vendredi 21 mars 2014

Lettre de René Char à Yvonne

Janvier 1952
Le cœur soudain privé, l'hôte du désert devient presque lisiblement le cœur fortuné, le cœur agrandi, le diadème.
Je n'ai plus de fièvre ce matin. Ma tête est de nouveau claire et vacante, posée comme un rocher sur un verger à ton image. Le vent, qui soufflait du Nord hier, fait tressaillir par endroits le flanc meurtri des arbres.
Je sens que ce pays te doit une émotivité moins défiante et des yeux autres que ceux à travers lesquels il considérait toutes choses auparavant. Tu es partie mais tu demeures dans l'inflexion des circonstances , puisque lui et moi avons mal. Pour te rassurer dans ma pensée, j'ai rompu avec les visiteurs éventuels, avec les besognes et la contradiction. Je me repose comme tu assures que je dois le faire. Je vais souvent à la montagne dormir. C'est alors, en vérité, qu'avec l'aide d'une nature à présent favorable, je m'évade des échardes enfoncées dans ma chair, vieux accidents, âpres tournois. Pourras-tu accepter contre toi un homme si haletant ?
Lunes et nuit, vous êtes un loup de velours noir, village, sur la veillée de mon amour.
"Scrute tes paupières", me disait ma mère, penchée sur mon avant-sommeil d'écolier. J'apercevais flottant un petit caillou, tantôt paresseux, tantôt strident, un galet pour verdir dans l'herbe. Je pleurais. Je l'eusse voulu dans mon âme, et seulement là.
Chant d'insomnie: Amour hélant, l'Amoureuse viendra, Gloria de l'été, ô fruits ! La flèche du soleil traversera ses lèvres, Le trèfle nu sur sa chair bouclera, Miniature semblable à l'iris, l'orchidée, Cadeau le plus anciens des prairies au plaisir Que la cascade instille, que la bouche délivre.
Je voudrais me glisser dans une forêt où les plantes se refermeraient et s'étreindraient derrière nous, forêt nombre de fois centenaire, mais elle reste à semer. C'est un chagrin d'avoir, dans sa courte vie, passé à côté du feu avec des mains de pêcheur d'éponges. "Deux étincelles, tes aïeules", raille l'alto du temps, sans compassion.
L'automne ! Le parc compte ses arbres bien distincts ! Celui-ci est roux traditionnellement ; cet autre fermant le chemin est une bouillie d'épines. Le rouge-gorge est arrivé, le gentil luthier des campagnes. Les gouttes de son chant s'égrènent sur le carreau de la fenêtre. Dans l'herbe de la pelouse grelottent de magiques assassinats d'insectes. Ecoute, mais n'entends pas.
Mon éloge tournoie sur les boucles de ton front, comme un épervier à bec droit.
Parfois j'imagine qu'il serait bon de se noyer à la surface d'un étang où nulle barque ne s'aventurerait. Ensuite, ressusciter dans le courant d'un vrai torrent où tes couleurs bouillonneraient.
L'air que je sens toujours prêt à manquer à la plupart des êtres, s'il te traverse, a une profusion et des loisirs étincelants.
Il faut que je craque ce qui enserre cette ville où tu trouves retenue. Vent, vent, vent autour des troncs et sur les chaumes. J'ai levé les yeux sur la fenêtre de ta chambre. As-tu tout emporté ? Ce n'est qu'un flocon qui fond sur ma paupière. Laide saison où l'on croit regretter, où l'on projette, alors qu'on s'aveulit.
Tu es plaisir, avec chaque vague séparée de ses suivantes. Enfin toutes à la fois chargent. C'est la mer qui se fonde, qui s'invente. Tu es plaisir, corail de spasmes.
Absent partout où l'on fête un absent.
Je ris merveilleusement avec toi. Voilà la chance unique.
Qui n'a pas rêvé, en flânant sur le boulevard des villes, d'un monde qui, au lieu de commencer avec la parole, débuterait avec les intentions ?
Quel mouvement hostile t'accapare ? Ta personne se hâte, ton baiser disparaît. L'un avec les inventions de l'autre, sans départ, multipliait les sillages.
Je ne puis être et ne veux vivre que dans l'espace et dans la liberté de mon amour. Nous ne sommes pas ensemble le produit d'une capitulation, ni le motif d'une servitude plus déprimante encore. Aussi menons-nous malicieusement l'un contre l'autre une guérilla sans reproche.
