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lundi 29 juin 2020
Note de lecture sur Ostraka de Cristian Ronsmans, par Julien Miavril
Julien Miavril est doté d'une sensibilité très aiguisée. Elle lui permet de traquer les moindres sursauts de l'âme d'un auteur jusque dans ses encoignures et plus infimes recoins et les rehausser pour mieux les mettre dans un écrin de lumière.
Il se livre alors à une analyse fouillée tel un horloger spécialisé dans l'horlogerie ancienne, capable tout en pénétrant dans le ventre d'une comtoise ou d'une pendule à jaquemart, au fur et à mesure de la dépose des différentes pièces, ressorts, engrenages et autres, de nous expliquer dans les plus subtils détails détails le mécanisme et le fonctionnement avec une grande pertinence.
Je lui suis très reconnaissant pour cette note de lecture. (Cristian R)
"Ostraka", livre paru aux éditions du Pont de l'Europe, de Cristian Ronsmans, note de lecture
Par Julien Miavril
Prends-bien garde, ô lecteur, de ne point trop t'égarer en ces contrées philosophiques, toutes emplies de fiel et de sagesse, qui forment la trame de l'ouvrage de Cristian Ronsmans. Tu pourrais avoir à y goûter ce nectar empoisonné et salvateur, que contient tout philtre d'amour au-delà même du secret de sa composition. Le titre choisi fait référence à ces éclats de calcaire, qui n'existent qu'unis et réunis, et sur lesquels est inscrit le brûlant langage des dieux, proches et lointains par essence. Comme une pharmacopée cosmogonique et magique dont le secret aujourd'hui nous échappe. La philosophie qu'y déploie le poète donne, d'un bout à l'autre, à entendre ce rire dionysiaque qui se fait aussi léger que son mal d'amour est profond. Car il semble que la langue de l'Amant blessé qui forme la scène primitive, soit en faillite et comme meurtrie dans son vigoureux essor. Cristian Ronsmans s'échine en effet à pourfendre une à une les différentes figures de l'amour - soudain ou immortel, irruptif ou courtois, déssaisissant ou mortel voire ennuyeux, désespérant ou alors profondément salvateur - Le philosophe assène des coups de marteau en même temps qu'il instaure un nouvel ordre impérieux où mythologie, métaphysique et philosophie se fondent et se confondent :
"Le jour, en effet, où l'Homme acceptera de renouer avec son féminin dont il s'est séparé et quand la femme cessera toute rébellion contre son masculin, viendra enfin le temps de l'anthropos, de l'Humain réconcilié. Un Humain dans la plénitude de toute sa dimension retrouvée. (...) C'est l'Humain, dans sa finitude qui façonne le sort de l'Humanité, son destin dans l'infini de l'Univers où tout est déterminé, qui le dépasse mais où la permission lui est donnée."
Nouvelle eschatologie où l'Homme et la Femme se fondent dans l'Humain, où ils ressuscitent à eux-mêmes dans un geste réconciliateur de rééquilibrage des polarités, où le retour à l'Adam primordial signe l'arrivée d'un homme nouveau, et où la finitude humaine porte et contient l'infinitude en acte et en puissance. Mystification ou pas, démystification au pas, il ne reste qu'à "ouvrir les portes de l'Alphée", autrement dit de l'Eden originel. Arcadie mythique où les nymphes restent victimes de la colère des dieux et où l'aimée transparaît à travers son absence fatale.
Le poète ne tarde pas à nous conduire dans une méditation qui puise sa sève directement depuis les racines de l'arbre du monde, ou l'axis mundi - propriété gardée des géants primordiaux qui voyagent entre Terre et Ciel. Ainsi de ce vieil homme, en dialogue avec son "frère feuillu" à qui il consacre des offrandes, et qui se sacrifie, tel le dieu Odin s'étant pendu à l'arbre premier pour y recevoir le fruit de la connaissance initiatique et sacrée. Sagesse de l'éphémère qui a valeur d'absolu, elle est celle qui se décline au théâtre, sur le ton de la fable, partout où l'Amour fait loi.
Vanité des vanités ! Le poète nous instruit ensuite de la moindre valeur de l'or matériel au regard de l'or de la connaissance. Il décline une puissante parabole sur le thème du Veau D'Or. On y renoue avec la sagesse de l'Ancien testament, comme avec celle contenue dans les traités alchimiques sur les métaux précieux, et qui nous détournent du danger de convoitise guettant celui qui part en quête des trésors de l'Abîme. "Moine au désert de la vie", tel est celui qui s'exile de lui-même pour mieux se retrouver lui-même dans le silence des mondes. Car l'Art exige à la fin patience et empire sans partage. "L'Art est long, mais le temps est court." comme l'affirmait Baudelaire. Et le poète !? "Rien qu'un passager du vent que le vent finira par emporter." Tout est poussière et pâture de vent pour reprendre les mots de "l'Ecclésiaste". Et le poète ne trouve véritablement son lieu que dans la "contemplation de l'univers, dans la matrice du silence sidéral", là où la psyché humaine fusionne avec le Tout.
À cela s'ajoutent de superbes tableaux impressionnistes, par moments surréalistes et troublants, à d'autres plus naturalistes, qui forment la matière d'un double spleen toulousain et bruxellois. Rassemblement de visions intimes et diffuses, le Réel s'y trouve tout à la fois dénudé et transfiguré dans un ultime acte sacrilège de célébration. Aussi, c'est sur la scène d'un "théâtre", où tous sont réduits à n'être que "palpitations sous les tréteaux du monde. Et rien d'autre", que se joue et se noue le drama. Ce théâtre est celui d'une cruauté dont l'éclat est rendu à sa vérité première. Aucune place pour le masque ou le mensonge - pas même le jeu ou la simulation - car la vérité qui s'y expose, déchire en même temps qu'elle délivre "l'éternel indécis" qui trône seul sur la scène.
Et bientôt, le verbe du poète même s'éploie en une théophanie du visage, lieu d'inscription de l'infini et de l'altérité de l'homme en l'homme. Après avoir opéré une distinction entre forme de méditation béate et contemplation sincère et authentique, le poète nous ouvre les portes du cosmos. Il devient ce "matador en habit de lumière éternelle", en même temps que ce "taureau apeuré" qui se constelle dans le ciel même, objet de son extase contemplative. Et l'ombre qui y inscrit son règne, se change en "orage de feu" destiné à se dissoudre dans la nuit. Le combat se poursuit dans l'arène avec "l'Ange des ténèbres", jadis figure démiurgique et créatrice d'amour, et qui emprisonne désormais tout être dans le filet de ses sortilèges vengeurs. Au contact des épaisses ténèbres, et au terme de cette nuit noire dont l'Ange assure la traversée, jaillit enfin la lumière du Royaume où vie et mort s'épousent et où il ne suffit plus de "saper les piliers de l'antique sagesse." Il incombe au contraire de réinventer la Genèse et de troubler le Seuil qui sépare le royaume de la nuit et des morts, de celui de la lumière et des vivants. Le poète y apparaît alors comme ce passeur de plus d'une rive qui inquiète l'ordre voulu par l'Esprit divin. Et au travers d'une écriture puissante, lyrique, fulgurante et lumineuse, Cristian nous révèle les arcanes de cette Sophia Perennis, ou Sagesse première, qui fait la sève rutilante de toute méditation poétique authentique.
Julien Miavril, Strasbourg le 26 juin 2020
vendredi 19 juin 2020
Le racisme est un virus, par Dany Laferrière
Bon, soyons clair, le racisme naît, vit et pourrait même mourir un jour. Il est contagieux, et se transmet d’un être humain à un autre. Toutefois, sa rapidité de contagion varie selon le lieu ou la situation. On peut d’ailleurs créer de toutes pièces des situations qui augmenteraient sa vitesse et sa puissance, alors que d’autres la diminueraient.
À certains moments on annonce de nouvelles vagues à l’horizon. On s’en étonne alors que des signes avant-coureurs avertissaient de l’imminence du danger. Le chômage, la misère, la violence urbaine, l’absence de courtoisie sont des agents capables d’accélérer son éclosion dans un lieu où sa présence était embryonnaire.
Mais le racisme a cette particularité de ne jamais naître à l’endroit où on se trouve. C’est un virus qui vient toujours d’ailleurs. Si le chômage fait soudain rage, on montre alors du doigt les nouveaux venus qui conservent en eux, semble-t-il, ce gène de la misère qui permet au racisme de féconder. C’est en voyant un malade qu’on apprend l’existence du virus, sinon il reste invisible. Ce qui fonde l’idée que le malade est responsable de la maladie.
Si le Blanc pense que c’est avec le Noir que ce virus est arrivé en Amérique, le Noir croit, lui, que c’est la cupidité du Blanc à vouloir exploiter son énergie qui le garde encore vivant. Il n’y a pas de Noir sans Blanc comme il n’y a pas de Blanc sans Noir. Chacun devant son existence à l’autre.
Voilà un nouveau produit identitaire aussi américain que le hamburger. Une identité créée par un virus. On aimerait assister à cette naissance en laboratoire. Quant aux Amérindiens ils sont encore en confinement dans les réserves.
Le moment historique
On se demande quand tout a commencé en Amérique ? Il y a 400 ans avec le commerce d’esclaves. Les premiers bateaux négriers sont arrivés à ce moment-là sur les côtes d’Amérique. Cela peut sembler lointain, mais sur un plan historique c’était hier.
Les petits-fils d’esclaves font tout pour se rappeler « ces siècles sanglants » tandis que les petits-fils de colons font tout pour les oublier. On ne pense pas toujours à la même chose au même moment. On peut faire remonter la conception du virus quand l’Europe s’est mise à fantasmer sur cette énergie gratuite et inépuisable : la force de travail de l’esclave.
Le but c’est l’argent. Faire travailler les autres gratuitement, avec droit de vie et de mort sur eux. On trouve encore des gens aux États-Unis qui pensent avec nostalgie à cette époque.
Je dis États-Unis parce que les derniers événements s’y sont déroulés, mais je souris de voir l’Europe s’étonner de la violence du racisme américain, oubliant qu’elle était à l’origine de toute cette histoire. C’était la première pandémie puisqu’au moins trois continents étaient impliqués : l’Europe, l’Afrique et l’Amérique.
Le mystère
Il y a un point qui reste mystérieux : le racisme est capable d’apparaître dans les régions les plus reculées, là où il n’y a ni misère, ni chômage, ni même un Noir. On croyait pourtant connaître son mode de fonctionnement.
Son territoire est-il illimité ? Son temps, infini ?
Il y a tant de choses qu’on ignore dans le comportement du virus. On navigue à vue. La seule évidence, c’est la souffrance qu’il produit sur un seul groupe : les Noirs. On serait étonné de la diversité des études faites sur le comportement du virus.
Par exemple, le virus peut-il passer de l’homme à l’animal ? On pourrait le croire en voyant dans le sud des États-Unis, il n’y a pas si longtemps, des endroits publics où il est affiché : « Interdit aux Nègres et aux chiens ».
On pourrait croire que c’est la fantaisie d’un chercheur en laboratoire, en réalité cela fait partie d’un processus de déshumanisation.
Si le Blanc pense que c’est avec le Noir que ce virus est arrivé en Amérique, le Noir croit, lui, que c’est la cupidité du Blanc à vouloir exploiter son énergie qui le garde encore vivant.
La déshumanisation
Pour que l’esclave puisse accepter sa condition de bête de somme, cela requiert une participation de tous les corps de métier qui ont une certaine influence sur la société.
L’élite politique, intellectuelle et religieuse de l’époque s’est engagée à convaincre l’esclave qu’il est à sa place dans l’organisation de la société coloniale. Ce qu’il est ? Une simple marchandise qu’on cherche à vendre au plus offrant. L’Église lui fait comprendre que tant de souffrance sera récompensée par une place certaine au paradis. Un article du Code noir qui régit tous les aspects de la vie de l’esclave stipule que « le Nègre est un bien meuble ». On est en plein siècle des Lumières.
