dimanche 16 avril 2017
Fêtes de Pâques
| photo fruban |
Je n'ai pas de religion, parfois des interrogations et une quête spirituelle. Cependant, je sais combien le temps de Pâques, quelle qu'en soit la date selon les croyances, est une période importante pour de nombreux amis.
Je pense aussi à Fabrice pour qui ce moment avait tout son sens.
Je pense que toujours nous étions réunis en famille et que c'était alors l'occasion de réviser notre histoire sainte.
Je pense aux oeufs de Pâques que je prenais plaisir à colorer... Avec la pelure d'oignon les oeufs prennent une belle lueur ambrée ! Et dans un joli plat, ils offrent le plaisir des yeux et... nous invitent à la dégustation !
Je pense aux chocolats cachés un peu partout... Dans le jardin s'il fait beau, dans la maison par temps de pluie. Les enfants partent à la cueillette, leur panier à la main, en pyjama !
Je garde de ces moments un souvenir heureux, juste teinté de mélancolie.
© fruban
vendredi 14 avril 2017
Lettre de Fernando Pessoa à Mário de Sá-Carneiro
14 mars 1916
Je vous écris aujourd’hui, poussé par un besoin sentimental — un désir aigu et douloureux de vous parler. Comme on peut le déduire facilement, je n’ai rien à vous dire. Seulement ceci — que je me trouve aujourd’hui au fond d’une dépression sans fond. L’absurdité de l’expression parlera pour moi.
Je suis dans un de ces jours où je n’ai jamais eu d’avenir. Il n’y a qu’un présent immobile, encerclé d’un mur d’angoisse. La rive d’en face du fleuve n’est jamais, puisqu’elle se trouve en face, la rive de ce côté-ci ; c’est là toute la raison de mes souffrances. Il est des bateaux qui aborderont à bien des ports, mais aucun n’abordera à celui où la vie cesse de faire souffrir, et il n’est pas de quai où l’on puisse oublier. Tout cela s’est passé voici bien longtemps, mais ma tristesse est plus ancienne encore.
En ces jours de l’âme comme celui que je vis aujourd’hui, je sens, avec toute la conscience de mon corps, combien je suis l’enfant douloureux malmené par la vie. On m’a mis dans un coin, d’où j’entends les autres jouer. Je sens dans mes mains le jouet cassé qu’on m’a donné, ironiquement, un jouet de fer-blanc. Aujourd’hui 14 mars, à neuf heures dix du soir, voilà toute la saveur de ma vie.
Dans le jardin que j’aperçois, par les fenêtres silencieuses de mon incarcération, on a lancé toutes les balançoires par-dessus les branches, d’où elles pendent maintenant ; elles sont enroulées tout là-haut ; ainsi l’idée d’une fuite imaginaire ne peut même pas s’aider des balançoires, pour me faire passer le temps.
Tel est plus ou moins, mais sans style, mon état d’âme en ce moment. Je suis comme La Veilleuse du Marin, les yeux me brûlent d’avoir pensé à pleurer. La vie me fait mal à petit bruit, à petites gorgées, par les interstices. Tout cela est imprimé en caractères tout petits, dans un livre dont la brochure se défait déjà.
Si ce n’était à vous, mon ami, que j’écris en ce moment, il me faudrait jurer que cette lettre est sincère, et que toutes ces choses, reliées historiquement entre elles, sont sorties spontanément de ce que je me sens vivre. Mais vous sentirez bien que cette tragédie irreprésentable est d’une réalité à couper au couteau — toute pleine d’ici et de maintenant, et qu’elle se passe dans mon âme comme le vert monte dans les feuilles.
Voilà pourquoi le Prince ne régna point. Cette phrase est totalement absurde. Mais je sens en ce moment que les phrases absurdes donnent une intense envie de pleurer.
Il se peut fort bien, si je ne mets pas demain cette lettre au courrier, que je la relise et que je m’attarde à la recopier à la machine pour inclure certains de ses traits et de ses expressions dans mon Livre de l’intranquillité. Mais cela n’enlèvera rien à la sincérité avec laquelle je l’écris, ni à la douloureuse inévitabilité avec laquelle je la ressens.