Nos paroles sont lentes à nous parvenir, comme si elles contenaient, séparées, une sève suffisante pour rester closes tout un hiver ; ou mieux, comme si, à chaque extrémité de la silencieuse distance, se mettant en joue, il leur était interdit de s'élancer et de se joindre. Notre voix court de l'un à l'autre ; mais chaque avenue, chaque treille, chaque fourré, la tire à lui, la retient, l'interroge. Tout est prétexte à la ralentir. Souvent je ne parle que pour toi, afin que la terre m'oublie.
Après le vent c'est toujours plus beau, bien que la douleur de la nature continuât.
Je viens de rentrer. J'ai longtemps marché. Tu es la Continuelle. Je fais du feu. Je m'assois dans le fauteuil de panacée. Dans les plis des flammes barbares, ma fatigue escalade à son tour. Métamorphose bienveillante alternant avec la funeste.
Dehors le jour indolore se traîne, que les verges des saules renoncent à fustiger. Plus haut, il y a la mesure de la futaie que l'aboi des chiens et le cri des chasseurs déchirent.
Notre arche à tous, la très parfaite, naufrage à l'instant de son pavois. Dans ses débris et sa poussière, l'homme à tête de nouveau-né réapparait. Déjà mi-liquide, mi-fleur.
La terre feule, les nuits de pariade. Un complot de branches mortes n'y pourrait tenir.
S'il n'y avait sur terre que nous, mon amour, nous serions sans complices et sans alliés. Avant-coureurs candides ou survivants hébétés.
L'exercice de la vie, quelques combats au dénouement sans solution mais aux motifs valides, m'ont appris à regarder la personne humaine sous l'angle du ciel dont le bleu d'orage lui est le plus favorable.
Toute la bouche et la faim de quelque chose de meilleur que la lumière — de plus échancré et de plus agrippant — se déchaînent.
Celui qui veille au sommet du plaisir est l'égal du soleil comme de la nuit. Celui qui veille n'a pas d'ailes, il ne poursuit pas.
J'entrouvre la porte de notre chambre. Y dorment nos jeux. Placés par ta main même. Blasons durcis, ce matin, comme du miel de cerisier.
Il est des parcelles de lieux où l'âme rare subitement exulte. Alentour ce n'est qu'espace indifférent. Du sol glacé elle s'élève, déploie tel un chant sa fourrure, pour protéger ce qui la bouleverse, l'ôter de la vue du froid.
Mon exil est enclos dans la grêle. Mon exil monte à sa tour de patience. Pourquoi le ciel se voûte-t-il ?
Pourquoi le champ de la blessure est-il de tous le plus prospère ?Les hommes aux vieux regards, qui ont eu un ordre du ciel transpercé, en reçoivent sans s'étonner la nouvelle.
Affileur de mon mal je souffre d'entendre les fontaines de ta route se partager la pomme des orages.
Une clochette tinte sur la pente des mousses où tu t'assoupissais, mon ange du détour. Le sol de graviers nains était l'envers humide du long ciel, les arbres, des danseurs intrépides. Trêve, sur la barrière, de ton museau repu d'écumes, jument de mauvais songe, ta course est depuis longtemps terminée.
Cet hivernage de la pensée occupée d'un seul être que l'absence s'efforce de placer à mi-longueur du factice et du surnaturel.
Ce n'est pas simple de rester hissé sur la vague du courage quand on suit du regard quelque oiseau volant au déclin du jour.
Je ne confonds pas la solitude avec la lyre du désert. Le nuage cette nuit qui cerne ton oreille n'est pas de neige endormante, mais d'embruns enlevés au printemps.
Il y a deux iris jaunes dans l'eau verte de la Sorgue. Si le courant les emportait, c'est qu'ils seraient décapités.
Ma convoitise comique, mon vœu glacé : saisir ta tête comme un rapace à flanc d'abîme. Je t'avais, maintes fois, tenue sous la pluie des falaises, comme un faucon encapuchonné.
Voici encore les marches du monde concret, la perspective obscure où gesticulent des silhouettes d'hommes dans les rapines et la discorde. Quelques-unes, compensantes, règlent le feu de la moisson, s'accordent avec les nuages.
Merci d'être, sans jamais te casser, iris, ma fleur de gravité. Tu élèves au bord des eaux des affections miraculeuses, tu ne pèses pas sur les mourants que tu veilles, tu éteins des plaies sur lesquelles le temps n'a pas d'action, tu ne conduis pas à une maison consternante, tu permets que toutes les fenêtres reflétées ne fassent qu'un seul visage de passion, tu accompagnes le retour du jour sur les vertes avenues libres.

