mercredi 6 avril 2016

Au bouquet, poème Eric Piette, photographies José Wattebled


Ce qui reste

« je te promets
souvent encore
nous parlerons ensemble
et demain j’irai fredonner
rue Lepic au Lux Bar
des mots cent fois plus grands que moi »


Pour pouvoir feuilleter en grand et lire avec aisance poème et photographies, cliquez sur "open publication" .






lundi 4 avril 2016

Ton empreinte, poème de fruban

crédit photo fruban 



Quelques pas dans le jardin ont suffi
Mon regard s'attarde
Sur des roses oubliées abandonnées
Les arbres nus dépouillés élancent vers le ciel blanc
leurs ramures décharnées
De rares feuilles s'agitent sous le souffle léger

Mon coeur s'envole s'envole...

C'était un soir d'été
Autour de la table de pierre
Tes cheveux bouclés tes yeux clairs au sourire malicieux
Nous étions tous réunis le vin un nectar
qui faisait pétiller les yeux et les paroles
La pénombre nous enveloppait à la lueur vacillante de la flamme
aux senteurs de citronnelle
Les îlots odorants et fluorescents de l'onagre
-nous l'appelions belle de nuit -
Les rires les paroles éclaboussaient le silence
Nous inventions des utopies
et refaisions le monde...


Solitaire ce matin j'interroge le ciel laiteux
Impassible et sourd
Et comme chaque jour depuis trois longues années
Je me plais à rêver
Et si tout là-haut dans cette immensité infiniment mystérieuse
Un petit prince
Aux yeux rieurs
Aux boucles blondes
Guettait mes promenades matinales...


Par une nuit claire
Scrutant la voûte étoilée
Percevrai-je moi aussi le rire cristallin d'une étoile
Mon Etoile
la plus lumineuse de toutes ..

© F. R

jeudi 19 janvier 2012

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extrait du recueil "L'Âme des marées" publié en octobre 2014
éd épingle à nourrice


couverture du recueil "L'Âme des marées"

vendredi 1 avril 2016

La petite fille assassinée, poème d'André Chenet

La petite fille assassinée

à Israa, à Yasmine, à Leïla

Hier une petite fille palestinienne été tuée de façon ignoble par des troufions de Tsahal.
Elle gisait dans son propre sang entre deux soldats armés, casqués et bottés
ses cheveux noirs et sa robe rougis sur un trottoir gris
Ces saloperies commises jours après jours ne figurent pas dans votre journal mais
nous sommes traités d'antisémites dès que nous les dénonçons.
Qui pleurera cet ange si humain à part sa famille et ses proches?
Elle n'était pas européenne, bien sûr. La douleur et les larmes, les cris de révolte
sont-ils alors permis?
En France, les soldats franco-israëliens qui servent
sous le drapeau d'Israël bénéficient de réductions d'impôts, le saviez-vous?
La petite fille ne ressuscitera pas, les oliviers derrière les barbelés résistent en silence
ils attendent la fin des temps de l'occupation.
Les princes laïques venus de France se coiffent de la kippa lorsqu'ils viennent se prosterner devant le mur des lamentations sans jamais condamner les massacres quotidiens
Netanyahu se fait gloire de tout ce sang palestinien versé qui nourrit la chair du peuple élu
La politique impériale fait loi qui oblige les familles des victimes a expier
les crimes commis dans le temples de Jérusalem dédiés au veau d'or des multinationales, des banquiers et des marchands d'armes
Terres volées, populations enterrées vivantes sous les ruines du terrorisme
international
Les avocats et les agrumes de Sion ont un goût d'amertume de sang innocent
Le sacrifice d'Abraham en pays de Canaan n'en finit pas de se répercuter
comme une malédiction s'étendant au monde entier
Un Léviathan cynique et aveugle propage la haine en crachant la mort infernale
à travers délires religieux et idéologiques
Serez-vous palestiniens aujourd'hui gens de biens, l'étiez-vous lorsque Gaza s'écroulait sous les bombes incendiaires??
Il y a sur cette terre, disait le poète palestinien Mahmoud Darwich "la peur qu’ont les tyrans des chansons,/ Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre : / il y a sur cette terre, le commencement des commencements, / la fin des fins, / On l’appelait Palestine et on l’appelle désormais Palestine". Quel est le prénom de la petite fille assassinée froidement? Israa, Yasmine, Leïla ?
Elle n'aura pas eu le temps de vivre parmi les fleurs du printemps et ne rencontrera jamais son amant.

Quelque part dans le monde, le 29/03/2016


© André Chenet

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Blog d'André Chenet

Dans Revue Texture



© photo André Chenet

mercredi 30 mars 2016

Bernard Haillant, auteur, compositeur, interprète (1944-2002)


photo Stéphane Speiser






Bernard Haillant (1944-2002)

Son site

Pour lui rendre hommage, le site d'Antoine Fetet

J'ai découvert Bernard Haillant en écoutant Angélique Ionatos







Je vis en négritude
Dans un monde de blancs,
Je vends mes inquiétudes
Dans un monde d’argent,
Heureux comm’ d’habitude
Dans un monde de sang,
Je suis en solitude
Dans un troupeau de gens ;

Si je suis un voyeur
C’est que le monde est clos,
Et je suis un voleur
D’avoir ce qu’il me faut,
Et je suis un menteur
Quand je pèse mes mots,
Je suis lâche et j’ai peur
De devenir idiot ;

Pourtant faut vivre (bis)
Mais je n’y crois pas trop,
Je prends ça comm’ ça vient,
Mais je n’y crois pas trop
Sinon gare au chagrin !

