"Il semble que la Mort est la soeur de l'Amour" (J.R Caussimon )
En observant ces arbres morts, prêts à s'écrouler, déjà en décomposition, élançant avec peine, en un dernier sursaut, leurs bras maigres et nus... Et juste derrière ces pousses vertes, promesses de vie, qui seront la moisson de demain... me sont venus à l'esprit ces mots de Caussimon que chante Léo Ferré.
Patrick Ochs est musicien, interprète, photographe, écrivain.... what else ?
J'ai toujours aimé les découvertes, les rencontres imprévues. Lorsqu'il s'agit d'artistes simples, chaleureux, talentueux, que n'obsède pas la notoriété à tout prix, je souris à la vie.
Ces rencontres si rares ont lieu dans la vie « réelle » comme sur les réseaux sociaux, si peu sociaux très souvent pourtant.
Ici, sur ce blog, j'ai consacré plusieurs articles à des coups de cœur éprouvés après lecture d'un poème, d'un livre, à l'écoute d'une chanson, d'une musique. Ce fut aussi la rencontre de photographies, de peintures. Des personnalités et des talents différents m'ont séduite.
Patrick Ochs compose, chante, écrit... accompagné de musiciens sans lesquels il dit n'être rien.
Il exerce aussi son génie créateur dans la photographie, sa série d'affiches le prouve.
Aventurier de l'Art, des arts, aventurier de la Vie. Quelqu'un que j'ai vite eu l'impression de connaître depuis des années. Et cependant je le découvre doucement, goutte à goutte.
Il a sept albums à son répertoire, le huitième est en cours.
J'ai eu la chance d'en écouter deux :
- Ombres chinoises
- Partenaires
Déjà quelques gros coups de coeur !
Son site personnel est une véritable caverne d'Ali Baba ! Très esthétique, bien organisé.
Je vous invite à le visiter.... Cliquez sur le lien ci-dessous
"Depuis 20 ans, Patrick Ochs et ses musiciens colportent leurs chansons, nous font partager leurs émotions, histoires banales ou fantastiques, vécues ou rêvées, où les animaux côtoient et se confondent avec les humains, univers du cirque, des fêtes foraines, nostalgie et blessures de l’enfance, où il y a toujours l’espoir d’un monde meilleur dans le désenchantement, sur des musiques java-rock, nourries d’influences klezmer, 20 ans depuis les hangars, de cabanes en bistrots, de foyers d’accueil en prison, puis sur les scènes de France et du monde.
Quinze ans de tournées, plus de 1000 concerts en France, en Chine, en Bulgarie, en Russie, jusqu’à Saint-Pierre et Miquelon, à l’écart des médias, mais avec un public "
"Un huitième album de Rue de la Muette est en préparation : Les rendez-vous de novembre, titre qui fait référence au tragique 15 novembre 2015."
Rue de la Muette.
Patrick, tu m'as appris pourquoi ce nom pour ton groupe. La cité de la Muette à Drancy où étaient enfermés les Juifs avant d'être envoyés à Auschwitz-Birkenau.
En septembre 1939, le gouvernement de la IIIe République y interne des ressortissants allemands et autrichiens, vite transférés dans les camps du Sud de la France du fait de l’avancée des troupes allemandes. A partir de juillet 1940, les Allemands utilisent le bâtiment en forme de U pour interner des prisonniers de guerre français et britanniques puis des « ressortissants de puissances ennemies » (civils anglais et du Commonwealth). En août 1941, la politique allemande de représailles des « menées judéo-bolchéviques » entraîne l’arrestation de nombreux juifs de l’est parisien. Le bâtiment en U leur est exclusivement réservé : le camp des Juifs est créé. A partir de l’été 1942, il devient le principal camp où sont rassemblés, en vue de leur déportation à Auschwitz-Birkenau, les Juifs raflés sur tout le territoire français. De juillet 1942 à juillet 1943, les convois partent de la gare de Drancy-le Bourget. Jusqu’à cette date, la gestion du camp est confiée aux autorités françaises – la surveillance est assurée par la gendarmerie. A partir de juillet 1943, avec l’arrivée à Paris d’un nouveau dirigeant nazi, Aloïs Brunner, la gestion du camp est reprise par les services allemands. Le régime de détention est modifié et Brunner choisit aussi un nouveau lieu de départ pour Auschwitz Birkenau : la gare de Bobigny. Au total, sur les 74 000 juifs déportés de France, 67000 sont partis de Drancy, essentiellement vers Auschwitz-Birkenau.
