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lundi 29 juin 2020
Note de lecture sur Ostraka de Cristian Ronsmans, par Julien Miavril
Julien Miavril est doté d'une sensibilité très aiguisée. Elle lui permet de traquer les moindres sursauts de l'âme d'un auteur jusque dans ses encoignures et plus infimes recoins et les rehausser pour mieux les mettre dans un écrin de lumière.
Il se livre alors à une analyse fouillée tel un horloger spécialisé dans l'horlogerie ancienne, capable tout en pénétrant dans le ventre d'une comtoise ou d'une pendule à jaquemart, au fur et à mesure de la dépose des différentes pièces, ressorts, engrenages et autres, de nous expliquer dans les plus subtils détails détails le mécanisme et le fonctionnement avec une grande pertinence.
Je lui suis très reconnaissant pour cette note de lecture. (Cristian R)
"Ostraka", livre paru aux éditions du Pont de l'Europe, de Cristian Ronsmans, note de lecture
Par Julien Miavril
Prends-bien garde, ô lecteur, de ne point trop t'égarer en ces contrées philosophiques, toutes emplies de fiel et de sagesse, qui forment la trame de l'ouvrage de Cristian Ronsmans. Tu pourrais avoir à y goûter ce nectar empoisonné et salvateur, que contient tout philtre d'amour au-delà même du secret de sa composition. Le titre choisi fait référence à ces éclats de calcaire, qui n'existent qu'unis et réunis, et sur lesquels est inscrit le brûlant langage des dieux, proches et lointains par essence. Comme une pharmacopée cosmogonique et magique dont le secret aujourd'hui nous échappe. La philosophie qu'y déploie le poète donne, d'un bout à l'autre, à entendre ce rire dionysiaque qui se fait aussi léger que son mal d'amour est profond. Car il semble que la langue de l'Amant blessé qui forme la scène primitive, soit en faillite et comme meurtrie dans son vigoureux essor. Cristian Ronsmans s'échine en effet à pourfendre une à une les différentes figures de l'amour - soudain ou immortel, irruptif ou courtois, déssaisissant ou mortel voire ennuyeux, désespérant ou alors profondément salvateur - Le philosophe assène des coups de marteau en même temps qu'il instaure un nouvel ordre impérieux où mythologie, métaphysique et philosophie se fondent et se confondent :
"Le jour, en effet, où l'Homme acceptera de renouer avec son féminin dont il s'est séparé et quand la femme cessera toute rébellion contre son masculin, viendra enfin le temps de l'anthropos, de l'Humain réconcilié. Un Humain dans la plénitude de toute sa dimension retrouvée. (...) C'est l'Humain, dans sa finitude qui façonne le sort de l'Humanité, son destin dans l'infini de l'Univers où tout est déterminé, qui le dépasse mais où la permission lui est donnée."
Nouvelle eschatologie où l'Homme et la Femme se fondent dans l'Humain, où ils ressuscitent à eux-mêmes dans un geste réconciliateur de rééquilibrage des polarités, où le retour à l'Adam primordial signe l'arrivée d'un homme nouveau, et où la finitude humaine porte et contient l'infinitude en acte et en puissance. Mystification ou pas, démystification au pas, il ne reste qu'à "ouvrir les portes de l'Alphée", autrement dit de l'Eden originel. Arcadie mythique où les nymphes restent victimes de la colère des dieux et où l'aimée transparaît à travers son absence fatale.
Le poète ne tarde pas à nous conduire dans une méditation qui puise sa sève directement depuis les racines de l'arbre du monde, ou l'axis mundi - propriété gardée des géants primordiaux qui voyagent entre Terre et Ciel. Ainsi de ce vieil homme, en dialogue avec son "frère feuillu" à qui il consacre des offrandes, et qui se sacrifie, tel le dieu Odin s'étant pendu à l'arbre premier pour y recevoir le fruit de la connaissance initiatique et sacrée. Sagesse de l'éphémère qui a valeur d'absolu, elle est celle qui se décline au théâtre, sur le ton de la fable, partout où l'Amour fait loi.
Vanité des vanités ! Le poète nous instruit ensuite de la moindre valeur de l'or matériel au regard de l'or de la connaissance. Il décline une puissante parabole sur le thème du Veau D'Or. On y renoue avec la sagesse de l'Ancien testament, comme avec celle contenue dans les traités alchimiques sur les métaux précieux, et qui nous détournent du danger de convoitise guettant celui qui part en quête des trésors de l'Abîme. "Moine au désert de la vie", tel est celui qui s'exile de lui-même pour mieux se retrouver lui-même dans le silence des mondes. Car l'Art exige à la fin patience et empire sans partage. "L'Art est long, mais le temps est court." comme l'affirmait Baudelaire. Et le poète !? "Rien qu'un passager du vent que le vent finira par emporter." Tout est poussière et pâture de vent pour reprendre les mots de "l'Ecclésiaste". Et le poète ne trouve véritablement son lieu que dans la "contemplation de l'univers, dans la matrice du silence sidéral", là où la psyché humaine fusionne avec le Tout.
À cela s'ajoutent de superbes tableaux impressionnistes, par moments surréalistes et troublants, à d'autres plus naturalistes, qui forment la matière d'un double spleen toulousain et bruxellois. Rassemblement de visions intimes et diffuses, le Réel s'y trouve tout à la fois dénudé et transfiguré dans un ultime acte sacrilège de célébration. Aussi, c'est sur la scène d'un "théâtre", où tous sont réduits à n'être que "palpitations sous les tréteaux du monde. Et rien d'autre", que se joue et se noue le drama. Ce théâtre est celui d'une cruauté dont l'éclat est rendu à sa vérité première. Aucune place pour le masque ou le mensonge - pas même le jeu ou la simulation - car la vérité qui s'y expose, déchire en même temps qu'elle délivre "l'éternel indécis" qui trône seul sur la scène.
Et bientôt, le verbe du poète même s'éploie en une théophanie du visage, lieu d'inscription de l'infini et de l'altérité de l'homme en l'homme. Après avoir opéré une distinction entre forme de méditation béate et contemplation sincère et authentique, le poète nous ouvre les portes du cosmos. Il devient ce "matador en habit de lumière éternelle", en même temps que ce "taureau apeuré" qui se constelle dans le ciel même, objet de son extase contemplative. Et l'ombre qui y inscrit son règne, se change en "orage de feu" destiné à se dissoudre dans la nuit. Le combat se poursuit dans l'arène avec "l'Ange des ténèbres", jadis figure démiurgique et créatrice d'amour, et qui emprisonne désormais tout être dans le filet de ses sortilèges vengeurs. Au contact des épaisses ténèbres, et au terme de cette nuit noire dont l'Ange assure la traversée, jaillit enfin la lumière du Royaume où vie et mort s'épousent et où il ne suffit plus de "saper les piliers de l'antique sagesse." Il incombe au contraire de réinventer la Genèse et de troubler le Seuil qui sépare le royaume de la nuit et des morts, de celui de la lumière et des vivants. Le poète y apparaît alors comme ce passeur de plus d'une rive qui inquiète l'ordre voulu par l'Esprit divin. Et au travers d'une écriture puissante, lyrique, fulgurante et lumineuse, Cristian nous révèle les arcanes de cette Sophia Perennis, ou Sagesse première, qui fait la sève rutilante de toute méditation poétique authentique.
Julien Miavril, Strasbourg le 26 juin 2020
samedi 25 avril 2020
Fils de novembre, retour de lecture de Cristian R
Ma chère Françoise,
Comment te remercier de ce recueil que tu m'as adressé; lequel, aux bons soins de l'intendance des postes belges, a su se faire désirer.
Mais cette attente a été bien récompensée par la lecture de ce petit bijou de sensibilité poétique, où j'ai pu apprécier ta belle maîtrise.
En matière d'Art, la poésie est un Art royal. En ce sens que, tel un Lévite dans le Temple, gardien de l'Arche, le poète va orchestrer le rite avec une telle rigueur, une telle simplicité, et une telle pudeur qu'elle est la marque du talent, .
Quoi de plus beau et touchant à l'essentiel que ce peintre, qui d'un seul trait de crayon dessine un oiseau, dans la majesté de son envol, pour dire l'essentialité d'un message
Ma chère Françoise, tu fais exactement cela. Tu écris à main levée d'un seul trait, sans ornementations superfétatoires et prétentieuses, sans artifices d'illusionniste, mais avec juste ce qu'il faut de densité pour atteindre le cœur de ton lecteur ou de ta lectrice.
Je suis très impressionné par cette œuvre qui relève, pour mes yeux d'infidèle, de la cérémonie, avec son introït, son kyrie et son sanctus pour un Requiem en poésie majeure.
J'ai été, entre autres, ému, jusques aux larmes, à la lecture de Volga.
Tu as l'étoffe d'une grande poétesse, mais cela je l'avais deviné, il y a un bon bout de temps. Et la confirmation tu l'apportes ici et maintenant.
Je ne peux terminer cet humble commentaire d'un lecteur enchanté sans féliciter la qualité éditoriale. J'aimerais que tu le dises à Véronique et que tu la remercies pour moi de ce magnifique travail.
Je t'embrasse avec respect et grande tendresse
Ton vieux cachalot
Cristian
lundi 23 mars 2020
Le menuisier amoureux, de Cristian Ronsmans
Le menuisier amoureux.
Un menuisier bien charpenté, de corps bien bâti,
Goûtait au repos bien mérité d’un Boaz endormi.
Voilà qui était, il faut le dire, pour le moins étonnant
De voir cet homme dont la réputation de battant
N’était plus à faire, ainsi tétanisé. Était-il donc paralysé,
De n’avoir pu combler cette baie tant convoitée,
Brèche dans la sympathie de la belle enfin ouverte?
Alanguie dans une pose, ma foi, fort bien découverte.
Y avait-il donc du mou dans la butée souple,
Plongeant le menuisier d’autant plus dans le trouble
Qu’il se sentait de moins en moins à l’aise
Dans ce face à face avec la belle mortaise?
