jeudi 20 décembre 2018
Ardenne sauvage
Fil de Temps from Martin Dellicour on Vimeo.
Sur les sentiers d'Ardenne from Martin Dellicour on Vimeo.
samedi 17 novembre 2018
Robert Desnos
Par Catherine Pont Humbert et Dominique Costa.
Émission diffusée pour la première fois sur France Culture le 25.12.2005.
Desnos le tendre, le farfelu, l'amoureux, celui dont la " fourmi de 18 mètres " a bercé notre enfance, fut aussi ce jeune homme qui " parlait surréaliste à volonté ". Si Robert Desnos a bien été le " prophète du surréalisme " vanté par André Breton, il fut surtout de toutes les aventures humaines et intellectuelles de son temps. De l'aventure poétique, bien entendu, car Desnos a misé sur la poésie du début à la fin de son existence. Une poésie tour à tour délirante, lyrique, émouvante, avec toujours le merveilleux pour ligne d'horizon. Robert Desnos c'est d'abord l'expérimentation des formes, au sein du groupe surréaliste, où son attirance pour le rêve l'entraîne vers le déclenchement d'images mentales et le jaillissement de paroles libérées du joug de la conscience. Mais au-delà de l'aventure surréaliste, tous les jeux que la langue rend possible l'intéressaient : expérimentations poétiques bien sûr, mais aussi radiophoniques, cinématographiques, publicitaires, picturales, musicales. Pour faire surgir les grandes images populaires de son enfance, Robert Desnos s'est essayé à toutes les pratiques d'écriture et n'a cessé de chercher à concilier culture classique et culture populaire. Desnos avait aussi un grand amour de la vie :amour de l'amour, amour de l'amitié, amour du vin, Et l'amour de la liberté. Desnos le courageux.qui affirmait en 1942 " en définitive, ce n'est pas la poésie qui doit être libre, c'est le poète " fut un résistant de la première heure. Arrêté par la gestapo en février 1944, il a défendu la liberté jusqu'à son dernier souffle, en 1945 au camp de Terezin en Tchécoslovaquie.
Intervenants :
- Alain Chevrier,
- Roger Dadoun,
- Marie-Claire Dumas,
- Jean Matthyssens,
- Jean-Baptiste Para,
- Ernest Pignon-Ernest.
mercredi 14 novembre 2018
Les grues, Denis Tellier
Les grues
Il est beau de voir en cet automne et par-dessus mes pensées vagabondes, dans des cris éparpillés haut les nues, le passage géométrique et rigoureux des grues.
Une plume ramassée m'invite à poursuivre le voyage, des histoires que j'imagine vertigineuses et dans des vols planés.
Plume qui dans l'attente d'y déposer une première volée d'encre, reste fixée entre mes doigts serrés.
Plume qui dans l'écriture transforme les alizés et mon vertige en une phrase penchée.
Plume qui couche des mots humides, tremblants, agités silencieux et doux, à peine achevés.
Plume et voyelles ébouriffées, plume et consonnes échevelées...
Plume si légère qu'il doit être facile d'écrire, de voler, et puis de s'arrêter un moment suspendu dans un vide d'altitude, ne plus sentir son corps...
Denis T
© tous droits réservés
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| ©manuscrit Denis T |
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| © photo fruban |
Ce poème de Denis Tellier a été retenu par une artiste plasticienne Danielle Péan Leroux
J'ajoute ICI le lien vers le site de Danielle Péan Leroux.
A voir aussi dans les sites intéressants
lundi 12 novembre 2018
Salon mondial de Poésie, dimanche 18 novembre 2018
Nous y serons avec exemplaires de présentation et bons de commandes correspondant à nos poètes sélectionnés :-) :
À bout d'espérance (Kamal Valcin), Comme un papier de feuillage (Didier Hippon / Grand prix 2013 - FrMu), Au coeur de la rose (Didier Hippon), Hanan (Najib Bendaoud, Chemins de pierres (Pierre Jooris), Vaines attentes (A. Rochdi), L'âme des marées - bilingue (Françoise Ruban, A. Athanassiou), Love is love (V. Capuana, trad. Elisabeth Regenet-Capuana), Rêve errance (David Az / Grand prix 2017 du salon du livre de la Krutenau-Strasbourg), Chants de velours (G. Parisi), L'ancre de tes yeux (Nayim Smida), Ma brise de liberté (Slah Pacha)!
C'est un début, nous ferons au mieux, et à suivre !
Un exemplaire des modalités du 11e concours d'écriture sera en place !
