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samedi 2 avril 2022

Poèmes de Spyros K

                                        Le Saule


 Supplique du saule pleureur
Arbre de la mélancolie
De la Femme et de la lune
Feuilles vertes  âme brune
Récepteur de nos folies
Des mémoires abolies
L’esprit a ses lacunes
Elles voguent le long des dunes
Comme des ondes d’énergie
Qui calment une colère noire
Ton regard a su la boire
Et me la rendre sans un pli
Enrichie de ta sérénité
Eclair d’humanité...
         ***
Le saule vêtu de majesté
A une allure d’avion lesté
De mille différents espoirs
Qui s’envoleront le soir
Kérosène éthéré
En nos pensées concentré
Les élans ont tes traits
Et l’empreinte ton parfum
Ce qui semble abstrait
Est la mémoire du temps...
               ***
Le saule se dresse solitaire
Un terrain de golf pour écrin
Les silences sont sectaires
Hésitations qui doivent se taire
Visualiser la Mer
Et s’écouter un brin...

Spyros K

le 16 juin 2016




 Quelque chose...


Insolemment Femme
Tout converge vers toi
L’intensité de la pensée
L’attrait vers l’insensé
Libre arbitre ancré en toi
Sens perdus et retrouvés
Mon regard est rivé
Aux mots et aux instants
Qui propulsent le temps
Au carrefour de l’absence
Des pépites de l’innocence
Ecrites au sang aigu
Mêlant le rouge aimant
D’un alphabet en miel
Issu des tripes du ciel
Au carburant un peu osé
Qu’offre ton corps arrosé
Aux élans élaborés
Des méandres de nos passés
Parfumés d’un avenir
Temps indéterminé
Tu n’as qu’à propulser
Le frère du sommeil
Au feu doux des vérités
A vivre...

Spyros K

2 mai 2016

© Tous droits réservés
Protégé par copyright








Philosophie...


                
Longues les routes intrinsèques
Recherchant une clepsydre
Offrant du temps au temps
Des éclairs aux doux instants
Lorsque l’esprit a le coeur sec
D’avoir  voulu abondamment
Enfreindre l’entendement
De ceux qui ignorent
Les autres pérégrinations
Vers les plages de l’Avancée
La Mer renouvelée
Bleu cobalt fond irisé
Mû par l’essence des livres
Aux pages désintégrées
Réincarnées en nous
L’encre faisant navette
Entre les niveaux de conscience
La valse des velléités
Ce qui en nous pense
Est une empreinte de réalité
Au diable la vanité
Si l’énergie ressentie
A le goût étrange du savoir
Laissant une saveur en bouche
De merveilleux et d’insatiable
Et apparaît devant les yeux

En italique le mot Capable...


© Spyros K

le 10 avril 2016

Tous droits réservés
Protégé par copyright






            Forêt



Elle se promenait en forêt
Vêtue de sa seule chaleur
Cherchant à cueillir deux fleurs
Une églantine et une pensée
Puis percer dans l’insensé
A travers les pleins les déliés
Plume dansant sur le papier
Pour en extraire le meilleur jet...
           ***
Nue comme la substance d’un rêve
Puisé dans les sentiers amis
Des méandres de l’esprit
Nourris par l’ombre du sapin
Le flottement des destins
Et les rayons transperçant
L’ombre factice des sons
S’éloignant du temps
Et l’empreinte décatie
De ses rudes  ancrages...
           ***
Flamme douce dans son regard
Qui peuplait la clairière
Elle avait des couleurs de hier
Et un chuchotement ami
Déclamait des vers
Pour se mettre en condition
Et écouter sans peur
La nature rend patient
L’ours gronder

Sous une belle ondée...

Spyros K

20 février 2016

© Tous droits réservés

Protégé par copyright








Ton visage


Ton visage est une mappemonde
Avec deux myosotis au milieu
Fleuris en ta conscience
Irradiant de vie
Les rigoles délicieuses
Empreintes d’existence
Les rides sacrées
Pour mon coeur sucrées
Au miel construit
Sans architecte
Au fil des ans
Et de nos envies...

        *

Ton corps est une galaxie
Partout est ton adresse
Et ailleurs aussi
Comme les atomes d’Amour
Que certains prétendent
Pouvoir les définir
Alors que leur structure
Malléable aléatoire
Jamais toute explorée
A certains secrets percés
Qui rendent inéluctable
La présence d’oxygène
Que tu génères en moi...



Spyros K

le 6 novembre 2015

© Tous droits réservés
Protégé par copyright


photo Spyros K




                                         Sourire



Ton sourire ressemble à une tasse de thé
Où s’abreuvent les tendresses cachées
Chaudes gorgées pour désaltérer
Les accents de l’espoir
La quiétude froide du soir
Et la douce mélancolie
D’un arbre aux feuilles lourdes
Dont la supplique est sourde
Comme les voeux d’un colibri
Au coeur de l’hiver...

              ***

Ton sourire est doux breuvage
Avec le miel de ton empreinte
Puisé dans la ruche de notre vie
Que tu sais étaler
Cicatrisant les plaies
Effaçant les frontières
Entre leurre et vérité
Photos superposées
Qui font aimer
La complexité du monde
Perçue sur ton visage
Comprise dans ton regard
Et aimée en toi...

Spyros K

17 janvier 2016

©Tous droits réservés
Protégé par copyright





                                        Le Ruisseau





Le regard se mire dans le ruisseau
Voit l’eau qui file ailleurs
Irriguer l’espoir d’un coeur
Et charrier ses alluvions...
                  ***
L’esprit voyage en première classe
Dame Nature offre les élans
Déchire l’existence de plans
Création seule pour carburant...
                      ***
Les pupilles se dilatent
Corollaire de l’expectative
Lignes claires qui éclatent
Sous les plumes qui écrivent...
                   ***
Le ruisseau prend forme de Mer
L’iode parcourt les narines
Reflets brillants du soleil
Envies alexandrines...
                            ***
Puis tu frottes ma peau à toi
Tendresse de lichen vert
Coeur et âme se sont ouverts
Mais ne restent jamais cois...
                       ***
Si le ruisseau un jour se vide
Le regard aimant le suivra
Une parole jadis le délivra
D’un ancré avide...
               

