samedi 7 avril 2018

Higelin, Philharmonie de Paris




Concert de 2015 disponible pendant un mois (mai 2018)

Le visionner ICI 










Higelin à la Philharmonie de Paris


Mise à jour, le 6 avril 2018, suite au décès de Jacques Higelin (1940-2018).
Arte Concert rediffuse Higelin philharmonique, jusqu'au 6 mai 2018.
Alors, je vous souhaite de passer un excellent moment avec Higelin que nous écouterons encore et toujours ! Les poètes, les artistes, jamais ne meurent.
Malheureusement, il m'est impossible d'intégrer le concert, il vous faudra donc cliquer sur les liens (en bleu) pour visualiser.
C'est tout en bas de la page. FR






Higelin Symphonique


La Philharmonie de Paris fête Jacques Higelin ! Un événement qui célèbre les cinquante ans de carrière du musicien. Ce demi-siècle a permis à Jacques Higelin de s'essayer au rock, à la soul, au jazz... et même de jouer la comédie. Au cours de cette carrière éclectique, Higelin a pourtant toujours su rester fidèle à lui-même. Dans chacun des vingt albums qui ont égrainé son oeuvre, on retrouve le même aspect fantasque, la même impression d'intimité. Ce demi-siècle a notamment été marqué par l'album BBH 75, publié en 1974 et qui vaut à Jacques Higelin sa réputation de pionner du rock français.

Pour ce concert "Higelin symphonique", Jacques Higelin et cinq solistes - Dominique Mahut, Christopher Board, Alice Botté, Arnaud Dieterlen et Zaf - s'associent à l'Orchestre National d'Ile-de-France. Ensemble, ils revisitent les compositions les plus emblématiques du répertoire de Jacques Higelin grâce à des arrangements signés Bruno Fontaine. Un anniversaire en grande pompe donc ! De quoi patienter avant la sortie d'un nouvel album prévu pour 2016...

Photo © Guillaume Laurent



http://live.philharmoniedeparis.fr/embed/1042324/jacques-higelin.html




Désolée, le replay intégral ne se trouve plus.... un jour, qui sait ?


Malheureusement, ce jour est arrivé, le 6 avril 2018, puisque Jacques Higelin vient de nous quitter.

Arte Concert rediffuse Higelin philharmonique jusqu'au 6 mai 2018.


En hommage à Jacques Higelin - décédé le 6 avril 2018 - nous vous proposons de redécouvrir le concert "Higelin Symphonique". Une soirée durant laquelle cette grande figure du rock français réinterprétait ses plus grand succès aux côtés d'un orchestre symphonique. (Arte)

Higelin philharmonique




https://www.arte.tv/fr/videos/063875-000-A/higelin-symphonique-a-la-philharmonie-de-paris/


ou ICI








mardi 3 avril 2018

L'Homme Coquillage, d'Asli Erdogan




Asli Erdogan en juin 2005 à Saint-Malo © Getty / Ulf Andersen



"Elle est auteure, journaliste et poète. Son œuvre est saluée et traduite dans le monde entier. En liberté conditionnelle depuis plus d'un an, elle encourt la prison a perpétuité pour délit d’opinion et destruction de l’unité de l’état turc. Asli Erdogan est l'invitée d'Augustin Trapenard.

Son premier roman, L'homme coquillage,  écrit il y a plus de vingt-cinq ans, vient de paraître en France dans une belle traduction de Julien Lapeyre de Cabanes. L’histoire d’une jeune femme étrangère à son propre désir et qui, lors d’un séjour aux Caraïbes, va progressivement s’ouvrir aux autres et se révéler à elle même."

(sur France Inter, émission Boomerang)








Augustin Trapenard, France Inter



L'Homme Coquillage








J'ai lu une centaine de pages de ce livre qui me happe. Le premier écrit par Asli Erdogan (1998), le dernier traduit en Français (Actes Sud, 2018).


"Une jeune chercheuse en physique nucléaire est invitée dans le cadre d'un séminaire sur l'île de Sainte-Croix, aux Caraïbes. Très rapidement cette jeune Turque choisit d'échapper à ce groupe étriqué rassemblé dans un hôtel de luxe, afin d'explorer les alentours en errant sur les plages encore sauvages et totalement désertes. Ainsi va-t-elle croiser le chemin de l'Homme Coquillage, un être au physique rugueux, presque effrayant, mais dont les cicatrices l'attirent immédiatement.
Une histoire d'amour se dessine, émaillée d'impossibilités et dans l'ambiguïté d'une attirance pour un être inscrit dans la nature et la violence." (...)

(extrait de la quatrième de couverture)


"Vain effort que celui de vouloir mettre en mots ces moments passés sur une île au milieu de l'océan. Je ne pouvais que les vivre intensément et les intérioriser. Alors je me mis à danser. Je dansai sur le sable mouillé, sous les torrents de la pluie tropicale. Figures de ballet, incontrôlées, qui exaltaient les gestes quotidiens, marcher, courir puis s'arrêter. J'essayai d'attraper le vent dans mes cheveux, dans mes mains, je tournai en me balançant comme un arbre dans l'ouragan, je me refermai sur moi-même comme un coquillage, je tombai à genoux face à l'océan comme en prière aux pieds d'un dieu. Dansant pour la dernière fois, je réappris à danser, telle une ballerine découvrant qu'il existe une danse plus importante que le ballet, celle de sa propre vie."  p 98






à suivre.... sans doute en reparlerai-je. FR

mardi 27 mars 2018

Volga





Volga, 2015
© fruban




Volga


Tu réclames le soleil glacé
en ces jours de mars
Comment te retenir
Je t'observe depuis quelques jours
Tes poils se sont terni
Tes yeux tristes se creusent
Toi dont on riait des rondeurs
Tu es légère comme une plume
Je te parle tu me regardes
Ton faible ronronnement me dit
combien tu m'aimes
Tu as compris que la vie c'est aussi cela
J'ai peur et je pleure
sans que tu me vois
Volga accroche-toi même si
c'est toi qui sais

Je souriais en te voyant suivre le soleil
t'en gorger encore et encore
Fuir le vent du nord t'abriter sous les rayons
Tu viens de rentrer épuisée
tu dors dans ta litière propre
Nouka ne comprend pas
Watcha notre tigresse miaulait
Que se passe-t-il ?

