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lundi 29 juin 2020
Note de lecture sur Ostraka de Cristian Ronsmans, par Julien Miavril
Julien Miavril est doté d'une sensibilité très aiguisée. Elle lui permet de traquer les moindres sursauts de l'âme d'un auteur jusque dans ses encoignures et plus infimes recoins et les rehausser pour mieux les mettre dans un écrin de lumière.
Il se livre alors à une analyse fouillée tel un horloger spécialisé dans l'horlogerie ancienne, capable tout en pénétrant dans le ventre d'une comtoise ou d'une pendule à jaquemart, au fur et à mesure de la dépose des différentes pièces, ressorts, engrenages et autres, de nous expliquer dans les plus subtils détails détails le mécanisme et le fonctionnement avec une grande pertinence.
Je lui suis très reconnaissant pour cette note de lecture. (Cristian R)
"Ostraka", livre paru aux éditions du Pont de l'Europe, de Cristian Ronsmans, note de lecture
Par Julien Miavril
Prends-bien garde, ô lecteur, de ne point trop t'égarer en ces contrées philosophiques, toutes emplies de fiel et de sagesse, qui forment la trame de l'ouvrage de Cristian Ronsmans. Tu pourrais avoir à y goûter ce nectar empoisonné et salvateur, que contient tout philtre d'amour au-delà même du secret de sa composition. Le titre choisi fait référence à ces éclats de calcaire, qui n'existent qu'unis et réunis, et sur lesquels est inscrit le brûlant langage des dieux, proches et lointains par essence. Comme une pharmacopée cosmogonique et magique dont le secret aujourd'hui nous échappe. La philosophie qu'y déploie le poète donne, d'un bout à l'autre, à entendre ce rire dionysiaque qui se fait aussi léger que son mal d'amour est profond. Car il semble que la langue de l'Amant blessé qui forme la scène primitive, soit en faillite et comme meurtrie dans son vigoureux essor. Cristian Ronsmans s'échine en effet à pourfendre une à une les différentes figures de l'amour - soudain ou immortel, irruptif ou courtois, déssaisissant ou mortel voire ennuyeux, désespérant ou alors profondément salvateur - Le philosophe assène des coups de marteau en même temps qu'il instaure un nouvel ordre impérieux où mythologie, métaphysique et philosophie se fondent et se confondent :
"Le jour, en effet, où l'Homme acceptera de renouer avec son féminin dont il s'est séparé et quand la femme cessera toute rébellion contre son masculin, viendra enfin le temps de l'anthropos, de l'Humain réconcilié. Un Humain dans la plénitude de toute sa dimension retrouvée. (...) C'est l'Humain, dans sa finitude qui façonne le sort de l'Humanité, son destin dans l'infini de l'Univers où tout est déterminé, qui le dépasse mais où la permission lui est donnée."
Nouvelle eschatologie où l'Homme et la Femme se fondent dans l'Humain, où ils ressuscitent à eux-mêmes dans un geste réconciliateur de rééquilibrage des polarités, où le retour à l'Adam primordial signe l'arrivée d'un homme nouveau, et où la finitude humaine porte et contient l'infinitude en acte et en puissance. Mystification ou pas, démystification au pas, il ne reste qu'à "ouvrir les portes de l'Alphée", autrement dit de l'Eden originel. Arcadie mythique où les nymphes restent victimes de la colère des dieux et où l'aimée transparaît à travers son absence fatale.
Le poète ne tarde pas à nous conduire dans une méditation qui puise sa sève directement depuis les racines de l'arbre du monde, ou l'axis mundi - propriété gardée des géants primordiaux qui voyagent entre Terre et Ciel. Ainsi de ce vieil homme, en dialogue avec son "frère feuillu" à qui il consacre des offrandes, et qui se sacrifie, tel le dieu Odin s'étant pendu à l'arbre premier pour y recevoir le fruit de la connaissance initiatique et sacrée. Sagesse de l'éphémère qui a valeur d'absolu, elle est celle qui se décline au théâtre, sur le ton de la fable, partout où l'Amour fait loi.