RUE DE LA MUETTE, c’est...
20 ans de tournées et plus de 1000 concerts en France comme à l’étranger...
7 albums en 15 ans...
1 livre signé Patrick Ochs, Carnet de route (Éditions de la Lauze)
En quelques années, Rue de la Muette a donné des concerts en Chine, en Russie, en Bulgarie… Un peu partout dans l’Hexagone, jusqu’à Saint-Pierre et Miquelon, du théâtre de l’Européen à Paris aux Jeudis du Port à Brest, en passant par le Festival des Nuits de Nacre en Corrèze ou encore le Festival Bernard Dimey en Haute-Marne.
(sur le 7ème album)
L'album se compose de douze chansons extraites de leurs six albums précédents et de trois inédites. Tout a été complètement arrangé et transformé.
Ces titres vous font avancer, un pied de chaque côté d’une frontière, derrière les vieux ours et les éléphants. En passant par le camp de Drancy, on regrette de ne pas être resté plus longtemps au Cirque d’Hiver. On regarde passer les avions présidentiels, assis au bout du banc (du ban ?) de la société, on joue dans des fanfares Old Jazz, on croise Mingus et BB King. On tombe amoureux d’êtres qui ne nous ressemblent pas. Et surtout, on avance et on bouge avec les petites histoires que racontent Patrick Ochs et ses Partenaires, les musiciens de Rue de la Muette.
A noter que les titres les plus connus de Rue de la Muette, ceux qui donnent le frisson ou soulèvent une salle, n’avaient jamais été enregistrés de cette façon, dans les conditions du direct, avec l’engagement organique de tous les musiciens, et c’est là que l’on découvre de grandes chansons, de la graine de vrais standards…
Patrick Ochs : chant
Gilles Puyfagès : accordéon
Eric Jaccard : batterie, percussions
Vincent Mondy : clarinette basse, clarinette Si b, saxophone soprano
CE QU'EN DIT LA PRESSE...
« Avec cette voix râpeuse qui porte toujours d’étranges douceurs et qui cache le sanglot d’un enfant orphelin de petits bonheurs volés, en d’autres temps pas encore oubliés, Patrick Ochs fait vivre son petit théâtre d’Ombres chinoises. » Norbert Gabriel, Le Doigt dans l’Oeil
« On notera une superbe interprétation accordéon-voix avec Gilles Puyfagès de La nuit je mens (A. Bashung/ J. Fauque), émouvante, sans jamais dénaturer l’originale, tout comme pour la chanson des Poilus, La Chanson de Craonne. » Matthias Swierzewski, FrancoFans (à propos d’Ombres chinoises)
« Il suffit parfois d’une voix, parfois même d’un souffle, pour que le charisme d’un homme vous saute aussitôt aux oreilles et ne vous lâche plus ; Patrick Ochs, chanteur de Rue de la Muette, dégage ce charme-là, envoûtement puissant tout en coups et en bosses ; hauts et bas vertigineux d’un timbre écorché aux profondeurs aspirantes. »
Valérie Lehoux, Télérama (à propos d’Assez de pognon !, ƒƒƒƒ)
« Patrick Ochs, comme toujours habité par ses mots. »
Jean-Luc Eluard, Longueur d’Onde
« Rue de la Muette est peuplée d’ours savants, d’enfants soldats, de mères juives, de musiciens légendaires et d’écorchés vifs. Une chanson rock française servie par sa grosse voix qui emprunte au cirque, à tous les jazz et aux mélodies klezmer. »
Patrick Ochs raconte Rue de la Muette : « Entre fête et émotion »
« Rue de la Muette depuis 1998…des répétitions dans des garages, des hangars, des cabanes de jardin, puis des concerts dans des bars, des cafétérias, des prisons, des supermarchés, des lieux alternatifs, des boîtes de nuit, des cinémas, des foyers d’accueils, des comités des fêtes, des maisons de quartiers, des collèges, des maisons des jeunes et de la culture, des théâtres subventionnés et luxueux, des festivals classieux déjantés, Nantes, Bastia, Lille, Bordeaux, Périgueux, Reims, Pornichet, Cannes, parfois pour les yeux aveugles d’une petite Marocaine nécessitant une opération urgente, parfois pour les rescapés du tsunami au Sri Lanka ; à Moscou au parc Taganskij le soir de la fête de la musique, l’accès de la scène entouré de policiers dans leurs uniformes faisait penser à ceux de l’armée rouge.