Pourtant, l’esclavage va fleurir durant cette époque de haute philosophie et de progrès scientifique. On se demande même si le Noir possède une âme. On remarque alors que plus le virus s’installe, plus la police se croit puissante. Une fois qu’il est là, c’est difficile de l’extirper du corps. On cherche ou on fait semblant de chercher un vaccin pour le tuer.
Ce vaccin-là, c’est le siècle des Lumières qui le propose avec l’idée du progrès dans tous les domaines. La Révolution française a tenté un bref moment de tordre le cou à l’esclavage (« périssent les colonies plutôt qu’un principe ! » Robespierre sur l’esclavage).Mais en fait, c’était compter sans la pièce maîtresse : l’argent. Car tout le monde cherche à s’enrichir par la traite négrière. Même les philosophes — Voltaire en tête — possédaient des actions à la Compagnie des Indes.
L’argent
C’est l’argent qui a permis au virus de se propager. Il se nourrit du désir insatiable de l’homme de s’enrichir à peu de frais. Des ouvriers qu’on n’a pas à payer.
Aux États-Unis, Abraham Lincoln croit que l’esclavage ne va pas avec son projet d’une Amérique nouvelle. Guerre de Sécession. Le Nord gagne. Massivement les Noirs montent au nord pour devenir des salariés. On déchante rapidement. Les anciens esclaves devenus ouvriers avaient maintenant un salaire, mais ils travaillaient presque autant qu’avant et devaient vivre dans des taudis à rats qu’ils payaient cher. Ils découvrent que l’ouvrier est un esclave qui règle lui-même ses factures. Mais sa condition n’est pas si différente de celle d’avant. Le problème reste entier.
L’esclavage est dur, mais le capitalisme n’est pas une plaisanterie non plus. Le Nord est un Sud exempt de culpabilité. Le virus s’adapte rapidement à la nouvelle situation. Pour toucher du doigt le problème, il faudrait mettre le Blanc (Nord et Sud) sur le divan du docteur Freud, car le virus s’est caché si bien dans les replis du corps social qu’il est impossible de le débusquer. Au point que le raciste se demande de quoi on l’accuse.
Un peu comme quand le violeur se met à croire que c’est la petite fille qui l’a provoqué.
La distanciation sociale
Si l’Afrique du Sud l’a perfectionné avec l’apartheid, l’Amérique avait compris longtemps avant qu’il fallait une distance sociale. Étrangement cette fois, la distanciation sociale permet au virus de garder sa vigueur.
Rapidement, les États du Sud ont mis en place un système sanitaire qui écarte dans tous les actes de la vie quotidienne le Blanc du Noir. Il ne fallait pas qu’ils soient ensemble dans la même pièce, ni qu’ils passent par la même porte pour entrer dans un lieu public ou privé (les Noirs par la porte de derrière, les Blancs par la porte de devant). Il ne fallait pas qu’ils fréquentent les mêmes bars, sauf s’il y avait deux entrées et deux salles qui ne communiquaient pas. Ils ne mangeaient pas, ne dansaient pas, ne dormaient pas dans la même maison (la maison des maîtres, et au fond de la cour les baraques des esclaves).
Les règles étaient strictement observées à l’époque, car les châtiments étaient lourds. C’était aux Noirs de se tenir à distance. Le Blanc pouvait circuler partout, même dans la case du Noir, mais c’était à ce dernier d’éviter de se trouver sur son chemin, même s’il le trouvait avec sa femme.
Un virus particulier
Je ne sais pas par quel étrange raisonnement on a conclu que le virus du racisme n’était pas chez le Blanc mais chez le Noir, qu’il n’était pas chez le maître mais chez l’esclave. Comme on a cru que la femme était responsable de son viol. C’est pour cela qu’on a mandaté la police pour qu’elle protège le Blanc du Noir. Car c’est de sa faute si le Blanc est raciste. On ne lui reproche rien d’autre que d’être noir. Des penseurs ont affirmé que n’importe qui peut être raciste. N’importe qui peut être un salaud ou un tueur, mais le racisme est un virus particulier. Il a besoin d’un porteur qui se croit supérieur à tout autre individu différent de lui, tout en pensant que le Noir est au bas de l’échelle. Il faut qu’il soit aussi membre d’un groupe puissant et dominateur. Il faut surtout qu’il croie que sa supériorité remonte à des temps immémoriaux.
D’un autre côté, le système doit faire en sorte que le Noir accepte ce bouquet de privilèges comme une évidence.Résultat : quand un Blanc croise un Noir, même dans cette Amérique, il sait qu’il y a quelques siècles cet homme aurait été son « bien meuble ».
Les porteurs sains
Pendant longtemps on a cru que le raciste ressemblait à ces hommes qui portent des cagoules pointues et de longues robes blanches pour se réunir la nuit sous de grands arbres avec des torches et une croix en flammes. Ils font des discours haineux qui affirment la suprématie des Blancs.
Plus tard, on a cru aussi que la nouvelle génération était formée de jeunes punks racistes au crâne rasé et au regard aussi pointu que leur couteau qui monologuent un sabir fait de borborygmes qu’ils accompagnent de saluts nazis en vendant de vieux exemplaires de Mein Kampf. On sait aujourd’hui que le virus a atteint presque tout le monde après quatre siècles. Et que la plupart des porteurs sont sains, c’est-à-dire qu’ils l’ont, mais n’en souffrent pas. Le pire c’est qu’ils peuvent le transmettre.
Supposons que nous en sommes tous atteints : ceux qui subissent comme ceux qui infligent, et qu’il n’y a pas de guérison possible sans un effort collectif. Vous avez vu l’énergie et l’argent dépensés pour l’autre virus, et cela même sans espoir d’une éradication totale. Si nous mettons le même effort, même s’il faut bloquer un moment le système, pour éradiquer une fois pour toutes ce virus du corps humain. Juste un effort pour détruire le virus, sans le relier à une race, ou à un passé même sanglant, même injuste.
Ce sera un très lent processus, mais si nous réussissons, nous aurons l’impression d’être moins idiots et de pouvoir rire en racontant plus tard aux enfants qu’il y a à peine quelques décennies le monde était divisé en races et qu’un individu pouvait mourir à cause de la couleur de sa peau.
Dany Laferrière
LEDEVOIR
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| Photo: Pedro Ruiz Le Devoir |
dimanche 15 mars 2020
Coronavirus et confinement
Coronavirus et Confinement
Depuis hier soir, je ne décolère pas après avoir écouté la Grand Messe
Je m'informe régulièrement depuis plusieurs semaines, je lis des articles de grands médecins
je sens venir la catastrophe
Non celle du coronavirus, mais les conséquences à long terme des mesures prises par nos dirigeants
J'accuse les politiques à quelques exceptions près
J'accuse les grands medias,presse écrite, radios, chaînes de télé...
J'accuse les réseaux sociaux, parfois télécommandés, qui amplifient, propagent des idées fausses
J'accuse la connerie humaine qui gobe tout et en rajoute trois louches
il n'y a qu'à regarder les rayons vides des supermarchés !
Confiner c'est tuer les petits éditeurs indépendants privés de salons du livre
Confiner c'est tuer les petits producteurs de fruits, légumes, fromages, privés de leurs marchés
Confiner c'est tuer les artistes privés de leurs spectacles, de leurs expos
Confiner c'est mépriser les enfants qui n'ont pas d'ordinateur, ni parent ou voisin susceptible de les aider
Confiner c'est isoler davantage les personnes seules et malades
Confiner c'est encore une fois se mettre au service des plus riches
Et que dire des exceptions faites sans la moindre logique, juste pour les rassemblements qui rapportent
On décide de ne plus envoyer les enfants à l'école, pourtant les jets privés
On interdit les rassemblements , mais on refoule les migrants aux frontières bouclées
On nous fait la morale
On nous parle d'esprit civique
On nous flatte pour mieux nous croquer mon enfant !
Résistons à ce bourrage de crâne !
fruban
13 et 14 mars 2020
lundi 9 mars 2020
8 mars, journée internationale des droits des femmes
Le 8 mars Célébration internationale des droits des femmes
D'abord chacune des journées spéciales pour tout et pour rien me paraît inutile.
Chaque lutte se mène au quotidien
que ce soit pour la Terre, pour les fêtes des mères des pères....du St Esprit,
pour les droits des femmes des enfants des animaux …..
Et surtout pas fête des femmes avec bouquets de fleurs et tralala !
C'est toute l'année que l'on peut offrir des fleurs.
Oui à la Déclaration universelle des droits de l'Homme
c'est-à-dire des êtres humains, dont la femme.
Oui à la revendication de l'égalité des salaires, des emplois
entre hommes et femmes.
Non à la victimisation systématique des femmes
elles ne sont pas toutes victimes !
Non les hommes ne sont pas tous machos harceleurs violeurs... !
fruban
8 mars 2020
Aujourd'hui 8 mars, mes pensées vont vers toutes les mères qui assistent, meurtries et impuissantes, aux souffrances de la chair de leur chair. Souffrance due à la maladie, à l'oppression tyrannique, aux addictions toxiques, au désespoir.. Ces mères parfois seules, mal aimées, mal aidées.. qui luttent avec un amour désespéré, au chevet de leur enfant et qui offrent sans compter leurs nuits sans sommeil, pour caresser une main ou un front, pour sourire... malgré les larmes qui ne couleront que dans la solitude. Ces mères qui accompagnent jusqu'au seuil de la nuit éternelle, cet enfant que la colère des hommes ou la colère des cieux leur ont arraché. Qu'on les nomme les "folles de la Place de Mai", qu'elles portent le foulard palestinien.. qu'elles vivent tout près de moi, qu'elles se trouvent à des milliers de kilomètres.. Ces femmes sont toutes mes soeurs, dans la douleur et dans le deuil. Jamais un enfant ne devrait quitter cette vie avant celle qui lui a offert la vie.
fruban
8 mars 2020
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| Simone Veil, photo du Net |
samedi 18 janvier 2020
Le bâton de Plutarque de Cristian Ronsmans, article de Francine Ghysen
Le Carnet et les instants
blog des Lettres belges francophones
ICI
Des notes sur toute la gamme
Dans Le bâton de Plutarque, deuxième volet de ses Miscellanées (le beau nom, quelque peu oublié, des mélanges littéraires), Cristian Ronsmans nous livre une nouvelle brassée de notes cueillies dans ses carnets, aux couleurs et humeurs variées. Groupées par chapitres fantaisistes : Aphorismes et périls, Aphorismes et mantilles, Aphorismes et basse continue, Aphorismes et vieilles dentelles…
Ici, un air de confidence : « Je n’ai jamais verrouillé mon cœur. J’aurais dû. J’aurais dû le cadenasser ».
Là, des réflexions dans le sillage de la phrase ‘lumineuse’ d’Hölderlin : « La poésie est un jeu dangereux ». « L’objectif essentiel de la poésie [est] de rendre visible l’invisible, de faire remonter le ’moi’ enfoui. »
Plus loin, une conversation avec le Silence, début d’une mystérieuse amitié.
Une brève histoire d’une ironie mélancolique, dédiée à Claude Nougaro : « Elle m’aimait pour ce que je fus. Elle ne m’aime plus pour ce que je suis. L’amour est aveugle non parce que l’authenticité de l’objet se dissimule au regard mais parce que le regard ne voit que ce qu’il rêve de voir. ».
Des méditations sensibles sur l’art : « L’art, quelle que soit la façon dont il touche un être, tend à lui offrir la possibilité de se dépasser, d’être autre dans un mouvement d’allégresse incomparable. » « L’art est une marche sur les sentiers escarpés de notre recherche vers la subtilité des profondeurs qui le met en action. ».
Des pages captivantes sur Tàpies : « Un peintre loup. Solitaire, il l’est et entend le rester.» Dans son abstraction figurative, il rencontre un subtil écho de Paul Klee, « si proche de la peinture d’au-delà de la peinture ».
«Tàpies s’interroge, nous interroge : la création n’est-elle pas une œuvre à deux dans une dialectique en tension constante entre artiste et spectateur ?