Vanité des vanités ! Le poète nous instruit ensuite de la moindre valeur de l'or matériel au regard de l'or de la connaissance. Il décline une puissante parabole sur le thème du Veau D'Or. On y renoue avec la sagesse de l'Ancien testament, comme avec celle contenue dans les traités alchimiques sur les métaux précieux, et qui nous détournent du danger de convoitise guettant celui qui part en quête des trésors de l'Abîme. "Moine au désert de la vie", tel est celui qui s'exile de lui-même pour mieux se retrouver lui-même dans le silence des mondes. Car l'Art exige à la fin patience et empire sans partage. "L'Art est long, mais le temps est court." comme l'affirmait Baudelaire. Et le poète !? "Rien qu'un passager du vent que le vent finira par emporter." Tout est poussière et pâture de vent pour reprendre les mots de "l'Ecclésiaste". Et le poète ne trouve véritablement son lieu que dans la "contemplation de l'univers, dans la matrice du silence sidéral", là où la psyché humaine fusionne avec le Tout.
À cela s'ajoutent de superbes tableaux impressionnistes, par moments surréalistes et troublants, à d'autres plus naturalistes, qui forment la matière d'un double spleen toulousain et bruxellois. Rassemblement de visions intimes et diffuses, le Réel s'y trouve tout à la fois dénudé et transfiguré dans un ultime acte sacrilège de célébration. Aussi, c'est sur la scène d'un "théâtre", où tous sont réduits à n'être que "palpitations sous les tréteaux du monde. Et rien d'autre", que se joue et se noue le drama. Ce théâtre est celui d'une cruauté dont l'éclat est rendu à sa vérité première. Aucune place pour le masque ou le mensonge - pas même le jeu ou la simulation - car la vérité qui s'y expose, déchire en même temps qu'elle délivre "l'éternel indécis" qui trône seul sur la scène.
Et bientôt, le verbe du poète même s'éploie en une théophanie du visage, lieu d'inscription de l'infini et de l'altérité de l'homme en l'homme. Après avoir opéré une distinction entre forme de méditation béate et contemplation sincère et authentique, le poète nous ouvre les portes du cosmos. Il devient ce "matador en habit de lumière éternelle", en même temps que ce "taureau apeuré" qui se constelle dans le ciel même, objet de son extase contemplative. Et l'ombre qui y inscrit son règne, se change en "orage de feu" destiné à se dissoudre dans la nuit. Le combat se poursuit dans l'arène avec "l'Ange des ténèbres", jadis figure démiurgique et créatrice d'amour, et qui emprisonne désormais tout être dans le filet de ses sortilèges vengeurs. Au contact des épaisses ténèbres, et au terme de cette nuit noire dont l'Ange assure la traversée, jaillit enfin la lumière du Royaume où vie et mort s'épousent et où il ne suffit plus de "saper les piliers de l'antique sagesse." Il incombe au contraire de réinventer la Genèse et de troubler le Seuil qui sépare le royaume de la nuit et des morts, de celui de la lumière et des vivants. Le poète y apparaît alors comme ce passeur de plus d'une rive qui inquiète l'ordre voulu par l'Esprit divin. Et au travers d'une écriture puissante, lyrique, fulgurante et lumineuse, Cristian nous révèle les arcanes de cette Sophia Perennis, ou Sagesse première, qui fait la sève rutilante de toute méditation poétique authentique.
Julien Miavril, Strasbourg le 26 juin 2020
samedi 18 janvier 2020
Le bâton de Plutarque de Cristian Ronsmans, article de Francine Ghysen
Le Carnet et les instants
blog des Lettres belges francophones
ICI
Des notes sur toute la gamme
Dans Le bâton de Plutarque, deuxième volet de ses Miscellanées (le beau nom, quelque peu oublié, des mélanges littéraires), Cristian Ronsmans nous livre une nouvelle brassée de notes cueillies dans ses carnets, aux couleurs et humeurs variées. Groupées par chapitres fantaisistes : Aphorismes et périls, Aphorismes et mantilles, Aphorismes et basse continue, Aphorismes et vieilles dentelles…
Ici, un air de confidence : « Je n’ai jamais verrouillé mon cœur. J’aurais dû. J’aurais dû le cadenasser ».