Un grand tatoué complètement bourré est monté sur la scène et m’a léché les pieds en hurlant Jude Jude… Juif, juif…, un soir à Berlin, moi fils de juif allemand, j’ai chanté ma chanson sur le camp de Drancy.
Un incroyable concert en Bulgarie au même programme que les filles de la star’academy accompagnées de types tellement bizarres avec leurs gueules de mafieux!
Une superbe tournée au Folk festival de Nanning en Chine, 6 concerts où 3000 Chinois reprenaient ensemble le refrain de “Ma mère traîne au café….” : ça ira mieux demain…, cette chanson inspirée de “Boublechki” ce joli traditionnel yiddish que m’avait appris ma mère….
Rue de la muette est un groupe de chanson française java rock nourrie de musique klezmer, où se mélange l’univers du cirque et des fêtes foraines.
Contraste de textes désenchantés et de musique festive, morceaux rapides ou lents, le groupe aborde tous les registres et toutes les nuances.
Entre un instrumental à l’énergie balkanique et une chanson hommage aux déportés de Drancy, Rue de la Muette nous fait voyager entre fête et l’émotion… »
Patrick Ochs
Chouette cette émission que j'écoute seulement à l'instant sur l'ordi. Avant, difficile sur téléphone. Un vrai plaisir de t'écouter, ta simplicité chaleureuse toujours. Dommage que j'ai dû me farcir Céline Dion !! Je connais un grand nombre de tes chansons écoutées un peu chaque jour sur youtube. Je prépare un truc sur ton / tes oeuvres diverses, pour mon blog. Je suis loin d'avoir terminé, mais je te dirai. J'ai partagé cette émission pour l'écouter de nouveau. J'ai apprécié ton évocation de Charlelie Couture, votre partenariat et votre amitié. Bon, là je digère tout ça, besoin de recul. Sans doute en reparlerons-nous, du moins si tu as un peu de temps. Bonne fin de journée Patrick !
fruban, le 7 février au soir
Vous pouvez écouter cette émission de 28 mn en cliquant sur le lien ci-dessous
J’écoute l'immuable cliquetis sonore de touches inanimées qui berce les silences de mots abandonnés, de ceux laissés pour compte, de lettres esseulées dont les blessures rares à l'étoffe de peau, labours de mémoire, fleuries de mots, de mots tout simples, de mots désargentés, des mots de pauvres gens, où les grandes émotions se fardent de pudeur, leurs nudités appauvrissent les peurs, et éclaboussent de clarté les plus profondes abysses quand trépignent nos cœurs fatigués, fiers et entêtés les ailes déployées tout au bord de l'abîme.
Un vent frais souffle sur nos vies de labeurs,
un bouquet de lumière à l’arôme de fleurs,
des éclaircies sereines dans ta main de Septembre:
-mets ta main sur mon cœur.
-entends-tu le tambour qui rythme les saisons
faisant jaillir l'aurore d'un jour inanimé,
un pays sous tempête, un lieu désaffecté?