Cristian Ronsmans évoque Marcel Duchamp, le grand ‘Chamboulateur’. « De Cézanne au futurisme, en passant par toutes les avant-gardes de son temps, il a tout exploré rapidement, car c’est un homme pressé d’en finir, pour se consacrer à son projet. » Projet s’appuyant sur une idée-force, qui hantait l’artiste : « ‘Quitter le champ de la peinture rétinienne’, la peinture qui fait plaisir. Pour mieux gagner les rives aporétiques d’un monde qui n’existe pas encore vraiment ».
Il rappelle l’influence qu’eut sur son œuvre Raymond Roussel, dont il tient Locus Solus pour « l’un des grands chefs-d’œuvre de la littérature du XXe siècle ».
En revanche, il n’épargne pas les imposteurs, au premier rang desquels Jeff Koons. « Après avoir été longtemps courtier en matières premières à Wall Street, Jeff Koons se lance dans l’art ‘en tant que vecteur privilégié de merchandising’, cet ancien trader s’est très tôt reconverti dans la marchandisation de l’art, aux bénéfices bien plus juteux que les bénéfices boursiers à risques. […] On a condamné Madoff, à juste titre. À quand, pour outrage à l’art, l’inculpation de Jeff Koons ? »
Tour à tour sérieux et léger, grave et moqueur, Cristian Ronsmans aime jouer avec les mots : « un bouc hémisphère », « à double tour d’ivoire », « j’ai l’estomac dans l’étalon »…
Et l’on choisit de le quitter sur un sourire: « Comme disait un vieux talmudiste: ‘Quand je découvre quelque chose qui me dépassait jusqu’alors, j’ai envie de danser sur la table’. Je vous souhaite à tous de danser sur la table. »
Francine Ghysen
Je vous invite à ouvrir l'article afin de le lire en entier. Une très belle critique-hommage de ce livre unique comme l'était déjà Ostraka (mêmes éditions)
fruban, le 18 janvier 2020
mardi 7 janvier 2020
Sommes-nous toujours Charlie
Très bel article dans LE DEVOIR
Séverine Rouby - Agence France-Presse à Paris
6 janvier 2020
quelques extraits
Cinq ans après la tuerie à Charlie Hebdo en France et malgré la vague de soutien à la liberté d’expression qui s’en est suivie, le dessin de presse reste un genre menacé dans le monde, entre des journaux de plus en plus frileux et des réseaux sociaux prompts à l’indignation. « Partout, un vent mauvais souffle sur la satire et le dessin de presse en général, et 2019 aura été une année noire dans ce domaine », déplorent Claire Carrard, directrice de la rédaction de Courrier international, et Kak, président de l’association Cartooning for Peace, dans le supplément 2019 en cartoons, actuellement en kiosques.
Le coup de tonnerre de 2019 est venu du New York Times, qui a décidé en juin d’arrêter toute publication de dessins de presse dans les pages de son édition internationale, après une polémique liée à une caricature jugée antisémite. Bien qu’il n’en soit pas l’auteur, le dessinateur historique du journal, Patrick Chappatte, se retrouve sur la touche. « Nous vivons dans un monde où la horde moralisatrice se rassemble sur les médias sociaux et s’abat comme un orage subit sur les rédactions. Cela oblige les éditeurs à prendre des contre-mesures immédiates, paralyse toute réflexion, bloque toute discussion », déplore-t-il dans une longue tribune.
Au sein de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo, où la publication de caricatures a été payée au prix fort il y a 5 ans avec une attaque qui a fait 12 morts, dont plusieurs figures de la rédaction comme Cabu ou Wolinski, on se demande si « le dessin satirique est une forme de la liberté d’expression en voie de disparition », dans un récent hors série « Caricature, mode d’emploi ».
(.....)
"La publication de caricatures de Mahomet dans l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo a été payée au prix fort il y a 5 ans avec une attaque qui a fait 12 morts."
*****
Frédéric Boisseau
Franck Brinsolaro
Cabu
Elsa Cayat
Charb
Honoré
Bernard Marris
Ahmed Merabet
Mustapha Ourrad
Michel Renaud
Tignous
Wolinski
Il faut ajouter les autres cérémonies en hommage aux victimes de l'Hyper Cacher, entre autres.
ICI sur CNEWS
Deux autres cérémonies auront lieu Boulevard Richard-Lenoir (Paris 11e), à 11H20, en hommage au policier Ahmed Merabet, qui a tenté de stopper les djihadistes sortant de Charlie Hebdo, ainsi qu’à Porte de Vincennes (Paris 20e), à 12 heures, devant l’Hyper Cacher, cette supérette de l'est parisien où Amedy Coulibaly avait tué le 9 janvier 2015 quatre hommes de confession juive et retenu en otage 29 personnes, avant de périr dans l'assaut policier.
Sur le mur de l’enseigne, une plaque porte les noms des trois clients et de l'employé du supermarché casher tués, ainsi que leur âge : Philippe Braham, 45 ans, Yohan Cohen, 20 ans, Yoav Hattab, 21 ans, François-Michel Saada, 63 ans.
Un autre hommage se tiendra à Montrouge (Hauts-de-Seine), où le délinquant radicalisé Coulibaly a tué d’une balle dans le dos, le 8 janvier 2015, la policière municipale de 25 ans Clarissa Jean-Philippe. Une plaque a été installé en sa mémoire et une allée portant également son nom a été inaugurée dans le square du Serment-de-Koufra (14e) le 11 janvier 2019.
A noter que les Parisiens souhaitant rendre hommage aux victimes pourront se recueillir à proximité des lieux.
(dans CNEWS)
Séverine Rouby - Agence France-Presse à Paris
6 janvier 2020
quelques extraits
Cinq ans après la tuerie à Charlie Hebdo en France et malgré la vague de soutien à la liberté d’expression qui s’en est suivie, le dessin de presse reste un genre menacé dans le monde, entre des journaux de plus en plus frileux et des réseaux sociaux prompts à l’indignation. « Partout, un vent mauvais souffle sur la satire et le dessin de presse en général, et 2019 aura été une année noire dans ce domaine », déplorent Claire Carrard, directrice de la rédaction de Courrier international, et Kak, président de l’association Cartooning for Peace, dans le supplément 2019 en cartoons, actuellement en kiosques.
Le coup de tonnerre de 2019 est venu du New York Times, qui a décidé en juin d’arrêter toute publication de dessins de presse dans les pages de son édition internationale, après une polémique liée à une caricature jugée antisémite. Bien qu’il n’en soit pas l’auteur, le dessinateur historique du journal, Patrick Chappatte, se retrouve sur la touche. « Nous vivons dans un monde où la horde moralisatrice se rassemble sur les médias sociaux et s’abat comme un orage subit sur les rédactions. Cela oblige les éditeurs à prendre des contre-mesures immédiates, paralyse toute réflexion, bloque toute discussion », déplore-t-il dans une longue tribune.
Au sein de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo, où la publication de caricatures a été payée au prix fort il y a 5 ans avec une attaque qui a fait 12 morts, dont plusieurs figures de la rédaction comme Cabu ou Wolinski, on se demande si « le dessin satirique est une forme de la liberté d’expression en voie de disparition », dans un récent hors série « Caricature, mode d’emploi ».
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| Photo: Thomas Coex Agence France-Presse |
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Frédéric Boisseau
Franck Brinsolaro
Cabu
Elsa Cayat
Charb
Honoré
Bernard Marris
Ahmed Merabet
Mustapha Ourrad
Michel Renaud
Tignous
Wolinski
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Deux autres cérémonies auront lieu Boulevard Richard-Lenoir (Paris 11e), à 11H20, en hommage au policier Ahmed Merabet, qui a tenté de stopper les djihadistes sortant de Charlie Hebdo, ainsi qu’à Porte de Vincennes (Paris 20e), à 12 heures, devant l’Hyper Cacher, cette supérette de l'est parisien où Amedy Coulibaly avait tué le 9 janvier 2015 quatre hommes de confession juive et retenu en otage 29 personnes, avant de périr dans l'assaut policier.
Sur le mur de l’enseigne, une plaque porte les noms des trois clients et de l'employé du supermarché casher tués, ainsi que leur âge : Philippe Braham, 45 ans, Yohan Cohen, 20 ans, Yoav Hattab, 21 ans, François-Michel Saada, 63 ans.
Un autre hommage se tiendra à Montrouge (Hauts-de-Seine), où le délinquant radicalisé Coulibaly a tué d’une balle dans le dos, le 8 janvier 2015, la policière municipale de 25 ans Clarissa Jean-Philippe. Une plaque a été installé en sa mémoire et une allée portant également son nom a été inaugurée dans le square du Serment-de-Koufra (14e) le 11 janvier 2019.
A noter que les Parisiens souhaitant rendre hommage aux victimes pourront se recueillir à proximité des lieux.
(dans CNEWS)
vendredi 4 octobre 2019
Pierre Soulages, par Cristian Ronsmans
Réglons nos comptes et arrivé à l'échéance ultime je ne ferai aucun quartier. Dans l'espoir que je puisse en terminer à temps avant le départ.
Voici un texte que je publiai en septembre 2014.
Il concerne l'homme en noir, sorte de Fantomas de cathédrale en ruines, un certain Pierre Soulages dont je visitai le musée à sa gloire, avec Catherine B., à l'été 2014.
Le lendemain de cette visite, un lundi, , sur les 6h du mat., chez Catherine B, dont je vous reparlerai, je fus victime d'un AVC.
Vengeance de l'homme en noir. Possible.
Voici l'intégrale de mon texte écrit en septembre 2014/
Je n'en retranche pas une ligne, un mot, une virgule.
"Je vous avais promis un commentaire sur Pierre Soulages, son musée et ses créations. Le voici.
J’avoue avoir été longtemps soumis à l’autorité du préjugé concernant ce créateur, ne m’appuyant que sur ce que j’en avais vu dans des catalogues, des livres, des reproductions sur le net et sur les propres déclarations nombreuses (il est prolixe) de l’intéressé.
Or donc, il me fallait, c’est un minimum d’intelligence que je me rendisse sur place à Rodez dans le Debir du Maître pour en mon âme et conscience, non pas juger, mais, livrer mon sentiment, mes impressions, mon ressenti, mon analyse à la lumière de mon logos personnel, et ce n’est pas le plus simple, au vu de l’engouement populaire, en toute sérénité et indépendance d’esprit.
Aussi, avant d’entrer dans le vif du sujet, autrement dit de la critique (concept toujours considéré, hélas,comme négatif par la communauté) je tiens à dire que j’ai non seulement été intéressé par certaines créations mais, qui plus est, je les ai trouvées belles. Et je ne dis pas cela, car ce n’est pas mon genre, pour m’attirer les faveurs bienveillantes de tel ou tel. La preuve vous en sera donnée dans la suite de mon propos.
Commençons donc, si vous le voulez bien, par l’arrivée sur les lieux.
Le temps était au beau et Rodez resplendissait, comme de coutume, de cette magnificence affectée des villes mortes depuis des lustres , sans qu’elles en soient conscientes.
Les rayons du grand blond cuivraient les façades de la Cathédrale, à la sévérité défensive des forteresses moyenâgeuses, lui conférant cet air de vieille casserole gothique dans lesquels on confectionne les meilleurs brouets mystiques. « Croyant, à genoux, l’Eglise a un œil sur toi ! ».
Je connais bien la ville et comme je m’en doutais le musée était aux alentours du Foirail. Quelques panneaux indicateurs en indiquaient la direction.
Et même la direction d’un parking.
Soudain plus rien. Comme bien d’autres automobilistes, compagnons à 4 roues provisoires, je m’engageai dans le premier parking venu, non loin d’une immense bâtisse moderne, cubique et rouillée qui selon moi devait constituer l’antre du Maître.
De fait, quittant mon véhicule, le parking donnait sur un bâtiment quelconque baptisé « Carrefour » le long duquel je vis quelques paniers de ménagère à roulettes (les paniers, pas les ménagères !) et j’en conclus, à la lecture de cette enseigne, que le musée était bel et bien bunkerisé, expression architecturale de la « Lingua Quintae Reipublicae », fort à la mode aujourd’hui.
Nous (ma compagne et moi) n’étions pas bien loin du Temple Soulagien.
