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mardi 19 janvier 2021

Patrick Ochs et rue de la Muette, Funambule (sur France bleue Aquitaine)




Mercredi 2 septembre 2020 à 18:10 - Mis à jour le jeudi 3 septembre 2020 à 8:27

Le quatre septembre la famille Ochs, le père ( chanteur du groupe rue de la Muette) et le fils exposent au château des Izards à Coulounieix Chamiers ! C'est un univers singulier où la sculpture, la photo et la musique font très bon ménage.



Dans la famille Ochs on a tous du talent, héritage génétique sûrement ! Le 4 septembre à 18 heures 30, rendez-vous au château des Izards à Coulounieix Chamiers pour le vernissage de l'exposition de Vincent (le fils) tailleur de pierre, il sculpte et laisse l'observateur identifier à sa guise l'oeuvre ! "Chemin de Pierre et Chemin de Terre".

"Tel père, tel fils" Patrick Ochs propose ses photos "La Passerelle et autres histoires ", pourquoi des passerelles, elles révèlent le souvenir d'un grand-père tué pendant la seconde guerre mondiale sur une passerelle. Il y aura aussi des chansons, Patrick ne peut pas rester muet et nous en sommes heureux  


Patrick Ochs a un univers onirique, un ton grave parfois, une voix singulière, une âme bienveillante ! Il est le chanteur du groupe “Rue De La Muette”. C’est à la fin des années 90 que le groupe sortit de sa chrysalide en arpentant les chemins et en se posant sur les scènes du Périgord pour commencer et très vite hors des frontières de la Nouvelle Aquitaine. Patrick Ochs quand vous le rencontrez, vous changez de dimension, vous pénétrez avec aisance dans son univers ! Son aura est un chapiteau de cirque où les expressions sont multiples, comme la photo, c'est lui qui illustre ses pochettes d'album. "

Sur France bleue Aquitaine






samedi 12 décembre 2020

André Comte Sponville sur France Culture



                                    © crédit photos du Net







À présent
Par Frédéric Worms
LE VENDREDI DE 21H À 22H

André Comte-Sponville fait partie de ceux qui, avec et après Pierre Hadot, ont pensé la philosophie comme « manière de vivre ». Il en développe sa propre conception, depuis le "Petit traité des grandes vertus", qui définit les vertus comme puissances vitales.

Pourtant, André Comte-Sponville refuse de réduire notre existence à la vie « au sens biologique » et cela s’est entendu pendant le débat sur la pandémie où la santé lui a semblé devenir tyrannique. Mais alors qu’est-ce qui est vital selon André Comte-Sponville et qu’y a-t-il de vital avec lui ? Qu’y a-t-il dans notre vie au-delà de la vie, sur quoi se fonde la sagesse, depuis l’Antiquité, Montaigne, Spinoza, dont il se réclame ? Est-ce d’un autre ordre que la vie ou bien est-ce encore vital au sens où, sans cela, nous mourons tout aussi sûrement que de faim ou de soif ? Ce ne sont pas des questions abstraites, elles sont au cœur du présent. Et nous en débattons de manière vitale, cela va de soi !


"J'ai fait un "Petit traité des grandes vertus" parce qu'il faut aussi nous pardonner les uns les autres et chacun soi-même, notre propre médiocrité. 

La santé est très précieuse et peut être le plus grand des biens comme disait Montaigne ; mais la liberté comme valeur me préoccupe davantage. J’ai dit et je répète : je préfère attraper la Covid-19 dans une démocratie plutôt que de ne pas l'attraper dans une dictature et j’espère bien ne pas être le seul à avoir cette opinion-là. 

Si on prend la vie dans son entier, les plus fragiles, les plus vulnérables sont les jeunes en général et les enfants en particulier. Je refuse qu'on sacrifie le sort de deux générations à la santé de leurs parents ou de leurs grands-parents. 

C'est quoi la philosophie ? C'est une pratique théorique qui a le tout pour objet, la raison pour moyen et la sagesse pour but. "
ACS



France Culture




                                   ©  crédit photos du Net

lundi 17 août 2020

Erri de Luca, France culture


Emission A voix nue 


Une série d'entretiens proposée par Delphine Japhet. 

Ecrivain, traducteur et poète, Erri De Luca a tenu sa vie durant ses engagements politiques et littéraires : « ouvrir sa bouche pour le muet », donner les mots à ceux que l’on tente de faire taire.




Erri De Luca au Festival du Film de Trente en 2012• Crédits : Niccolò Caranti
                                          





https://www.franceculture.fr/emissions/voix-nue/erri-de-luca-lecrivain-des-vents-contraires


L'écrivain des vents contraires




























samedi 29 février 2020

Bartabas , D'un cheval à l'autre


France Inter

Bartabas est invité pour la sortie de son livre D'un cheval à l'autre (Gallimard)






    
Bartabas, écuyer, metteur en scène, scénographe, réalisateur et fondateur du Théâtre équestre Zingaro, à Paris le 25 octobre 2017. © AFP / Martin BUREAU

"C’est ce soir-là, après avoir copieusement arrosé l’arrivée du nouveau venu, que nous avons décidé dans l’euphorie et à l’unanimité de le baptiser Zingaro. Plus tard, tandis que la fête se répandait dans la nuit et que s’épanchaient les cœurs imbibés, je me suis surpris, comme souvent, à ne plus trouver ma place. Je suis allé le rejoindre dans son box, je n’ai pas allumé, je me suis glissé dans son antre comme on se glisse sous les draps de l’amante endormie.                 
Cette nuit-là, nous avons fait un pacte : j’allais contaminer son animalité et il allait me permettre d’exister parmi les hommes. Aux humains de mon espèce, nous allions nous révéler. Pour la vie. "


Extrait de D'un cheval à l'autre






Bel article sur La Grande parade, de Serge Bressan


petit extrait de l'article de Serge Bressan :


"En dédicace du livre, Bartabas évoque des « premiers pas dans l’écriture de l’âme ». Il raconte l’aventure théâtrale qui l’a mené du fort d’Aubervilliers, proche banlieue nord de Paris à plusieurs tours du monde. Il raconte sans jamais vraiment se raconter. Au hasard des pages et dans de rares interviews radio-télé, il admet que, oui, « de Zingaro, je suis l’âme ». Il n’en dit pas plus… Il écrit. Et pour « D’un cheval l’autre », il s’est retiré dans un monastère. Il lui fallait, dit-il, s’éloigner de ses chevaux pour écrire sur eux. Et commencer le livre par une citation extraite de « Genèse », 2, 19 : « L’Eternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait ». Celui-ci, donc, fut appelé cheval. Ce cheval qu’a découvert le petit Clément Marty, alors âgé de 5 ou 6 ans. "
Serge Bressan

lundi 3 février 2020

François Cheng,, entretiens




photo du Net


Interviewé lors de La Grande Librairie







 


Elu à l'Académie française en 2002       ICI



"Né le 30 août 1929, en Chine, François Cheng est issu d’une famille de lettrés et d'universitaires — ses parents comptaient parmi les premiers étudiants boursiers envoyés aux États-Unis. Études secondaires à Chongqing de 1937 à 1945. La guerre terminée, la Chine sombre peu après dans la guerre civile qui jeta la jeunesse dans le désarroi ou la révolte. Après un temps d'errements, il entre à l'Université de Nankin.

Début 1948, son père participe, en tant que spécialiste des sciences de l'éducation, à la fondation de l'UNESCO, grâce à laquelle il peut venir en France. Il se consacra à l'étude de la langue et de la littérature françaises. Il dut cependant traverser une assez longue période d'adaptation marquée par le dénuement et la solitude avant d'obtenir en 1960 un emploi stable au Centre de linguistique chinoise (devenu plus tard le Centre de recherches linguistiques sur l'Asie orientale à l'École des hautes études en sciences sociales). Parallèlement à son travail, il s'est employé à traduire les grands poètes français en chinois et à rédiger sa thèse de doctorat.

En 1969, il a été chargé d'un cours à l'Université de Paris VII. À partir de là, il mènera de front l'enseignement et une création personnelle. Il sera naturalisé français en 1971. En 1974, il devient maître de conférences, puis professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales, tandis que ses travaux se composent de traductions des poètes français en chinois et des poètes chinois en français, d'essais sur la pensée et l'esthétique chinoises, de monographies consacrées à l'art chinois, de recueils de poésies, de romans et d'un album de ses propres calligraphies.

Il se verra attribuer le prix André Malraux pour Shitao, la saveur du monde, le prix Roger Caillois pour ses essais et son recueil de poèmes Double chant, le prix Femina pour son roman Le Dit de Tianyi et le Grand prix de la Francophonie pour l'ensemble de son œuvre. Docteur honoris causa de l’université de Bergame (Italie) et de l’Institut catholique de Paris (2007).