J'habite dans mon corps,
j'ai conquis tout l'espace,
des racines au ciel.
Et dans chaque recoin,
je cherche ta présence
qu'ébranle le silence
qui obscurcit mon ciel
quand l'acide du temps
de ses morsures fauves
réclame ton soleil.
Mon rêve
est né
entre mémoires
inutiles
et celles inachevées.
j'ai rêvé d'horizons, d'océans,
de nuits insondables
et de retours
de retour vers les eaux
de retour vers ta peau
et de nuées d'oiseaux
se mirant depuis les hauts plateaux
dans des eaux amniotiques
je suis la déchirure
l'envers du décor,
un cri d'amour
une cicatrice
et lui, lui
se diluant
à l'infini
dans des abysses extatiques...
3 avril 2018
photo du Net
nuit des rites
nuit orphique
d'une éclipse de lumière
émerge
la voix du poème
pour rendre à l'amour
l'absence de jour
au delà
des ciels, des soleils,
des satellites aveugles
lourds de chairs
d'humus et de mers
dans une orgie de lumière
en quête d'un nouvel archipel
le silence s’invente une autre dialectique
par mille et mille viendra le vent...
le souffle, son enfant.
des millions de ciels à venir
et tout autant de soleils
prophétisent de nouveaux horizons,,.
depuis les hautes altitudes
les sentiments
puisses-tu être mon ange
le souffle de l'espace
l’âme du vent
redevenir la ligne
la ligne d'horizon
et derrière
-tellement-
de rêves
de vagues de lumières
de mots à l'unisson
redevenir la ligne
la ligne de tes mains
l'encre d'un poème...
...
puisses-tu être mon ange
le mouvement
le souffle de l'espace
l'âme du vent"
Traversée d'errance
de pierre et d'arbres
de migrations d'oiseaux
de plumes et de peau
depuis l'inerte au vivant
depuis le souffle au vent
un cri d'oiseau dans l'éclat
du premier matin
fait écho au silence
mélopée de pierre
traversée d'errance
traversée de vie...
l'infini coule à travers l'arbre
Je me perds en vol de nuit
pour un effluve de romance,
une idée de l'infini et puis une autre
de la France.
En apnée
Ce vertige qui me hante ...
Ciel d'oiseaux
terre d'éther
mer des nues
Pierre solaire
couleur de mousse
Zèbre de quartz
arche de lune
Mémoire...
" Unakite "
photo du Net
cette nuit-là
mots -et-
notes incendiées
à colorer de rêves délavés
l'absence des étoiles
j'entre dans la nuit
-et-
je me veux silence
à toi, à nous,
-mon amour-
à l' aube flamboyante
sous ma peau de cendres
en transparence
la lueur d une étoile
naissante
dans le noir,
l'espoir
je viendrai avec ma révolte,
mon cœur amoureux
tutoyer les anges
et conquérir les dieux.
j'ai poussé comme un arbre
attendu par le ciel...
- où vont les étoiles quand elles meurent ?
- dans les recoins de nos rêves chrysalides; elles sont partout éparpillées comme des pluies en transparence de cendres illuminées...
il est un parterre d'étoiles
sur les vertèbres du ciel
quelques traces d'amour
sur les parois du monde
J'aurais voulu ...
t'écrire un ciel gorgé de lumière,
un paysage plein et clair
de sentinelles alanguies,
de romarin et de bruyère...
dessiner autour de tes doigts, toi,
des gouttes d'eau en forme de rêves
sous tes paupières de cobalt, toi,
il y a toujours une comète,
un battement de cœur, toi,
dans l'urgence d'une tempête...
au plus noir
du noir de la nuit
grandes étoiles,
sombre beauté
comme autant
de soleils habités
madones lumineuses
dans le creuset du ciel
ô compagnes, oracles
destinées
naître dans un cri
écho perpétuel
tendu vers l'infini
naitre d'un désir violent
de bouleversements.
depuis l'autre
versant des
temples ensoleillés
la chevelure déifiée
d'une comète mystique
écrit sa poésie
en lettres sibylliques...