Spyros K, le 27 février 2016

© Tous droits réservés
Protégé par copyright



Je puise...
Je puise l'encre dans le ciel noir,
Pour écrire un texte orageux;
Avoir la force et continuer d'y croire,
Ma conscience pour seul enjeu...
**
Je puise l'espoir dans un pré vert,
Où nous nous sommes souvent aimés,
Avant que soudain le pire hiver,
Disperse les merveilles semées...
**
Je puise le feu au crepuscule,
Très puissant, même lointain;
Ce que d'autres voient ridicule,
Est pour moi un vrai destin...
**
Je puise ton miel au soleil jaune,
Frère jumeau d'une plage dorée;
Tendresse fugace de l'automne,
Qu'un pinceau a décoré...
**
Je puise mon âme sur la page blanche,
Essorée comme une noyée;
Elle se croyait étanche,
Et la voila rouillée...
**
Je puise l' eau pour vivre,
Dans une variété infinie de bleus,
Qui peuvent me rendre ivre,
Avec l'aide de tes yeux...
**
Je puise l'essence de ma pensée,
Au savoir devenu parfum;
En cultivant l'insensé,
On efface la fin...

Spyros K

19 octobre 2012



photo Spyros K

mardi 31 août 2021

Angélique Ionatos n'est plus

 

                              photo sur le Net



Le 7 juillet 2021 Angélique Ionatos cette immense artiste(musicienne, poète...) et femme généreuse, engagée, s'est éteinte.
Beaucoup d'émotion, une immense tristesse. Elle était une amie dont j'ai souvent parlé ici. Je l'avais découverte dans les années 1980 et depuis je l'écoutais , l'écoutais encore. Je l'avais retrouvée sur facebook.

Yannis Youlountas et son fils Alexis Sévenier lui ont rendu des hommages chaleureux que je partage ici. Françoise Ruban


                                                 *****


ANGÉLIQUE IONATOS EST MORTE, UNE ÉTOILE EST NÉE !

Hier soir, j’ai perdu ma sœur. Ma sœur adoptive. Ma sœur de lutte. Ma sœur de création. Ma sœur de cœur. La sœur qui m’a toujours manquée jusqu’à notre rencontre et le début de nos créations communes il y a quelques années. Elle me demandait conseil, j’en faisais autant. Nous étions très différents et pourtant très proches. Nous partagions une passion pour la poésie, la mythologie, la philosophie et une nostalgie pour cette Grèce dont nous étions tous deux exilés. 

Angélique ne cessait de me dire que son vœu le plus cher était de retourner finir ses jours en Grèce, en particulier sur l’île de Lesbos où elle avait des attaches. « Ne pas finir ici, mais là-bas dans la lumière, dans ma première lumière. » Je lui répondais la même chose pour la Crète, mon île adorée où sont nés la plupart de mes ancêtres et où vit encore une grande partie de ma famille. À croire qu’être grec, c’est être d’une île, comme d’une utopie, grandir avec le regard à l’horizon et désirer, tout au bout de la vie, revoir une dernière fois cette indicible rencontre entre le ciel et la mer.

Angélique était magicienne. Elle envoûtait quiconque la côtoyait. Personnellement, j’étais comme ensorcelé par sa voix, son regard et ses gestes, à chaque retrouvailles. Son sourire était rayonnant, son rire était torrentiel, sa tendresse était marine et sa bouche était l’athanor transformant n’importe quel vers en poème mythique. 

Toute sa vie, Angélique a servi les poètes et la poésie, de sa voix et de sa musique, incarnant charnellement ce qui n’était à l’origine qu’un bout de papier gratté à l’encre des songes. Angélique vibrait à l’instar de sa guitare, donnant vie aux fantômes et tirant la quintessence des textes les plus touffus dans des éclairs de lucidité. Maintes fois, elle nous a adressé des textes d’amour et de soutien pour dire à quel point la vision du monde était incomplète sans la métaphore, écrite ou filmique, sans le lyrisme indispensable pour appréhender le vertige de l’existence et la course vers l’utopie.

Elle faisait aussi le lien entre la Grèce et la France, mais aussi la Belgique où elle était arrivée à l’âge de 15 ans, à Liège en 1969, pour échapper aux persécutions du régime des Colonels. Elle traduisait et commentait les textes, évoquait sa terre d’origine, donnait à penser et à rêver cet orient tout au bout de l’Europe, au croisement de trois continents.

Dans les années 2008-2012, elle commença à souffrir de ce qui se passait en Grèce : une crise qui n’était en réalité que le laboratoire du durcissement du capitalisme en Europe. Angélique se demandait souvent ce qu’elle pouvait faire pour témoigner son soutien. En juin 2012, elle décida de sortir de sa discrétion sur les sujets politiques pour exprimer ce qu’elle ressentait. Dans une vidéo sur Médiapart titrée « Et les rêves prendront leur revanche ! »(1), elle évoqua une société absurde, une « ploutocratie ridicule et dangereuse », dans laquelle « nous oublions de penser, nous oublions de nous arrêter ». Elle appela à « ne pas sauver la Grèce pour revenir dans le passé », car ce passé, c’est le consumérisme et la « démocratie télévisuelle » qui n’est que domination et exploitation. « Non, ne revenons pas en arrière ! Il faut tout changer ! Il faut redonner à l’utopie sa place ! (…) Cela vaut pour la Grèce, mais aussi pour le monde entier. »

Dans la foulée, après avoir vu le film « Ne vivons plus comme esclaves », Angélique nous adressa une lettre chaleureuse dans laquelle elle nous dit : « Vous montrez superbement que l’utopie est une action poétique ! C’est très beau et ça fait du bien ! C’est ça dont nous avons besoin : d’utopie et de poésie ensemble. (…) Nous avons besoin d’images, de joie, d’allégresse, de désir, et c’est ça que je ressens en visionnant votre film. Merci »

Quelques temps plus tard, Angélique nous proposa une soirée projection-concert dans sa ville bien aimée des Lilas, près de Paris. Finalement, faute de place dans l’agenda, ça se passa le 17 décembre 2014 à l’auditorium du centre culturel Jean Cocteau (2). Une soirée gratuite, magique et noire de monde organisée par L’Observatoire de la Diversité Culturelle.