Il a été élu à l'Académie française, le 13 juin 2002, au fauteuil de Jacques de Bourbon Busset (34e fauteuil), et reçu le 19 juin 2003 par Pierre-Jean Rémy. "

sur le site de l'Académie

lundi 27 janvier 2020

Les vies d'Albert Camus


© photo du film






© photo du film




Film documentaire






"Auteur de «L'Etranger», un des romans les plus lus au monde, philosophe de l'absurde et de la révolte, résistant, journaliste, homme de théâtre, Albert Camus a connu un destin hors du commun. Enfant des quartiers pauvres d'Alger, tuberculeux, orphelin de père, fils d'une mère illettrée et sourde, il s'est arraché à sa condition grâce à son instituteur. Français d'Algérie, il ne cessa de lutter pour l'égalité avec les Arabes et les Kabyles, tout en redoutant l'Indépendance du FLN. Fondé sur des archives restaurées et colorisées, et des témoignages de première main, ce documentaire tente de dresser le portrait de Camus tel qu'il fut.

réalisé par : Georges-Marc Benamou



Un héros foudroyé. Un destin interrompu. C’est ainsi qu'Albert Camus est raconté, soixante ans après sa disparition, par Philippe Torreton dans le film de Georges-Marc Benamou. À hauteur d'homme, afin de le voir revivre, bouger, aimer et combattre.
Albert Camus meurt à 46 ans, le 4 janvier 1960, fauché en pleine gloire, deux ans après son prix Nobel de littérature. Et c’est une tragédie française et planétaire... Il est l’une des figures les plus marquantes de l’après-guerre.  L’écrivain de l’Etranger, l'un des romans les plus lus au monde. Le philosophe de l’Absurde et de la Révolte, le résistant, le journaliste, l’homme de théâtre...

Incroyable destin de cet enfant des quartiers pauvres d’Alger, tuberculeux, orphelin de père, fils d’une mère illettrée et sourde, qui, grâce à son instituteur et au football, va s’arracher à sa condition.

Français d’Algérie qui ne cessera de lutter pour l’égalité avec les Arabes et les Kabyles mais qui, pourtant, redouta l’Indépendance du FLN.

L’intellectuel le plus connu avec Jean-Paul Sartre qui deviendra son mortel ennemi.

Et puis l’amoureux, le mari de Francine, l’amant de Maria Casarès avec qui il formera un couple mythique. Et de la peintre Mette Ivers, sa dernière passion, qui a bien voulu témoigner dans ce film.

Albert Camus, homme du soleil, fou de la Méditerranée...

Ce « Camus » n’est pas un film sur un intellectuel, ni une hagiographie. Camus y est raconté comme un aventurier du XXe siècle, avec ses succès et ses dépressions ; sa gloire et ses origines misérables ; sa liberté qui vient toujours contrarier les ordres établis. Fondé sur des archives rares, restaurées et colorisées, et des témoignages exceptionnels ; Camus apparaît ici tel qu’il fut. Un «  frère des hommes », un héros, contrarié par une mort tragique —  mais qui, en si peu d’années, aura vécu tant de vies...



Les intervenants principaux :

Catherine Camus, fille d’Albert Camus
Mette Ivers, dernière passion d'Albert Camus
Michel Bouquet, comédien et ami d’Albert Camus


Note d’intention de Georges-Marc Benamou

"Comment aborder Camus ? Comme le plus intime, le plus lu et le plus aimé des grands écrivains, le compagnon de toute une vie, le "frère des hommes" qu’il a été et qu’il est encore pour des générations d’adolescents. Comme un héros, ou un anti-héros. En tout cas, comme un être universel. Le miroir de nos révoltes, de nos déchirements.
 Un destin auquel on s’attache.
 Rares sont les écrivains qui réussissent de telles œuvres-vies : Voltaire, Tolstoï, Hemingway...

En lui tout se mêle de façon si inextricable : le bonheur et la tragédie ; la misère et la gloire ; les tribunes enfiévrées autant que le silence désespéré sur l’Algérie, les dernières années. Une course, vers le bonheur, vers le Tragique aussi.

Tout nous attache à lui, à cet orphelin, fils d’une femme de ménage sourde, et sauvé par un instituteur exemplaire. C’est d’ailleurs une fable républicaine, et elle est véridique. Il a fallu, pour montrer cela, mixer les archives rares à des films amateurs en couleur restituant cette vie « Algérie française » des années 30-40, bains de mers, sports, promenades d’élégants et d’élégantes sur le front de mer ; et raconter cette Algérie coloniale, la juxtaposition de deux mondes, européen et musulman.

Le reste de sa (courte) vie est celle d’un intellectuel en action, toujours. À commencer par son entrée en scène : le scandale provoqué en 1939 par sa série d’articles, « Misère en Kabylie », publiée dans Alger Républicain. Visionnaire... L’affaire algérienne ouvre sa vie d’écrivain ; comme, vingt ans plus tard, elle va la refermer, à la veille du grand embrasement qu’il redoutait, et qui divisera les communautés.

Ce qui rend Camus si universel, si populaire, c’est justement qu’en dépit de cette vie d’illustre écrivain, il est resté un fils du peuple."



Un film de Georges-Marc Benamou

Raconté par Philippe Torreton

Produit par Siècle Productions avec la participation de France Télévisions

Unité Documentaires de France télévisions Catherine Alvaresse

Pôle Histoire et Culture Emmanuel Migeot- Clémence Coppey




Francine et Albert Camus






Albert Camus et Maria Casarès


© crédit photos Internet

vendredi 20 décembre 2019

Rainer Maria Rilke sur France Culture


Quatre émissions à écouter ICI


À PROPOS DE RAINER MARIA RILKE, LA NÉCESSITÉ DE LA CRÉATION
Icône absolue de la poésie de langue allemande, Rilke est un homme toujours en partance. De Prague à Paris, en passant par Munich, Capri ou Venise, il parcourt l’Europe en quête d’un havre d’inspiration. Tantôt mondain et grand amoureux, le poète n’a rien autant chéri que sa solitude, moteur indispensable à sa création. Quatre émissions explorent la vie et l'oeuvre de cet homme entouré de femmes qui le guidèrent et l’inspirèrent.

La Compagnie des auteurs
Par Matthieu Garrigou-Lagrange
DU LUNDI AU JEUDI DE 15H À 16H


Le poète autrichien Rainer Maria Rilke
Le poète autrichien Rainer Maria Rilke• Crédits : DPA (AFP) - AFP





A 9 ans, René Rilke commence à écrire et découvre sa vocation d’écrivain. Cet enfant, que sa mère surprotégea, deviendra plus tard un grand séducteur, un homme entouré de femmes qui le guidèrent et l’inspirèrent. Catherine Sauvat évoque la vie de ce poète qui prit pour nom Rainer Maria Rilke.



























samedi 2 novembre 2019

Hommage à Georges Seferis, France Culture 1969



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Voici la publication du vendredi, jour dédié aux inspirations de la Poésie française :
Une émission spéciale, par Nikos Athanassiou, diffusée le 12 septembre 1969 sur France Culture. Lecture de textes et de poèmes réalisées par Maria Tamar, Jean-Claude Michel, Françoise Fetcher, Julien Bertheau et Nathalie Nerval.
Mise en ligne par Arthur Yasmine, poète vivant, dans l’unique objet de perpétuer la Poésie.














samedi 3 août 2019

Angélique Ionatos, la Grèce en héritage









Angélique Ionatos
© Angélique Ionatos• Crédits : sadaka Edmond - Sipa





Par Stéphane Manchematin. Réalisation : Doria Zenine. Prise de son : Etienne Leroy. Attachée de production : Claire Poinsignon.



Fille de marin, Angélique Ionatos est née à Athènes en 1954. Elle a quinze ans, en 1969, lorsqu’avec ses parents, elle quitte la Grèce pour fuir la dictature des colonels. La famille pose dans un premier temps les valises en Belgique, avant de s’installer en France. Angélique Ionatos y apprend « la langue de l’exil ».

"Au début des années 70, elle enregistre, en duo avec son frère Photis, un premier album en français : Résurrection, couronné par le prix de l'Académie Charles-Cros.

Dotée d’une allure de déesse grecque et d’une voix grave de contralto, solaire et envoûtante, âpre et sensuelle, Angélique Ionatos entame alors une carrière solo qui la voit, petit à petit, s’imposer comme auteur, compositeur et guitariste. Très vite, elle fait le choix de revenir à la langue grecque. Puisant son inspiration au cœur de la culture traditionnelle grecque, elle commence à chanter les poètes, grecs notamment. C'est par la mise en musique des poèmes du prix Nobel de littérature1979, Odysseas Elytis, qu’elle s’impose définitivement tant auprès du public que de la critique.