Un peu comme on gravit la butte du Lion à Waterloo, il nous fallu grimper tout un long escalier, lequel, au fur et à mesure de l’ascension nous permettait de découvrir les contreforts d’une succession de 6 à 7 blockhaus dont un seul, en fait, abritait les œuvres.
De mon point de vue, il me parait difficile de faire plus hideux. Des cubes d’acier calaminés jusqu’à l’os du métal. C’est à la mode, certes. J’avais, en effet, déjà vu cela dans le village du Broc en Auvergne, comme parure de la salle des fêtes. Ce calamiteux et calaminé décor faisait l’orgueil du Maire car cela valait son pesant de cacahouètes généreusement versées par les contribuables, hostiles aux arachides qui avaient tant fait grossir leur porte monnaie. Le « corten » puisque c’est de cela qu’il s’agit (c’est le nom de la ferraille) se vend à prix d’or !
A ce sujet, le Maître ruthénois qui ne peut résister (suffit de voir son expression pour s’en convaincre) à balancer une bonne vanne, n’hésite pas sur le prospectus qui vous est remis à l’entrée de s’exprimer sur son architecture oxydée en ces termes : « Plus les moyens sont limités, plus l’expression est forte ».
Ce premier contact, extérieur avec le musée, franchi, on pénètre enfin dans le lieu où, ne soyez pas trop gourmand, le Maître n’occupe qu’un seul niveau sur les 6 de ce seul blockhaus.
Cela étant, incontestablement l’intérieur de la casemate est infiniment plus sympathique que sa gueule de façade rébarbative. A priori, on peut se demander si les parois ne sont pas constituées du même acier qu’à l’extérieur mais pour le coup, lavé, nettoyé, rapproprié. Bref un métal nickel si j’ose dire avec de joli reflets bleutés, mâtinés de gris renvoyant une image un peu austère mais apaisante, sans agressivité. Assez neutre somme toute et cela va parfaitement convenir à l‘exposition du travail.
Et venons-y.
Qu’est ce que je fais, je parle de l’œuvre ou du bonhomme ?
Allons-y pour l’œuvre, je préfère garder le meilleur pour la fin.
Nous avons fait 2 fois et demi le tour du rez-de-chaussée de la casemate ce qui me semblait un minimum pour se faire une opinion.
Celui-ci est divisé en 6 thèmes. En gros, la période du noviciat, suivie, des œuvres de tâtonnement du style, puis les fameux brous de noix, dans la foulée, les cartons des vitraux de Conques, ensuite nous avons les exercices de styles (lithos etc..) et enfin l’apothéose du noir avec l’inénarrable (qu’on ne peut raconter) Outrenoir.
Le noviciat.
De mémoire, je n’ai pas de mal, c’est court ! ( et on comprend aisément pourquoi). On découvre 3 petites toiles ridicules de taille, d’inspiration et de technique, représentant quelques arbres maigrichons et rabougris. Trois « œuvres » du niveau d’un peintre amateur qui se serait initié à la méthode Bordas : « J’apprends à peindre », avant d’intégrer la première année d’académie.
Mais passons. On se dit qu’il fallait bien que cet élève, à priori peu doué, se fasse la main et le pinceau.
On en arrive, ensuite, à ce que j’appelle le tâtonnement de style qui se distingue par une approche d’une abstraction tragique, avec quelques relents de pointes cubistes. Une approche assez simple dans le fond tant pour l’artiste profane que pour le spectateur profane cultivant des allures de fidèle inspiré par ce monisme pictural !
Ca sent le Mondrian décoloré par l’Oréal et recoloré par l’adepte du brou à la noix. Vous savez ce Mondrian dont Dali disait dans une interview célèbre : Piet ! Piet ! Piet ! Niet !
Mais on ne peut s’empêcher de penser au ténébreux Mal est vitch arrivé avec son carré de chocolat (on se croirait dans Candy crunch) sur fond blanc gélatineux. On pense aussi à un André Beaudin saisi par un coup de blues cubiste dans un Temple protestant. Bref pas de quoi s’émouvoir.
Cependant, tout en cheminant dans ce dédale abstrait, je tombai enfin sur une toile qui retint mon attention. De larges bandes noires, tantôt horizontales, tantôt verticales dans un funèbre enchevêtrement se dessinaient à grands coups de spalter sur un fond grisâtre. Je restai bien évidemment insensible, sans la moindre émotion devant l’œuvre du Maître, quand soudain j’eus une vision. Je dis bien une vision, et non une émotion.
Une réminiscence vénitienne d’un moment vécu revint à la surface de ma conscience.
Avec une bonne dose d’imagination, à force de me torturer les méninges pour donner du crédit aux barbouillages abstraits, mais je ne manque pas d’imagination, s’imposât à moi l’image soudaine de mon déplacement sur la lagune de nuit dans une atmosphère aporétique et un épais brouillard d’où seuls émergeaient de fantomatiques « briccole » que je croyais retrouver chez Soulages.
Me voilà donc à cet instant entre une vision hallucinatoire et une trouble réminiscence d’un moment qui fut en effet un moment d’émotion dans un lointain passé.
Car c’est ce moment précis qui fit émotion. La toile ne fit que me la rappeler. Un peu comme le visage d’un inconnu vous rappelle soudain celui, émouvant, d’un être aimé.
Bref, je dis « in petto » merci à Soulages mais je m’en fichais éperdument. Je n’eus pas eu cette vision, que cela n’eut aucune incidence d’interpellation de mon vécu à l’insu de mon plein gré.
Mais peu m’importât
Et lancés dans notre inexorable parcours, ma compagne et moi avions déjà franchi le seuil de la salle suivante.
Là nous entrâmes dans le vif du sujet. La salle est impressionnante de proportions, mais cela se justifie en raison des dimensions qui avoisinent aisément celles des « Tintoretto » exposés au Palais des Doges dans la Sérénissime.
Ici le pompeux s’installe dans sa plus pure radicalisation immanente !
Au centre ce que je prenais pour un paravent rapporté par un voyageur égaré au pays de Gargantua, était en fait une toile recto/verso épaisse en couches noires diversement étendues. On m’avait, du reste, pour bien comprendre Soulages, invité à entrer dans « l’épaisseur de sa peinture ».
L’occasion se présentait.
Je tournais donc autour du monstre plat comme un allien passé au laminoir. Je le reniflais, flairais cherchant le moindre interstice qui me permettrait de me glisser entre les couches noires jetées à la truelle comme un vulgaire enduit de rebouchage.
Stupéfiant ! Pas la moindre faille. Plus abrupt que le mur de Fontainebleau, y a pas ! La paroi est infranchissable. Varape interdite et varape oustra aussi !!
Déconfit comme une vieille cuisse de canard usagée, je regardai en direction du mur est, sur le côté de la baie vitrée.
Face à moi une immense toile coupée en deux volets comme un dyptique, un pan tout noir et un pan noir hachuré horizontalement de blanc. Sur le côté, les mêmes toiles en formats plus petits. Sans doute les ébauches, les études comme faisaient les Delacroix, Géricault et autres artistes.
Je regardai cela, un moment, l’œil morne, impavide, sans ressenti particulier. Je ne trouvai cela ni beau ni moche. Je me souvins, soudainement, à cet instant des propos sentencieux du Maître : « Je ne dépeins pas, je peins »
Ce qui en dit long sur sa suffisance compensatrice de son insuffisance dans l’Art. Car bien sur qu’il ne dépeint pas. Ca se verrait. Mais étaler de la couleur avec quelques zébrures n’est pas peindre non plus. Ces « œuvres » de son aveu même ne représentent rien mais là, en l’occurrence, elles ne ressemblent à rien non plus.
Normal car il ne dépeint pas plus qu’il ne peint.
J’en étais là de mes ruminations, quand m’étant imperceptiblement approché du monument acrylo-glycérophtalique, j’eus l’illumination. Ce que je prenais à distance pour du noir était du brou de noix ! Sabre de bois ! Ah le coquin ! Le brou de noix, couleur brou de noix donc, astucieusement appliqué renvoyait à distance l’illusion de voir du noir et je n’y avais vu que du feu.
Ah l’habile bonhomme !!!
C’est incontestable, j’en avais la preuve sous le nez, ce Soulages est très fort.
En habile technicien, en artisan consommé, il arrivait à me faire prendre un AVC pour des lanternes. Il est à la peinture ce que Bernard Bilis, magicien connu est à l’émission de Sébastien « Le plus grand cabaret du monde ».
Et bien, moi je le dis haut et fort : Bravo Monsieur Soulages.
En dépit de vos allures de gentleman frimeur vous êtes la fierté de l’illusion humoristique de la France.
Fi des éternels ronchonneurs, des aigris et autres ramollis du bulbe car vous êtes un formidable technicien de la pâte à modeler !
Mais, bon, ce n’est pas tout ça. Ma compagne et moi allions à la découverte d’autres œuvres sidérantes. Un moment je crus découvrir, et m’en extasiais, une bien belle imitation de parquet de lames, au noir bien patiné par les ans, et je me disais que cela serait du plus bel effet pour lambrisser les murs de ma salle de bains.
Cruelle déconvenue. Une fois encore l’illusionniste m’avait bluffé. Tout était dans l’épaisseur (enfin la voilà) de la couleur sur une toile soigneusement marouflée !
Bien joué Soulages !!
Et enfin toujours dans la même salle, je découvris une grande, comment dire, « toile-sculpture », coupée en deux dans l’horizontalité cette fois. On aurait dit deux panneaux longs dans leur horizontale, l’un au dessus de l’autre, chacun ornementé de baguettes fines gainées de métal bleuté ou gris. Chaque baguette étant dans le prolongement exact de celle qui la surplombe et inversement.
Mais, non gros bêtas ! Ce ne sont pas de fines baguettes de métal ! Ce sont des coulures de peinture qui imitent le métal.
Visiblement Maître Soulages, Maître Jacques de la Couche et joyeux compagnon proposait une fois encore une création qui pour l’un des panneaux eut constitué un joli soubassement mural dans ma bibliothèque que j’aurais augmenté d’une belle moulure, ton sur ton, et rehaussé d’une toile de riz au teint mordoré de jaspes cuivrés.
Mais je n’étais pas venu, en dépit des talents incontestables de décorateur de notre hôte, pour ré envisager la déco de my sweet home.
Nous continuâmes donc notre visite par la salle des pas perdus (pour tout le monde) où s’exhibaient ce que je pris pour des Tofolli de jeunesse et qui en vérité constituait une partie du fond lithographique, sérigraphique etc… du Maître.
Entre temps, j’ai oublié de vous le dire, nous avions visité la salle la plus marrante car la plus exhibitionniste. Celle des cartons des fameux vitraux. Je reviendrai plus loin et avec prudence sur l’affaire des vitraux. Cela étant, le narcissisme de la salle des cartons vaut le déplacement pour ceux qui s’intéressent aux spécificités psychanalytiques liées aux postures que peut prendre « l’artiste qui s’y croit » ou finit par s’y croire.
C’est un point, par ailleurs et de façon générale, où je m’inscris en faux contre mon ami Ferry « boite » (comme dirait Pagnol) quand il parle de « blague ». Non, Luc, c’est de l’humour et de la provoc ! Faut dire, à ton corps défendant, que même Dagen, dont les jugements ne valent pas un pruneau, sauf pour quelques constipés de l’art « du même temps que », ne s’en était pas rendu compte !
Nous allions quitté les casemates et sa foule bigarrée qui vient des quatre coins de l’hexagone à pointe cubique quand ma compagne me signalât qu’il y avait peut-être bien une autre salle que nous n’aurions vue, plutôt dissimulée et qu’en somme il faut mériter.
Et combien nous aurions eu grand tort de ne pas y pénétrer pour y admirer le clou du spectacle.
La salle est grande, majestueuse. Elle contraste par la blancheur immaculée de ses murs avec les autres salles et rend un effet des plus pompeux par la mise en valeur du noir des grandes fresques enténébrées avec ce regard glacial du couteau mortel trempé dans l’encre de seiche !
Ici cela sent bon le jansénisme.
Ce n’est pas une cathédrale d’artiste. O non !! C’est l’abbaye de Port Royal du Pierre Lescot de l’outrenoir.
