samedi 5 décembre 2015

Lou Andréa Salomé, Correspondances (dont Rainer Maria Rilke)

photo du Net




13 novembre 1905

Chère Lou,

Cela me touche étrangement qu’il y ait maintenant une patrie autour de toi, une maison remplie de ta présence, un jardin qui vit de toi, un espace qui t’appartient ; oui, je comprends que tout cela ait été et n’ait pu qu’être lent à advenir : car ton univers exige la réalité et a la force de l’exiger ; le premier et lointain Loufried était presque comme un rêve, légèrement fragile et plein de choses anticipées ; mais il tenait à toi, et quand tu venais, la maison était grande et le jardin sans fin. C’est ce que j’éprouvais alors, et je sais aujourd’hui que c’est justement l’infinie réalité qui t’entourait qui constitua pour moi l’événement le plus profond de cette époque indiciblement bonne, grande et généreuse ; le processus de métamorphose qui s’empara alors de moi en mille endroits à la fois émanait de ton existence indiciblement réelle. Jamais, dans mes timides tâtonnements, je n’avais autant senti l’être, autant cru à la présence et autant admis l’avenir ; tu étais l’antithèse de tous les doutes et pour moi une preuve que tout ce que tu touches, atteins et regardes existe. Le monde perdit pour moi son caractère nébuleux, cette façon flottante de se former et de se décomposer qui fut la manière et la pauvreté de mes premiers vers ; des choses advinrent, des bêtes que l’on discernait, des fleurs qui existaient ; j’appris une simplicité, j’appris avec lenteur et difficulté que tout est simple, et j’acquis la maturité pour parler des choses simples.

Et tout cela se produisit parce qu’il m’a été accordé de te rencontrer à un moment pour la première fois je courais le danger de m’abandonner à l’informe. Et si ce danger ne cesse de revenir d’une façon ou d’une autre et sous une forme de plus en plus adulte, le souvenir de toi, la conscience de toi grandissent cependant en moi au point de devenir immenses. A Paris, pendant ces journées extrêmement difficiles où toutes les choses se retiraient de moi comme d’un homme devenant aveugle, où je tremblais de l’angoisse de ne plus reconnaitre le visage de mon prochain, je me raccrochais au fait que toi, je te reconnaissais encore en mon for intérieur, que ton image ne m’était pas devenue étrangère, qu’elle ne s’était pas éloignée comme tout le reste, mais se maintenait seule dans le vide étranger où j’étais contraint de vivre.

Et ici aussi, au milieu du déchirement avec lequel j’ai renoué, tu as été le lieu sûr auquel mon regard est resté fixé.

Je comprends si bien que les choses viennent à toi comme les oiseaux retournent au nid lointain quand le soir tombe. Mille lois, grandes et petites, se sont accomplies avec la maison qui s’est construite autour de toi. Je suis si heureux qu’elle existe, et j’ai l’impression que ses effets bienfaisants me parviennent jusqu’ici.

Mon combat, Lou, et mon péril consistent en ceci que je ne puis devenir réel, qu’il y a toujours des choses qui me nient, des événements qui me traversent, plus réels que moi, comme si je n’existais pas. Autrefois, j’ai cru qu’un mieux surgirait le jour où j’aurais une maison, une femme et un enfant, toutes choses réelles et irréfutables ; j’ai cru que cela me rendrait plus visible, plus tangible, plus concret. Tu vois, Westerwede existait, était réel : car j’ai construit moi-même la maison et tout fait à l’intérieur. Mais c’était une réalité en dehors de moi, je n’étais ni intégré à elle ni confondu avec elle. Et maintenant que cette petite maison avec ses belles chambres silencieuses n’existe plus, le fait de savoir qu’il existe encore un être lié à moi et quelque part un petit enfant qui n’a rien de plus proche dans la vie que cet être et moi – cela me donne sans doute une certaine sécurité et l’expérience de beaucoup de choses simples et profondes -, mais cela ne m’aide pas à parvenir à ce sentiment de réalité, à cette égalité de condition à laquelle j’aspire tant : être quelqu’un de réel au milieu du réel.

C’est seulement pendant mes journées de travail (fort rares) que je deviens réel, que j’existe, que j’occupe l’espace comme une chose, pesant, gisant, tombant, et puis une main vient me relever. Inséré dans l’édifice d’une grande réalité, j’ai alors le sentiment d’être un élément important, posé sur des fondations profondes, encadré à droite et à gauche par d’autres portants. Mais chaque fois, après ces moments d’insertion, je redeviens la pierre rejetée au loin, si inerte que l’herbe de l’inaction a le temps de pousser sur elle. Et le fait que ces moments de rejet ne se fassent pas plus rares, mais soient au contraire quasi constants, ne doit-il pas m’angoisser ? Si je gis ainsi, complètement enseveli, qui me retrouvera sous tout ce qui me recouvre ? Et n’est-il pas possible que je me sois depuis longtemps effrité, presque pareil à la terre, presque aplani, si bien qu’il y a toujours un morne chemin de traverse pour me passer dessus ?

