodo, Yeats,
Lorca, Kavafis et Celan, dansent en poésie sur toutes les âmes.
Et puis que la Chanson de la Joie de Schiller
L’Ode à la Liberté, La Neuvième de Beethoven
soient l’Hymne de tous les Justes de la Terre.
Pour vivre avec soif, la soif sacrée.
Pour que l’éveil soit veille.
Pour semer l’art et l’amour.
Pour ne plus voir déjà.

De masques.

Rien que la lumière, rien que la vérité.



Par Cristina Castello

Poème extrait du recueil « Soif », 
Publié à Paris - octobre 2004
Éditions  L ‘Harmattan



En castillan


Semillas

Presas. Van a encarcelarnos. A ellas y a mí.
Ellas. Las miles más miles de almas esbeltas
Que conmigo son contrabandistas.
De valores. De utopías posibles. De Arte.
Arte. Negación de la finitud humana.
Vivir sin máscara es un deseo de belleza.

Es “mi” sueño de siempre vigilia por “los” sueños.
Es sed de manos abiertas.
Esta sed mía grande tanto ya que ahoga.
Quiero que cada ventana alumbre un violín un piano un arpa.
Que en todas las avenidas del mundo
Esculturas de Giacometti miren en deleite a La Piedad.
Quiero que en todas las sedes de los gobiernos todos
Un Cristo de Velázquez aborte el horror.

 Esta sed. Sed bendita que agosta y reverdece el alma.
Vida esta prodigiosa que alarga el deseo de asirla. Toda.
Y la tregua que viene con pasos demorados.
Quiero que Fra Angélico escape de El Prado
y su Anunciación recorra al mundo en Luz.
Quiero que Redon y Mantegna, Ucello, Morandi, Leonardo y Monet,
Sean huella. Faro. Y deroguen verdugos para que Nunca Más.


Quiero que sepamos de una vez por Dios ya es hora
Que en amor la entrega absoluta es certidumbre de libertad.
Que por las mañanas en lugar de noticias de almas sin ángeles
Bach, Poulenc, Mahler, Di Lasso, Debussy, Schubert y Chopin
Estallen sobre ríos que transmuten en mar.
Mar azul de amor que en noche arrulle almohadas
con madrigales, adagios y claros de luna.


Quiero. Quiero y siembro. Quiero.
Que enseñemos bondad con bondad.
Que el cielo esté siempre pecoso de estrellas.
Quiero adultos con risa virgen y ángeles que retraten en niños.
Que los impiadosos respiren a Blake.
Que Rilke exorcice la obviedad.
Que los viejitos vivan en honor.
Que el País el Continente el Mundo el Universo
Sean para iguales y sin discriminación.


Quiero. Que Éluard, Desnos y Rimbaud, Quasimodo, Yeats,
Lorca, Kavafis y Celan, dancen en poesía sobre todas las almas.
Y que entonces la Canción de la Alegría de Schiller
La Oda a la Libertad la Novena de Beethoven
Sean el Himno de todos los Justos de la Tierra.
Para vivir con sed sagrada sed.
Para amanecer en víspera.
Para sembrar arte y amor.
Para no ver ya
Máscaras


Sólo luz sólo verdad.



Poema del libro « Soif »
Publicado en Paris – octubre 2004
Éditions  L ‘Harmattan






Entretien avec Cristina Castello, dans Revue des Revues , par Claudia Sosa


Des paroles de la plus belle eau pour la soif poétique 
Par Claudia Sosa

Verbe pur et nom nu, c'est Cristina Castello, la femme des mots cristallins, la journaliste poète qui, en mai et à Paris, présentera son premier livre de poèmes illustrés par le grand Antonio Seguí : « Sed »/ « Soif ».
Accompagnée de ses muses aux ailes blanches elle est venue dans L'Île pour nous faire cadeau d'une entrevue parsemée de vols, d'anges et d'oiseaux.

pour francopolis mars 2005

Lire la suite ICI











Entendre ICI la voix de Cristina


http://sd-2.archive-host.com/membres/playlist/24428392338686868/02_semillas_semences.mp3








jeudi 21 juin 2018

Article de Cristina Castello, Chorégraphie de cendres, de Françoise Ruban

«Coreografía de Cenizas», 2º poemario de Françoise Ruban, por Cristina Castello


La siempre resurrección












« CHORÉGRAPHIE DE CENDRES », POÈMES DE FRANÇOISE RUBAN, PAR CRISTINA CASTELLO


Publié le 22 Septembre 2017 par Cristina Castello, sur son blog




Toujours la résurrection


« Tout est changé, changé du tout au tout :



Une beauté terrible est née »

William Butler Yeats




 « Chorégraphie de cendres » est une plaidoirie contre tout ce qui tue la vie.

C'est résistance, au cœur de l'hécatombe qui secoue la Terre.

La résistance comme celle de Prométhée face au  supplice.

Supplice de mère :

Douleur sèche
Douleur animale
Pleur de la Divinité

Pour Fabrice, le fils qui est parti en 2009 vers une étoile.

Fabrice et Françoise, non pas seulement une mère et un fils, mais deux identités en communion :



« Je regarde le ciel



nuages mouvants filants _____ s'étirant



symphonie inachevée



bleus et blancs chavirés



quand retentissent ces gris qui m'assourdissent



Je cherche



Un sens à cette existence



insensée cadence »


« Chorégraphie de cendres » n'est pas un chant au malheur puisque dans les strophes les plus douloureuses, scintille la sève vitale.

Poésie en « ligne droite » qui devient ellipse, courbe, spirale, tour, au sein même des régurgitations de la haine des criminels du monde :



« Dénoncer la haine la guerre meurtrière



Le poète jugé fou ou rebelle



a ordre de se taire



on le condamne à faire danser insouciance et légèreté



par les tyrans chorégraphie imposée



danse macabre pour la Muse esseulée »




Beauté terrible et terrible Beauté.

Étonnement, fureur, quand les sirènes hurlent aux crimes; ou quand la rage de la planète éclate à cause des morsures de l'homme. Ce n’est certes pas facile  pour notre poète aux mains ouvertes à l'amour, d’accepter que «cela» soit- aussi - la «condition humaine».

Et peut-être est-ce  la raison de toujours de la  résurrection :

«Et pourtant... vivre  »



Mort et résurrection, oui.

Chaque page est un stylet qui déchire la noirceur : l'horreur.

Parce qu'il y a aussi, l'océan et ses déferlantes; la musique, la peinture et les arts.

Parce que il y aussi la Nature des cocons s’éveillant ; mais  aussi et surtout, le sens de la vie comme une transcendance;  mais encore  des dieux grecs, des artistes et des géographies; et le fanatisme et Abel et Caïn ... et le pardon et la compassion.

La tension entre le prosaïque et l’Azur. Entre le terre à terre et le sublime; entre la finitude et l'Absolu...

Tout atteint ses sommets et ses abîmes presque simultanément;  Beauté terrible et  terrible Beauté, sont protégées par une grande tendresse:




« Au fil des saisons du ciel



j'écoute scintiller la Voie lactée



étoiles pétillantes d'un ballet lunaire interstellaire



Luna luna de tous les astres la plus mystérieuse



tu recueilles les pleurs de l'absence



tu inspires aux amants les plus tendres émotions



et des poètes tu deviens Muse



On te dit parfois maléfique __ Moi qui cherche



je te sais de mes nuits confidente »





Mort et résurrection, oui.

Synthèse des contraires, porte qui s’ouvre et porte qui se ferme.
L’insaisissable et le profane …

Le Pouvoir et la carence d’êtres arrachés de toute forme d'existence digne.
Vie qui appelle la vie et mort qui sème la mort : Syrie, Irak, Grèce, Afghanistan… En France : "…A l'orée il y eut Charlie/Au crépuscule rougeoyant ce fut le Bataclan/Le sang déversé…». La peste brune:




«  la terre ruissela rouge du sang répandu par les rues




En Europe ______ en France surtout




la peste brune déferle en vagues bleu marine




sur nos fragiles dunes »




« Qu'est-ce que  une feuille de papier ? / C'est quelque chose que tu ne peux pas tourner/jusqu’à  en  tirer la dernière ligne de toi même », dit une poésie russe d'auteur anonyme.

