samedi 28 mai 2016

Orage au printemps, de Mathieu Hilfiger et Guillaume Steudler






Mathieu Hilfiger
est né en 1979 à Strasbourg. Il crée une oeuvre polymorphe sans discrimination de formes : poèmes en vers et en prose, théâtre, fragments, proses, articles, entretiens, etc., souvent présentés dans des ouvrages ou des revues. Après l’aventure de la revue Le Bateau Fantôme, il lance en 2014 la maison d’édition littéraire éponyme, tournée vers les marges de la création.

Derniers livres parus : De jour comme de nuit, avec Pierre Dhainaut (Le Bateau Fantôme, 2014) et L’Aube animale, Recours au Poème, 2015 (e-book), et en tirage de tête papier. À paraître : Les Résidents, Thot, octobre 2016 (théâtre).

Guillaume Steudler,
né en 1980 à Paris, est plasticien et graphiste. Dans son travail plastique, où la part intuitive de l’improvisation est si importante, il utilise avec une grande liberté gestuelle des techniques mixtes : dessin et peinture, imprimés et collages, figures et mots. Son univers chatoyant, très imaginatif, semble évoquer une rêverie naturaliste microscopique. Il est le concepteur graphique des éditions Le Bateau Fantôme.

www.steudler.artfolio.com


Revue Ce qui reste

mardi 24 mai 2016

Lettre d'Egon Schiele à Anton Peschka

schiele




1910

(Vienne)

Peschka ! […] Je brûle d’envie d’aller dans la forêt de Bohême. Mai, juin, juillet, août, septembre : il faut absolument que je voie quelque chose de nouveau, que je l’explore ; je veux déguster les eaux sombres, voir craquer des arbres, des airs sauvages, regarder ébahi des haies de jardin pourrissantes, y surprendre le foisonnement de la vie, entendre bruire les bouquets de bouleaux, frémir les feuilles ; je veux voir la lumière, le soleil, et savourer les humides vallées du soir au vert bleuissant, épier l’éclat fugace des poissons dorés, voir se former les blancs nuages, je voudrais parler aux fleurs. Scruter l’intimité des brins d’herbe, des hommes au teint rose, parler de dignes vieilles églises, de petites chapelles, je veux parcourir sans trêve des collines verdoyantes, parmi de vastes plaines, je veux baiser la terre, humer les tendres, chaudes fleurs des mousses. Alors je donnerai forme à de belles choses : des champs de couleurs…

Au petit matin, je voudrais revoir le soleil se lever, être libre de regarder la terre respirer, dans la lumière vibrante.

Harmoniser les champs qui respirent joie et beauté avec l’air parfumé de roses. De rudes montagnes aux rondeurs matelassées embrument de vastes lointains… Ô toi, terre odorante, devant nous, sous moi, réveille-moi, fais-moi mûrir comme un fruit au soleil ! Toi, sombre, brune terre poussiéreuse, à la rosée odoriférante, parfumée de fleurs, attirant les senteurs. Épanouis-toi au soleil qui, oui, nous donne tout. Joie ! Lumière sans prix, resplendis !

À l’ouvrage, homme actif ! Sois un fleuve inépuisable. Toi, verte vallée, tu me regardes, une verte atmosphère aquatique t’emplit, toi. De mes yeux mi-clos, je pleure de grosses larmes rouges, quand il m’est donné de te voir. Toi, œil douloureux, tu sens le souffle humide de la forêt. Toi qu’assaillent les senteurs, avec quelle ivresse dois-tu respirer l’haleine divine !

Je pleure en riant, ami, je pense à toi ; mieux, tu es en moi !

Voici que je m’allonge dans la mousse vivante, et qui parle, fleurs jaunes, claires, pures ; les eaux, respirant, parlent de la vie…

Et, là-haut, comme il est grand, le monde ! Que je m’enivre, moi aussi, et je perde de vue cette terre prosaïque.

Je dors.

