mercredi 22 mars 2017

Ephémère éclipse à coeurs croisés





Ephémère éclipse
              à cœurs croisés



Le tout petit jour arrive et découvre le lointain
Je ne sais ce qui se cache derrière le voile noir de la nuit


Nacre rose en boutons le magnolia se déploie
L'or jonquille éclabousse un matin cendré
Ce printemps n'en finit pas de se préparer
Le manque de toi
Les échos d'Istanbul
Paralysent l'ivresse du renouveau


Je compterai les jours les heures les minutes
les secondes d'éternité
L'absence et le silence des mots ne sont rien
Mon souffle est dans la tendresse de nos cœurs
L'aube est là ses lumières annonciatrices d'une belle journée
Les jonquilles vont se régaler


On me dit le vent vif annonce la venue de la semaine sainte
Toujours froide et maussade
Le merle siffleur continue ses appels moqueurs
Je le crois amoureux
Et moi je me moque du calendrier religieux
Ce soir encore les éoliennes clignotent rouge


Le tout petit jour arrive et découvre le lointain
Je ne sais ce qui se cache derrière le voile noir de la nuit





 ©fruban

le 18 mars 2017



photos fruban


dimanche 19 mars 2017

Trop d'ailes, poème de Loran

photo Loran



Trop d'ailes

J'ai appris si tôt dans mon enfance,
ce pas en retrait de moi même,
pour me regarder,
pour me prendre dans mes propres bras
et tutoyer l'autistique frontière,
que parfois le monde où je gravite,
ce monde dans lequel je vis
n'a plus aucune prise...
aucun sens,

aucun intérêt...
Je me soustrais,
me dérobe,
me dégravite...
Je suis un électron libre.

Quelle heure est elle ?
Maison smoke de l'heure...
Le temps s'est cool de mes yeux,
s'inspire de mes narines
Le temps perd son temps à repeindre mes cheveux...
Quel temps fut-il ?
Je suis un photon, ici et là en même temps,
sans y être
tout en y étant pourtant...
Je suis vide et creux
débordant de cet amour
dont jeune puits me remplir...
Mon coeur saigne
de cet amour en trop peu
dont je déborde pour te noyer
me noyer.
Tu m'es si vitale, si nécessaire toute entière
que sans plénitude de toi
je choisis le vide.

Mais quelle heure est elle ?

Quel temps fait il ?
Comme un enfant placard enfin libre
je troque ma liberté psychotique,
sur la pointe des pieds,
un pied de nez dans une main
et dans l'autre une rose,
le regard facétieux et l'âme désinvolte
qui de nouveau
se désélectrise et puis

s'épuise de l'Autre...

Comme on s'emparfume d'une fleur
je m'ensommeille de toi
dans le froissement soyeux d'une étoffe légère.
Une brise marine te déposa,
papillonne surprise,
au bord de mon âme éffarée... puis te voila
paisiblement endormie contre mon coeur,
ta peau carressant la mienne à la mesure de ton souffle.
Si d'aventure je me languis de toi,
divine psyché,
je ferme les yeux et t'hologrammise
à tendre la main.
Et je tais mes silences
au son de tes couleurs de rêves.

Loran (février 2010)


le blog de Loran, Lézardes et murmures

L'Eternité à Lourmarin, par René Char



Camus et Char
Albert Camus et René Char chez ce dernier à L'Isle-sur-la-Sorgue près d'Avignon 






Texte écrit par René Char à la mort d'Albert Camus (1960) dans un accident de voiture, la nuit.

L'Eternité à Lourmarin


Il n'y a plus de ligne droite ni de route éclairée
... avec un être qui nous a quittés. Où s'étourdit
notre affection? Cerne après cerne, s'il approche
c'est pour aussitôt s'enfouir. Son visage parfois
vient s'appliquer contre le nôtre, ne produi-
sant qu'un éclair glacé. Le jour qui allongeait
le bonheur entre lui et nous n'est nulle part
Toutes les parties- presqu'excessives -d'une
présence se sont tout à coup disloquées. Routine
de notre vigilance...Pourtant cet être supprimé
se tient dans quelquechose de rigide, de désert,
d'essentiel en nous, où nos millénaires ensemble
font juste l'épaisseur d'une paupière tirée.
Avec celui que nous aimons, nous avons cessé
de parler, et ce n'est pas le silence. Qu'en est-
il alors? Nous savons ou croyons savoir. Mais
seulement quand le passé qui signifie s'ouvre
pour lui livrer passage. Le voici à notre hauteur,
plus loin, devant.
A l'heure de nouveau contenue où nous question-
nons tout le poids d'énigme, soudain commence
la douleur, celle de compagnon à compagnon,
que l'archer, cette fois, ne transperce pas.


