lundi 19 octobre 2015

Vingt minutes avant la mort : récit de la dernière exécution française (document inédit)

"C’est à ce moment qu’il commence à réaliser que c’est fini"

Par Monique Mabelly (Juge d'instruction)

C'est un document d'histoire, une part oubliée de notre mémoire, un témoignage sobre et saisissant que l'ancien garde des sceaux Robert Badinter a confié au Monde. Il s'agit du "procès-verbal" intime de la dernière exécution capitale en France. Le 9 septembre 1977, Hamida Djandoubi, manutentionnaire tunisien coupable du meurtre de sa compagne, Elisabeth Bousquet, est guillotiné à la prison des Baumettes de Marseille. Juste après l'exécution, la doyenne des juges d'instruction de la ville, Monique Mabelly (1924-2012), commise d'office pour y assister, consigne par écrit ce qu'elle a vu et ressenti.

Trois pages sobres et retenues mais aussi d'effroi et de colère contenue pour décrire les dernières minutes d'Hamida Djandoubi. De la cellule où l'on vient chercher le condamné jusqu'à l'endroit où il sera guillotiné, l'auteur décrit avec précision les circonvolutions autour de la dernière cigarette, les vaines tentatives pour retarder le moment fatal, le couperet qui fend le corps en deux.

Quelques lignes écrites au retour d'une exécution qui suscite en elle "une révolte froide" afin de témoigner. Monique Mabelly léguera dix ans plus tard ce manuscrit à son fils, Rémy Ottaviano, qui l'a remis il y a quelques semaines à Robert Badinter.

Comprendre les origines de ce document : La dernière exécution en France

Lire aussi l'entretien avec l'ancien garde des sceaux, Robert Badinter, qui a défendu et obtenu l'abolition de la peine de mort en 1981 : "Comme la torture hier, la peine de mort est vouée à disparaître"








 Le 9 septembre 1977.

Exécution capitale de Djandoubi, sujet tunisien.

A 15 heures, Monsieur le Président R… me fait savoir que je suis désignée pour y assister.

Réaction de révolte, mais je ne peux pas m'y soustraire. Je suis habitée par cette pensée toute l'après-midi. Mon rôle consisterait, éventuellement, à recevoir les déclarations du condamné.

A 19 heures, je vais au cinéma avec B .et B. B., puis nous allons casse-croûter chez elle et regardons le film du Ciné-Club jusqu'à 1 heure. Je rentre chez moi ; je bricole, puis je m'allonge sur mon lit. Monsieur B. L. me téléphone à 3 heures et quart, comme je le lui ai demandé. Je me prépare. Une voiture de police vient me chercher à 4 heures et quart. Pendant le trajet, nous ne prononçons pas un mot.

Arrivée aux Baumettes. Tout le monde est là. L'avocat général arrive le dernier. Le cortège se forme. Une vingtaine (ou une trentaine ?) de gardiens, les "personnalités". Tout le long du parcours, des couvertures brunes sont étalées sur le sol pour étouffer le bruit des pas. Sur le parcours, à trois endroits, une table portant une cuvette pleine d'eau et une serviette éponge.

On ouvre la porte de la cellule. J'entends dire que le condamné sommeillait, mais ne dormait pas. On le "prépare". C'est assez long, car il a une jambe artificielle et il faut la lui placer. Nous attendons. Personne ne parle. Ce silence, et la docilité apparente du condamné, soulagent, je crois, les assistants. On n'aurait pas aimé entendre des cris ou des protestations. Le cortège se reforme, et nous refaisons le chemin en sens inverse. Les couvertures, à terre, sont un peu déplacées, et l'attention est moins grande à éviter le bruit des pas.

Le cortège s'arrête auprès d'une des tables. On assied le condamné sur une chaise. Il a les mains entravées derrière le dos par des menottes. Un gardien lui donne une cigarette à bout filtrant. Il commence à fumer sans dire un mot. Il est jeune. Les cheveux très noirs, bien coiffés. Le visage est assez beau, des traits réguliers, mais le teint livide, et des cernes sous les yeux. Il n'a rien d'un débile, ni d'une brute. C'est plutôt un beau garçon. Il fume, et se plaint tout de suite que ses menottes sont trop serrées. Un gardien s'approche et tente de les desserrer. Il se plaint encore. A ce moment, je vois entre les mains du bourreau, qui se tient derrière lui flanqué de ses deux aides, une cordelette.