Mais Angélique Ionatos a également chanté la poétesse Sappho de l’île de Mytilène, les poètes grecs contemporains mais aussi Pablo Neruda ou Frida Khalo dont elle a mis en musique des extraits du journal intime. Tout au long de ce parcours, elle a recherché des collaborations fructueuses avec des musiciens de toutes origines. Si la magie opère à tous les coups, à chaque nouvel album (une vingtaine à ce jour), c’est autant pour la qualité de la musique et des interprétations que pour la voix.

Angélique Ionatos a publié en 2015, Le soleil sait, une anthologie de poèmes d’Odysseas Elytis qu’elle a traduits en français."
France Culture





















France Culture, A voix nue


dimanche 14 juillet 2019

Il y a cinquante ans, 1969, Louis Aragon

Louis Aragon (1897-1982)
06/07/2019



Louis Aragon devant sa maison à Moulin de Villeneuve, offerte à Elsa Triolet
Louis Aragon devant sa maison à Moulin de Villeneuve, offerte à Elsa Triolet• Crédits : William Karel / Sygma - Getty


Louis Aragon est l'auteur d'une oeuvre gigantesque, variée, à la durée exceptionnelle, entourée de controverses. Cette oeuvre dessine les contours d'un monument littéraire, guère comparable à Victor Hugo.

L'oeuvre de Louis Aragon est impressionnante. Son ampleur, sa variété, sa durée exceptionnelle dessinent les contours d'un monument littéraire. De plus, elle émane de l'un des derniers "grands écrivains" dont la France est si friande. Et pourtant l'oeuvre d'Aragon est encore souvent réduite à la simplification d'une légende. En effet il existe un "mythe Aragon" qui vient recouvrir les textes comme un voile et en fausser la lecture. Ce mythe, qui s'est élaboré du vivant du poète et s'est perpétué bien après sa mort, repose essentiellement sur deux facettes de l'oeuvre et de la biographie. D'une part le couple formé par Elsa Triolet et Louis Aragon, sensé incarner l'amour parfait, et d'autre part la dimension politique, l'engagement de l'homme et de son oeuvre.
















mercredi 30 janvier 2019

Les crépuscules d'Aragon, avec Jean Ristat














TOMBEAU DE MONSIEUR ARAGON
PAR JEAN RISTAT
(extraits)

I

Écriture rends-nous la mémoire avant que

L'oubli n'enfouisse nos songes comme dans

Un jardin abandonné le tohu-bohu

Des lilas et des herbes mouillées où se bousculent

Des odeurs je pense à toi ami maintenant

Que la rumeur t'a enseveli je

Me retrouve seul dans l'attente des roses

Que tu aimais égorger avec des ciseaux

D'argent Ô comme le temps me manque au milieu

De la rie comme au bord d'une tombe à qui

Parlé-je donc devant ce miroir brisé Ô

J'ai avalé les ombres et leurs flammes de cendre

J'appelle au secours les morts me répondent comme

En écho et les vivants ne m'entendent pas

Charognards regardez j'ai un trou dans le cœur

Une étoile y est tombée un soir de
Noël

Creusant un cratère où le feu a la couleur

Du sang.

II

C'était dans la nuit du vingt et trois au vingt et

Quatre en décembre avant que le jour ne se rende

À la ténèbre dans la chambre aux volets clos

Depuis combien de jours obstiné gardais-tu

Les yeux fermés semblait-il sourd à nos paroles

Des femmes te veillaient attentives et douces à

Tes lèvres un jeune homme presqu'un enfant encor

Tout l'après-midi avait cherché sur ton corps

Des veines enfouies comme des violettes

Dans un miroir où l'ombre flamboie le cœur

À ton poignet ne tresse plus de collier

Ô vagues comme des perles une à une chues

Et ma main dans ta main je t'appelle et ma bouche

Contre ton oreille je veux te retenir

Ne t'en va pas ne t'en va pas reviens vers nous

Egarés comme des enfants dans la forêt

Des ombres aiguisées comme des couteaux

O père à qui toute parole est refusée

Quel roc dans ta gorge retient le souffle qui

Porte les mots quel enchantement nous dérobe

À ta vue déjà les jambes bleuissent et

Le ventre alors elles se sont penchées vers

Toi dans la clarté des lampes baissées mais

Rien n'y faisait pas même la tendre prière

De chasser l'intrus dans ta poitrine et tes vains

Efforts ponctués par les sourcils comme des

Virgules c'est la fin murmura-t-elle en se

Retirant alors je me suis agenouillé

Comme le passeur je t'ai pris par la main et

Je me suis nommé ami et nous ne savions

Plus à quelle rive tu nous attendais ni

S'il fallait encore espérer te rejoindre et

Nous nous regardâmes sans oser nommer ce

La qui allait venir Ô j'ai dans les yeux soudain

Lorsque je me retournai cette suspension

De la respiration ce halètement

Interrompu le silence enfin de l'éclair

Et l'attente de la foudre qui allait te

Rendre à tes habits d'opéra Ô mon ami

Farouche te voilà terrassé et son pied

Sur ta bouche elle te brise arrache la langue

Libère les vents turbulents qui t'habitaient

Alors la terreur nous jeta contre le mur

Et tremblant j'ai entendu ce courant d'air rompre

Tes os t'abattre par deux fois comme un volcan

Crache les haleines de feu qui obscurcissent

Le soleil et les pestilences qui dorment dans

Le ventre des nuages par deux fois j'ai vu

L'antre de la mort se refermer sur ta gorge

Aux battements d'oiseau blessé mordue.

III

Alors elles t'habillèrent en grande hâte et

Je ne te voyais plus miroir éclaté corps

Livré à la charogne dont les plaies suintaient

Comme un mur de salpêtre après la chute des

Astres sur ta peau marqués comme au bagnard

La lettre rougie cratère où le

Sang sèche à la commissure des lèvres
O

Voici la longue patience de la nuit

Les draps défaits du ciel et le désordre des

Étoiles renversées comme un jeu de quilles

Les tiroirs éventrés et les livres ouverts les

Chasseurs de trésor et les pilleurs d'épaves
O

Comme le temps me manque pour vaincre l'oubli

Maintenant que dans mes mains le feu s'éteint im

Mobile

IV

Et comme elles s'affairaient autour de toi je

Fermai la porte de la chambre derrière elles

J'entrai dans la cuisine je m'assis je me

Levai je bus je marchai dans l'appartement

Il soufflait dans ma gorge un grand vent de sable et

Je hâtais le pas traversant les pièces puis

Elles m'appelèrent à voix basse
O te voici

Paré de noir et de blanc le cou offert à

La signature d'une cravate que je

Nouai
O comme tu es calme et beau dans le

Silence du sommeil et comme ta peau est

Douce
O vase pourquoi craignais-je alors de te

Briser
O cygne aux ailes couchées sur

Les draps comme des nuées
O corps découpé

Dans l'ombre comme je t'appelais tu ne me

Répondis pas comme je baisais tes lèvres
O

Tu ne tressaillis point miroir de suie où les

Larmes comme des corbeaux sur le ciel d'hiver

S'effacent.

Jean Ristat





Le Feu
I

Écriture rends-nous la mémoire avant que

L’oubli n’enfouisse nos songes comme dans

Un jardin abandonné le tohu-bohu

Des lilas et des herbes mouillées où se bousculent

Des odeurs je pense à toi ami maintenant

Que la rumeur t’a enseveli je

Me retrouve seul dans l’attente des roses

Que tu aimais égorger avec des ciseaux

D’argent Ô comme le temps me manque au milieu

De la vie comme au bord d’une tombe à qui

Parlé-je donc devant ce miroir brisé Ô

J’ai avalé les ombres et leurs flammes de cendre

J’appelle au secours les morts me répondent comme

En écho et les vivants ne m’entendent pas

Charognards regardez j’ai un trou dans le cœur

Une étoile y est tombée un soir de Noël

Creusant un cratère où le feu a la couleur

Du sang

II

C’était dans la nuit du vingt et trois au vingt et

Quatre décembre avant que le jour ne se rende

À la ténèbre dans la chambre aux volets clos

Depuis combien de jours obstiné gardais-tu

Les yeux fermés semblait-il sourd à nos paroles

Des femmes te veillaient attentives et douces à

Tes lèvres un jeune homme presqu’un enfant encor

Tout l’après-midi avait cherché sur ton corps

Des veines enfouies comme des violettes

Dans un miroir où l’ombre flamboie le cœur

À ton poignet ne tresse plus de collier

Ô vagues comme des perles une à une chues

Et ma main dans ta main je t’appelle et ma bouche

Contre ton oreille je veux te retenir

Ne t’en va pas ne t’en va pas reviens vers nous

Égarés comme des enfants dans la forêt

[...]