Là, des réflexions dans le sillage de la phrase ‘lumineuse’ d’Hölderlin : « La poésie est un jeu dangereux ». « L’objectif essentiel de la poésie [est] de rendre visible l’invisible, de faire remonter le ’moi’ enfoui. »
Plus loin, une conversation avec le Silence, début d’une mystérieuse amitié.
Une brève histoire d’une ironie mélancolique, dédiée à Claude Nougaro : « Elle m’aimait pour ce que je fus. Elle ne m’aime plus pour ce que je suis. L’amour est aveugle non parce que l’authenticité de l’objet se dissimule au regard mais parce que le regard ne voit que ce qu’il rêve de voir. ».
Des méditations sensibles sur l’art : « L’art, quelle que soit la façon dont il touche un être, tend à lui offrir la possibilité de se dépasser, d’être autre dans un mouvement d’allégresse incomparable. » « L’art est une marche sur les sentiers escarpés de notre recherche vers la subtilité des profondeurs qui le met en action. ».
Des pages captivantes sur Tàpies : « Un peintre loup. Solitaire, il l’est et entend le rester.» Dans son abstraction figurative, il rencontre un subtil écho de Paul Klee, « si proche de la peinture d’au-delà de la peinture ».
«Tàpies s’interroge, nous interroge : la création n’est-elle pas une œuvre à deux dans une dialectique en tension constante entre artiste et spectateur ?
Cristian Ronsmans évoque Marcel Duchamp, le grand ‘Chamboulateur’. « De Cézanne au futurisme, en passant par toutes les avant-gardes de son temps, il a tout exploré rapidement, car c’est un homme pressé d’en finir, pour se consacrer à son projet. » Projet s’appuyant sur une idée-force, qui hantait l’artiste : « ‘Quitter le champ de la peinture rétinienne’, la peinture qui fait plaisir. Pour mieux gagner les rives aporétiques d’un monde qui n’existe pas encore vraiment ».
Il rappelle l’influence qu’eut sur son œuvre Raymond Roussel, dont il tient Locus Solus pour « l’un des grands chefs-d’œuvre de la littérature du XXe siècle ».
En revanche, il n’épargne pas les imposteurs, au premier rang desquels Jeff Koons. « Après avoir été longtemps courtier en matières premières à Wall Street, Jeff Koons se lance dans l’art ‘en tant que vecteur privilégié de merchandising’, cet ancien trader s’est très tôt reconverti dans la marchandisation de l’art, aux bénéfices bien plus juteux que les bénéfices boursiers à risques. […] On a condamné Madoff, à juste titre. À quand, pour outrage à l’art, l’inculpation de Jeff Koons ? »
Tour à tour sérieux et léger, grave et moqueur, Cristian Ronsmans aime jouer avec les mots : « un bouc hémisphère », « à double tour d’ivoire », « j’ai l’estomac dans l’étalon »…
Et l’on choisit de le quitter sur un sourire: « Comme disait un vieux talmudiste: ‘Quand je découvre quelque chose qui me dépassait jusqu’alors, j’ai envie de danser sur la table’. Je vous souhaite à tous de danser sur la table. »
Francine Ghysen
Je vous invite à ouvrir l'article afin de le lire en entier. Une très belle critique-hommage de ce livre unique comme l'était déjà Ostraka (mêmes éditions)
fruban, le 18 janvier 2020
mercredi 14 novembre 2018
Les grues, Denis Tellier
Les grues
Il est beau de voir en cet automne et par-dessus mes pensées vagabondes, dans des cris éparpillés haut les nues, le passage géométrique et rigoureux des grues.
Une plume ramassée m'invite à poursuivre le voyage, des histoires que j'imagine vertigineuses et dans des vols planés.
Plume qui dans l'attente d'y déposer une première volée d'encre, reste fixée entre mes doigts serrés.
Plume qui dans l'écriture transforme les alizés et mon vertige en une phrase penchée.
Plume qui couche des mots humides, tremblants, agités silencieux et doux, à peine achevés.
Plume et voyelles ébouriffées, plume et consonnes échevelées...
Plume si légère qu'il doit être facile d'écrire, de voler, et puis de s'arrêter un moment suspendu dans un vide d'altitude, ne plus sentir son corps...