Voilà donc les dernières nouvelles. Il y a aussi l’état de guerre avec l’Allemagne, mais, déjà bien avant cela, la douleur faisait souffrir. De l’autre côté de la vie, ce doit être la légende d’une caricature quelconque.
Cela n’est pas vraiment la folie, mais la folie doit procurer un abandon à cela même dont on souffre, un plaisir, astucieusement savouré, des cahots de l’âme — peu différents de ceux que j’éprouve maintenant.
Sentir — de quelle couleur cela peut-il être ?
Je vous serre contre moi mille et mille fois, vôtre, toujours vôtre.
Fernando PESSOA
P.S. J’ai écrit cette lettre d’un seul jet. En la relisant, je vois que, décidément, je la recopierai demain, avant de vous l’envoyer. J’ai bien rarement décrit aussi complètement mon psychisme, avec toutes ses facettes affectives et intellectuelles, avec toute son hystéroneurasthénie fondamentale, avec tous ces carrefours et intersections dans la conscience de soi-même qui sont sa caractéristique si marquante…
Vous trouvez que j’ai raison, n’est-ce pas ?
Lettre parue dans la revue Deslettres
Suis ta destinée (Segue o teu Destino, 1916)
Suis ta destinée,
Arrose les plantes,
Aime les roses.
Le reste est l’ombre
D’arbres étrangers.
La réalité
Est toujours plus ou moins
Que ce que nous voulons.
Nous seuls sommes toujours
Égaux à nous-mêmes.
Vivre seul est doux,
Vivre simplement,
Toujours, est noble et grand,
Sur les autels, en ex-voto
Pour les dieux, laisse la douleur.
Regarde la vie de loin.
Ne l’interroge jamais.
Elle ne peut rien
Te dire. La réponse
Est au-delà des dieux.
Mais sereinement
Imite l’Olympe
Au fond de ton coeur.
Les dieux sont dieux
Parce qu’ils ne se pensent pas.
***
Fernando Pessoa (1888-1935) (Ricardo Reis) – 1-7-1916
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| Photos du Net |
samedi 8 avril 2017
Deux fois plus vite (et autres poèmes), Aksinia Mihaylova et Irina Vasileva
http://www.cequireste.fr/aksinia-mihaylova-irina-vasileva/
Pour lire vous pouvez cliquer sur la flèche ou sur les liens
Aksinia Mihaylova
poète et traductrice, est née le 13 avril 1963 au Nord-Ouest de la Bulgarie. Elle fait ses études secondaires au Lycée de langue française et ses études supérieures à l’Université de Sofia “Saint Clément d’Ohrid”, faculté des Philologies slaves. En 1990, elle prend part à la fondation de la première revue littéraire privée Ah, Maria, où elle travaille comme rédacteur.
Auteur de six livres de poésie en bulgare :
Les Herbes du Sommeil, 1994,
Lune dans un Wagon Vide, 2004,
Trois Saisons, 2005,
La Partie la plus basse du Ciel, 2008,
Déboutonner le corps, 2011 : nomination pour le meilleur livre de poésie en 2011, Prix national de poésie Hristo Fotev, 2012 et Prix national de littérature Miloch Ziapkov, 2012,
Changement des miroirs, 2015, Prix national Ivan Nikolov pour le meilleur livre de poésie en 2015,
Ciel à perdre, en français, Gallimard, 2014, Le Prix Apollinaire 2014
Ainsi que trois livres de poèmes choisis publiés en slovaque Domptage, LIC, Bratislava (2007), en arabe En attendant le vent, Caire, (2013) et en italien Nel delta del mondo, Kolibris, 2016.
Ses poèmes sont publiés en France, Belgique, Canada, Les Etats-Unis, Italie, Espagne, Moldavie, Roumanie, Slovaquie, Serbie, Croatie, Macédoine, Slovénie, Lituanie, Lettonie, Turquie, Grèce, Egypte, Chine, Australie et Japon.
Elle a traduit plus de trente livres en poésie et en prose. Parmi les auteurs traduits : Georges Bataille, Pierre Bourgeade, Vénus Khoury-Ghata, Liliane Wouters, Guy Goffette, Sylvie Germain, Anise Koltz, Linda Maria Baros, Rose-Marie François, Jean-Claude Villain, Lambert Schlechter, Anne Wiazemsky, Alexis Jenni et d’autres.