@Enrique Uribe Carreno - Véronique Sauger
Annie Lautner Claudia D'Italiano Cathy Heraudeau Cathy Simon Cathy Bergantz Jean-louis Bringolf Jean Haas Christophe Calibre Delphine Untereiner Raquel Ita Albert Schwartz Alain Tarate Alain Verreman Samy Gosling Roland Munch Daniel Anstaett Waheb Bekkar
Je serai représentée par "L'Âme des marées, édition bilingue".
J'invite tous mes amis à rejoindre Strasbourg pour me représenter, ma santé ne me permettant pas de m'y rendre. Prenez des photos, des vidéos, commandez ce petit livre qui m'est cher.
Je voudrais rendre hommage à tous les lauréats, aux éditions épingle à nourrice. fruban
samedi 10 novembre 2018
Ne croyez pas l'histoire, JMSananès
14/18 : un siècle déja
Ne croyez pas l'Histoire
Amis
ne croyez pas l’Histoire
elle n’est pas faite
que de gloriole et de médailles
de torses bombés sous la mitraille
Amis
ils étaient hommes
fragiles et beaux
Ils étaient pères
ils étaient frères
ils étaient fils
Quand à traverse vie
dans le profil aigu
d’un cri de mitrailleuse
loin des grands jours où l’on parade
ils jouaient nos libertés
leurs vies et leur amours
Amis
quand, dans la fumée âpre
d’une dernière Gauloise
la mort claironne
ses fleurs d’ossuaires
et mêle dans une farouche ironie
bourreaux et victimes
Amis
d’ici, d’ailleurs
avant de n’être plus
que ces noms de marbre
que l’ont écrit en MAJUSCULES
ils étaient enfants rieurs
ils étaient hommes
fragiles et beaux
D’ici, d’ailleurs
les marbres sont pleins
de larmes majuscules
et de chagrins de mères
La gloire ne se nourrit pas
que du sang des autres
Amis
ne croyez pas les livres
l’Histoire n’est pas faite que de gloriole
de torses bombés et de médailles
L’Histoire est faite
de petits jours
de peur et de sang
D’ici et d’ailleurs
à l’heure si belle où passe la faucheuse
que savaient-ils des vérités endoctrinées ?
D’ici et d’ailleurs
pardonnez
tous s’étaient nourris
du sang noir de l’Histoire
tous étaient gavés
de croix furieuses
et de rouges pestilences
Que savaient-ils de ceux d’en face ?
D’ici et d’ailleurs
ils étaient pères
ils étaient frères
ils étaient fils
ils était hommes
quand ils jouaient nos libertés
loin des grands jours où l’on parade
Ne croyez pas l’Histoire
Ne croyez pas les livres.
JMS
Texte dit par JMS - Musique de Bruno Sananes
https://youtu.be/Wc1twCwFH2E
Dans : "Occident/Accident de conscience" - (Livre-CD 10€)
site de JMS
![]() |
| JMSananès édition Chemin de plumes © |
dimanche 21 octobre 2018
Arthur H pour l'anniversaire de Jacques H
![]() |
| Alain B et Jacques H |
UNE NUIT AU PERE LACHAISE 18/10/18
Paris, Cimetière du Père Lachaise, nuit du 17 au 18 octobre 2018. 3 heures du matin. A la frontière entre la 13ème et la 20ème division, entre l’Allée de la Vierge et l’Avenue de la Chapelle.
Je suis venu visiter la tombe de mon père le 17, un jour avant son anniversaire, je préfère être seul pour pouvoir me recueillir tranquillement. Je suis arrivé tard dans le cimetière, j’étais épuisé de la tournée. Je me suis assis dans un coin un peu au dessus, j’attendais que des gens partent pour pouvoir me rapprocher mais ils restaient là à bavarder. Alors, sans m’en rendre compte je me suis endormi, j’ai sombré dans un sommeil lourd et quand je me suis réveillé c’était la nuit noire. Je panique un peu au début puis je me dis que c’est une sacrée chance d’être là, tout seul, au milieu du Père Lachaise. J’observe autour de moi et en tendant l’oreille intérieure, je décèle comme de faibles grognements, des chuchotements indéchiffrables d’ombres de fantômes. Ici les fantômes de fantômes pullulent dans l’indifférence… Les gens qui vous portaient un peu dans leur cœur sont eux-mêmes parfaitement oubliés depuis des décades. Des grandes lucioles, fugaces et merveilleuses, illuminent une fraction de seconde des noms obscurs sur des caveaux dévastés. La lune ne s’est pas levée. Tout reste dans l’obscurité indécise de la pollution lumineuse d’une mégapole. Allée de la Vierge, il y a une tombe fraîche entourée d’une aura un peu plus vive, plus définie, qui irradie d’une lumière tendre : c’est celle de mon père, Jacques Higelin. A 20 mètres de là il y a une autre tombe, un peu futuriste, post moderne, c’est celle d’Alain Bashung qui vibre elle aussi d’une lueur particulière. Je suis sûr que les âmes immenses des deux chanteurs ne sont pas localisées dans ce lieu précis : une part d’eux-mêmes est sûrement en train de vivre de nouvelles aventures dans d’autres dimensions flamboyantes, une autre est dans le cœur de tous ceux qui les ont aimés et une dernière reste, par curiosité et attachement, dans le vieux cimetière parisien : ils sont tous les deux d’anciens gamins populaires et sont fiers d’être entourés par un grand général, un chirurgien oublié et un politicien sulfureux de la troisième république. Je regarde mon portable, ça ne capte pas, il est trois heures du matin. Soudain mes poils se hérissent dru sur ma peau. Avec les chats sauvages, les hiboux et les rats, je suis le spectateur stupéfait d’un phénomène inexplicable: un arc lumineux gracieux, une espèce de brume électrique s’élève dans l’atmosphère et relie progressivement les deux tombes. Ca doit être une onde quantique qui permet aux deux esprits de se synchroniser. Il y a un frémissement dans l’air, et une voix, si reconnaissable, fait légèrement trembler le silence.