Durant le débat, Angélique souligna l’importance de la musique dans le film. Pour elle, c’est « une des choses qui font sa force, nous avons besoin de poésie, de lyrisme pour nous transcender et retrouver l’enthousiasme nécessaire pour changer le monde ». Et quelques jours plus tard, Angélique me souffla : « Si tu as besoin de moi, n’hésite pas ! »

Ainsi fut fait durant le printemps 2015 ! Angélique participa à la fois à la musique du film Je lutte donc je suis, mais aussi au tournage, en intervenant plusieurs fois à l’écran : dès le début du film, en guise de narratrice d’introduction(3), puis durant une séquence au sujet de la mémoire de l’extrême-droite au pouvoir en Grèce, avec son témoignage émouvant sur son enfance sous la dictature des Colonels. Elle y parlait de son souvenir le plus terrible : sa mère brûlant discrètement sur la terrasse les livres de leurs poètes bien aimés mis à l’index par la dictature(4).

Sa chanson « Et si l’arbre brûle » devint l’une des principales musiques de Je lutte donc je suis, notamment utilisée durant l’arrivée en Crète après 15 minutes de film(5). Cette chanson, cela faisait des semaines que nous en parlions tous les deux. Pour moi, elle allait devenir l’une des chansons clés de l’œuvre d’Angélique car celle qui exprime le plus intensément ce qu’elle a ressenti durant les dix dernières années de sa vie, face au désastre grec et mondial. Une sorte de tragédie superbement composée et interprétée par une voix qui préférait toujours passer par la métaphore, même sur les sujets les plus brûlants. Cette chanson, c’est moi qui lui ai demandé de la mettre en bien commun, en Creative Commons, et c’est pour ça que nous avons appelé ensemble son producteur, Stéphane Grégoire (d’Ici ailleurs), pour lui transmettre cette volonté commune. Du coup, la chanson a pu circuler librement durant des semaines et cela a d'ailleurs bien soutenu la sortie de son album quelques temps plus tard.

Angélique avait bien compris que c’était aussi l’esprit du film que de sortir du cadre commercial pour en faire un objet de lutte, un outil solidaire, un bien commun. Quand elle a reçu notre nouvelle bande annonce du film, cette fois plus courte fin 2015, elle a répondu aussitôt : « vous aviez raison, c’est tellement mieux comme ça ! »(6). C’est tout naturellement qu’Angélique nous a rapidement rejoints pour des projections-débats en soutien aux luttes et aux actions solidaires, comme le 19 février 2016 à Paris(7), par exemple, en aide aux dispensaires médicaux autogérés en Grèce.

Durant cette période, elle nous envoya plusieurs lettres évoquant sa joie de « renouer avec la mémoire et l’utopie dans une période cruciale », au moyen de la « poésie écrite ou filmée » qui, seule, permet de « souffler l’enthousiasme »

« Nous avons besoin du vent du changement. Nous avons besoin de tempête, pas d’une petite brise » écrivait-elle en mai 2015, annonçant l’échec de Tsipras. Un mois plus tard, elle nous envoyait une autre lettre commençant par « Les poètes sont en exil »( 8 ). Cette lettre sera finalement remaniée et publiée deux mois plus tard par Le Monde Diplomatique, en août 2015, comme le cri d’une grecque en exil face à la tragédie qui se déroule sur sa terre d’origine. Dans cette lettre, elle insistait sur la nécessité de renouer avec une vision poétique de l’existence :

« Les poètes sont en exil. Dans notre monde, soumis à une nouvelle barbarie, il faut nous interroger pour retrouver la mémoire et l'utopie. Ce sont elles qui veillent sur notre humanité. Ma belle et étrange patrie m'a enseigné que la poésie, depuis toujours, nourrit le chant. Et ce chant peut devenir un cri ! Aujourd'hui, la Grèce est défigurée. Les Grecs sont humiliés. Le premier devoir d'un artiste est de témoigner de son temps. Et de résister ! Souvent, je me sens découragée et impuissante face à tant de malheur. Parfois, je suis même tentée de me taire. Alors, je lis mes poètes. Leurs mots jamais ne s'oxydent à l'haleine du désespoir. Leur parole est politique et souvent prophétique. Et voilà que l'espoir revient comme un chant de maquisard dans la forêt des aromates ! Ce cri et cet espoir vont habiter aujourd'hui mon propre chant ! »

Plus tard, Angélique a judicieusement ajouté : « C’est le hasard qui nous fait naître dans un pays plutôt que dans un autre. Et c’est l’exil qui nous fait prendre conscience de notre identité culturelle. Je n’ai pas choisi l’exil ; je l’ai subi et j’en ai souffert. »

Finalement, beaucoup plus tôt qu’elle ne l’imaginait, Angélique est morte, à seulement 67 ans ! Elle est décédée hier à Paris, loin de la terre où elle espérait finir paisiblement ses jours. Son projet de retraite à Lesbos restera un rêve inachevé.

J’aurais aimé la serrer une dernière fois dans mes bras, ma grande sœur de lutte et de création. Lui dire mon immense estime, ma profonde affection, mon amour fraternel. J’adresse mes plus sincères condoléances à tous les siens, depuis l’île de Crète où je me trouve actuellement pour l’une des actions solidaires qu’elle soutenait. Et je retourne m’envelopper de sa voix dans le silence de l’absence.