Bienvenu  «Chorégraphie de cendres», bataille entre Éros et Thanatos, qui se résout par la foi finale en une destinée.

C'est la dernière ligne de l'âme de Françoise Ruban



« Célébrer le point du jour



lueurs magiciennes de l'aube



instant d'amour et de paix



Les mots chantent »



Cristina Castello, 21/09/2017






 «Chorégraphie de cendres»

Françoise Ruban

©maquettes by association gens du monde

 Éditeur : Gens du monde (association loi 1901)

ISBN 978-2-919521-38-8

SIRET : 521 903 294 000 10

©Droits réservés éditions épingle à nourrice 

 15 €




En castillan





«Coreografía de Cenizas», 2º poemario de Françoise Ruban, por Cristina Castello


La siempre resurrección

Todo cambió, cambió completamente:
Ha nacido una belleza terrible
 William Butler Yeats


 «Coreografía de Cenizas» es  un alegato contra todo lo que mata la vida.
Es resistencia, en el corazón de la hecatombe que sacude la Tierra.
Resistencia como la de Prometeo ante el suplicio.
Suplicio de madre:
dolor seco, dolor animal, llanto de la Divinidad.
Por Fabrice, el hijo que partió en 2009 hacia una estrella.
Fabrice y Françoise, no sólo madre e hijo, sino dos identidades en comunión:






«Miro el cielo
nubes movedizas fugaces _____ estirándose
sinfonía inacabada
azules y blancos zozobrados
cuando resuenan estos grises que me ensordecen
Busco
un sentido a esta existencia
insensata cadencia»

«Coreografía de Cenizas»  no es un canto a la  desdicha: aún en las estrofas más dolorosas, titila la savia vital. Poesía en «línea recta»,  que se vuelve elipse, curva, espiral, giro, en el seno mismo de las regurgitaciones del odio de los criminales del mundo:

«Denunciar el odio la guerra mortífera
El poeta considerado loco o rebelde
tiene orden de callarse
se lo condena a hacer danzar indolencia y ligereza 
por los tiranos coreografía impuesta
danza macabra para la Musa abandonada»


Belleza terrible y terrible Belleza.

Asombro, ira, espanto, cuando las sirenas aúllan más crímenes; o cuando la rabia del planeta estalla a causa de los tarascones del hombre. No es fácil, por cierto, para nuestra poeta de manos abiertas al amor, aceptar que «eso» es –también- la «condición humana».
Y quizás esa es la razón de la  siempre resurrección:

«Et pourtant... vivre  /Y sin embargo… vivir».

Muerte y resurrección. sí.

Cada página es un estilete que  rasga la negrura: el horror.
Porque  también, el océano y sus oleajes; la música, la pintura y las artes todas.
Porque también la Natura de capullos amanecidos; también y sobre todo, el sentido de la vida como hecho trascendente; y también dioses griegos y  artistas y  geografías; y fanatismos y  Abel y Caín... y el perdón y la compasión.
La tensión entre lo material y el Azul. Entre lo pedestre y lo sublime; entre finitud y Absoluto...
Todo alcanza sus cumbres y sus abismos casi simultáneamente; y tanto la terrible belleza como la belleza terrible, están amparadas por una gran ternura:

«A lo largo de las estaciones del cielo
escucho titilar la Vía láctea
estrellas chispeantes de un ballet lunar interestelar
Luna luna de todos los astros el más misterioso
recoges los llantos de la ausencia
inspiras a los amantes las emociones más tiernas
y eres Musa para los poetas
Te decimos a veces maléfica __ Yo que busco
te sé confidente de mis noches»


Muerte y siempre resurrección, sí.

Síntesis de los contrarios, puerta que se abre y puerta que se cierra.
Lo inasible y lo vacuo.
El poder y la carencia de los seres arrancados de toda forma de existencia digna.
Vida que quiere vida y muerte que siembra muerte: Siria, Irak, Grecia, Afganistán… la France:
«… En el alba fue Charlie /En el crepúsculo que enrojecía fue Bataclan/ La sangre derramada…». La peste brune:

«La tierra chorrea rojo por la sangre derramada en las calles
En Europa ______ en Francia sobre todo
el fascismo estalla en olas azul marino
sobre nuestras dunas frágiles»

«¿Qué es una hoja de papel?/ Es algo que no puedes dar vuelta/Hasta no sacar la última línea de ti mismo», dice una poesía rusa de autor anónimo.

Bienvenido «Coreografía de cenizas», batalla entre Eros y Thánatos, que se resuelve en una fe final en el destino.
 Es la última línea del alma de Françoise Ruban.

«Celebrar el amanecer
destellos magos del alba
instante de amor y de paz
Las palabras cantan»

Cristina Castello
                                          (Para el texto y traducción de extractos de poemas)


«Chorégraphie de cendres»
Françoise Ruban, poeta francesa


vendredi 22 septembre 2017

Article de Cristina Castello, Chorégraphie de cendres


Ma grande amie Cristina Castello, poète et journaliste argentine, une fois encore, me fait l'immense plaisir et le grand honneur, d'écrire sur "Chorégraphie de cendres" (2017).
Déjà en 2014, elle avait écrit sur "L'Âme des marées", publié ici sur ce blog.
Je suis émue et touchée. Dans ce monde d'indifférence, de violence, l'Amitié existe encore.
J'en profite pour remercier mes nombreux lecteurs, les amis fidèles qui m'accompagnent.
Pour commander ce recueil ou le précédent, vous pouvez vous adresser à l'auteure ou à la maison d'édition (liens ci-dessous)
Françoise Ruban, le 21 septembre 2017



Publié sur le blog de Cristina Castello 








«Coreografía de Cenizas», poemario de Françoise Ruban, por Cristina Castello


Cristina Castello, Periodista y escritora franco argentina : «Coreografía de Cenizas», poemario de Françoise Ru...:

La siempre resurrección 

 Todo cambió, cambió completamente: 
 Ha nacido una belleza terrible  

William Butler Yeats      



 «Coreografía de Cenizas» es  un alegato contra todo lo que mata la vida.
Es resistencia, en el corazón de la hecatombe que se sacude la Tierra.
Resistencia como la de Prometeo ante el suplicio.
Suplicio de madre: dolor seco, dolor animal, llanto de Dios.
Por Fabrice, el hijo que partió en 2009 hacia una estrella.
Fabrice y Françoise, no sólo madre e hijo, sino dos identidades en comunión:



«Miro el cielo
nubes movedizas fugaces _____ estirándose
sinfonía inacabada
azules y blancos zozobrados
cuando resuenan estos grises que me ensordecen
Busco
un sentido a esta existencia
insensata cadencia»

«Coreografía de Cenizas»  no es un canto a la  desdicha: aún en las estrofas más dolorosas, titila la savia vital. Poesía en «línea recta»,  que se vuelve elipse, curva, espiral, giro, en el seno mismo de las regurgitaciones del odio de los criminales del mundo:

«Denunciar el odio la guerra mortífera
El poeta considerado loco o rebelde
tiene orden de callarse
se lo condena a hacer danzar indolencia y ligereza 
por los tiranos coreografía impuesta
danza macabra para la Musa abandonada»


Belleza terrible y terrible Belleza.
Asombro, ira, espanto, cuando las sirenas aúllan más crímenes; o cuando la rabia del planeta estalla a causa de los tarascones del hombre. No es fácil, por cierto, para nuestra poeta de manos abiertas al amor, aceptar que «eso» es –también- la «condición humana».
Y quizás esa es la razón de la  siempre resurrección:

«Et pourtant... vivre  /Y sin embargo… vivir».

