lundi 18 septembre 2017

Est-ce l'automne qui frissonne , poème fruban



Est-ce l'automne qui frissonne ?



Tu attends des semaines
sans que les mots ne viennent
Ils restent muets s'enfuient à ton approche
Et pourtant tu regardes tu écoutes tu absorbes le monde
Rien. Tu te sens désertée comme terre stérile


Est-ce l'automne qui frissonne sur ta peau
qui résonne en ton cœur  __  Soudain
ils se bousculent sous ta plume
Ils arrivent en vagues et tu te souviens
Les ressacs sur le sable sur les dunes contre les rochers


Ce matin c'est l'ouverture de la chasse
Tu as la plume clouée net et ton cœur se hérisse
Vite réagir avant que la colère n'étouffe tes mots !
 Ce serait oublier notre belle et tendre complicité
Et tu sais quoi  __  Elle est là !


Quelques nuages encore indécis quant à la couleur
Les terres labourées offrent l'ocre brun
Les marguerites jaunes autant de soleils d'automne
Je m'en nourris le cœur et l'âme
Et te les offre en bouquet de tendresse.


© fruban

le 17 septembre 2017
recueil en cours

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photos fruban


samedi 16 septembre 2017

Quand pointe l'Equinoxe, poème de F.Ruban

Nous marchons en ce monde
sur le toit de l'enfer
en regardant les fleurs

Kobayashi Issa




Quand pointe l'Equinoxe



Ce n'est pas encore l'Automne flamboyant
Pas la moindre feuille jaunie
Ma jungle a gardé sa robe verte
Seuls les vents et la pluie gifflent ma peau
encore salée par les embruns
Le soleil timide retient ses rayons
Quelques colchiques s'attardent
Les hirondelles ont fui
Te lire au tout petit jour
Regard tourné vers hier


Du monde remontent des relents pestilentiels
Réfugiés rejetés à la mer
chassés de nos frontières méprisés assassinés
Les pays riches se partagent d'opulentes et insolentes fortunes
Le droit d'asile la compassion humaine
n'existent plus chez nous
Accueillir la misère est devenu indécent illégal
Que te dire à toi qui toujours a vécu auprès des déshérités



Au couchant les ciels de septembre sont peut-être
les plus colorés dans leur tourmente
Ils nous offrent leur lumière de bleu de gris de feu
Leurs formes mouvantes embrasent les paysages
de leurs flammes si caressantes
Alors je me plais à croire que la paix est possible
Je sais que toi aussi tu restes là à les contempler
Bientôt la nuit nous ouvrira ses portes



© fruban, 15 septembre 2017

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recueil en cours





photo fruban


vendredi 15 septembre 2017

Tu tiens la brume dans tes mains, poème




Tu es là papillon de jour papillon de nuit
corbac noir de l'Ardenne
Tu es là à l'ombre du gingko
regard tourné vers le ciel d'automne
Nous nous croisons sur le Vieux Pont sur les rives océanes
le long d'un canal perdu
Je te vois une plume à la main
quand les mots jaillissent comme perles
quand les mots se taisent
Tu es là encore le jour
où tu tiens la brume dans tes mains
Tu es là à l'aube au crépuscule
au cœur de la nuit
Je te vois ce jour je te vois demain
sous le soleil sous la neige sous la pluie et le vent
J'entends ton cœur tendre et malicieux
ton cœur en larmes en cris de colère


© fruban

le 13 septembre 2017

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recueil en cours





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mardi 12 septembre 2017

Anaïs Nin explique pourquoi elle écrit




Un écrivain demandait à Anaïs Nin : « Pourquoi écrit-on ? » Elle lui écrivit en réponse une lettre, qu’elle recopia dans son Journal de février 1954 :



