samedi 23 septembre 2017

Asli Erdogan, invitée à La Grande Librairie







La Grande Librairie, jeudi 21 septembre 2017



Placée sous le signe de la désobéissance civile, La Grande Librairie accueille la journaliste et écrivaine turque Aslı Erdoğan. Pour la première fois elle revient sur ses plus de quatre mois d’incarcération en 2016 pour délit d’opinions. Un témoignage poignant qu'elle publie aux éditions Actes Sud et qui s'intitule « Le silence même n'est plus à toi ».





vendredi 22 septembre 2017

Article de Cristina Castello, Chorégraphie de cendres


Ma grande amie Cristina Castello, poète et journaliste argentine, une fois encore, me fait l'immense plaisir et le grand honneur, d'écrire sur "Chorégraphie de cendres" (2017).
Déjà en 2014, elle avait écrit sur "L'Âme des marées", publié ici sur ce blog.
Je suis émue et touchée. Dans ce monde d'indifférence, de violence, l'Amitié existe encore.
J'en profite pour remercier mes nombreux lecteurs, les amis fidèles qui m'accompagnent.
Pour commander ce recueil ou le précédent, vous pouvez vous adresser à l'auteure ou à la maison d'édition (liens ci-dessous)
Françoise Ruban, le 21 septembre 2017



Publié sur le blog de Cristina Castello 








«Coreografía de Cenizas», poemario de Françoise Ruban, por Cristina Castello


Cristina Castello, Periodista y escritora franco argentina : «Coreografía de Cenizas», poemario de Françoise Ru...:

La siempre resurrección 

 Todo cambió, cambió completamente: 
 Ha nacido una belleza terrible  

William Butler Yeats      



 «Coreografía de Cenizas» es  un alegato contra todo lo que mata la vida.
Es resistencia, en el corazón de la hecatombe que se sacude la Tierra.
Resistencia como la de Prometeo ante el suplicio.
Suplicio de madre: dolor seco, dolor animal, llanto de Dios.
Por Fabrice, el hijo que partió en 2009 hacia una estrella.
Fabrice y Françoise, no sólo madre e hijo, sino dos identidades en comunión:



«Miro el cielo
nubes movedizas fugaces _____ estirándose
sinfonía inacabada
azules y blancos zozobrados
cuando resuenan estos grises que me ensordecen
Busco
un sentido a esta existencia
insensata cadencia»

«Coreografía de Cenizas»  no es un canto a la  desdicha: aún en las estrofas más dolorosas, titila la savia vital. Poesía en «línea recta»,  que se vuelve elipse, curva, espiral, giro, en el seno mismo de las regurgitaciones del odio de los criminales del mundo:

«Denunciar el odio la guerra mortífera
El poeta considerado loco o rebelde
tiene orden de callarse
se lo condena a hacer danzar indolencia y ligereza 
por los tiranos coreografía impuesta
danza macabra para la Musa abandonada»


Belleza terrible y terrible Belleza.
Asombro, ira, espanto, cuando las sirenas aúllan más crímenes; o cuando la rabia del planeta estalla a causa de los tarascones del hombre. No es fácil, por cierto, para nuestra poeta de manos abiertas al amor, aceptar que «eso» es –también- la «condición humana».
Y quizás esa es la razón de la  siempre resurrección:

«Et pourtant... vivre  /Y sin embargo… vivir».

Muerte y resurrección. sí.
Cada página es un estilete que  rasga la negrura: el horror.
Porque  también, el océano y sus oleajes; la música, la pintura y las artes todas.
Porque también la Natura de capullos amanecidos; también y sobre todo, el sentido de la vida como hecho trascendente; y también dioses griegos y  artistas y  geografías; y fanatismos y  Abel y Caín... y el perdón y la compasión.
La tensión entre lo material y el Azul. Entre lo pedestre y lo sublime; entre finitud y Absoluto...
Todo alcanza sus cumbres y sus abismos casi simultáneamente; y tanto la terrible belleza como la belleza terrible, están amparadas por una gran ternura:

«A lo largo de las estaciones del cielo
escucho titilar la Vía láctea
estrellas chispeantes de un ballet lunar interestelar
Luna luna de todos los astros el más misterioso
recoges los llantos de la ausencia
inspiras a los amantes las emociones más tiernas
y eres Musa para los poetas
Te decimos a veces maléfica __ Yo que busco
te sé confidente de mis noches»

Muerte y siempre resurrecciónm sí.
Síntesis de los contrarios, puerta que se abre y puerta que se cierra.
Lo inasible y lo vacuo.
El poder y la carencia de los seres arrancados de toda forma de existencia digna.
Vida que quiere vida y muerte que siembra muerte: Siria, Irak, Grecia, Afganistán… la France:
«… En los albores fue Charlie /En el crepúsculo que enrojecía fue Bataclan/ La sangre derramada…». La peste brune:

«La tierra chorrea rojo por la sangre derramada en las calles
En Europa ______ en Francia sobre todo
el fascismo estalla en olas azul marino
sobre nuestras dunas frágiles»

«¿Qué es una hoja de papel?/ Es algo que no puedes dar vuelta/Hasta no sacar la última línea de ti mismo», dice una poesía rusa de autor anónimo.
Bienvenido «Coreografía de cenizas», batalla entre Eros y Thánatos, que se resuelve en una fe final en el destino.
 Es la última línea del alma de Françoise Ruban.