Muerte y resurrección. sí.
Cada página es un estilete que  rasga la negrura: el horror.
Porque  también, el océano y sus oleajes; la música, la pintura y las artes todas.
Porque también la Natura de capullos amanecidos; también y sobre todo, el sentido de la vida como hecho trascendente; y también dioses griegos y  artistas y  geografías; y fanatismos y  Abel y Caín... y el perdón y la compasión.
La tensión entre lo material y el Azul. Entre lo pedestre y lo sublime; entre finitud y Absoluto...
Todo alcanza sus cumbres y sus abismos casi simultáneamente; y tanto la terrible belleza como la belleza terrible, están amparadas por una gran ternura:

«A lo largo de las estaciones del cielo
escucho titilar la Vía láctea
estrellas chispeantes de un ballet lunar interestelar
Luna luna de todos los astros el más misterioso
recoges los llantos de la ausencia
inspiras a los amantes las emociones más tiernas
y eres Musa para los poetas
Te decimos a veces maléfica __ Yo que busco
te sé confidente de mis noches»

Muerte y siempre resurrecciónm sí.
Síntesis de los contrarios, puerta que se abre y puerta que se cierra.
Lo inasible y lo vacuo.
El poder y la carencia de los seres arrancados de toda forma de existencia digna.
Vida que quiere vida y muerte que siembra muerte: Siria, Irak, Grecia, Afganistán… la France:
«… En los albores fue Charlie /En el crepúsculo que enrojecía fue Bataclan/ La sangre derramada…». La peste brune:

«La tierra chorrea rojo por la sangre derramada en las calles
En Europa ______ en Francia sobre todo
el fascismo estalla en olas azul marino
sobre nuestras dunas frágiles»

«¿Qué es una hoja de papel?/ Es algo que no puedes dar vuelta/Hasta no sacar la última línea de ti mismo», dice una poesía rusa de autor anónimo.
Bienvenido «Coreografía de cenizas», batalla entre Eros y Thánatos, que se resuelve en una fe final en el destino.
 Es la última línea del alma de Françoise Ruban.

«Celebrar el amanecer
destellos magos del alba
instante de amor y de paz
Las palabras cantan»

Cristina Castello
                                          (Para el texto y traducción de extractos de poemas)
«Chorégraphie de cendres»
Françoise Ruban, poeta francesa
Idioma : francés
Blog de Françoise Ruban
©maquettes by association gens du monde
 Éditeur : Gens du monde (association loi 1901)

livres à commander
ISBN 978-2-919521-38-8
SIRET : 521 903 294 000 10
©Droits réservés éditions épingle à nourrice
 15 €



Traduction en français





« Chorégraphie de cendres », poèmes de Françoise Ruban, par Cristina Castello



Toujours la résurrection

« Tout est changé, changé du tout au tout :
Une beauté terrible est née »

William Butler Yeats


  « Chorégraphie de cendres » est une plaidoirie contre tout ce qui tue la vie.
C'est résistance, au cœur de l'hécatombe qui secoue la Terre.
La résistance comme celle de Prométhée face au  supplice.
Supplice de mère :
Douleur sèche
Douleur animale
Pleur de la Divinité
Pour Fabrice, le fils qui est parti en 2009 vers une étoile.
Fabrice et Françoise, non pas seulement une mère et un fils, mais deux identités en communion :




« Je regarde le ciel
nuages mouvants filants _____ s'étirant
symphonie inachevée
bleus et blancs chavirés
quand retentissent ces gris qui m'assourdissent
Je cherche
Un sens à cette existence
insensée cadence »

« Chorégraphie de cendres » n'est pas un chant au malheur puisque dans les strophes les plus douloureuses, scintille la sève vitale.
Poésie en « ligne droite » qui devient ellipse, courbe, spirale, tour, au sein même des régurgitations de la haine des criminels du monde :


« Dénoncer la haine la guerre meurtrière
Le poète jugé fou ou rebelle
a ordre de se taire
on le condamne à faire danser insouciance et légèreté
par les tyrans chorégraphie imposée
danse macabre pour la Muse esseulée »


Beauté terrible et terrible Beauté.

Étonnement, fureur, quand les sirènes hurlent aux crimes; ou quand la rage de la planète éclate à cause des morsures de l'homme. Ce n’est certes pas facile  pour notre poète aux mains ouvertes à l'amour, d’accepter que «cela» soit- aussi - la «condition humaine».
Et peut-être est-ce  la raison de toujours de la  résurrection :
«Et pourtant... vivre  »

Mort et résurrection, oui.

Chaque page est un stylet qui déchire la noirceur : l'horreur.
Parce qu'il y a aussi, l'océan et ses déferlantes; la musique, la peinture et les arts.
Parce que il y a aussi la Nature des cocons s’éveillant ; mais  aussi et surtout, le sens de la vie comme une transcendance;  mais encore  des dieux grecs, des artistes et des géographies; et le fanatisme et Abel et Caïn ... et le pardon et la compassion.
La tension entre le prosaïque et l’Azur. Entre le terre à terre et le sublime; entre la finitude et Absolu...
Tout atteint ses sommets et ses abîmes presque simultanément;  Beauté terrible et  terrible Beauté, sont protégées par une grande tendresse:


« Au fil des saisons du ciel
j'écoute scintiller la Voie lactée
étoiles pétillantes d'un ballet lunaire interstellaire
Luna luna de tous les astres la plus mystérieuse
tu recueilles les pleurs de l'absence
tu inspires aux amants les plus tendres émotions
et des poètes tu deviens Muse
On te dit parfois maléfique __ Moi qui cherche
je te sais de mes nuits confidente »

Mort et résurrection, oui.

Synthèse des contraires, porte qui s’ouvre et porte qui se ferme.
L’insaisissable et le profane …
Le Pouvoir et la carence d’êtres arrachés de toute forme d'existence digne.
Vie qui appelle la vie et mort qui sème la mort : Syrie, Irak, Grèce, Afghanistan… En France : «…A l'orée il y eut Charlie/Au crépuscule rougeoyant ce fut le Bataclan/
Le sang déversé…». La peste brune:

«  la terre ruissela rouge du sang répandu par les rues
En Europe ______ en France surtout
la peste brune déferle en vagues bleu marine
sur nos fragiles dunes »

« Qu'est-ce que  une feuille de papier ? / C'est quelque chose que tu ne peux pas tourner/jusqu’à  en  tirer la dernière ligne de toi même », dit une poésie russe d'auteur anonyme.
Bienvenu  «Chorégraphie de cendres», bataille entre Éros et Thanatos, qui se résout par la foi finale en une destinée.
C'est la dernière ligne de l'âme de Françoise Ruban

« Célébrer le point du jour
lueurs magiciennes de l'aube
instant d'amour et de paix
Les mots chantent »

Cristina Castello, 21/09/2017
 «Chorégraphie de cendres»
Françoise Ruban 
Blog de Françoise Ruban
©maquettes by association gens du monde
 Éditeur : Gens du monde(association loi 1901)
ISBN 978-2-919521-38-8
SIRET : 521 903 294 000 10
©Droits réservés éditions épingle à nourrice
 15 €

lundi 17 octobre 2016

Nadine Lefèbure, hommage de ses amis





Nadine Lefèbure vient de quitter ce monde (12 oct 2016). Je ne la connaissais pas, à mon grand regret. Je la découvre grâce à mes amis Cristina Castello et André Chenet. (FR)

André écrit ceci :


"Car la route est longue, et ma patience
à la mesure des océans
Au port tu seras le phare
et moi le quai
où viendra accoster le navire de l'Éternité"
Nadine Lefebure

"J'ai lu, comme j'ai rarement lu, les poèmes de Nadine, et suis resté définitivement subjugué par le rythme hallucinatoire et lucide de sa langue en partance vers les tempêtes créatrices d'harmonies."
André Chenet

L'étoile de sang vert
à Christian Deudon
j'avais fini par voir en elle une immortelle
sur fond d'azur
et dans ses yeux translucides les horizons des mers
faisaient le tour de la terre
a sa table le roc et le fer
la flamme et l'amande
la plume d'aigle et le fils de l'air et de la terre
l'herbe qui fait danser la langue
elle faisait miroiter le temps dans une coupe de cristal
à sa table les vivants et les morts
partageaient le pain du poème sous une pluie d'étoiles
au coeur de l'énigme
où l'amour fait la roue
elle tournait les pages d'une histoire en devenir
une histoire sans fin pour ceux qui viendront
pour ceux qui resteront à jamais prisonniers innocents des îles imaginaires
elle brassait des soleils rouges entre ses ailes d'arc-en-ciel
forgeait dans l'eau de ses yeux transparents des géographies fulgurantes
elle défiait les naufrages à hauteur d'homme
tutoyait les petits dieux sauvages de la nature à qui elle offrait les perles de la parole
a sa table brûlaient toujours quelques lucioles
et dans sa chevelure altière salée par les vents du large
des chevaux marins guidaient de fervents navigateurs à bon port
poètes au long cours s'asseyant a sa table parfumée de sables chaud et d'algues sauvages
à ses convives émerveillés elle disait la bonne aventure
J'ai eu le privilège d'en être
aux côtés d'une compagnie d'êtres fabuleux tisseurs de légendes
et maintenant qu'elle s'est embarquée pour les terras incognitas
j'ai dans la bouche le goût nébuleux et douloureux des immortelles.