- Jacques ? Hey Jacques ??
- Alain ? Alain qu’est-ce-que tu fous ?
- J'cloue des clous sur des nuages, un marteau au fond du garage,
J'cloue des clous sur des nuages, sans échafaudage…
Et toi Jacques ? Jacques ??
- Ouais ! J'suis mort, j'suis mort qui, qui dit mieux, ben mon pauv'vieux voilà aut'chose ! Cela dit dans c'putain d'cimetière j'ai perdu mon humeur morose, jamais plus personne ne vient m'emmerder quand je me repose. A faire l'amour avec la terre, j'ai enfanté des p'tits vers blancs qui me nettoient, qui me digèrent, qui font leur nid au creux d'mes dents.
Incroyable, ils communiquent avec des fragments de leurs propres chansons…
- C’est très charmant Jacques, je suis content pour toi ! Je ne t'ai jamais dit mais nous sommes immortels… Pourquoi es-tu parti avant que je te l'apprenne ? Le savais-tu déjà ? Avais-tu deviné ? Que des dieux se cachaient sous des faces avinées ?
- Je le sais parce que tout ce qui brûle est rouge. Je le sais, le sang qui coule dans mes veines est rouge, le feu vient de l’amour et l’amour naît de la vie ! Je suis né dans un spasme, un grand brasier haletant. Au beau milieu d’un raz de marée de sang le ventre de ma mère a craché un noyau de jouissance et j’ai jamais perdu le goût de ça !!
La lumière du coté de chez Bashung devient plus intense, il doit être excité par le défi poétique… Sa voix retentit, presque claire dans cette incertitude sonore.
- A l'arrière des Dauphines, je suis le roi des scélérats à qui sourit la vie, marcher sur l'eau, éviter les péages, jamais souffrir, juste faire hennir les chevaux du plaisir !
Ouh là, j’hallucine, ce ne sont pas des spectres épuisés mais de jeunes esprits fougueux ! Un grand silence suit… Quesqu’y se passe ? Ils ont peut-être dépensé trop d’énergie ? Après une quinzaine de minutes interminables, je vois une lueur renaître sur la tombe de Bashung, puis j’entends sa voix…
- Jacques, tu crois qu’on leur manque ? Qu’on leur manque à tous ces branques ?
- Mais ouais, t’inquiète pas ! Bien sûr qu’on leur manque ! On était des fous géniaux quand même ! Enfin, le génie c’était surtout toi (il y a comme une nuance de regret dans sa voix)… Moi j’étais fou et toi génial…
- Arrête ! T’étais pas mal non plus, dans le genre déchaîné, débridé, décanté, et puis au moins t’étais drôle, léger, gai, moi j’ai peut-être été un peu loin dans le lugubre, dans l’incertain, dans l’énigmatique, je me demande…
- Mais non t’es con, t’étais fabuleux…
Ils se lancent des fleurs, c’est beau, je sens qu’ils s’aiment et se comprennent. Encore un grand silence, le temps n’existe pas pour eux… Je suis tétanisé, j’arrête presque de respirer pour ne rien perdre de la conversation qui est comme un murmure.
- Jacques quesque tu penses du bordel magnifique que tu as laissé ? Tu peux me le dire, on est entre âmes…
Jacques hésite un peu, il tousse, se racle la gorge, il cherche les mots au fond de lui comme s’il avait perdu le langage, puis il se lance, et quand il se lance, il ne s’arrête plus !
