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lundi 21 octobre 2019

Le bleu de Gênes de Denis Tellier dit par Marc Feldhun








Parfois, il y a des moments que l’on apprécie tout particulièrement, quand il se passe quelque chose d’un peu irréel mais tellement présent et de tellement prenant. C’était le cas ce vendredi soir, à la médiathèque de Florensac, lors de la lecture par l’artiste et narrateur Marc Feldhun, d’un passage de la nouvelle Bleu de Gênes. Ce petit opuscule de Denis Tellier s’ouvre sur une lettre de Théo Van Gogh à son frère. Un beau prétexte à la narration dans laquelle on plonge comme en un bain de couleurs.

Le public, parmi lequel on pouvait voir le célèbre jazzman Ray Everitt et son épouse, la fille de Bobby Lapointe et demi-sœur de Marc Feldhun, s’est régalé suspendu aux paroles de Marc. "Si le Bleu de Gênes est un discret fil conducteur, la couleur réside dans l’écriture de Denis, dans la saveur des mots choisis, la richesse des descriptions. On est loin d’une langue terne et insipide", écrit Chantal Flament, la directrice de la médiathèque, qui a participé à cet événement en réalisant, avec Marc, les décors, assumant les bruitages pendant la lecture et prenant la parole à son tour. Bleu de Gênes, un monologue intérieur, empreint de lyrisme, où la description des lieux et des humains mélange cynisme et comique.

La profondeur d’un être désabusé, mais dont une tendresse pointe encore par-ci, par-là. Le riche vocabulaire de Denis Tellier fait entrevoir une succession de tableaux, ou de clichés photographiques marqués par le temps. Il donne à percevoir la vie à travers ses sentiments.


Midi libre

https://www.midilibre.fr/2019/10/21/des-riches-moments-litteraires-a-la-mediatheque,8493721.php?fbclid=IwAR0YeMsR2q_a5RTin4yFxetaMbOYf4E_drFiuEhl1E9ZktPdORZdKMaBw2c









N'oublions pas que Le bleu de Gênes fut d'abord écrit par Denis Tellier, corrigé par Véronica Stefanelli qui rédigea la quatrième de couverture, édité par L'oeil de la méduse.
Ensuite, ce fut ce spectacle où interviennent Marc Feldhun et Chantal Flament.

fruban












L'oeil de la méduse

Véronica Stefanelli

Denis Tellier


dimanche 25 août 2019

Denis Tellier, Ernest (poème)

Ernest


Envie d'être avec toi,
D'entendre ta voix,
ton rire, ta gouaille.
Partager un cigare et des cocktails.
Regarder tes mains expliquer
ce que sera demain.
Tes lèvres qui chuchotent dans ta barbe.
Tes yeux bleus et ton regard intense.
Ta bouille de bourlingueur.
Dis-moi,
Comment ça va Hemingway ?
Je n'ai plus de nouvelles de toi.


© Denis Tellier





manuscrit Denis T


De très nombreux articles de ce blog ont déjà été consacrés à mon ami Denis Tellier.



ICI



© photo Denis Tellier

mardi 22 janvier 2019

Dans l'univers de Denis Tellier















A propos de la sortie de "Adrien de la vallée de Thurroch" (2012)

Où se trouve la vallée de Thurroch ? Si on y regarde bien plusieurs pistes sont données dans le livre mais la vérité c'est que ce lieu a été totalement imaginé par Denis Tellier, 63 ans, Ballayriot.

S’inspirant des Ardennes, l’auteur donne un cadre enchanteur à son premier roman Adrien de la vallée de Thurroch où il s’adonne à une écriture en prose souvent sombre mais entrecoupée de passages beaucoup plus amusants. L’ouvrage est sortie aux éditions Lunatique le 18 juin « pour l’appel du général De Gaulle », plaisante-t-il.
Voyageur, rêveur et artiste.

Denis Tellier, né à Paris en 1949, a été elevé par sa grand-mère à Grandpré. Il a eu une vie pleine de rebondissements. « J’ai toujours été bien où je me trouvais que ce soit à Paris, à Toulouse ou dans les Ardennes. J’ai fait plein de choses : pompier, berger, poseur de coq sur les clochers, bûcheron et même Père-Noël ! Quand j’ai réemménagé dans les Ardennes parce que j’avais rencontré quelqu’un, j’ai formé des jeunes au métier de bûcheron au CAT (Centre d’aide par le travail) de Belleville-sur-Bar. »
Il est aussi artiste. « En 1972, un tiroir s’est ouvert. J’ai pris un couteau et j’ai sculpté du bois. J’ai aussi fait de la peinture et j’ai exposé dans de grandes galeries. J’essaie de faire en sorte que ce soit amusant ou qu’il y ait un message. » Il a par exemple imaginé un instrument en bois qui aurait pu être utilisé sous Louis XIV : le claque-joues. Les femmes en auraient possédé un pour se rougir les joues avant le passage du roi. Mais Denis Tellier aime ce qui dérange et n’hésite pas à faire des oeuvres qui peuvent lui valoir la censure, comme ce tableau qui représente un enfant « qui s’est fait exploser au Vietnam. »
Tout au long de ce parcours hors du commun et de ses voyages, ses cahiers ne le quittaient jamais.
« J’y écrivais des phrases de temps à autre. Puis, j’ai sorti un premier livre de poésies où je racontais des scènes que j’observais ou que j’ai vécues. Parfois, c’était “ hard “ mais bon c’est comme ça que j’écris. J’y décrivais pas exemple un tas d’ordures », se rappelle-t-il.