Jean Ristat

Tombeau de Monsieur Aragon, dans Ode pour hâter la venue du printemps, suivi de Tombeau de Monsieur Aragon, Le Parlement d’amour, La Mort de l’aimé, préface d’Omar Berrada, Poésie/Gallimard, 2008











samedi 17 novembre 2018

Robert Desnos



Par Catherine Pont Humbert  et Dominique Costa.
Émission diffusée pour la première fois sur France Culture le 25.12.2005.

Desnos le tendre, le farfelu, l'amoureux, celui dont la " fourmi de 18 mètres " a bercé notre enfance, fut aussi ce jeune homme qui " parlait surréaliste à volonté ". Si Robert Desnos a bien été le " prophète du surréalisme " vanté par André Breton, il fut surtout de toutes les aventures humaines et intellectuelles de son temps. De l'aventure poétique, bien entendu, car Desnos a misé sur la poésie du début à la fin de son existence. Une poésie tour à tour délirante, lyrique, émouvante, avec toujours le merveilleux pour ligne d'horizon. Robert Desnos c'est d'abord l'expérimentation des formes, au sein du groupe surréaliste, où son attirance pour le rêve l'entraîne vers le déclenchement d'images mentales et le jaillissement de paroles libérées du joug de la conscience. Mais au-delà de l'aventure surréaliste, tous les jeux que la langue rend possible l'intéressaient : expérimentations poétiques bien sûr, mais aussi radiophoniques, cinématographiques, publicitaires, picturales, musicales. Pour faire surgir les grandes images populaires de son enfance, Robert Desnos s'est essayé à toutes les pratiques d'écriture et n'a cessé de chercher à concilier culture classique et culture populaire. Desnos avait aussi un grand amour de la vie :amour de l'amour, amour de l'amitié, amour du vin, Et l'amour de la liberté. Desnos le courageux.qui affirmait en 1942 " en définitive, ce n'est pas la poésie qui doit être libre, c'est le poète " fut un résistant de la première heure. Arrêté par la gestapo en février 1944, il a défendu la liberté jusqu'à son dernier souffle, en 1945 au camp de Terezin en Tchécoslovaquie.

Intervenants :
- Alain Chevrier,
- Roger Dadoun,
- Marie-Claire Dumas,
- Jean Matthyssens,
- Jean-Baptiste Para,
- Ernest Pignon-Ernest.



















mardi 2 octobre 2018

Max-Pol Fouchet

 "J’ai la nostalgie d’une époque où la culture venait du sol, venait du peuple"

Max-Pol Fouchet











Écrivain, poète, critique musical et littéraire, homme de radio, créateur avec Pierre Desgraupe et Pierre Dumayer de "Lecture pour tous" et de l'émission "Terre des arts", Max-Pol Fouchet était un homme occupé. Aussi était-il, en 1965, un invité tout désigné pour dire ce que lui inspiraient les vacances au micro d'Harold Portnoy, dans "Impromptu de vacances".

Max-Pol Fouchet parlait de ses voyages, de l'Amérique du Sud, de sa famille et de sa fille en particulier, de la culture et des livres, de la liberté, de Vézelay et son jardin où il aimait passer ses congés... à travailler, bien entendu.

Il n’y qu’une valeur que je respecte avec la liberté, c’est la révolte. Aujourd’hui, on fait tout pour limer la révolte, pour l’épuiser et en faire une valeur marchande.

Des écrivains font leur fortune sur la révolte… C’est comme la notion de culture : qu’est-ce que ça veut dire ? Cela veut dire qu’on apporte au gens, comme des boîtes de conserve, ce que nous savons, 'Regardez-nous, écoutez-nous' : c’est un mensonge, une duperie, une forfaiture ! Il ne faut pas donner une culture toute faite, il faut provoquer une culture. Il faut faire revivre une profonde culture populaire. J’ai la nostalgie d’une époque où la culture venait du sol, venait du peuple.

L'entretien avec Max-Pol Fouchet était entrecoupé de lectures de ses œuvres par Bernard Jousset, René Farabet et Michel Bouquet.

Production : Harold Portnoy
Impromptu de vacances - Max-Pol Fouchet
1ère diffusion : 19/07/1965
Indexation web : Sandrine England, Documentation sonore de Radio France
Archive Ina-Radio France






Image de Vézelay où vécut l'écrivain Max-Pol Fouchet, août 2017.• Crédits : Benoît Prieur, via wikimedia






mercredi 18 juillet 2018

Notre éternel été,Albert Camus-Maria Casarès




Albert Camus & Maria Casarès• Crédits : Bettmann / Roger Corbeau/Hulton Archive - - Getty





"Notre éternel été" Albert Camus-Maria Casarès, correspondance 1944-1959, création pour France Culture

Réalisation : Alexandre Plank
Collaboration artistique  : Valérie Six

Avec Isabelle Adjani & Lambert  Wilson
Accompagnés au violoncelle par Raphaël Perraud, violoncelle solo de l’Orchestre National de France.

Le temps d’une soirée unique mais, pour deux représentations exceptionnelles, Isabelle Adjani et Lambert Wilson incarneront, pour France Culture sur la scène du musée Calvet, la correspondance amoureuse, artistique et intellectuelle qui relia Albert Camus et Maria Casarès jusqu’à la veille de la mort de l’écrivain. Cette correspondance a été publiée en 2017 par Catherine Camus.



Nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes reconnus, nous nous sommes abandonnés l’un à l’autre, nous avons réussi un amour brûlant de cristal pur, te rends-tu compte de notre bonheur et de ce qui nous a été donné ?

                                                                                               Maria Casarès, 4 juin 1950

Egalement lucides, également avertis, capables de tout comprendre donc de tout surmonter, assez forts pour vivre sans illusions, et liés l’un à l’autre, par les liens de la terre, ceux de l’intelligence, du cœur et de la chair, rien ne peut, je le sais, nous surprendre, ni nous séparer.

                                                                                         Albert Camus, 23 février 1950

Comment ces deux êtres ont-ils pu traverser tant d’années, dans la tension exténuante qu’exige une vie libre tempérée par le respect des autres, dans laquelle il avait « fallu apprendre à avancer sur le fil tendu d’un amour dénué de tout orgueil », sans se quitter, sans jamais douter l’un de l’autre, avec la même exigence de clarté ? La réponse est dans cette correspondance.             
Merci à eux deux. Leurs lettres font que la terre est plus vaste, l’espace plus lumineux, l’air plus léger simplement parce qu’ils ont existé. »

                                                                                                             Catherine Camus



Assistante à la réalisation : Louise Loubrieu
Equipe technique : Pierric Charles et Emilie Couet

La Correspondance 1944-1959 d’Albert Camus et Maria Casarès est publiée chez Gallimard.

Découvrez également le livre audio, paru chez Gallimard


Diffusé sur France Culture, le 17 juillet 2018 (20h)




















Isabelle Adjani et Lambert Wilson ovationnés à Avignon © S.Jouve/Culturebox

Article dans Culturebox


Avignon : Isabelle Adjani et Lambert Wilson brûlants d’amour en Casarès et Camus






Sophie Jouve  Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse


Mis à jour le 17/07/2018 à 22H22, publié le 14/07/2018 à 11H32


Un amour brûlant souffle sur la nuit d’Avignon, un moment de grâce : Isabelle Adjani et Lambert Wilson prêtent leur voix à Maria Casarès et Albert Camus, qui ont entretenu une correspondance passionnée jusqu’à la mort de l’écrivain. Une correspondance publiée en 2017 aux éditions Gallimard.

La cour du Musée Calvet est prise d’assaut ce vendredi 13 juillet. Lambert Wilson, chemise blanche, s’assied en bord de scène, Isabelle Adjani, longue robe hippie chic, en retrait, dos au public. C’est elle qui lit la première lettre de cette correspondance amoureuse, artistique et intellectuelle qui durera 15 ans (1944 et 1959). Elle rejoint Camus, qui souffre de poussées de tuberculose, chez lui rue Vaneau à Paris. "Il évoquait l’Algérie et ses plages, les parties de foot et les baignades".

Plus tard, à partir 1948 : "Ce que tu es est ce que j’aurai rêvé d’être si j’étais né homme" (…) "Je te veux partout, en tout et tout entier" (…) "Mon désir de toi s’exaspère et m’exaspère" (…) "Décidément, loin de l’intelligence je me fane".