Denis T
© tous droits réservés
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| ©manuscrit Denis T |
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| © photo fruban |
Ce poème de Denis Tellier a été retenu par une artiste plasticienne Danielle Péan Leroux
J'ajoute ICI le lien vers le site de Danielle Péan Leroux.
A voir aussi dans les sites intéressants
mercredi 28 juin 2017
"Adrien de la vallée de Thurroch", de Denis Tellier
Adrien... le retour au bercail !
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| photo Denis |
En juillet 2016, j'avais déjà consacré un article à Denis Tellier, écrivain de grand talent, à la plume originale. Ecrivain, sculpteur, peintre....mille cordes à son arc !
Si aujourd'hui, je reviens sur "Adrien de la vallée de Thurroch", c'est que pour acheter ce livre rare, lu et relu avec grand plaisir, il vous faut maintenant le commander directement à son auteur.
Où joindre Denis Tellier ? ICI
Vous pouvez aussi laisser un message sur ce blog, il lui sera transmis.
Pour lire l'article que je lui avais consacré, c'est ICI
Un petit extrait
(...) "De suite, il m'a semblé entrer dans une langue, une écriture, autres que celles d'un romancier. Des images, des sonorités, un rythme qui sont ceux du Poète. Comme un long poème en prose. (p 14-16)
Lorsqu' Adrien entre en scène, je me suis d'abord demandé qui il était... Croisements entremêlés des époques. Très vite, on apprend à le découvrir, on croit le connaître, et puis...
Ces corbeaux freux omniprésents qui planent sur vos mots, sur cette vallée. Oiseaux de mauvaise augure, mauvais présage ? La Mort rôde. (dernières lignes p 20)
On voit, on respire (ah ! les odeurs!!), on entend vivre cette campagne ardennaise. Les superstitions, le dur labeur. Des images saisissantes « les rideaux amidonnés à la fumée des âtres » « entretenir un bon voisinage croûte que croûte » ! Et tout au long, j'en découvrirai tant et tant...
Je me suis arrêtée plusieurs fois. Réfléchir à ce « Je »... Vous Denis, glissé dans la peau d'Adrien ?
La description de sa maison est plus vraie que si elle était là, sous mes yeux. Des souvenirs remontent en moi... Elle m'a rappelé la maison de Raoul, entre Creuse et Corrèze, début années 70. Chez lui, je me croyais des années en arrière, complètement hors du temps. Presque l'époque d'Adrien - « cela sentait l'homme seul, l'intérieur confiné et le rance ». La présence de la mère...morte.
On entre brutalement dans la Guerre. Déjà j'entrevois l'horreur « il bondissait sur les têtes, de casque en casque » ! Et tout au long de ce récit poétique, l'horreur sera là, progressivement atroce."(....)
FRuban, juillet 2016
Note de lecture de Marie-Flore Zannis
Il sait écrire Denis Tellier , il sait si bien écrire qu’on ne peut que tourner les pages de son roman jusqu’à la dernière, sans s’arrêter et qu’on le relit dès qu’il est terminé (et sans doute le relirai-je encore). Pourtant rien ne me rattache à ce pays des Ardennes mais combien m’a émue l’histoire d’Adrien, ce paysan revenu cabossé ,dehors et dedans, de la grande guerre , et prisonnier de ses souvenirs .
"C’est plus tard, en se couchant, dans le mâchonnement de l’étonnement , que les souvenirs de la journée, remontaient en tête"
Le récit est presque surréaliste et les mots si précis pour décrire la misère, les taudis, la solitude, le sang des tranchées , la rudesse
"il fallait voir, ces laboureurs, sur la toile de fond de l’horizon, sortir des champs dans le contre jour des guigois sur la pointe des pieds avec, posées sur leurs cous des têtes d’un autre âge " .
Mais aussi les paysages, les arbres, les champs, les fleurs, les oiseaux, le vent du Nord ,
Son écriture est particulière, étonnants ces mots qu’il pose avec une douceur consumé puis à coup violent de burin mais toujours concise, épurée. La poésie court tout au long , car Denis est un artiste, sculpteur sur bois, c’est pourquoi ses mots sont sculptés comme on taille une pièce de bois et tout ce qu’il peut y ajouter pour éclairer sa vision (...)