«Celebrar el amanecer
destellos magos del alba
instante de amor y de paz
Las palabras cantan»

Cristina Castello
                                          (Para el texto y traducción de extractos de poemas)
«Chorégraphie de cendres»
Françoise Ruban, poeta francesa
Idioma : francés
Blog de Françoise Ruban
©maquettes by association gens du monde
 Éditeur : Gens du monde (association loi 1901)

livres à commander
ISBN 978-2-919521-38-8
SIRET : 521 903 294 000 10
©Droits réservés éditions épingle à nourrice
 15 €



Traduction en français





« Chorégraphie de cendres », poèmes de Françoise Ruban, par Cristina Castello



Toujours la résurrection

« Tout est changé, changé du tout au tout :
Une beauté terrible est née »

William Butler Yeats


  « Chorégraphie de cendres » est une plaidoirie contre tout ce qui tue la vie.
C'est résistance, au cœur de l'hécatombe qui secoue la Terre.
La résistance comme celle de Prométhée face au  supplice.
Supplice de mère :
Douleur sèche
Douleur animale
Pleur de la Divinité
Pour Fabrice, le fils qui est parti en 2009 vers une étoile.
Fabrice et Françoise, non pas seulement une mère et un fils, mais deux identités en communion :




« Je regarde le ciel
nuages mouvants filants _____ s'étirant
symphonie inachevée
bleus et blancs chavirés
quand retentissent ces gris qui m'assourdissent
Je cherche
Un sens à cette existence
insensée cadence »

« Chorégraphie de cendres » n'est pas un chant au malheur puisque dans les strophes les plus douloureuses, scintille la sève vitale.
Poésie en « ligne droite » qui devient ellipse, courbe, spirale, tour, au sein même des régurgitations de la haine des criminels du monde :


« Dénoncer la haine la guerre meurtrière
Le poète jugé fou ou rebelle
a ordre de se taire
on le condamne à faire danser insouciance et légèreté
par les tyrans chorégraphie imposée
danse macabre pour la Muse esseulée »


Beauté terrible et terrible Beauté.

Étonnement, fureur, quand les sirènes hurlent aux crimes; ou quand la rage de la planète éclate à cause des morsures de l'homme. Ce n’est certes pas facile  pour notre poète aux mains ouvertes à l'amour, d’accepter que «cela» soit- aussi - la «condition humaine».
Et peut-être est-ce  la raison de toujours de la  résurrection :
«Et pourtant... vivre  »

Mort et résurrection, oui.

Chaque page est un stylet qui déchire la noirceur : l'horreur.
Parce qu'il y a aussi, l'océan et ses déferlantes; la musique, la peinture et les arts.
Parce que il y a aussi la Nature des cocons s’éveillant ; mais  aussi et surtout, le sens de la vie comme une transcendance;  mais encore  des dieux grecs, des artistes et des géographies; et le fanatisme et Abel et Caïn ... et le pardon et la compassion.
La tension entre le prosaïque et l’Azur. Entre le terre à terre et le sublime; entre la finitude et Absolu...
Tout atteint ses sommets et ses abîmes presque simultanément;  Beauté terrible et  terrible Beauté, sont protégées par une grande tendresse:


« Au fil des saisons du ciel
j'écoute scintiller la Voie lactée
étoiles pétillantes d'un ballet lunaire interstellaire
Luna luna de tous les astres la plus mystérieuse
tu recueilles les pleurs de l'absence
tu inspires aux amants les plus tendres émotions
et des poètes tu deviens Muse
On te dit parfois maléfique __ Moi qui cherche
je te sais de mes nuits confidente »

Mort et résurrection, oui.

Synthèse des contraires, porte qui s’ouvre et porte qui se ferme.
L’insaisissable et le profane …
Le Pouvoir et la carence d’êtres arrachés de toute forme d'existence digne.
Vie qui appelle la vie et mort qui sème la mort : Syrie, Irak, Grèce, Afghanistan… En France : «…A l'orée il y eut Charlie/Au crépuscule rougeoyant ce fut le Bataclan/
Le sang déversé…». La peste brune:

«  la terre ruissela rouge du sang répandu par les rues
En Europe ______ en France surtout
la peste brune déferle en vagues bleu marine
sur nos fragiles dunes »

« Qu'est-ce que  une feuille de papier ? / C'est quelque chose que tu ne peux pas tourner/jusqu’à  en  tirer la dernière ligne de toi même », dit une poésie russe d'auteur anonyme.
Bienvenu  «Chorégraphie de cendres», bataille entre Éros et Thanatos, qui se résout par la foi finale en une destinée.
C'est la dernière ligne de l'âme de Françoise Ruban

« Célébrer le point du jour
lueurs magiciennes de l'aube
instant d'amour et de paix
Les mots chantent »