Hésitait-il à enfoncer, sans scrupules , le tenon,
Sidéré devant l’incroyable beauté du téton ?
Il se peut. Mais le menuisier est ferme et déterminé.
Et farouchement, sans plus longtemps barguigner,
Besognant, sans relâche, son remarquable ouvrage,
Assuré de gagner la voie de fait du compagnonnage,
D’un coup, d’un seul, enfoncé dans le chambranle,
D’une foi sans faille et que rien n’ébranle,
Bandant son arc de décharge, maintenant la paumelle,
Il rive son clou à mortaise la belle !
Voici donc contée sur un air de chaconne,
La belle histoire des amants de Crémone.
Pour une fois je signe.
CR
© le 10 mars 2020
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| © photo Cristian Ronsmans |
samedi 18 janvier 2020
Le bâton de Plutarque de Cristian Ronsmans, article de Francine Ghysen
Le Carnet et les instants
blog des Lettres belges francophones
ICI
Des notes sur toute la gamme
Dans Le bâton de Plutarque, deuxième volet de ses Miscellanées (le beau nom, quelque peu oublié, des mélanges littéraires), Cristian Ronsmans nous livre une nouvelle brassée de notes cueillies dans ses carnets, aux couleurs et humeurs variées. Groupées par chapitres fantaisistes : Aphorismes et périls, Aphorismes et mantilles, Aphorismes et basse continue, Aphorismes et vieilles dentelles…
Ici, un air de confidence : « Je n’ai jamais verrouillé mon cœur. J’aurais dû. J’aurais dû le cadenasser ».
Là, des réflexions dans le sillage de la phrase ‘lumineuse’ d’Hölderlin : « La poésie est un jeu dangereux ». « L’objectif essentiel de la poésie [est] de rendre visible l’invisible, de faire remonter le ’moi’ enfoui. »
Plus loin, une conversation avec le Silence, début d’une mystérieuse amitié.
Une brève histoire d’une ironie mélancolique, dédiée à Claude Nougaro : « Elle m’aimait pour ce que je fus. Elle ne m’aime plus pour ce que je suis. L’amour est aveugle non parce que l’authenticité de l’objet se dissimule au regard mais parce que le regard ne voit que ce qu’il rêve de voir. ».
Des méditations sensibles sur l’art : « L’art, quelle que soit la façon dont il touche un être, tend à lui offrir la possibilité de se dépasser, d’être autre dans un mouvement d’allégresse incomparable. » « L’art est une marche sur les sentiers escarpés de notre recherche vers la subtilité des profondeurs qui le met en action. ».
Des pages captivantes sur Tàpies : « Un peintre loup. Solitaire, il l’est et entend le rester.» Dans son abstraction figurative, il rencontre un subtil écho de Paul Klee, « si proche de la peinture d’au-delà de la peinture ».
«Tàpies s’interroge, nous interroge : la création n’est-elle pas une œuvre à deux dans une dialectique en tension constante entre artiste et spectateur ?
Cristian Ronsmans évoque Marcel Duchamp, le grand ‘Chamboulateur’. « De Cézanne au futurisme, en passant par toutes les avant-gardes de son temps, il a tout exploré rapidement, car c’est un homme pressé d’en finir, pour se consacrer à son projet. » Projet s’appuyant sur une idée-force, qui hantait l’artiste : « ‘Quitter le champ de la peinture rétinienne’, la peinture qui fait plaisir. Pour mieux gagner les rives aporétiques d’un monde qui n’existe pas encore vraiment ».
Il rappelle l’influence qu’eut sur son œuvre Raymond Roussel, dont il tient Locus Solus pour « l’un des grands chefs-d’œuvre de la littérature du XXe siècle ».
En revanche, il n’épargne pas les imposteurs, au premier rang desquels Jeff Koons. « Après avoir été longtemps courtier en matières premières à Wall Street, Jeff Koons se lance dans l’art ‘en tant que vecteur privilégié de merchandising’, cet ancien trader s’est très tôt reconverti dans la marchandisation de l’art, aux bénéfices bien plus juteux que les bénéfices boursiers à risques. […] On a condamné Madoff, à juste titre. À quand, pour outrage à l’art, l’inculpation de Jeff Koons ? »
Tour à tour sérieux et léger, grave et moqueur, Cristian Ronsmans aime jouer avec les mots : « un bouc hémisphère », « à double tour d’ivoire », « j’ai l’estomac dans l’étalon »…
Et l’on choisit de le quitter sur un sourire: « Comme disait un vieux talmudiste: ‘Quand je découvre quelque chose qui me dépassait jusqu’alors, j’ai envie de danser sur la table’. Je vous souhaite à tous de danser sur la table. »
Francine Ghysen
Je vous invite à ouvrir l'article afin de le lire en entier. Une très belle critique-hommage de ce livre unique comme l'était déjà Ostraka (mêmes éditions)
fruban, le 18 janvier 2020
vendredi 4 octobre 2019
Pierre Soulages, par Cristian Ronsmans
Réglons nos comptes et arrivé à l'échéance ultime je ne ferai aucun quartier. Dans l'espoir que je puisse en terminer à temps avant le départ.
Voici un texte que je publiai en septembre 2014.
Il concerne l'homme en noir, sorte de Fantomas de cathédrale en ruines, un certain Pierre Soulages dont je visitai le musée à sa gloire, avec Catherine B., à l'été 2014.
Le lendemain de cette visite, un lundi, , sur les 6h du mat., chez Catherine B, dont je vous reparlerai, je fus victime d'un AVC.
Vengeance de l'homme en noir. Possible.
Voici l'intégrale de mon texte écrit en septembre 2014/
Je n'en retranche pas une ligne, un mot, une virgule.
"Je vous avais promis un commentaire sur Pierre Soulages, son musée et ses créations. Le voici.
J’avoue avoir été longtemps soumis à l’autorité du préjugé concernant ce créateur, ne m’appuyant que sur ce que j’en avais vu dans des catalogues, des livres, des reproductions sur le net et sur les propres déclarations nombreuses (il est prolixe) de l’intéressé.
Or donc, il me fallait, c’est un minimum d’intelligence que je me rendisse sur place à Rodez dans le Debir du Maître pour en mon âme et conscience, non pas juger, mais, livrer mon sentiment, mes impressions, mon ressenti, mon analyse à la lumière de mon logos personnel, et ce n’est pas le plus simple, au vu de l’engouement populaire, en toute sérénité et indépendance d’esprit.
Aussi, avant d’entrer dans le vif du sujet, autrement dit de la critique (concept toujours considéré, hélas,comme négatif par la communauté) je tiens à dire que j’ai non seulement été intéressé par certaines créations mais, qui plus est, je les ai trouvées belles. Et je ne dis pas cela, car ce n’est pas mon genre, pour m’attirer les faveurs bienveillantes de tel ou tel. La preuve vous en sera donnée dans la suite de mon propos.
Commençons donc, si vous le voulez bien, par l’arrivée sur les lieux.
Le temps était au beau et Rodez resplendissait, comme de coutume, de cette magnificence affectée des villes mortes depuis des lustres , sans qu’elles en soient conscientes.
Les rayons du grand blond cuivraient les façades de la Cathédrale, à la sévérité défensive des forteresses moyenâgeuses, lui conférant cet air de vieille casserole gothique dans lesquels on confectionne les meilleurs brouets mystiques. « Croyant, à genoux, l’Eglise a un œil sur toi ! ».
Je connais bien la ville et comme je m’en doutais le musée était aux alentours du Foirail. Quelques panneaux indicateurs en indiquaient la direction.
Et même la direction d’un parking.
Soudain plus rien. Comme bien d’autres automobilistes, compagnons à 4 roues provisoires, je m’engageai dans le premier parking venu, non loin d’une immense bâtisse moderne, cubique et rouillée qui selon moi devait constituer l’antre du Maître.
De fait, quittant mon véhicule, le parking donnait sur un bâtiment quelconque baptisé « Carrefour » le long duquel je vis quelques paniers de ménagère à roulettes (les paniers, pas les ménagères !) et j’en conclus, à la lecture de cette enseigne, que le musée était bel et bien bunkerisé, expression architecturale de la « Lingua Quintae Reipublicae », fort à la mode aujourd’hui.
Nous (ma compagne et moi) n’étions pas bien loin du Temple Soulagien.
Un peu comme on gravit la butte du Lion à Waterloo, il nous fallu grimper tout un long escalier, lequel, au fur et à mesure de l’ascension nous permettait de découvrir les contreforts d’une succession de 6 à 7 blockhaus dont un seul, en fait, abritait les œuvres.
De mon point de vue, il me parait difficile de faire plus hideux. Des cubes d’acier calaminés jusqu’à l’os du métal. C’est à la mode, certes. J’avais, en effet, déjà vu cela dans le village du Broc en Auvergne, comme parure de la salle des fêtes. Ce calamiteux et calaminé décor faisait l’orgueil du Maire car cela valait son pesant de cacahouètes généreusement versées par les contribuables, hostiles aux arachides qui avaient tant fait grossir leur porte monnaie. Le « corten » puisque c’est de cela qu’il s’agit (c’est le nom de la ferraille) se vend à prix d’or !
A ce sujet, le Maître ruthénois qui ne peut résister (suffit de voir son expression pour s’en convaincre) à balancer une bonne vanne, n’hésite pas sur le prospectus qui vous est remis à l’entrée de s’exprimer sur son architecture oxydée en ces termes : « Plus les moyens sont limités, plus l’expression est forte ».
Ce premier contact, extérieur avec le musée, franchi, on pénètre enfin dans le lieu où, ne soyez pas trop gourmand, le Maître n’occupe qu’un seul niveau sur les 6 de ce seul blockhaus.