Il y a donc constamment devant moi cette unique tâche à laquelle je ne m’attèle toujours pas, bien que je doive le faire : trouver le chemin, la possibilité d’une réalité quotidienne…

J’écris cela, chère Lou, comme dans un journal intime, tout cela parce que je ne peux pas écrire de lettre maintenant mais n’en suis pas moins désireux de te parler. J’ai presque perdu l’habitude d’écrire, aussi pardonne-moi si cette manière de lettre est détestable et désordonnée. Peut-être n’y voit-on même pas qu’elle est emplie de joie à la pensée de ta maison et y apporte mille voeux. Mille. Tous.

Rainer








mardi 1 décembre 2015

Lettre de Khalil Gibran à May Ziadah




Eloignés par le sort, lui aux Etats Unis, elle en Egypte, telles deux âmes soeurs dans la quête de la réalité ultime,
ils ne se rencontrèrent jamais, sauf en imagination et en rêve.Cette correspondance, de 1912 à 1931, jusqu'à la mort de Gibran, témoigne de l'amitié, puis de l'amour qu'ils se portèrent.


Voici une des lettres de cette union sacrée.

26 février 1924

Vous me dites que vous avez peur de l'amour ; pourquoi cela, ma tendre amie ? Avez-vous peur de la lumière du soleil ? Avez-vous peur du flux et du reflux de la mer ? Avez-vous peur du jour naissant ? Avez-vous peur du retour du printemps ? Je me demande pourquoi vous avez peur de l'amour ? Je sais que l'amour d'une âme basse ne peut vous satisfaire, tout comme je sais qu'il ne peut pas me plaire. Vous et moi ne saurons jamais satisfaire de ce qu'il y a de mesquin dans l'esprit. Nous voulons tout en quantité. Nous voulons tout avoir. Nous voulons la perfection. Je dis, Mary, que dans cette aspiration qui est la nôtre se trouve notre accomplissement, car si notre volonté n'était qu'une ombre parmi les innombrables ombres de Dieu, nul doute que nous atteindrions l'un des nombreux rayons de Sa lumière.

Oh ! Mary, n'ayez pas peur de l'amour ! N'ayez pas peur de l'amour, amie de mon cœur. Nous devrons nous soumettre à lui malgré ce qu'il peut nous apporter de souffrance, de désolation, de nostalgie, de perplexité et de confusion. Ecoutez, Mary : aujourd'hui, je suis dans une prison de désir, qui sont nés lorsque moi-même je suis venu au monde. Et aujourd'hui, je me trouve entravé par les chaînes d'une idée aussi vieille que les saisons de l'année. Pouvez-vous faire montre de mansuétude à mon égard, dans ma prison, afin que nous puissions émerger enfin à la lumière du soleil ? Resterez-vous près de moi jusqu'à ce que ces chaînes soient détruites et que nous puissions marcher librement et sans entraves jusqu'au sommet de la montagne ? Et maintenant, venez plus près, rapprochez votre front de moi - comme ceci, comme ceci, et que Dieu vous bénisse et vous protège, compagne bien-aimée de mon cœur.


http://eddenya.com/question-reponse/3695-lettre-de-khalil-gibran-a-may-ziadah-n-ayez-pas-peur-de-l-amour-amie-de-mon-coeur

vendredi 27 novembre 2015

Conversation avec mon androïd, de Cristian Ronsmans






Conversation avec mon androïde. En fait sa maîtresse c’est ma compagne. Aussi quand je dis Mon androïde je sais que ce personnage, qui se présente comme une sorte d’ardoise écran pour homo ecranus, fait un peu la gueule car je partage la couche de sa maîtresse ce qui, je crois, le rend un peu jaloux.
Le matin ma compagne s’en va avec son pote. Un type qui s’appelle Smart Phone. Bien sûr je suis convaincu que c’est un pseudo. Car se faire prénommer Smart quand on me voit c’est un peu gonflé, vaniteux même.
En revanche elle laisse à ma surveillance son androïde qu'elle allume (cela doit fort l’exciter, l'androïde, et je lui ai déconseillé à ma compagne, maintes et maintes fois de cesser de jouer à ce jeu dangereux avec l’androïde mais en vain). Une fois allumé elle lui demande de me laisser écouter France Inter. Je pourrais entre nous allumer la radio. Ça marche aussi bien et c’est fait pour ça. Mais bon ! Entre temps, je sens l’androïde contrarié d’être mis à mon service car au bout d’un moment tout en continuant sa face illuminée (pour faire plaisir à sa maîtresse je suppose) se ferme et passe en écran noir. Je sens qu’il me fait la gueule.
Au bout d’un moment quand ma compagne est partie bosser et que nous nous retrouvons en tête à tête je le titille un peu en lui tripotant les boutons. Je le déverrouille ce qui semble le rendre fou. Et aussitôt il tente d’engager une conversation de diversion :
A (l’androïde) : Que puis-je pour vous ? (à noter que je ne lui évidemment rien demandé)
Moi : Pardon ? Que me veux-tu ?
A ( il fait l’idiot) : Que puis je pour vous ?
Moi : Rien, Je ne t’ai rien demandé.
A : Je ne comprends pas ce que vous voulez. Que puis-je pour vous ?
Moi (j’articule, je ne hurle pas encore) : Je ne t’ai ri-en de-man-dé. Tu com-prends main-te-nant ?
A : Pourquoi vous me parlez comme ça ?
Moi : Quoi ? Je te par-le co-mment ?
A : Vous êtes fatigué ?
Moi : Non je ne vois pas le rapport. Je vais bien
A : Pourquoi vous me parlez comme ça ?
Moi : Tu commences à me gonfler
A : Vous n’êtes pas très poli !
Moi : Tu te fous de ma gueule, ‘en veux une, connard ?
A : Que puis-je pour vous. Je ne comprends pas ce que vous voulez.
Moi : Tu vas voir Ducon
Là-dessus je me saisis de l’androïde, je baisse son couvercle, je l’empoigne d’une main et par le collet, le hubot, real human, et je le balance dans le placard au dessus des wc. Non mais !
Si on se laisse faire dans quelque temps, que j’espère ne jamais voir, ils nous pisseront dessus ! Vous verrez, vous verrez, vous verrez !