En écoutant en particulier :
Ο κύκλος του νερού (« Le cycle de l’eau », avec Manta et Théodorakis)
Cette blessure (poème de Léo Ferré)
O Έρωτας (« L’Amour », poème de Odysseus Elytis)
J’ai habité un pays (poème de Odysseus Elytis)
Αισιοδοξια, Κι άν τό δέντρο καίγεται (Optimisme, Et si l'arbre brûle, poème de Dimitris Mortoyas)
et cette chanson de jeunesse avec son frère Fotis, en français : « Y’a-t-il de la place au ciel pour les poètes ? »
Contrairement à toi, ma sœur, je ne crois pas en Dieu, mais je suis certain qu’une étoile est née qui veille au-dessus de la mer Égée.
(1) Angélique Ionatos « Et les rêves prendront leur revanche », mercredi 13 juin 2012 sur Mediapart : https://www.dailymotion.com/video/xrggsi
(2) Notre soirée projection-concert du 17 décembre 2014 aux Lilas : http://www.xn--diversit-culturelle-izb.org/la-grece.../
(3) Introduction du film Je lutte donc je suis avec Angélique Ionatos (durée 5 minutes) : https://www.youtube.com/watch?v=brqtYrjqX74
(4) Extrait de Je lutte donc je suis sur la dictature des Colonels, avec Angélique Ionatos (durée 9 minutes) : https://www.youtube.com/watch?v=06FuxAXcPIQ
(5) Version intégrale de Je lutte donc je suis, avec la chanson « Et si l’arbre brûle » de Angélique Ionatos à la quinzième minute : https://youtu.be/97HTxo20c-E?t=922
(6) Elle évoquait la deuxième minute de la bande annonce courte qui explique notre démarche :
(7) Projection-débat de Je lutte donc je suis avec Angélique Ionatos, le 19 février 2016 à Paris : http://blogyy.net/.../vous-pouvez-maintenant-reserver.../
( 8 ) La lettre « Les poètes sont en exil » sous sa forme initiale en juin 2015, deux mois avant quelques ajouts et sa publication dans la presse : https://francoiseruban.blogspot.com/.../angelique-ionatos...

Yannis Youlountas



                                                 *****

Ma mère Angélique Ionatos s’est éteinte ce mercredi 7 Juillet.

J’ai du mal à trouver les mots, ils étaient si importants à ses yeux, elle qui leur a dédié sa vie.

Et puis comment résumer une carrière comme la sienne, comment parler de la mère qu’elle était.

Elle a façonné la définition de l’artiste à mes yeux, et son départ me laisse un vide immense tout en ayant conscience qu’il sera à jamais comblé par son œuvre, éternelle, et essentielle et évidemment par mes souvenirs.

Elle s'inscrit à jamais dans la dynastie des plus grands artistes de son époque, des plus grandes, des plus audacieux et des plus audacieuses.

Pour elle, l’artiste devait témoigner de son temps, et résister.

C’est ce qu’elle a fait continuellement.

Pour elle encore, la poésie était mère de tous les arts, et comme disait René Char, poète si cher à ses yeux, à ceux de mon père, et aux miens “Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté, toute la place est pour la beauté”

Ses mots, ou ceux qu’elle a empruntés à d’autres, résonneront à jamais comme un guide et ne résonnent que plus fort, comme jamais auparavant, depuis qu’elle est partie.

Elle me manque déjà terriblement, mais je l’imagine aux côtés de ses pairs, de mon père, quelque part en Grèce sans aucun doute.

Le regard d’aigle c’était mon père, et elle définitivement les effusions de mésanges, René Char, encore.

Son héritage dépasse l’entendement, mon amour pour elle aussi


Alexis Sévenier


                             La photo est de Thomas Dorn



mardi 23 juin 2020

Angélique Ionatos, site officiel mis à jour





© Photo : Yann Orhan

Le magasin en ligne d'Angélique Ionatos ouvre ses portes. Retrouvez y une sélection d'albums ainsi que son livre de traductions de poèmes d'Odysseas Elytis

ci-dessous

Angélique Ionatos



RESTE LA LUMIÈRE - MENEI TO ΦΩΣ
CD - 12 TITRES - 2015

LE MONDE

“ Il y a un style Ionatos, que l'on reconnaît, même après huit ans d'un silence discographique... Il fait pleurer pour enfin entendre les mélodies qui iront avec les mots...”
LE JOURNAL DU DIMANCHE

“ Superbe.”
FRANCE CULTURE

“ ‘ Reste la lumière’, est sombre et d'une beauté pure, en réponse à la situation de son pays.”
TÉLÉRAMA

Angélique Ionatos conjugue avec toujours autant de force musique et poésie. Et c'est là que réside son immense talent.
LIBÉRATION
“ La guitariste, aux montées d'arpèges au style inimitable, rayonne de grâce et de détermination.”
LES INROCKUPTIBLES
“ C'est un grand et beau disque, terrible et courageux à l'image de l'artiste d'exception qui l'a conçu.”


Visitez son site et le magasin en ligne dont je ne vous propose ici qu'un tout petit extrait (F Ruban)


https://angelique-ionatos.com/?fbclid=IwAR0kOg66niTmv_6FO8-0sd5vh837xVIp2OecNSWV8q4UrSDi9Ykv189H9Fk



lundi 23 mars 2020

Le menuisier amoureux, de Cristian Ronsmans





Le menuisier amoureux.

Un menuisier bien charpenté, de corps bien bâti,
Goûtait au repos bien mérité d’un Boaz endormi.

Voilà qui était, il faut le dire, pour le moins étonnant
De voir cet homme dont la réputation de battant
N’était plus à faire, ainsi tétanisé. Était-il donc paralysé,
De n’avoir pu combler cette baie tant convoitée,
Brèche dans la sympathie de la belle enfin ouverte?

Alanguie dans une pose, ma foi, fort bien découverte.

Y avait-il donc du mou dans la butée souple,
Plongeant le menuisier d’autant plus dans le trouble
Qu’il se sentait de moins en moins à l’aise
Dans ce face à face avec la belle mortaise?