Un ouvrage qui parle des Ardennes et des Ardennais

Dans ce premier roman, à travers les yeux d’Adrien, on retrouve toutes les idées qui font la personnalité de l’auteur. «Je m’en prends beaucoup aux curés et aux militaires », lance-t-il. L’histoire prend place dans le sud des Ardennes au lendemain de la Première guerre mondiale comme un clin d’oeil aux membres de sa famille qui ont péri au cours de cette guerre – trois de ses grands oncles. Son grand-père, lui, n’a pas survécu à la Seconde guerre mondiale. « Il fallait que je dise quelque chose pour ces hommes mais aussi pour dénoncer la guerre parce que je trouve ça scandaleux. »
Le personnage Adrien, fermier de métier, revient meurtri du combat et diminué après avoir reçu en plein visage de nombreux éclats d’obus. Il décide alors de travailler de ferme en ferme et après chaque jour de travail, il écrit pour se soulager de sa douleur dans un cahier. Il raconte la guerre mais aussi des scènes qu’il a vécues ensuite. Le récit est parfois dur et critique, parfois amusant, mais l’amour du personnage pour les hommes transparaît toujours, malgré sa solitude.
« Je ne sais pas pourquoi je l’ai appelé Adrien, ce n’est une référence à personne de ma famille. Ce que je sais c’est que toutes petites déjà, mes filles me disaient : “ Papa, il faudrait que tu le sortes ton livre sur Adrien de la vallée de Thurroch depuis le temps que tu en parles  ! ". Il y avait au moins mille pages sur Adrien, alors j’ai dû retravailler beaucoup le texte pour qu’il soit publié. J’ai dû supprimer beaucoup de passages. »  Pour les éditions Lunatique, le livre a été un véritable coup de coeur puisqu’il a été sélectionné par elles pour concourir au prix Léo Ferré à Grigny, dans le Rhône.
Aujourd’hui, Denis Tellier écrit sur une petite table en bois qui porte l’inscription Gabriel Garcia Marquez car il est jaloux de son écriture, toujours dans ses cahiers et toujours à la plume. Un nouvel ouvrage racontant les aventures non encore publiées d’Adrien verra peut-être le jour prochainement ou alors toute autre chose, qui sait ce qui trotte dans la tête de ce personnage débordant d’imagination.

Orianne Roger


La Semaine des Ardennes

mardi 14 août 2012

mercredi 14 novembre 2018

Les grues, Denis Tellier




Les grues


Il est beau de voir en cet automne et par-dessus mes pensées vagabondes, dans des cris éparpillés haut les nues, le passage géométrique et rigoureux des grues.
Une plume ramassée m'invite à poursuivre le voyage, des histoires que j'imagine vertigineuses et dans des vols planés.
Plume qui dans l'attente d'y déposer une première volée d'encre, reste fixée entre mes doigts serrés.
Plume qui dans l'écriture transforme les alizés et mon vertige en une phrase penchée.
Plume qui couche des mots humides, tremblants, agités silencieux et doux, à peine achevés.
Plume et voyelles ébouriffées, plume et consonnes échevelées...
Plume si légère qu'il doit être facile d'écrire, de voler, et puis de s'arrêter un moment suspendu dans un vide d'altitude, ne plus sentir son corps...

Denis T


© tous droits réservés






©manuscrit Denis T





© photo fruban


Ce poème de Denis Tellier a été retenu par une artiste plasticienne Danielle Péan Leroux













J'ajoute ICI le lien vers le site de Danielle Péan Leroux.

A voir aussi dans les sites intéressants



mercredi 26 septembre 2018

Croisement, Denis Tellier




Dans le couloir frôlant mon compartiment.
Train de nuit dans son roulement.
Vous passez...
La lune est blanche avec des reflets bleus.
Train de nuit dans son emportement.
Vous passez sur moi à chaque aiguillage.
Ligne électrique et poteaux bleus.
Nous allons dans la même direction.
Train de nuit dans son empressement.

Denis Tellier

© Tous droits réservés







manuscrit Denis T


J'ai tout de suite pensé à la Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France (Blaise Cendrars), comme ça un flash, à cause de cela sans doute




(...) Et pourtant, et pourtant
J'étais triste comme un enfant
Les rythmes du train
La "moëlle chemin-de-fer" des psychiatres américains
Le bruit des portes, des voies, des essieux grinçant
sur les rails congelés
Le ferlin d'or de mon avenir
Mon browning, le piano et les jurons des joueurs de cartes
dans le compartiment d'à côté
L'épatante présence de Jeanne
L'homme aux lunettes bleues qui se promenait nerveusement
dans le couloir et qui me regardait en passant
Froissis de femmes
Et le sifflement de la vapeur
Et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel
Les vitres sont givrées
Pas de nature !
Et derrière, les plaines sibériennes, le ciel bas et les grandes ombres
des Taciturnes qui montent et qui descendent
Je suis couché dans un plaid
Bariolé
Comme ma vie
Et ma vie ne me tient pas plus chaud que ce châle écossais
Et l'Europe tout entière aperçue au coupe-vent
d'un express à toute vapeur
n'est pas plus riche que ma vie
Ma pauvre vie
Ce châle
Effiloché sur des coffres remplis d'or
avec lesquels je roule
Que je rêve
Que je fume
Et la seule flamme de l'univers
est une pauvre pensée...

Du fond de mon cœur des larmes me viennent
Si je pense, Amour, à ma maîtresse ;
Elle n'est qu'une enfant, que je trouvai ainsi
Pâle, immaculée, au fond d'un bordel.

Ce n'est qu'une enfant, blonde, rieuse et triste,
elle ne sourit pas et ne pleure jamais ;
mais au fond de ses yeux, quand elle vous y laisse boire,
tremble un doux lys d'argent, la fleur du poète.