Cristian R

le 24 novembre 2015

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vendredi 20 novembre 2015

Requiem, Léo Ferré






Pour ce rythme inférieur dont t'informe la Mort
Pour ce chagrin du temps en six cent vingt-cinq lignes
Pour le bateau tranquille et qui se meurt de Port
Pour ce mouchoir à qui tes larmes font des signes

Pour le cheval enfant qui n'ira pas bien loin
Pour le mouton gracieux le couteau dans le rouge
Pour l'oiseau descendu qui te tient par la main
Pour l'homme désarmé devant l'arme qui bouge

Pour tes jeunes années à mourir chaque jour
Pour tes vieilles années à compter chaque année
Pour les feux de la nuit qui enflamment l'amour
Pour l'orgue de ta voix dans ta voix en allée

Pour la perforation qui fait l'ordinateur
Et pour l'ordinateur qui ordonne ton âme
Pour le percussionniste attentif à ton coeur
Pour son inattention au bout du cardiogramme

Pour l'enfant que tu portes au fond de l'autobus
Pour la nuit adultère où tu mets à la voile
Pour cet amant passeur qui ne passera plus
Pour la passion des araignées au fond des toiles
Pour l'aigle que tu couds sur le dos de ton jeans
Pour le loup qui se croit sur les yeux de quelqu'un
Pour le présent passé à l'imparfait du spleen
Pour le lièvre qui passe à la formule Un
Pour le chic d'une courbe où tu crois t'évader
Pour le chiffre évadé de la calculatrice
Pour le regard du chien qui veut te pardonner
Pour la Légion d'Honneur qui sort de ta matrice
Pour le salaire obscène qu'on ne peut pas montrer
Pour la haine montant du fond de l'habitude
Pour ce siècle imprudent aux trois quarts éventé
Pour ces milliards de cons qui font la solitude

Pour tout ça le silence.







Pour tous les morts innocents, assassinés par la barbarie des hommes FR

mercredi 18 novembre 2015

Lettre à Daech, après la mort de Madeleine, par Simon Castéran








Lettre à Daech après la mort de Madeleine, au Bataclan (Simon Castéran)

15 NOVEMBRE 2015 |  PAR MONICA M.




Oui, je suis un pervers et un idolâtre

Par Simon Castéran



Mon cher Daech,

J'ai bien lu ton communiqué de presse victorieux. Comme on l'imagine, tu dois être heureux du succès de tes attaques menées vendredi soir à Paris. Massacrer des civils innocents qui ne demandaient qu'à jouir d'un bon match de foot, d'un concert de metal ou tout simplement d'un petit restau entre potes, ça défoule, pas vrai ? Alors certes, ça ne te change pas beaucoup des milliers d'exactions commises quotidiennement, depuis des années, en Irak et en Syrie. Mais en bonne multinationale des lâches et des peine-à-jouir que tu es, il te fallait t'imposer sur le marché occidental. Ce que tu as fait, dès janvier, avec l'attentat de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher. Toutes mes félicitations : grâce à tes happenings sordides et sanglants, la marque Daech est plus forte que jamais. Elle a même effacé jusqu'au souvenir d'Al-Qaeda qui, à côté de toi, semble désormais presque raisonnable.

Donc, tu as tué. Oh bien sûr, pas par goût du sang et de la violence, mais au nom « d'Allah le Très Miséricordieux». Moi qui croyais que la "miséricorde" suppose la bonté et l'indulgence envers les autres, je ferais mieux de jeter mon dictionnaire. Et de m'acheter une kalachnikov et des grenades, pour m'en aller distribuer à mon tour amour et compassion partout où vous vous trouvez. Avant de laisser, sur vos corps enfin bénis, la photo de ma cousine Madeleine, que votre miséricorde a lâchement assassinée vendredi au Bataclan.