«  Pourquoi on écrit est une question à laquelle je peux répondre facilement, me l’étant si souvent posée à moi-même. Je crois que l’on écrit parce que l’on doit se créer un monde dans lequel on puisse vivre. Je ne pouvais vivre dans aucun des mondes qui m‘étaient proposés : le monde de mes parents, le monde de Henry Miller,  le mode de Rango,  ou le monde de la guerre. J’ai dû créer un monde pour moi, comme un climat, un pays, une atmosphère, où je puisse respirer, régner et me récréer lorsque j’étais détruite par la vie. Voilà, je crois, la raison, de tout œuvre d’art. L’artiste est le seul qui sache que le monde est une création subjective, qu’il faut opérer un choix, une sélection des éléments. C’est une concrétisation, une incarnation de son monde intérieur. Et puis il espère y attirer d’autres êtres, il espère imposer cette vision particulière et la partager avec d’autres. Même si la seconde étape n’est pas atteinte, l’artiste, néanmoins, continue vaillamment. Les rares moments de communion avec le monde en valent la peine, car c’est un monde pour les autres, un héritage pour les autres, un don aux autres, en définitive. Lorsque l’on crée un monde tolérable pour soi-même, on crée un monde tolérable pour les autres.

Nous écrivons aussi pour aviver notre perception de la vie, nous écrivons pour charmer, enchanter et consoler les autres, nous écrivons pour donner une sérénade aux êtres qui nous sont chers.

Nous écrivons pour goûter la vie deux fois, sur le moment et après coup. Nous écrivons, comme Proust, pour la rendre éternelle, et pour nous persuader qu’elle est éternelle. Nous écrivons afin de pouvoir transcender notre vie, aller au-delà. Nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres, pour consigner le voyage à travers le labyrinthe, nous écrivons pour élargir notre univers, lorsque nous nous sentons étranglés, gênés, seuls. Nous écrivons comme les oiseaux chantent. Comme les peuples primitifs dansent leurs rituels. Si vous ne respirez pas à travers l’écriture, si vous ne pleurez pas en écrivant, ou ne chantez pas, alors, n’écrivez pas. Parce que notre culture n’a que faire de tout cela. Lorsque je n’écris pas, je sens mon univers rétrécir. Je me sens en prison. Je sens que je perds mon feu, ma couleur. Ce devrait être une nécessité, comme la mer a besoin de se soulever. J’appelle cela respirer. »

Anaïs Nin




Vidéo publiée par Actualitté



En 1974, pour la radio KPFK 90.7 FM de Los Angeles, elle lit une de ses lettres dans laquelle elle répondait à la question « Pourquoi écrire ? ».


Anaïs Nin, photo du Net











samedi 9 septembre 2017

Au revoir l'Océan

Au revoir l'Océan


Dernière matinée océane, un peu mélancolique... mais j'emporte dans mon coeur des images, des parfums, des bruits familiers et indestructibles. Je sais qu'en fermant les yeux se déroule un film aux couleurs de l'amour, qui va nourrir l'automne qui déjà a fait son apparition sur ma terre de forêts et de prairies où se trouvent mes racines lointaines.
Au revoir au flux et reflux des marées qui bercent mon âme parfois malmenée,
Au revoir les goélands qui s'abattent en nuées autour des chalutiers et me réveillent de leurs miaulements amicaux,
Au revoir les parfums d'iode, les embruns piquants baisers de sel,
Au revoir les traces et les empreintes sur le sable froissé,
Au revoir horizons infinis autant qu'improbables,
Au revoir, amis pêcheurs, amis retrouvés, amis rencontrés ici ou là-bas,
Au revoir ciels changeants autant que rougeoyants,
Au revoir à tous les êtres chers que je laisse ici,
Au revoir, Vous que j'aime...
Je vais savourer et enfermer pour toujours ces merveilleux instants, juste en suspens.
Déjà, la mouette rieuse s'active en rangements et préparatifs de départ !
Demain, la route sera longue longue... mais je sais que m'attendent en mon refuge de terres brunes, d'autres bonheurs, d'autres parfums, d'autres amis et... mes arbres que je vais vite caresser, enlacer, à qui je confierai les joies et les douleurs d'une femme et d'une mère.
Sans doute je reviendrai bien vite vers mon Océan toujours renouvelé... Ainsi va la Vie !