Pendant un instant, il est question de remplacer les menottes par la cordelette, mais on se contente de lui enlever les menottes, et le bourreau a ce mot horrible et tragique : "Vous voyez, vous êtes libre !…" Ça donne un frisson… Il fume sa cigarette, qui est presque terminée, et on lui en donne une autre. Il a les mains libres et fume lentement. C'est à ce moment que je vois qu'il commence vraiment à réaliser que c'est fini – qu'il ne peut plus échapper –, que c'est là que sa vie, que les instants qui lui restent à vivre dureront tant que durera cette cigarette.

CET HOMME VA MOURIR, IL EST LUCIDE




Il demande ses avocats. Me P. et Me G. s'approchent. Il leur parle le plus bas possible, car les deux aides du bourreau l'encadrent de très près, et c'est comme s'ils voulaient lui voler ces derniers moments d'homme en vie. Il donne un papier à Me P. qui le déchire, à sa demande, et une enveloppe à Me G. Il leur parle très peu. Ils sont chacun d'un côté et ne se parlent pas non plus. L'attente se prolonge. Il demande le directeur de la prison et lui pose une question sur le sort de ses affaires.
La deuxième cigarette est terminée. Il s'est déjà passé près d'un quart d'heure. Un gardien, jeune et amical, s'approche avec une bouteille de rhum et un verre. Il demande au condamné s'il veut boire et lui verse un demi-verre. Le condamné commence à boire lentement. Maintenant il a compris que sa vie s'arrêterait quand il aurait fini de boire. Il parle encore un peu avec ses avocats. Il rappelle le gardien qui lui a donné le rhum et lui demande de ramasser les morceaux de papier que Me P. avait déchirés et jetés à terre. Le gardien se baisse, ramasse les morceaux de papier et les donne à Me P. qui les met dans sa poche.

C'est à ce moment que les sentiments commencent à s'entremêler. Cet homme va mourir, il est lucide, il sait qu'il ne peut rien faire d'autre que de retarder la fin de quelques minutes. Et ça devient presque comme un caprice d'enfant qui use de tous les moyens pour retarder l'heure d'aller au lit ! Un enfant qui sait qu'on aura quelques complaisances pour lui, et qui en use. Le condamné continue à boire son verre, lentement, par petites gorgées. Il appelle l'imam qui s'approche et lui parle en arabe. Il répond quelques mots en arabe.

Le verre est presque terminé et, dernière tentative, il demande une autre cigarette, une Gauloise ou une Gitane, car il n'aime pas celles qu'on lui a données. Cette demande est faite calmement, presque avec dignité. Mais le bourreau, qui commence à s'impatienter, s'interpose : "On a déjà été très bienveillants avec lui, très humains, maintenant il faut en finir." A son tour, l'avocat général intervient pour refuser cette cigarette, malgré la demande réitérée du condamné qui ajoute très opportunément : "Ça sera la dernière." Une certaine gêne commence à s'emparer des assistants. Il s'est écoulé environ vingt minutes depuis que le condamné est assis sur sa chaise. Vingt minutes si longues et si courtes ! Tout s'entrechoque.

IL FAUT VITE EFFACER LES TRACES DU CRIME…




La demande de cette dernière cigarette redonne sa réalité, son "identité" au temps qui vient de s'écouler. On a été patients, on a attendu vingt minutes debout, alors que le condamné, assis, exprime des désirs qu'on a aussitôt satisfaits. On l'avait laissé maître du contenu de ce temps. C'était sa chose. Maintenant, une autre réalité se substitue à ce temps qui lui était donné. On le lui reprend. La dernière cigarette est refusée, et, pour en finir, on le presse de terminer son verre. Il boit la dernière gorgée. Tend le verre au gardien. Aussitôt, l'un des aides du bourreau sort prestement une paire de ciseaux de la poche de sa veste et commence à découper le col de la chemise bleue du condamné. Le bourreau fait signe que l'échancrure n'est pas assez large. Alors, l'aide donne deux grands coups de ciseaux dans le dos de la chemise et, pour simplifier, dénude tout le haut du dos.