J’ai si mal à mes mains
Qui ne se tendent pas,
J’ai si mal à tes poings
Qui se tendent déjà,
Mal à l’humanité,
Mal aux temps que voilà,
J’ai mal à l’amitié,
Mal à vous, mal à moi ;

J’ai mal à mes désirs,
J’ai mal à mes émois,
J’ai mal à mon plaisir,
À ton plaisir à toi,
J’ai si mal aux amours
Que je n’oserai pas,
Oui, mal à mes amours,
Mal à ma mort déjà…

Pourtant je chante (bis)
Mais n’y croyez pas trop,
Prenez ça comm’ ça vient,
Mais n’y croyez pas trop
Sinon gare au chagrin !

J’écris des mots obscurs,
J’écris des mots absents,
J’écris des mots qui eurent
Un sens en d’autres temps,
Des mots qui se figurent
Qu’ils franchiront le temps,
De pauvres mots qui durent
Ce que dure le vent ;

Un jour j’inventerai
Des mots chair, des mots sang,
Un jour j’enfanterai
Comme des oiseaux blancs,
Des mots pour t’envoler
Là-bas où l’on t’attend,
Des mots bons à croquer
Comme des joues d’enfants ;

Un jour j’aurai des mots
Qui respireront fort,
Un jour quand je dirai
Ton nom tu prendras corps,
Un jour je banderai
Un cri contre la mort,
Alors je te ferai
L’amour d’entre les morts

Pour que tu vives (bis)
Mais tu n’y crois pas trop,
Tu prends ça comm’ ça vient,
Mais tu n’y crois pas trop,
Nom de Dieu, quel chagrin !

Paroles et musique Bernard Haillant (1981)

Des mots chair, des mots sang
Grand Prix de l'Académie Charles Cros 1982


lundi 21 mars 2016

Nocturnes.... à mots croisés, de fruban



crédit photo fruban

Obscure est la nuit du monde sans toi mon amour,
et c'est à peine si j'aperçois l'origine, à peine si je comprends le langage,
avec difficulté je déchiffre les feuilles des eucalyptus.
Pablo Neruda  
                                                 



                                  Nocturnes....à mots croisés




                                         / Le soleil moisissait depuis une demi-heure  sur la barre d'horizon /

Instant de pause et de rêverie
Sur le zinc de la gouttière clapote la pluie
Au loin les éoliennes clignotent rouge
La lumière de la lanterne oscille sous le vent frais
Quelques gouttelettes caressent ma peau
Reprendre la plume
Tourner les pages d'un livre
Penser à la chaleur du nid bien à l'abri sous un toit
Alors que là-bas....


La neige s'est perdue la pureté a fondu
partout ruissellent les eaux boueuses
Chancellent nos cœurs gris
l'esprit s'envole là-bas sur une Mer souillée
Ce soir infatigables les éoliennes rouges et folles
virevoltent et clignotent désinvoltes                      
Ma cigarette se consume fumée légère éphémère
comme la Vie
Rejoindre les rives de la nuit.....


                                  / Des  effluves du fond du temps parcouraient la lande jaune devant
                                             me remplissaient le nez d'odeurs âcres et soufrées /


Entendre ta voix voir ton visage 
envie que tu me serres dans tes bras
envie de tes lèvres de tes mains
Ensemble nous étions si bien
tu es enfoui au plus profond de mon cœur


Nuit colère et tristesse sous la voûte étoilée
nuit d'insomnie à interroger le ciel                                
En Turquie en Côte d'Ivoire
Ils ont assassiné l'innocence
Ces lâches ces barbares ces vermines immondes
Je relis les Poètes les immenses
Nazim Hikmet Léopold Sedar Senghor
encore encore et encore...

                                      / C'était la fin du jour
                                        un dernier vol de corneilles
                                       certaines avaient changé d'ailes d'autres portaient des oripeaux  
                                        Les corbeaux dans les branches étaient de repos /


Tu nourris ma vie
Même absent en ton terrier replié tu es ici
C'était si long cet hiver dans mon âme un peu perdue


                                   __ Nous sommes capables tous les deux
                                        de ne rien dire 
                                        de nous comprendre 
                                        dans des regards échangés
                                        dans nos silences chargés d'une puissance inégalée __   


Nuit presque douce saveurs printanières
La bise venant du Nord a étoilé le ciel
Et toujours à l'horizon comme sang les feux
enfants d'Eole animant les ténèbres
Heureuse de frissonner sous la fraîcheur vive
halo de fumée en volutes dernière cigarette                  
Me réfugier dans la chaleur du sommeil
en mes rêves te retrouver
Toi ma tendre réalité
                             
                          / Les chauve-souris reprirent en chœur une comptine enfantine
                       Des frères Jacques et du cousin Benoît c'était la première fois.../ 


Ce matin le soleil est au rendez-vous 
ton souffle éclate les bourgeons du renouveau 
Avancer près de toi.