Hésitait-il à enfoncer, sans scrupules , le tenon,
Sidéré devant l’incroyable beauté du téton ?

Il se peut. Mais le menuisier est ferme et déterminé.
Et farouchement, sans plus longtemps barguigner,
Besognant, sans relâche, son remarquable ouvrage,
Assuré de gagner la voie de fait du compagnonnage,
D’un coup, d’un seul, enfoncé dans le chambranle,
D’une foi sans faille et que rien n’ébranle,
Bandant son arc de décharge, maintenant la paumelle,
Il rive son clou à mortaise la belle !

Voici donc contée sur un air de chaconne,
La belle histoire des amants de Crémone.

Pour une fois je signe.

CR

© le 10 mars 2020







© photo Cristian Ronsmans




dimanche 25 août 2019

Denis Tellier, Ernest (poème)

Ernest


Envie d'être avec toi,
D'entendre ta voix,
ton rire, ta gouaille.
Partager un cigare et des cocktails.
Regarder tes mains expliquer
ce que sera demain.
Tes lèvres qui chuchotent dans ta barbe.
Tes yeux bleus et ton regard intense.
Ta bouille de bourlingueur.
Dis-moi,
Comment ça va Hemingway ?
Je n'ai plus de nouvelles de toi.


© Denis Tellier





manuscrit Denis T


De très nombreux articles de ce blog ont déjà été consacrés à mon ami Denis Tellier.



ICI



© photo Denis Tellier

mercredi 3 juillet 2019

Mani




Mani
Enfant du pays de Babel
Fils de Patig, enfant de celle
Aux bras de qui t’ont arraché
Ces fous de Dieu, de vérité
Peintre boiteux des palmeraies
Du roi des rois le conseiller
Tu sus convaincre une Zénobée
Et devenir le messager

Mani-Hayy
Ton jardin de lumière…
Mani-Hayy
Qu'avons-nous fait ?

Toi le médecin, le messager
On dit de toi que tu étais
De Jésus l'un des apôtres
Un disciple de Zoroastre
Bouddha d’un pays lumière
Comme les fleuves vont à la mer
Mille sagesses passeront par toi
Pour n'être plus qu'une seule voix

Mani-Hayy
Ton jardin de lumière…
Mani-Hayy
Qu'avons-nous fait

Pèlerin sans but tu cheminais
Mais il fallut pourtant rentrer
Faire tes adieux, les préparer
A préserver la vérité
Dernier voyage à Beth-Lapat
Ultime étape, dernier combat
Ceux qui t'envient d'être l'élu
Lâcheront leurs chiens en pleine rue

Mani-Hayy
Ton jardin de lumière…
Mani-Hayy
Qu'avons-nous fait

Fabrice L.

©Tous droits réservés
protégé par copyright




mercredi 14 novembre 2018

Les grues, Denis Tellier




Les grues


Il est beau de voir en cet automne et par-dessus mes pensées vagabondes, dans des cris éparpillés haut les nues, le passage géométrique et rigoureux des grues.
Une plume ramassée m'invite à poursuivre le voyage, des histoires que j'imagine vertigineuses et dans des vols planés.
Plume qui dans l'attente d'y déposer une première volée d'encre, reste fixée entre mes doigts serrés.
Plume qui dans l'écriture transforme les alizés et mon vertige en une phrase penchée.
Plume qui couche des mots humides, tremblants, agités silencieux et doux, à peine achevés.
Plume et voyelles ébouriffées, plume et consonnes échevelées...
Plume si légère qu'il doit être facile d'écrire, de voler, et puis de s'arrêter un moment suspendu dans un vide d'altitude, ne plus sentir son corps...

Denis T


© tous droits réservés






©manuscrit Denis T





© photo fruban


Ce poème de Denis Tellier a été retenu par une artiste plasticienne Danielle Péan Leroux













J'ajoute ICI le lien vers le site de Danielle Péan Leroux.

A voir aussi dans les sites intéressants



lundi 12 novembre 2018

Salon mondial de Poésie, dimanche 18 novembre 2018











Nous y serons avec exemplaires de présentation et bons de commandes correspondant à nos poètes sélectionnés :-) :
À bout d'espérance (Kamal Valcin), Comme un papier de feuillage (Didier Hippon / Grand prix 2013 - FrMu), Au coeur de la rose (Didier Hippon), Hanan (Najib Bendaoud, Chemins de pierres (Pierre Jooris), Vaines attentes (A. Rochdi), L'âme des marées - bilingue (Françoise Ruban, A. Athanassiou), Love is love (V. Capuana, trad. Elisabeth Regenet-Capuana), Rêve errance (David Az / Grand prix 2017 du salon du livre de la Krutenau-Strasbourg), Chants de velours (G. Parisi), L'ancre de tes yeux (Nayim Smida), Ma brise de liberté (Slah Pacha)!
C'est un début, nous ferons au mieux, et à suivre !


Un exemplaire des modalités du 11e concours d'écriture sera en place !
@Enrique Uribe Carreno - Véronique Sauger
Annie Lautner Claudia D'Italiano Cathy Heraudeau Cathy Simon Cathy Bergantz Jean-louis Bringolf Jean Haas Christophe Calibre Delphine Untereiner Raquel Ita Albert Schwartz Alain Tarate Alain Verreman Samy Gosling Roland Munch Daniel Anstaett Waheb Bekkar





Je serai représentée par "L'Âme des marées, édition bilingue".
J'invite tous mes amis à rejoindre Strasbourg pour me représenter, ma santé ne me permettant pas de m'y rendre. Prenez des photos, des vidéos, commandez ce petit livre qui m'est cher.
Je voudrais rendre hommage à tous les lauréats, aux éditions épingle à nourrice. fruban





samedi 10 novembre 2018

Ne croyez pas l'histoire, JMSananès












14/18 : un siècle déja
Ne croyez pas l'Histoire

Amis

ne croyez pas l’Histoire
elle n’est pas faite
que de gloriole et de médailles
de torses bombés sous la mitraille