- C’est comme une immense ivresse… Assez sublime en fait… Les folles et longues histoires d’amitiés, les histoires d’amour, fracassantes, douloureuses mais finalement sublimes… C’est vertigineux Alain… Le sexe et la musique, la musique et le sexe, toutes ces extases… Mes enfants adorés… Les chansons, les poèmes, les disques, la scène… Les coulisses des théâtres, les gens qui dansent, qui pleurent, les silences après les chansons… La scène, c’est mon vrai lieu de naissance, c’est là où je pouvais être inconditionnellement moi-même, c’est là où je me suis vraiment abandonné, je me suis livré sans protection, je me suis jeté dans la fosse aux lions, les lions m’ont dévoré et c’était merveilleux… Les fantômes de foule en transe… Le trac que j’ai toujours eu… J’ai toujours eu peur de n’être pas à la hauteur des gens, j’ai vraiment tremblé en pensant les décevoir. Voilà ce qui me reste… On a bien merdé tous les deux Alain, dans la vie, mais on a été des guerriers aussi… Les grands peureux qui dépassent leur peur, ça devient des audacieux, des vaillants, des indomptables… C’est fou mais finalement je ne regrette rien. Même les échecs, les secrets enfermés à l’intérieur, les foirages émotionnels les plus retentissants, eh bien ça fait partie de ma vie, ça l’enrichit. Au même titre que les réussites radieuses, tout l’amour et la joie que j’ai réussi à donner et à recevoir, jusqu’à la fin, même jusqu’à mon enterrement… Toutes les pensées lumineuses des gens qui se sont élevées vers moi, j’ai retrouvé ce contact amoureux avec le public anonyme, innombrable, mes amis… Tout ça fait une vie où j’ai pu explorer tout et son contraire, l’amour et le manque d’amour, le chaos et l’harmonie. J’ai tout ressenti avec intensité, le pire et le meilleur, et c’est ça qui compte. Je sens une putain de gratitude immense en moi, la conscience et la connaissance c’est de l’amour, c’est pour ça que rien n’est raté… Alain ? Alain t’es là ?
Un long silence encore. Merde, est-ce qu’Alain est reparti dans une autre dimension ?
- Alain ? Et toi ? (la voix inquiète de Jacques)
La voix minérale mais aussi presque facétieuse d’Alain résonne doucement
- J'ai fait la saison
Dans cette boîte crânienne
Tes pensées
Je les faisais miennes
T'accaparer seulement t'accaparer
D'estrade en estrade
J'ai fait danser tant de malentendus
Des kilomètres de vie en rose…
Jacques…
- Ouais Alain
- Jacques
А l’avenir
Laisse venir
Laisse le vent du soir décider
А l’avenir
Laisse venir
Laisse venir
L’imprudence…
Jacques semble se laisse porter par la puissance et la douceur des mots. La voix de Bashung se fait de plus en plus faible…
Sommes-nous la noblesse
Sommes-nous les eaux troubles
Sommes-nous le souvenir…
Puis elle disparaît complètement. L’arc de lumière, entre les deux tombes, perd lentement sa phosphorescence puis s’efface lui aussi. Les lucioles et les chats sauvages ont disparu. Je reste dans mon coin sans oser bouger, d’ailleurs je suis complètement ankylosé, j’arrive plus à déplacer ma jambe droite. Je me rendors sans m’en rendre compte. A 10h du matin des touristes américains buttent sur moi et me réveillent en sursaut.
- Where is Jim Morison s’il vous plait ?
- Quoi ? Où est Jim ? (putain il faut que je reprenne mes esprits ) Il est peut-être avec Jacques et Alain ? Come back at night if you want to listen Jim…
Je ne dois pas avoir l’air très cohérent, ils reculent d’un pas.
-What the fuck Monsieur ! me sort l’Amerloque.
Je n’ai qu’une chose à répondre
- You know the days destroy the night, night divides the days, be ready to break on through to the other side…
Puis je me taille en vitesse sans les regarder, j’habite pas loin, quelle nuit extraordinaire ! Je m’arrête dans un bar pour prendre un double café, sans sucre, comme Jacques… Quelle chance inouïe, merveilleuse, de les avoir entendus encore une fois, je n’ai pas de mot… Oui c’est vrai, ils me manquent tellement les deux. Je reviendrai les écouter, bientôt…
arthur h.