René CHAR




René Char















« La mort n'est qu'un sommeil entier et pur avec le signe plus qui le pilote et l'aide à fendre le flot du devenir. » 
Les matinaux - La parole en archipel,
René Char



Albert Camus


« Même ma mort me sera disputée. Et pourtant ce que je désire de plus profond aujourd'hui est une mort silencieuse, qui laisserait pacifiés ceux que j'aime. »  
Albert Camus  "Carnets" 1949-1959










lundi 13 mars 2017

Ariane Mouchkine, sur France Culture (27mn x2)

L'Invité culture de la Matinale  par Caroline Broué
le samedi de 7h10 à 7h30




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Dans cette première heure de la Matinale du samedi, Ariane Mnouchkine nous parle du Théâtre du Soleil et de sa dernière création collective, "Une chambre en Inde". Une pièce qui porte sur scène nos cauchemars, notre sidération, tout en riant de nous-mêmes et du monde.




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L’art et la culture peuvent-ils encore sauver le monde ? A l'aube de 2017, la dramaturge, metteure en scène et directrice du Théâtre du soleil Ariane Mnouchkine nous livre dans cette deuxième heure de la Matinale du samedi ses inquiétudes et ses espoirs.



Bibliographie


Le Théâtre du Soleil – Les Cinquante premières années
Actes sud, 2014

Fondé par Ariane Mnouchkine il y a cinquante ans, le Théâtre du Soleil marque l'époque par sa longévité, son parcours exemplaire et la renommée mondiale de ses spectacles. Béatrice Picon-Vallin, accompagnée de voix du Soleil, raconte l'épopée d'un théâtre qui se distingue, au-delà de la qualité de ses créations artistiques, par l'originalité de son fonctionnement, ses méthodes de travail et son rapport au monde. Ce livre, enrichi d'une iconographie largement inédite, est le premier récit historique sur la troupe.

 Sur FRANCE CULTURE













Magnum Photos

samedi 11 mars 2017

Interview d'Asli Erdogan, jeudi 9 mars 2017, dans LGL


C’est l’une des grandes voix de la littérature contemporaine. La romancière turque ASLI ERDOGAN, arrêtée en août dernier à Istanbul, vient de passer 4 mois en prison. Elle risque la réclusion à perpétuité. En cause : ses chroniques, réunies chez Acte Sud sous le titre « Le silence même n’est plus à toi ».








Ozan Kose / AFP






photo Delphine Minoui

mercredi 8 mars 2017

Alejandra Pizarnik, Arbol de Fuego

photo Sara Facio
dans un parc de Buenos Aires




Ce soir, dans ce monde
à Martha Isabel Moïa
ce soir dans ce monde
les mots du rêve de l’enfance de la mort
il n’est jamais « ça », ce que l’on veut dire
la langue natale châtre
la langue est un organe de connaissance
de l’échec de tout poème
castré par sa propre langue qui est l’organe de la ré-création
de la re-connaissance
mais non celui de la résurrection
de quelque chose en guise de négation
de mon horizon de maldoror avec son chien
et rien n’est promesse
entre le dicible
qui équivaut à mentir
(tout ce que l’on peut dire est mensonge)
le reste est silence
sauf que le silence n’existe pas
non
les mots
ne font pas l’amour
ils font l’absence
si je dis « eau », boirais-je?
si je dis « pain », mangerais-je?
ce soir dans ce monde
extraordinaire silence, que celui de cette nuit!
ce qui se passe avec l’âme est-ce qu’on ne la voit pas
ce qui se passe avec l’esprit est-ce qu’on ne le voit pas
d’où vient-elle cette conspiration d’invisibilités?
aucun mot n’est visible
ombres
enceintes visqueuses où se cache
la pierre de la folie
couloirs sombres
je les ai parcourus tous
ô reste un peu plus parmi nous!
ma personne est blessée
ma première personne du singulier
j’écris comme qui… avec un couteau empoigné dans le noir
j’écris comme je suis en train de direla sincérité absolue continuerait étant
l’impossible
ô reste un peu plus parmi nous!
les ébrèchements des mots
en délogeant le palais du langage
la connaissance entre les jambes
qu’as-tu fait du don du sexe?
ô mes morts!
je les ai mangés, j’ai avalé de travers
j’en peux plus, de n’en pouvoir plus
des mots muselés
tout glisse
vers la sombre liquéfaction
et le chien de maldoror
ce soir dans ce monde
où tout est possible
hormis le poème
je parle
en sachant qu’il ne s’agit pas de ça
toujours, il ne s’agit pas de ça
ô aide-moi à écrire le poème le plus oubliable!
celui qui ne soit pas bon, même pas
à être inutile aide-moi à écrire des mots
ce soir dans ce monde

Alejandra Pizarnik
in Árbol de Fuego, Caracas ( diciembre 1971)

Quatre saisons plus une, d'Alain Hoareau (L'Harmattan)