L'émotion de la petite-fille de Camus

C’est un très émouvant voyage que nous ont offert Isabelle Adjani et Lambert Wilson, ovationnés par le public. La petite fille d’Albert Camus, Elisabeth Maisondieu ne peut retenir ses larmes :
C’est très beau, mais c’est dur, c’est très difficile de réaliser quelque chose dont on n’a pas été le témoin. Ces voix très belles humanisent et viennent toucher. Cet amour, cette relation, est désormais complètement intégrée dans notre famille, que Camus ait aimé Maria Casarès. Maria fait partie de notre vie, de notre imaginaire. Il n’y a pas du tout de jugement. Cette relation, je n’avais jamais plongé dedans avant la publication de ces lettres en 2017. C’est une relation passionnelle qui est magnifique.

Elisabeth Maisondieu Camus




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Emission du 12 juillet sur France Inter 


La Marche de l'Histoire, par Jean Lebrun






lundi 4 juin 2018

Lettre de Baudelaire à Wagner






Vendredi l7 février 1860

Monsieur,

Je me suis toujours figuré que si accoutumé à la gloire que fut un grand artiste, il n'était pas insensible à un compliment sincère, quand ce compliment était comme un cri de reconnaissance, et enfin que ce cri pouvait avoir une valeur d'un genre singulier, quand il venait d'un français, c'est-à-dire d'un homme peu fait pour l'enthousiasme et né dans un pays où l'on ne s’entend guère plus à la poésie et à la peinture qu'à la musique. Avant tout, je veux vous dire que je vous dois la plus grande jouissance musicale que j'aie jamais éprouvée. Je suis d'un âge où on ne s'amuse plus guère à écrire aux hommes célèbres, et j'aurais hésité longtemps encore à vous témoigner par lettre mon admiration, si tous les jours mes yeux ne tombaient sur des articles indignes, ridicules, ou on fait tous les efforts possibles pour diffamer votre génie. Vous n'êtes pas le premier homme, Monsieur, à l’occasion duquel j'ai eu à souffrir et à rougir de mon pays. Enfin l'indignation m'a poussé à vous témoigner ma reconnaissance; je me suis dit : Je veux être distingué de tous ces imbéciles.

La première fois que je suis allé aux Italiens, pour entendre vos ouvrages, j'étais assez mal disposé, et même, je l'avouerai, plein de mauvais préjugés; mais je suis excusable ; j'ai été si souvent dupe; j'ai entendu tant de musique de charlatans à grandes prétentions. Par vous j'ai été vaincu tout de suite. Ce que j'ai éprouvé est indescriptible, et si vous daignez ne pas rire, j'essaierai de vous le traduire. D'abord il m'a semblé que je connaissais cette musique, et plus tard en y réfléchissant, j'ai compris d'où venait ce mirage ; il me semblait que cette musique était la mienne, et je la reconnaissais comme tout homme reconnaît les choses qu'il est destiné à aimer. Pour tout autre que pour un homme d'esprit, cette phrase serait immensément ridicule, surtout écrite par quelqu'un qui, comme moi, ne sait pas la musique, et dont toute l'éducation se borne à avoir entendu (avec grand plaisir, il est vrai) quelques beaux morceaux de Weber et de Beethoven.

Ensuite le caractère qui m'a principalement frappé, ç'a été la grandeur. Cela représente le grand, et cela pousse au grand. J'ai retrouvé partout dans vos ouvrages la solennité des grands bruits, des grands aspects de la Nature, et la solennité des grandes passions de l'homme. On se sent tout de suite enlevé et subjugué. L'un des morceaux les plus étranges et qui m'ont apporté une sensation musicale nouvelle est celui qui est destiné à peindre une extase religieuse. L'effet produit par l'Introduction des invités et par la Fête nuptiale est immense J'ai senti toute la majesté d'une vie plus large que la nôtre. Autre chose encore : j'ai éprouvé souvent un sentiment d'une nature assez bizarre, c'est l'orgueil et la jouissance de comprendre, de me laisser pénétrer, envahir, volupté vraiment sensuelle, et qui ressemble à celle de monter dans l'air ou de rouler sur la mer. Et la musique en même temps respirait quelquefois l'orgueil de la vie. Généralement ces profondes harmonies me paraissaient ressembler à ces excitants qui accélèrent le pouls de l'imagination. Enfin, j'ai éprouvé aussi, et je vous supplie de ne pas rire, des sensations qui dérivent probablement de la tournure de mon esprit et de mes préoccupations fréquentes. Il y a partout quelque chose d'enlevé et d'enlevant, quelque chose aspirant à monter plus haut, quelque chose d'excessif et de superlatif. Par exemple, pour me servir de comparaisons empruntées à la peinture, je suppose devant mes yeux une vaste étendue d'un rouge sombre. Si ce rouge représente la passion, je le vois arriver graduellement, par toutes les transitions de rouge et de rose, à l'incandescence de la fournaise. Il semblerait difficile, impossible même d'arriver à quelque chose de plus ardent ; et cependant une dernière fusée vient tracer un sillon plus blanc sur le blanc qui lui sert de fond. Ce sera, si vous voulez, le cri suprême de l'âme montée à son paroxysme.

J'avais commencé à écrire quelques méditations sur les morceaux de Tannhäuser et de Lohengrin que nous avons entendus ; mais j'ai reconnu l'impossibilité de tout dire.

Ainsi je pourrais continuer cette lettre interminablement Si vous avez pu me lire, je vous en remercie. Il ne me reste plus qu'à ajouter que quelques mots. Depuis le jour où j'ai entendu votre musique, je me dis sans cesse, surtout dans les mauvaises heures : Si, au moins, je pouvais entendre ce soir un peu de Wagner ! Il y a sans doute d'autres hommes faits comme moi. En somme vous avez dû être satisfait du public dont l'instinct a été bien supérieur à la mauvaise science des journalistes. Pourquoi ne donneriez-vous pas quelques concerts encore en y ajoutant des morceaux nouveaux ? Vous nous avez fait connaître un avant-goût de jouissances nouvelles ; avez-vous le droit de nous priver du reste ? Une fois encore, Monsieur, je vous remercie; vous m'avez rappelé à moi-même et au grand, dans de mauvaises heures.

CH. BAUDELAIRE.

P.S. Je n 'ajoute pas mon adresse, parce que vous croiriez peut-être que j'ai quelque chose à vous demander.



La chronique de Julie Depardieu

mercredi 30 mai 2018

(rediffusion)









dimanche 20 mai 2018

Autour de L'Ecume des jours, de Boris Vian












Avant-propos
Dans la vie, l’essentiel est de porter sur tout des jugements
à priori. Il apparaît, en effet, que les masses ont tort, et les individus toujours raison. Il faut se garder d’en déduire des règles de conduite : elles ne doivent pas avoir besoin d’être formulées pour qu’on les suive. Il y a seulement deux choses :
c’est l’amour, de toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique de la Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington. Le reste devrait disparaître, car le reste est laid, et les quelques pages de démonstration qui suivent tirent toute leur force du fait que l’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre. Sa réalisation matérielle proprement dite consiste essentiellement en une projection de la réalité, en atmosphère biaise et chauffée, sur un plan de référence irrégulièrement ondulé et présentant de la distorsion. On le voit, c’est un procédé avouable, s’il en fut.
La Nouvelle-Orléans.
10 mars 1946.






"Mets-moi de la musique, mon Colin, dit Chloé. mets des airs que tu aimes.
- Ca va te fatiguer", dit Colin.
Il parlait de très loin, il avait mauvaise mine. Son coeur tenait toute la place dans sa poitrine, il ne s'en rendait compte que maintenant.
"Non, je t'en prie" dit Chloé.
Colin se leva, descendit la petite échelle de chêne et chargea l'appareil automatique. Il y avait des hauts-parleurs dans toute les pièces. Il mit en marche celui de la chambre.
"Qu'as-tu mis?" demanda Chloé.
Elle souriait. Elle le savait bien.
"Tu te rappelles? dit Colin.
- Je me rappelle...
- Tu n'as pas mal?
- Je n'ai pas très mal..."
A l'endroit où les fleuves se jettent dans la mer, il se forme une barre difficile à franchir, et de grands remous écumeux où dansent les épaves."




Il se rapprocha d'elle et la prit près de lui. Il embrassait ses pauvres yeux affolés et sentait son coeur battre à coups sourds et lents dans sa poitrine.
- On va te guérir, dit-il. Ce que je voulais dire, c'est qu'il ne pouvait rien arriver de pire que de te voir malade, quelle que soit la maladie.
_ J'ai peur ... dit Chloé. Il m'opérera sûrement.
- Non , dit Colin. Tu seras guérie avant.
- Qu'est ce qu'elle a ? répéta Nicolas. Je peux faire quelque chose ?
Lui aussi avait l'air très malheureux. Son aplomb ordinaire s'était fortement ramolli.
- Ma Chloé ... dit Colin. Calme toi.
- C'est sûr, dit Nicolas. Elle sera guérie très vite.
- Ce nénuphar, dit Colin. Où a-t-elle pu attraper ça ?
- Elle a un nénuphar ? demanda Nicolas, incrédule.
Dans le poumon droit, dit Colin. Le professeur croyait au début que c'était simplement quelque chose d'animal. Mais c'est ça. On l'a vu sur l'écran. Il est déjà assez grand, mais enfin, on doit pouvoir en venir à bout.