18 octobre, 19:29 ·
POUR L’ANNIVERSAIRE DE JACQUES…
vendredi 12 octobre 2018
Walid Alswairki, poète palestinien
Publié le 28 Juillet 2015 par la courte échelle. éditions transit in Salons et fêtes du livre
LE TEMPS BLEU
Littérature
http://lintula94.blogspot.com/
Walid Alswairki, poète et traducteur, est né en 1967 à Jeftlek en Palestine. Il passe son enfance et sa jeunesse dans un camp de réfugiés palestinien au nord de la Jordanie. On le retrouve plus tard à l'Université de Yarmouk de ce pays, où il étudie la littérature française puis à l'Université de Franche-Comté, où il prépare un diplôme de littérature comparée. Matière qu'il enseigne par la suite, à l'Université de Yarmouk, avant de rejoindre l'ambassade de France à Amman, en tant qu'attaché de presse.
Il a publié un recueil de poèmes, Ailes blanches du désespoir, en 2006.
J'ai beaucoup aimé son Ultime escalier, qui figure dans l'Anthologie Sète (2015), éditions Bruno Doucey (ci-dessous)
Ultime escalier
Il suffit d'un grand arbre
Pour que je fixe longuement le soleil
Il suffit d'une herbe brisée
Pour que j'avance dans le vent
Il suffit d'une grande plaine pour que
L'âme escalade cette montagne
Il suffit de deux mains amoureuses
Pour que je descende,
Paisible comme un ruisseau,
Le petit escalier de ma mort.
traduit de l'arabe par l'auteur
in Voix vives de méditerranée en méditerranée, Anthologie Sète 2015, éditions Bruno Doucey,
2015, p.154.
D'une belle fluidité, ce poème reprend les thèmes chers à Mahmoud Darwich et à la poésie arabe en général : l'arbre, l'herbe, le vent, l'eau, l'amour. Survient la chute, bouleversante: "il suffit de deux mains amoureuses pour que je descende, paisible comme un ruisseau, le petit escalier de ma mort ".
Le lecteur, en suspens sur la marche, est confronté soudain à sa propre mort...Cette trouvaille est la marque d'un grand poète.
Mahmoud Darwich, dans son entretien accordé au Nouvel Observateur, en février 2006, ajoutait :
La poésie a la fragilité de l'herbe. L'herbe paraît si vulnérable, mais il suffit d'un peu d'eau et
d'un rayon de soleil pour qu'elle repousse.
Bashir Shalash et Walid Alswairki assurent la relève en faisant, tels leur maitre, chanter la beauté dans un pays, où elle a été mutilée, saccagée et où l'on vit en deçà de la vie.
Découvrons-les et faisons-les découvrir.
Bibliographie:
Le lanceur de dés et autres poèmes, Actes Sud 2009
La terre nous est étroite, Poésie/Gallimard 2000
Voix Vives de méditerranée en méditerranée, Anthologie Sète 2015, éditions Bruno Doucey 2015
Ecoutez jusqu'au bout pour entendre aussi la traduction
Vous pouvez retrouver Walid Alswairki sur facebook
mercredi 10 octobre 2018
René Char, Fureur et mystère
Tu as bien fait de partir Arthur Rimbaud
![]() |
| René Char photo du Net |
Tu as bien fait de partir Arthur Rimbaud...
Tes dix-huit ans réfractaires à l’amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu’au ronronnement d’abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien fait de les éparpiller aux vents du large,
de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine.
Tu as eu raison d’abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets des pisse-lyres, pour l’enfer des bêtes, pour le commerce des rusés et le bonjour des simples.
Cet élan absurde du corps et de l’âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c’est bien là la vie d’un homme !
On ne peut pas, au sortir de l’enfance, indéfiniment étrangler son prochain.
Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.
Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi.
René Char, in Fureur et mystère, 1962
![]() |
| Rimbaud par Ernest Pignon Ernest photo du Net |
samedi 6 octobre 2018
Roberto Juarroz, Poésie verticale
![]() |
| photo du Net |
"Poesia Vertical, son premier recueil, est publié à Buenos Aires en 1958 à compte d’auteur. Comme le seront les quatre suivants jusqu’en 1974. Il faudra attendre les années quatre-vingts pour qu’il trouve un éditeur dans son pays alors que des amis fidèles, Fernand Verhesen et Roger Munier, l’avaient publié à l’étranger.
Contraint à l’exil sous la dictature militaire et le péronisme, il a dû s’exiler aux États-Unis et en Colombie. De retour en Argentine, il a dû affronter l’intolérance, cette fois, des intellectuels de gauche. À nouveau exilé, il a voyagé. Il est devenu expert de l’Unesco dans de nombreux pays d’Amérique centrale. Sa compagne, Laura Cerrato, professeur de littérature anglo-saxonne à l’université de Buenos Aires et poétesse, l’a suivi dans presque tous ses déplacements. Son amitié pour Antonio Porchia fut indéfectible. Il vivait à Temperleydans la banlieue de cette ville. Il aimait les mots profonds, concis, et les alcools forts. Malade dès 1993, il savait qu’il ne pourrait achever son œuvre, et cela le blessait plus que la mort en marche, il en entendait « le bourdonnement de fond ». Son dernier poème dicté à sa chère Laura est perdu, vengeance de l’indicible.