Rapidement (avant de découper le col) on lui a lié les mains derrière le dos avec la cordelette. On met le condamné debout. Les gardiens ouvrent une porte dans le couloir. La guillotine apparaît, face à la porte. Presque sans hésiter, je suis les gardiens qui poussent le condamné et j'entre dans la pièce (ou, peut-être, une cour intérieure ?) où se trouve la "machine". A côté, ouvert, un panier en osier brun. Tout va très vite. Le corps est presque jeté à plat ventre mais, à ce moment-là, je me tourne, non par crainte de "flancher", mais par une sorte de pudeur (je ne trouve pas d'autre mot) instinctive, viscérale.

J'entends un bruit sourd. Je me retourne – du sang, beaucoup de sang, du sang très rouge –, le corps a basculé dans le panier. En une seconde, une vie a été tranchée. L'homme qui parlait, moins d'une minute plus tôt, n'est plus qu'un pyjama bleu dans un panier. Un gardien prend un tuyau d'arrosage. Il faut vite effacer les traces du crime… J'ai une sorte de nausée, que je contrôle. J'ai en moi une révolte froide.

Nous allons dans le bureau où l'avocat général s'affaire puérilement pour mettre en forme le procès-verbal. D.vérifie soigneusement chaque terme. C'est important, un PV d'exécution capitale ! A 5 h 10 je suis chez moi.

J'écris ces lignes. Il est 6 h 10.

Monique Mabelly (Juge d'instruction)


Journal Le Monde

lundi 12 octobre 2015

Expo photos de Denis Brénot, Peintures murales en Puisaye (89)





Danse macabre, La Ferté-Loupière 





L'association CAP-Lindry a confié au photographe Denis Brenot la réalisation d'une série de photographies sur les peintures murales de Puisaye, qui a été présentée samedi et dimanche. Si celles des chapelles de Saint-Fargeau et Pourrain et des églises de Moutiers, Mézilles, Parly et Ronchères ont fait l'objet de photographies de détails pour chercher à montrer la richesse méconnue de ces édifices, la danse macabre de La Ferté-Loupière est vue dans son ensemble. Trois heures de prises de vue et 60 heures de montage ont été nécessaires pour créer cette fresque inédite.

D'autres photographies-montages montraient des façades de Lindry agrémentées de dessins de Thierry Gauffilet. « Un projet pour l'instant, mais qui sait pour l'avenir ? Ce pourrait être un atout touristique », remarque Jacques Dumont, président de CAP-Lindry.

dans l'Yonne républicaine





Plafond Eglise de Ronchères

Plafond Chapelle Saint Baudel


Mézilles, Le martyr de Saint Blaise


Chapelle de Saint-Fargeau


Peinture murale de Sainte-Geneviève de Lindry
Le "Dit des Trois Morts et des Trois Vifs"
Sainte-Geneviève de Lindry

Chapelle de Saint-Fargeau



Détails de la Danse macabre
La Ferté-Loupière










































Eglise de Moutiers 






















Eglise de Parly






Denis Brénot heureux, accepte de poser devant son oeuvre maîtresse la "Danse macabre"
 de La Ferté-Loupière








Il me montre quelques projets d'avenir de l'Association CAP-Lindry, pour orner de peintures murales, sur le mode Street Art urbain, quelques maisons de Lindry.
Quelques projections sont également exposées dans l'Eglise Sainte Geneviève.
Il affine cette idée avec Thierry Gaufillet, artiste déjà bien connu dans l'Yonne.








Cette décoration des murs de la commune sera, je le souhaite, l'objet d'une prochaine rencontre.
A suivre donc.....










Cette Eglise Sainte-Geneviève a sa propre peinture murale :
le " Dit des Trois morts et des Trois vifs"
restaurée en 2001
(voir ci-dessus)


©crédit photos fruban


Mise à jour, le 14 février 2018

Nouvelle Expo de Denis Brénot, à l'Abbaye St Germain, Auxerre

Exposition visible du 17 février au 11 mars dans le Cloître et la salle capitulaire de l'Abbaye Saint-Germain à Auxerre.
Tous les jours sauf le mardi de 9h à 12h et de 14h à 17h
Entrée libre

lire article ICI 


















vendredi 9 octobre 2015

De mots en mots, poème de Fruban

                         
crédit photo fruban
                       




  De mots en mots



Mots fuyantes naïades
paradis des lagons turquoise
drapées de voiles aux séductions trompeuses
Quand les flots de l'azur engloutissent
rêves d'exils Eldorado menteur