Quatre saisons plus une, Alain Hoareau

Poésie, L'Harmattan

septembre 2016, 108 pages, 13 €




« Il sera déjà trop tard pour les larmes/ en dedans/ lieu de ta présence ». C’est l’évènement de la perte qui va motiver Alain Hoareau à oser la publication de ce recueil de poèmes, Quatre saisons plus une, lui qui pose ses mots depuis si longtemps sur la page. Ce livre est un hommage au temps qui passe au fil des saisons où l’ordre chronologique est bousculé. La mort du père, qui est pour chaque homme un moment inaugural, va conduire le poète à déployer ses ailes pour nous offrir cet envol vers des pays disparus.
L’auteur va tisser, pour un auditoire d’inconnus, une toile ténue et resserrée de sensations et de sentiments pour tenter, du bout des doigts, du bout de sa lyre, de nous permettre d’approcher au plus près de l’émotion et ainsi atteindre le cœur des évènements les plus infimes, les plus anodins, les plus essentiels.
Dans un murmure fragile, dans une traversée risquée, le poète esquisse des moments éphémères dans un cheminement intérieur, qui se dévoile au fil de l’eau, au fil de sa marche en alerte, au fil de sa flânerie, au fil de son parcours intérieur, au fil de ses Rêveries d’un promeneur solitaire. Toute assurance délaissée, il s’acharne à traquer l’ineffable pour suivre la lumière et le vent, les forêts d’ombres, le parfum des saisons.
Il tente de « lutter contre les ruses sournoises du temps » comme l’énonce si bien un autre poète, François Teyssandier, en nous offrant des éclats de vie qui susurrent à nos oreilles des vibratos d’existence, « une ombre sous le voile ».
Alain Hoareau va nous faire cheminer du plus sombre au plus lumineux, de l’automne à l’hiver, du printemps à l’été. Ses mots rythment son chant qui va s’avançant de la complainte à l’hymne à la vie, pour qu’ainsi « derrière l’oubli » vibrent ses mots « au lieu où la corde au silence rejoint/ L’ombre ».
Dans cette plongée impressionniste dans la nature, Alain Hoareau va entamer un « singulier voyage ». Il se laisse pénétrer par ses émotions, et c’est ainsi qu’il parvient à déchiffrer ses désarrois provoqués par cette musique de l’absence « à corps des mots ».
Sans cesse nous percevons le doute qui s’insinue en lui sur la capacité du poète à traduire ce qu’il ressent, toute assurance perdue, toute certitude délaissée. Et il nous avertit : « Les mains ne retiennent ni le sable ni le vent/ Mais les mains se souviennent les mains inventent/… Lorsque la nuit inspire l’abandon au vertige ».
Et pourtant, il réussit ce prodige de débusquer, dans les recoins reculés de son intuition, une expiration de mots ciselés, poignants, libres, qui révèlent une foisonnante palette sonore inscrite dans un temps suspendu, imprimant un souffle musical à un paysage intérieur qui peut faire songer à Debussy. Et il avance, sur son sentier, en toute liberté, se moquant éperdument des règles élémentaires de la versification, de la ponctuation.
Les énigmes des paysages mentaux qu’il traverse l’aident-elles à apprivoiser la mort, à trouver un passage vers la voie qu’il s’acharne à débusquer en lui pour énoncer ce qu’il n’a pas dit encore, à exprimer la déchirure « dans les petits discours du temps » ?
Et dans ce périple ce « Elle » si présente, si essentielle, qui est-elle ? « une ombre sous un voile », « la lèvre du chant laboureur » ? est-ce fruit/ est-ce bouche/ la lèvre qui s’ouvre la dent qui mordille/ et les perles claires d’un frisson près des jambes ». Mais, en fait, ne symboliserait-elle tout simplement la vie dans tout son foisonnement et son implacable finitude ?
Ces saisons qui vont bien au-delà des saisons. Alain Hoareau nous les donne en offrande. Il partage avec générosité ses émois qui se disent avec une grande pudeur, qui doivent s’éprouver avec la légèreté d’une aile de papillon, contre la pesanteur de certains moments de l’existence.
Son propre chemin croisera le nôtre si nous acceptons de nous laisser emporter dans ces vers qui remuent la profondeur sans limite de notre inconscient, l’opacité de tout ce qui y est enfoui comme dans une crypte. Il l’exprime dans ces vers : « Je n’entends pas les chants des morts/ la mort ne sait chanter ».
Que devient alors cette cinquième saison ? Serait-ce la porte secrète, celle qui introduit aux « couleurs clandestines » ? Serait-ce celle qui ouvre vers l’infini de nos possibles ? Ou vers le fini de notre impossible à dire ? Quatre saisons plus une ne traduirait-il pas « une mémoire en chemin », un culte à la vie telle qu’elle va lorsque « les voix résonnent de leur effacement » et « l’illusion est parfaite de pouvoir recommencer » ?
Et Alain Hoareau ouvre notre être à cette question brûlante : « Et toi, de quelle saison es-tu ? »
Alors laissons-nous absorber sans résistance par la grâce de ces vers avec recueillement comme on lit une prière même si on ne croit pas dans un au-delà. Car la poésie n’est-elle pas une nourriture nécessaire à l’âme « lorsque le ciel est à l’envers » dans les temps si troublés et si incertains que nous vivons ?

Pierrette Epsztein

La Cause littéraire


mercredi 1 mars 2017

Photos Isabelle Vaillant, textes Perrine le Querrec





Diaporama de l'exposition l'Orée d'Isabelle Vaillant. Photos Isabelle Vaillant, Textes Perrine Le Querrec, Montage Carole Colnat, Bande Son Frédérick XOonTh