Amis
ils étaient hommes
fragiles et beaux

Ils étaient pères
ils étaient frères
ils étaient fils

Quand à traverse vie
dans le profil aigu
d’un cri de mitrailleuse
loin des grands jours où l’on parade
ils jouaient nos libertés
leurs vies et leur amours

Amis
quand, dans la fumée âpre
d’une dernière Gauloise
la mort claironne
ses fleurs d’ossuaires
et mêle dans une farouche ironie
bourreaux et victimes

Amis
d’ici, d’ailleurs
avant de n’être plus
que ces noms de marbre
que l’ont écrit en MAJUSCULES

ils étaient enfants rieurs
ils étaient hommes
fragiles et beaux

D’ici, d’ailleurs
les marbres sont pleins
de larmes majuscules
et de chagrins de mères
La gloire ne se nourrit pas
que du sang des autres

Amis
ne croyez pas les livres
l’Histoire n’est pas faite que de gloriole
de torses bombés et de médailles
L’Histoire est faite
de petits jours
de peur et de sang
D’ici et d’ailleurs
à l’heure si belle où passe la faucheuse
que savaient-ils des vérités endoctrinées ?

D’ici et d’ailleurs
pardonnez
tous s’étaient nourris
du sang noir de l’Histoire
tous étaient gavés
de croix furieuses
et de rouges pestilences

Que savaient-ils de ceux d’en face ?

D’ici et d’ailleurs
ils étaient pères
ils étaient frères
ils étaient fils
ils était hommes
quand ils jouaient nos libertés
loin des grands jours où l’on parade

Ne croyez pas l’Histoire
Ne croyez pas les livres.

JMS

Texte dit par JMS - Musique de Bruno Sananes

https://youtu.be/Wc1twCwFH2E

Dans : "Occident/Accident de conscience" - (Livre-CD 10€)




site de JMS





JMSananès
édition Chemin de plumes ©

mercredi 26 septembre 2018

Croisement, Denis Tellier




Dans le couloir frôlant mon compartiment.
Train de nuit dans son roulement.
Vous passez...
La lune est blanche avec des reflets bleus.
Train de nuit dans son emportement.
Vous passez sur moi à chaque aiguillage.
Ligne électrique et poteaux bleus.
Nous allons dans la même direction.
Train de nuit dans son empressement.

Denis Tellier

© Tous droits réservés







manuscrit Denis T


J'ai tout de suite pensé à la Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France (Blaise Cendrars), comme ça un flash, à cause de cela sans doute




(...) Et pourtant, et pourtant
J'étais triste comme un enfant
Les rythmes du train
La "moëlle chemin-de-fer" des psychiatres américains
Le bruit des portes, des voies, des essieux grinçant
sur les rails congelés
Le ferlin d'or de mon avenir
Mon browning, le piano et les jurons des joueurs de cartes
dans le compartiment d'à côté
L'épatante présence de Jeanne
L'homme aux lunettes bleues qui se promenait nerveusement
dans le couloir et qui me regardait en passant
Froissis de femmes
Et le sifflement de la vapeur
Et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel
Les vitres sont givrées
Pas de nature !
Et derrière, les plaines sibériennes, le ciel bas et les grandes ombres
des Taciturnes qui montent et qui descendent
Je suis couché dans un plaid
Bariolé
Comme ma vie
Et ma vie ne me tient pas plus chaud que ce châle écossais
Et l'Europe tout entière aperçue au coupe-vent
d'un express à toute vapeur
n'est pas plus riche que ma vie
Ma pauvre vie
Ce châle
Effiloché sur des coffres remplis d'or
avec lesquels je roule
Que je rêve
Que je fume
Et la seule flamme de l'univers
est une pauvre pensée...

Du fond de mon cœur des larmes me viennent
Si je pense, Amour, à ma maîtresse ;
Elle n'est qu'une enfant, que je trouvai ainsi
Pâle, immaculée, au fond d'un bordel.

Ce n'est qu'une enfant, blonde, rieuse et triste,
elle ne sourit pas et ne pleure jamais ;
mais au fond de ses yeux, quand elle vous y laisse boire,
tremble un doux lys d'argent, la fleur du poète.

Elle est douce et muette, sans aucun reproche,
avec un long tressaillement à votre approche ;
mais quand moi je lui viens, de-ci, de-là, de fête,
elle fait un pas, puis ferme les yeux

et fait un pas.
Car elle est mon amour, et les autres femmes
n'ont que des robes d'or sur de grands corps de flammes,
ma pauvre amie est si esseulée,
elle est toute nue, n'a pas de corps

elle est trop pauvre. (....)



tout petit extrait


texte intégral ICI

et sur mon blog







lundi 24 septembre 2018

Barbare plus que les barbares, de Jean-Michel Sananès







                                                                                                          À Davis Troy
Barbare plus que les barbares

Barbare plus que les barbares
Ils ont tué Davis Troy
Et je n’ai rien su empêcher

Amérique, Amérique, que fais-tu de mon amour ?

Un doigt coincé aux portières du temps
Je vis dans la douleur sucrée du permanent départ
J’entends tressaillir les larmes
J’entends les chevaux courir
J’entends les femmes dans le tipi

Amérique, Amérique, que fais-tu de mon amour ?

Je traverse l’immensité d’un cri plus large que le vent
Il s’éreinte au sacrifice de tant de morts
Venus libérer ma France
De tant d’hommes partis sauver mon peuple

Amérique, Amérique, que fais-tu de mon amour ?

La mémoire accrochée à un passé
Vrillé en multitude d’échos
J’entends les rires qui piétinent les ghettos
J’entends pleurer Cheval Fou
Et nous n’avons rien empêché

Barbare plus que les barbares
Est-ce la couleur du monde ?
Amérique, j’entends pleurer Dylan

Amérique, Amérique, que fais-tu de mon amour ?