Mots ondes d'émotions
perçant silence de la solitude
à l'attirante orée de la voûte nocturne
Quand octobre hésite à peindre
ses feuillages d'ambre aux lumières d'or


Mots valses d'espoirs
bouffées d'amours joyeuses et confiantes
baisers de soleil bulles pétillantes
Quand murmures complices déferlent
en vagues mystérieuses insondables comme les Ciels


Mots cris larmes étouffées
cahotantes bouteilles à la Mer jetées
s'envolent sur le dos des collines
Quand happée l'Âme se noie
sous les abysses aux noirceurs si profondes


Mots reflets puissants et fragiles
sont-ils fiction ou réalité
épistolaires caresses nectar de poètes
Quand s'ensanglantent les sentiers du Monde
sous de noirs linceuls enténébrés de deuils


Mots muets au bord des lèvres
hésitants ce matin-là balbutiants
comme gazouillis d'enfant
Quand les à-quoi-bon t'interdisent
ce qui à jamais restera indicible.


Fruban

le 9 octobre 2015

© Tous droits réservés
     Protégé par copyright

Recueil en cours

depuis publié in Chorégraphie de cendres



crédit photo fruban

samedi 3 octobre 2015

Il est temps, poème de Cristian Ronsmans

     
photo du Net
                           


       Il est temps




Il est temps!
Il est temps!
Il est temps encore!
Mais que me veux-tu donc à la fin?
Et de quel temps parles-tu?
Il est temps, te dis-je,
Tout n'est pas perdu
Tu dis n'importe quoi!
Tu sais très bien que c'est foutu.
Il est passé
Tiens j'en vois encore la fumée
Là bas, au bout des rails!
Il est passé je te dis.
Et c'était le dernier!
Pour aujourd'hui!
Non, pour toujours, idiot!
Mais alors....Non, ce n'est pas possible!
Qu'est ce qu'on va devenir?
Ah, ah, qu'est ce que ça peut bien faire?
On n'avait aucune chance.
Que veux-tu que ça nous fasse maintenant?
Rendors-toi.
Demain est un autre jour comme celui-ci!
Mais enfin, nous n'avons pas le temps!
O tu m'ennuies à la fin avec ton "temps".
Tu as fait le tien, j'ai fait le mien,
Et cela n'intéresse personne.
Dors. Le temps n'a aucune importance
Sauf pour ceux qui ont oublié de vivre.
Alors tu penses....pour nous!!

Cristian Ronsmans

le 12 septembre 2015

© Tous droits réservés


photo extraite du film "Le charme discret de la bourgeoisie", de Luis Buñuel

vendredi 18 septembre 2015

Nuit, poème de Costas Karyotakis

  NUIT


Peinture Takis Eleftheriadis
     Toute la nuit durant, les amours traînent
leur lassitude sur les routes,
par les fenêtres lentement la douleur goutte,
que les volets retiennent.

Dessus les toits s'est accrochée la lune
versant des larmes de détresse,
et des roses d'ici l'odorante tristesse
s'en va dans la nuit brune.

Le dos bien droit, blême, le réverbère
garde, mystérieux, le silence,
et ma porte s'ouvrant, on dirait que s'avance
un mort, pour qu'on l'enterre.

Le lit couvrant de sarcasmes leur joie,
ces gens-là, naïfs, s'imaginent
qu'il grince. Ils n'ont pas vu ce que le lit devine:
la mort qu'on leur envoie.

Dans les tavernes, des voix attendries
pleurent la nuit et ses étoiles
que l'amour devrait boire, et partout se trimbale
l'orgue de barbarie.

Et les oublis délectables attendent,
qu'on nous a versés dans nos verres;
voici venir l'instant où parlent les chimères
afin que tous entendent.

De nos malheurs quotidiens cimetière
le jardin public est fébrile,
quand soudain le traverse un mort qui va, tranquille
dormir dans la bruyère.