Il est mort à Buenos Aires le 31 mars 1995, éternel exilé." (Esprits nomades)
Bien que nous vivions à peine,
la musique de fond de la vie
nous permet pour le moins
d’écouter la rumeur de vivre.
sur le site Esprits nomades
*****
Le jour où sans le savoir
nous faisons une chose pour la dernière fois
- regarder une étoile,
passer une porte,
aimer quelqu'un,
écouter une voix -
si quelque chose nous prévenait
que jamais nous n'allons la refaire,
la vie probablement s'arrêterait
comme un pantin sans enfant ni ressort.
Et pourtant, chaque jour
nous faisons quelque chose pour la dernière fois
- regarder un visage,
nous appeler par notre propre nom,
achever d'user une chaussure,
éprouver un frisson -
comme si la première fois ou la millième
pouvait nous préserver de la dernière.
Il nous faudrait un tableau
où figureraient toutes les entrées et les sorties,
où, jour après jour, serait clairement annoncé
avec des craies de couleur et des voyelles
ce que chacun doit terminer
jusqu'à quand on doit faire chaque chose,
jusqu'à quand on doit vivre
et jusqu'à quand mourir.
Roberto Juarroz (1925-1995)
Poésie verticale, 15
traduction Jacques Ancet
El día en que sin saberlo
hacemos por última vez una cosa
-mirar una estrella,
atravesar una puerta,
amar a alguien,
escuchar cierta voz-
si algo nos advirtiera
que nunca volveremos a hacer eso,
probablemente la vida se detendría
como un muñeco sin niño ni resorte.
Sin embargo, cada día
hacemos algo por última vez
-mirar un rostro,
llamarse con su propio nombre,
terminar de gastar un zapato,
probar un temblor-
como si la primera vez o la milésima
pudiera preservarnos de la última.
Nos haría falta un tablero
con todas las entradas y salidas marcadas,
donde se anuncie claramente, día por día,
con tiza de colores y con vocales
qué le toca terminar a cada uno,
hasta cuándo se hace cada cosa,
hasta cuándo se vive
hasta cuándo se muere.
Roberto Juarroz
Poème original en entier
Redes de cansancios que vienen de afuera
se suman a veces
a los cerriles fracasos del cuerpo
y a las cautas derrotas del pensamiento
y esa inesperada complicidad
nos hace trastabillar penosamente
en las vecindades del abismo.
Pero si entonces no caemos,
el viento que viene del abismo nos salva:
desbarata las redes
y borra las tenebrosas complicidades.
Sólo la constante inminencia de la caída
permite colonizar provisoriamente la caída.
El día en que sin saberlo
hacemos por última vez una cosa
-mirar una estrella,
atravesar una puerta,
amar a alguien,
escuchar cierta voz-
si algo nos advirtiera
que nunca volveremos a hacer eso,
probablemente la vida se detendría
como un muñeco sin niño ni resorte.
Sin embargo, cada día
hacemos algo por última vez
-mirar un rostro,
llamarse con su propio nombre,
terminar de gastar un zapato,
probar un temblor-
como si la primera vez o la milésima
pudiera preservarnos de la última.
Nos haría falta un tablero
con todas las entradas y salidas marcadas,
donde se anuncie claramente, día por día,
con tiza de colores y con vocales
qué le toca terminar a cada uno,
hasta cuándo se hace cada cosa,
hasta cuándo se vive
hasta cuándo se muere.
A veces uno se nombra estando solo,
repite su nombre
como un espejismo en el desierto,
asombrado de su propia presencia
y sintiendo que otro debería nombrarlo.
No importa entonces
que uno haya extraviado su nombre
entre los vericuetos del derrumbe
y use nada más que un nombre supuesto.
No importa tampoco que ningún nombre nombre nada.
Basta a veces un acento en el vacío.
Basta un estremecimiento diferente en el follaje.
Un temblor afín en lo impávido.
El sumo desvarío
del hablar cuando todo calla
o callar cuando todo habla
se disimula con la maniobra
de hablar para callar
o callar para hablar.
La realidad es un lienzo salpicado
por gotas de palabras y gotas de silencio.
Y las gotas se mezclan
en un delirio sin axiomas
hasta empapar a veces todo el lienzo.
¿Se podrá secar el lienzo alguna vez
para poder así envolvernos?