Cristina Castello, 21/09/2017
 «Chorégraphie de cendres»
Françoise Ruban 
Blog de Françoise Ruban
©maquettes by association gens du monde
 Éditeur : Gens du monde(association loi 1901)
ISBN 978-2-919521-38-8
SIRET : 521 903 294 000 10
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 15 €

Poèmes de la tourbe, Seamus Heaney et Aurélia Frey

https://issuu.com/revuecequireste/docs/po__mes_de_la_tourbe_-_seamus_heane








jeudi 21 septembre 2017

Alejandra Pizarnik, Journaux



10 août (1962)

Je ne sais pas si j'aime ou si je hais. En vérité, ni l'un ni l'autre. Aimer. Haïr. Des mots que j'ai appris à l'occasion de je ne sais quelle lointaine et fausse expérience dans l'enfance. Si tu finis par découvrir que tu ne" fais" ni l'un ni l'autre, tu tomberas dans la désillusion car, privée de ces deux préjugés si importants, ta vie te paraîtra plus pauvre encore, plus étroite et bien peu intéressante. Si tu sais que tu n'es pas une merveilleuse héroïne suicidaire au bord d'une furieuse folie poétique, tu es donc parfaitement capable de te suicider, non pas pour ce que tu es, mais pour ce que tu n'es pas. Savoir que tu n'es pas la réincarnation de la Religieuse Portugaise, d'Héloïse ou de Catherine de Günderode, peut te conduire à une mort magnifique, que ces femmes n'avaient même pas imaginée, car leur douleur avait des racines, un corps, et était authentique, aussi vraie que la main de ce lointain amoureux qu'elles avaient un jour effleurée. Mais toi, tu aimes et puis tu calcules en te demandant qui aimer. Tu hais et tu ne te rappelles pas le nom de l'être haï. Est-ce le dernier? Est-ce celui d'il y a cinq ans? Qui parmi eux se réveille à tes côtés et te demande de l'eau du fond de ta gorge en flammes ? Lequel est-ce ? Comment est-il ? Tant d'années passées à regretter ceux qui se sont succédé : des générations d'absents défilent dans ma mémoire. Ma douleur croît et me dévore. Impossibles une telle absence, une telle peur.
Mais je me souviens de toi. Là, je me souviens de toi. Enlacé à ma mémoire. En train de me regarder derrière mon regard. Je n'ose pas t'aimer. Peur de t'agacer. C'est pour ça que je ne me suicide pas. Peur de ta colère. Tu me dis que tu n'existes pas, que tu es mon vieil amour rêvé qui s'est réincarné en toi. A d'autres les problèmes métaphysiques. Je veux t'étreindre sauvagement. T'embrasser jusqu'à ce que tu t'éloignes de ma peur, comme l'oiseau s'éloigne du fil de la nuit. Mais comment te le dire ? Mon silence est mon masque. Ma douleur est celle d'un enfant dans la nuit. Je chante et j'ai peur. Je t'aime et tu me fais peur, et je ne te le dirai jamais avec ma voix véritable, cette voix lente, grave et triste. C'est pour ça que je t'écris dans une langue que tu ne connais pas. Tu ne me liras jamais et tu ne sauras rien de mon amour.
Me voici de nouveau avec toi, dans une chambre irrespirable, tu es arrivé, tu es venu, tu t'es emparé de mes rêves les plus lointains et tu les réalises par ta présence mensongère. Si tu venais pour de vrai, je ne saurais pas quoi te dire. Je suis heureuse comme ça. Je t'invoque, tu viens, tu arrives et tu souris avec tes yeux sages à l'intérieur de moi.(...)
Car tout à coup le silence est arrivé en moi et même si je suis folle, comme peut l'être une funambule ivre sur un fil, cet instant est silencieux, rien ne se passe, mais quelque chose me serre la gorge et le sexe, mon Eros, mon Thanatos, ma seule raison d'être, mort et amour unis dans une infinité de renaissances; à présent, je souffre, je souffre certainement beaucoup, mais c'est le silence violent de cet instant, la sensation de mort imminente, de futures douleurs indescriptibles (dans la gorge, dans le sexe).


Alejandra Pizarnik

in, Journaux 1959 - 1971
Ed. José Corti ( Ibériques)
Traduction Anne Picard et présentation Silvia Baron Supervielle
(p. 121 à 123)