A.C.  6h05, le 13 octobre 2016






Nadine Lefebure, André Chenet et Tristan Cabral au Festival des Fous du Loup à La Colle s/ Loup en octobre 2013.



Sur le site de Cristina Castello


Quelques poèmes sur le site Francopolis

(ces poèmes ont été publiés dans la revue La Voix des autres n°5 mars 2012, d'André Chenet)

I
                                     
                            Chaque jour à l'aube                                                                                                
                                               LA DEFERLANTE
A l'assaut de la colline                              
                     monte la pente
A midi se retire
                     à perte de vue à perte de vie
                    brave les algues de l'oubli.

Quand s'ouvrira la porte, jouant la proue
                    elle fera fi
                    de ces turgescences marines

Fera feu et flamme et fer rougi
                             poussé à bout
                                                 poussé à blanc
                                          pour abattre à bout portant
                                                                 le héros du crime                              



              II
 Toi
A la fois
              dans le même temps
mon rêve                          
              et mon cercueil
que j'enlace, et le griffe et le délace.
                         
Je te dégrafe
et te brasse et t'émonde
             le mouds, le broie
                          me recueille…
                         et me lance en traverse.

Je prends                                                        
             la traverse
                         la voie royale
                          jeu de paume
                          jeu de qui perd gagne.
Appel au fou
Appel au feu
Sous le feu près du fou garde-flamme
             peut-être est-ce maintenant
                          que l’amour
                                    en est à son commencement.



III

 Nous étions
                   coques confondues
                   lianes enlacées
Aujourd'hui - déjà - nous serons
                  coquilles ou chèvrefeuille  
et tout ce que le ciel inventera.

                                                       Et si les mots à dire
                                jouaient à s'inverser?...

Nous serions demain - encore -
                                           coques enlacées
                                        lianes confondues

et coquilles enroulées
                 chèvrefeuilles retournés
                                           chèvres effeuillées
                                                                feuilles imbriquées.
                                         
Retournés enroulés fondus et enlacés,
dans la fournaise
               les chevaux tireraient des bords
               les oiseaux fuiraient les jeux de l'air
               les bateaux blancs battraient des ailes .      
                   
Sable et neige sublimés
sur la couche se fondent en un les vivants, les vitraux,
               un gisant à deux dos se retourne
                                               se déhanche.

                L'homme sirène
               et la femme centaure
                                   pénètrent de concert
                                               la mer sans un pli
                                               le désert sans un souffle

                                  (où gronde en sourdine        
                                  venant de loin, allant très loin)  

                                                                    le désir sans ride      
     
IV

A l'aveugle musical
au sourd voyageur
les mots sont rares et difficiles, le travail factice.
Sa chevauchée ne déjouera
 jamais les mystères de l'être.

         Sur quelle courbe peser
        descendre quelle rivière  
        quel océan atteindre
                                        par-delà les frontières de liesse...

Renouveau, Renouveau, pourquoi as-tu fui
toi qui portais le monde en semence?
        La vague
        à l'âme mêlée installe sa métaphore
        fourrage la solitude à l'excès
                                        l'abandon sur sable en mouvance.

A garder racine, on perd mémoire pour demain
jouxtant le vide, la dérive    
                                        on cherche, on somnambule.


Là où mène le cirque vital
on dérape, on dérange, on déjauge    
                                        on hasarde on limoge.

Le dédale des murs mitoyens délite, lézarde
le pire du dedans - la furie -
         l'envers du décor, la fureur sous la mort.

S'abstraire
         retrouver, conquérir le silence hautain,
Signifier à l'oiseleur
                        son congé
                               (veut)
                                     dire aussi          

                                       LIBERTE

La revue de poésie "La Voix des Autres" a publié quelques uns de ses poèmes dans le numéro 5 de mars 2012. (Extrait "De l'Hier au demain")

Sur le site Danger Poésie, André Chenet




quelques poèmes :

Extrait de "L'hier au demain"


                         TROIS  LITANIES  POUR  LE  CIEL
                                                                               

                                                      I              
                                              NÉBULEUSE

 Nébuleuse à l’œil nu
Nébuleuse aux vertèbres de métal, au ventre d'aspic
Aux cheveux de palissandre à cinq branches
Nébuleuse lézard de la nuit
Scaphandre des ténèbres qui s'enfonce autour de la terre
Léopard de minuit
Nébuleuse en suspens, crinière de filigrane
Aux griffes de neige et de phosphore
Grise mine des clairs de lune, incendie des étoiles
Graminée de la nuit, pistil de la lumière
Nébuleuse aux feux de paille, aux pailles de fer
Vitrage de pluie, de glaives et de silex
Nébuleuse sur fond amer
Votre solitude m'étreint.                                           

                                                        II
                                          L’ ÉTOILE  MULTIPLE

L'Étoile à sept feux verts
L'Étoile à feux triangulaires
L'Étoile du berger solitaire
L'Étoile solidaire de la nuit
L'Étoile qui brille dans le ciel vert
L'Étoile qui dérange le circuit des bolides et météores
                                     L'Étoile qui réveille les rois mages

Celle qui endort les enfants
Celle qui dort dans le fond de l'oeil
Celle qui bruine au matin sur la Seine
                                     et rumine son train d'images et d'enfer
Et celle qui constelle dans les cirques les selles d'éléphant
L'Étoile du bon temps, celle du bon accueil
L'Étoile accroupie sur un parterre de fleurs
Celle qui se glisse dans un coin de la Cène
Celle qu'il sied aux mécènes
                                    de tendre aux pauvres artistes
                                                                     
Celle aussi que l'on fixe chez le dentiste
Celle qui brille au bout du téléphone
Celle qui passe à cheval et pousse sa chanson réclame
Celle qui dégringole en dansant dans le cercle des vivants
Pour turbiner aux turbines dans les usines
Et profiter des heures de lumière supplémentaire
Et rendre inoubliable le temps de la cantine

Pour avoir des vacances payées
Pour aider la misère à battre des ailes
               et prévenir la mort
                           et suivre les enterrements

 L'Étoile qui menace la géographie des navigateurs imprudents
 Et délivre sans retard les prisonniers innocents
          Celle qui ramène les navires aux portes des villes
          Qui aide l'homme à descendre en scaphandre
                            à vingt mille lieues sous les mers
                                                                     
        Cette étoile n'est pas encore celle
        Qui viendra un jour planter en terre
        La première pierre du château, de la cité, de la demeure
.                                                                         que l'on offre aux vainqueurs.                          
                                                      
                                                             III
                                                      LA COURTE ETOILE

C'est la chasse à courre, c'est la chasse à l'Etoile
une suite de courte étoile cette femme
qui suit ce pont de pierre
Comète de la ville elle fait
le tour des quais
C'est elle qui fait les quais de la ville
lumière qui file
sous les pieds de l'inconnu en chasse

C'est l'amour qui s'avance en faisant la roue
la rencontre, le feu, le fer de lance
une Étoile qui sert aux lance-pierres, ces ponts de pierre
qui vont où vont les ponts
ces jets de terre à d'autres terres

C'est l'amour de la chasse qui pousse
entre les pavés fleuris de fleurs de serre
c'est le cor qui sonne un rassemblement d'Étoiles
D'inconnu à inconnu des ponts de pierre
se lèvent, c'est l'amour et le ciel qui se rejoignent
la tombée qui emporte
des cerfs morts
d'un signe à l'autre sur les carrières du zodiaque

C'est l'heure imprévue de la chasse à l'Étoile
l'heure de monter un cheval piaffant                          
l'heure des chasse à courre, l'heure des chiens de race