                                         / A l'ouest une cloche sonna l'angélus du soir /  


© fruban

20 mars 2016

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in, Chorégraphie de cendres (2017)







crédit photo fruban

samedi 19 mars 2016

Collège de France, leçon inaugurale d'Alain Mabanckou

17 mars 2016. Leçon inaugurale d'Alain Mabanckou – Lettres noires : des ténèbres à la lumière


Alain Mabanckou


Alain Mabanckou


Dossier de presse (extrait)

La chaire de Création artistique du Collège de France accueille chaque année depuis 2005 des créateurs dans tous les domaines : architecture, arts plastiques, musique, théâtre… Alain Mabanckou est le premier écrivain à occuper cette chaire. Avec cette nomination, l’Assemblée des professeurs a souhaité mettre en avant la création et le talent littéraire mais également marquer sa volonté « de donner la place qu’elles méritent aux études africaines et d’être au premier rang dans la réflexion sur un continent et sur des cultures qui marqueront le siècle qui commence »…




site du Collège de France

site Jeune Afrique


Extraits de "Lettres noires : des ténèbres à la Lumière", d’Alain Mabanckou, leçon inaugurale prononcée au Collège de France le 17 mars, à paraître le 24 avril aux éditions Fayard.

Premier extrait
Monsieur l’Administrateur,

Mesdames et Messieurs les professeurs,

[…]

Qui suis-je au fond ?

Vous n’aurez pas de réponse dans mes deux passeports congolais et français. Suis-je un « Congaulois », comme dirait le grand poète congolais Tchicaya U Tam’si ? Suis-je un « binational », pour coller à l’air du temps ?

En réalité, en 1530, année de la création du Collège de France – j’allais dire du Collège royal –, je n’existais pas en tant qu’être humain : j’étais encore un captif et, en Sénégambie par exemple, un cheval valait de six à huit esclaves noirs ! C’est ce qui explique mon appréhension de pratiquer l’équitation, et surtout d’approcher un équidé, persuadé que la bête qui me porterait sur son dos me rappellerait cette condition de sous-homme frappé d’incapacité depuis la « malédiction de Cham », raccourci que j’ai toujours combattu. Mais ce mythe de Cham, revisité selon les époques et les circonstances, a nourri en grande partie un certain racisme à mon égard et a servi de feuille de route à l’esclavage des Noirs dans ses dimensions transatlantique et arabo-africaine. En même temps, de près ou de loin, il m’a sans doute inoculé la passion des mots, le désir de conter, de raconter et de prendre la parole.

Si ma couleur de peau, que je ne troquerais pour rien au monde, est absente des textes religieux rapportant cet épisode, on la retrouve curieusement chez Origène, le père fondateur de l’exégèse biblique, qui introduisit au IIIe siècle l’idée de la noirceur du péché. Être noir sera par conséquent un destin pour des millions d’individus, parce que cette couleur, jetée en pâture, cousue de fil blanc, était devenue une posture face à l’Histoire. Le combat des femmes et des hommes épris de liberté, d’égalité et de fraternité – j’inclus les écrivains et les professeurs qui m’ont précédé – a contribué à nuancer les choses.

Pourtant, je suis le même homme : j’ai gardé mon nez épaté, et vous avez depuis longtemps dépassé les clichés des XVIe et XVIIe siècles où, ainsi que le note François de Negroni, certains abbés professaient que « les Noirs n’étaient en rien fautifs, ne devaient leur couleur qu’au soleil de leurs latitudes, qu’ils auraient une meilleure odeur s’ils vivaient dans le froid, et que si les mères africaines cessaient de porter les enfants écrasés sur leur dos, les nègres auraient le nez moins épaté(*) ».

Tout cela est, certes, de l’histoire, tout cela est certes du passé, me diraient certains. Or, ce passé ne passe toujours pas, il habite notre inconscient, il gouverne parfois bien malgré nous nos jugements et vit encore en nous tous car il écrit nos destins dans le présent.

En m’accueillant ici, vous poursuivez votre détermination à combattre l’obscurantisme et à convoquer la diversité de la connaissance. Je n’aurais pas accepté cette charge si elle était fondée sur mes origines africaines, et j’ai su que mon élection était singulière par le fait que vous élisiez pour la première fois un écrivain à cette chaire de Création artistique, et je vous remercie sincèrement de me compter parmi les illustres membres de votre institution.

(*) François de Negroni, Afrique fantasmes, Paris, Plon, 1992.

Deuxième extrait
En même temps, les années 1970 verront l’arrivée des femmes dans le paysage littéraire. […]

Les deux plus grandes révélations seront cependant les Sénégalaises Mariama Bâ et Aminata Sow Fall. La première publiera Une si longue lettre (1979), « roman épistolaire » dans lequel son personnage, à la suite de la mort de son mari, revient sur son existence de femme mariée avec un homme polygame.