MFZ, le 24 novembre 2017
samedi 4 juillet 2015
Un livre, un auteur : Adrien de la vallée de Thurroch, de Denis Tellier (2012)
"Adrien de la vallée de Thurroch"
Denis Tellier
éditions Lunatique
Quelques retours et critiques, sur le site des éditions Lunatique
Mise à jour du 13 novembre 2016
"Adrien de la vallée de Thurroch" en vente chez Amazon
***
Un artiste aux multiples visages
"Dessin, peinture, sculpture : autodidacte, Denis touche à tout avec un engouement qui le porte "hors les normes" et un talent qui le mène à l'Espace Cardin où il participe à la 30e édition du salon de la Jeune Sculpture (1978).
Depuis, il a pris part à des expositions marquantes (Nîmes, Marseille, Toulouse, Sedan, Nice) et à des chantiers spectaculaires (telle la restauration des boiseries précieuses du navire hollandais l'Oosterschelde, datant de 1918)."
sur le site des éditions Lunatique
Sur Radio Dijon
Denis Tellier
éditions Lunatique
Une rencontre qui ne peut s'oublier
Artiste aux multiples talents, comme vous pourrez le découvrir sur le site des éditions Lunatique, Denis Tellier a croisé ma route fortuitement -mais je ne crois pas aux hasards- le 20 juin 2015.
Très vite, j'ai eu envie de découvrir ses écrits, notamment "Adrien de la vallée de Thurroch".
Ce premier roman de Denis est arrivé chez moi quelques jours plus tard.
Pénètrer dans cet univers m'a littéralement happée, et il m'a fallu le terminer le jour même ! Depuis, j'y retourne régulièrement. Il est là, à portée de ma main.
Voici quelques extraits de la lettre que je lui écrivis.
(Je vous écris de ma campagne bourguignonne où vrombissent les moiss'bat's dans la chaleur de la fin juin)
« Adrien de la vallée de Thurroch »
Première joie, recevoir puis ouvrir ce bel objet (corbeau freux en couverture), ce petit / grand livre !
Je commence par la quatrième de couverture, les quelques lignes en exergue, la dernière page... et c'est parti !
De suite, il m'a semblé entrer dans une langue, une écriture, autres que celles d'un romancier. Des images, des sonorités, un rythme qui sont ceux du Poète. Comme un long poème en prose. (p 14-16)
Lorsqu' Adrien entre en scène, je me suis d'abord demandé qui il était... Croisements entremêlés des époques. Très vite, on apprend à le découvrir, on croit le connaître, et puis...
Ces corbeaux freux omniprésents qui planent sur vos mots, sur cette vallée. Oiseaux de mauvaise augure, mauvais présage ? La Mort rôde. (dernières lignes p 20)
On voit, on respire (ah ! les odeurs!!), on entend vivre cette campagne ardennaise. Les superstitions, le dur labeur. Des images saisissantes « les rideaux amidonnés à la fumée des âtres » « entretenir un bon voisinage croûte que croûte » ! Et tout au long, j'en découvrirai tant et tant...
Je me suis arrêtée plusieurs fois. Réfléchir à ce « Je »... Vous Denis, glissé dans la peau d'Adrien ?
La description de sa maison est plus vraie que si elle était là, sous mes yeux. Des souvenirs remontent en moi... Elle m'a rappelé la maison de Raoul, entre Creuse et Corrèze, début années 70. Chez lui, je me croyais des années en arrière, complètement hors du temps. Presque l'époque d'Adrien - « cela sentait l'homme seul, l'intérieur confiné et le rance ». La présence de la mère...morte.
On entre brutalement dans la Guerre. Déjà j'entrevois l'horreur « il bondissait sur les têtes, de casque en casque » ! Et tout au long de ce récit poétique, l'horreur sera là, progressivement atroce.
Le Vieux, sa disparition mystérieuse, les rumeurs, ce que l'on pressent au fil des pages. Sorte d'énigme policière qui se mêle au destin d'Adrien, à la guerre.
Le Vieux, le Sage, celui auquel il m'est arrivé de m'identifier (non que je sois sage!), de vouloir lui ressembler. Son intelligence de la Vie et de la Mort. De superbes passages (je les relirai).
Le Vieux, dont peu à peu on devine la fin... Pouvait-il en être autrement ?