Cela étant, incontestablement l’intérieur de la casemate est infiniment plus sympathique que sa gueule de façade rébarbative. A priori, on peut se demander si les parois ne sont pas constituées du même acier qu’à l’extérieur mais pour le coup, lavé, nettoyé, rapproprié. Bref un métal nickel si j’ose dire avec de joli reflets bleutés, mâtinés de gris renvoyant une image un peu austère mais apaisante, sans agressivité. Assez neutre somme toute et cela va parfaitement convenir à l‘exposition du travail.
Et venons-y.
Qu’est ce que je fais, je parle de l’œuvre ou du bonhomme ?
Allons-y pour l’œuvre, je préfère garder le meilleur pour la fin.
Nous avons fait 2 fois et demi le tour du rez-de-chaussée de la casemate ce qui me semblait un minimum pour se faire une opinion.
Celui-ci est divisé en 6 thèmes. En gros, la période du noviciat, suivie, des œuvres de tâtonnement du style, puis les fameux brous de noix, dans la foulée, les cartons des vitraux de Conques, ensuite nous avons les exercices de styles (lithos etc..) et enfin l’apothéose du noir avec l’inénarrable (qu’on ne peut raconter) Outrenoir.
Le noviciat.
De mémoire, je n’ai pas de mal, c’est court ! ( et on comprend aisément pourquoi). On découvre 3 petites toiles ridicules de taille, d’inspiration et de technique, représentant quelques arbres maigrichons et rabougris. Trois « œuvres » du niveau d’un peintre amateur qui se serait initié à la méthode Bordas : « J’apprends à peindre », avant d’intégrer la première année d’académie.
Mais passons. On se dit qu’il fallait bien que cet élève, à priori peu doué, se fasse la main et le pinceau.
On en arrive, ensuite, à ce que j’appelle le tâtonnement de style qui se distingue par une approche d’une abstraction tragique, avec quelques relents de pointes cubistes. Une approche assez simple dans le fond tant pour l’artiste profane que pour le spectateur profane cultivant des allures de fidèle inspiré par ce monisme pictural !
Ca sent le Mondrian décoloré par l’Oréal et recoloré par l’adepte du brou à la noix. Vous savez ce Mondrian dont Dali disait dans une interview célèbre : Piet ! Piet ! Piet ! Niet !
Mais on ne peut s’empêcher de penser au ténébreux Mal est vitch arrivé avec son carré de chocolat (on se croirait dans Candy crunch) sur fond blanc gélatineux. On pense aussi à un André Beaudin saisi par un coup de blues cubiste dans un Temple protestant. Bref pas de quoi s’émouvoir.
Cependant, tout en cheminant dans ce dédale abstrait, je tombai enfin sur une toile qui retint mon attention. De larges bandes noires, tantôt horizontales, tantôt verticales dans un funèbre enchevêtrement se dessinaient à grands coups de spalter sur un fond grisâtre. Je restai bien évidemment insensible, sans la moindre émotion devant l’œuvre du Maître, quand soudain j’eus une vision. Je dis bien une vision, et non une émotion.
Une réminiscence vénitienne d’un moment vécu revint à la surface de ma conscience.
Avec une bonne dose d’imagination, à force de me torturer les méninges pour donner du crédit aux barbouillages abstraits, mais je ne manque pas d’imagination, s’imposât à moi l’image soudaine de mon déplacement sur la lagune de nuit dans une atmosphère aporétique et un épais brouillard d’où seuls émergeaient de fantomatiques « briccole » que je croyais retrouver chez Soulages.
Me voilà donc à cet instant entre une vision hallucinatoire et une trouble réminiscence d’un moment qui fut en effet un moment d’émotion dans un lointain passé.
Car c’est ce moment précis qui fit émotion. La toile ne fit que me la rappeler. Un peu comme le visage d’un inconnu vous rappelle soudain celui, émouvant, d’un être aimé.
Bref, je dis « in petto » merci à Soulages mais je m’en fichais éperdument. Je n’eus pas eu cette vision, que cela n’eut aucune incidence d’interpellation de mon vécu à l’insu de mon plein gré.
Mais peu m’importât
Et lancés dans notre inexorable parcours, ma compagne et moi avions déjà franchi le seuil de la salle suivante.
Là nous entrâmes dans le vif du sujet. La salle est impressionnante de proportions, mais cela se justifie en raison des dimensions qui avoisinent aisément celles des « Tintoretto » exposés au Palais des Doges dans la Sérénissime.
Ici le pompeux s’installe dans sa plus pure radicalisation immanente !
Au centre ce que je prenais pour un paravent rapporté par un voyageur égaré au pays de Gargantua, était en fait une toile recto/verso épaisse en couches noires diversement étendues. On m’avait, du reste, pour bien comprendre Soulages, invité à entrer dans « l’épaisseur de sa peinture ».
L’occasion se présentait.
Je tournais donc autour du monstre plat comme un allien passé au laminoir. Je le reniflais, flairais cherchant le moindre interstice qui me permettrait de me glisser entre les couches noires jetées à la truelle comme un vulgaire enduit de rebouchage.
Stupéfiant ! Pas la moindre faille. Plus abrupt que le mur de Fontainebleau, y a pas ! La paroi est infranchissable. Varape interdite et varape oustra aussi !!
Déconfit comme une vieille cuisse de canard usagée, je regardai en direction du mur est, sur le côté de la baie vitrée.
Face à moi une immense toile coupée en deux volets comme un dyptique, un pan tout noir et un pan noir hachuré horizontalement de blanc. Sur le côté, les mêmes toiles en formats plus petits. Sans doute les ébauches, les études comme faisaient les Delacroix, Géricault et autres artistes.
Je regardai cela, un moment, l’œil morne, impavide, sans ressenti particulier. Je ne trouvai cela ni beau ni moche. Je me souvins, soudainement, à cet instant des propos sentencieux du Maître : « Je ne dépeins pas, je peins »
Ce qui en dit long sur sa suffisance compensatrice de son insuffisance dans l’Art. Car bien sur qu’il ne dépeint pas. Ca se verrait. Mais étaler de la couleur avec quelques zébrures n’est pas peindre non plus. Ces « œuvres » de son aveu même ne représentent rien mais là, en l’occurrence, elles ne ressemblent à rien non plus.
Normal car il ne dépeint pas plus qu’il ne peint.
J’en étais là de mes ruminations, quand m’étant imperceptiblement approché du monument acrylo-glycérophtalique, j’eus l’illumination. Ce que je prenais à distance pour du noir était du brou de noix ! Sabre de bois ! Ah le coquin ! Le brou de noix, couleur brou de noix donc, astucieusement appliqué renvoyait à distance l’illusion de voir du noir et je n’y avais vu que du feu.
Ah l’habile bonhomme !!!
C’est incontestable, j’en avais la preuve sous le nez, ce Soulages est très fort.
En habile technicien, en artisan consommé, il arrivait à me faire prendre un AVC pour des lanternes. Il est à la peinture ce que Bernard Bilis, magicien connu est à l’émission de Sébastien « Le plus grand cabaret du monde ».
Et bien, moi je le dis haut et fort : Bravo Monsieur Soulages.
En dépit de vos allures de gentleman frimeur vous êtes la fierté de l’illusion humoristique de la France.
Fi des éternels ronchonneurs, des aigris et autres ramollis du bulbe car vous êtes un formidable technicien de la pâte à modeler !
Mais, bon, ce n’est pas tout ça. Ma compagne et moi allions à la découverte d’autres œuvres sidérantes. Un moment je crus découvrir, et m’en extasiais, une bien belle imitation de parquet de lames, au noir bien patiné par les ans, et je me disais que cela serait du plus bel effet pour lambrisser les murs de ma salle de bains.
Cruelle déconvenue. Une fois encore l’illusionniste m’avait bluffé. Tout était dans l’épaisseur (enfin la voilà) de la couleur sur une toile soigneusement marouflée !
Bien joué Soulages !!
Et enfin toujours dans la même salle, je découvris une grande, comment dire, « toile-sculpture », coupée en deux dans l’horizontalité cette fois. On aurait dit deux panneaux longs dans leur horizontale, l’un au dessus de l’autre, chacun ornementé de baguettes fines gainées de métal bleuté ou gris. Chaque baguette étant dans le prolongement exact de celle qui la surplombe et inversement.
Mais, non gros bêtas ! Ce ne sont pas de fines baguettes de métal ! Ce sont des coulures de peinture qui imitent le métal.
Visiblement Maître Soulages, Maître Jacques de la Couche et joyeux compagnon proposait une fois encore une création qui pour l’un des panneaux eut constitué un joli soubassement mural dans ma bibliothèque que j’aurais augmenté d’une belle moulure, ton sur ton, et rehaussé d’une toile de riz au teint mordoré de jaspes cuivrés.
Mais je n’étais pas venu, en dépit des talents incontestables de décorateur de notre hôte, pour ré envisager la déco de my sweet home.
Nous continuâmes donc notre visite par la salle des pas perdus (pour tout le monde) où s’exhibaient ce que je pris pour des Tofolli de jeunesse et qui en vérité constituait une partie du fond lithographique, sérigraphique etc… du Maître.
Entre temps, j’ai oublié de vous le dire, nous avions visité la salle la plus marrante car la plus exhibitionniste. Celle des cartons des fameux vitraux. Je reviendrai plus loin et avec prudence sur l’affaire des vitraux. Cela étant, le narcissisme de la salle des cartons vaut le déplacement pour ceux qui s’intéressent aux spécificités psychanalytiques liées aux postures que peut prendre « l’artiste qui s’y croit » ou finit par s’y croire.
C’est un point, par ailleurs et de façon générale, où je m’inscris en faux contre mon ami Ferry « boite » (comme dirait Pagnol) quand il parle de « blague ». Non, Luc, c’est de l’humour et de la provoc ! Faut dire, à ton corps défendant, que même Dagen, dont les jugements ne valent pas un pruneau, sauf pour quelques constipés de l’art « du même temps que », ne s’en était pas rendu compte !