"Depuis les années 50 jusqu’à son suicide, en 1972, Alejandra Pizarnik n’a eu de cesse de se forger une voix propre. Conjointement à ses écrits en prose et à ses poèmes, le journal intime qu’elle tient de 1954 à 1972 participe de cette quête. Une voix creuse, se creuse, avant de disparaître : «Ne pas oublier de se suicider. Ou trouver au moins une manière de se défaire du je, une manière de ne pas souffrir. De ne pas sentir. De ne pas sentir surtout» note-t-elle le 30 novembre 1962.
Le journal d’Alejandra Pizarnik se présente comme une chronique des jours hybride, qui offre à son auteur une sorte de laboratoire poétique, un lieu où s’exprime une multiplicité de « je », à travers un jeu spéculaire. Au fil des remarques d’A. Pizarnik sur sa création, sur ses lectures, de ses observations au prisme des journaux d’autres écrivains (Woolf, Mansfield, Kafka, Pavese, Green, etc.), une réflexion métalittéraire s’élabore, lui permettant un examen de ses propres mécanismes et procédés d’écriture.
Le journal est aussi pour Alejandra Pizarnik une manière de pallier sa solitude et ses angoisses : il a indéniablement une fonction thérapeutique. «Écrire c’est donner un sens à la souffrance» note-t-elle en 1971. Alejandra Pizarnik utilise ainsi ses cahiers comme procédé analytique, refuge contre la stérilité poétique, laboratoire des perceptions, catalyseur des désirs ou exutoire à ses obsessions. Les Journaux sont toutefois moins une confession ou un récit de soi qu’un ancrage mémoriel, une matière d’essayer de se rattacher au réel par des détails infimes et de se rappeler qui l’on est" (Quatrième de couverture)

Aux éditions José Corti

Corti


Dans Le Monde des livres

LE MONDE DES LIVRES | 01.07.2010 à 17h42 • Mis à jour le 01.07.2010 à 17h42 | Par René de Ceccatty






lundi 18 septembre 2017

Est-ce l'automne qui frissonne , poème fruban



Est-ce l'automne qui frissonne ?



Tu attends des semaines
sans que les mots ne viennent
Ils restent muets s'enfuient à ton approche
Et pourtant tu regardes tu écoutes tu absorbes le monde
Rien. Tu te sens désertée comme terre stérile


Est-ce l'automne qui frissonne sur ta peau
qui résonne en ton cœur  __  Soudain
ils se bousculent sous ta plume
Ils arrivent en vagues et tu te souviens
Les ressacs sur le sable sur les dunes contre les rochers


Ce matin c'est l'ouverture de la chasse
Tu as la plume clouée net et ton cœur se hérisse
Vite réagir avant que la colère n'étouffe tes mots !
 Ce serait oublier notre belle et tendre complicité
Et tu sais quoi  __  Elle est là !


Quelques nuages encore indécis quant à la couleur
Les terres labourées offrent l'ocre brun
Les marguerites jaunes autant de soleils d'automne
Je m'en nourris le cœur et l'âme
Et te les offre en bouquet de tendresse.


© fruban

le 17 septembre 2017
recueil en cours

Tous droits réservés







photos fruban


samedi 16 septembre 2017

Quand pointe l'Equinoxe, poème de F.Ruban

Nous marchons en ce monde
sur le toit de l'enfer
en regardant les fleurs

Kobayashi Issa




Quand pointe l'Equinoxe



Ce n'est pas encore l'Automne flamboyant
Pas la moindre feuille jaunie
Ma jungle a gardé sa robe verte
Seuls les vents et la pluie gifflent ma peau
encore salée par les embruns
Le soleil timide retient ses rayons
Quelques colchiques s'attardent
Les hirondelles ont fui
Te lire au tout petit jour
Regard tourné vers hier


Du monde remontent des relents pestilentiels
Réfugiés rejetés à la mer
chassés de nos frontières méprisés assassinés
Les pays riches se partagent d'opulentes et insolentes fortunes
Le droit d'asile la compassion humaine
n'existent plus chez nous
Accueillir la misère est devenu indécent illégal
Que te dire à toi qui toujours a vécu auprès des déshérités



Au couchant les ciels de septembre sont peut-être
les plus colorés dans leur tourmente
Ils nous offrent leur lumière de bleu de gris de feu
Leurs formes mouvantes embrasent les paysages
de leurs flammes si caressantes
Alors je me plais à croire que la paix est possible
Je sais que toi aussi tu restes là à les contempler
Bientôt la nuit nous ouvrira ses portes



© fruban, 15 septembre 2017

Tous droits réservés
recueil en cours





photo fruban


vendredi 15 septembre 2017

Tu tiens la brume dans tes mains, poème




Tu es là papillon de jour papillon de nuit
corbac noir de l'Ardenne
Tu es là à l'ombre du gingko
regard tourné vers le ciel d'automne
Nous nous croisons sur le Vieux Pont sur les rives océanes
le long d'un canal perdu
Je te vois une plume à la main
quand les mots jaillissent comme perles
quand les mots se taisent
Tu es là encore le jour
où tu tiens la brume dans tes mains
Tu es là à l'aube au crépuscule
au cœur de la nuit
Je te vois ce jour je te vois demain
sous le soleil sous la neige sous la pluie et le vent
J'entends ton cœur tendre et malicieux
ton cœur en larmes en cris de colère


© fruban

le 13 septembre 2017

Tous droits réservés
recueil en cours





photo fruban


mardi 12 septembre 2017

Anaïs Nin explique pourquoi elle écrit




Un écrivain demandait à Anaïs Nin : « Pourquoi écrit-on ? » Elle lui écrivit en réponse une lettre, qu’elle recopia dans son Journal de février 1954 :