Ce soir tu t'installes dans le panier de la chienne
un peu gênée elle te laisse
Cette nuit elle ira sur le canapé
Petits arrangements entre amies
Tu vois je souris et pourtant
j'ai peur très peur de te dire bonsoir
A demain ma douce blanche

Ce matin et toute la journée
en accord avec le ciel gris
tu ne t'es pas levée
Toujours dans le panier de Nouka
Le souffle léger
Le regard perdu quand je te caresse
Juste avant de monter bouquiner
quelle surprise de te voir quitter ta couche !
Comme chaque soir j'espère
Est-ce insensé ?
Non juste l'amour que je te porte
qui me souffle d'y croire encore
même si j'appréhende chaque matin
Reste encore Volga
Même Nouka te le murmure tout bas
sa truffe sur ta petite tête assoupie

Volga ma douce ma câline
Après deux jours de soins
quelques photos de toi au soleil de mars
j'ai cru que la vie l'emportait
Ce matin je ne sais plus
Ton petit corps fragile refuse
allongé presque raidi
Et puis deux heures plus tard
tu t'es relevée tête droite
Que dois-je faire... dis-moi
Retourner chez le soigneur
te laisser tranquille chez toi ?

Et cet après-midi tout est fini

Volga ma si douce
J'ai mal
je dois me cacher pour pleurer
Ne pas attrister Nouka et Watcha

Maintenant tu reposes dans ton jardin
au milieu des jonquilles
Dors bien tu seras toujours en moi.


Elle dort la petite Volga


26 mars 2018

© fruban

quelques jours en mars





Volga, 2017
© fruban




Volga, 2017
© fruban


Volga vit ses derniers jours



Volga, mars 2018





Volga; mars 2018















Volga, mars 2018








Volga, mars 2018









Volga, dernière photo, mars 2018


Texte et photos fruban
©Tous droits réservés

dimanche 25 mars 2018

L'été en plein coeur, in Chorégraphie de cendres, par Martine Cros


Mon amie Martine Cros a choisi ce poème de mon dernier recueil qui a guidé ses pinceaux vers ce superbe tableau. Et lui a inspiré un très beau poème.
Tous deux publiés sur ses blogs.
C'est pour moi un cadeau inestimable dont je la remercie encore ici. FR




Martine Cros, "Abel et son Agneau" - détail -, tableau en cours, acrylique sur toile, 50x61, 22.03.18.






L'été en plein coeur











Juillet flocons de paille voltigeurs

arômes de fruits mûrs

soufflés en bourrasques __ Eau

ruisselante torrentielle crachée par le ciel

larmes chaudes d'une terre meurtrie - S'entretuent

Abel et Caïn bras armé glaive vengeur





Juillet s'en est allé emportant mon coeur





Hier encore tu croyais tu rêvais __ folle tu étais ! --

tu respirais... de langueurs t'enivrais

Ô interminables nuits Ô voyages

- des lagons turquoise à l'Océan

ressacs d'écume blanche fracassant les rochers

guérissant ton âme chahutée écervelée

flux et reflux terre de sel - presque une île -

un refuge un élan un départ __ Voyage voyage...









Août en sa maturité tant espérée

tes ailes a brûlées __ Ce fut chant du cygne

tu le voudrais Phénix - mais

les cendres éparpillées à jamais restent froides

Et tourne tourne en ton esprit égaré

d'un train fantôme grincements grondements





__ Dis-moi Âme mon amie ma mie sommes-nous

si loin encore de l'inaccessible rivage __ Il s'éloigne

s'éloigne...





Tu griffes la voûte étoilée où roulent

nuages blancs nuages gris __ Perverse la lune

joue à cache-cache inonde ton coeur

émotions noires encore plus noires __ Et pourtant

quelle beauté démoniaque en cette traversée - immobile

t'entraîne la Voie lactée __ Jusqu'où ?

Tu crains que demain tout ne s'arrête





Août... le pilote a quitté le train

rideaux noirs sur les vitres tirés __ Tunnel __ où

ténèbres d'enfer t'engouffrent

- Tu te souviens Graham Greene

"The tunnel is long and dark,

but the end is bright ang light" __ Mais

où la Lumière espérée ?

Vite vite siffle le vent ! __ Mais tu l'aperçois

qui s'éloigne s'éloigne par d'autres alizés emporté

voile rouge sur les flots noirs















Françoise Ruban, extrait de Chorégraphie de Cendres, poésie,

éditions épingle à nourrice, avril 2017, pages 25-26.





"Il y a dans ce recueil l'évidence de l'offrande.
L'offrande c'est le sacrifice au sens étymologique du terme : "Sacrum facere". Faire du Sacré.
Il faut mourir à soi, aux préjugés et à la mort de l'autre pour, étant passé par sa propre mort, renaître enfin".

Extrait de la préface, par Cristian Ronsmans, page 7.