© fruban

9 septembre 2017

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jeudi 31 août 2017

Souleymane Diamanka, interview









© photo Antoine Tempé
Souleymane Diamanka dans le jardin de sa maison de Yoff à Dakar.  © Antoine Tempé





ACTUALITÉ  CULTURE  CULTURE

Souleymane Diamanka ou l'art d'"être humain autrement"

ENTRETIEN. Le poète-slameur peul sort son second album enregistré à Addis Abeba et nous accueille chez lui, à Dakar, où il s'est installé depuis un an.

PAR NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE À DAKAR, VALÉRIE MARIN LA MESLÉE

Publié le 14/11/2016 à 15:16 - Modifié le 14/11/2016 à 23:24 | Le Point Afrique



On l'avait quitté au coeur de L'Hiver peul (sorti en 2007), il revient près de dix ans plus tard avec Être humain, autrement, un album extraordinairement habité, mélange de langues, d'influences, de chants peuls à la valse en passant par un clin d'œil à Jean Gabin, où Amadou Hampâté Bâ côtoie Aragon... Le rappeur, slameur, chanteur, qui répond plus facilement au qualificatif d'artiste et de poète oral, l'a lancé sur le Net le 3 novembre sur son site.  Souleymane Diamanka est le fils de Boubacar Diamanka et de Djénéba, comme il le scande dans sa voix chaude, et c'est déjà tout un poème. Il a vu le jour sous le nom de Duadjaabi Djeneba, « le vœu exaucé de sa mère » en peul. Cette dernière a donné naissance à son fils en 1974 alors que le père, tailleur au pays, était déjà parti en clandestin pour la France, où il est devenu ouvrier chez Ford. Souleymane a 2 ans quand, avec sa mère et ses deux grandes sœurs, il le retrouve à Bordeaux, cité des Aubiers, où la famille s'installe. Il grandit en parlant peul à la maison, et en apprenant le français à ses parents. Diamanka est un de ces « héritiers de l'arc-en-ciel » (titre d'une des chansons) couleurs de peau et cultures confondues parmi lesquelles il a grandi. Et c'est ainsi qu'il rêve l'humanité au centre de sa prose poétique et musicale. Sa culture peule, le père la transmet à ses enfants sur des cassettes enregistrées à leur attention parce qu'il manque de temps pour la leur communiquer. La fille aînée de Boubakar Diamanka écrit son mémoire sur les Peuls et, quand il vient habiter à Paris chez sa sœur, le jeune Souleymane est fasciné par ce trésor. Il en fera son miel. Son premier groupe de rap s'appelle Djangu Gandhal, ce qui signifie « en quête de connaissance ». La quête n'a jamais cessé. Mais la connaissance de soi, du monde a progressé, et c'est déjà un sage quadragénaire que l'on rencontre ce début de novembre dans le quartier de Yoff à Dakar, où il est installé depuis bientôt un an avec sa femme, Sasha, présente sur l'album, et dans toute la maison aux allures de galerie d'art, dont elle assure la décoration. Diamanka vous accueille avec cette douceur sereine qui a toujours émané de lui, et dans laquelle baigne son album avec Kenny Allen, un disque particulièrement inspiré. Rencontre au tutoiement dans son « bureau atelier studio », où il passe la plupart de son temps.

Le Point Afrique : À quel moment as-tu décidé de quitter la France pour vivre en Afrique ?