La métaphore du nénuphar













 Vraiment, dit le chat, ça ne m’intéresse pas énormément.
_ Tu as tort, dit la souris. Je suis encore jeune et jusqu’au dernier moment, j’étais bien nourrie.
_ Mais je suis bien nourri aussi, dit le chat, et je n’ai pas du tout envie de me suicider, alors tu vois pourquoi je trouve ça anormal.
_ C’est que tu ne l’as pas vu, dit la souris.
_ Qu’est- ce qu’il fait ? demanda le chat.
Il n’avait pas très envie de le savoir. Il faisait chaud et ses poils étaient tout bien élastique.
_ Il est au bord de l’eau, dit la souris, il attend et quand c’est l’heure, il va sur la planche et il s’arrête au milieu. Il voit quelque chose.
_ Il ne peut pas voir grand-chose, dit le chat. Un nénuphar, peut-être.
_ Oui dit la souris, il attend qu’il remonte pour le tuer.
_ Quand l’heure est passée, continua la souris, il revient sur le bord et il regarde la photo.
_ Il ne mange jamais ? demanda le chat.
_ Non, dit la souris, et il devient très faible, et je ne peux pas supporter ça. Un de ces jours, il va faire un faux pas en allant sur cette grande planche.
_ Qu’est-ce que ça peut te faire ? demanda le chat. Il est malheureux alors ?...
_ Il n’est pas malheureux, dit la souris, il a de la peine. C’est ça que je ne peux pas supporter. Et puis il va tomber dans l’eau, il se penche trop.
_ Alors, dit le chat, si c’est comme ça je veux bien te rendre ce service, mais je ne sais pas pourquoi je dis « si c’est comme ça », parce que je ne comprends pas du tout.
_ Tu es bien bon, dit la souris.
_ Mets ta tête dans ma gueule, dit le chat, et attends.
_ ça peut durer longtemps ? demanda la souris.
_ Le temps que quelqu’un me marche sur la queue, dit le chat ; il me faut un réflexe rapide. Mais je la laisserai dépasser, n’ai pas peur.
La souris écarta les mâchoires du chat et fourra sa tête entre les dents aiguës. Elle la retira presque aussitôt.
_ Dis-donc, dit-elle tu as mangé du requin ce matin ?
_ Ecoute, dit le chat, si ça ne te plaît pas, tu peux t’en aller. Moi, ce truc-là, ça m’assomme. Tu te débrouilleras toute seule.
Il paraissait fâché.
_ Ne te vexe pas, dit la souris.
Elle ferma ses petits yeux noirs et replaça sa tête en position. Le chat laissa reposer avec précaution ses canines acérés sur le cou doux et gris. Les moustaches noires de la souris se mêlaient aux siennes. Il déroula sa queue touffue et la laissa traîner sur le trottoir.
Il venait, en chantant, onze petites filles aveugles de l’orphelinat de Jules L’Apostolique.




Devant l'église, on s'arrêta, et la boîte noire resta là pendant qu'ils entraient pour la cérémonie. Le Religieux, l'air renfrogné, leur tournait le dos et commençait à s'agiter sans conviction. Colin restait debout devant l'autel.
Il leva les yeux : devant lui, accroché à la paroi, il y avait Jésus sur sa croix. Il avait l'air de s'ennuyer et Colin lui demanda :
- Pourquoi est-ce que Chloé est morte?
- Je n'ai aucune responsabilité là-dedans, dit Jésus. Si nous parlions d'autre chose...
- Qui est-ce que cela regarde? demanda Colin.
Ils s'entretenaient à voix très basse et les autres n'entendaient pas leur conversation.
- Ce n'est pas nous, en tout cas, dit Jésus.
- Je vous avais invité à mon mariage, dit Colin.
- C'était réussi, dit Jésus, je me suis bien amusé. Pourquoi n'avez-vous pas donné plus d'argent, cette fois-ci?
- Je n'en ai plus, dit Colin, et puis, ce n'est plus mon mariage, cette fois-ci.
- Oui, dit Jésus.
Il paraissait gêné.
- C'est très différent, dit Colin. Cette fois, Chloé est morte... Je n'aime pas l'idée de cette boîte noire.
- Mmmmmmm... dit Jésus.
Il regardait ailleurs et semblait s'ennuyer. Le Religieux tournait une crécelle en hurlant des vers latins.
- Pourquoi l'avez-vous fait mourir? demanda Colin.
- Oh!... dit Jésus; N'insistez pas.
Il chercha une position plus commode sur ses clous.
- Elle était si douce, dit Colin. Jamais elle n'a fait le mal, ni en pensée, ni en action.
- Ca n'a aucun rapport avec la religion, marmonna Jésus en bâillant.
Il secoua un peu la tête pour changer l'inclination de sa couronne d'épines.
- Je ne vois pas ce que nous avons fait, dit Colin. Nous ne méritions pas cela.
Il baissa les yeux. Jésus ne répondit pas. Colin releva la tête. La poitrine de Jésus se soulevait doucement et régulièrement. Ses traits respiraient le calme. Ses yeux s'étaient fermés et Colin entendit sortir de ses narines un léger ronronnement de satisfaction, comme un chat repu.
A ce moment, le Religieux sautait d'un pied sur l'autre et soufflait dans un tube, et la cérémonie était finie.
Le Religieux quitta le premier l'église et retourna dans la sacristoche mettre de gros souliers à clous.
Colin, Isis et Nicolas sortirent et attendirent derrière le camion.
Alors, la Chuiche et le Bedon apparurent, richement vêtus de couleurs claires. Ils se mirent à huer Colin et dansèrent comme des sauvages autour du camion. Colin se boucha les oreilles mais il ne pouvait rien dire, il avait signé pour l'enterrement des pauvres, et il ne bougea même pas en recevant les poignées de cailloux.



samedi 14 avril 2018

Jacques Higelin


Je voulais faire tout péter








Sur TV5 l'invité, avec Patrick Simonin

Tous les jours, à 18h50 (heure de Paris), Patrick Simonin reçoit les personnalités qui font l'actualité sur TV5MONDE.





photo du Net



mardi 3 avril 2018

L'Homme Coquillage, d'Asli Erdogan




Asli Erdogan en juin 2005 à Saint-Malo © Getty / Ulf Andersen



"Elle est auteure, journaliste et poète. Son œuvre est saluée et traduite dans le monde entier. En liberté conditionnelle depuis plus d'un an, elle encourt la prison a perpétuité pour délit d’opinion et destruction de l’unité de l’état turc. Asli Erdogan est l'invitée d'Augustin Trapenard.

Son premier roman, L'homme coquillage,  écrit il y a plus de vingt-cinq ans, vient de paraître en France dans une belle traduction de Julien Lapeyre de Cabanes. L’histoire d’une jeune femme étrangère à son propre désir et qui, lors d’un séjour aux Caraïbes, va progressivement s’ouvrir aux autres et se révéler à elle même."

(sur France Inter, émission Boomerang)








Augustin Trapenard, France Inter



L'Homme Coquillage








J'ai lu une centaine de pages de ce livre qui me happe. Le premier écrit par Asli Erdogan (1998), le dernier traduit en Français (Actes Sud, 2018).


"Une jeune chercheuse en physique nucléaire est invitée dans le cadre d'un séminaire sur l'île de Sainte-Croix, aux Caraïbes. Très rapidement cette jeune Turque choisit d'échapper à ce groupe étriqué rassemblé dans un hôtel de luxe, afin d'explorer les alentours en errant sur les plages encore sauvages et totalement désertes. Ainsi va-t-elle croiser le chemin de l'Homme Coquillage, un être au physique rugueux, presque effrayant, mais dont les cicatrices l'attirent immédiatement.
Une histoire d'amour se dessine, émaillée d'impossibilités et dans l'ambiguïté d'une attirance pour un être inscrit dans la nature et la violence." (...)