Blog de MC, Aller aux essentiels


http://allerauxessentiels.over-blog.com/2018/02/choregraphie-de-cendres- francoise-ruban.html

                                                            *****




23 mars 2018

NE SACRIFIE




Ne sacrifie qui veut

Seule la Promesse a ce pouvoir





Le Sacrifice est aimé par celui,

Et seulement lui, qui va rejoindre

Ce qui est promis





Ne promet qui veut

Seul

Le Juste

Sait

Que sa promesse

Est nue l’espérance blanche

Elle demande la main de la réalité

Nul besoin de javelot

Pour le Juste

Il sait d’amour mourir

Avant d’être traversé







Ils s’aiment car ils sont du même

Sacrifice.









(à Satine)

MC, 22.03.18, Ne sacrifie,

Sur le blog de MC, Bleu mouvant de la nuit




https://bleumouvantdelanuit.com/2018/03/23/ne-sacrifie/


mardi 20 mars 2018

Louis Aragon, in La Valse des adieux



" Depuis des mois et des mois, je savais à quoi m'en tenir, je connaissais le fond de l'abîme..."

Qui parle ? Mais qui vous voudrez J'ai l'habitude de parler à la première personne. Pas vous ? De toute façon, dire je, dire moi, est le plus simple : le lecteur, ensuite, en dispose.

Laissons là les guillemets : depuis des mois, je connaissais... Une amie à moi me disait ces jours-ci au téléphone : Ah quelle invention la solitude... Oui. Mais encore on peut la tenir pour un progrès sur ce silence qu'on promène avec soi parmi les gens bruyants et bavards. Ou pire : dans leur compagnie, la nécessité des propos comme de feuillages à cacher le fond noir du puits. Il y a diverses façons de se taire. Il y a diverses façons d'être seul.

Ces dernières semaines, j'étais isolé du monde. Par le mal qui se niche ici ou là dans l'homme, et en devient la grande affaire, si bien que le temps n'a plus de poids, que les jours passent, et les nuits. Tout prend le caractère équivoque des rêves. Des rêves ? Il n'est même pas si sûr qu'il s'agisse des rêves. Cela ressemble à la vie. Une longue histoire. Et puis pas seulement : à la vie en général. À la mienne. À ma vie, cette vie dont je sais si bien le goût amer qu'elle m'a laissé, cette vie à la fin des fins qu'on ne m'en casse plus les oreilles, qu'on ne me raconte plus combien elle a été magnifique, qu'on ne me bassine plus de ma légende. Cette vie comme un jeu terrible où j'ai perdu Que j'ai gâchée de fond en comble.

Aragon (1972)

La Valse des adieux, dans Œuvres romanesques complètes V
préface de Jean Ristat
édition publiée sous la direction de Daniel Bougnoux Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2012.




Édition publiée sous la direction de Daniel Bougnoux avec la collaboration de Philippe Forest. Préface de Jean Ristat
Collection Bibliothèque de la Pléiade (n° 584), Gallimard Parution : 18-10-2012




Le mentir-vrai
Première parution en 1980

Collection Folio (n° 3001), Gallimard
Parution : 03-10-1997









"Hebdomadaire culturel communiste né pendant la Résistance, Les Lettres françaises paraissent pour la dernière fois en octobre 1972. En guise d’éditorial, Louis Aragon, directeur du journal depuis vingt ans, y signe une nouvelle, « La valse des adieux », qui sera reprise huit ans plus tard dans le recueil Le mentir-vrai. Le texte, fortement lyrique, met en scène un je qui se propose en contre-exemple aux lecteurs, affirmant avec force l’échec de son existence pour mieux condamner l’aveuglement idéologique propre au militant. Mais voilà que ce qu’on peut décoder comme une autocritique s’exprime notamment par une promenade surréaliste dans Paris et sa périphérie, entre mémoire littéraire et histoire. À partir de la réflexion d’Aragon sur sa propre pratique de l’intertextualité, cet article entend montrer que la nouvelle, en phase avec la période romanesque de l’écrivain, exprime avant tout une lecture critique de l’histoire." ( sur le site de érudit )


Sur France Culture







Louis Aragon en 1980• Crédits : Apesteguy Francis - Maxppp

mercredi 14 mars 2018

Oui, Bertrand Cantat a le droit de chanter











Communiqué de l’Observatoire de la liberté de création

Qu’il y ait un débat sur ce que représente Bertrand Cantat sur scène est parfaitement légitime. On peut aussi considérer qu’il y a une certaine hypocrisie à ne contester que sa tournée et pas ses disques, comme si le concert était le lieu de toutes les sacralisations.

En tout état de cause, ce débat change de nature quand il se transforme en demande d’annulation de sa tournée.

Cantat a le droit de chanter, les programmateurs sont libres de le programmer et chacun est libre d’aller le voir, ou pas.

Dans un Etat de droit, personne ne se fait justice à soi-même, et personne ne fait justice à quelqu’un d’autre en dehors de la justice.

Les demandes, directes ou indirectes, de censure ou d’annulation de son spectacle, qu’elles soient portées par des associations comme Osez le féminisme ou par des personnes hors réseaux associatif, les pressions diverses et variées des élus, les retraits de subventions aux festivals ou structures qui le programment contreviennent à la lettre et à l’esprit de la loi.

Il semble nécessaire de rappeler aux uns et aux autres les dispositions légales. La loi de 2016 dispose dans son article 2 que la diffusion de la création artistique est libre, et l’article 431-1 du Code pénal réprime le fait d’entraver, d’une manière concertée et à l’aide de menaces, l’exercice de la liberté de création artistique ou de la liberté de la diffusion de la création artistique d’un an d’emprisonnement et de quinze mille euros d’amende.