Aminata Sow Fall – que je considère comme la plus grande romancière africaine et à qui je consacre un chapitre dans mon essai Le monde est mon langage (*) – publia en 1976 un premier roman intitulé Le Revenant. Elle apportait un ton et une originalité remarquables avec un regard éloigné de celui de ses consœurs, empêtrées pour la plupart dans les thématiques attendues de la condition féminine, de l’excision, de la polygamie, de la dot ou de la stérilité. Sow Fall privilégie le « citoyen narrateur » au détriment du personnage principal, féministe et trop sermonneur. Son roman le plus connu, La Grève des bàttu (1979) pourrait, dans une certaine mesure, même si l’auteure s’en défend souvent, être lu comme une charge contre la politique menée par le président-poète Léopold Sédar Senghor qui avait décidé, dans les années 1970, pour la « bonne image du pays », de traquer les mendiants des rues de Dakar.

Cette génération de femmes sera suivie par une nouvelle, incarnée par la Sénégalaise Ken Bugul et la Camerounaise Calixthe Beyala. Si Ken Bugul est à cheval entre la thématique de l’aliénation du colonisé et celle de la réalité des us et coutumes du continent – comme dans Riwan ou le chemin de sable, où la narratrice, ayant séjourné en Europe, rentre au pays et choisit de se dépouiller de son acculturation en embrassant les traditions de ses racines –, Calixthe Beyala se tourne vers une littérature de migration car, désormais, installés en France, les écrivains alors en vogue à la fin des années 1980 et tout au long des années 1990 suivent les errances de l’Africain. Celui-ci, éloigné de son continent, devra composer avec la rumeur du monde et les nouvelles injustices liées à sa condition d’immigré. Bessora, Fatou Diome, Daniel Biyaoula, J. R. Essomba, entre autres, sont des exemples de cette tendance, à savoir une littérature de l’observation du lieu de la migration en opposition avec le continent d’origine, et Jacques Chevrier parlera à juste titre d’une littérature de la « migritude ».

La littérature africaine des années 2000 poursuit cet élan de migration en y inscrivant une dimension plus éclatée. Elle nous dit qu’en se dispersant dans le monde, les Africains créent d’autres « Afriques », tentent d’autres aventures, peut-être salutaires, pour valoriser les cultures du continent noir, conscients que l’oiseau qui ne s’est pas envolé de l’arbre sur lequel il est né ne comprendra jamais le chant de son compère migrateur.

Comment justement entrer dans la mondialisation sans perdre son âme pour un plat de lentilles ? Telle est la grande interrogation de cette littérature africaine en français dans le temps présent. Et la thèse de Dominic Thomas dans Noirs d’encre nous rappelle que l’heure est venue pour la France de comprendre que ces diasporas noires qui disent le monde dans la langue de Molière et de Kourouma se trouvent au coeur de l’ouverture de la nation au monde, au coeur même de sa modernité(**).

J’appartiens à cette génération-là. Celle qui s’interroge, celle qui, héritière bien malgré elle de la fracture coloniale, porte les stigmates d’une opposition frontale de cultures dont les bris de glace émaillent les espaces entre les mots, parce que ce passé continue de bouillonner, ravivé inopportunément par quelques politiques qui affirment, un jour, que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » et, un autre jour, que la France est « un pays judéo-chrétien et de race blanche », tout en évitant habilement de rappeler que la grandeur du pays en question est aussi l’oeuvre de ces taches noires, et que nous autres Africains n’avions pas rêvé d’être colonisés, que nous n’avions jamais rêvé d’être des étrangers dans un pays et dans une culture que nous connaissons sur le bout des doigts. Ce sont les autres qui sont venus à nous, et nous les avons accueillis à Brazzaville, au moment où cette nation était occupée par les nazis.

J’appartiens à la génération du Togolais Kossi Efoui, du Djiboutien Abdourahman Waberi, de la Suisso-Gabonaise Bessora, du Malgache Jean-Luc Rahimanana, des Camerounais Gaston-Paul Effa et Patrice Nganang.

En même temps, j’appartiens aussi à la génération de Serge Joncour, de Virginie Despentes, de Mathias Enard, de David Van Reybrouck – avec Congo, une histoire –, de Marie NDiaye – avec Trois femmes puissantes –, de Laurent Gaudé – avec La Mort du roi Tsongor –, de Marie Darrieussecq – avec Il faut beaucoup aimer les hommes –, d’Alexis Jenni – avec L’Art français de la guerre – et de quelques autres encore, qui brisent les barrières, refusent la départementalisation de l’imaginaire parce qu’ils sont conscients que notre salut réside dans l’écriture, loin d’une factice fraternité définie par la couleur de peau ou la température de nos pays d’origine.

Monsieur l’Administrateur,

Mesdames et Messieurs les professeurs,

Dans la chaire que vous m’avez confiée cette année, c’est en libre créateur que j’entreprendrai mes voyages à travers cette production littéraire africaine, m’interrogeant à chaque quai sur ses lieux d’expression, sur sa réception critique et sur ses orientations actuelles.

Je m’appesantirai également sur l’aventure de la pensée africaine – on parle aujourd’hui de « pensée noire » –, et j’insisterai par conséquent sur la place de l’Histoire (passée ou contemporaine), sur l’attitude de l’écrivain africain devant l’horreur – je pense notamment au génocide du Rwanda ou aux différentes guerres civiles qui ont donné naissance à un personnage minuscule, terrifiant et apocalyptique : l’enfant-soldat. La présence d’historiens, d’écrivains ou de philosophes dans mes séminaires aura pour ambition d’illustrer la richesse des études africaines qui constituent depuis une discipline autonome dans les universités anglophones, en particulier américaines.