«  Pourquoi on écrit est une question à laquelle je peux répondre facilement, me l’étant si souvent posée à moi-même. Je crois que l’on écrit parce que l’on doit se créer un monde dans lequel on puisse vivre. Je ne pouvais vivre dans aucun des mondes qui m‘étaient proposés : le monde de mes parents, le monde de Henry Miller,  le mode de Rango,  ou le monde de la guerre. J’ai dû créer un monde pour moi, comme un climat, un pays, une atmosphère, où je puisse respirer, régner et me récréer lorsque j’étais détruite par la vie. Voilà, je crois, la raison, de tout œuvre d’art. L’artiste est le seul qui sache que le monde est une création subjective, qu’il faut opérer un choix, une sélection des éléments. C’est une concrétisation, une incarnation de son monde intérieur. Et puis il espère y attirer d’autres êtres, il espère imposer cette vision particulière et la partager avec d’autres. Même si la seconde étape n’est pas atteinte, l’artiste, néanmoins, continue vaillamment. Les rares moments de communion avec le monde en valent la peine, car c’est un monde pour les autres, un héritage pour les autres, un don aux autres, en définitive. Lorsque l’on crée un monde tolérable pour soi-même, on crée un monde tolérable pour les autres.

Nous écrivons aussi pour aviver notre perception de la vie, nous écrivons pour charmer, enchanter et consoler les autres, nous écrivons pour donner une sérénade aux êtres qui nous sont chers.

Nous écrivons pour goûter la vie deux fois, sur le moment et après coup. Nous écrivons, comme Proust, pour la rendre éternelle, et pour nous persuader qu’elle est éternelle. Nous écrivons afin de pouvoir transcender notre vie, aller au-delà. Nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres, pour consigner le voyage à travers le labyrinthe, nous écrivons pour élargir notre univers, lorsque nous nous sentons étranglés, gênés, seuls. Nous écrivons comme les oiseaux chantent. Comme les peuples primitifs dansent leurs rituels. Si vous ne respirez pas à travers l’écriture, si vous ne pleurez pas en écrivant, ou ne chantez pas, alors, n’écrivez pas. Parce que notre culture n’a que faire de tout cela. Lorsque je n’écris pas, je sens mon univers rétrécir. Je me sens en prison. Je sens que je perds mon feu, ma couleur. Ce devrait être une nécessité, comme la mer a besoin de se soulever. J’appelle cela respirer. »

Anaïs Nin




Vidéo publiée par Actualitté



En 1974, pour la radio KPFK 90.7 FM de Los Angeles, elle lit une de ses lettres dans laquelle elle répondait à la question « Pourquoi écrire ? ».


Anaïs Nin, photo du Net











samedi 9 septembre 2017

Au revoir l'Océan

Au revoir l'Océan


Dernière matinée océane, un peu mélancolique... mais j'emporte dans mon coeur des images, des parfums, des bruits familiers et indestructibles. Je sais qu'en fermant les yeux se déroule un film aux couleurs de l'amour, qui va nourrir l'automne qui déjà a fait son apparition sur ma terre de forêts et de prairies où se trouvent mes racines lointaines.
Au revoir au flux et reflux des marées qui bercent mon âme parfois malmenée,
Au revoir les goélands qui s'abattent en nuées autour des chalutiers et me réveillent de leurs miaulements amicaux,
Au revoir les parfums d'iode, les embruns piquants baisers de sel,
Au revoir les traces et les empreintes sur le sable froissé,
Au revoir horizons infinis autant qu'improbables,
Au revoir, amis pêcheurs, amis retrouvés, amis rencontrés ici ou là-bas,
Au revoir ciels changeants autant que rougeoyants,
Au revoir à tous les êtres chers que je laisse ici,
Au revoir, Vous que j'aime...
Je vais savourer et enfermer pour toujours ces merveilleux instants, juste en suspens.
Déjà, la mouette rieuse s'active en rangements et préparatifs de départ !
Demain, la route sera longue longue... mais je sais que m'attendent en mon refuge de terres brunes, d'autres bonheurs, d'autres parfums, d'autres amis et... mes arbres que je vais vite caresser, enlacer, à qui je confierai les joies et les douleurs d'une femme et d'une mère.
Sans doute je reviendrai bien vite vers mon Océan toujours renouvelé... Ainsi va la Vie !


© fruban

9 septembre 2017

Tous droits réservés


© photo fruban


jeudi 31 août 2017

Souleymane Diamanka, interview









© photo Antoine Tempé
Souleymane Diamanka dans le jardin de sa maison de Yoff à Dakar.  © Antoine Tempé





ACTUALITÉ  CULTURE  CULTURE

Souleymane Diamanka ou l'art d'"être humain autrement"

ENTRETIEN. Le poète-slameur peul sort son second album enregistré à Addis Abeba et nous accueille chez lui, à Dakar, où il s'est installé depuis un an.