Souleymane Diamanka : J'ai d'abord tout quitté pour rejoindre Sasha par amour à Addis Abeba et, là, j'ai rencontré Kenny Allen, ce musicien prodigieux avec lequel j'ai fait cet album. On est venus ensuite directement d'Addis à Dakar, nous avions pensé au Mali et l'opportunité s'est trouvée au Sénégal. C'est un projet que j'avais depuis longtemps de revenir en Afrique, j'ai passé beaucoup de temps à Bordeaux, Paris. L'Afrique, je la connaissais par mes parents et des séjours de vacances, je pensais que le moment était venu d'y vivre. Dakar est une ville super dynamique, au niveau de l'artisanat, la mode, la création, j'aime cette énergie. La force qu'il y a là, celle des femmes que je trouve incroyable, comme Aïcha Dème dans la culture. Celle d'artistes comme Felwine Sarr, qui est un carrefour humain, un musicien universitaire intellectuel qui crée des ponts entre les disciplines ; à Dakar, les rencontres entre artistes sont simples. Je côtoie beaucoup de photographes, et de danseurs, car c'est comme eux que je souhaite écrire : mettre de la perspective, du contraste dans les mots, de l'équilibre et du mouvement dans les phrases, de la virtuosité comme le danseur de hip-hop juste après un salto : « T'as vu ce que je viens de faire ? » Quoique, je tente aussi d'aller vers le plus subtil, le « devine ce que j'ai fait », comme dans la poésie d'Yvon Le Men auprès duquel j'ai beaucoup appris. Elle coule comme de l'eau, mais ne se donne pas tout de suite, alors que nos rimes de slam arrivent à la fin du vers. L'âge venant, c'est moins « t'as vu ce que je viens de faire », je vais davantage vers la suggestion (sourire).

Tu as toi-même écrit ou coécrit des livres. Je pense à ton travail avec le linguiste Julien Barret, dont paraît un nouvel essai (Tu parles bien la France, éditions L'Harmattan)...

Oui, Julien avait fait un premier livre sur le rap, sans le côté social, en s'attachant juste à la langue, en étudiant Oxmo Puccino, Booba, uniquement sur les mots. Il s'était intéressé à deux de mes chansons. Et, à partir de là, on a fait ensemble ce livre Ecrire à voix haute sur tout le lexique de mon album L'Hiver peul. Un cadeau pour moi ! J'ai arrêté très tôt ma scolarité (j'ai compris après que c'était important, l'école) et, quand je découvrais comment il nommait les figures de style, c'est comme s'il m'offrait des diplômes, moi qui n'ai que ceux de la rue. Je me trouvais en terrain d'égalité avec quelqu'un comme lui, super-diplômé, et on se comprenait. Il me parlait d'André Breton parlant d'« effet psychique instantané », et moi je lui disais qu'au quartier on parlait de « gamberge obligatoire », et j'ai appris plein de choses avec lui. Je pense aussi à l'Oulipo, que je respecte beaucoup.


Écrire des livres, est-ce un objectif pour toi ?

J'ai aussi écrit un recueil de poèmes avec le slameur polonais John Banzaï, J'écris en français dans une langue étrangère, mais maintenant, c'est différent, je travaille sur un roman, basé sur l'histoire de mon père et sur l'histoire de l'humanité racontée par les Peuls, toute cette matière qui vient des cassettes qu'il a enregistrées pour nous. Je devais terminer cet album d'abord et je vais m'y mettre davantage maintenant, mais sans me donner de date parce que passer du poème ou de la chanson au roman, c'est comme passer de la piscine à l'océan, c'est un autre travail, l'écriture romanesque.

Les slameurs débarquent peu à peu en littérature : Marc-Alexandre Oho Bambe, Julien Delmaire et, bien sûr, Gaël Faye… Qu'en penses-tu ?

Ah, c'est beau ! J'en pense que l'écriture, c'est de l'eau et qu'elle prend la forme du récipient dans lequel on la met. Le livre de Gaël, c'est le même Gaël que quand il rappe, dit un poème, répond à une interview, c'est lui, je le reconnais, dès les premières fois dans les slam sessions on se disait il y a quelqu'un, là, et de même avec Julien, Alexandre de On a slamé sur la Lune. Ça vient avec la maturité et certaines rencontres, on se croise dans des festivals avec des écrivains, Alain Mabanckou, Abdourahman Waberi, on parle ensemble. Ces gens-là nous influencent, car ils utilisent le même matériau. Yvon Le Men, en ce sens, est un vrai carrefour humain lui aussi : poète, conteur, slameur, il a toutes ces casquettes-là, et c'est beau. Il va y avoir de plus en plus de livres écrits par des gens remarqués sur les scènes slam, parce que le slam (qui veut sire schlem) est un concours et que chacun y apporte ce qu'il a.