C'est l'heure d'Ophélie au fil de l'eau, l'heure des marins morts
l'heure des bateaux à voile comme des oiseaux                   
de mer sur l'immobilité de pierre
Sur toute la ville c'est le silence
de la courte Étoile qui passe
d'oreille à oreille
et dépasse
les ponts qui s'espacent
de pont à pont

C'est l'ennui le vague le temps
de la vague qui vogue
avec ses lames d'Étoiles et roule la barque
 le navire de Christophe Colomb                                       
qui débarque et découvre des algues nouvelles
le naufrage qui vous pousse, l'abordage
d'une île très belle où poussent
des algues sauvages                                       
                   
La bouteille à la mer se brise sur un rocher
et c'est une marée d'Étoiles
une nuit blanche, l'aventure qui s'avance
à pas de chasse à loup, l'inconnu traque de gauche à droite
et pousse sur une île la courte Étoile        

Un convoi de maisons plonge lentement dans le fleuve         
A droite à gauche l'île se vide et désespère
Inerte, l'île n'est qu'une île de pierre avec ses ponts

Sur un terrain vague, un terrain de vague à l'âme
C'est la tombée de l'Étoile qui chemine
                A raz de terre c'est un cimetière d'Étoiles
                                                                        la tombée du ciel sur la terre


La tombée, c'est une immense vallée qui se referme
Une Étoile de sang vert répandu
Un escalier géant, une cavalcade, une rivière
Une averse qui chasse d'un pont à l'autre
                                                  la tombée de la nuit avec cette femme
                                                                                              qui passe.         





                                         









Lecture à deux voix du poème "Altaïr" de Nadine Lefebure par l'auteure et André Chenet. C'était à la Maison de l'Amérique latine, le 8/10/2012, lors de la présentation des recueils audio "Le chant des sirènes" de Cristina Castello et "Secret poème" de André Chenet.

dimanche 16 octobre 2016

Cristina Castello, deux poèmes extraits de Ombre / Sombra (éd Trames)





Poèmes :

La Parole
Torrent

Deux poèmes de Cristina Castello in « Ombre/Sombra », édité aux Éditions Trames en 2010
Christian Deudon a prêté sa voix à Cristina Castello lors de cette présentation.
Comédien, metteur en scène, il a fondé et dirigé vingt années durant sa propre troupe, et présentait ses spectacles en France et en Europe, de Desnos à Shakespeare, de Diderot à Jean Tardieu.
Depuis 2005 il se consacre plus particulièrement à des récitals de
poésie, participe entre autres aux actions des cercles Aliénor, PEN
Club, et anime le Territoire du Poème.
Traduction de l'espagnol (Argentine) effectuée par le poète et homme de théâtre, Pedro Vianna.

"Ombre" présenté sur le site de Cristina Castello

http://les-risques-du-journalisme.over-blog.com/article-photos-de-la-presentation-d-ombre-de-cristina-castello-gerard-truilhe-65270906.html








Ombre Cristina Castello Christian Deudon par cristina-castello



mercredi 3 février 2016

Cristina Castello, interviewée par Rodica Draghincescu (sortie du livre" En écrivant la vie")

photo Cristina Castello



CRISTINA CASTELLO : « LA POÉSIE EST LA RÉVOLUTION DE DIEU »
Publié le 26 Mars 2015 par Cristina Castello
Catégories : #Entrevistas-Entretiens de CRISTINA CASTELLO


Cristina Castello, interviewée pour  le livre

« En écrivant la vie » de Rodica Draghincescu [1]



     

Cristina Castello, écrivain, journaliste (avec plus de 3.500 entrevues à des personnalités de la vie politique et culturelle du monde entier, présentatrice d’émissions à la télévision argentine), s’est engagée dans la lutte contre les injustices sociales et politiques de son pays, mais surtout il s’agit d’une femme passionnée de littérature. Je propose donc ici une sorte de présentation générale, suivie d’un questionnaire qui puisse situer ses expériences, ses chemins, visibles au cœur culturel de son peuple et aux regards de ceux qui de partout ailleurs l’admirent et la célèbrent (RD).





RD : Vous avez toujours en considération l’ensemble des aspirations et déceptions de toutes les histoires que vous avez vécues. Quel est votre projet idéologique ? 

CC : Aujourd’hui les viscères du monde hurlent et je sens cela dans l’os de l’âme. Mais je suis encore imprégnée, et pour toujours, des concepts du penseur argentin José Ingenieros, que j’ai lu à l’âge de onze ans. Par exemple, lorsqu’on jette des regards visionnaires sur une étoile et qu’on tend vers une très haute élévation impossible à atteindre, avide de perfection et rebelle à la médiocrité, c’est qu’on possède l’inexplicable élan d’un idéal. Ce sont des mots qui m’imprègnent tels la persistance des liserons et qui palpitent encore en moi, à la manière de cette étoile. C’est ainsi que je n’adhère à aucun « isme » et j’abhorre la plupart d'entre eux, parce qu'ils sont sans soutien axiologique, et de caractère purement instrumental. Je n’ai rien à voir avec les « droites », certes, mais je répudie de même tout dogmatisme qui emprisonne l’âme ou la lucidité. Je suis une libre penseuse, un franc-tireur d’idées, de sentiments et de semences. Je défends des valeurs. Je fais germer la bonté, la justice, la liberté, l’égalité… La beauté, en somme, qui embrasse l’éthique et l’esthétique. On pourrait dire en termes non conventionnels –puisque je ne le suis pas– que la mienne est une idéologie de mains ouvertes. Pour donner. Ce qui signifie marcher à cœur ouvert et la conscience éveillée ; et avoir aussi exposé le corps et la vie –et ce n’est pas une métaphore– pour défendre la vie de « mes » prochains. Rappelez-vous ce que dit John Donne… « La mort de tout homme me diminue, parce que j'appartiens à l’humanité », c’est ce dont il s’agit.

RD : Oui… vous avez écrit « cette odeur à prison, cette odeur. Celle-là ». Quelle a été votre expérience par rapport à cela ? 

CC : Heureusement j’ai vécu de ce côté-ci des grilles –en liberté– mais j’ai été menacée de mort et « interdite » comme journaliste, et –par un mandat intérieur inexplicable– j’ai converti ma vie en une lutte sans trêve pour la paix et la défense des êtres humains emprisonnés, torturés et portés disparus. Ce fut pendant le génocide qui eut lieu en Argentine entre 1976-1983 et dont les responsables furent les criminels –appelés ainsi également par la justice, lorsque celle-ci était encore digne de ce nom– commandés par Jorge Rafael Videla, président de facto, Eduardo Emilio Massera y Orlando Ramón Agosti ; c’est curieux… tous utilisaient deux prénoms… pour renforcer la puissance de leur cruauté ? Bon, tout au long de notre vie, nous avons tous, une ou plusieurs zones de fracture, un point culminant. Cela peut se passer à partir d’expériences belles ou horribles, mais –dans n’importe quel cas– ces circonstances divisent notre vie en un avant et un après. On n'en sort jamais indemne, mais meilleure ou pire, et cela dépend du matériau que l’on trouve à l’ « intérieur » de nous-mêmes. Le matin du 24 mars 1976, aussitôt que le coup d’état, meurtrier et tortionnaire, fut déclaré dans mon pays, et que la mort fit son apparition brutale, commença l’une de deux étapes qui convertirent mes jours en un avant et un après. Ce n’est qu'en raison d'un mandat intérieur ou pour un destin qui criait Humanité, que j’ai consacré ces années-là de ma presque adolescence à la défense de ceux que souffraient. Pour moi, ce n’était pas important «de quel côté » ils se trouvaient; la seule chose importante pour moi, c’était qu’ils souffraient (« Qui sont ceux qui souffrent ? Je ne sais pas, mais ils m’appartiennent » : Pablo Neruda). Alors une profonde douleur s’est emparée de moi et j’ai couru de prison en prison, en subissant les démarches humiliantes que cela impliquait ; et j’ai couru d’un dignitaire de l’Église à un autre… et je les exècre d’autant plus que j’aime les bons curés de Jésus, dont beaucoup ont été portés disparus. Et « disparu » veut dire N.N. (en espagnol-argentin : des tombeaux sans nom) et dans la plupart des cas, sans corps dedans. « Disparus », après avoir été enlevés de chez eux : des enfants, des vieux, des malades, et des femmes portant des enfants dans leurs ventres… Des êtres humains ! Et il y  eut des personnes considérées à tort comme appartenant à « l'Intelligence Service », lesquelles passaient des nuits et des nuits à attendre et surveiller la porte de l'appartement où je vivais toute seule. Quant à mes journées, je les consacrais à la recherche des personnes disparues, et je passais mes nuits d’insomnie, le dos courbé sur des feuilles blanches, à écrire sans arrêt; inutile de vous dire que j’ai eu à endurer toutes sortes d’intimidations. Le sujet en lui-même justifierait des livres et des livres. Je n’ai jamais compris, et je n’arriverai jamais à comprendre tant de cruauté, et pourtant cela ne me paralyse pas. Je deviens plus forte dans l’horreur, surtout lorsqu’il s’agit du prochain : comme si mon âme portait mon corps, pour y résister. Et je continue. Toujours.