René Char, Lettera amorosa,
 Ed. Gallimard, 2007

jeudi 20 mars 2014

Allo


Me blottir dans la pénombre qui te caresse si bien
Déposer des baisers miens
et m'enfouir en tes bras
toujours si loin beaucoup trop loin
Promener mes doigts mes mains
sur ton visage aimé
sa chaleur sa présence désirées
Rêver un instant
que c'est ta voix que j'entends
__   Allo.......

© F.R

le 5 mars 2014
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crédit photo F.R

mercredi 19 mars 2014

La Part d'ombre

Tu avances en cet hiver printanier
où les bourgeons enflent leur ventre fécond
gorgé de sève nouvelle ____  la Vie
Tu rêves de musique et d'harmonie
guidée sur le chemin par les chants d'oiseaux
Tu écoutes Barbara ou Lhasa
Jo et Katerina    Et puis 

Qu'as-tu fait de ta vie ?

Petite fille rebelle en ses rêves joyeux
en ses premiers émois amoureux 
si souvent passions exaltées  ____    Puis
mère attentive et fière
tu avances sur des chemins sinueux des ornières     
où tu perds pieds t'enlises  
mais tu te relèves         Vite

Tu avances plus lentement ces jours
regard tourné vers le passé
à l'instant présent tu t'accroches  
il s'est enfui      _____  déjà
Devant toi un temps incertain des brumes des brouillards
dans leurs linceuls des fantômes décharnés
se dressent et te hèlent

Qu'as-tu fait de ta vie ?

Que feras-tu demain  _______ Où est demain ?
Dans la balance tu déposes tes paquets
de rêves d'idéaux de désirs
ceux d'hier ont été mis au pas
souillés parfois
tant est sournoise     la réalité

Tu avances et tu tangues
tu penses à ton Amour   ___ la Poésie
le porte comme elle te porte toi
Beauté pureté      En grand
ton coeur s'est ouvert
ton corps fatigué rompu a frémi gémi
tu penses      il est le Dernier Homme

Le sera-t-il encore demain ?

L'Ombre sur vous s'est installée
tant de blessures tant de déchirures
tant de serments endeuillés
Ton coeur se crispe      refermé
il crie il saigne         _____  il se tait
Ton corps souffre il te fait mal

Vas-tu laissée ouverte la porte   
sur la Nuit qui t'enveloppe  ?

Notre vie mon amour est si fragile
quand s'insinue le venin


© F.R

le 20 mars 2014

in recueil "L'Âme des marées" paru en octobre 2014
Ed. Epingles à nourrice éditions - ene
http://editozap.jimdo.com/livres/

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crédit photo F.R ©

dimanche 16 mars 2014

Debout sur la plage


Debout sur la plage

Je suis debout au bord de la plage.
Un voilier passe dans la brise du matin,
et part vers l’océan.
Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’horizon.
Quelqu’un à mon côté dit : « il est parti !»

Parti vers où ?
Parti de mon regard, c’est tout !
Son mât est toujours aussi haut,
sa coque a toujours la force de porter
sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi,
pas en lui.

Et juste au moment où quelqu’un prés de moi
dit : «il est parti !»
il en est d’autres qui le voyant poindre à l’horizon
et venir vers eux s’exclament avec joie :
«Le voilà !»

C’est ça la mort !
Il n’y a pas de morts.
Il y a des vivants sur les deux rives.