Le colloque que j’organiserai ici même le 2 mai prochain auquel seront conviés de nombreux intellectuels et bien d’autres penseurs du temps présent, résonnera comme un appel à l’avènement des études africaines en France, non pas dans une ou deux universités marginalisées, non pas dans un ou deux départements dénués de moyens, mais dans un tout qui fait désormais sens pour comprendre la France d’hier mais surtout la France contemporaine – donc par une présence dans chaque espace où le savoir est dispensé dans ce pays.

J’ai conscience que c’est une entreprise qui nous conduira toujours à feuilleter les pages de notre passé commun, loin de l’esprit de revanche ou de l’inclination à rechercher la culpabilité d’un camp qu’on opposerait à l’innocence de l’autre, même s’il est délicat de juger avec les yeux d’aujourd’hui ce qui a eu lieu bien des siècles auparavant, sans pour autant mettre de côté la tentation de la morale et la séduction du manichéisme.

Je vous remercie.

(*) Alain Mabanckou, Le monde est mon langage, Paris, Grasset, 2016.

(**)Dominic Thomas, Noirs d’encre. Colonialisme, immigration et identité au cœur de la littérature afro- française, traduit de l’anglais par Dominique Haas et Karine Lolm, Paris, La Découverte, 2013.


Sur Livre Hebdo

L'auteur de Verre Cassé occupe pendant un an la chaire de "création artistique" du Collège de France qui n'avait jamais été tenue par un écrivain.

L'écrivain franco-congolais Alain Mabanckou a donné jeudi 17 mars pendant près d'une heure et devant une salle comble sa leçon inaugurale pour la chaire annuelle de "création artistique" du Collège de France sur le thème "De la littérature coloniale à la littérature "négro-africaine"".

Alors que des dizaines de personnes  étaient restées faute de place devant les grilles du Collège de France, l'amphithéâtre Marguerite de Navarre était comble, avec au premier rang la ministre de la Culture Audrey Azoulay aux côtés des professeurs du Collège.

De nombreux éditeurs étaient aussi présents : Olivier Bétourné, P-DG du Seuil, Bernard Comment (Seuil), l'actuel éditeur d'Alain Mabanckou, Emilie Colombani, aujourd'hui chez Rivages mais qui a publié trois romans de l'écrivain, Sophie de Closets (Fayard), Emmanuelle Collas (Galaade), Rodney Saint-Eloi (Mémoire d'encrier au Québec)... ainsi que des écrivains, Dany Laferrière, Serge Joncour, Mathieu Simonet, Henri Lopes, Yahia Belaskri, James Noël, Patrick Grainville. Même le tailleur d'Alain Mabanckou, qui avait confectionné la très belle veste en velour bleu roi qu'il portait pour l'occasion, est venu le saluer en fin de conférence.

Une histoire des accointances

Dans cette leçon inaugurale qui s'est terminée par une standing ovation, le professeur de littérature francophone à l'université de Californie de Los Angeles (UCLA) n'a pas gommé l'actualité, rappelant que "soixante ans après le Congrès des écrivains et artistes noirs qui s'était tenu à l'initiative d'Alioune Diop, la France se questionne encore sur les binationaux".  Il a montré les "accointances" de la littérature coloniale française avec la littérature négro-africaine francophone, émaillant son histoire des figures de Joseph Conrad, André Gide, Albert Londres, Amadou Hampâté Bâ ou René Maran, premier Noir à recevoir le prix Goncourt avec Batouala en 1921. Ce discours sera disponible chez Fayard sous le titre De la littérature coloniale à la littérature négro-africaine le 20 avril prochain.

Cette leçon sera suivie, à partir du 29 mars, d’une série de cours et de séminaires ouverts à tous. Un colloque, "Penser et écrire l’Afrique noire", se tiendra le 2 mai. L’ensemble de cet enseignement sera disponible en français et en anglais sur le site du Collège de France.

Premier écrivain

Premier écrivain à occuper la chaire de création artistique tenue auparavant par des créateurs comme l'architecte Christian de Portzamparc, le compositeur Pascal Dusapin, le sculpteur Anselm Kiefer ou le paysagiste Gilles Clément, le lauréat du prix Renaudot  2006 pour Mémoires de porc-épic est le quatrième Africain à occuper une chaire annuelle dans l'institution fondée en 1532.
Le Collège de France propose des dizaines d'enseignements ouverts au plus grand nombre. N'importe qui peut y assister gratuitement et sans inscription. Comme le suggère sa devise docet omnia, "il enseigne tout" : de la philosophie au droit, en passant par la médecine et les mathématiques.

mercredi 16 mars 2016

Pierre Tanguy, Versets de la dune et du talus











Pierre Tanguy
Versets
de la dune
et du talus



Revue Ce qui reste





Versets de la dune et du talus -- Pierre Tanguy



Pierre Tanguy :
Pierre Tanguy est né et vit en Bretagne. Ecrivain et journaliste, il est l’auteur
d’une quinzaine de recueils, dont la plupart publiés aux éditions La Part Commune.