Nous allions quitté les casemates et sa foule bigarrée qui vient des quatre coins de l’hexagone à pointe cubique quand ma compagne me signalât qu’il y avait peut-être bien une autre salle que nous n’aurions vue, plutôt dissimulée et qu’en somme il faut mériter.
Et combien nous aurions eu grand tort de ne pas y pénétrer pour y admirer le clou du spectacle.
La salle est grande, majestueuse. Elle contraste par la blancheur immaculée de ses murs avec les autres salles et rend un effet des plus pompeux par la mise en valeur du noir des grandes fresques enténébrées avec ce regard glacial du couteau mortel trempé dans l’encre de seiche !
Ici cela sent bon le jansénisme.
Ce n’est pas une cathédrale d’artiste. O non !! C’est l’abbaye de Port Royal du Pierre Lescot de l’outrenoir.
Grandiloquent, certes mais beau !
L’outrenoir n’a rien d’outrancier aux yeux de l’outre quiévrain, comme moi, qui par atavisme, se serait réjouit pour une fois qu’une toile portasse un nom, celui-ci fut : « Ceci n’est pas du noir ».
Mais chez les jansénistes on ne rigole pas.
Cela étant si ma compagne crut, dans une œuvre, distinguer une plage caribéenne avec ses cocotiers sous un soleil couchant, terre de Sienne, personnellement je ne vis dans l’ensemble général que l’aile protectrice de la divinité Hybris exhibant ses coursiers funèbres issus de l’effroyable Erèbe.
Coursiers funèbres que l’on verrait davantage hanter les sièges de sociétés bancaires dans Zurich la froide, ennoblir le catalogue de la Ligne Roset, ou encore meubler les palais défraîchis et poussiéreux des antiques pouvoirs chancelants d’une République en ruine. Fantômes d’une liberté disparue.
Voilà pour la visite. Venons en maintenant au personnage.
Au fond, il ya peu de choses à en dire, tant Soulages est son propre agent de communication. L’homme est un véritable Maître en scène.
Et je conseille vivement de regarder le petit film qu’il s’est consacré à lui-même. Où l’on découvre une sorte de hobereau ruthénois tel le faucon éponyme, esquissant tantôt un sourire ambigu, coulissant du regard, condescendant à lâcher une bribe de phrase à quelque ouvrier de Saint Gobain en blouse blanche qui atteste de sa condition médiocre d’agent de maîtrise devant le Maître.
Et l’on voit aussi dans ce petit film combien le Maître en scène est bigrement intelligent et use de toutes les mises en valeurs possibles de sa personne. Jusqu’à sa taille par exemple. Il en joue à merveille. Il est grand, très grand. Ce qui lui permet de toiser le commun des mortels. Tellement intelligent, est-il, qu’il se grandit sans cesse. A 92 ans, il mesure 1m92 et on peut, dès lors gager, que centenaire il fera deux mètres.
Cette taille renforce en outre sa psychorigidité naturelle liée au rigorisme de sa pensée froide, implacable, dénuée de sensibilité liée à un jansénisme impitoyable. Soulages fait un peu peur à beaucoup et c’est bien son but.
Soulages est une sorte de Christ, chenu, un vieillard roide, vêtu de noir, qui s’avance lentement sur les eaux sombres du Léthé. Il est ce Charon, psychopompe au pourpoint funèbre qui vous fera traverser l’Achéron pour vous déposer sur les berges mortes de l’Hadès de l’art « du même temps que ». Psychopompe et psychopompeux, tel est ce cobra désincarné !
Et tout cela en vous faisant avaler son ultime couleuvre, l’abstraction gestuelle. Oui, je sais, il est assez difficile de ne pas s’esclaffer mais essayons de rester dignes.
Car il serait injuste de lui faire le procès de ne pas posséder un certain savoir-faire à défaut d’avoir quelque chose à faire savoir. Ce qu’en effet il ne revendique pas.
C’est un bel artisan, habile technicien, il a réussi en effet à partir de son outrenoir à créer une certaine luminosité qui n’a rien à voir avec la Lumière. Son refus métaphysique est assez clair, du reste.
Aussi pour quel motif vouloir transfigurer un bon artisan d’excellente facture, un bon communicant en l’artiste français vivant le plus prodigieux que nous possédions ?
Qu’est ce que cette icônerie ?
Je ne vous ferai pas l’injure de citer quelques peintres français vivants qui eussent pu aisément faire l’affaire, tel Gérard Garrouste, au hasard. Enfin presque !
J’ajouterais que s’il ne faut pas prendre les mots pour des idées, et chercher l’Idée sous le symbole (car l’Art est une voie royale d’initiation, pratiquée en solitaire) de la même façon il ne faut pas prendre une vision, pire une hallucination pour une émotion.
D’autant plus que l’émotion doit être traduite. Ce que je m’en vais vous expliquer.
Aussi je crois qu’il est grand temps de faire un cours succinct de l’histoire non de l’art mais de l’esthétique et de son positionnement dans l’histoire de l’Art. Il est du reste un livre « Le sens du Beau » de Luc Ferry « boite » que je conseille vivement et en particulier à Philippe Dagen, qui ne brille guère dans l’obscurité de ses pensées, pas plus que ses amis du marché de l’art, les Chalumeau, et consort.
Succinctement, il fut un temps où l’artiste était ni plus ni moins qu’un intercesseur entre le Divin et les hommes.
Déjà à cette époque il y avait un marché de l’art où on se disputait les grands artistes.
La concurrence entre les Sforza et les Médicis sous cet angle était rude à l’époque.
Mais à la différence de nos Pinault et Arnault d’aujourd’hui les artistes n’étaient pas côtés à Sotheby’s pas plus que les richissimes acquéreurs côtés en bourse.
L’œuvre d’art n’avait pas encore atteint les sommets de vénalité que l’on connait.
Certes il y avait des boutiques ou Ateliers avec les Maîtres et petits Maîtres mais non des écuries comme disent les galeristes, maquignons qui se paient en peau de peintre.
Avec le temps, l’artiste commença à comprendre sous l’influence de la réforme combien sa position avait évoluée au regard de son génie propre. Et d’avoir fait trop longtemps un grand écart entre une œuvre qui réponde aux nécessités de l’harmonie cosmique et au besoin impérieux du génie humain.
Je vais assez rapidement car toute cette genèse lente trouva une première étape décisive aux alentours de 1750 avec la querelle des Anciens et de Modernes. Littéraire d’abord, elle n’allait guère tarder à gagner le monde de l’Art.
C’est à peu près à la même époque qu’allait survenir deux évènements majeurs :
1. La publication de l’Aesthetica de Gottlieb Baumgarten (d’où le concept d’esthétique)
2. L’arrivée du sentencieux Emmanuel Kant
Baumgarten va mettre en évidence la logique impérieuse du confus qui doit dominer chez l’artiste pour accéder à une logique du sensible. Et donc conduire à une connaissance par le sensible et connaissance du sensible.
Ce qui revient à dire que pour Baumgarten cette esthétique doit produire une émotion émanant du champ du sensible et être traduite en une connaissance. On y est.
Seulement voilà. Il y eut Kant. !
Kant est un problème et avait un problème.
Comme tout bon philosophe du Siècle des Lumières, Kant souhaite, veut, exige que la philosophie soit globalisante. Une « philosophie du tout » en somme qui embrasse toutes les disciplines scientifiques comme artistiques.
Rien ne doit lui échapper.
C’est ainsi pour l’exemple, que la philosophie allait aliéner la métaphysique à sa théorie globalisante quand précisément la métaphysique eut une part non négligeable et même importante dans la genèse de la philosophie.
Bref, tout fonctionnait bien jusqu’à ce que le père de la « Cripure de la raison Tique » (voir Louis Guilloux et « Le sang noir ») se heurtât à l’Art.
Kant se montra incapable de conceptualiser l’Art pour mieux se différencier de son antique concurrent, Platon, qui professait le Beau comme l’Idée de la Vérité.
Que faire pour Kant ? Face à cette impasse, il ne lui restait plus qu’à se faire hara-kiri. Rendre à l’Art son indépendance et mieux d’aller jusqu’à en défendre farouchement son indépendance (fort bien) au prix inique, cela étant, pour retrouver une forme d’autorité intellectuelle, de définir, lui Kant, ce qui relève de l’Art ou non à l’aune de sa « Critique du jugement de goût ».
Ah, le goût. « Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Sauf qu’on ne cesse d’en parler ! ». Nietzsche.
Premier axiome kantien : Le goût dicte le beau. Il en est le juge en vertu du plaisir esthétique. Il commence quand il se détache du simple plaisir sensuel qui dicte le jugement de goût.
Deuxième axiome : Le goût n’est pas de ce fait affaire de sensualité et moins encore de sensiblerie, mais de jugement.
Troisième axiome : Il faut rechercher un élément d’universalité dans le jugement de goût. Autrement dit, si nous sommes plusieurs, sans pouvoir conceptualiser le beau, à l’instar de Kant (in ne faut pas défier le Maître) que l’ensemble de nos jugements face consensus qui de fait devient principe d’universalité.
Quatrième axiome : « On ne dispute pas du goût, on en discute ».
Pour illustrer sa théorie, Emmanuel ne recule devant rien.
En voici un exemple :
Si je dis : « L’odeur de cette rose m’est agréable », il s’agit d’un jugement subjectif, lié à ma sensualité, ma sensibilité.
Idem si je dis que cette rose est rouge. C’est purement sensuel car un daltonien la verra verte et éternelle.
En revanche, et il ne manque pas d’air le Manu Kant, si je dis « la rose est belle », mon jugement est un jugement de goût indépendant de ma sensibilité qui prétend à l’Universel. Universel, si il se trouve un nombre suffisant de gens qui ont autant de « mauvais goût » que vous et moi pour confirmer mon jugement. Il peut arriver qu’on découvre un nombre aussi important de gens qui ont « bon goût » comme vous et moi.