(extrait de la quatrième de couverture)


"Vain effort que celui de vouloir mettre en mots ces moments passés sur une île au milieu de l'océan. Je ne pouvais que les vivre intensément et les intérioriser. Alors je me mis à danser. Je dansai sur le sable mouillé, sous les torrents de la pluie tropicale. Figures de ballet, incontrôlées, qui exaltaient les gestes quotidiens, marcher, courir puis s'arrêter. J'essayai d'attraper le vent dans mes cheveux, dans mes mains, je tournai en me balançant comme un arbre dans l'ouragan, je me refermai sur moi-même comme un coquillage, je tombai à genoux face à l'océan comme en prière aux pieds d'un dieu. Dansant pour la dernière fois, je réappris à danser, telle une ballerine découvrant qu'il existe une danse plus importante que le ballet, celle de sa propre vie."  p 98






à suivre.... sans doute en reparlerai-je. FR

mercredi 28 février 2018

Jean de la Ville de Mirmont, hommage au poète



Portrait du poète Jean de la Ville de Mirmont / © - Pathé Gaumont - Bibliothèque





Jean de la Ville de Mirmont (1886-1914) est ce jeune poète bordelais mort sur le front le 28 novembre 1914, à l'âge de 27 ans.
Je l'ai découvert d'abord par L'Horizon chimérique, mis en musique par Gabriel Fauré, puis par Julien Clerc.
Plus tard, j'ai lu Les dimanches de Jean Dézert


Le blog de Clélie  lui a consacré un très bel article en deux parties.

Quelques extraits

Les Dimanches de Jean Dézert


Publié à compte d’auteur en 1914, peu de temps avant la déclaration de guerre, ce roman, qui n’eut aucun succès, est le seul paru du vivant de l’auteur.

L’ironie n’est jamais loin dans les quatre parties de ce court roman. Le narrateur est présent dès les premières lignes, puis semble s’effacer ensuite. L’absurde de la situation fait parfois songer aux écrits de Samuel Beckett…




France 3 Aquitaine lui rend hommage





Le dictionnaire du Chemin des dames  en parle


extraits


- Le 24 novembre, il rédige une dernière lettre à sa mère : « Je ne suis pas encore nommé sous-lieutenant, mais j’en remplis actuellement les fonctions selon le dernier remaniement de la compagnie. Je suis en bonne santé et d’excellente humeur, avec le seul regret de vous savoir inquiets et si loin de moi. Au fond, je suis le plus heureux de vous tous, car si je suis emporté, j’espère ne pas même m’en apercevoir ; si je suis blessé, je coucherai dans un bon lit et je serai soigné par d’aimables dames, et si je persiste tel quel, grâce à toi je n’aurais pas trop froid. Au revoir, ma chère maman, bons baisers à vous tous. Ton fils si loin et si près de toi – et sur qui veillent non seulement son étoile, mais toutes les étoiles du ciel. » - 28 novembre 1914: nouvelle journée de « bombardement presque ininterrompu » (JMO). Jean est touché par un obus sur les pentes du mont de Beaulne. « On s’attendait à le trouver broyé. Or, il était entier et, le croirez-vous, debout. Enseveli sous des mètres d’argile, il était figé dans sa dernière attitude à la manière des habitants de Pompéi, saisis dans leur dernière activité quotidienne par la lave incandescente du Vésuve : le buste droit, la tête levée, les yeux ouverts, la baïonnette au canon et la musette au flanc, il s’apprêtait à bondir pour se battre. Il était comme empêché. C’est une vision qui, depuis, me hante chaque nuit. Un gisant en action, oui, c’est ça. » (J. Garcin) - Il est transporté vers une ambulance mais ne peut être sauvé ; il décède dans les premières heures du 29.

NB : En 2013, Jérôme Garcin lui consacre un livre qui mêle fiction et faits réels, Bleus horizons (Gallimard)





SES OEUVRES


L'Horizon chimérique


I
Je suis né dans un port et depuis mon enfance
J’ai vu passer par là des pays bien divers.
Attentif à la brise et toujours en partance,
Mon cœur n’a jamais pris le chemin de la mer.

Je connais tous les noms des agrès et des mâts,
La nostalgie et les jurons des capitaines,
Le tonnage et le fret des vaisseaux qui reviennent
Et le sort des vaisseaux qui ne reviendront pas.

Je présume le temps qu’il fera dès l’aurore,
La vitesse du vent et l’orage certain,
Car mon âme est un peu celle des sémaphores,
Des balises, leurs sœurs, et des phares éteints.

Les ports ont un parfum dangereux pour les hommes
Et si mon cœur est faible et las devant l’effort,
S’il préfère dormir dans de lointains arômes,
Mon Dieu, vous le vouliez, je suis né dans un port.



II
Par l’appel souriant de sa claire étendue
Et les feux agités de ses miroirs dansants
La mer, magicienne éblouissante et nue.
Éveille aux grands espoirs les cœurs adolescents.

Pour tenter de la fuir leur effort est stérile ;
Les moins aventureux deviennent ses amants,
Et, dès lors, un regret éternel les exile.
Car l’on ne guérit point de ses embrassements.

C’est elle, la première, en ouvrant sa ceinture
D’écume, qui m’offrit son amour dangereux
Dont mon âme a gardé pour toujours la brûlure
Et dont j’ai conservé le reflet dans mes yeux.



III
Quel caprice insensé de tes désirs nomades,
Mon cœur, ô toi mon cœur qui devrais être las,
Te fait encore ouvrir la voile au vent des rades
Où ton plus fol amour naguère appareilla ?

Tu sais bien qu’au lointain des mers aventureuses
Il n’est point de pays qui vaille ton essor,
Et que l’horizon morne où la vague se creuse
N’a d’autres pèlerins que les oiseaux du Nord.

Tu ne trouverais plus à la fin de ta course
L’île vierge à laquelle aspirent tes ennuis.
Des pirates en ont empoisonné les sources.
Incendié les bois et dévoré les fruits.

Voyageur, voyageur, abandonne aux orages
Ceux qui n’ont pas connu l’amertume des eaux.
Sache borner ton rêve à suivre du rivage
L’éphémère sillon que tracent les vaisseaux.



IV
Le ciel incandescent d’un million d’étoiles
Palpite sur mon front d’enfant extasié.
Le feu glacé des nuits s’infuse dans mes moelles
Et je me sens grandir comme un divin brasier.

Les parfums de juillet brûlent dans le silence
D’une trop vaste et trop puissante volupté.
Vers l’azur ébloui, comme un oiseau, s’élance,
En des battements fous, mon cœur ivre d’été.

Que m’importe, à présent, que la terre soit ronde
Et que l’homme y demeure à jamais sans espoir ?
Oui, j’ai compris pourquoi l’on a créé le monde ;
C’était pour mon plaisir exubérant d’un soir !



V
Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;
Le dernier de vous tous est parti sur la mer.
Le couchant emporta tant de voiles ouvertes
Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.

La mer vous a rendus à votre destinée,
Au-delà du rivage où s’arrêtent nos pas.
Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées ;
Il vous faut des lointains que je ne connais pas.

Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.
Le souffle qui vous grise emplit mon cœur d’effroi,
Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,
Car j’ai de grands départs inassouvis en moi.



VI
Vaisseaux des ports, steamers à l’ancre, j’ai compris
Le cri plaintif de vos sirènes dans les rades.
Sur votre proue et dans mes yeux il est écrit
Que l’ennui restera notre vieux camarade.

Vous le porterez loin sous de plus beaux soleils
Et vous le bercerez de l’équateur au pôle.
Il sera près de moi, toujours. Dès mon réveil,
Je sentirai peser sa main sur mon épaule.



VII
Le vent de l’océan siffle à travers les portes
Et secoue au jardin les arbres effeuillés.
La voix qui vient des mers lointaines est plus forte
Que le bruit de mon cœur qui s’attarde à veiller.
Ô souffle large dont s’emplissent les voilures,
Souffle humide d’embrun et brûlant de salure,
Ô souffle qui grandis et recourbes les flots
Et chasses la fumée, au loin, des paquebots !

Tu disperses aussi mes secrètes pensées,
Et détournes mon cœur de ses douleurs passées.
L’imaginaire mal que je croyais en moi
N’ose plus s’avouer auprès de ce vent froid
Qui creuse dans la mer et tourmente les bois.



VIII
Toi qui te connais mal et que les autres n’aiment
Qu’en de vains ornements qui ne sont pas toi-même,
Afin que ta beauté natale ne se fane,
Mon âme, pare-toi comme une courtisane.

Lorsque reviendra l’ombre et que tu seras nue,
Seule devant la nuit qui t’aura reconnue
Et loin de la cité dont la rumeur t’offense.
Tu te retrouveras pareille à ton enfance,

Mon âme, sœur des soirs, amante du silence.



IX
Ô la pluie ! Ô le vent ! Ô les vieilles années !
Dernier baiser furtif d’une saison qui meurt
Et premiers feux de bois au fond des cheminées !
L’hiver est installé, sans sursis, dans mon cœur.

Vous voilà de retour, mes pâles bien-aimées.
Heures de solitude et de morne labeur,
Fidèles aux lueurs des lampes allumées
Parmi le calme oubli de l’humaine rumeur.

Un instant, j’ai pensé que la plus fière joie
Eût été de m’enfuir, comme un aigle s’éploie,
Au lointain rouge encore des soleils révolus.