 RD : Comment se fait-il que vous soyez encore vivante ? 

CC : Disons, à titre de synthèse et au risque de paraître simpliste, que je suis vivante parce que Dieu l’a voulu. Parce que par exemple, ils ont torturé la pauvre mère d’un prisonnier « porté disparu », seulement parce que la police (ou l'armée) a trouvé au cours d'une perquisition chez elle une correspondance clandestine reçue de son fils par mon intermédiaire. Ne connaissant pas même le jeune homme, je lui faisais  parvenir ses courriers par pure humanité. Et elle, la pauvre mère du martyr, ayant souffert l’horreur de la torture, n’a amás dénoncée. Alors vous voyez… Il paraît qu’un ange me protège pour que je protège à mon tour, et que, sans le savoir, je suis née avec un destin prédéterminé, consacré à la poésie, à la défense de la justice et de la liberté. Et à partir de ce génocide j’ai voué toute ma vie à la lutte pour que « Plus jamais ». « Plus jamais » est une sentence paradigmatique en Argentine… Ce serait long de l’expliquer maintenant. Mais, encore une fois et au risque de simplifier, je dis que cela signifie la lutte pour la paix pour que « plus jamais » de tortures, « plus jamais » de répression, « plus jamais » la maudite mort. « Plus jamais » de génocides, « plus jamais » de coups d’État. « Plus jamais » l’homme comme erreur et horreur de la Nature. « Plus jamais » les places vides des rires d'enfants avortés à cause de la gégène électrique manipulée par des monstres qui, auparavant, avaient violé leurs mères. Plus jamais… « Plus jamais » !

RD : Comment est l’ambiance politique et idéologique dans laquelle se développe la culture de votre pays ? 

CC : C’est curieux… c’est la deuxième fois que vous dites « idéologie », et je ressens l’expression comme un frisson. Comme vous le savez, bien avant Fukuyama il se produisait déjà ce qu’il a mis en mots : la fin de l’histoire et la mort des idéologies. Des arguments pervers pour proclamer l’idéologie du « dieu Marché », moyennant laquelle on tue des millions de personnes. Avec des armes et avec la famine. Ce sont des idéologies du vide et de l’indifférence qui ont commencé à surgir au siècle dernier, et qui se sont aussi développées au sein de la vieille civilisation européenne, et elles sont encore en vigueur, même si parfois elles se cachent, par exemple, derrière ce qu’à l’école de Frankfort– Adorno, Horkheimer– on a appelé raison instrumentale. Aujourd’hui nous vivons le fondamentalisme de la violence qui s’exerce sur la majorité des êtres humains. Et l’Argentine est l’une de ses grandes victimes. Dans ce cadre, pourtant, il y a des politiques réconfortantes provenant de l’actuel gouvernement en matière de ce qu’on appelle « les droits de l’homme », et si je m’exprime ainsi, c'est parce que j'estime que le bonheur fait lui aussi partie  des droits de l'être humain  et je ne vois pas comment quelqu’un qui n’a pas de quoi manger, ni de quoi payer ses études ou de se soigner pourrait être heureux. Je veux parler des huit millions d’exclus de la vie depuis 1976, et, en ce qui concerne les conditions économiques,  ça ne s'est pas vraiment amélioré notamment à cause du « gouvernement » de l’ancien président Carlos Menem, une « personne » qui a vendu l’Argentine et les argentins et qui devrait se trouver aujourd’hui en prison. Et malgré tout cela la culture crie « présent » et ce pays, où je suis née, possède un haut niveau culturel, avec plusieurs Prix Nobel, avec un mouvement émancipateur important comme il devrait exister dans tous les pays appelés du « premier Monde » un mouvement porté par des personnes créatives, qui savent faire de l’art et d'autres qui font tout ce qui est possible pour aider ceux qui n'ont plus rien. Mais presque tout se fait grâce aux artistes, aux gens habiles, créatifs, aux scientifiques. Ceux qui sont animés par le désir et l’imagination. « Si par hasard, lorsque je me couche, je ne m’attache pas aux barreaux de mon lit, je me réveille un quart d’heure plus tard, inévitablement, sur le toit de mon armoire », a écrit, le poète argentin Oliverio Girondo. Il volait, il imaginait. Mais être artiste ou scientifique, c'est à dire ingénieux ou créatif, et avoir une conduite cohérente dans ce pays –plus que dans bien d’autres– c’est se condamner à l’exclusion, en ce qui concerne la qualité de vie et le travail. Bref, c’est être un héros.

RD : Plus que dans d’autres pays de l’Amérique Latine ? 

CC : Bon… L’Argentine n’échappe pas aux conséquences fâcheuses du « modèle » unipolaire, qui ne devrait plus exister et qui est en train de s’épuiser. Elle fait partie –comme toute l’Amérique Latine– de ce qu’on appelle le Tiers Monde : celui des inégalités, de l’injustice, de la violence et de la pauvreté. Or, c’est un cas non assimilable aux autres pays de l’Amérique indo-hispanique. De par ses origines historiques elle a une forte connotation européenne, mais aujourd’hui elle est un miroir déformant ne restituant que peu ou prou son héritage culturel. Cependant, et même si cela semble contradictoire, il s'y développe une culture très ouverte à travers laquelle la poésie, la musique, la danse, la peinture et toutes les expressions artistiques entravent les desseins du « dieu Marché » et se développent à travers tous les secteurs socioculturels. Alors, c'est avec un soupir intérieur, et presque en état de grâce, que je ressens les forces de création et de vie. La vie elle-même !

RD : S’agit-il d’une conjoncture culturelle propice au fleurissement des publications littéraires ? 

CC : Les publications littéraires fleurissent mais tout se fait à partir des efforts individuels et de petits groupes qui payent pour publier leurs productions et qui ne vendent presque rien. C’est un groupe très restreint celui qui exerce la résistance comme revendication de la vie et de l'art, et c’est la raison pour laquelle ils n’ont pas de place dans ce qu’on appelle les mass media. Par ailleurs, les suppléments « culturels » des journaux ne publient presque rien en poésie ; et, lorsqu’ils le font, c’est sans recherche préalable ni compréhension esthétique. La poésie est la grande absente, et il arrive pourtant que sa voix apparaisse –soufflée par des « poètes en service commandé »– dans les discours officiels des gouvernants, qui en utilisent les  tours de langage et les ficelles  pour « s’en flatter » et pour mieux la condamner à l’oubli. Quant aux grandes maisons d’éditions –actuellement la plupart sous le contrôle de capitaux espagnols–, ce sont des monopoles et elles ne publient pas de la culture mais des objets de consommation qui abrutissent les gens. Des masques. Ce sont des masques de la nuit et du désert, dont l’objectif est de dénigrer les écrivains authentiques et par voie de conséquence l’intelligence humaine, puisqu'il ne s'agit principalement que de nier la parole quand celle-ci est porteuse de la lumière.

RD : De quelle génération de poètes venez-vous ? Quels maîtres revendiquez-vous ? Y-avait- il des groupes ou des écoles dominantes pendant vos premières années de littérature ? 