D’autre part, l’Etat (c’est l’article 3 de cette loi), à travers ses services centraux et déconcentrés, et les collectivités territoriales doivent mettre en œuvre la politique en faveur de la création artistique, laquelle poursuit notamment comme objectif le soutien de l’existence et le développement de la création artistique sur l’ensemble du territoire, en particulier la création d’œuvres d’expression originale française et la programmation d’œuvres d’auteurs vivants, et doit garantir la liberté de diffusion artistique en développant l’ensemble des moyens qui y concourent. L’Etat doit encore promouvoir la circulation des œuvres sur tous les territoires, la mobilité des artistes et des auteurs et entretenir et favoriser le dialogue et la concertation entre l’Etat, l’ensemble des collectivités publiques concernées, les organisations professionnelles, le secteur associatif, les acteurs du mécénat et l’ensemble des structures culturelles et leurs publics.

En prenant des positions qui ne sont pas à la hauteur des exigences légales à propos de la tournée de Bertrand Cantat, et en gardant un silence inquiétant sur la plupart des affaires récentes d’atteinte aux libertés de création et de diffusion des œuvres, la ministre de la Culture manque aux devoirs relevant de son titre et de son domaine d’intervention.

L’Observatoire de la liberté de création regrette que l’artiste, sous la pression, ait renoncé à tourner dans les festivals cet été et s’inquiète qu’en France, en 2018, certains soient plus tentés par les réflexes de censure que par le respect des libertés et par le débat démocratique qu’ils réclament, paradoxalement, de leurs vœux.

 Paris, le 13 mars 2018

Ligue des droits de l'homme







Amie nuit, extrait Concert Dijon, La Vapeur, 9 mars 2018

vidéo fruban


Amie nuit


Pour des cœurs arrachés sur des lances sanguines
Et des fleurs déhanchées au nerf de guillotines
Des yeux fixant l’abysme à travers des brasiers
Et des ruines sublimes étendues à nos pieds
Les sirènes du port de la mélancolie

Amie nuit
Le temps coule sous
Comme l'eau de pluie
Amie nuit

Le velours abrasif, le soupir des lions
Les silence adhésif sous nos bouches à questions
Crépuscule à la sauce aboie un soleil rouge
La robe de la grande ours va finir andalouse
Et le cœur puisé, t'aimer à la folie

Amie nuit
Le temps coule ici
Comme l'eau de pluie
Amie nuit

Hauts les carambolages
Hauts les calendriers
Et les flèches volages
Hauts les scaphandriers
On vouvoie les sommets
On tutoie les abysses
Dans l'ombre on ne voit pas que les photos jaunissent
Et le monde commence à partir d'aujourd'hui

Amie nuit
Le temps coule ici
Comme l'eau de pluie
Amie nuit


Bertrand Cantat




A force de pressions, de menaces et d'insultes envers Bertrand Cantat et son public, ces hystériques pseudo féministes, ces briseurs de libertés, revanchards et haineux, ont amené l'artiste Bertrand Cantat à renoncer aux festivals, pour éviter la polémique. Certains avaient été déprogrammés, de même que des concerts (notamment celui de Istres).

Le 12 mars, il envoyait à l'AFP le communiqué suivant :



Vous pouvez accéder aux pages et groupes suivants pour en savoir davantage :


Bertrand Cantat

Bertrand Cantat, nouveaux horizons







vidéo Laetitia Dupuy

Dijon, la Vapeur, Lost






vidéo Stéphane Perraux

La Rochelle, la Sirène, 1er mars (final)




Amor Fati


J'ai vu un jour une danseuse abolir le malheur
Avant d'anéantir la pesanteur
Un flamenco craché à la face du soleil
Un peu comme Apollo filant droit vers le ciel
Ce qu'on sait de tout ça? Rien
Mais j'ai retenu un lien
Enlace tout
Embrasse tout
Accueille tout
Reçois tout
Donne tout par dessus tout
Deviens pénombre où je me cache
Et dans le secret d'automne sans fin se glisse
Un infini amour
Au bout d'un éternel retour

Ce qui est est
Ce qui est est
Ce qui est est
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati ce qui est est

De toutes façons maintenant y'a plus l'choix tu l'sais bien
Rien à gagner rien à perdre ce qui est est
Tout l'espace est ouvert
Tout le champ des possibles
Autant d'flèches que de cibles
Maintenant monte la sève le chant qui nous honore
Se répand la joie et la lumière d'or
Flambe la flamme oh sésame ouvre toi
Mais y'a bien pire voleur qu'Ali Baba
Terminus tout l'monde descend, comme rester décent?
C'est des mille et des cents dérobés aux pauvres gens
Eux qui coulent et sombrent au loin

Ce qui est est
Ce qui est est
Ce qui est est
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Ce qui est est

J'te jure faut qu'on s'accroche
La vie c'est parfois moche
Tu me dis que t'en peux plus
Que t'as bien trop reçu
De coups de canif
Et dans les manifs
C'est pas ton kiffe,
La place du calife
Que tu veux partir au loin
Que tu veux tout envoyer promener
T'as raison faut s'ballader
Mais y'a pas d'paradis
Y'a mieux qu'ça
Aimer même un enfer
Apprécier jusqu'au bout
Même la pilule amère

Ce qui est est
Ce qui est est
Ce qui est est
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Ce qui est est

On pourrait prendre à bras le corps le destin
Envisager la vie comme un festin
Apprivoiser le cuir comme Iniesta
De l'aube au crépuscule une fiesta

Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est
Amor fati
Ce qui est est

Le trajet, le voyage
Le voyage outragé
Trajectoire de l’orage
Le destin humilié
Cent fois tomber à terre cent fois se relever
Et si tu l'aimes la poussière, tu vas te régaler
Bambam ton cœur explose
Et si tu l'oses ramène ta prose
Augmente la dose
C'est sûr ils aimeront pas
Ils diront qu't'as pas l'droit
Chaque fois chaque chaque chaque chaque fois

Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est

Et toi qu'est-ce que tu sais d'ma vie?
Qu'est-ce que tu sais d'ma peine?
Tu paroles, tu causes
Tu parades, tu gloses
Mais t'as mauvaise haleine
On dirait Sue Hélène
Tu fais semblant d'savoir
Tu racontes des histoires
Bouffon, charlot
Recrache comme un robot
Les conneries pré-mâchées
La soupe qu'on a jetée dans ton écuelle d'esclave
Et regarde toi maintenant tu baves
A c'que j'sais tu veux m'faire la misère
Et ça date pas d'hier
Ok j'me rends
J'me prends
Ton doigt pointé sur moi
Chaque fois que je trouve mon souffle

Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est

C'est l'heure d'aller voler le feu
Le fixer dans les yeux
Moi je dirais qu'ça urge
Les moutons de Panurge
Sont en phase de gagner la partie de poker du siècle
Alors shazam
Pas des super-héros
Mais pas des statistiques
C'est pas des numéros
On sait qu'on est unique
Chacun seul dans la toile
On est relié à tous
A la terre des entrailles
Au cosmos, aux étoiles

Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati amor
Amor fati
Ce qui est est

Bertrand Cantat





Amor Fati, Montpellier, 12 mars 2018







Bertrand Cantat - Le vent nous portera - Marlène - Coopérative de Mai - 18 mars 2018





Dernier album, Amor Fati
(déc 2017)


Un très bel article, Et Bertrand chanta

http://rictus.info/et-bertrand-chanta.html



Et Bertrand chanta


lundi 26 mars 2018 par Denis Bouteillon

Soleil noir survivant ultime d’un lointain désir désormais bien trouble, Bertrand Cantat était mardi 13 mars sur la scène de la Belle Electrique pour un concert que les polémiques de tout bord avaient rendues événementiel.

Autour de lui, conçu sur la base de Détroit, son nouveau combo. Un groupe à la parfaite cohésion sobre et efficace, tout de noir et d’énergie vêtu portant haut Amor Fati le nouvel opus enfanté par un leader toujours aussi charismatique. Un album à la poésie éblouissante, oscillant du rock dur à des accents plus électros, aux composition lyriques gorgées d’électricité avec des passages plus calmes et acoustiques agrémentés de quelques clins d’œil au Noir Désir passé.

Un concert asséné comme un long voyage tourmenté vers la lumière, soufflant alternativement feu et glace avec une basse puissante et métallique, résolument en avant, collée à une batterie omniprésente, métronomique à la frappe chirurgicale, baignées de nappes de claviers à l’ambiance crépusculaire et zébrées de guitares en fusion avec parfois le temps d’une accalmie l’éclair d’un harmonica comme le souvenir d’un autre temps et..surtout, surtout intacte, forte et fragile à la fois, LA voix de Bertrand Cantat.
Une voix portant à bout d’urgence les textes d’une aveuglante noirceur de l’artiste !

La poésie de Cantat est depuis toujours à l’écoute du monde qui nous abrite, avec Amor Fati elle se fait voyage permanent entre noirceur et lumière, soleil et pluie, expression d’une brûlure infernale et de toute éternité, la sienne.

Une mention spéciale aux titres« Amor fati », « Anthraciteor » et « Pluies diluviennes ».


jeudi 8 mars 2018

8 mars, journée internationale des droits des femmes, fruban





Aujourd'hui 8 mars, mes pensées vont vers toutes les mères qui assistent, meurtries et impuissantes, aux souffrances de la chair de leur chair. Souffrance due à la maladie, à l'oppression tyrannique, aux addictions toxiques, au désespoir.. Ces mères parfois seules, mal aimées, mal aidées.. qui luttent avec un amour désespéré, au chevet de leur enfant et qui offrent sans compter leurs nuits sans sommeil, pour caresser une main ou un front, pour sourire... malgré les larmes qui ne couleront que dans la solitude. Ces mères qui accompagnent jusqu'au seuil de la nuit éternelle, cet enfant que la colère des hommes ou la colère des cieux leur ont arraché. Qu'on les nomme les "folles de la Place de Mai", qu'elles portent le foulard palestinien.. qu'elles vivent tout près de moi, qu'elles se trouvent à des milliers de kilomètres.. Ces femmes sont toutes mes soeurs, dans la douleur et dans le deuil. Jamais un enfant ne devrait quitter cette vie avant celle qui lui a offert la vie.

© fruban

écrit le 8 mars 2012




Pablo Picasso, détail de Guernica
Mère portant son enfant mort (1937)

vendredi 2 mars 2018

Face à la mer, Denis Tellier


au bord de la rampe il regardait passer les bateaux
le premier lundi du mois c'était un cargo du Mozambique
qui passait au ralenti
le premier mardi du mois des péniches surchargées
de coke qui venaient d'Ostende
le premier mercredi du mois un rafiot noir
le "Parispéa" qui passait au ralenti
le premier jeudi du mois il avait sa prise de sang et sa
chimiothérapie
le premier vendredi du mois des péniches chargées
de coke qui venaient d'Ostende
le samedi il venait ; il n'y avait rien
Il tirait la langue
son visage était ridé de nostalgie
ses mains remplies de mélancolie
il regardait ses souliers dont la moitié était dans le
vide

Denis Tellier

28 février 2018

© Tous droits réservés





photo Denis T





photo fruban




photo fruban




photo fruban




Manuscrit Denis T
photo Denis T


mercredi 28 février 2018

Jean de la Ville de Mirmont, hommage au poète



Portrait du poète Jean de la Ville de Mirmont / © - Pathé Gaumont - Bibliothèque





Jean de la Ville de Mirmont (1886-1914) est ce jeune poète bordelais mort sur le front le 28 novembre 1914, à l'âge de 27 ans.
Je l'ai découvert d'abord par L'Horizon chimérique, mis en musique par Gabriel Fauré, puis par Julien Clerc.
Plus tard, j'ai lu Les dimanches de Jean Dézert


Le blog de Clélie  lui a consacré un très bel article en deux parties.