William Blake




 crédit photo F.R

samedi 15 mars 2014

L'arbre de Diane ( 1962, extrait )


Elle dit qu’elle ne sait rien de la peur de la mort de l ‘amour
Elle dit qu’elle a peur de la mort de l’amour
Elle dit que l’amour c’est la mort c’est la peur
Elle dit que la mort c’est la peur c’est l’amour
Elle dit qu’elle ne sait pas

Alejandra Pizarnik (1936-1972)
Arbre de Diane (Árbol de Diana, 1962)

jeudi 13 mars 2014

Tornades

Tornades

Chaos d'un monde fracassé
injustice oppression inégalité ________ en cascades
roulent les larmes
ricanent les financiers __________ arrogance
vers les paradis dorés évasion
Les vents de corruption s'abattent
sur les plus démunis
les sans travail
sans respect
sans abri
Tornade
Guerres assassines fratricides
des fous de Dieu
intégristes de la haine
Femmes emprisonnées lapidées décapitées _____ toujours
pour assouvir vos mâles superstitions
vos insatiables appétits de pouvoir
vos stupides interprétations de la Loi
vos frustrations imbéciles
Tornade
Terre de Palestine occupée écartelée
résolutions onusiennes bafouées violées _______ lettre morte
Ô Jérusalem tes extrémistes
plénipotentiaires ou suicidaires
chassent tout rêve de paix ___________ à jamais
et le sang balayé par les vents de haine
en flots noirs se répand
sur les oliviers déracinés
sur les colombes foudroyées
Tornade
La Planète meurtrie ________ libère
les vents ravageurs les flots indomptés
soulève les éléments vengeurs
sur les terres craquelées des déserts
et en quelques instants de fureur ________ noire et rouge
balaie les maisons des hommes
les vies des hommes
dont il ne reste qu'amas de décombres ruines fumantes
odeurs pestilentielles
sous le glaive impitoyable de Gaïa ______ mater dolorosa
Tornade
Mon âme s'enflamme ______ puis
déboussolée se noie
de soubresauts en soubresauts
de mots de miel en silences d'amertume
de rires lumineux d'espérance
en nuits noires où _____ sans toi
mon coeur se perd
L'Amour est triste
nos vies misérables ______ fétus de paille
emportés demain
par la Mort
en
tornade

© fruban
le 23 mai 2013
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extrait d'un recueil paru en octobre 2014, L'Âme des marées (éditions épingle à nourrice)

Site des éditions


© crédit photo fruban

mercredi 12 mars 2014

Elégie du silence

Elégie du Silence


 Silence
duvet de cygne blanc
déposé par magie
sur le Sophora
arbre au miel
cocon de ta douleur

Solitude apprivoisée

Etouffer le sel des larmes
Respirer les murmures de la nuit
Fuir la cacophonie infernale
de toutes ces sirènes d'alarmes hurlantes
de tous ces morts jetés en pâture aux chacals
et aux hyènes ricanantes et goulues

Silence
hydromel caressant
de ses bras enlaçant les spasmes
de ton coeur
dénudé

Il te cajole te berce te console
t'offre les couleurs de l'arc-en-ciel
où les flammes crépitent
un beau soir d'automne

Silence habité des amants
Prélude célébré à l'orée des nuits
Tu te faisais sirène
te lovais en cette alcôve chaude
Ton âme fut tant caressée
- sortilège damné-
ses corolles déployées
Ô cruel réceptacle du venin...

Silence
que tu réclamais
loin de l'Agora
Silence
qui t'enveloppe et te laisse là
pelotonnée asphyxiée
vite ensevelie sous la vague tentaculaire
qui déjà
t'engloutit...

Silence
prince des Ténèbres
glas orchestré des oraisons funèbres

Ce Silence

- Ô ce Silence assourdissant-

te séduit
te protège
te  captive
pour mieux t' emprisonner
dans les rets resserrés
interminables

de l'attente

©  F.R
le 18 juillet 2012 

in recueil à paraître en septembre 2014
 
Tous droits réservés
Protégé par copyright

La Flache des requins


Il est certains êtres
que les rives de la Destinée
ont bercés de leurs rayons caressants
Des ruisseaux d'or            jaillissant
              des tétines nourricières

Dolce Vita comme au cinéma

De Sirènes en Calypso
ils  fourbirent leurs ailerons ces damoiseaux
Et leurs embarcations pour Cythère
ne furent jamais coques de noix
ni frêles esquifs livrés aux fureurs déchaînées des océans
Ils frôlèrent les rochers mais
 sous la protection  de parrains  requins
      entraînés              
dans la plus folle des danses
                 avec arrogance
         et  outrecuidance

Capitaines au long cours
faisant fi de la loi  des basses-cours
Ces maîtres des mers bleues
avides de terres            vierges            inexplorées
refaisaient le monde
           dans les bras de Cunégonde
    - A nous la planète des fous
       la ruée vers l'or et l'Eldorado ! -
Se prenant pour Rimbaud
ils sillonnèrent la Terre ronde
à bord de leurs bateaux ivres...