Todo texto, toda palabra cambia
según las horas y los ángulos del día o de la noche,
según la transparencia de los ojos que los leen
o l nivel de las mareas de la muerte.
Tu nombre no es el mismo,
mi palabra no es la misma
antes y después del encuentro,
antes y después de volver a pensar
que mañana no estaremos.
Cualquier cosa es distinta
si se mira de día o de noche,
pero se vuelven aún más distintas
las palabras que escriben los hombres
y las palabras que no escriben los dioses.
Y no hay ninguna hora,
ni la más promisoria o lúcida o ecuánime,
ni siquiera la hora sin carteles de la muerte,
que pueda equiparar los reflejos,
ajustar las distancias
y hacer que las mismas palabras
digan las mismas cosas.
Todo texto, toda forma, se quiera o no se quiera,
es un mudable, tornasolado espejo
de la furtiva ambigüedad de la vida.
Nada tiene una sola forma para siempre.
Ni siquiera la eternidad es para siempre.
Los nombres que nos pueblan la vida
nos consuelan tal vez de algo que falta
en el centro sin nombre de todo.
Los nombres que nos pueblan la vida
como pequeños duendes
o mínimos fantasmas
nos guardan sin embargo del mayor accidente:
la caída de la nada en la nada
¿No será que los nombres que nos pueblan la vida señalan,
por encima de las cosas que nombran, el
lugar de otro centro?
Roberto Juarroz
Quinzième poésie verticale, traduction de Jacques Ancet, Corti, septembre 2002.
*****
Un nuage m'a visité.
Et m'a laissé en s'en allant
son contour dans le vent.
Une ombre m'a visité.
Et m'a laissé en s'en allant
le poids d'un autre corps.
Une bouffée d'images m'a visité.
Et m'a laissé en s'en allant
l'irréligion du rêve.
Une absence m'a visité.
Et m'a laissé en s'en allant
mon image dans le temps.
Et moi je visite la vie.
Je lui laisserai en m'en allant
la grâce de ces restes.
Poésie verticale, traduction Roger Munier, Collection : Points Poésie
*****
Il n'y a pas de silence.
Penser n'est pas silence,
une chose n'est pas silence,
la mort n'est pas silence.
Être n'est pas silence.
Aux alentours de ces faits
il n'y a que lambeaux de nostalgie :
la nostalgie du silence
qui peut-être un jour exista.
Ou peut-être n'exista jamais
et peut-être devons-nous le créer ?
Poésie verticale, traduction Roger Munier, Collection : Points Poésie
*****
Toujours au bord.
Mais au bord de quoi ?
Nous savons seulement que quelque chose tombe
de l’autre côté de ce bord
et qu’une fois parvenu à sa limite
il n’est plus possible de reculer.
Vertige devant un pressentiment
et devant un soupçon :
lorsqu’on arrive à ce bord
cela aussi qui fut auparavant
devient abîme.
Hypnotisés sur une arête
qui a perdu les surfaces
qui l’avaient formée
et resta en suspens dans l’air.
Acrobates sur un bord nu,
équilibristes sur le vide,
dans un cirque sans autre chapiteau que le ciel
et dont les spectateurs sont partis.
*****
Siempre al borde.
¿Pero al borde de qué?
Sólo sabemos que algo cae
al otro lado de este borde
y que habiendo llegado hasta su limite
no es posible ya retroceder.
Vértigo ante un presentimiento
y ante una sospecha:
al llegar a este borde
también lo de antes
se convierte en abismo.
Hipnotizados encima de una arista
que perdió las superficies
que la habían formado
y quedó suelta en el aire.
Acróbatas sobre un borde desnudo,
equilibristas sobre el vacío,
en un circo sin más carpa que el cielo
y cuyos espectadores se han partido.
Roberto Juarroz (1925-1995)
in, Treizième poésie verticale (José Corti, 1993)
Traduit de l’espagnol (Argentine) par Roger Munier.
Sur Esprits nomades
"Nous sommes le reste de quelque chose qui nous consume." (Quinzième poésie verticale).
Roberto Juarroz n’aimait pas se répandre sur sa biographie.
« J'avoue que je n'ai jamais été très enclin à écrire ma biographie. D'une part, je n'ai pas attaché beaucoup d'importance à l'Autre. La vie est pour moi un accident, un mélange de hasard et du destin. Ce qui aurait pu en être autrement, n’a pas plus de valeur ou d'intérêt pour les autres… Ce qui est dicible de ma vie est la transfiguration de mes poèmes. La vie je la garde pour les vivants, mais pas tant des souvenirs et encore moins des histoires à décrire. Tout est certainement plus complexe que cela, mais je ne peux m'empêcher d' avoir certaines allergies concernant ma propre biographie. « (26 août 1986).