Revenons à la musique . En 2007, tu sors L'Hiver peul, ton premier album. Depuis, on te voit sur scène, dans des films, mais c'est presque 10 ans après que paraît ton second album : tu chantes que « les poètes se cachent pour écrire ». Qu'as-tu fait entre-temps ?

Beaucoup de scène, d'écriture aussi, des ateliers, des rencontres avec des artistes. J'ai arrêté d'aller dans des slam sessions pour faire des duos avec le chanteur basque Beñat Achiary, légende vivante du chant basque. Il jouait avec Ablaye Cissoko, travaillait sur des textes de Césaire. J'ai beaucoup tourné avec leur groupe nommé Lam Dialy (dialy, ça veut dire griot en peul et en wolof avec un écho aussi en basque). Les langues se croisent ainsi, j'adore. Avec John Banzaï, on a beaucoup travaillé sur les mots comme ça. Et puis on a écrit beaucoup de morceaux avec Alex (le musicien Alexandre Verbiese) et enregistré des morceaux. C'est avec lui que j'ai commencé le travail sur les cassettes de mon père. Dans un concert live qu'on a fait à Lyon, en première partie de la tournée de Bertrand Cantat et de son groupe Détroit en 2014, on joue par exemple « Sénégal soul » : cette chanson est née d'un enregistrement que mon père avait fait à la télé, un soir où passait un concert de James Brown, et où il a joué un morceau inédit. Et, sur la cassette, on entend la vie familiale en même temps que James qui chante à la télé.  Alex a fait un super travail dessus et c'est un des morceaux que je continue à jouer sur scène.

Pour autant, toutes ces chansons ne sont pas sur un album. C'est dépassé, l'album ?

Beaucoup de morceaux que je joue ne sont pas sur les albums, je les partage sur scène. Dans mon ordi, j'ai au moins 200 chansons que les gens ne connaissent pas. Un album, c'est un cliché à un moment donné, celui d'une rencontre, d'un état d'esprit. J'ai vécu quasiment dix ans sans nouvel album parce que je n'avais pas envie de passer par tous ces intermédiaires de l'industrie du disque, et je préférais partager avec les gens. Pour être humain autrement, on est en plein dans l'artisanat numérique, on fait ça sur notre site, on invite les gens comme à la maison. Ceux que j'ai rencontrés, à Haïti, ces jeunes poètes que j'ai rencontrés là-bas, partout, ils savent qu'en un clic l'album sera chez eux. On a une vitrine internationale en ouvrant une page internet, c'est une grande, grande chance pour notre génération. On pressera les premiers CD à Lausanne, le 26 novembre, pour un festival de slam européen. Le CD et l'album vinyle viendront par la suite. Ils sont la photo d'un moment, mais moi, je vis en composant, en faisant quasiment des exercices, comme les danseurs, les gens du cirque, chercher les mots, les muscler…

D'ailleurs, dans le clip d' Être humain autrement , on te voit jongler. Pratiques-tu toujours ?

Je n'ai pas arrêté de jongler, ça me fait du bien, ça crée de l'espace dans ma mémoire et je restitue les textes plus facilement. Sais-tu que la jonglerie fabrique des neurones ? Des scientifiques étudient cela très sérieusement, et c'est vieux de 4 000 ans… J'ai fait l'école du cirque quelque temps à Bordeaux, mais je n'ai jamais arrêté de jongler et, pour ce clip, nous avons tourné avec le Fekat Circus à Addis Abeba, où a été enregistré l'album. Cela m'a donné l'occasion de reprendre la balle.

Comment ce second album est-il né ?