Elle a sélectionné et traduit deux grandes anthologies :
Anthologie de la Poésie Lettonne (2008)
Anthologie de la Poésie Lithuanienne (2007).
Membre de PEN-club bulgare, L’Union des traducteurs en Bulgarie et l’Association des écrivains bulgares.
Habite et travaille à Sofia, Bulgarie.
Irina Vasileva
formée à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts à Sofia, est une artiste bulgare qui s’intéresse à une approche multidisciplinaire de création combinant scénographie, dessin, illustration, peinture, la modélisation tridimensionnelle et l’animation. En tant que scénographe elle a travaillé pour plusieurs spectacles en créant les décors et les costumes. Elle a créé les marionnettes, les costumes et la scénographie pour 3 spectacles des marionnettes, a collaboré avec plusieurs théâtres à Sofia et dans le pays et a participé dans différents festivals théâtrales.
Dans le domaine des beaux-arts elle a pris part dans dizaine d’expositions à Sofia, Choumen, Dobritch, Stara Zagora. Les deux dernières années elle a illustré deux livres pour enfants de l’auteure Zdravka Kamenova :
Bob – la petite boite en métal avec le grand rêve dedans
La chaussette qui a changé le monde.
Avec les artistes Mariana Petkova et Plamen Petkov elle a participé au projet Peinture-Poésie, lequel a abouti en 2016 à cinq livres d’artistes et une exposition dont les tableaux ont été inspirés par la poésie d’Aksinia Mihaylova. Avec le développement des technologies elle déplace ses habiletés artistiques dans l’espace virtuel. Elle s’aventure et expérimente avec la modélisation des images et des formes tridimensionnelles avec les programmes Zbrush, 3D STUDIO MAX et d’autres.
Irina Vasileva vit et travaille à Sofia.
mardi 4 avril 2017
La nuit est une rose noire, Denis Tellier et encres d'Anne-Marie Donaint-Bonave
J'ai parlé de Denis Tellier à plusieurs reprises ici.
Denis, auteur du roman "Adrien de la vallée de Thurroch", l'un des plus originaux récits sur la Grande Guerre, révélateur d'une plume talentueuse.
Denis, auteur de poèmes, de nouvelles, certains parus dans la Revue Météque.
Denis, artiste plasticien aux oeuvres proches de l'Art Hors les Normes.
Aujourd'hui, c'est le Poète qui nous parle, accompagné d'encres d'Anne-Marie Donaint-Bonave. (FR)
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| © Encre d'Anne-Marie Donaint-Bonave |
La nuit est une rose noire
La nuit est une rose noire qui hallucine mes pensées.
Elle me dévoile subitement ce qu'elle veut, et même les fourmis rouges qui aspirent son suc sur ses pétales, noircissent sur son velouté.
Les herbes des bas côtés sont grises, certaines semblent être couchées.
Les grandes armoises fléchissent leur hampe, en tête-à-tête elles dorment recourbées.
Il pleut sur les pierres vernissées, elles redeviennent orange comme au tout début de l'humanité.
L'eau de la rivière aussi me livre son miroir, elle danse et ses reflets sont sans cesse mouvementés.
Il m'est impossible de me mirer, je ne suis que soubresaut sur l'onde, désenchanté.
Ô, comme j'aimerais dans ces flots y enfouir ma tête, je lécherais cette plante aquatique se lovant dans la pénombre.
J'accrocherais autour de ma taille des fucus et des algues très longues.
Tel un poisson d'argent j'irais d'une rive à l'autre,étonné, je pourrais enfin dériver et sans sonde.
Passer à la fois dans l'éclat du soleil, à une troublante part d'ombre.
Sans retenue, d'un coup de nageoire je coulerais à pic dans des fosses profondes.
Je suçoterais les parois des sédiments, comme je le fais parfois pour une belle femme ronde.
Et je remonterais dans une gerbe jaillissante, retrouver mes mains posées là, sur le rebord du monde.