Adrien mène l'enquête. Son intuition, son bon sens, opposés aux ragots, aux rumeurs (ah ! les vieilles femmes!). Là aussi des passages savoureux !
Les notes d'Adrien. Autre langage, temporalité croisée... Il m'est arrivé de perdre le fil ! Mais votre écriture m'embarque Denis !
Quand la Guerre à proprement parler entre en scène, nous savons déjà tout d'elle, par les préparatifs, les conséquences de cette boucherie. Vos mots, la construction de votre récit, nous plongent progressivement dans un réalisme poétique dur, violent. Nous la sentons là, à chaque instant.
La Grande Yvonne, énigmatique elle aussi, par les secrets qu'elle abrite, les drames aussi. Ce bébé mort dans d'atroces conditions . « le gamin de la petite bonne, « la Jeanine » et du grand betteravier....
Une femme que j'ai cru reconnaître...
Le Meusien et sa femme trop belle, ceux-là aussi on les voit, on les reconnaît...
L'église emportée par les eaux diluviennes. Comme une parabole. Un monde qui disparaît - « les os des maîtres étant sous l'eau ». D'une terrifiante beauté ! Le Radeau de la Méduse !
La vie des paysans, elle aussi décrite avec d'infinis détails réalistes. J'ai retrouvé des histoires que l'on me racontait enfant. J'ai revu la vie de mes grands-parents maternels, Berthe et Léon, paysans.La femme parfois pire qu'une bête de somme. Le portrait que vous en faites est pur chef-d'oeuvre ! Je ne peux tout relever...
Denis, votre écriture m'a séduite absolument, totalement ! Le procédé narratif choisi, où se croisent, se rejoignent des narrateurs divers (un seul en réalité!)... Tout !
Je me suis laissée embarquée sur ces flots poétiquement dévastateurs. Vous m'avez dit « Je me suis déchiré à l'écrire... j'en avais besoin... » (je cite de mémoire). Cela se ressent dans la fougue, la passion, que vous mettez dans vos mots.
De tous ces personnages si attachants à des degrés divers, c'est définitivement vers le Vieux que va ma préférence. Je relirai ce livre pour lui, le connaître mieux. Mais c'est sûr, je relirai pour savourer la langue !
Tout ceci est un peu décousu, mais je ne voulais pas trop attendre pour vous en parler. Ne m'en tenez pas rigueur !
Votre « Adrien de la vallée de Thurroch » a déclenché en moi mille et une émotions ! Bravo et merci, ami poète !
Françoise Ruban
Quelques retours et critiques, sur le site des éditions Lunatique
Mise à jour du 13 novembre 2016
"Adrien de la vallée de Thurroch" en vente chez Amazon
***
Un artiste aux multiples visages
"Dessin, peinture, sculpture : autodidacte, Denis touche à tout avec un engouement qui le porte "hors les normes" et un talent qui le mène à l'Espace Cardin où il participe à la 30e édition du salon de la Jeune Sculpture (1978).
Depuis, il a pris part à des expositions marquantes (Nîmes, Marseille, Toulouse, Sedan, Nice) et à des chantiers spectaculaires (telle la restauration des boiseries précieuses du navire hollandais l'Oosterschelde, datant de 1918)."