Elle est douce et muette, sans aucun reproche,
avec un long tressaillement à votre approche ;
mais quand moi je lui viens, de-ci, de-là, de fête,
elle fait un pas, puis ferme les yeux

et fait un pas.
Car elle est mon amour, et les autres femmes
n'ont que des robes d'or sur de grands corps de flammes,
ma pauvre amie est si esseulée,
elle est toute nue, n'a pas de corps

elle est trop pauvre. (....)



tout petit extrait


texte intégral ICI

et sur mon blog







jeudi 12 avril 2018

A monsieur André Dhôtel, Denis Tellier




A monsieur André Dhôtel


C'est à l'ouest du massif Ardennais que vous trouverez
un territoire qui dénote et bouleverse le relief par sa
platitude, vous ne vous y tromperez pas en passant devant
ces plaines solitudes, les gens des environs
surnomment cet espace de désolation, la Champagne
Pouilleuse, excepté le jour de la Saint Cailloux où elle
reprend le nom de Champagne Crayeuse. Ce croissant
de terre s'étend le long du Porcien, puis passe devant
la Thiérache et rejoint parmi les ombres couchées de
quelques arbres plantés là sur le bord de la route, les
plaines Châlonnaises. C'est un paysage qui ne
bouleverse pas l'équilibre par sa beauté, Attila y passa
avec sa grande armée, nonchalant en regardant ses
pieds. Des champs de betteraves à perte de vue, pas
une ne dépassant l'autre, avec dessus rasant les
feuilles, une compagnie de perdreaux. Des distances à
en perdre ses yeux, à se diluer dans le flou des
chaleurs d'été. Des étendues grises nuancées,
pétrifiées, l'hiver, dont les couleurs se saupoudrent de
givre et se recouvrent de neige en novembre. C'est un
moment privilégié pour apercevoir en dérive - Le
bateau ivre -. c'est là que vivait Rimbaud, au bord de
cette mer de champs. Paysage remarquable, troublant
à en chercher des repères, avant le retour des brumes
comme une marée haute qui prend son temps, elle, la
grande plaine, la belle paresseuse, qui se recouvre
soigneusement de ses dentelles, pour en finir avec le
jour et se chiffonne à l'extrémité de la nuit sous les
étoiles, tout éblouie. C'est ce qui renforce une
irrésistible envie de rester là, planté, bouche-bée, à
réfléchir sur l'infini, sur la grandeur de la terre,
jusqu'au moment où une mouche éphémère très
particulière, la mouche de mai, désire faire le tour de
vos lèvres pour s'amuser. Éloignez-la d'un revers de
main, gentiment, vous quitterez en même temps votre
rêverie, qui finira par s'évaporer dans l'azur, pareille à
un songe déchiqueté, à une coque de bateau disloquée,
il vous sera alors très difficile de vous agripper à une
amarre, trop tard ! Vous serez gagné par l'immensité.
Car comme le disait si bien notre écrivain des
alentours, notre baroudeur des contours, André
Dhôtel, c'est – Le pays où l'on n'arrive jamais -, c'est
vrai que le fait d'y penser assècherait un encrier. C'est
lui le plumeur des recoins, notre scribouilleur d'encre
de sève, le maraudeur du plein pré, l'écumeur des
fossés, le coupeur de fleurs sous votre nez... Lui qui,
au détour d'un chemin, un bouton de trèfle fané à la
main, s'amuse à vous en expliquer les détails. Il a belle
allure à vous la montrer cette luzerne qui chauffe et
dégage en même temps au creux de sa paume une
odeur de foin mouillé. C'est encore elle qui se
retrouvera dans la pénombre du soir sur sa grande
table toute seule dans un verre à moutarde rempli à
moitié d'eau. On n'abandonne jamais, vous m'entendez
! jamais au grand jamais, une fleurette coupée au bord
d'un sentier. Il vous invite le conteur si vous le croisez,
à partager cette belle aventure dans la légèreté d'être,
le botaniste du "derrière le talus" . Certes, il est un
peu voûté, parcouru dans sa démarche par les
rhumatismes de son âge, mais à la vue du carrefour de
 Mazagran , il reprend de l'élan. Il se dirige à petits
pas vers ce lieu unique, là, où il n'y a rien à voir, car
même dans la rotation d'un cercle à 360° sur les talons
de vos chaussures, vos yeux aboutiront sur la seule
bâtisse de l'endroit, c'est le bistrot de la Madeleine, de
ses deux poules curieuses, de ses deux chats pensifs et des
hannetons qui volètent au-dessus de son toit au mois
de juin. On peut se demander ce que tout ce petit
monde peut bien faire là, au milieu d'un tel vide ?
Pourquoi une telle constance, un tel zèle en vain avec
le « Rien » ? Mais voilà, c'est aussi l'embranchement
de 5 ou 6 routes qui ont vu passer toutes les
armées, et surtout celle de nos mémorables ennemis
pour la reconquête du terrain, mais encore, celles qui
battaient en retraite avec dans le rythme de
l'essoufflement, le même martèlement de fers, le
piétinement des troupes et l'élévation dans les nues de
cette odeur caractéristique, qui est celle des grands
troupeaux dans leur divagation.
Pour notre écrivain, il est le point culminant, tout en
étant plat comme la main des rendez-vous, des
conversations partagées avec le premier quidam venu,
ouvrier et paysan, c'est là où se croisent paroles et
réflexions, des coups de rire qui s'enroulent dans les
coups de vent, de cette très belle philosophie que l'on
retrouve seulement au bord des champs. Oui, le plus
vieux des corbeaux s'en souvient du père Dhôtel
comme si c'était hier, de son bâton, de son chapeau,
qu'il faisait disparaître en marmonnant entre ses dents
derrière les meules de foin, pour se soulager, rien
qu'en pissant.
Verlaine n'est pas loin, il est là au bord du chemin, il
vient, il s'approche, il est friand de tout ce qu'il
récupère dans la trouée des nues, il est encore là, à
regarder la lune. Il accumule les tournures, il creuse au
plus profond dans cette uniformité la matière, qu'il
refaçonne pour y puiser des vers célestes, éblouissants.
N'est-ce pas la force des poètes de pouvoir s'inspirer
du grandiose avec du néant, de puiser dans le fond du
vide pour repeindre le bord des mots, délicatement ?


© Denis Tellier

Tous droits réservés





Un livre passionnant, à lire et relire !


Pour accompagner la très belle lettre de Denis, j'ai eu envie de joindre cet extrait d'interview de Wajdi Mouawad, dans Télérama du 4 avril 2018.


Quel écrivain a le plus compté pour vous ?