© Denis Tellier
"La nuit est une rose noire qui hallucine mes pensées"
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| © Encres d'Anne-Marie Donaint-Bonave Encres à retrouver les15,16,17 avril au salon du Livre objet d'art , de La Rochelle |
Ces encres ont été réalisées à la lecture du poème de Denis Tellier
Site d'Anne-Marie Donaint-Bonave ICI
Liens vers articles Denis Tellier, sur ce blog
Adrien de la vallée de Thurroch
Il pleut sur la fête foraine, poème
Moumi, poème
Aujourd'hui, un livre d'artiste voit le jour (5 septembre 2018), avec la collaboration de l'artiste Danielle Péan Leroux
Danielle Péan Le Roux
Prochaine Biennale Art 'Libris les 22, 23 et 24 septembre à Dives sur Mer.
J'y serai présente avec ce dernier livre d'artiste "La nuit est une rose noire" où mes fusains viennent à la rencontre d'un poème de Denis Tellier.
Si vous ne connaissez pas encore l'univers de Denis, je vous invite à y entrer...Vous y serez vite entraînés, séduits par la poésie qui s'en dégage...toujours, avec ce saupoudrage de facéties, inattendues et toujours "justes".
Un grand MERCI à vous Denis de m'avoir confié votre texte ! DPLR
Cette année en juin, Denis Tellier sortait un recueil d'aphorismes et textes courts "Un détail troublant", éd Grand M
dimanche 26 mars 2017
En mon jardin de pluie, le Silence
En mon jardin de pluie
le silence
En mon jardin de pluie
le narcisse des poètes courbe la tête
Parfois nous laissons couler nos larmes
à l'intérieur de nos cœurs
En silence
Trois énormes boules aériennes déclinent
toutes les nuances de rose
Nacre précieuse du magnolia
Nuage léger du prunus
Petites coupelles gourmandes du pêcher
Tu t'interroges
Où se rejoindre quand tes appels
restent muets
aucun écho
Le silence
Et tu laisses couler tes larmes
en secret à l'intérieur
Taire le fracas du monde
explosions à ta porte murs de prison
cris soupirs la révolte gronde
Loin des jeux politiciens immondes
enfants au regard de terreur
paroles assassinées vies confisquées
Ton amour s'envole aux quatre vents
Caresser son cœur meurtri
de tes doigts aimants
apaiser sa douleur
Comment...
Des larmes s'écoulent de ses yeux secs
en secret à l'intérieur
En mon jardin de pluie
le narcisse des poètes courbe la tête
Parfois nous laissons couler nos larmes
à l'intérieur de nos cœurs
En silence
© fruban,
le 23 mars 2017
Tous droits réservés
recueil en cours
| crédit photo fruban |
vendredi 24 mars 2017
Ode à la jeunesse, par Cristian Ronsmans
Ode à la jeunesse
C’est à la jeunesse de fonder aujourd’hui sa propre histoire, loin des idéologies. Fonder sa légende et inscrire ses utopies dans le marbre de l’Histoire.
C’est la jeunesse, nouvelle maturité, qui va balayer les vieilles lunes, les vieilles figures tutélaires. Dieu est mort ! De Gaulle aussi !
Les statues de commandeur ne sont plus que des statues !!
Aujourd’hui dans ce monde qui dépasse les « politiques qui ont de l’expérience » ces vieilles statues sont les béquilles des vieilles badernes, retranchées dans leur forteresse où ils poursuivent et fomentent, encore et toujours, l’art de cultiver les divisions, l’affrontement des contraires.
Fond de commerce des deux camps, l’affrontement des contraires, des oppositions est entretenu, dans une complicité tacite où chacun y trouve son compte. Où chacun cultive l’entre soi, au mépris du reste de l’humanité.
Aujourd’hui cette société qui a définitivement perdu la main, qui n’a pas su intellectuellement, moralement et spirituellement entreprendre sa reconversion, faire son aggiornamento en paye le prix. Celui de sa disparition ! C’est la circularité en spirale du Temps.
La jeunesse a su, par d’autres moyens, dans un progressisme constant à tous niveaux, lentement mais sûrement, asseoir sa présence désormais incontournable et sa forte parole.
Mais qu’on ne s’y trompe pas. Il ne s’agit de cette jeunesse à l’ancienne qui, à son corps défendant, faisait le jeu des bonnes vieilles politiques.