Par une rencontre. Pour L'Hiver peul, c'était la rencontre avec le compositeur Woodini, qui habillait les mots. Et là, j'ai rencontré Kenny Allen à Addis, je lui ai dit que j'avais numérisé des heures et des heures de cassettes de mon père avec des chants ancestraux, parce que, quand je demande à mon père qui a composé cette mélodie, il me répond : « Qui a créé l'arc-en-ciel ou le coucher de soleil ? Les mélodies sont là, et des personnes sont là qui les jouent. » Je voulais faire un album universel, et Kenny, qui est anglophone, a ressenti les mots en peul, en français. Je préchoisissais une cassette avec différentes chansons et lui, musicalement, faisait son découpage. Puis je lui traduisais les paroles de ce qu'il avait choisi. Et je commençais à écrire. On est partis des archives et de la musique qu'elles lui inspiraient, tout se faisait au studio, ensemble, je peaufinais une fois à la maison. Tout l'album s'est fait comme ça.

Est-ce que tu es parti de certains thèmes qui te tenaient à coeur ?

Je travaille avant tout sur les sonorités, la musique des mots me fait comprendre ce que j'aborde. Le fond du texte n'est pas la chose la plus importante pour moi, c'est une fois traduit en anglais, hors les sonorités, que j'ai découvert ce que j'avais dit ! Je rends hommage aux griots peuls que j'écoute depuis toujours, mes parents en sont fous, ils les écoutent comme on lit des penseurs, des historiens, des humoristes, tout est mélangé. L'ensemble de l'album s'est fait sur la musicalité plus que sur des sujets. Par exemple, la chanson « Avant avant », c'est un break beat de Kenny qui demandait une énumération, des mots qui rebondissent. J'ai choisi d'énumérer à rebours « avant ceci, avant cela » pour parler du début de tout ça. « La Montagne aux archives », c'est l'association entre les cassettes de mon père et la vue que j'avais à Addis Abeba sur une montagne extraordinaire, j'ai superposé les deux. Pour créer une autre histoire. La musique des mots, c'est ce qui m'intéresse, je la trouve aussi chez Marguerite Duras dont je dis souvent les textes Les Mains négatives ou Ecrire.  Là, j'ai eu envie sur cet album de revenir à mes premières amours, revenir au travail avec les musiciens. Kenny Allen chante dans tous les morceaux, avec un éventail de timbres de voix, il est génial, il fait tout.

Tu rêves beaucoup sur cette manière universelle d'être humain. Est-ce un choix que de ne jamais parler de la douleur ?

Je l'ai fait autrefois, je sais bouleverser les gens avec des choses dark, mais mon but, là, c'est de donner quelque chose de lumineux, donner une émotion qui ne soit ni larmes de joie ni de tristesse. Ce que je cherche est entre les deux, une belle sensation, comme dans les musiques sacrées.

N'as-tu pas peur d'avoir l'air de vivre au pays des Bisounours ?

Mon père dit que le paradis, c'est la cité des naïfs. Pour être heureux, il faut faire abstraction de beaucoup de choses ; pour vivre dans un monde meilleur, il faut de la beauté. Et, quand on est heureux, on est toujours des Bisounours. Prendre sa fille dans ses bras, c'est être heureux comme un Bisounours. Être heureux est un choix, il faut faire le tri dans les informations. Mes parents m'ont donné des notions pour être heureux, comme « c'est le plus intelligent qui pardonne ». Eh bien, à la maison, on passait notre temps à se pardonner pour être le plus intelligent. Mon père avait réussi. L'humanité ira mieux quand elle changera son lexique. Regarde le lexique des quartiers : pour parler de ce qui est beau ou bon, on dit « c'est une tuerie », « ça déchire », « c'est une bombe »: il n'y a que du négatif en fait. Quand je voyais des gens de la bourgeoisie de Bordeaux s'énerver contre quelqu'un, ils disaient « oh, il commence à me plaire celui-là », ils restaient toujours dans un lexique positif, alors que ceux qui disent « trop mortel », c'est dangereux, ça nous barricade. La vibration du mot « tuerie » n'est pas belle… Essayer d'être poète, observer l'arc-en-ciel, le coucher de soleil, oui, si tu veux, c'est une vie de Bisounours (sourire)...