Le romancier André Dhôtel (1900-1991), qu'on ne lit hélas plus beaucoup aujourd'hui, est sans doute mon auteur favori ! Ce n'est pas le plus grand, mais depuis l'âge de 23 ans je nourris à son égard une passion discrète. Inscrit dans le paysage des Ardennes, il est l'écrivain du premier amour qui resurgit dans la vie. Cela me bouleverse. J'ai lu ses quarante deux romans. Sa manière d'écrire ouvre des promenades secrètes, une manière légère d'insouciance, d'indifférence, à travers des personnages qui semblent s'éloigner de tout parce que trop préoccupés par des détails : la silhouette évanescente d'un arbre sur la ligne d'horizon, la teinte du brouillard... Cette façon de se tourner vers ce qui n'apparaît pas d'abord me touche d'autant plus qu'il écrit la même chose dans tous ses romans, comme ce conteur qui remet une branche de bois pour alimenter le feu.
.....

Quelles terres traversées vivent en vous ?

Plus je vieillis, plus le Liban, quitté en 1976 à l'âge de 8 ans, me redevient précieux. Cette tendresse immense ne s'apparente pourtant pas à un désir de retour, plutôt à un sentiment "dhôtelien" d'appartenance à un paysage, à une lumière particulière, à une manière d'être, à une langue. Jamais je n'aurais cru que ce tropisme méditerranéen reviendrait.
....

(petit extrait de l'entretien avec Emmanuelle Bouchez, Télérama 3560, 04/04/18)

Télérama


vendredi 2 mars 2018

Face à la mer, Denis Tellier


au bord de la rampe il regardait passer les bateaux
le premier lundi du mois c'était un cargo du Mozambique
qui passait au ralenti
le premier mardi du mois des péniches surchargées
de coke qui venaient d'Ostende
le premier mercredi du mois un rafiot noir
le "Parispéa" qui passait au ralenti
le premier jeudi du mois il avait sa prise de sang et sa
chimiothérapie
le premier vendredi du mois des péniches chargées
de coke qui venaient d'Ostende
le samedi il venait ; il n'y avait rien
Il tirait la langue
son visage était ridé de nostalgie
ses mains remplies de mélancolie
il regardait ses souliers dont la moitié était dans le
vide

Denis Tellier

28 février 2018

© Tous droits réservés





photo Denis T





photo fruban




photo fruban




photo fruban




Manuscrit Denis T
photo Denis T


dimanche 11 février 2018

Trilogie, Denis Tellier





"J'avais un pote à St Naz, son père bossait à Penhoët. Il me racontait des histoires comme ça, comme si c'était vrai. J'écoute les gens encore, j'aime quand les histoires sont fortes et me prennent entièrement. Et puis cette âme ouvrière, libertaire. Et puis pour les hommes." Denis T


I


Il s'appelait Wlodzimietz.
Il était natif de Malbork au sud de Gdansk en Pologne du nord.
C'était un spécialiste de la soudure au carbure de tungstène.
Il travaillait au sein des usines Renault à Boulogne Billancourt.
Il habitait juste à côté, rue Marcel Bontemps.
Il jouait sur son harmonica : "Da Doo Ron Ron" un classique américain de Jeff Barry.
Alors il fallait le voir, comment il creusait ses joues, comment il faisait rouler ses yeux, comment il voulait donner à son air "un air de mur du son".
Il était venu en France en 1964 avec tout ça dans un sac fourre-tout qui trônait sur une chaise en guise de décor et sur lequel était marqué au pochoir et en polonais "zeglarz morski Wlodzimietz".



II



Je l'ai su après, lui il s'appelait Lukas, il habitait Borholmer Strasse bloc 2 dans une cité au 4ème étage à l'Ouest dans Berlin, en bas il y avait le mur.
Tous les mercredi Lukas brandissait à sa fenêtre une roue de vélo, une roue avant...
Elle je l'ai su après, elle s'appelait Mia, elle habitait Borholmer Strasse bloc 3 dans une cité au 6ème étage à l'Est dans Berlin, en bas il y avait le mur.
Tous les mercredi Mia brandissait à sa fenêtre une roue de vélo, une roue arrière...
C'est elle qui a arrêté la première de faire des signaux, les volets de son appartement se sont soudainement fermés du jour au lendemain !
Je l'ai su longtemps après...



III



Lululelaminé avait bossé au laminoir dans le bassin de St Nazaire, il laminait des tôles pour des coques de bateaux.
Il les rendait concaves.
A la fin de son ouvrage, il marquait sur les ferrailles à la craie blanche "Bon pour soudure" ou à la craie jaune "Bon pour soudure au 7/10ème".
En 1956, il avait travaillé sur le "Gascon" un navire vraquier, qui fut assemblé tout au long du goulet à Penhoët.
C'est à 18 heures que tous les ouvriers du réservoir enfourchaient leurs vélos pour rejoindre le bistrot de la Germaine, Quai des Darses.
Le bar faisait six mètres de long, il y avait sur le zinc 58 verres à limonade remplis pour moitié de vin blanc, du "Gros Plant", 58 verres de blanc limé.
Lululelaminé buvait son blanc limé et rentrait chez lui, c'est pour cela qu'il en parle encore aujourd'hui...


Denis Tellier

février 2018

Tous droits réservés
© textes et photos manuscrits





















samedi 20 janvier 2018

Sur les pas de Rimbaud, par Denis Tellier


Denis Tellier est déjà connu des lecteurs de ce blog. En effet, je lui ai consacré de nombreux articles.
Ecrivain-poète, auteur notamment de "Adrien de la vallée de Thurroch" (éd. Lunatique, 2012), très beau roman sur la Grande Guerre de 14-18, où quatre de ses grands-oncles ont trouvé la mort.
Denis, originaire des Ardennes, a parcouru la France et exerça divers métiers (berger, bûcheron, poseur de coqs sur les clochers...). Il est aussi sculpteur, peintre, dessinateur... et exposa certaines de ses oeuvres dans les plus grandes galeries.
Aujourd'hui, de retour dans les Ardennes, il vit à quelques kilomètres du village d'Arthur Rimbaud, le "Rimbe". Ses pas le mènent quasi quotidiennement sur les traces de "l'homme aux semelles de vent". Ce fut le cas ces derniers jours. Il nous rapporta de bien beaux clichés, commentés par lui-même.
Je vous invite à le suivre... fruban, le 20 janvier 2018







La chapelle où madame  Rimbaud emmenait son fils  Arthur aux messes de Pâques par un petit chemin de traverse à 500 m de leur village "Roche" Ardennes





Le lavoir de "Roche" village natal de  Rimbaud, les gens disent que c'est en ce lieu que le poète maudit commença l'écriture  de "Une saison en enfer"






Centre du village de "Roche " village natal de Rimbaud " (Chuffilly - Roche -78 habitants).