Dernière parution : « Ma fille au ventre rond » (2015).

Pierre Tanguy a obtenu en 2012, pour l’ensemble de ses livres, le prix de poésie
attribué à Nantes par l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la
Loire.

La photographie et le pastel sont de l’auteur.










Pierre Tanguy dans la Revue Recours au Poème

samedi 12 mars 2016

Umberto Eco, A son petit fils (2014)


Sans titre





Simona Crippa  11 mars 2016 Ailleurs
Umberto Eco, « A mon petit fils » (L’Espresso)



Au début de l’année 2014, l’hebdomadaire italien L’Espresso demandait à quatorze personnalités du monde de la culture, d’écrire une lettre ouverte et idéale à leur fils pour affronter les grands thèmes de la vie. Umberto Eco écrit à son petit fils pour lui donner des conseils sur le futur. Il s’en dégage une réflexion sur la technologie, le sexe, la poésie et la mémoire.


Mon petit fils chéri,

Je ne voudrais pas que cette lettre de Noël résonne de manière trop moralisatrice et te donne à entendre des conseils sur nos semblables, la patrie, les mondes et d’autres choses de ce genre. Tu ne l’entendrais pas et quand l’heure viendra de la mettre en pratique (toi, adulte et moi trépassé) le système des valeurs aura tellement changé que probablement mes recommandations t’apparaîtront datées.

Ainsi voudrais-je m’attarder sur une seule recommandation que tu seras à même de mettre en pratique même maintenant, au moment même où tu navigues sur ton iPad, je ne commettrais pas l’erreur de te le déconseiller, non parce que j’aurais l’air d’un grand-père radoteur mais parce que je le fais moi aussi. Tout au plus puis-je te conseiller, si jamais tu tombes sur les centaines de sites pornos qui montrent les rapports sexuels entre deux être humains, ou entre un être humain et un animal, dans des milliers de positions, essaie de ne pas croire que le sexe se réduit à ce qui t’en est montré entre autres de manière assez monotone, parce qu’il s’agit d’une mise en scène pour te contraindre à ne pas sortir de chez toi et regarder de vraies filles. Je pars du principe que tu es hétérosexuel, sinon tu adapteras mes recommandations à ton cas précis. Mais regarde les filles, à l’école ou là où tu vas jouer, parce que les vraies filles sont mieux que celles qu’on voit à la télévision, et, un jour, elle te donneront bien plus de satisfactions que celles que tu trouves on line. Crois en celui qui a plus d’expérience que toi (et si j’avais regardé le sexe uniquement à travers l’ordinateur, ton père ne serait jamais né, et toi, on ne sait même pas où tu serais, voire tu ne serais même pas là).


Toutefois ce n’est pas de ceci dont je voudrais te parler mais plutôt d’une maladie qui a frappé ta génération et même celle de jeunes gens un peu plus âgés que toi, ceux qui vont peut-être déjà à l’université : la perte de la mémoire.

Il est vrai que si l’on a le désir de savoir qui est Charlemagne ou encore où se trouve Kuala Lumpur, tu n’as qu’à taper sur une touche et Internet te le révèle aussitôt. Fais-le quand cela est utile mais après l’avoir fait, essaie de te rappeler ce que tu as lu pour ne pas être obligé de le chercher une deuxième fois si jamais tu en ressentais un besoin irrésistible, peut-être pour une recherche à l’école. Mais sache que le risque est le suivant : puisque tu crois que ton ordinateur pourra te le dire à n’importe quel moment, tu pourrais perdre le goût de le mémoriser. Ce serait un peu comme si, ayant appris que pour aller de telle rue à une autre, il y a l’autobus ou le métro qui te permettront de te déplacer sans aucune fatigue (ce qui est très commode, et fais-le à chaque fois que tu es pressé), tu penses que tu n’as ainsi plus besoin de marcher. Mais si tu ne marches pas suffisamment, tu deviens une personne à mobilité réduite, comme on appelle aujourd’hui celui qui est obligé à se déplacer avec une chaise roulante. D’accord, je sais que tu fais du sport et que donc tu sais bouger ton corps, mais revenons à ton cerveau.

La mémoire est un muscle comme ceux des jambes, et si tu ne l’exerces pas, il s’atrophie et tu deviens (d’un point de vue mental) handicapé, c’est-à-dire (soyons clair), un idiot. Et, en plus, étant donné que nous risquons tous d’avoir un Alzheimer quand on devient vieux, l’un des moyens pour éviter cet incident déplaisant, c’est d’exercer sans cesse notre mémoire.