Grandiloquent, certes mais beau !
L’outrenoir n’a rien d’outrancier aux yeux de l’outre quiévrain, comme moi, qui par atavisme, se serait réjouit pour une fois qu’une toile portasse un nom, celui-ci fut : « Ceci n’est pas du noir ».
Mais chez les jansénistes on ne rigole pas.
Cela étant si ma compagne crut, dans une œuvre, distinguer une plage caribéenne avec ses cocotiers sous un soleil couchant, terre de Sienne, personnellement je ne vis dans l’ensemble général que l’aile protectrice de la divinité Hybris exhibant ses coursiers funèbres issus de l’effroyable Erèbe.
Coursiers funèbres que l’on verrait davantage hanter les sièges de sociétés bancaires dans Zurich la froide, ennoblir le catalogue de la Ligne Roset, ou encore meubler les palais défraîchis et poussiéreux des antiques pouvoirs chancelants d’une République en ruine. Fantômes d’une liberté disparue.
Voilà pour la visite. Venons en maintenant au personnage.
Au fond, il ya peu de choses à en dire, tant Soulages est son propre agent de communication. L’homme est un véritable Maître en scène.
Et je conseille vivement de regarder le petit film qu’il s’est consacré à lui-même. Où l’on découvre une sorte de hobereau ruthénois tel le faucon éponyme, esquissant tantôt un sourire ambigu, coulissant du regard, condescendant à lâcher une bribe de phrase à quelque ouvrier de Saint Gobain en blouse blanche qui atteste de sa condition médiocre d’agent de maîtrise devant le Maître.
Et l’on voit aussi dans ce petit film combien le Maître en scène est bigrement intelligent et use de toutes les mises en valeurs possibles de sa personne. Jusqu’à sa taille par exemple. Il en joue à merveille. Il est grand, très grand. Ce qui lui permet de toiser le commun des mortels. Tellement intelligent, est-il, qu’il se grandit sans cesse. A 92 ans, il mesure 1m92 et on peut, dès lors gager, que centenaire il fera deux mètres.
Cette taille renforce en outre sa psychorigidité naturelle liée au rigorisme de sa pensée froide, implacable, dénuée de sensibilité liée à un jansénisme impitoyable. Soulages fait un peu peur à beaucoup et c’est bien son but.
Soulages est une sorte de Christ, chenu, un vieillard roide, vêtu de noir, qui s’avance lentement sur les eaux sombres du Léthé. Il est ce Charon, psychopompe au pourpoint funèbre qui vous fera traverser l’Achéron pour vous déposer sur les berges mortes de l’Hadès de l’art « du même temps que ». Psychopompe et psychopompeux, tel est ce cobra désincarné !
Et tout cela en vous faisant avaler son ultime couleuvre, l’abstraction gestuelle. Oui, je sais, il est assez difficile de ne pas s’esclaffer mais essayons de rester dignes.
Car il serait injuste de lui faire le procès de ne pas posséder un certain savoir-faire à défaut d’avoir quelque chose à faire savoir. Ce qu’en effet il ne revendique pas.
C’est un bel artisan, habile technicien, il a réussi en effet à partir de son outrenoir à créer une certaine luminosité qui n’a rien à voir avec la Lumière. Son refus métaphysique est assez clair, du reste.
Aussi pour quel motif vouloir transfigurer un bon artisan d’excellente facture, un bon communicant en l’artiste français vivant le plus prodigieux que nous possédions ?
Qu’est ce que cette icônerie ?
Je ne vous ferai pas l’injure de citer quelques peintres français vivants qui eussent pu aisément faire l’affaire, tel Gérard Garrouste, au hasard. Enfin presque !
J’ajouterais que s’il ne faut pas prendre les mots pour des idées, et chercher l’Idée sous le symbole (car l’Art est une voie royale d’initiation, pratiquée en solitaire) de la même façon il ne faut pas prendre une vision, pire une hallucination pour une émotion.
D’autant plus que l’émotion doit être traduite. Ce que je m’en vais vous expliquer.
Aussi je crois qu’il est grand temps de faire un cours succinct de l’histoire non de l’art mais de l’esthétique et de son positionnement dans l’histoire de l’Art. Il est du reste un livre « Le sens du Beau » de Luc Ferry « boite » que je conseille vivement et en particulier à Philippe Dagen, qui ne brille guère dans l’obscurité de ses pensées, pas plus que ses amis du marché de l’art, les Chalumeau, et consort.
Succinctement, il fut un temps où l’artiste était ni plus ni moins qu’un intercesseur entre le Divin et les hommes.
Déjà à cette époque il y avait un marché de l’art où on se disputait les grands artistes.
La concurrence entre les Sforza et les Médicis sous cet angle était rude à l’époque.
Mais à la différence de nos Pinault et Arnault d’aujourd’hui les artistes n’étaient pas côtés à Sotheby’s pas plus que les richissimes acquéreurs côtés en bourse.
L’œuvre d’art n’avait pas encore atteint les sommets de vénalité que l’on connait.
Certes il y avait des boutiques ou Ateliers avec les Maîtres et petits Maîtres mais non des écuries comme disent les galeristes, maquignons qui se paient en peau de peintre.
Avec le temps, l’artiste commença à comprendre sous l’influence de la réforme combien sa position avait évoluée au regard de son génie propre. Et d’avoir fait trop longtemps un grand écart entre une œuvre qui réponde aux nécessités de l’harmonie cosmique et au besoin impérieux du génie humain.
Je vais assez rapidement car toute cette genèse lente trouva une première étape décisive aux alentours de 1750 avec la querelle des Anciens et de Modernes. Littéraire d’abord, elle n’allait guère tarder à gagner le monde de l’Art.
C’est à peu près à la même époque qu’allait survenir deux évènements majeurs :
1. La publication de l’Aesthetica de Gottlieb Baumgarten (d’où le concept d’esthétique)
2. L’arrivée du sentencieux Emmanuel Kant
Baumgarten va mettre en évidence la logique impérieuse du confus qui doit dominer chez l’artiste pour accéder à une logique du sensible. Et donc conduire à une connaissance par le sensible et connaissance du sensible.
Ce qui revient à dire que pour Baumgarten cette esthétique doit produire une émotion émanant du champ du sensible et être traduite en une connaissance. On y est.
Seulement voilà. Il y eut Kant. !
Kant est un problème et avait un problème.
Comme tout bon philosophe du Siècle des Lumières, Kant souhaite, veut, exige que la philosophie soit globalisante. Une « philosophie du tout » en somme qui embrasse toutes les disciplines scientifiques comme artistiques.
Rien ne doit lui échapper.
C’est ainsi pour l’exemple, que la philosophie allait aliéner la métaphysique à sa théorie globalisante quand précisément la métaphysique eut une part non négligeable et même importante dans la genèse de la philosophie.
Bref, tout fonctionnait bien jusqu’à ce que le père de la « Cripure de la raison Tique » (voir Louis Guilloux et « Le sang noir ») se heurtât à l’Art.
Kant se montra incapable de conceptualiser l’Art pour mieux se différencier de son antique concurrent, Platon, qui professait le Beau comme l’Idée de la Vérité.
Que faire pour Kant ? Face à cette impasse, il ne lui restait plus qu’à se faire hara-kiri. Rendre à l’Art son indépendance et mieux d’aller jusqu’à en défendre farouchement son indépendance (fort bien) au prix inique, cela étant, pour retrouver une forme d’autorité intellectuelle, de définir, lui Kant, ce qui relève de l’Art ou non à l’aune de sa « Critique du jugement de goût ».
Ah, le goût. « Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Sauf qu’on ne cesse d’en parler ! ». Nietzsche.
Premier axiome kantien : Le goût dicte le beau. Il en est le juge en vertu du plaisir esthétique. Il commence quand il se détache du simple plaisir sensuel qui dicte le jugement de goût.
Deuxième axiome : Le goût n’est pas de ce fait affaire de sensualité et moins encore de sensiblerie, mais de jugement.
Troisième axiome : Il faut rechercher un élément d’universalité dans le jugement de goût. Autrement dit, si nous sommes plusieurs, sans pouvoir conceptualiser le beau, à l’instar de Kant (in ne faut pas défier le Maître) que l’ensemble de nos jugements face consensus qui de fait devient principe d’universalité.
Quatrième axiome : « On ne dispute pas du goût, on en discute ».
Pour illustrer sa théorie, Emmanuel ne recule devant rien.
En voici un exemple :
Si je dis : « L’odeur de cette rose m’est agréable », il s’agit d’un jugement subjectif, lié à ma sensualité, ma sensibilité.
Idem si je dis que cette rose est rouge. C’est purement sensuel car un daltonien la verra verte et éternelle.
En revanche, et il ne manque pas d’air le Manu Kant, si je dis « la rose est belle », mon jugement est un jugement de goût indépendant de ma sensibilité qui prétend à l’Universel. Universel, si il se trouve un nombre suffisant de gens qui ont autant de « mauvais goût » que vous et moi pour confirmer mon jugement. Il peut arriver qu’on découvre un nombre aussi important de gens qui ont « bon goût » comme vous et moi.
C’est ainsi, au nom de cette sotte prétention d’un philosophe incapable de conceptualiser, d’objectiver l’Art, d’en dégager l’Idée que la porte fut grande ouverte aux imposteurs de l’Art qui ne craignaient pas grand-chose si ce n’est de se retrouver sur le marché juteux de l’Art au motif qu’un tas de gens étaient en accord d’universalité.
Et une grande porte ouverte aussi à une joyeuse bande d’experts, de spécialistes, tant amateurs effrénés que de critiques professionnels pas moins sectateurs du nouvel art, l’art « du même temps que », décrypteurs de l’impossible décryptage (à se demander pourquoi ils n’ont pas encore décrypter le « code Voynich »), tantôt thuriféraires de ces créations d’ artistes « du même temps que » où trop souvent, la surenchère à une pseudo originalité et l’imposture généralisée sont de mise et tantôt contempteurs violents de ces foutus réactionnaires nostalgiques probablement de l’art mussolinien, qui ont pour seule faute tout en appréciant l’art « du même temps que » d’en dénoncer les innombrables « foutages de gueule » d’une part et l’inculture généralisée, d’autre part et dont, pour un peu on m’accuserait volontiers avec une rage indescriptible. Indescriptible ? Pas pour Soulages, sans doute.
Mais on voit bien, dans ce court exposé, tout le décalage idiot qu’il y a entre Kant qui a ouvert la boite de Pandore et ces centaines de milliers de gens qui se bousculent aux expositions.
Car au nom de quel critère prétendent-ils que je dois avec eux m’extasier devant le génie de pseudos artistes, sous le prétexte qu’ils détiennent la vérité par la force du nombre dans leur critique commune du jugement de goût ? Au nom de cette émotion qui serait universellement ressentie ou de cette émotion qu’il convient de ressentir quoiqu’on en pense en réalité?
Or Kant a bien expliqué que l’émotion n’a rien à voir là dedans ! Et ça c‘est un premier hiatus !
Or, si je ne suis pas d’accord avec Kant au motif, mais je suis platonicien (on l’aura compris) que si pour moi l’émotion est prépondérante, elle n’est qu’un point d’appui.
Un point d’appui pour transformer cette émotion en Connaissance. Ce que Platon appelait « l’Idée » dans sa théorie du Beau.
Or le public dont il est question ne se gène pas pour s’appuyer sur le consensus émotionnel (que réfute Kant) pour mieux l’universaliser. Deuxième hiatus.
Diable ! Ou, mon Dieu ! Qu’il est difficile de supporter l’inculture généralisée. Je n’irai pas plus avant sur ce sujet de l’inculture, j’en aurais pour un bon moment et vous n’en auriez pas eu la patience. C’est très polémique comme sujet et je n’aime guère les polémiques !
Pas de polémique, Victor !
Déjà que si vous en êtes, de cette lecture, arrivés ici, sans m’avoir agoni d’injures, vous bénéficiez d’une extraordinaire faculté d’équanimité.
Aussi et pour clore, revenons à Soulages.
Soulages n’est pas un imposteur ! Une partie de son public, oui !!!