A gauche l'ancien  corps de bâtiment, un pan de mur de la ferme des "Rimbaud" au centre une sculpture "merdique" retraçant l'itinéraire du poète et à gauche  une baraque  normale que vient d'acquérir - Patti Smith - Rock and Roll woman



















Dernier voyage pour le "Rimbe - Gare de Voncq  (Ardennes)- Marseille -terminus






Hier il y avait celle-ci dans le coin de la petite gare , des inondations... le bateau ivre



             C'est une  sculpture rappel de l'homme aux semelles de vent
                                                    (la sculpture merdique, sic)


© Denis Tellier, textes et photos

19 janvier 2018

Tous droits réservés


lundi 18 décembre 2017

Poèmes , Denis Tellier

J'ai une fenêtre sur cour
qui me donne du gris
un gris pas comme les autres
un gris comme aujourd'hui
le soleil jaune est plus loin
il ne vient jamais par ici
il a peur de colorier mon gris
il a peur de donner de l'ombre
aux barreaux de ma fenêtre
et à ceux de mon lit
il a peur d'éclairer ma cellule
et la plume de mes écrits

                                   à Jean Genet

© Denis T

photo Denis T
manuscrit




Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara
Non non je n'écrirai plus dromadaire     à l'envers c'est trop long le Sahara


© Denis T

Tous droits réservés



photo Denis T
manuscrit
décembre 2017


J'ajoute cette superbe collaboration entre un poète et une plasticienne, Denis Tellier et Anne-Marie Donain-Bonave



© Oeuvre Anne-Marie Donaint-Bonave
Tous droits réservés

le 26 décembre 2017







vendredi 1 décembre 2017

Poème Denis Tellier




Il s'éloigna de quelques pas
Il se retourna
Il avait les bras ballants
De sa main droite du bout des doigts
Il pressa très fort son pouce sur son index, il se toucha une dernière fois
Il regarda devant très vite où mettre son prochain pas
Ils lui tirèrent dans le dos, je sais cela ne rime pas trop
Il vacilla et il tomba
Tu le vois

© Denis T

le 1er décembre 2017



manuscrit Denis T






lundi 13 novembre 2017

Commémoration du 11 novembre, Denis et Françoise



MAUDITE SOIT LA GUERRE

Monument aux morts de Gentioux-Pigerolles (23340)



© photo fruban
Le 10 novembre 2017, je m'entretenais avec Denis Tellier, écrivain ami, très concerné par la "Grande Guerre 14-18".
Famille des Ardennes, quatre de ses grands-oncles périrent, les Quatre Frères Tellier
En 2012, il publia "Adrien de la Vallée de Thurroch", dont j'ai parlé sur ce blog, à plusieurs reprises (voir le lien plus bas), récit à la fois hyperréaliste et poétique sur ce conflit meurtrier.

Françoise
Demain, 11 novembre...je me souviens toujours, ma grand-tante veuve de 14-18 et mon grand-père Léon (son frère), m'avaient emmenée à Verdun, au Fort de Douaumont....j'entendais la sonnerie aux morts pour la première fois...putain, quelle émotion, dans le froid et le brouillard ! J'étais une ptiote gamine, vraiment impressionnée aux larmes, sans vraiment tout comprendre

Denis
Oui
Je comprends

Françoise
ça m'a marquée

Denis
C'est dingue

Françoise
d'autant plus que Lucienne, ma grand-tante, n'a jamais su où son Maximin était mort

Denis
Oui, le corps là-bas, plus loin, derrière...

Françoise
Jamais elle ne s'est remariée, ils s'étaient aimés et connus un peu plus d'un an...son bel amoureux aux moustaches si dignes !

Denis
Oui souvent , elles restaient veuves et en noir

Françoise
Oui, c'est dingue.... quelle connerie la guerre !

Denis
Ah oui alors...

Françoise
Elle s'habillait de gris, elle travaillait aux champs avec son frère,
comme un homme

Denis
C'est dingue et en silence, les souvenirs de joie remontaient rarement

Françoise
C'est elle qui m'a élevée jusqu'à mes 6 ans
Elle ne voulait pas en parler...un peu plus, lorsque j'ai grandi
Il était beau Maximin Villiers !

Denis
Oui je me souviens aussi de ma grand-mère
des bribes qu"elle lâchait comme madame Eugénie dans "Adrien"

Françoise
C'est elle qui t'a élevé avec tes autres frères et soeurs, je crois
Ah Madame Eugénie.... je t'en avais parlé !

Denis
Oui en plus  de ses filles et fils

Françoise
Nos enfances...comme chante Barbara dans sa si belle et émouvante chanson

Denis
Oui
Les déchirements

Françoise
On n'en guérit jamais tout à fait

Denis
Non, je le sais

Françoise
et pourtant, la mienne fut beaucoup plus heureuse que la tienne, mais pesait sur moi ce lourd secret...qui me bouffait
Raconter tout cela, un jour...