CC : Non, « Je n’ai jamais appartenu » à aucune génération de poètes parce que –jusqu’à présent– je n’ai fait partie d’aucun groupe. Je suis une intimiste et j'ai toujours préféré  le dialoguer à deux que les conversations en assemblées. Par ailleurs je déteste les gens qui avancent avec des masques, j’aime les cristaux ; je guette le mystère et la beauté. Il y eut un temps où je passais des nuits entières, dans mon jardin de fleurs toutes blanches, à attendre, anxieuse et patiente, la naissance d’un jasmin. Il s’agit de mes petits et infinis instants de plaisir. Cela doit être parce que je jouis de ce que Louis Aragon a appelé la passion de l’absolu, et  que je l’endure aussi. J’écris depuis l’âge de quatre ans mais j’ai toujours essayé de cacher ma poésie… même si elle apparaissait dans mes écrits journalistiques et dans la respiration de mon âme. Maintenant j’ai un tout petit peu changé et c'est dans « mon » Paris tant aimé qu’a été publié en octobre 2004, mon premier livre de poèmes en version bilingue (français-espagnol) : « Soif ». J’ai soif. Et je ne proviens pas d'un seul poète mais de tous. J’ai commencé à écrire parce que je suis née habitée par la poésie, celle que j’ai découverte et appréciée avant même d’en avoir eu la mémoire, avec ma mère : La « Chiquita » Batmalle, un être venant d'un autre monde. Elle était poète, pleine d’amour et de poésie, et a su me transmettre sa faim d’Azur, son désir d’Infini. Elle fut mon « Grand Maître », aussi importante que tous ceux qui ont éclairé et éclairent encore mon être. Paul Éluard, Robert Desnos, Paul Celan, Arthur Rimbaud, Federico Garcia Lorca, ou les argentins Roberto Juarroz et Alejandra Pizarnik. Des lumières parmi tant de lumières, c’est mon impératif des yeux toujours ouverts.

RD : Est-ce que pour vous l’écriture est un acte révolutionnaire ? 

CC : Oui, la poésie est la révolution de Dieu. C’est un engagement avec la vie. Elle est révélatrice et prophétique. C’est un  univers secret qui se fraie un passage dans un monde brutal, pour ouvrir les consciences et les cœurs. Eh oui… à Rome on appelait les poètes vates –ce qui veut dire devins, comme l’a bien signalé Philip Sidney dans son Apologie for Poetry–. Et n’importe quelle écriture est révolutionnaire s’il s’agit vraiment de littérature et non pas de vide, parce qu’elle est résistance et persistance d’aurores ; parce qu’elle est conscience critique du monde, moteur de l’imagination et épanouissement de l’esprit. C’est une arme. Pour le bien et la liberté, et elle a le pouvoir de transformer le monde, particulièrement la poésie. C’est pourquoi tant de poètes bleus ont souffert et ont été assassinés dans les camps de concentration; parce que la poésie comme tous les arts véritables, représente un danger pour le Pouvoir. Le Pouvoir veut des esclaves et l’art est un horizon définitif de liberté. Et nous savons déjà, avec l’espagnol Léon Felipe, qu’il y a un tyran qui attache, et un autre tyran qui détache. Et entre les deux, le domaine de la liberté, l'épopée prométhéenne, toute de tension angoissante et soutenue, d’équilibre et d’amour.

RD : Comment définiriez-vous votre acte poétique ? Et l’acte politique ? 

CC : Tout acte est politique, et la poésie, pour moi, est un voyage vers le dedans, une intériorité, un mode de connaissance : « Qu’est-ce qu’écrire ? C’est quelque chose que tu ne peux pas pratiquer avant que tu n'aies extrait la dernière ligne de toi-même », dit un poète russe. Et c’est cela dont il s’agit. Mais je sens que l’acte poétique n’est pas seulement l’acte d’écrire, mais l’intention de trouver le vrai et la mesure de l’amour envers l’humanité. Quant à moi, sans la poésie dont je suis totalement imprégnée je me sentirais perdue dans ce monde.

RD : Est-ce que vous dites et vous provoquez la réalité ? En général, combien de temps dure la réalité ? À quel point elle croise-t-elle la fiction qui, n'est, par ailleurs, qu’une forme possible de la réalité ? 

CC : La fiction est une parabole qui révèle ce qu’on appelle réalité. Mais… qu’est-ce que la réalité ? Je me méfie de ce mot. La réalité, oui… « Cette clé de clôture à toutes les portes du désir » écrivit Olga Orozco, poète argentine. Et moi, je suis d'accord avec elle. La réalité est quelque chose de « déjà fait », c’est ce qui nous est « donné » comme seule possibilité. C’est un mur. C’est une fin. C’est de la résignation. Je refuse de l’accepter. Je veux la construire autrement. Voyons… « Guerre en Irak », disent-ils. C’est ça, la réalité ? Non. Boucherie unilatérale en Irak. Existe-t-il la réalité ou bien ce qui existe, ce sont les yeux qui la regardent ? La mer est liquide, dit-on. Oui… c’est ce qu’il paraît. Mais non. Qu’est-ce qu’il y a de plus solide que la mer, qui nous précède et qui nous succédera ? Qu’y a-t-il de plus solide que les bouquets d’écume à l’aide desquels elle séduit les étoiles ? Qu’y a-t-il de plus solide que ses abîmes insondables… que ni l’homme ni son imagination ne peuvent atteindre ?

RD : Du journalisme et de la poésie. Dans quel cadre ? 

CC. Dans le cadre de l’engagement, évidemment. Je ne suis pas journaliste. Je suis personne et je suis poète. Je profite du journalisme pour trafiquer des valeurs et de la poésie, en semant toujours. En outre, le journalisme du monde d’aujourd’hui –sauf quelques exceptions- me dégoûte. Il n’accomplit point le devoir éthique d’informer, ni de former. La lumière des postes de télévisions a la couleur de la mort, car elle ignore ceux qui souffrent ou bien elle se sert d’eux pour créer de gros titres assoiffés de sensationnalisme. En tant qu’habitants de cette planète, de n’importe quel pays, nous sommes des survivants des massacres et nous vivons entre les parents des assassinés, victimes du Pouvoir impitoyable. Mais la plupart des entreprises journalistiques se taisent, parce que pour elles tout est marchandise et intérêts. Alors je suis heureuse en faisant du journalisme seulement quand je peux être libre, absolument libre. Comme je l’ai été lors de mon programme de télévision, auquel je reviendrai, « Sans masque » ou à la radio, et plus rarement dans les médias de presse écrite. Lorsque j’y écrivais, je n’ai jamais trahi mes idées ; par conséquent j’ai été très censurée et, fatalement, il m'est arrivé de m'autocensurer.

RD : Votre poésie protège la vérité, la bonté, la paix, la lumière, la musique, l’amour, la langue. Vos paroles suggèrent, cachent, découpent le monde en séquences de sentiments et de sons et d’images dynamiques. Votre écriture est rapide, forte, séduisante, captivante. Votre poésie acquiert rapidement la polyphonie des mots. D’où provient cet appétit pour la parole ? 

CC : Du ventre de ma mère. J’ai toujours été amoureuse des mots mais j’ai pris tout mon temps avant de m’apercevoir que l’écriture pouvait changer ma vie, même lorsque j’étais une inconnue pour tous. Mais ... ne me croyez pas, puisque je ne suis pas celle qui écrit, mais les lectures dont je me suis nourries depuis mon enfance ; c’est le ciel qui me pénètre, la solidité de la mer, des arbres, des fleurs, de l'amour, de l'humanité, tout ce qui est poésie. Ce sont les  phares ceux qui écrivent mes mots, les bonnes personnes, la lune qui me regarde par la fenêtre, les gestes fraternelles qui me causent une implosion, et même l'horreur qui me met en alerte. Ce sont les aubes, les oiseaux et les mains qui s’ouvrent en offrande envers les semblables. Ce sont la musique et la peinture et l'art tout entier. Ils me chuchotent les mots, de même manière que ma faim de connaissance, les personnes que j'aime et les visages de chaque être anonyme qui, depuis n'importe quelle rue, me découvre la carte de sa géographie intérieure.