Quelques extraits

Les Dimanches de Jean Dézert


Publié à compte d’auteur en 1914, peu de temps avant la déclaration de guerre, ce roman, qui n’eut aucun succès, est le seul paru du vivant de l’auteur.

L’ironie n’est jamais loin dans les quatre parties de ce court roman. Le narrateur est présent dès les premières lignes, puis semble s’effacer ensuite. L’absurde de la situation fait parfois songer aux écrits de Samuel Beckett…




France 3 Aquitaine lui rend hommage





Le dictionnaire du Chemin des dames  en parle


extraits


- Le 24 novembre, il rédige une dernière lettre à sa mère : « Je ne suis pas encore nommé sous-lieutenant, mais j’en remplis actuellement les fonctions selon le dernier remaniement de la compagnie. Je suis en bonne santé et d’excellente humeur, avec le seul regret de vous savoir inquiets et si loin de moi. Au fond, je suis le plus heureux de vous tous, car si je suis emporté, j’espère ne pas même m’en apercevoir ; si je suis blessé, je coucherai dans un bon lit et je serai soigné par d’aimables dames, et si je persiste tel quel, grâce à toi je n’aurais pas trop froid. Au revoir, ma chère maman, bons baisers à vous tous. Ton fils si loin et si près de toi – et sur qui veillent non seulement son étoile, mais toutes les étoiles du ciel. » - 28 novembre 1914: nouvelle journée de « bombardement presque ininterrompu » (JMO). Jean est touché par un obus sur les pentes du mont de Beaulne. « On s’attendait à le trouver broyé. Or, il était entier et, le croirez-vous, debout. Enseveli sous des mètres d’argile, il était figé dans sa dernière attitude à la manière des habitants de Pompéi, saisis dans leur dernière activité quotidienne par la lave incandescente du Vésuve : le buste droit, la tête levée, les yeux ouverts, la baïonnette au canon et la musette au flanc, il s’apprêtait à bondir pour se battre. Il était comme empêché. C’est une vision qui, depuis, me hante chaque nuit. Un gisant en action, oui, c’est ça. » (J. Garcin) - Il est transporté vers une ambulance mais ne peut être sauvé ; il décède dans les premières heures du 29.

NB : En 2013, Jérôme Garcin lui consacre un livre qui mêle fiction et faits réels, Bleus horizons (Gallimard)





SES OEUVRES


L'Horizon chimérique


I
Je suis né dans un port et depuis mon enfance
J’ai vu passer par là des pays bien divers.
Attentif à la brise et toujours en partance,
Mon cœur n’a jamais pris le chemin de la mer.

Je connais tous les noms des agrès et des mâts,
La nostalgie et les jurons des capitaines,
Le tonnage et le fret des vaisseaux qui reviennent
Et le sort des vaisseaux qui ne reviendront pas.

Je présume le temps qu’il fera dès l’aurore,
La vitesse du vent et l’orage certain,
Car mon âme est un peu celle des sémaphores,
Des balises, leurs sœurs, et des phares éteints.

Les ports ont un parfum dangereux pour les hommes
Et si mon cœur est faible et las devant l’effort,
S’il préfère dormir dans de lointains arômes,
Mon Dieu, vous le vouliez, je suis né dans un port.



II
Par l’appel souriant de sa claire étendue
Et les feux agités de ses miroirs dansants
La mer, magicienne éblouissante et nue.
Éveille aux grands espoirs les cœurs adolescents.

Pour tenter de la fuir leur effort est stérile ;
Les moins aventureux deviennent ses amants,
Et, dès lors, un regret éternel les exile.
Car l’on ne guérit point de ses embrassements.

C’est elle, la première, en ouvrant sa ceinture
D’écume, qui m’offrit son amour dangereux
Dont mon âme a gardé pour toujours la brûlure
Et dont j’ai conservé le reflet dans mes yeux.



III
Quel caprice insensé de tes désirs nomades,
Mon cœur, ô toi mon cœur qui devrais être las,
Te fait encore ouvrir la voile au vent des rades
Où ton plus fol amour naguère appareilla ?

Tu sais bien qu’au lointain des mers aventureuses
Il n’est point de pays qui vaille ton essor,
Et que l’horizon morne où la vague se creuse
N’a d’autres pèlerins que les oiseaux du Nord.

Tu ne trouverais plus à la fin de ta course
L’île vierge à laquelle aspirent tes ennuis.
Des pirates en ont empoisonné les sources.
Incendié les bois et dévoré les fruits.

Voyageur, voyageur, abandonne aux orages
Ceux qui n’ont pas connu l’amertume des eaux.
Sache borner ton rêve à suivre du rivage
L’éphémère sillon que tracent les vaisseaux.



IV
Le ciel incandescent d’un million d’étoiles
Palpite sur mon front d’enfant extasié.
Le feu glacé des nuits s’infuse dans mes moelles
Et je me sens grandir comme un divin brasier.

Les parfums de juillet brûlent dans le silence
D’une trop vaste et trop puissante volupté.
Vers l’azur ébloui, comme un oiseau, s’élance,
En des battements fous, mon cœur ivre d’été.

Que m’importe, à présent, que la terre soit ronde
Et que l’homme y demeure à jamais sans espoir ?
Oui, j’ai compris pourquoi l’on a créé le monde ;
C’était pour mon plaisir exubérant d’un soir !