Paru dans Point Afrique


Site officiel  de Souleymane Diamanka

Page FB de Souleymane Diamanka

mercredi 23 août 2017

Interview de René Magritte par Frédéric Baal (1967)

Interview de René Magritte par CARL WAÏ (alias Frédéric Baal)


 Voici l'interview de René Magritte, que j'ai réalisée en janvier 1967, sous le pseudonyme de Carl Waï, quelques mois avant la disparition du peintre. Le texte de cette interview, à laquelle René Magritte a répondu par écrit, fut publié dans ses « Ecrits complets » (Editions Flammarion, 1979).  

 D’une écriture attentive, qui va son chemin de lenteur pénétrante, René Magritte a répondu à nos questions :

— Quel rôle le sujet joue-t-il dans votre œuvre? — A proprement parler, il n’y a pas de sujet dans ma peinture. Toute chose mérite davantage que d’être considérée comme « sujet » à peindre: elle a une réalité qui n’est pas en question pour le peintre qui ne se soucie que d’interpréter un sujet d’une manière plus ou moins originale. Ce qui apparaît dans ma peinture n’est pas — non plus — une collection de « thèmes ». Le monde n’est pas constitué de « thèmes ». C’est du monde et de son mystère qu’il s’agit dans ma conception de l’art de peindre. Ma peinture consiste en des images inconnues de ce qui est connu. Elle décrit une pensée faite des apparences que le monde nous offre et qui sont unies dans un ordre qui évoque le mystère de leur réalité.

— Dans quelle mesure la peinture vous a-t-elle ouvert des perspectives que vous ne soupçonniez pas? Le monde aurait-il pour vous été moins large si vous n’aviez pas peint? — Je pense — comme quelques rares peintres, Chirico, Max Emst, par exemple — avec des figures visibles. Je pense aussi comme tout le monde avec des idées, des sentiments et des sensations. Le sentiment que j’ai du monde n’a de valeur — à mon sens — que lorsque le monde équivaut au mystère absolu. Ce sentiment est spontané et je crois que tout être humain doit l’avoir ressenti en ouvrant les yeux pour la première fois. La valeur du monde, c’est son mystère dont la perspective n’a pas d’horizon.

— Quels rapports votre vie et votre œuvre entretiennent-elles avec le mystère du monde (1)? — Comme toute chose, je vis dans le mystère. En écrivant ceci, je n’y suis pas « en droit », mais « en fait » seulement. Il faut qu’arrive un moment où soudain le mystère n’est plus un objet dont on peut parler pour que vraiment je sois dans la vérité du mystère. Ma peinture — comme toute chose — évoque le mystère, mais elle est conçue pour l’évoquer. Par conséquent, elle a une relation immédiate avec lui.

— La peinture a-t-elle accru ou apaisé votre inquiétude? — Ni l’inquiétude ni la tranquillité n’interviennent dans ma peinture. Lorsqu’un sentiment lui répond convenablement, c’est celui de voir ce que l’on regarde. Voir ce que l’on regarde est un événement où le mystère se manifeste.

— Quelle est l’importance respective de l’intuition et de la réflexion consciente dans votre création? — La réflexion ne précède pas nécessairement l’intuition, ou plus précisément l’inspiration. Celle-ci est « l’Eurêka » qui surgit après une longue recherche, mais qui peut s’imposer sans l’avoir cherché.

— Rimbaud écrit: « La main à plume vaut la main à charrue (2). » Michaux déclare, lors d’une interview: « Les êtres avec qui je me suis senti bien ne me considèrent pas comme un écrivain, mais simplement comme un homme qui cherche ce qu’est la vie (3). » Arrive-t-il que la peinture vous semble vaine et qu’elle s’oppose alors à la « vie immédiate » dont parlent Eluard et tous les Surréalistes? — La peinture considérée comme art d’agrément peut ne pas manquer de charme. Le travail qu’elle demande est lui-même un agrément (4). Peut-être le laboureur a-t-il lui aussi du plaisir en labourant la terre. Ces occupations sont vaines dans la mesure où le plaisir l’est aussi. La peinture dont « je m’occupe » est vaine dans la mesure où la vie l’est aussi.