L'eussiez-vous connue, que vous l'auriez détestée immédiatement. C'était une femme libre et heureuse, pleine de cette lumière intérieure qui vous manque tant. Horreur suprême, c'était aussi une intellectuelle, qui aimait son métier de prof de lettres en collège. Car oui, chez nous, les femmes ont non seulement le droit d'être éduquées, mais aussi d'enseigner. Tout comme elles ont le droit d'aller où bon leur semble, d'écouter de la musique, de boire de l'alcool et d'aimer qui elles veulent. Sans burqa, ni violence. Bref, de jouir de cette liberté qui vous fait tant horreur. Et dont Paris, « la capitale des abominations et de la perversion », dis-tu, s'est fait depuis longtemps la représentante.

Oui, chers soeurs et frères, n'en doutons pas : l'abomination et la perversion n'est pas à chercher dans le massacre d'innocents par des fanatiques surarmés, qui travestissent le Coran en un manuel du parfait petit terroriste, mais dans cette vie païenne, faite de plaisirs et de joie. Cette « fête de la perversité » qui réunit, de semaine en semaine, des milliers « d'idolâtres » ; lesquels, au lieu d'adorer la Mort comme vous le faites en « [divorçant] de la vie d'ici-bas », préfèrent se rassembler pour communier ensemble, dans un instant de partage et d'adoration de l'existence.

À ce titre, mon petit, ridicule, mesquin Daech, je te dois un aveu : moi aussi, je suis un pervers et un idolâtre. J'aime la vie, le metal, les restaus et, parfois même, regarder un match de foot. Mea culpa, mea maxima culpa. Je suis un Croisé, comme tu dis. Un Croisé de la liberté, de l'amour et de la convivialité ; à la différence, cependant, que contrairement à toi, j'ai évolué depuis le Moyen-Âge. Ma religion n'est pas faite de fer et de sang, comme la tienne, mais de chair et d'espoir. Aussi, si tu veux un bon conseil, mon cher Daech, dépêche-toi : car l'Histoire est sur tes talons, et déjà les Lumières que tu veux éteindre menacent ton califat d'un autre âge.

« Allah est le plus grand », écris-tu. « Or c'est à Allah qu'est la puissance ainsi qu'à Son messager et aux croyants. Mais les hypocrites ne le savent pas » (sourate 63, verset 8). Sur ce point, je ne peux que te donner raison. Qu'on l'appelle Dieu, Yahvé ou Allah, le Tout-puissant n'a guère besoin que l'on tue en son nom, ni que l'on pervertisse Ses lois. Alors, pourquoi continuer à tuer ? Ton Seigneur est-il si faible, dans ton esprit, qu'il ne puisse agir de lui-même ? Je ne peux le croire. Ce que je crois, en revanche, c'est que tu t'arranges bien de Son silence. Qu'en tuant au nom de ce même Islam et des musulmans que tu prétends défendre, tout en les assassinant, c'est la Création divine que tu détruis. Ce qui fait de toi un impie, un pécheur, encore plus coupable que le croyant que tu exècres, ou les païens que nous sommes. Mais cela, les hypocrites ne le savent pas.

Cet article est dédié à la mémoire de ma cousine Madeleine, dont le seul crime fut d'aimer la vie. A la demande de ma famille, sa photo a été retirée, afin que de mauvais esprits n'en fassent pas un usage outrageant sur les réseaux sociaux.



http://www.lessermonsdulundi.com/2015/11/oui-je-suis-un-pervers-et-un-
idolatre.html

Publié par Mediapart, blog de Monica





photos du Net

dimanche 15 novembre 2015

Après le Vendredi 13 novembre 2015





Depuis vendredi 13 novembre
je n'ai pas regardé la télévision
je n'ai pas écouté ou lu le moindre discours de nos dirigeants
C'est donc spontanément que j'ai décidé
d'arborer les couleurs de la France
Parce que les assassins sanguinaires de l'EI*
ont frappé à Paris, en France
Je n'obéis donc
à aucun protocole
à aucune consigne
Je ne fais qu'écouter mon coeur
Je n'ai aucune leçon à recevoir
de qui que ce soit
Encore moins me faire cracher au visage
sur ma messagerie privée
des propos haineux rageurs contre ces couleurs de notre drapeau
J'ajoute qu'en d'autres circonstances
j'ai arboré le drapeau palestinien
j'ai arboré le drapeau grec
sans la moindre hésitation
Aujourd'hui je suis en deuil et "je suis Paris"
je pleure toutes les victimes
je suis au plus près de leurs familles
Seule, dans la maison de mon enfance
je me recueille
je ferai une minute de silence lundi
en même temps que tous ceux qui sont touchés
en France et partout dans le monde
Alors mesdames et messieurs
les donneurs de leçons
les extrémistes de tout poil
Vous qui ne faites qu'obéir à votre propre idéologie
ne croisez plus mon chemin
quittez au plus vite mon alpage !