C’est ainsi, au nom de cette sotte prétention d’un philosophe incapable de conceptualiser, d’objectiver l’Art, d’en dégager l’Idée que la porte fut grande ouverte aux imposteurs de l’Art qui ne craignaient pas grand-chose si ce n’est de se retrouver sur le marché juteux de l’Art au motif qu’un tas de gens étaient en accord d’universalité.
Et une grande porte ouverte aussi à une joyeuse bande d’experts, de spécialistes, tant amateurs effrénés que de critiques professionnels pas moins sectateurs du nouvel art, l’art « du même temps que », décrypteurs de l’impossible décryptage (à se demander pourquoi ils n’ont pas encore décrypter le « code Voynich »), tantôt thuriféraires de ces créations d’ artistes « du même temps que » où trop souvent, la surenchère à une pseudo originalité et l’imposture généralisée sont de mise et tantôt contempteurs violents de ces foutus réactionnaires nostalgiques probablement de l’art mussolinien, qui ont pour seule faute tout en appréciant l’art « du même temps que » d’en dénoncer les innombrables « foutages de gueule » d’une part et l’inculture généralisée, d’autre part et dont, pour un peu on m’accuserait volontiers avec une rage indescriptible. Indescriptible ? Pas pour Soulages, sans doute.
Mais on voit bien, dans ce court exposé, tout le décalage idiot qu’il y a entre Kant qui a ouvert la boite de Pandore et ces centaines de milliers de gens qui se bousculent aux expositions.
Car au nom de quel critère prétendent-ils que je dois avec eux m’extasier devant le génie de pseudos artistes, sous le prétexte qu’ils détiennent la vérité par la force du nombre dans leur critique commune du jugement de goût ? Au nom de cette émotion qui serait universellement ressentie ou de cette émotion qu’il convient de ressentir quoiqu’on en pense en réalité?
Or Kant a bien expliqué que l’émotion n’a rien à voir là dedans ! Et ça c‘est un premier hiatus !
Or, si je ne suis pas d’accord avec Kant au motif, mais je suis platonicien (on l’aura compris) que si pour moi l’émotion est prépondérante, elle n’est qu’un point d’appui.
Un point d’appui pour transformer cette émotion en Connaissance. Ce que Platon appelait « l’Idée » dans sa théorie du Beau.
Or le public dont il est question ne se gène pas pour s’appuyer sur le consensus émotionnel (que réfute Kant) pour mieux l’universaliser. Deuxième hiatus.
Diable ! Ou, mon Dieu ! Qu’il est difficile de supporter l’inculture généralisée. Je n’irai pas plus avant sur ce sujet de l’inculture, j’en aurais pour un bon moment et vous n’en auriez pas eu la patience. C’est très polémique comme sujet et je n’aime guère les polémiques !
Pas de polémique, Victor !
Déjà que si vous en êtes, de cette lecture, arrivés ici, sans m’avoir agoni d’injures, vous bénéficiez d’une extraordinaire faculté d’équanimité.
Aussi et pour clore, revenons à Soulages.
Soulages n’est pas un imposteur ! Une partie de son public, oui !!!
Bien sûr son travail est profondément ennuyeux car s’il est un remarquable technicien qui peut faire avancer le travail des peintres dans une approche différente de la technique et dont la cible est, par conséquent, les professionnels de l’Art, cela n’a aucun intérêt patent pour un public peu averti. Qui aurait envie de suivre les cours de solfège dispensés par Alexandre Tharaud ou Aldo Ciccolini ?
Pour être plus clair, Soulages n’est pas un immense artiste. Même pas un artiste au sens où on l’entendait quand on développât le concept de classification des Beaux-Arts.
On peut à la limite le considérer comme un artiste si on indexe son œuvre à celle d’un habile manœuvrier qui ne serait autre qu’un habile artisan. Et j’ai du respect pour les artisans.
J’en finirai provisoirement sur ce chapitre consacré à Pierre Soulages avec l’affaire des vitraux. Je ne les ai pas vus. J’avoue ! Cela étant, j’ai connu Conques avant les vitraux.
Je n’en ai vu que des photographies. Et je regrette de n’avoir pas eu le temps nécessaire de les voir. Pour le peu, les photos, de ce que j’ai vu cela me semble être d’un profond ennui et d’une épouvantable tristesse, une tristesse janséniste au sein d’un fleuron de l’art roman, si brillant, si émouvant, si humain entre ciel et terre.
J’ai lu quelques déclarations de Soulages sur son approche du vitrail.
Ainsi annonce-t-il, entre autre, sa volonté de faire entrer la lumière naturelle dans l’édifice. Qu’est ce que c’est que cette plaisanterie ?
Primo le meilleur moyen de faire entrer la lumière naturelle consiste à ne lui opposer aucun obstacle. Ce fut souvent le cas dans les églises et abbayes romanes, temples de paix et de sérénité en harmonie avec le cosmos à la différence du gothique qui avait pour but , non de montrer la puissance du divin, mais celle de l’Eglise.
Secundo, quand il y a des vitraux, ceux-ci répondent à un objectif précis. Il y est, en effet, c’est vrai, question de lumière. Mais plus exactement de « Lumière ».
Le vitrail est une parabole qui exprime la Parole, le Verbe divin. Il s’agit donc ici, ni plus ni moins, de la Lumière qui n’est autre que le Verbe.
Rien à voir avec la lumière du petit matin blême.
C’est pourquoi, à priori, je préfère largement chez les artistes de notre temps, l’œuvre d’un Marc Chagall ou encore celle d’un Georges Rouault.
Mais je retournerai un jour à Conques.
Au revoir Monsieur Soulages "
Cristian Ronsmans
©
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Publié de nouveau en septembre 2019

vendredi 20 avril 2018
Cristian Ronsmans, Encore faut-il avoir des oreilles pour entendre et une intelligence pour comprendre
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| photo Cristian R |
Longtemps, au lendemain de la seconde guerre mondiale, le prêt-à-porter donna des lettres de noble popularité doctrinaire à l’art de la haute couture en l’introduisant de manière industrielle dans les boutiques et la rue.
On inventait la mode à grande échelle.
La mode n’ayant pas pour objectif de fixer les canons du « se vêtir » mais bien d’orienter les masses vers un désir mimétique qui avait pour but de dévêtir et non vêtir. Dévêtir les cerveaux. Avec pour conséquence de cette perte d’identité, le désir de s’accaparer de celle de l’autre, qui bénéficie de la norme qu’on appela « mode ». Par extension, cela toucha tous les domaines jusqu’à la couette et le réfrigérateur.
C’est dans cette acception conformiste du « ce que l’on doit porter » qui concerne donc l’enveloppe, qu’on en vint à modéliser le contenu. Aussi, quand l’indigence de la pensée domine en nombre la pensée indépendante libre, à l’image du « prêt-à-porter » balayant l’originalité, elle ouvre la voie royale du « prêt à penser », avec ses différentes chapelles concurrentes.
Dans le droit fil de ces deux modèles morbides, un nouvel axe comportemental, depuis deux décennies, se développe de façon inquiétante, favorisé par un développement permissif et mondialisé de la disparition des frontières physiques morales et intellectuelles qui sépare le vulgum pecus du reste.
Ce nouvel axe comportemental complète les deux fondamentaux qui touchent le contenant (prêt-à-porter) et le contenu (prêt à penser) en y ajoutant le « prêt à parler ».
L’avènement du « prêt à parler »
Au-delà de l’indigence de vocabulaire, incident mineur, car conséquence inéluctable du succès du « prêt à penser » indexé aux chapelles rayonnantes de leurs idéologies respectives, il y a la disparition de l’originalité du contenu de la pensée. Au profit de celles totalisantes à visée uiversaliste, qui vivant en vase clos, bien au-delà de la divergence, nient l’existence du tout autre.
De sorte que les promoteurs du « prêt à penser » se sont armés du « prêt à parler » contribuant, de la sorte, à la paupérisation non seulement de la langue mais aussi du langage.
Or la langue véhicule les mots quand le langage colonne vertébrale du discours véhicule les concepts, les idées dont les mots ne sont que les instruments.
Cette paupérisation n'est évidemment en rien une finalité. Elle est un moyen de soumission qui affecte tous les courants idéologiques.
D’où le peu de goût pour ceux-ci, dans une consensuelle fainéantise, assorti d’une norme nouvelle d’indigence, à énoncer clairement le peu qu’ils conçoivent.
Augmentant leur brillante réflexion de la panacée incantatoire : « Le vivre ensemble » quand il s’agirait pour le mieux de réapprendre à « parler ensemble ».
Mais on atteint ici les limites de l’impossible retour.
Impossible, car il ne reste plus qu’un quarteron de vieux briscards, cultivateurs jardiniers de « la parole sur mesure » opposée au « prêt à parler ».
La « parole sur mesure » est dérangeante pour les indigents de la pensée et du parler. D’autant plus dérangeante qu’elle s’emploie à user du mot juste. Le mot juste est un mot simple, tel un costume sur mesure, il s’adapte parfaitement au discours. Blessés, vexés, humiliés par leurs carences qu’ils refusent de voir, fruit d’un manque de courage qui les paralyse, les derniers hussards de la « parole sur mesure » deviennent leurs opportuns boucs émissaires
Plutôt que de chercher à s’instruire, de comprendre, d’apprendre, de s’ouvrir, de se dépasser, comme il est bien plus confortable de s’engoncer dans une veule oisiveté et tout en s’appuyant sur la masse populaire qui lui ressemble et avec laquelle il se confond, de fustiger, vomir, condamner, mépriser, vouer aux gémonies celle ou celui qui a la coupable tendance à s’exprimer correctement.
Mais que croyez-vous donc, Mesdames et Messieurs les censeurs, contempteurs de l’art de la langue et du discours ?
Que nous devrions nous soumettre à vos diktats de petits potentats cossards, porte-enseignes de la soumission et de l’abêtissement généralisé, au nom de votre inculture et de votre absence de volonté à devenir meilleur et vous débarrasser de votre médiocrité ?