Denis
L'écrire

Françoise
oui
l'écriture peut être un exutoire, une thérapie

Denis
Elle l'est souvent pour moi

Françoise
Je le sais Denis...
Il est arrivé que tu me le dises par écrit ou de vive voix

Denis
Oui

Françoise
c'est resté en moi

Denis
Crier pour sortir les mots

Françoise
Oui, et sortir les mots pour crier
L'écriture me paraît un cri, cri de colère, d'amour, de douleur...de joie

Denis
J'aime beaucoup  ce refuge

(extraits)

© photo Denis Tellier


Site des amis du Monument aux morts de Gentioux


Le monument a été érigé en 1922 à l’initiative du maire de la commune, Jules COUTAUD, membre de la SFIO (section Française de l’Internationale Ouvrière) qui exerçait la profession de maréchal-ferrant. Jules COUTAUD était un ancien combattant lui même gazé sur le front pendant la Première Guerre mondiale. A ce titre sa parole, quand il dénonçait les méfaits de la guerre, avait une véritable légitimité. Son autorité morale était telle que Jules COUTAUD a été maire de GENTIOUX pendant 45 ans de 1920 à 1965. Au regard de cette belle longévité au service de ses concitoyens, on peut mesurer a quel point le monument de GENTIOUX n’est pas né des exubérances d’un esprit fantaisiste.
Trois projets ont été présentés au conseil municipal et c’est celui de Monsieur DUBURGT, conseiller municipal et ébéniste de profession, qui sera retenu. Encore une fois on se rend compte que le choix de ces élus a été le produit d’une véritable volonté et d’une grande détermination.
Une maquette en bois, toujours visible à la mairie, a été construite par monsieur DUBURGT. Ce sont ensuite des artisans locaux qui réaliseront le monument. La sculpture de l’écolier, en fonte, est de Jules Pollacchi. Elle sera fondue par E. Guichard, et c’est l’entrepreneur Émile Eglizeaud, de la commune voisine de Faux la Montagne, qui procédera à l’assemblage des différents éléments du monument. Le coût de l’opération sera de 11 640 francs, couvert avec 3 909 francs de souscription publique, 6 169 francs pris sur le budget communal et 1 562 francs de subvention de l’Etat.
 Le monument de Gentioux, est composé d’un socle et d’une colonne de granit sur laquelle sont gravés les noms des cinquante huit morts de la commune pendant la première guerre mondiale. Sous les noms est gravée l’inscription « Maudite soit la guerre »
Au pied de la colonne se dresse la statut en bronze d’un jeune écolier revêtu de sa blouse, la casquette tenue par sa main gauche dans une posture de respect pour les morts, et le poing droit dressé en direction du monument en signe de révolte contre toute cette souffrance. Nul doute que ce poing dressé a à voir avec la lutte des peuples contre les oppressions dont ils sont les victimes. Nul doute que l’on est là sur le terrain de la lutte des classes, celle des ouvriers, des paysans, des employés, contre les marchands de canons d’hier et d’aujourd’hui, toujours avides de dividendes même au prix de la plus grande barbarie.
L’œuvre sera inaugurée en 1922 par les élus locaux et la population. La préfecture refusera d’être représentée en ces temps où le patriotisme était de rigueur notamment du fait de puissantes organisations d’anciens combattants arc boutées sur ce dérisoire et mortifère sentiment. Ainsi le monument ne fut jamais officiellement inauguré. On raconte que lors du passage des troupes à sa hauteur, lorsque celles-ci rejoignaient le camp militaire de La Courtine, ordre était donné aux hommes de détourner la tête de cet objet sacrilège.
Le monument de Gentioux est inscrit à « l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques au titre des lieux de mémoire », depuis le 9 février 1990 et la mention « Maudite soit la guerre  » est maintenant inviolable et rien ne peut être modifié.


Article Le Monde, 1994

Les pierres rebelles (extrait)

Le quotidien Le Monde a publié, dans son édition du 6-7 novembre 1994, cet article sur le monument de Gentioux

“Elles sont rares. Une dizaine, tout au plus. Une dizaine de pierres sur trente-six mille. Une dizaine, qui disent la révolte et le dégoût de la guerre. Le 22 janvier 1922. le conseil municipal de Gentioux (Creuse), dirigé par un maire SFIO, Jules Coutaud, adopte son projet de monument aux morts. Il prévoit, à côté de la stèle qui porte les patronymes des soixante-trois victimes regroupées par hameaux, la statue en fonte peinte d’un enfant montrant d’un geste les noms des morts regrettés de la commune et l’apostrophe: Maudite soit la guerre ! », inscrite à même le socle de pierre. Le geste sera un poing brandi …/…”

A lire ICI aussi

Les monuments aux morts, Monument à Gentioux-Pigerolles (23340)


"Adrien de la Vallée de Thurroch" mon article ICI
      de Denis Tellier (éditions Lunatique, 2012)

samedi 11 novembre 2017

La p'tite Odette, de Denis Tellier

La p'tite Odette


Elle avait pour prénom Odette, un petit prénom qui n'existe presque pas.
Elle reprisait  des mouflettes, des chaussettes, à l'œuf de bois.
Elle ne riait pas, elle souriait parfois.
Sur sa tombe dans le cimetière où je vais quelquefois
Elle est toujours assise et regarde ses petits doigts.
Sur la pierre, ils lui ont mis un christ en fer je ne comprends pas pourquoi.
Elle, elle aimait  à 16 heures boire une tasse de chocolat.

© Denis Tellier
10 novembre 2017



© Croquis Denis Tellier
La p'tite Odette



Extraits d'une conversation Denis Tellier-Françoise Ruban
            le 10 novembre 2017



Denis

Je l'ai connue la petite Odette
Une petite dame menue
qui était sur la terre, on ne sait pas pourquoi

Françoise

L'as-tu connue en vrai ou juste un personnage littéraire ?
D'ailleurs, on s'en fout, non ?

Denis

Je l'ai connue en vrai, elle buvait beaucoup, retranchée et muette.
Elle était la couturière du village , elle avait un vélo.
Je l'aimais bien, elle me disait bonjour

Françoise

Ce petit texte lui rend un bel hommage "à la Tellier"

Denis

Je vais rarement au cimetière, l'autre fois j'y suis allé pour relever les dates d'incorporation des  5 frères Tellier
J'ai regardé sa tombe et tout à l'heure j'ai écrit

Françoise

Je pense parfois à eux, les 5 frères Tellier
J'aime bien ton texte

Denis

Petit truc à l'arrache sur un bord  de table

Françoise

oui, mais ta "patte"

(extraits...)

vendredi 30 juin 2017

Tu vois, je reste là, humant, Denis Tellier

   
dessin Denis Tellier





                         
                                 Tu vois, je reste là, humant






Tu vois, j'ai en moi une petite chose sans valeur sans saveur, qui revient de temps en temps au-dessus de l'onde, brume qui envahit l'espace d'un étang. J'en profite pour en faire le tour dans ma tête... je me rends compte que j'ai cette possibilité d'être comme les autres, d'égaler des désirs, d'avoir des envies, non pour réussir, mais pour être en moi, à peu près bien.