Cette jeunesse n’a plus rien à voir avec les antiques affrontements estudiantins, motivés exclusivement par les clivages sempiternels qui faisaient le bonheur des veilles badernes de l’époque.
Non ce temps est « révolu » ! Au sens « révolutionnaire ».
La jeunesse d’aujourd’hui est totalement mûre pour mener la vraie révolution culturelle attendue. Une nouvelle révolution cognitive pour une aube nouvelle.
Mais là aussi, ne nous y trompons pas, Che Guevara aussi est mort, Castro itou.
Toutes ces révolutions sont « révolues » !!
La jeunesse d’aujourd’hui ne tombera pas dans le piège du renversement de la table, de la mise à mort du ou des systèmes, avec pour ambition, comme les antiques révolutions de mettre en place son propre système, avec tous ses attributs (idéologie, nomenklatura, etc…).
Non ! Elle ne tombera pas dans ce piège mesquin, hypocrite et imbécile qui consiste à vouloir renverser un pouvoir honni pour lui substituer le sien, aux intentions masquées dans sa première période et qui se mute comme la chrysalide en système totalitaire dans sa phase de maturité.
La « révolution » ici est celle à la manière copernicienne, qui consiste à inverser le regard.
Cette révolution est une subversion du regard. Le moyen que la jeunesse se donne de sortir de la politique des politiques, par la politique.
La subversion du regard consiste à embrasser la totalité et de celle-ci dans une politique de l’entendement de créer une dialectique qui englobe toutes les parties horizontales dans l’entendement de leur particularité. .
La jeunesse d’aujourd’hui comprend enfin qu’il y a une « action » qui relève de la systémique avec la politique de l’entendement de toutes les parties et qu’alors, alors seulement, cette politique de l’entendement pourra ensemencer une politique de la raison. Une politique de la Raison est celle du Logos. De la Parole. Celle qui racontera plus tard, beaucoup plus tard, l’histoire de cette extraordinaire aventure de la politique de l’entendement.
La jeunesse d’aujourd’hui est en mesure de créer de nouveaux mythes et construire une coopération, prélude indispensable, à l’objectif final d’amour, de solidarité et de fraternité.
C’est à une immense aventure que nous convoque notre jeunesse. Une aventure qui nous dépasse et moi en premier.
Je crois cependant qu’il est des sociétés, des peuples qui plus que tout autre et ils l’ont montré tout au long de leur histoire que l’aventure était leur étendard et leur fierté.
Au pays du Vendée Globe, au pays de ceux et celles qui admirent et aiment ses grands aventuriers, comment pourraient-ils résister à cet immense défi sans se renier ?
Je sais que l’influence des temps anciens qui est, en ce moment même, arrivée à son terminus, tente encore son va tout dans cette incantatoire incantation : « Mais où allons-nous ? Quel objectif ? Ils sont bien incapables de le dire ».
Je ne crois pas que ce soit une bonne question car elle est forcément avec ou sans réponse, celle qui dit déjà : « Non !!! ».
© Cristian Ronsmans
le 23 mars 2017
J'ai souvent parlé ici de Cristian Ronsmans, écrivain à la plume tantôt malicieuse, humoristique, tantôt grave, comme dans cette Ode à la jeunesse.
Cristian est avant tout un ami, toujours attentif à ce que j'écris, principal lecteur de mes poèmes. (FR)
mercredi 22 mars 2017
Ephémère éclipse à coeurs croisés
Ephémère éclipse
à cœurs croisés
Le tout petit jour arrive et découvre le lointain
Je ne sais ce qui se cache derrière le voile noir de la nuit
Nacre rose en boutons le magnolia se déploie
L'or jonquille éclabousse un matin cendré
Ce printemps n'en finit pas de se préparer
Le manque de toi
Les échos d'Istanbul
Paralysent l'ivresse du renouveau
Je compterai les jours les heures les minutes
les secondes d'éternité
L'absence et le silence des mots ne sont rien
Mon souffle est dans la tendresse de nos cœurs
L'aube est là ses lumières annonciatrices d'une belle journée
Les jonquilles vont se régaler
On me dit le vent vif annonce la venue de la semaine sainte
Toujours froide et maussade
Le merle siffleur continue ses appels moqueurs
Je le crois amoureux
Et moi je me moque du calendrier religieux
Ce soir encore les éoliennes clignotent rouge
Le tout petit jour arrive et découvre le lointain
Je ne sais ce qui se cache derrière le voile noir de la nuit
©fruban
le 18 mars 2017
| photos fruban |
dimanche 19 mars 2017
Trop d'ailes, poème de Loran
![]() |
| photo Loran |
Trop d'ailes
J'ai appris si tôt dans mon enfance,
ce pas en retrait de moi même,
pour me regarder,
pour me prendre dans mes propres bras
et tutoyer l'autistique frontière,
que parfois le monde où je gravite,
ce monde dans lequel je vis
n'a plus aucune prise...