Bien sûr son travail est profondément ennuyeux car s’il est un remarquable technicien qui peut faire avancer le travail des peintres dans une approche différente de la technique et dont la cible est, par conséquent, les professionnels de l’Art, cela n’a aucun intérêt patent pour un public peu averti. Qui aurait envie de suivre les cours de solfège dispensés par Alexandre Tharaud ou Aldo Ciccolini ?
Pour être plus clair, Soulages n’est pas un immense artiste. Même pas un artiste au sens où on l’entendait quand on développât le concept de classification des Beaux-Arts.
On peut à la limite le considérer comme un artiste si on indexe son œuvre à celle d’un habile manœuvrier qui ne serait autre qu’un habile artisan. Et j’ai du respect pour les artisans.
J’en finirai provisoirement sur ce chapitre consacré à Pierre Soulages avec l’affaire des vitraux. Je ne les ai pas vus. J’avoue ! Cela étant, j’ai connu Conques avant les vitraux.
Je n’en ai vu que des photographies. Et je regrette de n’avoir pas eu le temps nécessaire de les voir. Pour le peu, les photos, de ce que j’ai vu cela me semble être d’un profond ennui et d’une épouvantable tristesse, une tristesse janséniste au sein d’un fleuron de l’art roman, si brillant, si émouvant, si humain entre ciel et terre.
J’ai lu quelques déclarations de Soulages sur son approche du vitrail.
Ainsi annonce-t-il, entre autre, sa volonté de faire entrer la lumière naturelle dans l’édifice. Qu’est ce que c’est que cette plaisanterie ?
Primo le meilleur moyen de faire entrer la lumière naturelle consiste à ne lui opposer aucun obstacle. Ce fut souvent le cas dans les églises et abbayes romanes, temples de paix et de sérénité en harmonie avec le cosmos à la différence du gothique qui avait pour but , non de montrer la puissance du divin, mais celle de l’Eglise.
Secundo, quand il y a des vitraux, ceux-ci répondent à un objectif précis. Il y est, en effet, c’est vrai, question de lumière. Mais plus exactement de « Lumière ».
Le vitrail est une parabole qui exprime la Parole, le Verbe divin. Il s’agit donc ici, ni plus ni moins, de la Lumière qui n’est autre que le Verbe.
Rien à voir avec la lumière du petit matin blême.
C’est pourquoi, à priori, je préfère largement chez les artistes de notre temps, l’œuvre d’un Marc Chagall ou encore celle d’un Georges Rouault.
Mais je retournerai un jour à Conques.
Au revoir Monsieur Soulages "
Cristian Ronsmans
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Publié de nouveau en septembre 2019

mardi 2 juillet 2019
In memoriam pour Bernard
In memoriam, pour Bernard
Bernard, collègue et ami très cher, le soleil était au rendez-vous pour t'accompagner dans ta nouvelle demeure. Lorsque lundi, j'ai appris que tu nous quittais, je n'ai pu m'empêcher de penser que tu voulais rejoindre nos amis de Charlie. Seul sourire malicieux dans le choc que je reçus en plein coeur.
Je t'avais rencontré quand ton fils aîné exposait ses photos superbes, tout près de chez moi. Nous étions heureux de nous revoir, nous nous étions promis de nous faire signe très bientôt. Et puis la vie, les aléas... nous pensions avoir le temps. Nous croyons toujours avoir le temps. Hélas, il est souvent trop tard, lorsque la Camarde rôde et a fait son choix.
Que de monde, que de visages connus, parfois reconnus difficilement... Les souvenirs, les anecdotes, reviennent, et tu es là, parmi nous. Des pétales de rose te recouvrent. Les hommages, le recueillement, une foule immense...Tu étais aussi un élu municipal pendant vingt ans, un maire humain, généreux, dévoué, innovateur..
Au revoir mon ami... salue pour moi les Charlie, avec lesquels tu vas continuer à être impertinent, rebelle, talentueux ! Je guetterai... il se peut que j'entende résonner ta batterie, et qu'avec Fab vous repreniez le concert !
© fruban, le 14 janvier 2015
mardi 22 janvier 2019
Dans l'univers de Denis Tellier
A propos de la sortie de "Adrien de la vallée de Thurroch" (2012)
Où se trouve la vallée de Thurroch ? Si on y regarde bien plusieurs pistes sont données dans le livre mais la vérité c'est que ce lieu a été totalement imaginé par Denis Tellier, 63 ans, Ballayriot.
S’inspirant des Ardennes, l’auteur donne un cadre enchanteur à son premier roman Adrien de la vallée de Thurroch où il s’adonne à une écriture en prose souvent sombre mais entrecoupée de passages beaucoup plus amusants. L’ouvrage est sortie aux éditions Lunatique le 18 juin « pour l’appel du général De Gaulle », plaisante-t-il.
Voyageur, rêveur et artiste.
Denis Tellier, né à Paris en 1949, a été elevé par sa grand-mère à Grandpré. Il a eu une vie pleine de rebondissements. « J’ai toujours été bien où je me trouvais que ce soit à Paris, à Toulouse ou dans les Ardennes. J’ai fait plein de choses : pompier, berger, poseur de coq sur les clochers, bûcheron et même Père-Noël ! Quand j’ai réemménagé dans les Ardennes parce que j’avais rencontré quelqu’un, j’ai formé des jeunes au métier de bûcheron au CAT (Centre d’aide par le travail) de Belleville-sur-Bar. »
Il est aussi artiste. « En 1972, un tiroir s’est ouvert. J’ai pris un couteau et j’ai sculpté du bois. J’ai aussi fait de la peinture et j’ai exposé dans de grandes galeries. J’essaie de faire en sorte que ce soit amusant ou qu’il y ait un message. » Il a par exemple imaginé un instrument en bois qui aurait pu être utilisé sous Louis XIV : le claque-joues. Les femmes en auraient possédé un pour se rougir les joues avant le passage du roi. Mais Denis Tellier aime ce qui dérange et n’hésite pas à faire des oeuvres qui peuvent lui valoir la censure, comme ce tableau qui représente un enfant « qui s’est fait exploser au Vietnam. »
Tout au long de ce parcours hors du commun et de ses voyages, ses cahiers ne le quittaient jamais.
« J’y écrivais des phrases de temps à autre. Puis, j’ai sorti un premier livre de poésies où je racontais des scènes que j’observais ou que j’ai vécues. Parfois, c’était “ hard “ mais bon c’est comme ça que j’écris. J’y décrivais pas exemple un tas d’ordures », se rappelle-t-il.
Un ouvrage qui parle des Ardennes et des Ardennais
Dans ce premier roman, à travers les yeux d’Adrien, on retrouve toutes les idées qui font la personnalité de l’auteur. «Je m’en prends beaucoup aux curés et aux militaires », lance-t-il. L’histoire prend place dans le sud des Ardennes au lendemain de la Première guerre mondiale comme un clin d’oeil aux membres de sa famille qui ont péri au cours de cette guerre – trois de ses grands oncles. Son grand-père, lui, n’a pas survécu à la Seconde guerre mondiale. « Il fallait que je dise quelque chose pour ces hommes mais aussi pour dénoncer la guerre parce que je trouve ça scandaleux. »
Le personnage Adrien, fermier de métier, revient meurtri du combat et diminué après avoir reçu en plein visage de nombreux éclats d’obus. Il décide alors de travailler de ferme en ferme et après chaque jour de travail, il écrit pour se soulager de sa douleur dans un cahier. Il raconte la guerre mais aussi des scènes qu’il a vécues ensuite. Le récit est parfois dur et critique, parfois amusant, mais l’amour du personnage pour les hommes transparaît toujours, malgré sa solitude.
« Je ne sais pas pourquoi je l’ai appelé Adrien, ce n’est une référence à personne de ma famille. Ce que je sais c’est que toutes petites déjà, mes filles me disaient : “ Papa, il faudrait que tu le sortes ton livre sur Adrien de la vallée de Thurroch depuis le temps que tu en parles ! ". Il y avait au moins mille pages sur Adrien, alors j’ai dû retravailler beaucoup le texte pour qu’il soit publié. J’ai dû supprimer beaucoup de passages. » Pour les éditions Lunatique, le livre a été un véritable coup de coeur puisqu’il a été sélectionné par elles pour concourir au prix Léo Ferré à Grigny, dans le Rhône.
Aujourd’hui, Denis Tellier écrit sur une petite table en bois qui porte l’inscription Gabriel Garcia Marquez car il est jaloux de son écriture, toujours dans ses cahiers et toujours à la plume. Un nouvel ouvrage racontant les aventures non encore publiées d’Adrien verra peut-être le jour prochainement ou alors toute autre chose, qui sait ce qui trotte dans la tête de ce personnage débordant d’imagination.
Orianne Roger
La Semaine des Ardennes
mardi 14 août 2012
mercredi 14 mars 2018
Oui, Bertrand Cantat a le droit de chanter
Communiqué de l’Observatoire de la liberté de création
Qu’il y ait un débat sur ce que représente Bertrand Cantat sur scène est parfaitement légitime. On peut aussi considérer qu’il y a une certaine hypocrisie à ne contester que sa tournée et pas ses disques, comme si le concert était le lieu de toutes les sacralisations.
En tout état de cause, ce débat change de nature quand il se transforme en demande d’annulation de sa tournée.
Cantat a le droit de chanter, les programmateurs sont libres de le programmer et chacun est libre d’aller le voir, ou pas.
Dans un Etat de droit, personne ne se fait justice à soi-même, et personne ne fait justice à quelqu’un d’autre en dehors de la justice.
Les demandes, directes ou indirectes, de censure ou d’annulation de son spectacle, qu’elles soient portées par des associations comme Osez le féminisme ou par des personnes hors réseaux associatif, les pressions diverses et variées des élus, les retraits de subventions aux festivals ou structures qui le programment contreviennent à la lettre et à l’esprit de la loi.
Il semble nécessaire de rappeler aux uns et aux autres les dispositions légales. La loi de 2016 dispose dans son article 2 que la diffusion de la création artistique est libre, et l’article 431-1 du Code pénal réprime le fait d’entraver, d’une manière concertée et à l’aide de menaces, l’exercice de la liberté de création artistique ou de la liberté de la diffusion de la création artistique d’un an d’emprisonnement et de quinze mille euros d’amende.
D’autre part, l’Etat (c’est l’article 3 de cette loi), à travers ses services centraux et déconcentrés, et les collectivités territoriales doivent mettre en œuvre la politique en faveur de la création artistique, laquelle poursuit notamment comme objectif le soutien de l’existence et le développement de la création artistique sur l’ensemble du territoire, en particulier la création d’œuvres d’expression originale française et la programmation d’œuvres d’auteurs vivants, et doit garantir la liberté de diffusion artistique en développant l’ensemble des moyens qui y concourent. L’Etat doit encore promouvoir la circulation des œuvres sur tous les territoires, la mobilité des artistes et des auteurs et entretenir et favoriser le dialogue et la concertation entre l’Etat, l’ensemble des collectivités publiques concernées, les organisations professionnelles, le secteur associatif, les acteurs du mécénat et l’ensemble des structures culturelles et leurs publics.
En prenant des positions qui ne sont pas à la hauteur des exigences légales à propos de la tournée de Bertrand Cantat, et en gardant un silence inquiétant sur la plupart des affaires récentes d’atteinte aux libertés de création et de diffusion des œuvres, la ministre de la Culture manque aux devoirs relevant de son titre et de son domaine d’intervention.
L’Observatoire de la liberté de création regrette que l’artiste, sous la pression, ait renoncé à tourner dans les festivals cet été et s’inquiète qu’en France, en 2018, certains soient plus tentés par les réflexes de censure que par le respect des libertés et par le débat démocratique qu’ils réclament, paradoxalement, de leurs vœux.