Lire aussi
Chez José Corti
Sur Terre à ciel
ROBERTO JUARROZ (1925~1995)
Va et vient de la tendresse
Qui arrive ou se retire
Comme un rêve d'enfant,
Manipulant des distances
Qui s'écourtent ou s'allongent
Sans changer de mesure.
La rencontre et la séparation
Occupent le même espace,
Qui s'éveille parfois vers un côté
Et parfois vers l'autre
Comme un homme dans son lit,
Qu'il soit seul ou non.
La tendresse dissout
Cette ligne illusoire
Qui partage les eaux
De la séparation et de la rencontre.
Près et loin n'existent pas.
La tendresse les crée
Comme la mer crée la plage
avec le bord insaisissable
De ses sages marées.
Douzième poésie verticale, traduction de Fernand Verhesen
mardi 2 octobre 2018
Max-Pol Fouchet
"J’ai la nostalgie d’une époque où la culture venait du sol, venait du peuple"
Max-Pol Fouchet
Écrivain, poète, critique musical et littéraire, homme de radio, créateur avec Pierre Desgraupe et Pierre Dumayer de "Lecture pour tous" et de l'émission "Terre des arts", Max-Pol Fouchet était un homme occupé. Aussi était-il, en 1965, un invité tout désigné pour dire ce que lui inspiraient les vacances au micro d'Harold Portnoy, dans "Impromptu de vacances".
Max-Pol Fouchet parlait de ses voyages, de l'Amérique du Sud, de sa famille et de sa fille en particulier, de la culture et des livres, de la liberté, de Vézelay et son jardin où il aimait passer ses congés... à travailler, bien entendu.
Il n’y qu’une valeur que je respecte avec la liberté, c’est la révolte. Aujourd’hui, on fait tout pour limer la révolte, pour l’épuiser et en faire une valeur marchande.
Des écrivains font leur fortune sur la révolte… C’est comme la notion de culture : qu’est-ce que ça veut dire ? Cela veut dire qu’on apporte au gens, comme des boîtes de conserve, ce que nous savons, 'Regardez-nous, écoutez-nous' : c’est un mensonge, une duperie, une forfaiture ! Il ne faut pas donner une culture toute faite, il faut provoquer une culture. Il faut faire revivre une profonde culture populaire. J’ai la nostalgie d’une époque où la culture venait du sol, venait du peuple.
L'entretien avec Max-Pol Fouchet était entrecoupé de lectures de ses œuvres par Bernard Jousset, René Farabet et Michel Bouquet.
Production : Harold Portnoy
Impromptu de vacances - Max-Pol Fouchet
1ère diffusion : 19/07/1965
Indexation web : Sandrine England, Documentation sonore de Radio France
Archive Ina-Radio France
Image de Vézelay où vécut l'écrivain Max-Pol Fouchet, août 2017.• Crédits : Benoît Prieur, via wikimedia
Max-Pol Fouchet
Écrivain, poète, critique musical et littéraire, homme de radio, créateur avec Pierre Desgraupe et Pierre Dumayer de "Lecture pour tous" et de l'émission "Terre des arts", Max-Pol Fouchet était un homme occupé. Aussi était-il, en 1965, un invité tout désigné pour dire ce que lui inspiraient les vacances au micro d'Harold Portnoy, dans "Impromptu de vacances".
Max-Pol Fouchet parlait de ses voyages, de l'Amérique du Sud, de sa famille et de sa fille en particulier, de la culture et des livres, de la liberté, de Vézelay et son jardin où il aimait passer ses congés... à travailler, bien entendu.
Il n’y qu’une valeur que je respecte avec la liberté, c’est la révolte. Aujourd’hui, on fait tout pour limer la révolte, pour l’épuiser et en faire une valeur marchande.
Des écrivains font leur fortune sur la révolte… C’est comme la notion de culture : qu’est-ce que ça veut dire ? Cela veut dire qu’on apporte au gens, comme des boîtes de conserve, ce que nous savons, 'Regardez-nous, écoutez-nous' : c’est un mensonge, une duperie, une forfaiture ! Il ne faut pas donner une culture toute faite, il faut provoquer une culture. Il faut faire revivre une profonde culture populaire. J’ai la nostalgie d’une époque où la culture venait du sol, venait du peuple.
L'entretien avec Max-Pol Fouchet était entrecoupé de lectures de ses œuvres par Bernard Jousset, René Farabet et Michel Bouquet.
Production : Harold Portnoy
Impromptu de vacances - Max-Pol Fouchet
1ère diffusion : 19/07/1965
Indexation web : Sandrine England, Documentation sonore de Radio France
Archive Ina-Radio France
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