© JMS

Publié dans Et leurs enfants pareils aux miens


le 25 octobre 2011 par Cheval fou (Sananès)



Blog de JMS





Troy Davis
photo du Net

mardi 24 juillet 2018

Le chant des anges, de Xavier Lainé



J'ouvre mes persiennes

Mes yeux frémissent

Je peine à y voir clair



Serais-tu mon soleil

Mon astre mon guide



Nous marchons

Nos pas s'enfoncent dans les vagues

Sous l'orage



Un chant de goéland étincelle

Droit dans l'azur



Nous partons

Enfin libérés

Vers les cieux si purs

         p 12-13





Chaque jour est une vague, effaçant nos traces sur le sable
Chaque jour est une page blanche où tout reste à écrire
De vague page blanche en rêves respirables
Chaque jour, dans l'ivresse de la lumière, tout est là, dans un sourire.... p 29



Demain je t'attendrai, blotti entre les bras noueux d'un olivier millénaire.
Sous la caresse du vent, j'attendrai un signe de ta plume, un soupir dans l'écoulement du temps. Je dessinerai dans l'espace le mot amour, en lettres de noblesse.(...) p 39




Le temps n'avait plus de prise

Son aile battait à tout rompre sur nos bras enlacés p 54








Blog de Xavier

http://latelierdupoete.blogspot.com/2018/07/le-chant-des-anges.html#comment-form






Autre parution chez L'Harmattan





jeudi 5 juillet 2018

Des jours de pleine terre, de Pierre Perrin



Qu’est-ce qu’un ami, sinon celui qui brise le silence le premier ? S’il échoue, le silence ne l’arrête pas. Il appelle encore, incrédule, par une foi fichée au cœur, il vit. Un tel ami tient dans la main, les doigts de la main, tant s’évapore la poésie que nul ne lit.
P.Perrin





Sophie Brassard, 2018  (couverture)








Naissance

Qui sait quand la vie commence ? Si souvent, la beauté en ravive le souffle. Au secret, pourtant, depuis des semaines, une voix d’entre la peau si douce au cœur berce ma vie d’inconscience.
Quel trait de feu me frappe ? Que font, tout à coup, ces doigts, ces mains à m’agripper, à m’arracher ? La lumière pleut à verse. Fœtus à demi-défunt que je fais, c’est pendu par les pieds qu’on m’établit, sur terre, pour vivre avec les hommes. J’entends mal ; je crie à crever mes tympans.
J’ai froid, où brûlent ma narine et ma glotte. J’ai les plus grands maux à trouver la gorge, déjà de glace, de ma mère, au plus beau jour de sa vie.
On nous a séparés.
Pire qu’un drôle d’air tombé du ciel, sans paroles ni partition, un vers luisant juste bon à crisper les doigts, je cherche le bonheur.





Premier de corvée

Aux premiers de corvée, les meilleurs, qui ne pensent qu’à bondir, de la luzerne vers la mer, tellement la caresse n’a pas de nom, les proverbes tiennent lieu d’apprentissages. La détente lourde, chacun titube à l’abreuvoir. On entend déjà la raison égarée, l’époque abrutie. Les insolents accrochent des boîtes de hannetons aux queues des chats. Ils pissent debout par la bonde des barriques.
Quand on s’élance, dans l’aube et la rosée, l’ombre est de trop. Quand les poires et puis les noix gaulent l’étrange cortège des absents, la Toussaint venue, les prières tues, nul ne distinguant personne sous les dalles de marbre, on s’efface derrière une ardoise neuve. On suppute, à la façon de se taire, la violée et les benêts saisis au pantalon. On recule derrière ses nerfs, dans une danse qu’on imagine unique ; elle l’est le temps de reprendre pied, le rêve en morceaux.
Quelle plainte effacerait ce sifflement noir des jours noirs, cette cendre dans la bouche, cette crucifixion du lit défait, quand la pluie enivre debout et que la solitude siffle encore et tire par la manche ?



Confiance

Où va l’humble, le vent se tait, la lune brille. Des oiseaux dans le ciel, au ventre affamé, plein d’ardeur, d’autres amours chevauchent des trous noirs.
Trop de mystères attisent la cécité, la suffisance.
Certains, de ferme assurance, crèvent sous eux tout ce qu’ils grimpent et dévalent. Du cri levant l’aube aux frappes de l’atome, rien ne peut leur échapper.
Ils comptent, mieux que l’enfant ses billes, les milliards d’années-lumière que la vie leur doit ; et ils formatent le monde à l’aune de leur désir.
Ils chargent et déchargent, peu importe quoi. Ils enjambent, fouissent, déchaussent à peine les lunettes pour dormir, bouffent à crever d’aise.
Qu’ils vibrent, explosent et se recomposent ! Ils se font un honneur de tout écraser !
L’espoir en écharpe, le fol écolier se prend au jeu des mille et un cercles de l’abandon. Son bonheur est de croiser près d’une source, en forêt, une biche, la folle peur à la beauté jointe, qui s’enfuit, hélas !
Va pour tout perdre – mais le don d’amour, mais la plénitude ?



Pierre Perrin, Des jours de pleine terre






D'autres très beaux poèmes dans ce recueil en ligne, mais aussi extraits de recueils publiés.
Le plan du site vous permet de naviguer. Non seulement à travers les écrits de Pierre, mais de très nombreux poètes, écrivains, qu'il nous permet de découvrir ou de relire.
Notamment sur la revue Possibles qui paraît en ligne tous les mois.





Vous pouvez lire les autres poèmes sur le site de Pierre Perrin ou sur Calaméo ci-dessous








J'ai consacré sur ce blog un article au roman de Pierre Perrin, Une mère- le cri retenu (Cherche midi éditeur)



Quelques livres de Pierre Perrin


ICI


mardi 26 juin 2018

Cristina Castello, poèmes extraits de Soif




Semences



Prisonnières. On va nous emprisonner. Elles et moi
Elles. Des milliers de milliers d’âmes sveltes
qui avec moi sont contrebandières
De valeurs. D’utopies possibles. D’art.
Art. Négation de la finitude humaine.
Vivre sans masque est désir de beauté.