Dès lors, voici mon régime. Apprends tous les matins quelques vers, un bref poème ou, comme on m’a appris à mon époque, « La Cavallina storna »[1] ou « Il Sabato del villaggio »[2]. Et peut-être fait une compétition avec tes amis pour voir qui s’en souvient le plus. Si tu n’aimes pas la poésie, fais-le avec les formations de joueurs de football, mais fais attention à ne pas juste connaître qui sont les joueurs de l’équipe de la Roma d’aujourd’hui mais aussi ceux d’autres équipes y compris ceux des équipes d’autrefois (figure-toi que je me souviens de la formation de l’équipe de Turin quand leur avion s’était écrasé à Superga avec tous les joueurs : Bacigalupo, Ballarin, Maroso etc.). Fais des compétitions de mémoire, peut-être à propos de livres que tu as lus (qui était à bord de la Hispaniola à la recherche de l’île au Trésor ? Lord Trelawney, le Capitaine Smollet, le Docteur Livesey, Long John Silver, Jim…). Essaie de savoir si tes amis se souviennent qui étaient les domestiques des trois mousquetaires et de D’Artagnan (Grimaud, Bazin, Mousqueton et Planchet)… Et si tu ne voudras pas lire Les Trois Mousquetaires (et tu ne sauras pas ce que tu perdras), fais-le, je ne sais pas, avec d’autres histoires que tu as lues.

On dirait un jeu (et c’en est un) mais tu verras à quel point ta tête pourra se peupler de personnages, histoires, souvenirs en tout genre. Tu te seras demandé pourquoi les ordinateurs s’appelaient autrefois « cerveaux électroniques ». C’est parce qu’ils ont été conçus sur le modèle de ton (de notre) cerveau mais notre cerveau possède plus de connexions que notre ordinateur, c’est une sorte d’ordinateur que tu portes en toi et qui grandit et devient de plus en plus fort avec l’exercice, tandis que l’ordinateur que tu as sur ta table, plus tu l’utilises plus il perd en rapidité et au bout de quelques années tu dois le changer. En revanche ton cerveau peut actuellement durer jusqu’à quatre-vingt-dix ans et à quatre-vingt-dix ans (si tu l’as entretenu dans un exercice continu) il se souviendra de beaucoup plus de choses que celles dont tu te souviens aujourd’hui. Et ceci, gratuitement.

Il y a aussi la mémoire historique, celle qui ne concerne pas les faits de ta vie ou les choses que tu as lues, mais ce qui est arrivé avant que tu ne viennes au monde.

Aujourd’hui si tu vas au cinéma, tu dois entrer à une heure fixe quand le film commence et dès qu’il commence, quelqu’un te prend pour ainsi dire par la main et te dit ce qui se passe. De mon temps, on pouvait entrer au cinéma à n’importe quel moment, je veux dire même à la moitié du spectacle, on arrivait au moment où les choses étaient en train de se dérouler, et on essayait de comprendre ce qui s’était passé avant (puis quand le film recommençait depuis le début, on pouvait constater si on avait tout compris — mis à part que, si le film nous avait plu, on pouvait rester le regarder à nouveau). Voilà la vie est comme le cinéma permanent, un film de mon temps. Nous entrons dans la vie quand beaucoup de choses sont déjà arrivées, depuis des centaines de milliers d’années, et c’est important d’apprendre ce qui s’est passé avant notre naissance, cela sert à mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui.

Actuellement l’école (au-delà des trois lectures personnelles) devrait t’apprendre à mémoriser ce qui est arrivé avant ta naissance mais visiblement elle ne le fait pas bien parce que beaucoup de sondages montrent que les jeunes d’aujourd’hui, même ceux qui vont à l’université, s’ils sont nés par hasard en 1990, ils ne savent pas (ou peut-être ne veulent pas le savoir) ce qui s’était passé en 1980 (et ne parlons pas de ce qui s’est passé il y a cinquante ans). Les sondages nous disent que si on demande à certains qui était Aldo Moro[3], ils répondent qu’il était le chef des Brigades Rouges — en réalité il a été tué par les Brigades Rouges.

Ne parlons pas des Brigades Rouges, elles demeurent quelque chose de mystérieux pour beaucoup de monde, et pourtant, elles représentaient le présent d’il y a une trentaine d’années. Je suis né en 1932, dix ans après la prise de pouvoir du fascisme mais je savais même qui était le premier ministre au moment de la Marche sur Rome (qu’est-ce que c’est ?). Peut-être l’école fasciste me l’avait-elle appris pour m’expliquer à quel point le ministre était stupide et mauvais (l’inapte à la guerre nommé Facta) que les fascistes avaient remplacé. D’accord mais au moins je le savais. Et puis l’école à part, un garçon d’aujourd’hui ne sait pas qui étaient les actrices de cinéma d’il y a vingt ans, tandis que moi, je savais qui était Francesca Bertini qui jouait dans les films muets vingt ans avant ma naissance. Probablement parce que je feuilletais de vieilles revues empilées dans le débarras chez nous, mais justement, je t’invite à regarder de vieilles revues car c’est un moyen pour apprendre ce qui se passait avant ta naissance.

Mais pourquoi est-il nécessaire de savoir ce qui est arrivé avant ? Parce que très souvent ce qui est arrivé avant t’explique pourquoi certaines choses arrivent aujourd’hui et comme pour les joueurs, c’est un moyen pour enrichir notre mémoire.