fruban
le 15 novembre 2015


* EI : Etat islamiste, Daesh






crédit photo Audrey Facchi



Il y eut le choc brutal
Nous étions tous frappés de stupeur
Ces salauds avaient recommencé
Bains de sang sur Paris
Et puis, au fil des heures, des visages apparaissent
Décédé décédée disparu disparue
Beaucoup de jeunes des familles
Profitant de la douceur de novembre pour Vivre
boire un pot en terrasse, aller au concert, être amoureux
Etudiants personnes du quartier professeurs d'Université journalistes artistes
heureux de vivre d'être ensemble de rire
Comment oublier que ces assassins tuent des innocents
Ce pourrait être vous ou moi.

fruban

dimanche 15 novembre 2015


















jeudi 12 novembre 2015

Automne d'ors et de ténèbres, poème de FRuban

crédit photo fruban




                                                          Automne d'ors et de ténèbres



Là-bas sur les chemins d'enfance
Ici, dans mon jardin refuge
Les ocres et les verts mêlés
aux feuilles qui s'enflamment et tourbillonnent
en larmes d'automne illuminées
Soleil pâle
Tu es le plus lumineux de tous
Toi que j'aime
Là-bas
Ici
Mon Amour


Quelques grues cendrées en partance vers le Sud.
Que ne puis-je embarquer sur leur dos
Savourer la douceur de cette journée d'automne
Craindre l'arrivée du novembre noir
Déjà installé en mon âme
Il repartira quand seront de retour
nos oiseaux migrateurs nos grues criardes
joyeuses aux frémissements de printemps
Mon Amour


Simplement la Vie mon bel ami
La Vie qui offre la Vie qui reprend
Simplement le rêve porteur d'espoir
Et puis la réalité peinte d'habits noirs
Sans prévenir suffisent un souvenir d'abandon
une attente sous les feuilles qui virevoltent
et tombent crissantes sous mes pas
Un arbre enlacé un ciel sourd
Mon Amour


Hier encore pétillante de sourires
Des projets d'avenirs éclaboussant ta fatigue
Tu croyais renaître faire renaître les scories
d'un douloureux passé sous lequel
tu ployais âme désarmée recroquevillée
Agir coûte que coûte ne pas renoncer
ne pas céder __   Simplement vivre
Encore un peu
Mon Amour

©fruban
6 et 7 novembre 2015

Tous droits réservés
Protégé par copyright

Recueil en cours










crédit photos fruban

dimanche 8 novembre 2015

Autoportrait à l'Aimée, de Martine Cros, Poésie

‘Autoportrait à l’aimée’, recueil inédit paru aux Éditions Qazaq aujourd’hui
Couverture Autoportrait finale
Il y a deux mois Jean-Claude Goiri, éditeur du Festival Permanent des Mots, introduisit Martine Cros chez nous, les Cosaques des Frontières. Elle a déjà participé au blog avec deux textes. Dès le début, elle exprimait le désir de publier aux Éditions QazaQ son recueil qui paraît aujourd’hui sous le titre : “Autoportrait à l’aimée”. Il va sans dire que j’ai accepté sans hésitation. J’espère que vous ferez un très bon accueil à cette merveilleuse poésie.
Son thème :
« L’aimée. Qui est-elle ? Est-ce la femme en elle qu’elle doit reconnaître, est-ce l’autre, l’être aimé, ou, encore, est-ce la Poésie, la Muse, pour laquelle elle cherche une terre promise? »
Spécialement pour vous, lecteurs, Martine accompagne son livre ici avec quelques mots :
« Sous le masque de bandit dont je me suis revêtu, sous tous les questionnements qui inondent mon visage, sous les fleurs que j’ai encore un peu dans les yeux, dans ce Valjean qui m’écartèle entre agir et penser mais qui m’anime à jamais, dans le portrait de l’âme que me renvoie l’écrire, je rêve de calme et d’art, et d’amour. C’est un portrait où j’oblique encore un peu les yeux, recherchant l’horizon pour sonder l’infini de tous les portraits qui me traversent, qui me sont des esquisses, que seul l’amour pourrait parachever . Un portrait fane, un autre émane. Celui-ci sera gravé sur la toile -!- mais ce n’est peut-être qu’une apparition. Une photographie à un moment donné. Avec ses failles et sa passion...
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Martine Cros
Couverture Autoportrait finale
Il y a deux mois Jean-Claude Goiri, éditeur du Festival Permanent des Mots, introduisit Martine Cros chez nous, les Cosaques des Frontières. Elle a déjà participé au blog avec deux textes. Dès le début, elle exprimait le désir de publier aux Éditions QazaQ son recueil qui paraît aujourd’hui sous le titre : “Autoportrait à l’aimée ". Il va sans dire que j’ai accepté sans hésitation. J’espère que vous ferez un très bon accueil à cette merveilleuse poésie.
Son thème :
« L’aimée. Qui est-elle ? Est-ce la femme en elle qu’elle doit reconnaître, est-ce l’autre, l’être aimé, ou, encore, est-ce la Poésie, la Muse, pour laquelle elle cherche une terre promise? »
Spécialement pour vous, lecteurs, Martine accompagne son livre ici avec quelques mots :
« Sous le masque de bandit dont je me suis revêtu, sous tous les questionnements qui inondent mon visage, sous les fleurs que j’ai encore un peu dans les yeux, dans ce Valjean qui m’écartèle entre agir et penser mais qui m’anime à jamais, dans le portrait de l’âme que me renvoie l’écrire, je rêve de calme et d’art, et d’amour. C’est un portrait où j’oblique encore un peu les yeux, recherchant l’horizon pour sonder l’infini de tous les portraits qui me traversent, qui me sont des esquisses, que seul l’amour pourrait parachever . Un portrait fane, un autre émane. Celui-ci sera gravé sur la toile -!- mais ce n’est peut-être qu’une apparition. Une photographie à un moment donné. Avec ses failles et sa passion.
Tout un temps énigmatique soulève son voile, à peindre ces autoportraits.
Dans une lettre à Verlaine, Mallarmé considère que « le seul devoir du poëte » est de proposer « l’explication orphique de la Terre » ( 16/11/1885).
Le seul devoir que j’apprécie est peut-être celui-là : écrire les levers de voiles du poète.
Ce recueil, je ne l’attendais pas. Il est venu à moi sans que je le sache.
Je l’avais dans mes mains, mais ce sont Jean-Claude Goiri et Jan Doets qui, les yeux dans leurs coeurs, l’ont ouvert, lu, et accueilli, avec tant de délicatesse. Je les remercie infiniment : de donner l’opportunité.
Et plus vite que je n’ai pu l’imaginer, il m’a été donné de la partager avec vous. Vous, amis des réseaux, qui êtes pour beaucoup dans cette réalisation, qui avez partagé mes poèmes, sachez que sous les mots, entre les blancs, vous êtes là, amis, mère, fils, aimées, muses, et je vous offre toute ma gratitude à l’orée de publier ce minois à l’émoi. »
N’hésitez pas à commander ce livre magnifique de Martine, en poursuivant avidement vos achats parmi les dix-sept livres, déjà, du catalogue des Éditions QazaQ qui ont besoin de votre coup de pouce ! Voici les liens :
Autoportrait à l’aimée : http://www.qazaq.fr/pages/martine-cros/
Tous les livres et auteurs: http://www.qazaq.fr/livres-et-auteurs/
Martine Cros 
Bonne lecture !
Jan Doets
Éditeur
http://www.qazaq.fr/pages/martine-cros/