C’est mon rêve de toujours vigilante pour les rêves.
C’est une soif de mains ouvertes.
Cette soif si grande qu’elle m’étouffe.
Je veux que chaque fenêtre éclaire un violon, un piano, une harpe.
Que’ en toutes avenues du monde
des sculptures de Giacometti regardent avec ravissement La Pietà.
Je veux que dans les sièges des gouvernements dans tous
un Christ de Velázquez avorte l’horreur.

Cette soif. Soif bénie qui avrile et reverdit l’âme.
Vie prodigieuse qui étend le désir de la saisir. Toute.
Et la trêve qui vient à pas retardés.
Je veux que Fra Angelico s’échappe du Prado
et que l’Annonciation parcoure le monde dans sa Lumière.
Je veux que Redon et Mantegna, Uccello, Léonard et Monet
soient trace. Phare. Et qu’ils proscrivent des bourreaux pour que Jamais Plus.

Je veux que nous sachions une bonne fois qu’il est déjà l’heure
qu’en amour se livrer absolument est la certitude de la liberté.
Que tous les matins au lieu d’écouter des nouvelles d’âmes sans anges
Bach, Poulenc, Mahler, Debussy, Schubert et Chopin,
éclatent sur un Rio de la Plata qui se change en mer.
Mer bleue d’amour qui dans la nuit berce les oreillers
Avec des madrigaux, des adagios et des clairs de lune.

Je veux. Je veux et je sème. Je veux.
Que nous enseignons la bonté avec bonté.
Que le ciel soit toujours piqué d’étoiles,
Je vous veux adultes au rire virginal
et enfants en portraits d'anges.
Que les sans pitié respirent Blake.
Que Rilke exorcise l‘évidence.
Que les petits vieux vivent dans l’honneur.
Que le Pays, le Continent, le Monde, l’Univers
soient pour des égaux et sans discrimination.

Je veux. Je veux qu’Eluard, Desnos et Rimbaud, Quasimodo, Yeats,
Lorca, Kavafis et Celan, dansent en poésie sur toutes les âmes.
Et puis que la Chanson de la Joie de Schiller
L’Ode à la Liberté, La Neuvième de Beethoven
soient l’Hymne de tous les Justes de la Terre.
Pour vivre avec soif, la soif sacrée.
Pour que l’éveil soit veille.
Pour semer l’art et l’amour.
Pour ne plus voir déjà.

De masques.

Rien que la lumière, rien que la vérité.



Par Cristina Castello

Poème extrait du recueil « Soif », 
Publié à Paris - octobre 2004
Éditions  L ‘Harmattan



En castillan


Semillas

Presas. Van a encarcelarnos. A ellas y a mí.
Ellas. Las miles más miles de almas esbeltas
Que conmigo son contrabandistas.
De valores. De utopías posibles. De Arte.
Arte. Negación de la finitud humana.
Vivir sin máscara es un deseo de belleza.

Es “mi” sueño de siempre vigilia por “los” sueños.
Es sed de manos abiertas.
Esta sed mía grande tanto ya que ahoga.
Quiero que cada ventana alumbre un violín un piano un arpa.
Que en todas las avenidas del mundo
Esculturas de Giacometti miren en deleite a La Piedad.
Quiero que en todas las sedes de los gobiernos todos
Un Cristo de Velázquez aborte el horror.

 Esta sed. Sed bendita que agosta y reverdece el alma.
Vida esta prodigiosa que alarga el deseo de asirla. Toda.
Y la tregua que viene con pasos demorados.
Quiero que Fra Angélico escape de El Prado
y su Anunciación recorra al mundo en Luz.
Quiero que Redon y Mantegna, Ucello, Morandi, Leonardo y Monet,
Sean huella. Faro. Y deroguen verdugos para que Nunca Más.


Quiero que sepamos de una vez por Dios ya es hora
Que en amor la entrega absoluta es certidumbre de libertad.
Que por las mañanas en lugar de noticias de almas sin ángeles
Bach, Poulenc, Mahler, Di Lasso, Debussy, Schubert y Chopin
Estallen sobre ríos que transmuten en mar.
Mar azul de amor que en noche arrulle almohadas
con madrigales, adagios y claros de luna.


Quiero. Quiero y siembro. Quiero.
Que enseñemos bondad con bondad.
Que el cielo esté siempre pecoso de estrellas.
Quiero adultos con risa virgen y ángeles que retraten en niños.
Que los impiadosos respiren a Blake.
Que Rilke exorcice la obviedad.
Que los viejitos vivan en honor.
Que el País el Continente el Mundo el Universo
Sean para iguales y sin discriminación.


Quiero. Que Éluard, Desnos y Rimbaud, Quasimodo, Yeats,
Lorca, Kavafis y Celan, dancen en poesía sobre todas las almas.
Y que entonces la Canción de la Alegría de Schiller
La Oda a la Libertad la Novena de Beethoven
Sean el Himno de todos los Justos de la Tierra.
Para vivir con sed sagrada sed.
Para amanecer en víspera.
Para sembrar arte y amor.
Para no ver ya
Máscaras


Sólo luz sólo verdad.



Poema del libro « Soif »
Publicado en Paris – octubre 2004
Éditions  L ‘Harmattan






Entretien avec Cristina Castello, dans Revue des Revues , par Claudia Sosa


Des paroles de la plus belle eau pour la soif poétique 
Par Claudia Sosa

Verbe pur et nom nu, c'est Cristina Castello, la femme des mots cristallins, la journaliste poète qui, en mai et à Paris, présentera son premier livre de poèmes illustrés par le grand Antonio Seguí : « Sed »/ « Soif ».
Accompagnée de ses muses aux ailes blanches elle est venue dans L'Île pour nous faire cadeau d'une entrevue parsemée de vols, d'anges et d'oiseaux.

pour francopolis mars 2005

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Entendre ICI la voix de Cristina


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