Fais bien attention, tu ne pourras pas faire tout ceci uniquement avec des livres et des revues. On peut le faire très bien aussi sur Internet. Qui est à utiliser non seulement pour chatter avec tes amis mais aussi pour chatter (pour ainsi dire) avec l’histoire du monde. Qui étaient les Hittites ? Et les Camisards ? Comment s’appelaient les trois caravelles de Christophe Colomb ? Quand les dinosaures ont-ils disparu ? L’Arche de Noé pouvait-elle avoir un gouvernail ? Comment s’appelait l’ancêtre du bœuf ? Y avait-il plus de tigres il y a cent ans qu’aujourd’hui ? Qu’était l’Empire du Mali ? Et qui en revanche parlait de l’Empire du Mal ? Qui a été le deuxième Pape de l’Histoire ? Quand Mickey a-t-il paru ?

Je pourrais continuer à l’infini et tout serait une belle aventure de recherche. Et tout marquerait la mémoire.

Viendra le jour où tu seras un vieil homme et tu auras le sentiment d’avoir vécu mille vies car ce sera comme si tu avais été présent à la Bataille de Waterloo, avais assisté à l’assassinat de Jules César, et si tu avais été à une très courte distance du lieu où Berthold le Noir, en mélangeant des substances dans un mortier afin de trouver le moyen pour fabriquer de l’or, avait découvert par hasard la poudre à canon et armes à feu, et il a fini par sauter en l’air (et c’est bien pour lui). Tes amis qui n’auront pas cultivé leur mémoire auront juste vécu une seule vie, la leur, qui doit avoir été assez mélancolique et pauvre de grandes émotions.

Cultive donc ta mémoire, et dès demain, apprends par cœur « La Vispa Teresa »[4].

Umberto Eco
Traduction de l’Italien par Simona Crippa

[1] « La Cavallina storna » (1903), poème de Giovanni Pascoli (1855-1912).
[2] « Il Sabato del villaggio » (1829), poème de Giacomo Leopardi (1798-1837).
[3]Aldo Moro (1916-1978), juriste, homme politique italien, secrétaire de la Démocratie Chrétienne de 1960 à 1963, président du parti jusqu’à sa mort, a été élu chef du gouvernement italien cinq fois entre 1963 et 1968 puis entre 1974 et 1976.
[4] « La Vispa Teresa » (1850 circa) , poème de Luigi Sailer. Il s’agit de l’une des poésies-comptines les plus connues en Italie.


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Sans titre

mercredi 9 mars 2016

René Char chez lui à l'Isle sur Sorgue, et poèmes






 A***


Tu es mon amour depuis tant d’années,
Mon vertige devant tant d’attente,
Que rien ne peut vieillir, froidir ;
Même ce qui attendait notre mort,
Ou lentement sut nous combattre,
Même ce qui nous est étranger,
Et mes éclipses et mes retours.

Fermée comme un volet de buis
Une extrême chance compacte
Est notre chaîne de montagnes,
Notre comprimante splendeur.

Je dis, ô ma martelée ;
Chacun de nous peut recevoir
La part du mystère de l’autre
Sans en répandre le secret ;
Et la douleur qui vient d’ailleurs
Trouve enfin sa séparation
Dans la chair de notre unité,
Trouve enfin sa route solaire
Au centre de notre nuée
Qu’elle déchire et recommence.

Je dis chance comme je le sens.
Tu as élevé le sommet
Que devra franchir mon attente
Quand demain disparaîtra.

René Char
recueil Recherche de la base et du sommet


«Nous avons du marteau la langue aventureuse.

Nous sommes des croyants pour chemins muletiers.»

(René Char: Chants de la Balandrane)


C'est en 1967 que Michel Soutter filme René Char chez lui, à l'Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse. Le grand poète a alors tout juste 60 ans, il a reçu l'année précédente le Prix des critiques pour l'ensemble de son oeuvre.




L'oeuvre de René Char est marquée par le Vaucluse dans lequel il passa sa vie. Il est né le 14 juin 1907 à L'Isle-sur-la-Sorgue.


Son premier recueil de poèmes paraît en 1928, il entre dans le groupe surréaliste et collabore avec Breton et Eluard. La guerre d'Espagne lui inspire des poèmes militants et en 1940 il entre dans la résistance où il devient chef de l'armée secrète Durance-Sud sous le nom de capitaine Alexandre.


Après la guerre il est en relation avec Picasso, Matisse, Giacometti, Braque et Camus. Pierre Boulez met ses textes en musique. Il était l'amant de sa terre et sa poésie en est le meilleur témoignage.


Il entre de son vivant dans la Pléiade en 1983. Il meurt le 19 février 1988 à Paris où il était hospitalisé. «Il fut le poète exact de son temps » lisait-on dans Le Monde le lendemain.


Réalisateur: Michel Soutter

Archives INA

Archives Champ libre


Champ libre était un magazine d'actualité artistique diffusé entre le 17 novembre 1965 et le 25 juin 1968. D'une durée moyenne de 62 minutes, il était réalisé par Gilbert Bovay, Yvan Butler, Pierre Barde et Michel Soutter.

RTS archives


jeudi 3 mars 2016

Soif, poème de Michèle Finck, peintures Catherine Sourdillon



Peinture, Catherine Sourdillon
Peinture de Catherine Sourdillon
Paru dans la revue Ce qui reste

« Poème : terrier des larmes de tous. »
"Soif"
un poème de Michèle Finck
peintures de Catherine Sourdillon
A découvrir ci-dessous sur Issuu ou sur le site de la revue