V
Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;
Le dernier de vous tous est parti sur la mer.
Le couchant emporta tant de voiles ouvertes
Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.

La mer vous a rendus à votre destinée,
Au-delà du rivage où s’arrêtent nos pas.
Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées ;
Il vous faut des lointains que je ne connais pas.

Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.
Le souffle qui vous grise emplit mon cœur d’effroi,
Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,
Car j’ai de grands départs inassouvis en moi.



VI
Vaisseaux des ports, steamers à l’ancre, j’ai compris
Le cri plaintif de vos sirènes dans les rades.
Sur votre proue et dans mes yeux il est écrit
Que l’ennui restera notre vieux camarade.

Vous le porterez loin sous de plus beaux soleils
Et vous le bercerez de l’équateur au pôle.
Il sera près de moi, toujours. Dès mon réveil,
Je sentirai peser sa main sur mon épaule.



VII
Le vent de l’océan siffle à travers les portes
Et secoue au jardin les arbres effeuillés.
La voix qui vient des mers lointaines est plus forte
Que le bruit de mon cœur qui s’attarde à veiller.
Ô souffle large dont s’emplissent les voilures,
Souffle humide d’embrun et brûlant de salure,
Ô souffle qui grandis et recourbes les flots
Et chasses la fumée, au loin, des paquebots !

Tu disperses aussi mes secrètes pensées,
Et détournes mon cœur de ses douleurs passées.
L’imaginaire mal que je croyais en moi
N’ose plus s’avouer auprès de ce vent froid
Qui creuse dans la mer et tourmente les bois.



VIII
Toi qui te connais mal et que les autres n’aiment
Qu’en de vains ornements qui ne sont pas toi-même,
Afin que ta beauté natale ne se fane,
Mon âme, pare-toi comme une courtisane.

Lorsque reviendra l’ombre et que tu seras nue,
Seule devant la nuit qui t’aura reconnue
Et loin de la cité dont la rumeur t’offense.
Tu te retrouveras pareille à ton enfance,

Mon âme, sœur des soirs, amante du silence.



IX
Ô la pluie ! Ô le vent ! Ô les vieilles années !
Dernier baiser furtif d’une saison qui meurt
Et premiers feux de bois au fond des cheminées !
L’hiver est installé, sans sursis, dans mon cœur.

Vous voilà de retour, mes pâles bien-aimées.
Heures de solitude et de morne labeur,
Fidèles aux lueurs des lampes allumées
Parmi le calme oubli de l’humaine rumeur.

Un instant, j’ai pensé que la plus fière joie
Eût été de m’enfuir, comme un aigle s’éploie,
Au lointain rouge encore des soleils révolus.

Et j’enviais le sort des oiseaux de passage.
Mais mon âme s’apaise et redevient plus sage,
Songeant que votre amour ne me quittera plus.



X
Mon désir a suivi la route des steamers
Qui labourent les flots d’une proue obstinée
Dans leur hâte d’atteindre à l’horizon des mers
Où ne persiste d’eux qu’une vaine fumée.

Longtemps il s’attarda, compagnon des voiliers
Indolents et déchus, qu’un souffle d’aventure
Ranime par instants en faisant osciller
Le fragile appareil de leur haute mâture.

Mais la nuit vient trop vite et ne me laisse plus,
Pour consoler encor mon âme à jamais lasse,
Que les cris de dispute et les chants éperdus
Des marins enivrés dans les auberges basses.



XI
Diane, Séléné, lune de beau métal,
Qui reflète vers nous, par ta face déserte,
Dans l’immortel ennui du calme sidéral,
Le regret d’un soleil dont nous pleurons la perte,

Ô lune, je t’en veux de ta limpidité
Injurieuse au trouble vain des pauvres âmes,
Et mon cœur, toujours las et toujours agité,
Aspire vers la paix de ta nocturne flamme.

XII
Novembres pluvieux, tristes au bord des fleuves
Qui ne reflètent plus le mirage mouvant
Des nuages au ciel, des arbres dans le vent,
Ni l’aveuglant soleil dont nos âmes sont veuves,

Faut-il que notre exil sous vos froides clartés
Ne conserve d’espoir que le peu que nous laisse
Le cri des trains de nuit qui sifflent leur détresse,
Quand les rêves sont morts dans les grandes cités ?



XIII
La Mer est infinie et mes rêves sont fous.
La mer chante au soleil en battant les falaises
Et mes rêves légers ne se sentent plus d’aise
De danser sur la mer comme des oiseaux soûls.

Le vaste mouvement des vagues les emporte,
La brise les agite et les roule en ses plis ;
Jouant dans le sillage, ils feront une escorte
Aux vaisseaux que mon cœur dans leur fuite a suivis.

Ivres d’air et de sel et brûlés par l’écume
De la mer qui console et qui lave des pleurs
Ils connaîtront le large et sa bonne amertume ;
Les goélands perdus les prendront pour des leurs.



XIV
Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Et roule bord sur bord et tangue et se balance.
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins ;
Les vagues souples m’ont appris d’autres cadences
Plus belles que le rythme las des chants humains.

À vivre parmi vous, hélas ! avais-je une âme ?
Mes frères, j’ai souffert sur tous vos continents.
Je ne veux que la mer, je ne veux que le vent
Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.

Hors du port qui n’est plus qu’une image effacée,
Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux.
Je ne me souviens pas de mes derniers adieux…
Ô ma peine, ma peine, où vous ai-je laissée?

Voilà ! Je suis parti plus loin que les Antilles,
Vers des pays nouveaux, lumineux et subtils.
Je n’emporte avec moi, pour toute pacotille,
Que mon cœur… Mais les sauvages, en voudront-ils ?