Où vont-ils ces soleils qui tous les soirs s'effondrent
leurs longues solitudes habillent l'infini
où vont-ils ces soleils essoufflés criant leurs espérances
et s'inclinant toujours dans une lente agonie
les horizons perdus accueillent le silence
au cœur de la lumière s'écrit la poésie
un soleil qui se meurt devient un incendie
et laisse en souvenir quelques étoiles filantes
comme un écho d'amour murmuré à la nuit
les soleils du futur ont un parfum d'enfance
qui s'en iront mourir au bout de l'infini
...
et les hommes perdus
de leurs plumes d'errances
jettent au ciel endeuillé
l'exil des galaxies.
le cœur en équilibre
tantôt l'or,
tantôt la pluie
disparut un certain soir de décembre
dans le fracas d'un incendie ...
le soleil nous fut tendre
la nuit...une amie
au plus près d'un visage
des horizons lointains
ton œil comme un calice
ourlé de velours noir
étale, magnifique
oraison et espoir
puisqu'une étoile apatride
dans son ultime ciel
grignote les nuits sombres
en chimère de soleils
Pour la Saint Sylvestre et le passage à l'An neuf 2018, j'ai rejoint quelques jours la maison de mon enfance et les chemins qui m'ont vu galoper, batifoler, rire, tomber amoureuse, pleurer...
C'est là-bas que vivaient mes grands-parents maternels, petits paysans qui travaillaient dur.
C'est là-bas que maman a vécu ses dernières années.
La ferme de Berthe et Léon a été vendue. Nous avons gardé la maison de maman.
La brume installée pour la journée donne une grande douceur à ces paysages de collines rondes. L'image ne peut montrer la violence du vent qui s'est abattu sur nous. Je le ressens pourtant sur mes joues et dans mes cheveux ébouriffés.
Gamine, j'allais garder les vaches avec ma grand-mère et la fidèle Paka qui veillait sur le petit troupeau. Berthe reprisait des chaussettes sur son oeuf en bois. J'en profitais pour cueillir quelques fleurs, parfois j'emportais un canevas ou un illustré. Ma plus grande joie était de sortir le goûter qui n'avait pas la même saveur au milieu des champs !
Vite se mettre à l'abri dans cette allée du bois ! Quelques rayons de soleil laissent deviner de belles éclaircies bleues.
Ce qui me plaît dans cette campagne, c'est qu'il suffit de marcher quelques centaines de mètres pour rencontrer des petits bois comme celui-ci. On se sent très vite éloigné du monde. Regarder la Nature qui change d'habit selon les saisons. Réfléchir, rêver... bavarder avec soi-même, avec les absents qui foulèrent cette même terre.
Beaucoup moins timide, le soleil éteint les arbres déjà bien décharnés. Il y a Lui et l'ombre alentour !
La mare et sa minuscule presqu'île, notre terrain de jeux favori et... interdit !
Autrefois, elle servait d'abreuvoir, les paysans y conduisaient leurs vaches. Les femmes avaient un plus petit bassin pour laver le linge. Aujourd'hui, les deux se sont rejoints.
On raconte que certains s'y sont noyés pour mettre fin à une vie trop dure à supporter.
Pour les enfants que nous étions, c'était là que nous jouions à Robinson ! L'hiver, nous bravions les interdits en faisant quelques glissades sur la glace... fous que nous étions ! A la belle saison, nous y laissions les poissons rouges gagnés à la fête foraine, que nos parents refusaient d'emporter. Pendant des décennies, ils s'y sont multipliés, croisés avec des carpes. Ils étaient aussi beaux que les koïs japonais ! Et puis et puis, les enfants les ont oubliés, des pêcheurs sont venus...
Ne restent que quelques canards sauvages qui font le régal des renards, lorsque les hivers sont rigoureux.