Paris, le 13 mars 2018
Ligue des droits de l'homme
Amie nuit, extrait Concert Dijon, La Vapeur, 9 mars 2018
vidéo fruban
Amie nuit
Pour des cœurs arrachés sur des lances sanguines
Et des fleurs déhanchées au nerf de guillotines
Des yeux fixant l’abysme à travers des brasiers
Et des ruines sublimes étendues à nos pieds
Les sirènes du port de la mélancolie
Amie nuit
Le temps coule sous
Comme l'eau de pluie
Amie nuit
Le velours abrasif, le soupir des lions
Les silence adhésif sous nos bouches à questions
Crépuscule à la sauce aboie un soleil rouge
La robe de la grande ours va finir andalouse
Et le cœur puisé, t'aimer à la folie
Amie nuit
Le temps coule ici
Comme l'eau de pluie
Amie nuit
Hauts les carambolages
Hauts les calendriers
Et les flèches volages
Hauts les scaphandriers
On vouvoie les sommets
On tutoie les abysses
Dans l'ombre on ne voit pas que les photos jaunissent
Et le monde commence à partir d'aujourd'hui
Amie nuit
Le temps coule ici
Comme l'eau de pluie
Amie nuit
Bertrand Cantat
A force de pressions, de menaces et d'insultes envers Bertrand Cantat et son public, ces hystériques pseudo féministes, ces briseurs de libertés, revanchards et haineux, ont amené l'artiste Bertrand Cantat à renoncer aux festivals, pour éviter la polémique. Certains avaient été déprogrammés, de même que des concerts (notamment celui de Istres).
Le 12 mars, il envoyait à l'AFP le communiqué suivant :
Vous pouvez accéder aux pages et groupes suivants pour en savoir davantage :
Bertrand Cantat
Bertrand Cantat, nouveaux horizons
vidéo Laetitia Dupuy
Dijon, la Vapeur, Lost
vidéo Stéphane Perraux
La Rochelle, la Sirène, 1er mars (final)
Amor Fati
J'ai vu un jour une danseuse abolir le malheur
Avant d'anéantir la pesanteur
Un flamenco craché à la face du soleil
Un peu comme Apollo filant droit vers le ciel
Ce qu'on sait de tout ça? Rien
Mais j'ai retenu un lien
Enlace tout
Embrasse tout
Accueille tout
Reçois tout
Donne tout par dessus tout
Deviens pénombre où je me cache
Et dans le secret d'automne sans fin se glisse
Un infini amour
Au bout d'un éternel retour
Ce qui est est
Ce qui est est
Ce qui est est
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati ce qui est est
De toutes façons maintenant y'a plus l'choix tu l'sais bien
Rien à gagner rien à perdre ce qui est est
Tout l'espace est ouvert
Tout le champ des possibles
Autant d'flèches que de cibles
Maintenant monte la sève le chant qui nous honore
Se répand la joie et la lumière d'or
Flambe la flamme oh sésame ouvre toi
Mais y'a bien pire voleur qu'Ali Baba
Terminus tout l'monde descend, comme rester décent?
C'est des mille et des cents dérobés aux pauvres gens
Eux qui coulent et sombrent au loin
Ce qui est est
Ce qui est est
Ce qui est est
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Ce qui est est
J'te jure faut qu'on s'accroche
La vie c'est parfois moche
Tu me dis que t'en peux plus
Que t'as bien trop reçu
De coups de canif
Et dans les manifs
C'est pas ton kiffe,
La place du calife
Que tu veux partir au loin
Que tu veux tout envoyer promener
T'as raison faut s'ballader
Mais y'a pas d'paradis
Y'a mieux qu'ça
Aimer même un enfer
Apprécier jusqu'au bout
Même la pilule amère
Ce qui est est
Ce qui est est
Ce qui est est
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Ce qui est est
On pourrait prendre à bras le corps le destin
Envisager la vie comme un festin
Apprivoiser le cuir comme Iniesta
De l'aube au crépuscule une fiesta
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est
Amor fati
Ce qui est est
Le trajet, le voyage
Le voyage outragé
Trajectoire de l’orage
Le destin humilié
Cent fois tomber à terre cent fois se relever
Et si tu l'aimes la poussière, tu vas te régaler
Bambam ton cœur explose
Et si tu l'oses ramène ta prose
Augmente la dose
C'est sûr ils aimeront pas
Ils diront qu't'as pas l'droit
Chaque fois chaque chaque chaque chaque fois
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est
Et toi qu'est-ce que tu sais d'ma vie?
Qu'est-ce que tu sais d'ma peine?
Tu paroles, tu causes
Tu parades, tu gloses
Mais t'as mauvaise haleine
On dirait Sue Hélène
Tu fais semblant d'savoir
Tu racontes des histoires
Bouffon, charlot
Recrache comme un robot
Les conneries pré-mâchées
La soupe qu'on a jetée dans ton écuelle d'esclave
Et regarde toi maintenant tu baves
A c'que j'sais tu veux m'faire la misère
Et ça date pas d'hier
Ok j'me rends
J'me prends
Ton doigt pointé sur moi
Chaque fois que je trouve mon souffle
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est
C'est l'heure d'aller voler le feu
Le fixer dans les yeux
Moi je dirais qu'ça urge
Les moutons de Panurge
Sont en phase de gagner la partie de poker du siècle
Alors shazam
Pas des super-héros
Mais pas des statistiques
C'est pas des numéros
On sait qu'on est unique
Chacun seul dans la toile
On est relié à tous
A la terre des entrailles
Au cosmos, aux étoiles
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est
Bertrand Cantat
Amor Fati, Montpellier, 12 mars 2018
Bertrand Cantat - Le vent nous portera - Marlène - Coopérative de Mai - 18 mars 2018
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| Dernier album, Amor Fati (déc 2017) |
Un très bel article, Et Bertrand chanta
http://rictus.info/et-bertrand-chanta.html
Et Bertrand chanta
lundi 26 mars 2018 par Denis Bouteillon
Soleil noir survivant ultime d’un lointain désir désormais bien trouble, Bertrand Cantat était mardi 13 mars sur la scène de la Belle Electrique pour un concert que les polémiques de tout bord avaient rendues événementiel.
Autour de lui, conçu sur la base de Détroit, son nouveau combo. Un groupe à la parfaite cohésion sobre et efficace, tout de noir et d’énergie vêtu portant haut Amor Fati le nouvel opus enfanté par un leader toujours aussi charismatique. Un album à la poésie éblouissante, oscillant du rock dur à des accents plus électros, aux composition lyriques gorgées d’électricité avec des passages plus calmes et acoustiques agrémentés de quelques clins d’œil au Noir Désir passé.
Un concert asséné comme un long voyage tourmenté vers la lumière, soufflant alternativement feu et glace avec une basse puissante et métallique, résolument en avant, collée à une batterie omniprésente, métronomique à la frappe chirurgicale, baignées de nappes de claviers à l’ambiance crépusculaire et zébrées de guitares en fusion avec parfois le temps d’une accalmie l’éclair d’un harmonica comme le souvenir d’un autre temps et..surtout, surtout intacte, forte et fragile à la fois, LA voix de Bertrand Cantat.
Une voix portant à bout d’urgence les textes d’une aveuglante noirceur de l’artiste !
La poésie de Cantat est depuis toujours à l’écoute du monde qui nous abrite, avec Amor Fati elle se fait voyage permanent entre noirceur et lumière, soleil et pluie, expression d’une brûlure infernale et de toute éternité, la sienne.
Une mention spéciale aux titres« Amor fati », « Anthraciteor » et « Pluies diluviennes ».
mercredi 28 février 2018
Jean de la Ville de Mirmont, hommage au poète
![]() |
| Portrait du poète Jean de la Ville de Mirmont / © - Pathé Gaumont - Bibliothèque |
Jean de la Ville de Mirmont (1886-1914) est ce jeune poète bordelais mort sur le front le 28 novembre 1914, à l'âge de 27 ans.
Je l'ai découvert d'abord par L'Horizon chimérique, mis en musique par Gabriel Fauré, puis par Julien Clerc.
Plus tard, j'ai lu Les dimanches de Jean Dézert
Le blog de Clélie lui a consacré un très bel article en deux parties.
Quelques extraits
Les Dimanches de Jean Dézert
Publié à compte d’auteur en 1914, peu de temps avant la déclaration de guerre, ce roman, qui n’eut aucun succès, est le seul paru du vivant de l’auteur.
L’ironie n’est jamais loin dans les quatre parties de ce court roman. Le narrateur est présent dès les premières lignes, puis semble s’effacer ensuite. L’absurde de la situation fait parfois songer aux écrits de Samuel Beckett…
France 3 Aquitaine lui rend hommage
Le dictionnaire du Chemin des dames en parle
extraits
- Le 24 novembre, il rédige une dernière lettre à sa mère : « Je ne suis pas encore nommé sous-lieutenant, mais j’en remplis actuellement les fonctions selon le dernier remaniement de la compagnie. Je suis en bonne santé et d’excellente humeur, avec le seul regret de vous savoir inquiets et si loin de moi. Au fond, je suis le plus heureux de vous tous, car si je suis emporté, j’espère ne pas même m’en apercevoir ; si je suis blessé, je coucherai dans un bon lit et je serai soigné par d’aimables dames, et si je persiste tel quel, grâce à toi je n’aurais pas trop froid. Au revoir, ma chère maman, bons baisers à vous tous. Ton fils si loin et si près de toi – et sur qui veillent non seulement son étoile, mais toutes les étoiles du ciel. » - 28 novembre 1914: nouvelle journée de « bombardement presque ininterrompu » (JMO). Jean est touché par un obus sur les pentes du mont de Beaulne. « On s’attendait à le trouver broyé. Or, il était entier et, le croirez-vous, debout. Enseveli sous des mètres d’argile, il était figé dans sa dernière attitude à la manière des habitants de Pompéi, saisis dans leur dernière activité quotidienne par la lave incandescente du Vésuve : le buste droit, la tête levée, les yeux ouverts, la baïonnette au canon et la musette au flanc, il s’apprêtait à bondir pour se battre. Il était comme empêché. C’est une vision qui, depuis, me hante chaque nuit. Un gisant en action, oui, c’est ça. » (J. Garcin) - Il est transporté vers une ambulance mais ne peut être sauvé ; il décède dans les premières heures du 29.
NB : En 2013, Jérôme Garcin lui consacre un livre qui mêle fiction et faits réels, Bleus horizons (Gallimard)
SES OEUVRES
L'Horizon chimérique
I
Je suis né dans un port et depuis mon enfance
J’ai vu passer par là des pays bien divers.
Attentif à la brise et toujours en partance,
Mon cœur n’a jamais pris le chemin de la mer.
Je connais tous les noms des agrès et des mâts,
La nostalgie et les jurons des capitaines,
Le tonnage et le fret des vaisseaux qui reviennent
Et le sort des vaisseaux qui ne reviendront pas.
Je présume le temps qu’il fera dès l’aurore,
La vitesse du vent et l’orage certain,
Car mon âme est un peu celle des sémaphores,
Des balises, leurs sœurs, et des phares éteints.
Les ports ont un parfum dangereux pour les hommes
Et si mon cœur est faible et las devant l’effort,
S’il préfère dormir dans de lointains arômes,
Mon Dieu, vous le vouliez, je suis né dans un port.
II
Par l’appel souriant de sa claire étendue
Et les feux agités de ses miroirs dansants
La mer, magicienne éblouissante et nue.
Éveille aux grands espoirs les cœurs adolescents.
Pour tenter de la fuir leur effort est stérile ;
Les moins aventureux deviennent ses amants,
Et, dès lors, un regret éternel les exile.
Car l’on ne guérit point de ses embrassements.
C’est elle, la première, en ouvrant sa ceinture
D’écume, qui m’offrit son amour dangereux
Dont mon âme a gardé pour toujours la brûlure
Et dont j’ai conservé le reflet dans mes yeux.
III
Quel caprice insensé de tes désirs nomades,
Mon cœur, ô toi mon cœur qui devrais être las,
Te fait encore ouvrir la voile au vent des rades
Où ton plus fol amour naguère appareilla ?
Tu sais bien qu’au lointain des mers aventureuses
Il n’est point de pays qui vaille ton essor,
Et que l’horizon morne où la vague se creuse
N’a d’autres pèlerins que les oiseaux du Nord.
Tu ne trouverais plus à la fin de ta course
L’île vierge à laquelle aspirent tes ennuis.
Des pirates en ont empoisonné les sources.