Toutes les mousses viennent à moi et entrelacent, en se fronçant, leur vie dans la mienne. Toutes les fleurs cherchent à me voir, et font vibrer mes sens frémissants. Des floraisons d’un vert oxydé, des fleurs vénéneuses irritables m’emportent dans les hauteurs. Voici que je descends, planant, intact… l’étrange monde. Puis je rêve de chasses sauvages, déchaînées, de rouges champignons pointus, de grands cubes noirs, qui peu à peu s’évanouissent puis, comme par miracle, se remettent à croître, deviennent d’énormes colosses ; je rêve de l’incendie flambant comme un enfer, de la bataille d’étoiles lointaines, jamais regardées, d’yeux gris éternels, de titans précipités, de mille mains qui se tordent comme des visages, de nuages de feu fumants, de millions d’yeux qui me regardent avec bonté, et deviennent blancs, toujours plus blancs, jusqu’à ce que j’entende.

in, Deslettres



schiele

vendredi 20 mai 2016

Le plus et le moins, d'Erri de Luca

Photo du web






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"J'ai touché l'immense en peu d'espace, l'épuisement du corps et l'énergie absorbée par un fruit cru de mer. J'étais une chose de la nature exposée à la saison. Je donnais le nom de l'île à cette liberté. Si je ne suis pas une strate jaune de sa croûte craquelée, fendue par les vignes qui la forent, si des chardons ne poussent pas de mes yeux, si je ne rêve pas la nuit comme un rocher balancé par des bradyséismes, je ne pourrai pas apprendre" Erri de Luca

Ischia, Naples, Turin, les Dolomites - les indications géographiques qui parcourent les trente sept textes réunis ici sont autant de points de repères biographiques de la vie d'Erri de Luca. La liberté rencontrée dans la nature tout autant que dans les luttes politiques, la fraternité entre travailleurs et le partage avec l'étranger, la lecture de la Bible et la figure de l'ange, voilà quelques-uns des motifs que tisse l'écrivain italien dans Le plus et le moins. Un livre inclassable et iconoclaste qui éclaire l'oeuvre et le parcours d'un des auteurs les plus singuliers de notre temps.

extraits de la quatrième de couverture

Le plus et le moins , Gallimard / Du monde entier (2015)

traduit de l'italien par Danièle Valin.




Chez De Luca, l’ancrage dans la réalité napolitaine ou ouvrière ou encore alpine est au cœur de nombre de ses ouvrages. Naples, comme Montedidio (honoré du Prix Médicis étranger 2002) ou Le jour avant le bonheur, l’ont montré avec brio et inventivité. L’alpiniste accompli a trouvé moyen d’illustrer l’univers de sa passion par le biais de la fable dans Le poids du papillon.
Depuis, des recueils de nouvelles ou de récits ont accompagné les soubresauts de la vie du Napolitain, finalement relaxé dans un sombre fait divers, d’où il est sorti grandi et prompt à affronter d’autres combats, plus intérieurs sans doute, comme le révèle le dernier opus, ensemble de 37 récits, suivis de trois poèmes, au titre singulier – qui en éclaire la portée, disons, hautement morale, Le plus et le moins.
Entre récits autobiographiques et autres histoires à portée symbolique, l’auteur napolitain, né en 1950, ayant longuement vécu au sceau des réalités parfois très sombres de son parcours, sent l’intense désir d’évoquer, en pages réalistes, nourries d’expériences diverses, ce que fut un certain passé. Passé lointain de l’enfance comme événements plus récents liés aux faits de mai 68, d’un passage douloureux dans la France de 1982. Sans oublier le passé tout proche, lorsque sa mère, ainsi, dut remplacer sa carte d’identité. Chez De Luca, l’intime, le noyau familial rejoint sans cesse les préoccupations communautaires et/ou collectives de la cité.
Sans doute l’auteur, aujourd’hui âgé de 66 ans, ressent-il d’une manière particulière ces diverses périodes de sa vie, dotées, selon son usage, du plus ou moins de la mémoire et du ressenti.
Qu’épingler de plus surprenant, au fil de ces récits, qui remontent avec fluidité le cours de l’existence ?Le pantalon long, le premier baiser de Un poids délicieux ou comment le jeune De Luca a quitté doucement l’enfance pour embrayer d’autres voies.
Naples et sa mère offrent peut-être les plus beaux moments d’une liste d’aventures personnelles que nous conte Erri. Aussi s’attache-t-il, dans l’un de ces épisodes, à nous narrer le choix de ce prénom, italianisé et anglicisé tout à la fois, sur la base de Harry, devenu son prénom rare. Même vue de Torino, Naples est encore entachée d’un mépris certain : « On ne loue pas aux Napolitains » résonne comme une sombre remémoration des usages à l’égard des méridionaux. Education ischitaine, ou l’art de rameuter, autour de la belle petite île Ischia, la pêche aux merveilles, non seulement l’art de pêcher, mais encore l’atmosphère unique de la jeunesse, des amis, et la gravité des rappels, quand bien plus tard l’apnée causa la mort de l’ami cher.
La mère illumine ces brefs récits : derrière l’épaule (pour singer notre chère Sagan), la figure de la mère suscite des descriptions d’un néo-réalisme vibrant. Pas d’âge pour elle, pas de rides au cœur, et une santé à faire blêmir tant de valétudinaires, vieillards ou pas. Le renouvellement de la carte, son anniversaire donnent lieu à de belles séquences empreintes de force, d’émotion, et dotées de ce goût de l’histoire commune et partageable.
Le récit de ce Noël 82, parisien et amer – Erri était ouvrier – montre combien la solidarité entre migrants peut jouer avec efficacité et affection son rôle. Une excellente confusion est une perle qui éclaire ce monde outragé, où l’égalité souffre, et la fraternité, ici reconquise.
Plus sombre, forcément, cette ville découverte sous les feux de la guerre, Belgrade, 1999, sous l’alarme, à pied, laisse des traces indélébiles au marcheur rompu à l’escalade à main nue des réalités.
Rome n’est pas en reste dans ce tableau fidèle de ce qui fut vécu : les bistros romains ont-ils encore dans leur ventre autant de fidèles mémoires tissées de « chiens, de canaris, de vieilles femmes (venant) s’asseoir l’après-midi pour bavarder, donner un coup de main » ?
Une infinie tendresse traverse ces pages : celle d’un être qui s’est donné entier au monde, pour en décrire les aspérités, les fidèles attaches, filiales ou locales.
Un beau livre, de ferveur et d’hommage à toutes les âmes ouvrières, par quelqu’un qui lit la Bible sans croire. Et ce, tous les jours qui s’écrivent.