Chantres d’une déconstruction dont vous ignorez les engagements philosophiques et politiques, vous croyez qu’il s’agit simplement de détruire les élites de la parole, sans même comprendre le sens réel de ce terme, n‘en retenant que l’aspect exotérique au mieux, vulgaire au pire.
Beaucoup, une immense majorité, Stendhal dans Armance l’invoque, pense que « la parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée »
Certes, tels sont ceux que j’étripe ci-dessus. Mais il convient d’ajouter ceci :
La parole juste a été donnée à l’homme pour dévoiler sa juste pensée. Encore faut-il avoir des oreilles pour entendre et une intelligence pour comprendre. .
« Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. » Matthieu 13-43
© Cristian Ronsmans
avril 2018
Tous droits réservés
Les lecteurs de ce blog connaissent forcément Cristian Ronsmans dont j'ai publié ici plusieurs articles, poèmes. Ecrivain au talent rare qui sait à merveille mêler malice, cynisme, à une vraie et belle érudition. Une grande générosité, mais il lui faut appeler un chat un chat ! Merci Cristian
FR
lundi 1 janvier 2018
L'un de mes plus beaux réveillons, de Cristian Ronsmans, à propos d'une soirée au Parc Maximilien (Bruxelles)
L'un de mes plus beaux réveillons avec une belle rencontre.
Dans les Ardennes belges, accueillis chez une amie pour ces quelques jours:
Jonathan, jeune migrant éthiopien, 20 ans de confession grecque orthodoxe et Dany jeune migrant éthiopien de confession protestante.
Je garderai longtemps en mémoire ces visages mêlant sourire confus, tristesse et regard perdu au loin vers Addis Abeba, vers les épreuves insoutenables des routes depuis les hauts plateaux vers la Libye, puis le camp, puis le bateau, des morts, l'arrivée en Italie et finalement à Bruxelles au Parc Maximilien. Dormir sur le sol par tous les temps, les forces de l'ordre dans le dos et les bénévoles en face.
Jonathan et Dany, mes amis d'un soir, représentants si jeunes et si émouvants dans la dignité, de toute l'exclusion du monde, vous qui avez déjà vieilli avant d'être jeune, c'est à vous que vont mes vœux les plus chaleureux
Merci Edith, Linda et Nathalie de nous avoir offert ce magnifique réveillon. Et merci pour votre courage exemplaire.
Cristian Ronsmans
le 1er janvier 2018
Pour compléter ce beau texte si émouvant de Cristian R, deux émissions de la Rtbf
L'une du 18 novembre 2017, l'autre du 28 décembre.
A écouter et/ou lire en cliquant sur les liens
1- 18 novembre 2017
Sur Rtbf
"Hébergement au Parc Maximilien: dans les coulisses de l'opération d'hébergement des migrants
Depuis début septembre, la Plateforme citoyenne organise l’hébergement de 2 à 300 personnes, chaque nuit. Les migrants du Parc Maximilien sont logés dans des familles à Bruxelles, Liège, Namur, mais aussi dans le Hainaut. Le temps d'une nuit ou plus. Côté néerlandophone, le mouvement commence à prendre. Une poignée de bénévoles fait tourner cette chaîne de solidarité. Reportage."
Aline Wavreille
Publié le samedi 18 novembre 2017 à 10h00
La suite en cliquant sur le lien (......)
2- 28 décembre 2017
Sur Rtbf
Le parc Maximilien vu par John Vink: des photos pour montrer l'élan citoyen envers les migrants
Très bel article, à lire et/ou écouter, en cliquant sur le lien
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| Distribution de nourriture par des citoyens - © MAPS John Vink |
samedi 16 décembre 2017
So british, de Cristian Ronsmans
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| © photo Cristian R "l'objet du délit |
Mon ami Cristian (dont ce blog héberge avec fierté plusieurs des poèmes, articles et autres)
nous avait fait l'honneur de changer sa photo de profil. Chacun y est allé de ses commentaires, avec humour et malice devant ce beau gosse, à l'allure "so british" ! Voici ce qu'il me répondit avec sa verve et son érudition bien connues.
fruban
"British!!! Je vais te raconter à toi seule l'origine du mot. Il est composé de deux syllabes: Brit et Ish.
Or en hébreu et pour la religion juive "brit millah" a une signification précise. Il s'agit de la circoncision. "Alliance par la coupure"
Or en hébreu toujours Ish est le masculin de Isha la femme Eve qui devient Isha quand comme l'homme elle est revêtue de peau. .
Ce qui démontre par là que le Brit Ish est un masculin coupé. Donc circoncis. C'est marrant l'hébreu.
Comme tu peux le constater je suis un linguiste coquin."
Cristian R
le 16 décembre 2017
vendredi 29 septembre 2017
Arlequin est mort aujourd'hui, poème de Cristian Ronsmans
Arlequin est mort aujourd'hui
Aujourd’hui, après un dernier verre de vin rouge, Arlequin s’en est allé.
Arlequin est mort, aujourd’hui.
Il n’a fait ses adieux à personne. Pas même à son meilleur comparse et ami, Brighella.
Il ne voulait pas d’un salut, comme ceux, qu’après une bonne farce, il répéta des milliers de fois sur les tréteaux de Messine ou de Venise.
Il est parti, presque en s’excusant d’être venu.
Usé, sa chair et ses os ont quitté l’arc-en-ciel de son costume kaléidoscopique,
Une dépouille pantelante gît sur le sol dans une mare de deuil.
Il sait qu’un monde, le sien, s’achève, et il ne regrette rien.
Il a fait ce qu’il avait à faire. Peut-être ?
Dans le magasin des souvenirs du théâtre, il sait qu’avec le temps, son déguisement, son masque bosselé, son calot informe et sa batte menaçante n’auront plus aucun message à délivrer. Et de toute façon, personne pour les décrypter.
Arlequin est mort aujourd’hui.
Il ne va rejoindre personne. Car il n’y a personne. Les étoiles ne sont que pour les vivants, qu’elles soient mortes ou filantes. Les morts ne voient pas les étoiles ne deviennent pas étoiles et ne sont même pas un grain de poussière.
Alors, lui, Arlequin,il part. Il part dans le grand sommeil éternel et infini du néant.
Le néant qui ne signifie rien. Pas plus que le vide ou le rien ne signifient quoi que ce soit.
Arlequin est mort aujourd’hui.
Que la fête commence !
© Cristian Ronsmans
le 29 septembre 2017
Tous droits réservés
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| Picasso, Arlequin penchant (1916) photo du Net |
lundi 7 août 2017
La chute de la philosophie, de Cristian Ronsmans
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| Cristian Ronsmans, cliché personnel |
La chute de la philosophie
Où en est la philosophie en ce 21ème siècle où l’on n’a jamais tant vu de professeurs de philosophie consultés comme des philosophes, professeurs qui ont été et se sont allègrement médiatisés ?
Où sont les Sartre, Merleau-Ponty, Ricoeur, Lévinas, ou Heidegger et quelques autres. Que sont les philosophes devenus que j’avais de si près connus ?
Aujourd’hui le « philosophe » patenté est une sorte de chroniqueur du social, de l’événementiel, de l’anecdote. Il se concentre sur un aspect du paysage en oubliant tout le tableau. Pour mieux légitimer se qu’il considère comme son œuvre il pioche ici ou là en convoquant les philosophes du passé qu’il prend à témoin. Un marqueur de validité en quelque sorte.
Mais qu’en est-il de la poursuite de l’œuvre philosophique qui traite du fond gigantesque de la condition humaine ?
Pas grand-chose. Ils soulèvent biens quelques idées, mais les prennent aussitôt pour des concepts alors que ces « philosophes » se sont mutés en substituts des sociologues. Ces derniers souvent, de ce fait, croyant rendre la monnaie de la pièces philosophale, estiment qu’ils pensent en philosophes.
Première piste : En la fin récente du 20ème siècle toute conception métaphysique du monde s’est diluée dans une absence de plus en plus envahissante. On pourrait envisager une visibilité de plus en plus en perte de vitesse du public. Mais en même temps on argumentera sur le fait que faute de discours philosophique majeur sur la métaphysique, il ne faut point s’étonner de voir le maigre public, s’il en est, se dissoudre dans le néant.
Certes, et je ne mélange pas tout. Il reste encore des philosophes, ni professeurs, ni sociologues aux instruments, humanistes et moralisateurs aiguisés, philosophes de l’ombre, lesquels s’ils n’éditent pas clandestinement, sont des philosophes discrets. Je pense à des gens comme Marcel Gauchet, Alain Badiou et quelques autres.
Certes, je ne dénie pas la nécessité indispensable d’un enseignement philosophique qui est hélas aujourd’hui dans bon nombre de sociétés, discrédité, méprisé et marginalisé. Et ces professeurs ont bien du mérite.
Seulement voilà, deuxième piste de réflexion.
Aujourd’hui, ce n’est pas une grande révélation et chacun sait, pour en être même souvent victime, le médiatique l’emporte sur tout le reste et se complait à employer tous les instruments technologiques, sociologiques et d’éthiques de pointe mis à sa disposition pour mieux mettre à l’étiage le cours de la société.
C’est le nivellement par le bas en sanctifiant, divinisant l’Homme. L’Homme, centre de l’Univers Prométhée en personne s’en bouffe le foie, sans l’aide du moindre rapace. Jamais il n‘aurait imaginé l’explosion d’une telle hybris.
Voilà les raisons essentielles de la « disparition » des grands penseurs (Hegel, Husserl, Bergson, Sartre, Lévinas etc…) Qui ouvraient une voie vers une vision globale du monde qui font le tour du problème où l’Homme et l’Univers se rencontrent, où l’Univers et l’Homme se rencontrent.
La vision conceptuelle du monde (telle qu’envisagée par Emmanuel Kant à laquelle on préfère se délecter des paroles d’un autre Emmanuel) qui offrait les grandes synthèses théoriques qui ordonnaient la connaissance de Platon à Sartre semble éradiquée.