Dolce Vita comme au cinéma

Des appétits insatiables
ont enflé ces pitoyables      grenouilles
               devenues             grasses fripouilles
Aux rictus de gargouilles
           Et...
De l'Eden
    qu'ils croyaient éternel
    on les expulsa

Finie la Dolce Vita

Leurs pépites bien à l'abri
On les croise
         parfois
                     à l'orée de la nuit
Grimaçant sous leurs masques vénitiens
Des pauvres ils défendent la cause
              Mais
fins limiers     flair acéré
   ils reniflent              traquent
Messaline
   ou Colombine
       ailes déployées
             gorge offerte
                          coeur assoiffé....

Ils leur parlent        de cinéma       et

              de  Dolce Vita...

Sur vos embarcations
Restées à quai
Pauvres Casanova
Pauvres clones

        E finita

        la Commedia..


©F.R

le 16 août 2012

in recueil à paraître en septembre 2014

Tous droits réservés
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crédit photo F.R  ©

c

mardi 11 mars 2014

Allégeance


Allégeance

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?

René Char
Extrait de Eloge d'une soupçonnée,
Poésie/Gallimard

lundi 10 mars 2014

Les Saisons de l'Ame



Les Saisons de l'Ame

"Il pleut chez moi, chez toi le soleil est de plomb
Quand pourrons-nous enfin, marier nos saisons "

Barbara et Moustaki 


L'Amour vogue

sur le fleuve

des saisons de l'Ame

Hiver de glace impitoyable

dentelle de givre déposée

sur le Sophora sacré

ange de tes nuits

témoin de tes cris

gardien de tes prières muettes



- Ô douleur



D'En-Haut

se déversèrent des larmes diluviennes

le jour où s'entrouvrit la terre.



Le coeur prisonnier et vengeur

hérissé de glaçons acérés

- Ah... mordre le Monde entier et le Ciel avec !

au fil des lunes... se surprit à frémir

Pour la Chandeleur

Pierrot et Colombine s'élancèrent

en une subtile pantomime

valse lunaire

et masques rieurs ....

Ténu



un souffle



nouveau



irrigua mon sang

ranima le désert aride

de mon ventre creux



- Mystérieux murmures aux lueurs de l'aube

Attentes fébriles rires partagés



Jamais iris n'eurent si noble élégance

dans la fierté de leur robe bleue

Jamais terre enneigée ne s'était parée

de notes si délicates et fleuries



Au coeur de mon âme

imperceptibles d'abord

de menus battements ...



La Vie est là !



Âme purifiée

dépouillée libérée

soudain

de ses oripeaux de colère

de l'aveugle violence

dont l'avait affublée la Camarde

doigts crochus

ailes charbonneuses de rapace faucheuse





Parfums de lilas et de roses

Flux et reflux de baisers au rythme de l'Océan

Souffle perdu

vite retrouvé

Le coeur s'enflamme la vague incendie

l' âme ruisselle irradiante incontrôlée

les joues s'empourprent

couleurs de l'été finissant



Nuits blanches

Nuits d'émoi

Regard pâle

Sourire étale

Sanglots... au-delà des mots



- Comme il fait froid....



Je tremble et ce n'est plus l'hiver



Les arbres s'habillent de flammes

dansantes alléchantes

tournoyantes incandescentes...



Eclats de la Vie

Flamboiements de la Passion



Aimer



Emotions... fulgurances folles follement diffusées



Merveilleux naufrages



Irréels et sublimes orages !





Le corps et l'âme apaisés

Le coeur riche de cet Amour

Amour au-delà d'Eros

Amour par trois fois vainqueur de Thanatos





Amour



qui rira

te suivra

me guidera



Amour



tu prendras ma main



chaque jour



chaque saison



de tous nos lendemains..





© F.R.

le 09 septembre 2012

  in recueil "L'Âme des marées", épingle à nourrice éditions (2014) p 46 à 49

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