On pourrait croire qu'il s'agit de la lune, mais non, simplement le soleil qui s'efforce de percer le ciel de cendre. A chaque apparition j'y croyais, quand surgissaient de vilains nuages noirs poussés par le vent.
"Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, Et que de l'horizon embrassant tout le cercle Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ; Quand la terre est changée en un cachot humide, Où l'Espérance, comme une chauve-souris, S'en va battant les murs de son aile timide Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;(....)"
Comme Baudelaire a su nous dire ce Spleen qui s'abat sur notre âme !
Si vous observez avec attention vous apercevrez d'infimes notes bleues...
Dans l'heure qui suivit, tout le ciel a jailli éclaboussé de bleu !
De sentiers en vallons, de reflets en odeurs. J'ai rencontré des souvenirs, des couleurs d'autrefois. Surtout ne pas laisser les pensées, les émotions de l'enfance m'envahir. Simplement respirer, regarder, marcher doucement des heures durant. Rejeter la mélancolie lourde qui s'abat avec l'hiver. Et ce mois de janvier que j'aimerais rayer à jamais. Effacer ce passé qui revient sans être invité. Eplucher ses strates, ne retenir que rires, légèreté, insouciance. S'il suffisait de vouloir....
Je partirai, oui… c’est écrit, mais une fois encore, je voudrais faire entendre combien les nuits, ici, sont uniques, combien l’insouciance des regards est plaisante, combien leur complicité d’un instant est toujours source de bonheur. Je voudrais faire ressentir ce que procure ce souffle parfois si chaud en soirée qui alanguit votre corps et votre esprit déjà noyé dans les lourds parfums des jardins secrets.
Et puis les rires dans les ruelles, les cris aussi… les gestes, la transpiration, les cernes, car on dort mal, mais ce mal fait du bien… la musique ; toujours quelque part. Cette indiscipline qui régit tout et force à faire de même sinon, vous vous interdisez de vivre.
Et puis les glibettes, les amandes, les pralines, les citronnades… l'indolence.
Je partirai, oui, c’est obligé, mais une fois encore, je me retrouverai déchiré entre deux pays, deux amours complexes, mais la douleur m’ayant de tout temps inspiré poèmes et romans, j’écrirai encore longtemps sur ces années tunisiennes qui ne furent pas toujours faciles, mais toujours étranges, souvent philosophiques pour le garçon compliqué que je suis.
Mon enfance s’est passée dans un cinéma de Menzel Bourguiba et j’ai fait de ma vie un film produit par la Tunisie.
Il fait si chaud ce soir, il fait si beau, il fait si… toi !
Michel Giliberti
12 juillet 2017
Michel Gilibert, peintre, photographe, poète, auquel j'ai déjà consacré quelques pages ici.
Si vous désirez en savoir davantage vous pouvez visiter son site officiel, sa page facebook.
Quand l'enfance re-naît
avec ses rires
avec ses senteurs colorées
Pour te dire
je suis morte à jamais
Toi tu rêves d'un nouveau printemps.
fruban
10 octobre 2016
Promener le regard au loin à perte de vue des collines boisées. Ombres projetées sur les champs verts ou bruns.
Les brumes se dispersent évaporées par le soleil d'automne. M'arrêter ici, à chaque fois que mes pas m'emmènent là-bas.
Le vieux noyer toujours montre le chemin qui descend vers les plaines, sillonnant à travers champs.
Encore plus fier sous la caresse éblouissante du soleil au zénith.
Et toi Vieux Pont si cher à mon coeur, jamais je n'oublie de venir te saluer. M'asseoir et admirer tes pierres usées par les ans. Ne reste que cet arche majestueux. La guerre t'a amputé sauvagement. C'est ici que je pense à Toi que j'aime.
Oublier un instant la barbarie des hommes et les bruits de la ville. Comme figé à jamais dans un passé glorieux, tu abrites aujourd'hui les ébats des canards et la fierté dédaigneuse des cygnes.
Ce matin-là une grande sérénité sur les rives de mon refuge en ce début d'automne.