Philippe Leuckx

La cause littéraire














Lire Le plus et le moins laisse le goût délicieux d’un bain de mer au grand large, lorsqu’on se sent bercé par l’immense, au loin, et pourtant au plus près de soi. Le goût de sel finement déposé sur les lèvres, le grain d’une croûte de sel plus épaisse sur la peau, les cheveux mouillés qui se collent puis sèchent au vent… Un vent de liberté, « l’expérience de la liberté comme d’un désert », qui souffle sur ce magnifique livre d’Erri De Luca, quintessence de l’ensemble de ses livres, que l’on se réjouit de lire et de relire.

Le plus et le moins : 37 textes, fragments inclassables, dans une écriture poétique hors du commun, qui nous font voyager dans un temps et dans un espace, guidés par la géographie des souvenirs de l’auteur, de l’enfance à l’âge adulte : des moments de sa vie à Naples, Ischia, Turin, Paris, les Dolomites. Un voyage sincère et tendre au pays de la fraternité humaine et du partage. Un voyage au pays de la liberté et de la vérité. Un voyage dans le silence habité de l’âme du poète, lorsque l’auteur, dans l’arc tendu de la beauté de son écriture pudiquement évocatrice, sensuelle et sans grandiloquence ni ornementation, nous transporte parmi les éléments de la nature et des saisons, « là où la poussière était l’âme du monde ».

Instantanés de la vie de l’auteur, les textes qui composent ce livre éclairent son œuvre d’une lumière solaire qui vient de l’intérieur, tant ce qu’il décrit émane directement des émotions et des sensations qui le traversent profondément.

On y retrouve les thèmes de prédilection qui animent Erri De Luca et nourrissent son écriture :

- les luttes politiques et sociales des « années de cuivre, comme il dénomme les années 1970, qui « conduisaient le courant électrique des luttes sociales [...] une vraie énergie électrique de transformation »,
- le temps de l’intérêt collectif opposé au temps de l’intérêt individuel d’aujourd’hui « où l’on est évalué en fonction du pouvoir d’achat », symbole de notre monde désespérant et vide, qui sombre dans la barbarie et où il est vital de rester insoumis, de se révolter pour être vivant et porter « la parole contraire » pour tenter de mettre fin aux injustices, aux tyrannies, aux guerres, aux racismes…
- mais aussi le deuil des parents qui prend le goût du silence, « un silence comme les deux lèvres d’une blessure ouverte » et qui provoque aussi « l’exil alimentaire », puisque depuis la mort de sa mère, l’auteur a renoncé à son plat préféré : les aubergines à la parmesane ; une manière si humaine de vivre une telle séparation, puisque pour l’auteur « le deuil se vit plus à table qu’au cimetière ».