Costas Karyotakis

trad Michel Volkovitch

Publié sur le site de Grèce hebdo

mercredi 16 septembre 2015

mardi 15 septembre 2015

13 septembre, poème de Martine Cros

Photographie Françoise Ruban







taire

                      __ et garder enfouie __





cette frontière __ sans l'être __ qui joint     épouse l'eau     le sel

piment de perle

                                  et d'air











jamais

                       les tourments ne sont ensevelis sous les vagues de gris









cette ligne en habit mat blanc / noirci

hors du temps et en dedans de lui

tant il noce, dans ce septembre indéfini,

l'or des fêtes galantes de

la mélancolie







orgies __ vives tablées de sable qui nous fuient

et n'échappent à la passante qui prie  __ muée en roseau jonc sans pliure et sans bruit





















Ce jour, sur une photographie de Françoise Ruban, poète ,

à qui je dédie ces quelques mots.





dimanche 13 septembre 2015

Un jour en septembre, poème de FRuban





Un jour en septembre


Fraîcheur de l'aube       Prémices
au feuillage ambre de l'automne
douce langueur laine glissée
sur mon coeur      
quand chante le silence  
mélodie de ton absence

 Cocon à peine éclos      Mes mots
avalanche de nuit blanche
dansent sous la Lune
ronde radieuse lumineuse
Federico l'écho de ta romance  
évanescence d'ombres bleues
sur ta sonate Ludwig

Es-tu rêve ou bien sève    Enivrées
mes lèvres t'espèrent entrouvertes
sur cet automnal crépuscule
l'Amour est champagne
tes baisers pétillantes bulles
Ô ivresse des saveurs

Immobile voyageuse    Temps suspendu
aux souvenirs éperdus
palette d'arpèges aux senteurs estivales  
féerique symphonie que fredonne
mon âme solitaire et fière
le manque de Toi pour unique lien
pour unique bien
D'abord pâle          le Soleil
brûle  mon corps alangui    et m'emporte
translucide opaline la vague de cristal
Regard égaré au fond du ciel     Vega
sera Muse  et déploiera pour nous
le lit d'une immortelle étreinte

© F.Ruban
le 25 septembre 2013
   extrait du recueil "L'Âme des marées"
éditions épingle à nourrice

livres (extraits et auteurs)

Tous droits réservés
Protégé par copyright



crédit photo fruban


jeudi 10 septembre 2015

Inti, street art urbain (Chili)

crédit photo fruban
Saint-Nazaire (44)





PRÉSENTATION DE INTI
Street-Art urbain

Ville portuaire, Valparaiso est le paradis de l’art urbain : tous les coins de rue laissent entrevoir les couleurs d’un mouvement graffiti fort et dynamique construit avec l’influence des U.S.A, la culture hip hop et d’autre part l’influence française, datant de mai 68.

Issu de la scène Street art sud-américaine, INTI (traduisez littéralement ‘soleil’ en langue quechua) est un artiste peintre chilien, né en 1982 à Valparaíso. Il étudie à l’École des Beaux-Arts de Viña Del Mar, avant d’imposer son style poétique et surréaliste en Amérique du Sud, aux États-Unis et en Europe, tant dans les rues que dans les galeries. Lorsqu’il n’est pas en voyage pour son travail, il vit entre la France et le Chili.

Il développe un univers pictural festif, avec une mise en scène presque théâtrale et une symbolique empruntée à l’imaginaire populaire latino-américaine, et  s’inspire de la culture populaire sud-américaine, de l’art précolombien et des fresques propagandistes de le BRP (Brigada Ramona Parra : brigades communistes) pour réaliser des fresques XXL où il peint des personnages hauts en couleur regorgeant de multiples détails.

Il s’approprie notamment une figure emblématique du Carnaval d’Ouro : le ‘Kusillo’, un petit clown de carnaval issu de la culture bolivienne habillé d’un patchwork de tissus.

Le ‘Kusillo’ est son personnage fétiche, et l’élément récurrent de son oeuvre.

Peu à peu, Inti exporte ses fresques gigantesques un peu partout dans le monde.

Il a réalisé plus d’une centaine de fresques aux quatre coins du globe : France, Espagne, Allemagne, Norvège, Liban, Pologne, U.S.A… A Paris, il s’est fait remarquer en réalisant une fresque XXL sur le flanc d’un immeuble du 13ème arrondissement. Pour sa collection Printemps/Été 2014, la maison malletière Louis Vuitton a confié la création d’une édition inédite de foulards à trois artistes issus du mouvement Graffitis. Inti s’approprie le fameux carré de soie qu’il pare de couleurs chaudes et où il met à l’honneur le dieu Inca ‘Wiracocha’.