vendredi 6 novembre 2015

Lettre de Gustave Flaubert à Louise Colet (août 1846)

colet flaubert


Deslettres









Du 8 au 9 août 1846

Le ciel est pur ; la lune brille. J’entends des marins chanter qui lèvent l’ancre pour partir avec le flot qui va venir. Pas de nuages, pas de vent. La rivière est blanche sous la lune, noire dans l’ombre. Les papillons se jouent autour de mes bougies, et l’odeur de la nuit m’arrive par mes fenêtres ouvertes. Et toi, dors-tu ? Es-tu à ta fenêtre ? Penses-tu à celui qui pense à toi ? Rêves-tu ? Quelle est la couleur de ton songe ? Il y a huit jours que s’est passée notre belle promenade au bois de Boulogne. Quel abîme depuis ce jour-là ! Ces heures charmantes, pour les autres, sans doute, se sont écoulées comme les précédentes et comme les suivantes, mais pour nous ça a été un moment radieux dont le reflet éclairera toujours notre cœur. C’était beau de joie et de tendresse, n’est-ce pas, ma pauvre âme ? Si j’étais riche, j’achèterais cette voiture-là et je la mettrais dans ma remise, sans jamais plus m’en servir. Oui, je reviendrai, et bientôt, car je pense à toi toujours, toujours, je rêve à ton visage, à tes épaules, à ton cou blanc, à ton sourire, à ta voix passionnée, violente et douce à la fois comme un cri d’amour. Je te l’ai dit, je crois, que c’était ta voix surtout que j’aimais.

Merci de ta bonne lettre, mais ne m’aime pas tant, ne m’aime pas tant, tu me fais mal ! Laisse-moi t’aimer, moi ; tu ne sais donc pas qu’aimer trop, ça porte malheur à tous deux ; c’est comme les enfants que l’on a trop caressés étant petits, ils meurent jeunes ; la vie n’est pas faite pour cela ; le bonheur est une monstruosité ! punis sont ceux qui le cherchent.

[…] Avant de te connaître j’étais calme, je l’étais devenu. J’entrais dans une période virile de santé morale. Ma jeunesse est passée. La maladie de nerfs qui m’a duré deux ans en a été la conclusion, la fermeture, le résultat logique. Pour avoir eu ce que j’ai eu, il a fallu que quelque chose, antérieurement, se soit passé d’une façon assez tragique dans la boîte de mon cerveau. Puis tout s’est rétabli ; j’avais vu clair dans les choses, et dans moi-même, ce qui est plus rare. Je marchais avec la rectitude d’un système particulier fait pour un cas spécial. J’avais tout compris en moi, séparé, classé, si bien qu’il n’y avait pas jusqu’alors d’époque dans mon existence où j’aie été plus tranquille, tandis que tout le monde au contraire trouvait que c’était maintenant que j’étais à plaindre. Tu es venue du bout de tes doigts remuer tout cela. La vieille lie a rebouilli, le lac de mon cœur a tressailli. Mais c’est pour l’Océan que la tempête est faite ! Des étangs, quand on les trouble, il ne s’exhale que de malsaines odeurs. Il faut que je t’aime pour te dire cela. Oublie-moi si tu peux, arrache ton âme avec tes deux mains, et marche dessus pour effacer l’empreinte que j’y ai laissée. Allons, ne te fâche pas.