Et puis, l’on trouve aussi les souvenirs d’enfance, ceux du « fils égaré » : « je ne suis pas un père, je suis resté un fils, une branche sèche », qui a quitté sa Naples natale sans retour, qui tourne dans sa bouche toute la journée les pages de la Bible comme un « noyau d’olive », qui découvre les amours adolescentes avec le premier baiser : « je sais depuis que le baiser est le sommet atteint, la parfaite ligne d’arrivée » et les étreintes qui empêchent de dormir et transforment en « poissons qui ne ferment pas les yeux ».
L’escalade aussi occupe une place importante dans l’œuvre et la vie de l’auteur-alpiniste : « je pratique l’escalade et je sais qu’un sommet atteint exauce un désir autant qu’il l’épuise »…

Au fil des pages, cette écriture vibrante secoue le corps comme des percussions. Séisme intérieur provoqué par la beauté de textes à l’amplitude évocatrice maximale, à travers une parole minimale, juste et dense. Pas un mot de trop, mais une parole resserrée, traversée par la sensibilité et par l’émotion d’un homme devenu écrivain, par le traumatisme d’une humiliation scolaire, une accusation de tricherie pour sa première rédaction, alors que pour lui « ce fut un précipice d’écriture » qui lui permit de découvrir alors combien l’écriture peut déranger les corps constitués et participer à un acte de résistance. Depuis lors, l’écriture, comme un cadeau, est sa plus fidèle compagne.

Une écriture vitale, une écriture de vie et d’espoir inscrite dans le corps et dans la peau : « j’avais besoin de pages à tenir en main comme un verre et de m’y plonger la tête la première jusqu’au terminus ».
Le plus et le moins est un livre essentiel, d’un auteur essentiel qui, à rebours de la fureur des médiocrates de l’analyse et du commentaire, nous offre, avec humilité et profondeur, une parole authentique.
Donc, un livre à mettre entre toutes les mains… de celles et ceux qui s’interrogent sur notre monde et sur ce que c’est qu’être humain.



Martine Konorski
D.R. Texte Martine Konorski
pour Terres de femmes

Paru dans Terres de femmes

lundi 16 mai 2016

Quand la lumière tombe, Sylvie Fabre G.




Sylvie Fabre G. est née à Grenoble en 1951. Longtemps professeur de Lettres, elle se consacre désormais à l’écriture. Depuis 1976, elle est présente dans de nombreuses revues et anthologies en Europe et au Canada. Elle a publié plus d’une vingtaine de recueils poétiques et de récits chez différents éditeurs dont Frère humain à L’Amourier (Prix Louise Labé 2013) et Tombées des lèvres à L’Escampette (2015), ainsi qu’une trentaine de livres d’artistes avec peintres, photographes, calligraphes et graveurs. Elle pratique la photographie.

Les photographies sont de l’auteur.


Dans Revue Ce qui reste

mercredi 4 mai 2016

Pensées d'Eurydice, Marilyne Bertoncini et Pierre Rosin






Marilyne Bertoncini
corédactrice en chef de la revue Recours
au Poème (recoursaupoeme.fr), docteur
en Littérature, spécialiste de Jean Giono,
collabore avec des artistes, vit, écrit et traduit.

Ses textes et photos paraissent dans diverses
revues françaises et internationales,
et sur son blog : minotaura.unblog.fr. Ses traductions de poètes anglais et australiens et son recueil,
Labyrinthe des Nuits, sont parus chez Recours au Poème
éditeurs, comme sa traduction des poèmes de Ming Di, Livre
des 7 Vies, et Histoire de Famille, illustrés par Wanda Mihuleac,
aux éditions Transignum en mars 2015.

La Dernière Oeuvre de Phidias vient de paraître chez Encres
Vives.


Pierre Rosin
Pierre Rosin est peintre à l’huile, en images numériques et
en poésie. Il a illustré les poèmes de Jacques Thomassaint et
Jean-Claude Touzeil.

Il expose ses images et ses propres poèmes qu’il a regroupés
dans deux recueils poésie & peinture : jardin doux et amers et
courbures.