Les valeurs culturelles du 3ème millénaire sont encore à inventer. Il nous faut repenser la philosophie comme une science. Inventer une épistémologie qui permette l’unification des savoirs. C’est la nouvelle tâche, totalement inédite, suite à la rupture, du philosophe contemporain. Ainsi nous comblerons le chemin entre le sociologue au microscope et le philosophe au télescope. Pour l’heure nous sommes des nomades pour beaucoup désemparés, à moitié morts de faim et de soif, pour d’autres en quête incessante. Mais ce qui est sûr est que nous venons tous de Kaboul.
Cristian Ronsmans, le 6 août 2017
mardi 25 avril 2017
La fascination de l'horreur, de Cristian Ronsmans
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| photo Cristian Ronsmans |
La fascination de l’horreur
Quand la désespérance gagne le cœur, quand celle-ci atteint les sommets d’une profondeur insondable, au-delà des limites du supportable, alors la fascination pour l’horreur, que la morale saine se refuse cependant, elle provoque une sensation de vertige auquel on ne peut échapper.
Quand le corps, l’âme et l’esprit ne peuvent plus résister à cette désespérance, telle un tourbillon qui entraîne le désespéré vers les fonds de l’abîme, un goût morbide envahit l’être avec son envie mortifère d’aller jusqu’au bout de l’horreur, comme un joueur de poker, désespéré de son jeu fait tapis, "pour voir".
La force morale n’existe plus. La tentation d’en finir devient la psychose d’une âme égarée qui veut partager son infortune, cette envie meurtrière d’entraîner le plus grand nombre de ses semblables
Le suicide collectif ou non est souvent à ce prix.
Cette fascination pour l’horreur, un peuple l’a connue, et s’y est plongée avec un délice extatique qui eut les conséquences que l’on sait pour le monde de cette époque jusqu’à nos jours, encore récents, où elle commence doucement à s’en remettre..
Il semble bien qu’aujourd'hui, un corps de 65 millions d’âmes soit tenté par le renouvellement de ce type de suicide collectif.
Si tel est le cas qui se profile, la chute vers les abîmes de l’enfer deviendra inévitable. Il faudra une force mentale et morale extraordinaire, une force inévitablement venue de l’extérieur pour sortir le désespéré, ou ce qu’il en restera, des entrailles du monstre.
Auriez-vous l’audace de penser que la compassion de l’autre monde qui vous regarde, affligé, sera de si tôt au rendez-vous ? N'y comptez pas trop.
Car l’envie de condamner le fou désespéré, de le séparer de la société saine afin d’éviter toute contagion, risque fort de l’emporter sur la compassion, qui , je le crains, ne viendra jamais.
Ne vous leurrez pas. Nos choix font et fondent notre réelle identité. On n’a, en conséquence, que le destin que l’on se forge. Cette loi est valable pour les faibles comme pour les forts.
Qu’on le veuille ou non, qu’on se dupe ou non, le passage par les ténèbres est une épreuve inévitable, incontournable dans toute vie humaine.
L’issue que nous trouvons pour sortir de cette épreuve est la résultante d’une grande volonté, indexée à une force morale forte, hors normes. C’est une condition indispensable pour se dépasser soi-même. Le pire est le refus de l'obstacle. Refuser de l’affronter se paie cher, car la lumière qui illumine le cœur prend alors augmente la distance qui nous en sépare jusqu’à disparaître à jamais.
Et plutôt que de se dépasser, c’est la régression comme une damnation éternelle qui prend le pouvoir sur nous !!
Nul ne pourra se défausser. On ne s’ampute pas de notre bras qui portait le couteau du crime pour s’en exonérer. Nous serons tous coupables, tous responsables sans la moindre exception et moi plus que tout autre.
© Cristian Ronsmans
le 25 avril 2017
Cristian Ronsmans est l'auteur d'Ostraka, publié aux Editions du Pont de l'Europe.
"Au fil des années, Cristian Ronsmans a rempli des carnets de notes et de pensées dont le livre Ostraka constitue un premier jaillissement. / La compassion est une faiblesse de caractère. La pitié en est l’étendard. Le fort s’en garde avec prudence. En contrepartie, il n’y a aucune contrepartie. Nada, que dalle, peau de balle et balai de crin ! En fait, l’absence de compassion, due au vide sentimental, qui en est la source, procure une joie qu’on a le plaisir de ne partager qu’avec soi. Malheur au faible qui ne mérite pas qu’on s’attarde une seconde sur sa misérable personne et ses appels incessants à l’altérité, altruisme, partage, machin, truc et autres billevesées humanistes du même cru. En revanche, il n’est pas interdit et même conseillé au fort, d’user de la feinte. Feindre le sentiment pour mieux duper le faible vous permet d’exploiter toutes les ressources de celui-ci, si tant est qu’il en a, et de vous en débarrasser ensuite sans autre forme de procès.
Ostraka (Extrait) - Cristian Ronsmans " (en quatrième de couverture)
vendredi 24 mars 2017
Ode à la jeunesse, par Cristian Ronsmans
Ode à la jeunesse
C’est à la jeunesse de fonder aujourd’hui sa propre histoire, loin des idéologies. Fonder sa légende et inscrire ses utopies dans le marbre de l’Histoire.
C’est la jeunesse, nouvelle maturité, qui va balayer les vieilles lunes, les vieilles figures tutélaires. Dieu est mort ! De Gaulle aussi !
Les statues de commandeur ne sont plus que des statues !!
Aujourd’hui dans ce monde qui dépasse les « politiques qui ont de l’expérience » ces vieilles statues sont les béquilles des vieilles badernes, retranchées dans leur forteresse où ils poursuivent et fomentent, encore et toujours, l’art de cultiver les divisions, l’affrontement des contraires.
Fond de commerce des deux camps, l’affrontement des contraires, des oppositions est entretenu, dans une complicité tacite où chacun y trouve son compte. Où chacun cultive l’entre soi, au mépris du reste de l’humanité.
Aujourd’hui cette société qui a définitivement perdu la main, qui n’a pas su intellectuellement, moralement et spirituellement entreprendre sa reconversion, faire son aggiornamento en paye le prix. Celui de sa disparition ! C’est la circularité en spirale du Temps.
La jeunesse a su, par d’autres moyens, dans un progressisme constant à tous niveaux, lentement mais sûrement, asseoir sa présence désormais incontournable et sa forte parole.
Mais qu’on ne s’y trompe pas. Il ne s’agit de cette jeunesse à l’ancienne qui, à son corps défendant, faisait le jeu des bonnes vieilles politiques.
Cette jeunesse n’a plus rien à voir avec les antiques affrontements estudiantins, motivés exclusivement par les clivages sempiternels qui faisaient le bonheur des veilles badernes de l’époque.
Non ce temps est « révolu » ! Au sens « révolutionnaire ».
La jeunesse d’aujourd’hui est totalement mûre pour mener la vraie révolution culturelle attendue. Une nouvelle révolution cognitive pour une aube nouvelle.
Mais là aussi, ne nous y trompons pas, Che Guevara aussi est mort, Castro itou.
Toutes ces révolutions sont « révolues » !!
La jeunesse d’aujourd’hui ne tombera pas dans le piège du renversement de la table, de la mise à mort du ou des systèmes, avec pour ambition, comme les antiques révolutions de mettre en place son propre système, avec tous ses attributs (idéologie, nomenklatura, etc…).
Non ! Elle ne tombera pas dans ce piège mesquin, hypocrite et imbécile qui consiste à vouloir renverser un pouvoir honni pour lui substituer le sien, aux intentions masquées dans sa première période et qui se mute comme la chrysalide en système totalitaire dans sa phase de maturité.
La « révolution » ici est celle à la manière copernicienne, qui consiste à inverser le regard.
Cette révolution est une subversion du regard. Le moyen que la jeunesse se donne de sortir de la politique des politiques, par la politique.
La subversion du regard consiste à embrasser la totalité et de celle-ci dans une politique de l’entendement de créer une dialectique qui englobe toutes les parties horizontales dans l’entendement de leur particularité. .
La jeunesse d’aujourd’hui comprend enfin qu’il y a une « action » qui relève de la systémique avec la politique de l’entendement de toutes les parties et qu’alors, alors seulement, cette politique de l’entendement pourra ensemencer une politique de la raison. Une politique de la Raison est celle du Logos. De la Parole. Celle qui racontera plus tard, beaucoup plus tard, l’histoire de cette extraordinaire aventure de la politique de l’entendement.
La jeunesse d’aujourd’hui est en mesure de créer de nouveaux mythes et construire une coopération, prélude indispensable, à l’objectif final d’amour, de solidarité et de fraternité.
C’est à une immense aventure que nous convoque notre jeunesse. Une aventure qui nous dépasse et moi en premier.
Je crois cependant qu’il est des sociétés, des peuples qui plus que tout autre et ils l’ont montré tout au long de leur histoire que l’aventure était leur étendard et leur fierté.
Au pays du Vendée Globe, au pays de ceux et celles qui admirent et aiment ses grands aventuriers, comment pourraient-ils résister à cet immense défi sans se renier ?
Je sais que l’influence des temps anciens qui est, en ce moment même, arrivée à son terminus, tente encore son va tout dans cette incantatoire incantation : « Mais où allons-nous ? Quel objectif ? Ils sont bien incapables de le dire ».
Je ne crois pas que ce soit une bonne question car elle est forcément avec ou sans réponse, celle qui dit déjà : « Non !!! ».
© Cristian Ronsmans
le 23 mars 2017
J'ai souvent parlé ici de Cristian Ronsmans, écrivain à la plume tantôt malicieuse, humoristique, tantôt grave, comme dans cette Ode à la jeunesse.