Non, je t’embrasse, je te baise. Je suis fou. Si tu étais là, je te mordrais ; j’en ai envie, moi que les femmes raillent de ma froideur et auquel on a fait la réputation charitable de n’en pouvoir user, tant j’en usais peu. Oui je me sens maintenant des appétits de bêtes fauves, des instincts d’amour carnassier et déchirant ; je ne sais pas si c’est aimer. C’est peut-être le contraire. Peut-être est-ce le cœur, en moi, qui est impuissant.

La déplorable manie de l’analyse m’épuise. Je doute de tout, et même de mon doute. Tu m’as cru jeune et je suis vieux. J’ai souvent causé avec des vieillards des plaisirs d’ici-bas, et j’ai toujours été étonné de l’enthousiasme qui ranimait alors leurs yeux ternes, de même qu’ils ne revenaient pas de surprise à considérer ma façon d’être, et ils me répétaient : A votre âge ! à votre âge ! vous ! vous ! Qu’on ôte l’exaltation nerveuse, la fantaisie de l’esprit, l’émotion de la minute, il me restera peu. Voilà l’homme dans sa doublure. Je ne suis pas fait pour jouir. Il ne faut pas prendre cette phrase dans un sens terre à terre, mais en saisir l’intensité métaphysique. Je me dis toujours que je vais faire ton malheur, que sans moi ta vie n’aurait pas été troublée, qu’un jour viendra où nous nous séparerons (et je m’en indigne d’avance). Alors la nausée de la vie me remonte sur les lèvres, et j’ai un dégoût de moi-même inouï, et une tendresse toute chrétienne pour toi.

D’autres fois, hier par exemple, quand j’ai eu clos ma lettre, ta pensée chante, sourit, se colore et danse comme un feu joyeux qui vous envoie des couleurs diaprées et une tiédeur pénétrante. Le mouvement de ta bouche quand tu parles se reproduit dans mon souvenir, plein de grâce, d’attrait, irrésistible, provocant ; ta bouche, toute rose et humide, qui appelle le baiser, qui l’attire à elle avec une aspiration sans pareille…

Un an, deux ans, dix, qu’est-ce que cela importe ? Tout ce qui se mesure passe, tout ce qui se compte a un terme.

Il n’y a, en fait d’infini, que le ciel qui le soit à cause de ses étoiles, la mer à cause de ses gouttes d’eau, et le cœur à cause de ses larmes. Par là seul il est grand, tout le reste est petit. Est-ce que je mens ? Réfléchis, tâche d’être calme. Un ou deux bonheurs le remplissent, mais toutes les misères de l’humanité peuvent s’y donner rendez-vous ; elles y vivront comme des hôtes.

Tu me parles de travail ; oui, travaille, aime l’Art. De tous les mensonges, c’est encore le moins menteur. Tâche de l’aimer d’un amour exclusif, ardent, dévoué. Cela ne te faillira pas. L’Idée seule est éternelle et nécessaire. Il n’y en a plus, de ces artistes comme autrefois, de ceux dont la vie et l’esprit étaient l’instrument aveugle de l’appétit du Beau, organes de Dieu par lesquels il se prouvait à lui-même. Pour ceux-là le monde n’était pas ; personne n’a rien su de leurs douleurs ; chaque soir ils se couchaient tristes, et ils regardaient la vie humaine avec un regard étonné, comme nous contemplons des fourmilières.

Tu me juges en femme. Dois-je m’en plaindre ? Tu m’aimes tant que tu t’abuses sur moi ; tu me trouves du talent, de l’esprit, du style… Moi ! moi ! Mais tu vas me donner de la vanité, moi qui avais l’orgueil de n’en pas avoir. Regarde comme tu perds déjà à avoir fait ma connaissance. Voilà la critique qui t’échappe, et tu prends pour un grand homme le monsieur qui t’aime. Que n’en suis-je un ! pour te rendre fière de moi (car c’est moi qui suis fier de toi. Je me dis : C’est elle pourtant qui t’aime ! est-il possible ! (c’est celle-là). Oui, je voudrais écrire de belles choses, de grandes choses et que tu en pleures d’admiration. Je ferais jouer une pièce, tu serais dans une loge, tu m’écouterais, tu entendrais m’applaudir. Mais, au contraire, me montant toujours à ton niveau, est-ce que la fatigue ne va pas te prendre ?… Quand j’étais enfant, j’ai rêvé la gloire comme tout le monde, ni plus, ni moins ; le bon sens m’a poussé tard, mais solidement planté. Aussi est-il fort problématique que jamais le public jouisse d’une seule ligne de moi et, si cela arrive, ce ne sera pas avant dix ans au moins.