Et j’enviais le sort des oiseaux de passage.
Mais mon âme s’apaise et redevient plus sage,
Songeant que votre amour ne me quittera plus.



X
Mon désir a suivi la route des steamers
Qui labourent les flots d’une proue obstinée
Dans leur hâte d’atteindre à l’horizon des mers
Où ne persiste d’eux qu’une vaine fumée.

Longtemps il s’attarda, compagnon des voiliers
Indolents et déchus, qu’un souffle d’aventure
Ranime par instants en faisant osciller
Le fragile appareil de leur haute mâture.

Mais la nuit vient trop vite et ne me laisse plus,
Pour consoler encor mon âme à jamais lasse,
Que les cris de dispute et les chants éperdus
Des marins enivrés dans les auberges basses.



XI
Diane, Séléné, lune de beau métal,
Qui reflète vers nous, par ta face déserte,
Dans l’immortel ennui du calme sidéral,
Le regret d’un soleil dont nous pleurons la perte,

Ô lune, je t’en veux de ta limpidité
Injurieuse au trouble vain des pauvres âmes,
Et mon cœur, toujours las et toujours agité,
Aspire vers la paix de ta nocturne flamme.

XII
Novembres pluvieux, tristes au bord des fleuves
Qui ne reflètent plus le mirage mouvant
Des nuages au ciel, des arbres dans le vent,
Ni l’aveuglant soleil dont nos âmes sont veuves,

Faut-il que notre exil sous vos froides clartés
Ne conserve d’espoir que le peu que nous laisse
Le cri des trains de nuit qui sifflent leur détresse,
Quand les rêves sont morts dans les grandes cités ?



XIII
La Mer est infinie et mes rêves sont fous.
La mer chante au soleil en battant les falaises
Et mes rêves légers ne se sentent plus d’aise
De danser sur la mer comme des oiseaux soûls.

Le vaste mouvement des vagues les emporte,
La brise les agite et les roule en ses plis ;
Jouant dans le sillage, ils feront une escorte
Aux vaisseaux que mon cœur dans leur fuite a suivis.

Ivres d’air et de sel et brûlés par l’écume
De la mer qui console et qui lave des pleurs
Ils connaîtront le large et sa bonne amertume ;
Les goélands perdus les prendront pour des leurs.



XIV
Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Et roule bord sur bord et tangue et se balance.
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins ;
Les vagues souples m’ont appris d’autres cadences
Plus belles que le rythme las des chants humains.

À vivre parmi vous, hélas ! avais-je une âme ?
Mes frères, j’ai souffert sur tous vos continents.
Je ne veux que la mer, je ne veux que le vent
Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.

Hors du port qui n’est plus qu’une image effacée,
Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux.
Je ne me souviens pas de mes derniers adieux…
Ô ma peine, ma peine, où vous ai-je laissée?

Voilà ! Je suis parti plus loin que les Antilles,
Vers des pays nouveaux, lumineux et subtils.
Je n’emporte avec moi, pour toute pacotille,
Que mon cœur… Mais les sauvages, en voudront-ils ?

                                           Posthume, 1920














Les dimanches de Jean Dézert


Les Dimanches de Jean Dézert fut le seul ouvrage que Jean de la Ville de Mirmont publia de son vivant puisqu’il mourut en novembre 1914 au Chemin des Dames juste après avoir fait paraître - à compte d’auteur et à seulement 300 exemplaires



«J'ai imaginé un petit roman quui m'amuserait beaucoup. Le héros de l'histoire serait absurde et tout à fait dans mes goûts... Ce sera désolant sous un aspect ridicule. Mon personnage est définitivement employé de ministère. Il habite mon ancienne chambre de la rue du Bac, en face de Petit Saint-Thomas, sous l'obsession d'un plafond trop bas. Il s'ennuie mortellement par faute d'imagination, mais est résigné à sa médiocrité. Pour essayer de se distraire, il emploie tout un dimanche à suivre les conseils de plusieurs prospectus qu'on lui a donnés dans la rue. Le matin, il prend un bain chaud, avec massage par les aveugles, rue Monge. Puis il se fait couper les cheveux dans un "lavatory rationnel" de la rue Montmartre. Puis il déjeune rue de Vaugirard dans un restaurant végétarien anti-alcoolique. Puis il consulte un somnambule. Puis il va au cinématographe. Il dîne enfin au champagne à 2 fr. 75 aux environs de la barrière du Trône et finit sa soirée en écoutant une conférence gratuite avec auditions musicales chez un pharmacien près de la Gare du Nord. Je n'ai même pas la peine d'inventer.»

Jean de La Ville de Mirmont, Lettre à sa mère.

Préface de François Mauriac

Collection La petite vermillon (n° 88), La Table Ronde
Parution : 05-03-1998


Dans Le Matricule des anges n°23


"Satirique par certaines extravagances, ce livre est une savoureuse évocation de l'abdication devant l'existence, sur fond de siècle finissant. Pour Jean Dézert, le personnage central de ce roman de la non-vie, point d'oasis ni de salut. Agé de 27 ans, il est employé au ministère de l'Encouragement au bien (direction du matériel). Sans passé ni futur, il vit le présent avec l'enthousiasme d'un supplicié. Il loge seul à Paris dans un appartement au plafond si bas que "des personnes à l'imagination facile se croiraient, chez lui, dans l'entrepont d'un voilier." Le jour, il remplit des imprimés, le soir, lorsqu'il ne fume pas, il griffonne son agenda dans lequel il recense de ridicules faits de rue.
Certaines personnes sont touchées par la grâce, lui c'est par le néant. "J'ai mal compris la vie, jusqu'ici", admet-il. Ses grands principes, il les puise dans l'abandon et la résignation : "Lorsqu'on ne peut apporter à un mal aucun remède, il est inutile d'en chercher". Pour se distraire de la solitude, le dimanche, le jeune homme s'autorise quelques sorties en compulsant les prospectus publicitaires : un bain chaud avec massage par des aveugles, un restaurant végétarien, une conférence sur l'hygiène sexuelle... Pas de malheur dans ces pages, juste l'impression d'être inutile, d'être à sa juste place, d'être invisible au monde. Rien ne fleurit sur cette terre étrangère, même lorsqu'une promesse de bonheur pointe le nez. Ainsi, comble de l'absurde, avant leur mariage, la jeune fille remarquera pour la première fois "sa figure si longue"... et c'est le désastre.
Lointain cousin de Bartleby de Melville, ce Jean Dézert incarne à lui tout seul toute la tragédie humaine. Sa résistance devant le cours des événements s'apparente aux frêles gesticulations d'un pantin. Ce livre est une excellente invite pour se plonger dans les Oeuvres complètes de ce poète et conteur publiées aux éditions Champ Vallon."

Philippe Savary

(Le Matricule des anges, n° 23)


Un article passionnant sur le blog de Pissos

DE JEAN DEZERT A JEAN DE LA VILLE DE MIRMONT

petit extrait

(..)  Ainsi, dans ces années d'avant-grande-guerre, vivait un garçon, natif de Pissos et portant prénom et nom d'un héros de roman créé au même moment par un écrivain du même âge. Des histoires parallèles d'enfants de conditions différentes, arrivés miraculeusement tard dans la vie de leurs parents, fascinés par l'horizon, le voyage et l'aventure.

Le Jean Dézert croqué par Jean de la Ville faisait partie du grand troupeau peuplant les villes, les bureaux et les administrations. Si il avait réellement vécu, si le roman avait été un peu plus long, il serait bien évidemment parti à la guerre en août 1914, éberlué et déboussolé, on le devine.
Car nombreux ont été les Jean Dézert à remplir les tranchées de la Grande Guerre et les cimetières en suivant.

Comme les deux autres Jean, le poète et le menuisier. "


Contes


Recueil posthume
1923


City of Benares
Les Pétrels
La Mort de Sancho
Le Piano droit
Les Matelots de la Belle-Julie
Entretien avec le diable
L’Orage
Mon ami le prophète





L'horizon chimérique (INTRODUCTION DE MARCEL SCHNEIDER ; PREFACE DE FRANCOIS MAURIAC)
Jean de La Ville De Mirmont
Grasset Et Fasquelle Cahiers Rouges 21 Mai 2008

L'oeuvre de Jean de La Ville de Mirmont, tué au front le 28 novembre 1914 à l'âge de 27 ans, se compose d'un court roman, Les Dimanches de Jean Dézert, de contes et de poèmes publiés après sa mort, sous le titre de L'Horizon chimérique. Né à Bordeaux en 1886, Jean de la Ville de Mirmont a passé sa jeunesse dans la capitale girondine. Il y a noué maintes amitiés fidèles, dont celle de François Mauriac qui rédigea la Préface



© photo Flopinot2012
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