 RD : Vous avez écrit, dans « Semences » : « Je veux. Je veux et je sème. Je veux. /Que nous enseignions la bonté avec bonté. /Que le ciel soit toujours piqué d’étoiles,/Je veux des adultes au rire virginal /Et des  chérubins en portraits d’enfants./Que les sans pitié respirent Blake/Que Rilke exorcise l'évidence/Que les petits vieux vivent dans l’honneur./Que le Pays, le Continent, le Monde, l’Univers/Soient pour des égaux et sans discrimination ». Vous dialoguez avec le monde. La langue vous procure les preuves, elle vous détaille la réalité, fixe les règles et exige bien plus au-delà de son articulation magique. Je ne souhaite pas vous demander l’origine de vos sources mais sur le statut métaphorique généralisé de votre poésie. Pourriez-vous nous dire quelque chose à ce sujet ? 

CC : Non, parce que je ne le sais pas. Je sais seulement que je ne veux pas pécher contre l’imagination ni contre les sentiments. Que je déteste les artifices, que je ne veux pas me rendre à la parole facile… Celle-là même dont tant de gens se servent pour créer ce qu’ils envoient après à certains concours. « J’ai la beauté facile et c'est heureux », écrivit mon Paul Éluard, et moi aussi, je la désire mais seulement pour appréhender cette beauté. Je ne veux pas me rendre à la parole facile, à la vox et praeterea nihil : ce n’est que de la voix pour de la voix, que des mots pour des mots, rien. Je veux sortir jusqu’à la dernière ligne de moi-même. Je veux écrire au rythme de mon frémissement et avec tous mes frères et mes sœurs humains. Je ne veux pas avoir toutes les réponses mais poser beaucoup de questions. Je ne veux pas tuer l’enfant qui vit en moi. Je veux désapprendre ce que j’ai appris, pour pouvoir tout regarder comme si c’était la première fois.

RD : Suggérer, demander ou prétendre telle ou telle chose, en une décade où l’espoir d’être compris est inexistant, signifie avoir du courage, de l’initiative. Votre désir est votre devoir, et ceci efface toutes les crises de la poésie dont nous aimons tant parler. Vous êtes directe, combative, sensorielle, passionnée, spirituelle ; vous n’aimez pas le sens de l’abstraction. Êtes-vous une poète du « non » ou du « oui » ? 

CC : Je ne sais pas si c’est du courage. Je crois que dans mon cas, il s’agit de l’impossibilité d’être différente de ce que je suis. Mais… Vous êtes une observatrice perspicace : lorsque vous comparez en moi le désir et le devoir, que je ressens presque comme un destin, vous êtes en train de me définir. Et vous me présentez aussi dans la perspective de la combativité et de la spiritualité. Vous savez Rodica ? Je crois que le tout fait partie du tout. Je suis dionysiaque pour sentir et –plus généralement– apollinienne en ce qui concerne le style. Je déteste les qualificatifs ainsi que les textes pamphlétaires, et chaque jour je tends vers davantage de synthèse. Mais ceci n’élude point l’engagement. En un seul mot, il peut y avoir une tension spirituelle qui nous restitue de sa puissance, comme cela arrive parfois d'un seul coup de pinceau ou d'une seule note musicale, pour le peintre ou le musicien. En outre, il y a des moments de l’esprit qui me conduisent vers une forme ou vers une autre. Alors je peux écrire « Soif gorge sable » au lieu de… « J’ai soif comme si dans ma gorge il y avait du sable » Mais aussi, et avec l’expérience du génocide qui commença en Argentine en ce jour de l’année 1976 : « Le vingt-quatre mars deux mille quatre devrait être une photo jaunie / du 24 mars 1976. / Mais des assassins de christs peignent en couleurs la photo jaunie. / La font renaître. / Elle devrait être une photo démodée à cause du temps passé. Avorté l’horreur par sève et vie. / À sa place : Clic et des yeux bouillonnant d’espoirs. / Clic et des visages cartographiés d’âmes en veillée. / Clic et des certitudes de ravissements. / Mais la corruption du fric requiert aussi la répression… » Après ceci, je ne crois pas qu’il me soit nécessaire de répondre à votre question, à savoir si je suis un poète du « oui » ou du « non », n’est-ce pas ?

RD : Quel est le motif central de votre œuvre poétique ? 

CC : Ma soif. Soif éternelle, bénite, une soif insatiable.

RD : « Eau. Musique. Art. Vie. Égalité. Justice. Liberté. Transparence. Soif » Ce sont les mots-clés de votre production ? 

CC : Soif est le mot central qui englobe tous les autres. De toute façon, les mots surgissent comme un besoin désespéré pour être authentique vis-à-vis de mes sentiments. C’est ainsi que quand j’écris, j’essaie d’ôter jusqu’au dernier voile pour trouver la dernière couche qui soit en moi. Justement, le premier poème qu’écrivit l’irlandais Seamus Heaney s’appelle Digging (en creusant). En creusant en lui-même. Et après l’avoir écrit, il sentit avoir ouvert une aire de lumière qui l’intégrait à la vraie vie. Comme Cátulo dont les poésies d’amour ont un caractère unique, dû à l’austérité avec laquelle il exprima les délices et les tourbillons amoureux. Alors vous voyez… la poésie est aussi une fenêtre vers la source du silence.

RD : Dans un numéro de « Tel Quel » (1965) Jean-Pierre Faye affirmait que le mot « poésie » est le plus laid de la langue française. Comment est perçu le mot « poésie » en Argentine ? 

CC : De la même manière. La poésie est le plus outragé des arts. Mais il n’y a pas une Argentine unique : en ce qui concerne ce point de vue, il y en a au moins deux. Il y a un secteur médiatisé et indifférent mais il y a aussi une Argentine occulte qui attend la lumière, celle des larges minorités que les mass médias ignorent. J’ai appris avec certitude combien d’âmes font partie de cette Argentine occulte, surtout grâce à mon programme de télévision, dont le centre était la poésie et le regard poétique du monde dans toute sa vérité. De jour en jour, nous avions davantage de téléspectateurs, de jour en jour d’une adhésion croissante. Alors, au-delà de l’indifférence de ceux qui veulent assassiner la poésie, elle subsiste; peut-être parce que lorsqu’on la connaît, elle se met à vivre en nous et elle devient alors incontournable en imposant un état d’alerte et de désir, de disponibilité. Une promesse.

RD : Votre écriture ne tourne pas autour des apparences et, de cette manière, elle prend un aspect de corps à corps. Chez vous on trouve le besoin de l’expérience physique. Vous altérez les astuces du langage et vous approfondissez les choses. Avez-vous déjà songé à définir le « verbe poétique » ? 

CC : Robert Frost s'est très bien exprimé à propos de cela. Vous vous en souvenez ?… Il a dit qu’un poème commence comme un nœud dans la gorge, comme un souvenir nostalgique ou comme un amour; et puis que vient la pensée et que la pensée conduit aux mots. Excusez-moi… laissez-moi répondre avec ces mots. Je n’aime pas les définitions. La poésie, elle « est ».

RD : C’est fascinant l’indépendance de votre poésie. Y a-t-il en Argentine des poètes qui vous ressemblent ? 

CC : Il y en a beaucoup et de très bons, ainsi que dans toute l'Amérique latine, et beaucoup parmi eux sont tombés dans l'oubli. Néanmoins, je ne sais pas si nous pouvons parler de similitudes. Chacun a son style mais le diapason sur lequel s’installe toute la musique du poème est différente pour tous. C’est la sonate ou l’hymne de chacun.

RD : S’il vous semble propice, vous pouvez signaler les mauvaises tendances de la poésie universelle contemporaine. 

CC : Je sens que tout ce qui a une tendance, surtout si elle est mauvaise –telle est votre question?-, suppose de la soumission à ce qu'imposent les modes. Donc, ce n’est point de la poésie. Or, s’il y a tant de lumière, pourquoi donc parler de l’obscurité ? Tant de lumière. Tant de lumière. Il y en a tant.

RD : Pourriez-vous formuler un vœu pour tous les poètes de nos jours ? 

CC : « Un grondement : la / vérité en personne / est apparue / au sein de l’humanité / au cœur même / du concert de leurs métaphores ». Paul Celan l’a dit pour moi, et si nous tous prenons ce flambeau, les viscères du monde n’hurleront plus. Jamais. « Plus jamais ».



J'ai participé à cette interview en 2004, alors que je n’avais publié qu’un seul recueil de poèmes. Voir ma bibliographie ICI. J’ai décidé de vous la faire connaître, car elle est toujours d’actualité. Je remercie le poète André Chenet, pour sa correction de la traduction française (CC)