Cristian est avant tout un ami, toujours attentif à ce que j'écris, principal lecteur de mes poèmes. (FR)
samedi 8 octobre 2016
Sous le voile de la morte, de Cristian Ronsmans
Sous le voile de la morte reposent les joies et infortunes de l’existence.
Entre basse lisse et haute lisse, les fils de la chaîne de vie s’entrelacent au hasard des rencontres, au détour des aléas qui fixent le sort de chacun.
Sous le voile de la morte, des moments de vie tissée de lambeaux de souvenirs flottent en nappes épaisses, qui s’évanouissent dans la lumière de l’aurore.
Sous le voile de la morte, refoulés au plus profond des abysses d’un lac souterrain, on pourrait y trouver des trésors, à jamais enfouis dans l’oubli éternel.
Sous le voile de la morte, à la surface des eaux, surnage l’hydre, aux mille sourires immortels qui réduisent en cendres le téméraire aventurier de l’amour.
Sous le voile de la morte, sur la queue de la créature, le héraut de Cupidon aura beau décocher ses flèches, la carapace est encore solide et il lui sera vain d’espérer chevaucher le tigre et accueillir le dragon.
Sous le voile de la morte, seule la mort, dans l’infini de son amour, règne sur le vivant dans l’éternité de sa couche. Ô désespoir.
Sous le voile de la morte, la morte repose dans son immobile et hiératique posture. Indéchiffrable à jamais !
Cristian Ronsmans
3 octobre 2016
Et bientôt, parution d'un livre "Ostraka, contes philosophiques" aux Editions du Pont de l'Europe
Je vous en parlerai prochainement....
mardi 2 août 2016
A une femme, il ouvrit les portes d'Alphée, de Cristian Ronsmans
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| photo Cristian Ronsmans |
Les fidèles lecteurs de ce blog connaissent déjà les articles, poèmes...de mon ami Cristian. Aujourd'hui, c'est avec bonheur que je vous offre ces lignes superbes.
A une femme, il ouvrit les portes d’Alphée, fils de l’océan. Elle se baigna jusqu’à l’extase dans l’eau lustrale. Las, dans le fleuve sacré, une goutte d’eau de Mara sommeillait. Il la mit en garde de ne boire jamais de cette eau amère. Curieuse, impatiente de connaître sa totalité, elle brava l’interdit sacré. Depuis, bannie de l’Arcadie heureuse, errante au-delà des mondes, elle tente de rassembler les morceaux épars de son être. Quelque fois, le soir, scrutant l’éclat céleste, il peut la voir, étoile errante, Esther, le visage grave, empreint d’une infinie tristesse, filer dans la blancheur des grands luminaires célestes.
Cristian R
jeudi 23 juin 2016
Brexit selon Cristian Ronsmans
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| photo Cristian R |
Brexit: Le rêve va peut-être se concrétiser. Je vais mettre un cierge à Saint Boniface, le moine d'Erfurt (patron des brasseurs, alchimiste émérite).
Qu'est devenu le bon temps de la Place du Luxembourg , de sa gare du quartier Léopold avec ses merveilleux stamp café (cafés typiquement bruxellois) : "Garçon, un café filtre. Et pour Monsieur une gueuze alstublif!".
Mais voilà ! Qu'est devenu ce magnifique quartier qu'on aurait dû classer au patrimoine mondial de l'Unesco?
Un site de rave party pour gamins bobos friqués de la petite jeunesse bourgeoise européenne, athéo-chrétienne, porteurs de badges comme si comme si on leur avait accordé la légion d'honneur.
Un site où les pochetrons endimanchés de costards tout aussi étriqués que leurs cerveaux, largement moins étriqués, en revanche, que leurs rémunérations exorbitantes de 6 à 10 000 euros par mois, pour en faire le moins possible et passer le plus clair de leur temps aux terrasses de cafés internationaux, qu'ils ont envahis, inculture en bandoulière, sur cette place de Luxembourg, défigurée, martyrisée, vampirisée.
Et c'est vous, oui vous, avec votre arrogance naturelle, complices de vos suborneurs, ceux qui viennent pointer le vendredi matin et reprenant l'avion à 17h de la même journée, qui osez négocier un compromis de la honte avec vos copains turcs pour éradiquer les migrants dans l'espace Schengen.
Les seuls migrants nuisibles, c'est vous. Partez, retournez chez vous, dans vos prés, vous occuper de vos vaches et basses-cours, ou encore de tamponner les timbres dans quelque bureau de poste de votre province, où vous croupissiez pour notre bonheur.
Rendez-nous Bruxelles que vous avez défigurée avec votre morgue de gamins mal élevés. Vous n'êtes pas bienvenus. Vous avez appauvri la ville, en vivant dans votre Vatican européen, de plus en plus tentaculaire, avec vos airs imbéciles de gens qui ont des affaires soi-disant importantes à régler (le calibrage de la taille des moules, sans doute). Avec votre présence insalubre moralement et intellectuellement, la vie est devenue impossible. La vie à Bruxelles est hors de prix, on ne peut plus se loger à cause du fric puant que vos hordes immondes exhibent sous le nez des Belges cupides, traîtres à la patrie. La circulation est sans cesse perturbée par votre présence, quartiers bouclés pour organiser vos beuveries, bus détournés pour les mêmes raisons, taxis réservés pour vous exclusivement et vous ramener ivres dans vos appartements de luxe. Sur les jolis marchés publics d’autre fois les prix grimpent en flèche et plus un commerçant ne parle français. De sorte que chassés de chez-nous, on doit prendre le train ou la voiture pour faire nos courses en France, pays de la liberté.
Mais maintenant cela suffit. Fini l’Europe ! Fini l’oppression. Fini l’occupation des néo colons européens.
Partez, disparaissez retournez dans vos trous de bouseux. Ne prenez pas cet avertissement au sérieux ? Il vous en cuira et ça finira mal!
Laissez nous en paix avec nos amis, nos compatriotes de souffrance, nos migrants syriens, irakiens et autres. Ils sont des nôtres. Pas vous!!
Nous sommes comme en 1830 au temps de notre indépendance (l’histoire se répète) et allons nous mobiliser pour bouter l'ennemi hors de notre pays.
Rendez-nous notre place du Luxembourg dont vous n'êtes même pas locataire.
Merci au Royaume Uni, pays où il semble que le véritable humanisme n’a pas totalement disparu. Votre Brexit sera votre rédemption et pour nous, notre salut. Si cela pouvait remettre les autres pays européens sur le bon chemin et mettre un terme à leur colonialisme new age de ma ville, Bruxelles !
Ci-dessous images des orgies démoniaques!
Cristian Ronsmans, le 23 juin 2016
Nous avons échangé quelques mots sur ce texte Cri de Colère, dans lequel ceux qui le connaissent, ont pu apprécier la patte littéraire remplie d'humour et d'intelligence. Voici ce qu'il me répondit alors :
FR
"En fait je suis partisan d'une Europe, fédération de peuples qui partageraient un destin commun. Mais je ne suis pas partisan d'une Europe livrée aux marchés de la financiarisation du capitalisme qui offre l'opportunité à de sombres hobereaux de se hausser du col et du porte monnaie sur le dos des pauvres. Aujourd'hui Bruxelles, comme me le disait ma compagne française, comme tu le sais, est une ville qui respire la misère. Et elle a raison.
Ce que je souhaite c'est une Europe de la Culture qui préside au destin de notre union.
Le tout est de savoir ce qu'on entend par Culture.
La Culture est avant tout un Projet de Vie. Dont l'identité culturelle en est la clef de voûte.La culture est toujours une « action » exercée sur la vie elle-même afin qu’elle s’accroisse, se transforme et s’accomplisse toujours mieux
Il s'agirait donc de définir les axes de création, de perfectionnement et d’accomplissement dont nous pourrons être fiers ensemble et individuellement.
Ce Projet de vie, contenu d'un Projet politique qui lui servirait de cadre. Après seulement on pourrait parler du cours du thon sur le marché mondial de la pêche.
Enfin délocalisons le siège de cette Europe en un lieu plus propice et capable d'assumer les gabegies dues aux fonctionnaires qui s'en enrichissent, au mépris des populations autochtones appauvries pécuniairement, moralement et intellectuellement."
Cristian Ronsmans, le 23 juin 2016
© Textes et photos protégés de la copie
Nouvel article de Cristian R, le 24 juin 2016, après la victoire du BREXIT (52%).
"Gifle magistrale infligée à cette Europe des nantis, privilégiés bénéficiant de prébendes et sinécures gagnées sur le dos des contribuables de toutes les populations européennes avec ses cortèges de travailleurs pauvres, de citoyens de seconde zone.
Citoyens sans cesse méprisés quand par voie référendaire à plusieurs reprises (Maastricht, Lisbonne etc..) ils furent consultés et leurs votes toujours laissés pour compte.
Tôt ou tard le boomerang devait leur revenir en pleine face.
L'impunité suffisante accordée à tous ces fonctionnaires kafkaïens de l'Europe devait tôt ou tard cesser et ces derniers payer l'addition de leur arrogance, vénalité et cupidité.
La place du Luxembourg va retrouver son charme d'antan à la lumière d'une aube nouvelle.
Les ténèbres dans lesquels se complaisaient ceux, de cette minorité, petits, moyens et haut fonctionnaires qui se payaient sans scrupules en peaux de pauvres, ces ténèbres s'estompent et la Lumière revient sur la place du Luxembourg.
En route vers l"Euroxit maintenant.
En route vers une belle et véritable Europe de mutualisation des cultures, des projets de vie communs, des projets politiques communs, une Europe du partage non de l'exploitation pour quelques négriers.
Adieu à ces politiques du "toujours plus de financiarisation" au profit des élites oisives, des nantis, parasites qui vivent comme des cratères buboniques sur le corps des humbles, des pauvres mais honnêtes gens.
Vive l'Europe qui s'annonce. Vive l'Europe des humains."
Cristian R, le 24 juin 2016
Quelques images prises par Cristian de ces "orgies démoniaques"....
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| Photos Cristian R |
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