J'ai pensé longtemps dans mon enfance, dans l'adolescence aussi, qu'il fallait dépasser un cap pour devenir adulte. Être grand nécessitait obligatoirement un examen de passage, des preuves et tellement d'assurance. J'avais peur de ce rendez-vous, de cette trajectoire vers des  chemins que je n'aimais pas.  C'est facile  quand on est petit de rester habillé en Indien toute la journée, les gens ne s'étonnent pas. Plus grand,   on vous montre du doigt, l'adulte ne rigole jamais quand il s'agit de « devenir un homme mon fils ».
Je n'avais pas une once de réflexion sur un métier choisi, alors, on me proposait à l'emporte pièce des boulots de manoeuvre, mécanicien, tôlier, chaudronnier, ferblantier, ajusteur - pour ajuster quoi ? - le manque d'ajustement, évidemment.
La réussite d'une vie n'appartenait-elle qu'aux personnes savantes ?

Tu vois, je ne me posais pas trop de questions. Heureusement  l'intérieur de ma tête était resté sauvage. En avançant je regardais reculer l'horizon.
Je n'étais pas à la hauteur ou seulement dans des travaux de soutien, des dépannages extrêmes, traire les vaches à la sortie des champs, couper du bois à l'entrée de l'hiver... Et puis le schéma de la réussite me laissait indifférent, le complot de l'échelle hiérarchique me gonflait les joues, à l'intérieur je ruminais une mauvaise haleine.
Les hommes progressaient les uns sur les autres, pataugeant dans des lois,  encore napoléoniennes pour certaines. Ils riaient aux éclats, bras dessus, bras dessous, pensant qu'avec tout ce retard, il fallait prendre de l'avance sur le temps.
C'est vrai qu'un bicorne écrasé  à s'y méprendre ressemble de loin à un béret posé.

Non, je voulais encore partager les cerises de l'arbre avec les oiseaux. Je voulais calmement parler de l'humanité avec des hommes au regard franc.  Me rappeler des premières tribus qui cherchaient sous la lune, sous les étoiles, une harmonisation. Je pensais comme un fou que l'on était capable de tout. Réunir l'essentiel  pour bien remplir la vie.
J'en avais ras-les-bottes des trajectoires obligatoires, des prototypes originaux, des propositions malhonnêtes pour un supposé équilibre.

Non, tu vois, je reste là... humant.


© Denis Tellier

Ventôse (Février-Mars) 2015

Tous droits réservés








photos Denis Tellier

mercredi 28 juin 2017

"Adrien de la vallée de Thurroch", de Denis Tellier


Adrien... le retour au bercail !

photo Denis

En juillet 2016, j'avais déjà consacré un article à Denis Tellier, écrivain de grand talent, à la plume originale. Ecrivain, sculpteur, peintre....mille cordes à son arc !
Si aujourd'hui, je reviens sur "Adrien de la vallée de Thurroch", c'est que pour acheter ce livre rare, lu et relu avec grand plaisir, il vous faut maintenant le commander directement à son auteur.

Où joindre Denis Tellier ?  ICI
Vous pouvez aussi laisser un message sur ce blog, il lui sera transmis.

Pour lire l'article que je lui avais consacré, c'est ICI

Un petit extrait

(...) "De suite, il m'a semblé entrer dans une langue, une écriture, autres que celles d'un romancier. Des images, des sonorités, un rythme qui sont ceux du Poète. Comme un long poème en prose. (p 14-16)

      Lorsqu' Adrien entre en scène, je me suis d'abord demandé qui il était... Croisements entremêlés des époques. Très vite, on apprend à le découvrir, on croit le connaître, et puis...
Ces corbeaux freux omniprésents qui planent sur vos mots, sur cette vallée. Oiseaux de mauvaise augure, mauvais présage ? La Mort rôde. (dernières lignes p 20)

On voit, on respire (ah ! les odeurs!!), on entend vivre cette campagne ardennaise. Les superstitions, le dur labeur. Des images saisissantes « les rideaux amidonnés à la fumée des âtres » « entretenir un bon voisinage croûte que croûte » ! Et tout au long, j'en découvrirai tant et tant...

Je me suis arrêtée plusieurs fois. Réfléchir à ce « Je »... Vous Denis, glissé dans la peau d'Adrien ?

La description de sa maison est plus vraie que si elle était là, sous mes yeux. Des souvenirs remontent en moi... Elle m'a rappelé la maison de Raoul, entre Creuse et Corrèze, début années 70. Chez lui, je me croyais des années en arrière, complètement hors du temps. Presque l'époque d'Adrien - « cela sentait l'homme seul, l'intérieur confiné et le rance ». La présence de la mère...morte.

On entre brutalement dans la Guerre. Déjà j'entrevois l'horreur « il bondissait sur les têtes, de casque en casque » ! Et tout au long de ce récit poétique, l'horreur sera là, progressivement atroce."(....)
FRuban, juillet 2016


Note de lecture de Marie-Flore Zannis


Il sait écrire Denis Tellier , il sait si bien écrire qu’on ne peut que tourner les pages de son roman jusqu’à la dernière, sans s’arrêter et qu’on le relit dès qu’il est terminé (et sans doute le relirai-je encore). Pourtant rien ne me rattache à ce pays des Ardennes mais combien m’a émue l’histoire d’Adrien, ce paysan revenu cabossé ,dehors et dedans, de la grande guerre , et prisonnier de ses souvenirs .
"C’est plus tard, en se couchant, dans le mâchonnement de l’étonnement , que les souvenirs de la journée, remontaient en tête"
Le récit est presque surréaliste et les mots si précis pour décrire la misère, les taudis, la solitude, le sang des tranchées , la rudesse
"il fallait voir, ces laboureurs, sur la toile de fond de l’horizon, sortir des champs dans le contre jour des guigois sur la pointe des pieds avec, posées sur leurs cous des têtes d’un autre âge " . 
Mais aussi les paysages, les arbres, les champs, les fleurs, les oiseaux, le vent du Nord ,
Son écriture est particulière, étonnants ces mots qu’il pose avec une douceur consumé puis à coup violent de burin mais toujours concise, épurée. La poésie court tout au long , car Denis est un artiste, sculpteur sur bois, c’est pourquoi ses mots sont sculptés comme on taille une pièce de bois et tout ce qu’il peut y ajouter pour éclairer sa vision (...)
MFZ, le 24 novembre 2017