sur le site des éditions Lunatique
Sur Radio Dijon
La Minute Livre – Chronique du 1er Octobre 2015
Date de publication :
1 octobre 2015
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| © photos Denis T |
dimanche 29 mars 2015
Chroniques de l'ère mortifère, de Frédéric Baal (suite)
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| photos choisies par Frédéric Baal |
« Matchs de boxe. Combats truqués. N’atteindra pas le troisième round avant qu’il n’ait pu voir les étoiles. Challenger mis K.-O. à la deuxième reprise. Le tenant du titre en sera dépossédé une prochaine fois. Réunion du soir. Atmosphère moite. Esprits survoltés. Tumulte de paroles et de cris. Le boui-boui et la fureur. L’établissement admet les dames dressées pour la retape. Lancent discrètement des invitations galantes. Peuvent se flatter de compter parmi leurs clients de petites frappes crâneuses et des bookmakers un peu malhonnêtes. Jambes musclées contre biceps gonflés. Conteurs de fleurettes savent manier leur fleuret. Empressés auprès de charmeuses pressées d’en finir. Arrête ton baratin, mon salaud, baiseness avant tout. Au turf et au paddock, mon canasson. Et avec cela, encapuchonné pour la course. Dans la pénombre qui entoure les cercles de clarté que projettent sur le ring de grands abat-jour de cuivre, le bord de leur feutre rabattu sur leurs yeux, des managers sévères pour la qualité du travail. Enveloppés d’un manteau d’alpaga. Sortis en veste croisée à fines rayures. Gilet de velours. Chemise à col boutonné. Cravate en jersey de laine. Gants beurre-frais. Pantalon de flanelle blanche. Chaussures à semelles de crêpe. Commerce de galanterie sous haute surveillance. Gare à celle qui ne marchera pas droit. Babillage sans comptage n’est que ruine du parrainage. Livrées au tapin, envoyés au tapis, kif-kif boursicot. D’uppercut en hypercul, la vénalité est partout. Chambres meublées à l’étage. Affaire promptement conclue, affaire promptement vidée. Pas une minute à perdre. Excellentes techniciennes. Nombreuses épreuves à leur actif. Séances d’entraînement quotidien. Connaissent leur métier jusqu’au bout des lèvres. Combats en champ clos. Brefs, mais intenses. La scène pugilistique à baldaquin. Au finish. Jarretelles noires contre culottes blanches. Une maille de mon bas a filé sous la pression, les coutures de ton maillot ont craqué sous l’effort. Poids plume et poids coq. La soigneuse et le boxeur. Aux petits seins pour lui, aux petits soins pour elle. Ressorts de sommiers et de punching-balls gémissent de concert. Arrête ton cinéma, mon cochon, on n’est pas là pour badiner. Esquives élégantes et préliminaires abrégés, puis un crochet du droit. »
Extrait de Chronique de l'ère mortifère, Frédéric Baal, Editions de la Différence, Paris, 2014.
"Chronique de l'ère mortifère" est disponible en version papier et en version numérique sur tous les sites de vente de livres (Fnac, Amazon...).
Toutes les photos ont été prises et /ou choisies par Frédéric Baal
Vous pouvez rejoindre Frédéric Baal ici :
https://www.facebook.com/pages/Fr%C3%A9d%C3%A9ric-Baal/516530551793905?fref=ts
mardi 10 mars 2015
Mon fil d'Ariane , de Sylvie Mantafounis (Editions Thélès)
C'est comme un grand silence, une nuit douce éclairée par les miroitements de la Seine, et bercée par ses clapotements, un bonheur insaisissable qui glisse sans exigence, un accostage sur la rive d'en face.
Nos chuchotements parmi le va-et-vient du fleuve, les effluves de la Seine témoins de notre enchantement. Le vent frais et moi tout contre toi qui enfouis mon visage près du tien. Ta moustache qui chatouille ma joue et tes yeux sombres qui me regardent. Ma petite main glissée dans la tienne, je me sens confiante au son de ta voix dont l'accent m'engourdit. Mon enfance, c'est un peu comme une traversée d'un pays à un autre.
Je veux arrêter là le temps, mais la Seine ne cesse de couler, le vent de souffler et la vie de battre. Pour certains. Je voudrais revenir à ce moment présent qui fait partie du passé, appuyer sur pause, ne pas vivre le futur qui m'attend.
Reprendre un morceau de vie qui surgit tout à coup du passé, pour que mes nuits ne soient plus hantées par ces images qui ne cessent de me tenir en éveil. Mais le destin m'a tracé un chemin, que j'emprunte malgré moi. De ma première vie, il ne me reste que ces images un peu floues où amour rimait avec bonheur.
Un précipice sépare mes deux vies.
incipit p 7-8 , Mon fil d'Ariane (Sylvie Mantafounis), éditions Thélès
A vingt-neuf ans, Clio perd son fils Yannis âgé de treize mois. Les effets et les circonstances de sa disparition provoquent une onde de choc qui s'exprime encore vingt ans plus tard. C'est à ce moment précis qu'elle trouve refuge dans ses souvenirs d'enfance, puis dans l'histoire de son père Stefanos, au travers de la Grèce, seul lieu qui les unit. Elle tente ainsi de repousser la dépression insidieuse qui s'est emparée d'elle.