Outre le visuel qu’Inti nous a prêté pour l’illustration de ces prochaines Escales de Saint-nazaire, il réalisera une fresque géante sur le port de Saint-Nazaire, quelques jours avant l’ouverture des portes du Festival.

article paru dans Les Escales

Autre page Les Escales, sur facebook





INTI graffeur

INTI sur facebook

Inti,Street artiste chilien



crédit photo fruban
Saint-Nazaire
détail





crédit photo fruban
Saint-Nazaire (La Ville-Port)
deux oeuvres de INTI 

lundi 7 septembre 2015

S'envolent les colombes, se posent les colombes, poème de Mahmoud Darwich

Mahmoud Darwich au Marathon des mots en 2005./Photo DDM, Frédéric Charmeux
http://www.ladepeche.fr/article/2012/11/05/1481788-dix-jours-d-hommage-a-mahmoud-darwich.html





« S’envolent les colombes.

Se posent les colombes.

- Apprête la terre que je me repose,

Car je t’aime jusqu’à la fatigue.

Ton matin est fruits pour les chansons,

Ce soir est d’or

Et nous sommes l’un à l’autre, à l’heure où l’ombre pénètre son ombre dans le marbre

Et je me ressemble lorsque je suspends mon être à un cou qui n’étreint que les nuages.

Tu es l’éther qui se dénude devant moi, larmes de raisin.

Tu es le commencement de la famille des vagues lorsqu’elles s’agrippent à la terre ferme, lorsqu’elles migrent,

Et je t’aime et tu es le prélude de mon âme et l’épilogue.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Mon aimé et moi, deux voix sur les mêmes lèvres.

J’appartiens à mon aimé, moi, et mon aimé appartient à son étoile fugitive

Et nous entrons dans le rêve, mais il ralentit le pas pour nous échapper.

Lorsque mon aimé s’endort, je me lève pour protéger son rêve de ce qu’il pourrait voir

Et chasse les nuits passées avant notre rencontre.

Je choisis nos jours de mes mains

Et choisis pour moi la rose de notre table.

Dors, mon aimé,

Que les voix des mers s’élèvent jusqu’à mes genoux.

Dors mon aimé,

Que je me pose en toi et délivre ton rêve d’une épine jalouse.

Dors,

Que les tresses de ma poésie soient sur toi, et la paix.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- J’ai vu avril sur la mer.

J’ai dit : Tu as oublié le suspens de tes mains, oublié les cantiques sur mes plaies.

Combien peux-tu naître dans mon songe

Et me mettre à mort,

Pour que je crie : Je t’aime.

Et que tu trouves le repos ?

Je t’appelle avant les mots.

Je m’envole avec ta hanche avant d’arriver chez toi.

Combien parviendras-tu à déposer les adresses de mon âme dans les becs de ces colombes, à disparaître, tel l’horizon sur les pentes,

Pour que je sache que tu es Babel, Egypte et Shâm ?

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Où m’emportes-tu mon petit aimé, loin de mes parents,

De mes arbres, de mon petit lit et de mon ennui,

De mes miroirs, de ma lune, du coffre de mes jours, de mes nuits de veille,

De mes habits et de ma pudeur ?

Où m’emportes-tu mon aimé, où ?

Dans mon oreille tu enflammes les steppes, tu me charges de deux vagues,

Tu brise deux côtes, tu me bois, tu me brûles, et

M’abandonnes sur le chemin du vent vers toi.

Pitié … pitié …

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Ma hanche est une plaie ouverte, car je t’aime

Et je cours de douleur dans des nuits agrandies par la crainte de ce que j’appréhende.

Viens souvent et absente-toi brièvement.

Viens brièvement et absente-toi souvent.

Viens et viens et viens. Aah d’un pas immobile.

Je t’aime car je te désire. Je t’aime car je te désire.

Et je prends une poignée de ce rayon encerclé par les abeilles et la rose furtive.

Je t’aime, malédiction de sentiments.

J’ai peur de toi pour mon cœur. J’ai peur que mon désir se réalise.

Je t’aime car je te désire.

Je t’aime, corps qui créé les souvenirs et les met à mort avant qu’ils ne s’accomplissent.

Je t’aime car je te désire.

Je modèle mon âme à l’image des deux pieds, des deux édens.