mardi 4 avril 2017

La nuit est une rose noire, Denis Tellier et encres d'Anne-Marie Donaint-Bonave

J'ai parlé de Denis Tellier à plusieurs reprises ici. 
Denis, auteur du roman "Adrien de la vallée de Thurroch", l'un des plus originaux récits sur la Grande Guerre, révélateur d'une plume talentueuse.
Denis, auteur de poèmes, de nouvelles, certains parus dans la Revue Météque.
Denis, artiste plasticien aux oeuvres proches de l'Art Hors les Normes.
Aujourd'hui, c'est le Poète qui nous parle, accompagné d'encres d'Anne-Marie Donaint-Bonave. (FR)





© Encre d'Anne-Marie Donaint-Bonave






La nuit est une rose noire


La nuit est une rose noire qui hallucine mes pensées.
Elle me dévoile subitement ce qu'elle veut, et même les fourmis rouges qui aspirent son suc sur ses pétales, noircissent sur son velouté.
Les herbes des bas côtés sont grises, certaines semblent être couchées.
Les grandes armoises fléchissent leur hampe, en tête-à-tête elles dorment recourbées.
Il pleut sur les pierres vernissées, elles redeviennent orange comme au tout début de l'humanité.
L'eau de la rivière aussi me livre son miroir, elle danse et ses reflets sont sans cesse mouvementés.
Il m'est impossible de me mirer, je ne suis que soubresaut sur l'onde, désenchanté.

Ô, comme j'aimerais dans ces flots y enfouir ma tête, je lécherais cette plante aquatique se lovant dans la pénombre.
J'accrocherais autour de ma taille des fucus et des algues très longues.
Tel un poisson d'argent j'irais d'une rive à l'autre,étonné, je pourrais enfin dériver et sans sonde.
Passer à la fois dans l'éclat du soleil, à une troublante part d'ombre.
Sans retenue, d'un coup de nageoire je coulerais à pic dans des fosses profondes.
Je suçoterais les parois des sédiments, comme je le fais parfois pour une belle femme ronde.
Et je remonterais dans une gerbe jaillissante, retrouver mes mains posées là, sur le rebord du monde.

© Denis Tellier

"La nuit est une rose noire qui hallucine mes pensées" 












© Encres d'Anne-Marie Donaint-Bonave
Encres à retrouver les15,16,17 avril au salon du Livre objet d'art , de La Rochelle

Ces encres ont été réalisées à la lecture du poème de Denis Tellier

Site d'Anne-Marie Donaint-Bonave  ICI

Liens vers articles Denis Tellier, sur ce blog

Adrien de la vallée de Thurroch

Il pleut sur la fête foraine, poème

Moumi, poème


Aujourd'hui, un livre d'artiste voit le jour (5 septembre 2018), avec la collaboration de l'artiste Danielle Péan Leroux


Danielle Péan Le Roux

Prochaine Biennale Art 'Libris les 22, 23 et 24 septembre à Dives sur Mer.
J'y serai présente avec ce dernier livre d'artiste "La nuit est une rose noire" où mes fusains viennent à la rencontre d'un poème de Denis Tellier.
Si vous ne connaissez pas encore l'univers de Denis, je vous invite à y entrer...Vous y serez vite entraînés, séduits par la poésie qui s'en dégage...toujours, avec ce saupoudrage de facéties, inattendues et toujours "justes".
Un grand MERCI à vous Denis de m'avoir confié votre texte ! DPLR







Cette année en juin, Denis Tellier sortait un recueil d'aphorismes et textes courts "Un détail troublant", éd Grand M




samedi 24 décembre 2016

Moumi , de Denis Tellier, paru dans Revue Météque



photo ©Toshihiro Okada




Moumi habite au sixième étage



Il possède deux chemises blanches et un pantalon noir.
Une paire de chaussettes noires, un pardessus gris,
et un grand balai de paille de riz.
Moumi fredonne des notes toute la journée, en balayant le pavé.
Quand il rentre le soir devant son butagaz et pour l'aider à se coucher,
il chantonne dans le noir.
Hier, il s'est fait écraser par un bus.
Avant de mourir, il a gémi quelques notes graves.
Une infirmière m'a dit que des singes comme lui, elle en voyait tous les jours.
Je suis rentré chez moi dégueuler l'alphabet.


Moumi par Denis Tellier, auteur d'Adrien de la vallée de Thurroch chez LuNatique








jeudi 20 août 2015

Il pleut sur la fête foraine, de Denis Tellier


                                     Il pleut sur la fête foraine


Tous les danseurs vont vers le bas, la place du
village est en pente naturelle.
Des enfants courent, pistolets à poire et à eau,
la flotte s'écoule dans le caniveau.
Filles et garçons sur le périmètre des auto-
tamponneuses, à deux doigts des gouttières,
vivent avec le fracas derrière,l'immense
émotion d'être serrés dans leurs pantalons.
Toutes les auto-tamponneuses vont vers le bas,
la place est en pente naturelle.
Odeur de coiffeur, il pleut sur la fête foraine.
Toutes les odeurs de coiffeur vont vers le bas.
Nous avons tiré une bouteille de mousseux
pour la boire dans la ruelle.
Il pleut sur la place du village en pente naturelle.
Toutes les bouteilles vides vont vers le bas.
Vous, madame, immobile comme moi, avec
une poupée toute trempée gagnée dans une loterie abritée.
Dites-moi...
Il pleut sur la fête foraine pour la dernière fois...

Denis Tellier, 1977

in, Revue Météque

Revue n° 0, La Ville