jeudi 28 novembre 2019

Poèmes à la nuit, Rainer-Maria Rilke



Ô de quelle façon, avec quel gémissement
Nous nous sommes caressés, épaules et paupières.
Et la nuit se terrait dans les chambres,
Comme un animal blessé que nous aurions transpercé de douleur.

Étais-tu élue entre toutes pour moi,
n’était-ce pas assez d’être la sœur ?
Ton être était pour moi comme une vallée délicieuse,
et maintenant, à la proue du ciel il

s’incline en une apparition inépuisable
et il étend son empire. Où aller ?
Hélas dans l’attitude de la déploration
tu te penches vers moi, toi qui ne consoles pas.

Rainer Maria Rilke
in, Poèmes à la nuit



C'est ainsi que commence ce très beau recueil de poésie, Poèmes à la nuit, écrit par Rainer Maria Rilke entre 1912 et 1914

https://editions-verdier.fr/livre/poemes-a-la-nuit/

Les Poèmes à la nuit, traduits ici pour la première fois intégralement en français, ont été offerts par Rilke à Rudolf Kassner en 1916 et sont l’une des étapes essentielles de la genèse des Élégies de Duino.

"Si ce poète habitué aux visitations angéliques s’est voulu insubstantiel, humble, dépouillé jusqu’à la transparence, c’est qu’il se savait né pour transmettre, pour écouter, pour traduire au risque de sa vie ces secrets messages que les antennes de son génie lui permettaient de capter ; enfermé dans son corps comme un homme aux écoutes dans un navire qui sombre, il a jusqu’au bout maintenu le contact avec ce poste d’émission mystérieux situé au centre des songes.
Du fond de tant de dénuement et de tant de solitude, les privilèges de Rilke, et son mystère lui-même, sont le résultat du respect, de la patience, et de l’attente aux mains jointes. Un beau jour, ces mains dorées par le reflet d’on ne sait quels cieux inconnus se sont écartées d’elles-mêmes, pareilles à la coque fragile et périssable d’un fruit formé dans la profondeur de ces paumes, et dont on ne saura jamais s’il doit davantage à la lumière qui l’a mûri, ou aux ténèbres dont il est issu."



Extrait de la préface de Marguerite Yourcenar






Édition bilingue. Traduit de l’allemand et présenté par Gabrielle Althen et Jean-Yves Masson (1994)

Préface de Marguerite Yourcenar

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