Incendié les bois et dévoré les fruits.
Voyageur, voyageur, abandonne aux orages
Ceux qui n’ont pas connu l’amertume des eaux.
Sache borner ton rêve à suivre du rivage
L’éphémère sillon que tracent les vaisseaux.
IV
Le ciel incandescent d’un million d’étoiles
Palpite sur mon front d’enfant extasié.
Le feu glacé des nuits s’infuse dans mes moelles
Et je me sens grandir comme un divin brasier.
Les parfums de juillet brûlent dans le silence
D’une trop vaste et trop puissante volupté.
Vers l’azur ébloui, comme un oiseau, s’élance,
En des battements fous, mon cœur ivre d’été.
Que m’importe, à présent, que la terre soit ronde
Et que l’homme y demeure à jamais sans espoir ?
Oui, j’ai compris pourquoi l’on a créé le monde ;
C’était pour mon plaisir exubérant d’un soir !
V
Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;
Le dernier de vous tous est parti sur la mer.
Le couchant emporta tant de voiles ouvertes
Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.
La mer vous a rendus à votre destinée,
Au-delà du rivage où s’arrêtent nos pas.
Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées ;
Il vous faut des lointains que je ne connais pas.
Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.
Le souffle qui vous grise emplit mon cœur d’effroi,
Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,
Car j’ai de grands départs inassouvis en moi.
VI
Vaisseaux des ports, steamers à l’ancre, j’ai compris
Le cri plaintif de vos sirènes dans les rades.
Sur votre proue et dans mes yeux il est écrit
Que l’ennui restera notre vieux camarade.
Vous le porterez loin sous de plus beaux soleils
Et vous le bercerez de l’équateur au pôle.
Il sera près de moi, toujours. Dès mon réveil,
Je sentirai peser sa main sur mon épaule.
VII
Le vent de l’océan siffle à travers les portes
Et secoue au jardin les arbres effeuillés.
La voix qui vient des mers lointaines est plus forte
Que le bruit de mon cœur qui s’attarde à veiller.
Ô souffle large dont s’emplissent les voilures,
Souffle humide d’embrun et brûlant de salure,
Ô souffle qui grandis et recourbes les flots
Et chasses la fumée, au loin, des paquebots !
Tu disperses aussi mes secrètes pensées,
Et détournes mon cœur de ses douleurs passées.
L’imaginaire mal que je croyais en moi
N’ose plus s’avouer auprès de ce vent froid
Qui creuse dans la mer et tourmente les bois.
VIII
Toi qui te connais mal et que les autres n’aiment
Qu’en de vains ornements qui ne sont pas toi-même,
Afin que ta beauté natale ne se fane,
Mon âme, pare-toi comme une courtisane.
Lorsque reviendra l’ombre et que tu seras nue,
Seule devant la nuit qui t’aura reconnue
Et loin de la cité dont la rumeur t’offense.
Tu te retrouveras pareille à ton enfance,
Mon âme, sœur des soirs, amante du silence.
IX
Ô la pluie ! Ô le vent ! Ô les vieilles années !
Dernier baiser furtif d’une saison qui meurt
Et premiers feux de bois au fond des cheminées !
L’hiver est installé, sans sursis, dans mon cœur.
Vous voilà de retour, mes pâles bien-aimées.
Heures de solitude et de morne labeur,
Fidèles aux lueurs des lampes allumées
Parmi le calme oubli de l’humaine rumeur.
Un instant, j’ai pensé que la plus fière joie
Eût été de m’enfuir, comme un aigle s’éploie,
Au lointain rouge encore des soleils révolus.
Et j’enviais le sort des oiseaux de passage.
Mais mon âme s’apaise et redevient plus sage,
Songeant que votre amour ne me quittera plus.
X
Mon désir a suivi la route des steamers
Qui labourent les flots d’une proue obstinée
Dans leur hâte d’atteindre à l’horizon des mers
Où ne persiste d’eux qu’une vaine fumée.
Longtemps il s’attarda, compagnon des voiliers
Indolents et déchus, qu’un souffle d’aventure
Ranime par instants en faisant osciller
Le fragile appareil de leur haute mâture.
Mais la nuit vient trop vite et ne me laisse plus,
Pour consoler encor mon âme à jamais lasse,
Que les cris de dispute et les chants éperdus
Des marins enivrés dans les auberges basses.
XI
Diane, Séléné, lune de beau métal,
Qui reflète vers nous, par ta face déserte,
Dans l’immortel ennui du calme sidéral,
Le regret d’un soleil dont nous pleurons la perte,
Ô lune, je t’en veux de ta limpidité
Injurieuse au trouble vain des pauvres âmes,
Et mon cœur, toujours las et toujours agité,
Aspire vers la paix de ta nocturne flamme.
XII
Novembres pluvieux, tristes au bord des fleuves
Qui ne reflètent plus le mirage mouvant
Des nuages au ciel, des arbres dans le vent,
Ni l’aveuglant soleil dont nos âmes sont veuves,
Faut-il que notre exil sous vos froides clartés
Ne conserve d’espoir que le peu que nous laisse
Le cri des trains de nuit qui sifflent leur détresse,
Quand les rêves sont morts dans les grandes cités ?
XIII
La Mer est infinie et mes rêves sont fous.
La mer chante au soleil en battant les falaises
Et mes rêves légers ne se sentent plus d’aise
De danser sur la mer comme des oiseaux soûls.
Le vaste mouvement des vagues les emporte,
La brise les agite et les roule en ses plis ;
Jouant dans le sillage, ils feront une escorte
Aux vaisseaux que mon cœur dans leur fuite a suivis.
Ivres d’air et de sel et brûlés par l’écume
De la mer qui console et qui lave des pleurs
Ils connaîtront le large et sa bonne amertume ;
Les goélands perdus les prendront pour des leurs.
XIV
Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Et roule bord sur bord et tangue et se balance.
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins ;
Les vagues souples m’ont appris d’autres cadences
Plus belles que le rythme las des chants humains.
À vivre parmi vous, hélas ! avais-je une âme ?
Mes frères, j’ai souffert sur tous vos continents.
Je ne veux que la mer, je ne veux que le vent
Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.
Hors du port qui n’est plus qu’une image effacée,
Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux.
Je ne me souviens pas de mes derniers adieux…
Ô ma peine, ma peine, où vous ai-je laissée?
Voilà ! Je suis parti plus loin que les Antilles,
Vers des pays nouveaux, lumineux et subtils.
Je n’emporte avec moi, pour toute pacotille,
Que mon cœur… Mais les sauvages, en voudront-ils ?
Posthume, 1920
Les dimanches de Jean Dézert
Les Dimanches de Jean Dézert fut le seul ouvrage que Jean de la Ville de Mirmont publia de son vivant puisqu’il mourut en novembre 1914 au Chemin des Dames juste après avoir fait paraître - à compte d’auteur et à seulement 300 exemplaires
«J'ai imaginé un petit roman quui m'amuserait beaucoup. Le héros de l'histoire serait absurde et tout à fait dans mes goûts... Ce sera désolant sous un aspect ridicule. Mon personnage est définitivement employé de ministère. Il habite mon ancienne chambre de la rue du Bac, en face de Petit Saint-Thomas, sous l'obsession d'un plafond trop bas. Il s'ennuie mortellement par faute d'imagination, mais est résigné à sa médiocrité. Pour essayer de se distraire, il emploie tout un dimanche à suivre les conseils de plusieurs prospectus qu'on lui a donnés dans la rue. Le matin, il prend un bain chaud, avec massage par les aveugles, rue Monge. Puis il se fait couper les cheveux dans un "lavatory rationnel" de la rue Montmartre. Puis il déjeune rue de Vaugirard dans un restaurant végétarien anti-alcoolique. Puis il consulte un somnambule. Puis il va au cinématographe. Il dîne enfin au champagne à 2 fr. 75 aux environs de la barrière du Trône et finit sa soirée en écoutant une conférence gratuite avec auditions musicales chez un pharmacien près de la Gare du Nord. Je n'ai même pas la peine d'inventer.»
Jean de La Ville de Mirmont, Lettre à sa mère.
Préface de François Mauriac
Collection La petite vermillon (n° 88), La Table Ronde
Parution : 05-03-1998
Dans Le Matricule des anges n°23
"Satirique par certaines extravagances, ce livre est une savoureuse évocation de l'abdication devant l'existence, sur fond de siècle finissant. Pour Jean Dézert, le personnage central de ce roman de la non-vie, point d'oasis ni de salut. Agé de 27 ans, il est employé au ministère de l'Encouragement au bien (direction du matériel). Sans passé ni futur, il vit le présent avec l'enthousiasme d'un supplicié. Il loge seul à Paris dans un appartement au plafond si bas que "des personnes à l'imagination facile se croiraient, chez lui, dans l'entrepont d'un voilier." Le jour, il remplit des imprimés, le soir, lorsqu'il ne fume pas, il griffonne son agenda dans lequel il recense de ridicules faits de rue.
Certaines personnes sont touchées par la grâce, lui c'est par le néant. "J'ai mal compris la vie, jusqu'ici", admet-il. Ses grands principes, il les puise dans l'abandon et la résignation : "Lorsqu'on ne peut apporter à un mal aucun remède, il est inutile d'en chercher". Pour se distraire de la solitude, le dimanche, le jeune homme s'autorise quelques sorties en compulsant les prospectus publicitaires : un bain chaud avec massage par des aveugles, un restaurant végétarien, une conférence sur l'hygiène sexuelle... Pas de malheur dans ces pages, juste l'impression d'être inutile, d'être à sa juste place, d'être invisible au monde. Rien ne fleurit sur cette terre étrangère, même lorsqu'une promesse de bonheur pointe le nez. Ainsi, comble de l'absurde, avant leur mariage, la jeune fille remarquera pour la première fois "sa figure si longue"... et c'est le désastre.
Lointain cousin de Bartleby de Melville, ce Jean Dézert incarne à lui tout seul toute la tragédie humaine. Sa résistance devant le cours des événements s'apparente aux frêles gesticulations d'un pantin. Ce livre est une excellente invite pour se plonger dans les Oeuvres complètes de ce poète et conteur publiées aux éditions Champ Vallon."
Philippe Savary
(Le Matricule des anges, n° 23)
Un article passionnant sur le blog de Pissos
DE JEAN DEZERT A JEAN DE LA VILLE DE MIRMONT
petit extrait
(..) Ainsi, dans ces années d'avant-grande-guerre, vivait un garçon, natif de Pissos et portant prénom et nom d'un héros de roman créé au même moment par un écrivain du même âge. Des histoires parallèles d'enfants de conditions différentes, arrivés miraculeusement tard dans la vie de leurs parents, fascinés par l'horizon, le voyage et l'aventure.
Le Jean Dézert croqué par Jean de la Ville faisait partie du grand troupeau peuplant les villes, les bureaux et les administrations. Si il avait réellement vécu, si le roman avait été un peu plus long, il serait bien évidemment parti à la guerre en août 1914, éberlué et déboussolé, on le devine.
Car nombreux ont été les Jean Dézert à remplir les tranchées de la Grande Guerre et les cimetières en suivant.
Comme les deux autres Jean, le poète et le menuisier. "
Contes
Recueil posthume
1923
City of Benares
Les Pétrels
La Mort de Sancho
Le Piano droit
Les Matelots de la Belle-Julie
Entretien avec le diable
L’Orage
Mon ami le prophète
L'horizon chimérique (INTRODUCTION DE MARCEL SCHNEIDER ; PREFACE DE FRANCOIS MAURIAC)
Jean de La Ville De Mirmont
Grasset Et Fasquelle Cahiers Rouges 21 Mai 2008
L'oeuvre de Jean de La Ville de Mirmont, tué au front le 28 novembre 1914 à l'âge de 27 ans, se compose d'un court roman, Les Dimanches de Jean Dézert, de contes et de poèmes publiés après sa mort, sous le titre de L'Horizon chimérique. Né à Bordeaux en 1886, Jean de la Ville de Mirmont a passé sa jeunesse dans la capitale girondine. Il y a noué maintes amitiés fidèles, dont celle de François Mauriac qui rédigea la Préface
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