J’écorche mes plaies avec les extrémités de ton silence… et la tempête

Et je meurs pour que les mots trônent dans tes mains.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- « L’eau me blesse », car je t’aime

Les chemins de la mer me blessent,

Le papillon,

L’appel à la prière dans la lumière de tes poignets me blessent.

Mon aimé, je t’appelle à longueur de sommeil. J’ai peur de l’attention des mots.

Peur qu’ils ne découvrent l’abeille en larme entre mes cuisses.

L’ombre sous les réverbères me blesse car je t’aime,

Un oiseau dans le ciel lointain, le parfum du lilas me blessent

Et le commencement de la mer,

Et sa fin.

Aah si je pouvais ne pas t’aimer,

Ne pas aimer,

Qu’enfin guérisse ce marbre.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Je t’aperçois et j’échappe au trépas. Ton corps est un havre.

Chargé de dix lys blancs, dix doigts, le ciel s’en va vers son bleu égaré.

Et je tiens cet éclat marbré, je tiens le parfum du lait caché

Dans deux prunes sur l’albâtre et j’adore celui qui décerne à la terre ferme et à la mer

Un refuge sur la rive du sel et du miel premiers. Je boirai le suc de caroube de ta nuit

Et je m’endormirai

Sur un blé qui brise le champ, brise jusqu’au cri qui se rouille.

Je te vois et j’échappe au trépas. Ton corps est un havre.

Comment la terre m’exile-t-elle dans la terre ?

Comment s’endort le songe ?

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Mon amour, j’ai peur du silence de tes mains.

Ecorche mon sang, que s’endorme la jument.

Mon amour, les femmes des oiseaux volent vers toi,

Prends-moi, souffle ou épouse.

Mon amour, je demeurerai là, que mûrissent dans tes mains les pistaches de mes seins,

Que les gardes m’arrachent de tes pas.

Mon amour, je te pleurerai toi toi toi,

Car tu es le toit de mon ciel

Et mon corps est ta terre sur terre

Et ta demeure.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

Sur le pont, j’ai vu l’Andalousie de l’amour et du sixième sens.

Sur une fleur desséchée,

Il lui rendit son cœur

Et dit : L’amour requiert de moi ce que je n’aime pas.

Il requiert que je l’aime.

La lune s’endormit

Sur une bague qui se brise

Et les colombes s’envolèrent.

Sur le pont, j’ai vu l’Andalousie de l’amour et du sixième sens.

Sur une larme désespérée,

Elle lui rendit son cœur,

Et dit : L’amour requiert de moi ce que je n’aime pas.

Il requiert que je l’aime.

La lune s’endormit

Sur une bague qui se brise

Et la nuit noire se posa sur le point et les amants.

S’envolent les colombes

Et se posent

1984

In : Mahmoud Darwich, La terre nous est étroite et autres poèmes, Collection Poésie chez Gallimard, traduit de l’arabe par Elias Sanbar, pp171-177.


"Poète palestinien, Mahmoud Darwich est né en 1941 à al-Birwa en Galilée. À la suite de la création de l'État d'Israël en 1948, sa famille quitte la Galilée pour le Liban. Un an plus tard, elle y retourne clandestinement et découvre que son village a été rasé. Elle s'installe alors à Dayr al-Asad, où l'enfant Mahmoud commence des études qu'il poursuit à Jdaydé avant de s'installer à Haïfa. Militant dès son plus jeune âge, il adhère en 1961 au parti communiste israélien Rakah. Incarcéré à cinq reprises entre 1961 et 1967 et assigné à résidence à Haïfa, il choisit l'exil en 1970. " (Encyclopédie Universalis)



Très beau site de Mahmoud Darwich, poète palestinien (1941-2008)





Un poème sonore de Rodolphe Burger (guitare, chant), avec Julien Perraudeau (basse, clavier), Mehdi Haddab (oud), Yves Dormoy (électro, clarinette), Ruth Rosenthal (chant) & Rayess Bek (chant)

Cette pièce, issue d'un spectacle créé en mars 2010 sur le plateau du Théâtre Molière à Sète, est un double hommage rendu à Alain Bashung et à Mahmoud Darwich, une mise en miroir de deux chants d'amour.

Celle-ci est la deuxième partie, une nouvelle création musicale à partir du poème S'envolent les colombes de Mahmoud Darwish, poète palestinien.