aucun sens,
aucun intérêt...
Je me soustrais,
me dérobe,
me dégravite...
Je suis un électron libre.
Quelle heure est elle ?
Maison smoke de l'heure...
Le temps s'est cool de mes yeux,
s'inspire de mes narines
Le temps perd son temps à repeindre mes cheveux...
Quel temps fut-il ?
Je suis un photon, ici et là en même temps,
sans y être
tout en y étant pourtant...
Je suis vide et creux
débordant de cet amour
dont jeune puits me remplir...
Mon coeur saigne
de cet amour en trop peu
dont je déborde pour te noyer
me noyer.
Tu m'es si vitale, si nécessaire toute entière
que sans plénitude de toi
je choisis le vide.
Mais quelle heure est elle ?
Quel temps fait il ?
Comme un enfant placard enfin libre
je troque ma liberté psychotique,
sur la pointe des pieds,
un pied de nez dans une main
et dans l'autre une rose,
le regard facétieux et l'âme désinvolte
qui de nouveau
se désélectrise et puis
s'épuise de l'Autre...
Comme on s'emparfume d'une fleur
je m'ensommeille de toi
dans le froissement soyeux d'une étoffe légère.
Une brise marine te déposa,
papillonne surprise,
au bord de mon âme éffarée... puis te voila
paisiblement endormie contre mon coeur,
ta peau carressant la mienne à la mesure de ton souffle.
Si d'aventure je me languis de toi,
divine psyché,
je ferme les yeux et t'hologrammise
à tendre la main.
Et je tais mes silences
au son de tes couleurs de rêves.
Loran (février 2010)
le blog de Loran, Lézardes et murmures
L'Eternité à Lourmarin, par René Char
![]() |
| Camus et Char |
Texte écrit par René Char à la mort d'Albert Camus (1960) dans un accident de voiture, la nuit.
L'Eternité à Lourmarin
Il n'y a plus de ligne droite ni de route éclairée
... avec un être qui nous a quittés. Où s'étourdit
notre affection? Cerne après cerne, s'il approche
c'est pour aussitôt s'enfouir. Son visage parfois
vient s'appliquer contre le nôtre, ne produi-
sant qu'un éclair glacé. Le jour qui allongeait
le bonheur entre lui et nous n'est nulle part
Toutes les parties- presqu'excessives -d'une
présence se sont tout à coup disloquées. Routine
de notre vigilance...Pourtant cet être supprimé
se tient dans quelquechose de rigide, de désert,
d'essentiel en nous, où nos millénaires ensemble
font juste l'épaisseur d'une paupière tirée.
Avec celui que nous aimons, nous avons cessé
de parler, et ce n'est pas le silence. Qu'en est-
il alors? Nous savons ou croyons savoir. Mais
seulement quand le passé qui signifie s'ouvre
pour lui livrer passage. Le voici à notre hauteur,
plus loin, devant.
A l'heure de nouveau contenue où nous question-
nons tout le poids d'énigme, soudain commence
la douleur, celle de compagnon à compagnon,
que l'archer, cette fois, ne transperce pas.
René CHAR
![]() |
| René Char |
« La mort n'est qu'un sommeil entier et pur avec le signe plus qui le pilote et l'aide à fendre le flot du devenir. »
Les matinaux - La parole en archipel,
René Char
![]() |
| Albert Camus |
« Même ma mort me sera disputée. Et pourtant ce que je désire de plus profond aujourd'hui est une mort silencieuse, qui laisserait pacifiés ceux que j'aime. »
Albert Camus "Carnets" 1949-1959
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