PAR NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE À DAKAR, VALÉRIE MARIN LA MESLÉE

Publié le 14/11/2016 à 15:16 - Modifié le 14/11/2016 à 23:24 | Le Point Afrique



On l'avait quitté au coeur de L'Hiver peul (sorti en 2007), il revient près de dix ans plus tard avec Être humain, autrement, un album extraordinairement habité, mélange de langues, d'influences, de chants peuls à la valse en passant par un clin d'œil à Jean Gabin, où Amadou Hampâté Bâ côtoie Aragon... Le rappeur, slameur, chanteur, qui répond plus facilement au qualificatif d'artiste et de poète oral, l'a lancé sur le Net le 3 novembre sur son site.  Souleymane Diamanka est le fils de Boubacar Diamanka et de Djénéba, comme il le scande dans sa voix chaude, et c'est déjà tout un poème. Il a vu le jour sous le nom de Duadjaabi Djeneba, « le vœu exaucé de sa mère » en peul. Cette dernière a donné naissance à son fils en 1974 alors que le père, tailleur au pays, était déjà parti en clandestin pour la France, où il est devenu ouvrier chez Ford. Souleymane a 2 ans quand, avec sa mère et ses deux grandes sœurs, il le retrouve à Bordeaux, cité des Aubiers, où la famille s'installe. Il grandit en parlant peul à la maison, et en apprenant le français à ses parents. Diamanka est un de ces « héritiers de l'arc-en-ciel » (titre d'une des chansons) couleurs de peau et cultures confondues parmi lesquelles il a grandi. Et c'est ainsi qu'il rêve l'humanité au centre de sa prose poétique et musicale. Sa culture peule, le père la transmet à ses enfants sur des cassettes enregistrées à leur attention parce qu'il manque de temps pour la leur communiquer. La fille aînée de Boubakar Diamanka écrit son mémoire sur les Peuls et, quand il vient habiter à Paris chez sa sœur, le jeune Souleymane est fasciné par ce trésor. Il en fera son miel. Son premier groupe de rap s'appelle Djangu Gandhal, ce qui signifie « en quête de connaissance ». La quête n'a jamais cessé. Mais la connaissance de soi, du monde a progressé, et c'est déjà un sage quadragénaire que l'on rencontre ce début de novembre dans le quartier de Yoff à Dakar, où il est installé depuis bientôt un an avec sa femme, Sasha, présente sur l'album, et dans toute la maison aux allures de galerie d'art, dont elle assure la décoration. Diamanka vous accueille avec cette douceur sereine qui a toujours émané de lui, et dans laquelle baigne son album avec Kenny Allen, un disque particulièrement inspiré. Rencontre au tutoiement dans son « bureau atelier studio », où il passe la plupart de son temps.

Le Point Afrique : À quel moment as-tu décidé de quitter la France pour vivre en Afrique ?

Souleymane Diamanka : J'ai d'abord tout quitté pour rejoindre Sasha par amour à Addis Abeba et, là, j'ai rencontré Kenny Allen, ce musicien prodigieux avec lequel j'ai fait cet album. On est venus ensuite directement d'Addis à Dakar, nous avions pensé au Mali et l'opportunité s'est trouvée au Sénégal. C'est un projet que j'avais depuis longtemps de revenir en Afrique, j'ai passé beaucoup de temps à Bordeaux, Paris. L'Afrique, je la connaissais par mes parents et des séjours de vacances, je pensais que le moment était venu d'y vivre. Dakar est une ville super dynamique, au niveau de l'artisanat, la mode, la création, j'aime cette énergie. La force qu'il y a là, celle des femmes que je trouve incroyable, comme Aïcha Dème dans la culture. Celle d'artistes comme Felwine Sarr, qui est un carrefour humain, un musicien universitaire intellectuel qui crée des ponts entre les disciplines ; à Dakar, les rencontres entre artistes sont simples. Je côtoie beaucoup de photographes, et de danseurs, car c'est comme eux que je souhaite écrire : mettre de la perspective, du contraste dans les mots, de l'équilibre et du mouvement dans les phrases, de la virtuosité comme le danseur de hip-hop juste après un salto : « T'as vu ce que je viens de faire ? » Quoique, je tente aussi d'aller vers le plus subtil, le « devine ce que j'ai fait », comme dans la poésie d'Yvon Le Men auprès duquel j'ai beaucoup appris. Elle coule comme de l'eau, mais ne se donne pas tout de suite, alors que nos rimes de slam arrivent à la fin du vers. L'âge venant, c'est moins « t'as vu ce que je viens de faire », je vais davantage vers la suggestion (sourire).

Tu as toi-même écrit ou coécrit des livres. Je pense à ton travail avec le linguiste Julien Barret, dont paraît un nouvel essai (Tu parles bien la France, éditions L'Harmattan)...

Oui, Julien avait fait un premier livre sur le rap, sans le côté social, en s'attachant juste à la langue, en étudiant Oxmo Puccino, Booba, uniquement sur les mots. Il s'était intéressé à deux de mes chansons. Et, à partir de là, on a fait ensemble ce livre Ecrire à voix haute sur tout le lexique de mon album L'Hiver peul. Un cadeau pour moi ! J'ai arrêté très tôt ma scolarité (j'ai compris après que c'était important, l'école) et, quand je découvrais comment il nommait les figures de style, c'est comme s'il m'offrait des diplômes, moi qui n'ai que ceux de la rue. Je me trouvais en terrain d'égalité avec quelqu'un comme lui, super-diplômé, et on se comprenait. Il me parlait d'André Breton parlant d'« effet psychique instantané », et moi je lui disais qu'au quartier on parlait de « gamberge obligatoire », et j'ai appris plein de choses avec lui. Je pense aussi à l'Oulipo, que je respecte beaucoup.