Certains de ces poèmes sont parus en revue, Traction Brabant,
Terre à ciel, éditions Robin.
Site internet : www.pierrerosin.fr


(Revue Ce qui reste)

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jeudi 28 avril 2016

Loin....... au plus près, poème de fruban

                                          « Parfois il neige en avril,
Parfois je me sens si mal, si mal,
Parfois je souhaite que la vie soit sans fin,
Même si toutes les bonnes choses, comme on dit, ne durent jamais » 

                                                                                             Prince (1958-2016)
 Sometimes it snows in april



Loin.....au plus près



Loin de toi
loin de moi
A travers l'infini des continents et océans
Ils ont assassiné
Paris Bruxelles Tunis Lahore
en Syrie en Irak en Afghanistan en Côte d'Ivoire s'étendent leurs tentacules

Loin de nous
s'écoule le sang en torrents d'écume rouge


Tout près de toi
tout près de moi
Éclosent les pétales de nacre rose
Premier printemps sourit Vivaldi
les bleus de l'iris rendent le ciel jaloux
avalanches d'ors sur les arbres sur l'herbe mouillée

Tout près de nous
en cascades parfumées s'affolent émotions sentiments


Loin de toi
loin de moi
Des femmes pleurent leurs enfants disparus
au monde des vivants à jamais perdus
à jamais privés d'un destin
le chagrin à jamais ronge leurs entrailles

Loin de nous
se répandent des larmes de douleur d'impuissance


Tout près de toi
tout près de moi
Renaissance de senteurs éclatant
leurs arômes de miel
Narcisse des poètes cœur d'or sur lumineuse blancheur
un fil tissé en je t'aime

Tout près de nous
rythment la cadence l'Amour puissant et ses vœux de silence


Loin de toi
loin de moi
Serpentent sinueux kilomètres longue est la route
Et déboussolé l'avril se fait polaire
sous le fracas du chaos  mondial
en Méditerranée toujours sont noyés les innocents

Loin de nous
s'auréole offerte au repos une alcôve aux draps bleus


Tout près de toi
tout près de moi
Se pose si douce une main sur l'épaule
Le jour la nuit avec nous elle chemine
et jamais plus ne trébucherons aux ornières
des blessures du passé

Tout près de nous
fleurissent les baisers sur les lèvres dans le creux du cou glissés


La Vie
encore
un peu



© fruban

avril 2016

recueil en cours

Tous droits réservés
Protégé par copyright





© photo prise sur Culturebox 




Sometimes It Snow In April p r i n c e from eton on Vimeo.










© crédit photo fruban

vendredi 15 avril 2016

Centenaire Yehudi Menuhin, 2016

France Culture


http://www.franceculture.fr/emissions/la-revue-musicale/yehudi-menuhin-violon-du-siecle

PHOTO ARCHIVES AP

Alors qu’on célèbrera le 22 avril le centenaire de la naissance du violoniste et chef d’orchestre, une importante co-édition retrace le parcours exceptionnel d’un enfant prodige devenu ambassadeur de la paix.




Yehudi Menuhin en 1950
Yehudi Menuhin en cca 1950© CORBIS






A l'occasion du centenaire de la naissance du violoniste Yehudi Menuhin, réécoutez le récit de sa vie que le musicien livre au micro de Jacques Chancel pour Radioscopie en 1977.

Yehudi Menuhin, un sage ? En 1977, Jacques Chancel reçoit le violoniste dans son émission emblématique Radioscopie. Violoniste et chef d'orchestre, personnage public parmi les plus médiatisés de la musique, musicien engagé, Yehudi Menuhin livre une confession intimiste sur ses racines, son rapport à la musique, son enfance, ses angoisses sur la marche du monde et sa vision de l’avenir.

« J’ai choisi le violon de manière instinctive. C’était un instrument très répandu parmi les Juifs russes. Comme je le dis toujours, le violon est une prolongation de la voix. C’est l’instrument le plus intime, l’instrument que l’on porte avec soi, l’instrument le plus sensible à l’émotion personnelle. Il est à la fois sensuel par la forme et appartient à l’âme par sa sonorité. Il est facile à transporter, donc sans racines, moyen d’expression par excellence du peuple juif. Le violon l'est aussi d’un autre peuple errant : les Tziganes. Les deux peuples ont des liens très forts : errants et déracinés, ils sont deux pôles d'une même condition, les Juifs urbains et littéraires, les Tziganes nomades.
Dans la région du sud de la Russie, d'où est originaire ma famille, les Tziganes et les Juifs vivaient cote à cote, et c'est le violon qui était leur instrument par excellence. »

►Ecoutez l'intégralité de l'émission :







France Musique

mercredi 6 avril 2016

Au bouquet, poème Eric Piette, photographies José Wattebled


Ce qui reste

« je te promets
souvent encore
nous parlerons ensemble
et demain j’irai fredonner
rue Lepic au Lux Bar
des mots cent fois plus grands que moi »


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lundi 4 avril 2016

Ton empreinte, poème de fruban

crédit photo fruban 



Quelques pas dans le jardin ont suffi
Mon regard s'attarde
Sur des roses oubliées abandonnées
Les arbres nus dépouillés élancent vers le ciel blanc
leurs ramures décharnées
De rares feuilles s'agitent sous le souffle léger

Mon coeur s'envole s'envole...