                                           Posthume, 1920














Les dimanches de Jean Dézert


Les Dimanches de Jean Dézert fut le seul ouvrage que Jean de la Ville de Mirmont publia de son vivant puisqu’il mourut en novembre 1914 au Chemin des Dames juste après avoir fait paraître - à compte d’auteur et à seulement 300 exemplaires



«J'ai imaginé un petit roman quui m'amuserait beaucoup. Le héros de l'histoire serait absurde et tout à fait dans mes goûts... Ce sera désolant sous un aspect ridicule. Mon personnage est définitivement employé de ministère. Il habite mon ancienne chambre de la rue du Bac, en face de Petit Saint-Thomas, sous l'obsession d'un plafond trop bas. Il s'ennuie mortellement par faute d'imagination, mais est résigné à sa médiocrité. Pour essayer de se distraire, il emploie tout un dimanche à suivre les conseils de plusieurs prospectus qu'on lui a donnés dans la rue. Le matin, il prend un bain chaud, avec massage par les aveugles, rue Monge. Puis il se fait couper les cheveux dans un "lavatory rationnel" de la rue Montmartre. Puis il déjeune rue de Vaugirard dans un restaurant végétarien anti-alcoolique. Puis il consulte un somnambule. Puis il va au cinématographe. Il dîne enfin au champagne à 2 fr. 75 aux environs de la barrière du Trône et finit sa soirée en écoutant une conférence gratuite avec auditions musicales chez un pharmacien près de la Gare du Nord. Je n'ai même pas la peine d'inventer.»

Jean de La Ville de Mirmont, Lettre à sa mère.

Préface de François Mauriac

Collection La petite vermillon (n° 88), La Table Ronde
Parution : 05-03-1998


Dans Le Matricule des anges n°23


"Satirique par certaines extravagances, ce livre est une savoureuse évocation de l'abdication devant l'existence, sur fond de siècle finissant. Pour Jean Dézert, le personnage central de ce roman de la non-vie, point d'oasis ni de salut. Agé de 27 ans, il est employé au ministère de l'Encouragement au bien (direction du matériel). Sans passé ni futur, il vit le présent avec l'enthousiasme d'un supplicié. Il loge seul à Paris dans un appartement au plafond si bas que "des personnes à l'imagination facile se croiraient, chez lui, dans l'entrepont d'un voilier." Le jour, il remplit des imprimés, le soir, lorsqu'il ne fume pas, il griffonne son agenda dans lequel il recense de ridicules faits de rue.
Certaines personnes sont touchées par la grâce, lui c'est par le néant. "J'ai mal compris la vie, jusqu'ici", admet-il. Ses grands principes, il les puise dans l'abandon et la résignation : "Lorsqu'on ne peut apporter à un mal aucun remède, il est inutile d'en chercher". Pour se distraire de la solitude, le dimanche, le jeune homme s'autorise quelques sorties en compulsant les prospectus publicitaires : un bain chaud avec massage par des aveugles, un restaurant végétarien, une conférence sur l'hygiène sexuelle... Pas de malheur dans ces pages, juste l'impression d'être inutile, d'être à sa juste place, d'être invisible au monde. Rien ne fleurit sur cette terre étrangère, même lorsqu'une promesse de bonheur pointe le nez. Ainsi, comble de l'absurde, avant leur mariage, la jeune fille remarquera pour la première fois "sa figure si longue"... et c'est le désastre.
Lointain cousin de Bartleby de Melville, ce Jean Dézert incarne à lui tout seul toute la tragédie humaine. Sa résistance devant le cours des événements s'apparente aux frêles gesticulations d'un pantin. Ce livre est une excellente invite pour se plonger dans les Oeuvres complètes de ce poète et conteur publiées aux éditions Champ Vallon."

Philippe Savary

(Le Matricule des anges, n° 23)


Un article passionnant sur le blog de Pissos

DE JEAN DEZERT A JEAN DE LA VILLE DE MIRMONT

petit extrait

(..)  Ainsi, dans ces années d'avant-grande-guerre, vivait un garçon, natif de Pissos et portant prénom et nom d'un héros de roman créé au même moment par un écrivain du même âge. Des histoires parallèles d'enfants de conditions différentes, arrivés miraculeusement tard dans la vie de leurs parents, fascinés par l'horizon, le voyage et l'aventure.

Le Jean Dézert croqué par Jean de la Ville faisait partie du grand troupeau peuplant les villes, les bureaux et les administrations. Si il avait réellement vécu, si le roman avait été un peu plus long, il serait bien évidemment parti à la guerre en août 1914, éberlué et déboussolé, on le devine.
Car nombreux ont été les Jean Dézert à remplir les tranchées de la Grande Guerre et les cimetières en suivant.

Comme les deux autres Jean, le poète et le menuisier. "


Contes


Recueil posthume
1923


City of Benares
Les Pétrels
La Mort de Sancho
Le Piano droit
Les Matelots de la Belle-Julie
Entretien avec le diable
L’Orage
Mon ami le prophète





L'horizon chimérique (INTRODUCTION DE MARCEL SCHNEIDER ; PREFACE DE FRANCOIS MAURIAC)
Jean de La Ville De Mirmont
Grasset Et Fasquelle Cahiers Rouges 21 Mai 2008

L'oeuvre de Jean de La Ville de Mirmont, tué au front le 28 novembre 1914 à l'âge de 27 ans, se compose d'un court roman, Les Dimanches de Jean Dézert, de contes et de poèmes publiés après sa mort, sous le titre de L'Horizon chimérique. Né à Bordeaux en 1886, Jean de la Ville de Mirmont a passé sa jeunesse dans la capitale girondine. Il y a noué maintes amitiés fidèles, dont celle de François Mauriac qui rédigea la Préface



© photo Flopinot2012
sur Wikipedia