Écrire des livres, est-ce un objectif pour toi ?

J'ai aussi écrit un recueil de poèmes avec le slameur polonais John Banzaï, J'écris en français dans une langue étrangère, mais maintenant, c'est différent, je travaille sur un roman, basé sur l'histoire de mon père et sur l'histoire de l'humanité racontée par les Peuls, toute cette matière qui vient des cassettes qu'il a enregistrées pour nous. Je devais terminer cet album d'abord et je vais m'y mettre davantage maintenant, mais sans me donner de date parce que passer du poème ou de la chanson au roman, c'est comme passer de la piscine à l'océan, c'est un autre travail, l'écriture romanesque.

Les slameurs débarquent peu à peu en littérature : Marc-Alexandre Oho Bambe, Julien Delmaire et, bien sûr, Gaël Faye… Qu'en penses-tu ?

Ah, c'est beau ! J'en pense que l'écriture, c'est de l'eau et qu'elle prend la forme du récipient dans lequel on la met. Le livre de Gaël, c'est le même Gaël que quand il rappe, dit un poème, répond à une interview, c'est lui, je le reconnais, dès les premières fois dans les slam sessions on se disait il y a quelqu'un, là, et de même avec Julien, Alexandre de On a slamé sur la Lune. Ça vient avec la maturité et certaines rencontres, on se croise dans des festivals avec des écrivains, Alain Mabanckou, Abdourahman Waberi, on parle ensemble. Ces gens-là nous influencent, car ils utilisent le même matériau. Yvon Le Men, en ce sens, est un vrai carrefour humain lui aussi : poète, conteur, slameur, il a toutes ces casquettes-là, et c'est beau. Il va y avoir de plus en plus de livres écrits par des gens remarqués sur les scènes slam, parce que le slam (qui veut sire schlem) est un concours et que chacun y apporte ce qu'il a.

Revenons à la musique . En 2007, tu sors L'Hiver peul, ton premier album. Depuis, on te voit sur scène, dans des films, mais c'est presque 10 ans après que paraît ton second album : tu chantes que « les poètes se cachent pour écrire ». Qu'as-tu fait entre-temps ?

Beaucoup de scène, d'écriture aussi, des ateliers, des rencontres avec des artistes. J'ai arrêté d'aller dans des slam sessions pour faire des duos avec le chanteur basque Beñat Achiary, légende vivante du chant basque. Il jouait avec Ablaye Cissoko, travaillait sur des textes de Césaire. J'ai beaucoup tourné avec leur groupe nommé Lam Dialy (dialy, ça veut dire griot en peul et en wolof avec un écho aussi en basque). Les langues se croisent ainsi, j'adore. Avec John Banzaï, on a beaucoup travaillé sur les mots comme ça. Et puis on a écrit beaucoup de morceaux avec Alex (le musicien Alexandre Verbiese) et enregistré des morceaux. C'est avec lui que j'ai commencé le travail sur les cassettes de mon père. Dans un concert live qu'on a fait à Lyon, en première partie de la tournée de Bertrand Cantat et de son groupe Détroit en 2014, on joue par exemple « Sénégal soul » : cette chanson est née d'un enregistrement que mon père avait fait à la télé, un soir où passait un concert de James Brown, et où il a joué un morceau inédit. Et, sur la cassette, on entend la vie familiale en même temps que James qui chante à la télé.  Alex a fait un super travail dessus et c'est un des morceaux que je continue à jouer sur scène.

Pour autant, toutes ces chansons ne sont pas sur un album. C'est dépassé, l'album ?

Beaucoup de morceaux que je joue ne sont pas sur les albums, je les partage sur scène. Dans mon ordi, j'ai au moins 200 chansons que les gens ne connaissent pas. Un album, c'est un cliché à un moment donné, celui d'une rencontre, d'un état d'esprit. J'ai vécu quasiment dix ans sans nouvel album parce que je n'avais pas envie de passer par tous ces intermédiaires de l'industrie du disque, et je préférais partager avec les gens. Pour être humain autrement, on est en plein dans l'artisanat numérique, on fait ça sur notre site, on invite les gens comme à la maison. Ceux que j'ai rencontrés, à Haïti, ces jeunes poètes que j'ai rencontrés là-bas, partout, ils savent qu'en un clic l'album sera chez eux. On a une vitrine internationale en ouvrant une page internet, c'est une grande, grande chance pour notre génération. On pressera les premiers CD à Lausanne, le 26 novembre, pour un festival de slam européen. Le CD et l'album vinyle viendront par la suite. Ils sont la photo d'un moment, mais moi, je vis en composant, en faisant quasiment des exercices, comme les danseurs, les gens du cirque, chercher les mots, les muscler…

D'ailleurs, dans le clip d' Être humain autrement , on te voit jongler. Pratiques-tu toujours ?