C'était un soir d'été
Autour de la table de pierre
Tes cheveux bouclés tes yeux clairs au sourire malicieux
Nous étions tous réunis le vin un nectar
qui faisait pétiller les yeux et les paroles
La pénombre nous enveloppait à la lueur vacillante de la flamme
aux senteurs de citronnelle
Les îlots odorants et fluorescents de l'onagre
-nous l'appelions belle de nuit -
Les rires les paroles éclaboussaient le silence
Nous inventions des utopies
et refaisions le monde...


Solitaire ce matin j'interroge le ciel laiteux
Impassible et sourd
Et comme chaque jour depuis trois longues années
Je me plais à rêver
Et si tout là-haut dans cette immensité infiniment mystérieuse
Un petit prince
Aux yeux rieurs
Aux boucles blondes
Guettait mes promenades matinales...


Par une nuit claire
Scrutant la voûte étoilée
Percevrai-je moi aussi le rire cristallin d'une étoile
Mon Etoile
la plus lumineuse de toutes ..

© F. R

jeudi 19 janvier 2012

Tous droits réservés
Protégé par copyright

extrait du recueil "L'Âme des marées" publié en octobre 2014
éd épingle à nourrice


couverture du recueil "L'Âme des marées"

vendredi 1 avril 2016

La petite fille assassinée, poème d'André Chenet

La petite fille assassinée

à Israa, à Yasmine, à Leïla

Hier une petite fille palestinienne été tuée de façon ignoble par des troufions de Tsahal.
Elle gisait dans son propre sang entre deux soldats armés, casqués et bottés
ses cheveux noirs et sa robe rougis sur un trottoir gris
Ces saloperies commises jours après jours ne figurent pas dans votre journal mais
nous sommes traités d'antisémites dès que nous les dénonçons.
Qui pleurera cet ange si humain à part sa famille et ses proches?
Elle n'était pas européenne, bien sûr. La douleur et les larmes, les cris de révolte
sont-ils alors permis?
En France, les soldats franco-israëliens qui servent
sous le drapeau d'Israël bénéficient de réductions d'impôts, le saviez-vous?
La petite fille ne ressuscitera pas, les oliviers derrière les barbelés résistent en silence
ils attendent la fin des temps de l'occupation.
Les princes laïques venus de France se coiffent de la kippa lorsqu'ils viennent se prosterner devant le mur des lamentations sans jamais condamner les massacres quotidiens
Netanyahu se fait gloire de tout ce sang palestinien versé qui nourrit la chair du peuple élu
La politique impériale fait loi qui oblige les familles des victimes a expier
les crimes commis dans le temples de Jérusalem dédiés au veau d'or des multinationales, des banquiers et des marchands d'armes
Terres volées, populations enterrées vivantes sous les ruines du terrorisme
international
Les avocats et les agrumes de Sion ont un goût d'amertume de sang innocent
Le sacrifice d'Abraham en pays de Canaan n'en finit pas de se répercuter
comme une malédiction s'étendant au monde entier
Un Léviathan cynique et aveugle propage la haine en crachant la mort infernale
à travers délires religieux et idéologiques
Serez-vous palestiniens aujourd'hui gens de biens, l'étiez-vous lorsque Gaza s'écroulait sous les bombes incendiaires??
Il y a sur cette terre, disait le poète palestinien Mahmoud Darwich "la peur qu’ont les tyrans des chansons,/ Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre : / il y a sur cette terre, le commencement des commencements, / la fin des fins, / On l’appelait Palestine et on l’appelle désormais Palestine". Quel est le prénom de la petite fille assassinée froidement? Israa, Yasmine, Leïla ?
Elle n'aura pas eu le temps de vivre parmi les fleurs du printemps et ne rencontrera jamais son amant.

Quelque part dans le monde, le 29/03/2016


© André Chenet

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Blog d'André Chenet

Dans Revue Texture



© photo André Chenet