Je ne sais pas comment j’ai été entraîné à te lire quelque chose, passe-moi cette faiblesse. Je n’ai pas pu résister à la tentation de me faire estimer par toi. N’étais-je pas sûr du succès ? quelle puérilité de ma part ! Ton idée était tendre de vouloir nous unir dans un livre ; elle m’a ému ; mais je ne veux rien publier. C’est un parti pris, un serment que je me suis fait à une époque solennelle de ma vie. Je travaille avec un désintéressement absolu et sans arrière-pensée, sans préoccupation ultérieure. Je ne suis pas le rossignol, mais la fauvette au cri aigu qui se cache au fond des bois pour n’être entendue que d’elle-même. Si un jour je parais, ce sera armé de toutes pièces, mais je n’en aurai jamais l’aplomb. Déjà mon imagination s’éteint, ma verve baisse, ma phrase m’ennuie moi-même, et si je garde celles que j’ai écrites, c’est que j’aime m’entourer de souvenirs, de même que je ne vends pas mes vieux habits. Je vais les revoir quelquefois dans le grenier où ils sont, et je songe au temps où ils étaient neufs et à tout ce que j’ai fait en les portant.

A propos ! nous étrennerons donc la robe bleue ensemble. Je tâcherai d’arriver un soir vers six heures. Nous aurons toute la nuit et le lendemain. Nous la flamberons, la nuit ! Je serai ton désir, tu seras le mien et nous nous assouvirons l’un de l’autre, pour voir si nous en pouvons nous rassasier. Jamais, non, jamais ! Ton cœur est une source intarissable, tu m’y fais boire à flots, il m’inonde, il me pénètre, je m’y noie. Oh ! que ta tête était belle, toute pâle et frémissante sous mes baisers ! Mais comme j’étais froid ! Je n’étais occupé qu’à te regarder ; j’étais surpris, charmé. C’est maintenant, si je t’avais… Allons, je vais revoir tes pantoufles. Ah ! elles ne me quitteront jamais celles-là ! Je crois que je les aime autant que toi. Celui qui les a faites ne se doutait pas du frémissement de mes mains en les touchant. Je les respire ; elles sentent la verveine et une odeur de toi qui me gonfle l’âme.

Adieu ma vie, adieu mon amour, mille baisers partout. Que Phidias m’écrive, je viens. Cet hiver il n’y aura pas moyen de nous voir ; mais je viendrai à Paris pour trois semaines au moins. Adieu, je t’embrasse là où je t’embrasserai, là où j’ai voulu ; j’y mets ma bouche. Je me roule sur toi.

Mille baisers. Oh ! donne-m’en ! Donne-m’en !

Gustave Flaubert

jeudi 5 novembre 2015

Le monde, poème d' Yves Petident

photo YP









Le monde


Le monde

Une rivière qui trouve sa source
entre deux rochers.
Un cheval terminant sa course
dans l'herbe couchée.

Et ce zèbre qui boit et se ressource
avant que la lionne le digère.
Et si je suis la grande Ours
trouverais je sa tanière ?

Un passant se demande pourquoi il a peur
devant cet autre passant.
un moustique me réveille à toute heure
en suçant mon sang.

Et cette équation qui ne peut se résoudre
à être autre chose qu'une équation.
On se tait quand parle la poudre,
Elle ne pose pas de questions.

Un signal électrique pour impulser un rythme,
un échec commercial pour virer tout le monde,
un coup sec sur la nuque pour la frime,
un coup de trique pour la faconde.

Et entre ses cuisses se perdre
quand on a plus rien à gagner.
S'endormir sous un cèdre
quand la journée ne nous a rien épargné.

Un peu plus de lumière sur une joue,
un peu plus de vérité salée
qui coule sur la peau et déjoue
les rôles et les pis-aller.

Et tout ce que l'on croit posséder
et qui n'appartient qu'à l'autre.
Et ce gosse qui voudrait décider
avant que d'être

Cet ami qui n'existe plus quand
la justice s'en mêle.
Ce corbeau éloquent
qui noircit le ciel.

Accroché à mon monde
J'étreins sa lumière
je peins avec,
des éclats de jour.

Et cette mémoire qui n'en fini pas de trier
J'ai besoin d'elle pour pouvoir oublier.
Un arbre s'est embrasé dans l'orage
Tu m'as embrassé sans partage

Au matin un homme s'est pendu
de n'avoir su dire ses peurs.
Une eau claire éperdue
pourrait faire mon bonheur.

Je n'ai d'autre refuge que ce monde
d'autres subterfuges que d'exister
Je n'ai d'autres horizons à la ronde
que d'être multiple et résister.

Un pas dans la neige
Un rire sans retenue
Et ton fardeau que ces mains allègent
ces mains inconnues
Que tu craignais hier encore

te feront vibrer le corps.


© Yves Petident

22 octobre 2015

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