Je n'ai pas arrêté de jongler, ça me fait du bien, ça crée de l'espace dans ma mémoire et je restitue les textes plus facilement. Sais-tu que la jonglerie fabrique des neurones ? Des scientifiques étudient cela très sérieusement, et c'est vieux de 4 000 ans… J'ai fait l'école du cirque quelque temps à Bordeaux, mais je n'ai jamais arrêté de jongler et, pour ce clip, nous avons tourné avec le Fekat Circus à Addis Abeba, où a été enregistré l'album. Cela m'a donné l'occasion de reprendre la balle.

Comment ce second album est-il né ?

Par une rencontre. Pour L'Hiver peul, c'était la rencontre avec le compositeur Woodini, qui habillait les mots. Et là, j'ai rencontré Kenny Allen à Addis, je lui ai dit que j'avais numérisé des heures et des heures de cassettes de mon père avec des chants ancestraux, parce que, quand je demande à mon père qui a composé cette mélodie, il me répond : « Qui a créé l'arc-en-ciel ou le coucher de soleil ? Les mélodies sont là, et des personnes sont là qui les jouent. » Je voulais faire un album universel, et Kenny, qui est anglophone, a ressenti les mots en peul, en français. Je préchoisissais une cassette avec différentes chansons et lui, musicalement, faisait son découpage. Puis je lui traduisais les paroles de ce qu'il avait choisi. Et je commençais à écrire. On est partis des archives et de la musique qu'elles lui inspiraient, tout se faisait au studio, ensemble, je peaufinais une fois à la maison. Tout l'album s'est fait comme ça.

Est-ce que tu es parti de certains thèmes qui te tenaient à coeur ?

Je travaille avant tout sur les sonorités, la musique des mots me fait comprendre ce que j'aborde. Le fond du texte n'est pas la chose la plus importante pour moi, c'est une fois traduit en anglais, hors les sonorités, que j'ai découvert ce que j'avais dit ! Je rends hommage aux griots peuls que j'écoute depuis toujours, mes parents en sont fous, ils les écoutent comme on lit des penseurs, des historiens, des humoristes, tout est mélangé. L'ensemble de l'album s'est fait sur la musicalité plus que sur des sujets. Par exemple, la chanson « Avant avant », c'est un break beat de Kenny qui demandait une énumération, des mots qui rebondissent. J'ai choisi d'énumérer à rebours « avant ceci, avant cela » pour parler du début de tout ça. « La Montagne aux archives », c'est l'association entre les cassettes de mon père et la vue que j'avais à Addis Abeba sur une montagne extraordinaire, j'ai superposé les deux. Pour créer une autre histoire. La musique des mots, c'est ce qui m'intéresse, je la trouve aussi chez Marguerite Duras dont je dis souvent les textes Les Mains négatives ou Ecrire.  Là, j'ai eu envie sur cet album de revenir à mes premières amours, revenir au travail avec les musiciens. Kenny Allen chante dans tous les morceaux, avec un éventail de timbres de voix, il est génial, il fait tout.

Tu rêves beaucoup sur cette manière universelle d'être humain. Est-ce un choix que de ne jamais parler de la douleur ?

Je l'ai fait autrefois, je sais bouleverser les gens avec des choses dark, mais mon but, là, c'est de donner quelque chose de lumineux, donner une émotion qui ne soit ni larmes de joie ni de tristesse. Ce que je cherche est entre les deux, une belle sensation, comme dans les musiques sacrées.

N'as-tu pas peur d'avoir l'air de vivre au pays des Bisounours ?

Mon père dit que le paradis, c'est la cité des naïfs. Pour être heureux, il faut faire abstraction de beaucoup de choses ; pour vivre dans un monde meilleur, il faut de la beauté. Et, quand on est heureux, on est toujours des Bisounours. Prendre sa fille dans ses bras, c'est être heureux comme un Bisounours. Être heureux est un choix, il faut faire le tri dans les informations. Mes parents m'ont donné des notions pour être heureux, comme « c'est le plus intelligent qui pardonne ». Eh bien, à la maison, on passait notre temps à se pardonner pour être le plus intelligent. Mon père avait réussi. L'humanité ira mieux quand elle changera son lexique. Regarde le lexique des quartiers : pour parler de ce qui est beau ou bon, on dit « c'est une tuerie », « ça déchire », « c'est une bombe »: il n'y a que du négatif en fait. Quand je voyais des gens de la bourgeoisie de Bordeaux s'énerver contre quelqu'un, ils disaient « oh, il commence à me plaire celui-là », ils restaient toujours dans un lexique positif, alors que ceux qui disent « trop mortel », c'est dangereux, ça nous barricade. La vibration du mot « tuerie » n'est pas belle… Essayer d'être poète, observer l'arc-en-ciel, le coucher de soleil, oui, si tu veux, c'est une vie de Bisounours (sourire)...

Paru dans Point Afrique


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