Un très beau roman qui parle de l'amour d'une mère pour son fils et qui est un bel hommage au pays natal, que ce soit celui de la maternité ou celui de la culture. Reconquête de soi, difficulté dans les relations familiales, souffrance du deuil, autant de sujets abordés dans ce titre qui tente de répondre avec justesse à la question : comment survivre à la mort de son enfant ?
quatrième de couverture
http://www.theles.fr/auteur/sylvie-mantafounis
Emission sur RFI le 1er octobre 2009
Très belle émission que j'ai écoutée plusieurs fois, me rendant encore plus proche mon amie Sylvie Mantafounis.
Les choix musicaux de Sylvie Mantafounis, au cours de cette émission
Angélique Ionatos Les enfants du Pirée
Haris Alexou Otan pini mia gineka
Léo Ferré Les anarchistes
Notis Sfakianakis Ola ta S'agapo
Jean Olivet Le visiteur du soir
http://www.rfimusique.com/radiofr/editions/108/edition_481_20091001.asp
Sylvie Mantafounis est un écrivain d’origine grecque, née à Paris. Elle vit une enfance baignée dans la culture grecque, rue St Honoré ou se trouve l’atelier de son père. C’est à 20 ans qu’elle découvre la Grèce et apprend la langue paternelle. L’héroïne de son premier livre Mon fil d’Ariane, ressemble étrangement à l’auteur. Elle effectue d’incessants voyages en Grèce en quête de ce père qui n’a cessé de semer outre sa culture, son originalité et son affection. L’héroïne a perdu un petit garçon nommé Yannis. Quelques années plus tard, elle va trouver refuge dans ses souvenirs d’enfance, puis dans l’histoire de son père, au travers du pays qui les unit. Comme par magie, l’enchantement qu’il lui a légué dès l’enfance fait son oeuvre au-delà de la découverte de la Grèce, de l’histoire familiale et de ses drames que l’héroïne va mettre à jour auprès des amis restés sur place. Ce premier livre est un hymne à l’amour, il nous invite à explorer les méandres de l’amour filial et maternel et le travail de deuil.
( à lire sur le lien ci-dessus)
Sylvie, voici ce que je t'écrivais, lorsque j'ai découvert ton livre pour la première fois :
Chère Sylvie,
J'ai lu et relu " Mon fil d'Ariane"... J'ai été captivée et bouleversée, certains passages sont de vraies fulgurances que j'ai eu besoin de lire plusieurs fois, pour m'imprégner de tant de belle et douloureuse émotion. Vous dites si bien l'inacceptable, l'impossibilité du deuil et ces deux vies que doit affronter une femme qui perd son enfant..
J'ai beaucoup aimé et ressenti aussi ce que vous dites de l'exil loin de la Grèce, de la vie de vos parents,de votre papa, de la mort de son frère, de votre grand-mère...
La "fugue" en Grèce, lorsque l'amour puissant pour les vivants ne permet pas de se reconstruire, de trouver sa place en ce monde. Oh fuir fuir... disparaître, trouver un refuge, un cocon protecteur, ses racines, les parfums, la lumière du pays auquel on appartient.Redevenir Femme... une autre femme. Et puis, échouer.. avec le désir de tout arrêter.
C'est un livre magnifique et bouleversant.. J'aime aussi beaucoup votre écriture incisive, simple , dépouillée et si puissante, en harmonie parfaite avec le sujet. Chaque mot a une grande charge émotionnelle.
Je relirai encore ce beau récit
Merci à vous
Pensées chaleureuses
( le 24 juin 2012)
Depuis, je l'ai relu plusieurs fois, avec toujours la même émotion... Notre destin si proche nous a encore rapprochées, et tu as su accueillir mon recueil de poèmes, "L'Âme des marées", avec tant de chaleur humaine et d'empathie.
FRuban
J'ajoute que l'on peut trouver ce livre, à la FNAC, chez Amazon... et la plupart des libraires en ligne. Vous pouvez aussi contacter Sylvie Mantafounis, sur Facebook.
https://www.facebook.com/sylvie.mantafounis?fref=ts
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