— Quelle valeur respective accordez-vous aux trois mots d’André Breton: liberté, amour, poésie? — Une valeur suprême, lorsque la liberté, l’amour et la poésie signifient que l’impossible nous attire.

— Voudriez-vous évoquer le choc que vous avez eu, un jour de 1922, quand Marcel Lecomte vous apporta la reproduction d’un tableau de Chirico (5)? — Lorsque j’ai vu pour la première fois la reproduction du tableau de Chirico: « Le Chant d’Amour », ce fut un des moments les plus émouvants de ma vie : mes yeux ont vu la pensée pour la première fois.

— Comment réagissez-vous devant l’incapacité de l’homme à comprendre et à dominer sa condition? — Ce sont des problèmes que diverses disciplines se chargent de résoudre tant bien que mal. L’homme, en tant qu’être dans le mystère, manque de curiosité à l’égard de ces problèmes.

— Quel remède apportez-vous au défaitisme que vous avouez? — Si c’est un remède, je vis sans espoir et sans désespoir. Mon défaitisme cesserait si le mal pouvait être combattu par le bien (6).

— Accepteriez-vous d’envisager votre vie comme une quête initiatique? — Il n’y a rien de nécessaire, je crois, à apprendre.

— Qu’attendez-vous de l’humour? — Un peu de santé de l’esprit, lorsque l’humour n’est pas « vulgaire » et lorsqu’il est « magique » comme le qualifie mon ami, le poète Gui Rosey (7).

— Marcel Lecomte vient de mourir (8). Quel souvenir gardez-vous de sa présence enchanteresse et feutrée? — Je me souviendrai toujours de Marcel Lecomte comme s’il avait été, sur la terre, l’attention elle-même.

                                              *

— Pensez-vous souvent à la mort? — Non, pas plus souvent qu’à la vie.

— Estimez-vous que votre vie a un sens? — J’ignore si ma vie a un sens.

— Quelle importance accordez-vous à l’amour? — L’importance plus grande que les sentiments ont sur la raison.

— A l’art? — Très peu lorsqu’il est un but à atteindre ou déjà atteint.

— Racontez votre vie en dix lignes maximum. — En dix lignes c’est beaucoup trop pour moi.

— Quelle importance accordez-vous à l’imagination? — La même que celle qui est accordée à la pensée non soumise à l’imaginaire.

— Ne lui préférez-vous pas la pensée? — La pensée n’a de contenu réel qu’en imaginant ce qui n’est pas imaginaire. La pensée et son pouvoir ne sont pas deux termes qui permettent une préférence.

— Que pensez-vous de la société dans laquelle vous vivez? — Je doute qu’elle soit maîtresse de son destin.

— Vous sentez-vous intérieurement libre? — La liberté intérieure n’a, pour moi, qu’une existence verbale sans efficacité.

— Quelle importance accordez-vous à vos rêves? — Les rêves sont une maladie de la pensée, faciles à oublier.

— Quelles réactions éveille en vous le fait de vieillir? — Que la vieillesse ne présente pas plus ni moins d’intérêt que la jeunesse.

— Que pensez-vous du hasard? — Que tout arrive « par hasard », que ce soit prévu ou non. En réalité, rien n’échappe à la coïncidence universelle (10).

 — Que pensez-vous du désir? — Qu’il démontre 1a folie et la sagesse de l’homme.

René Magritte le 20 janvier 1967.

                                           ***

Carl Waï (pseudonyme de Charles Flamand alias aussi Frédéric Baal): Ceci n’est pas René Magritte, in Le Patriote illustré, Bruxelles, 2 avril 1967, p. 793-797, la seconde partie en fac-sim.    Le 20 janvier, en lui retournant le questionnaire, Magritte écrit à Flamand : Ci-joint, vous trouverez les réponses que j’ai données à vos questions. Je n’ai pas écrit autant que vous le désiriez, mais de ma manière et dans la mesure que je pouvais. J'espère, cependant, que pour une interview, j’en ai dit suffisamment. Quant à votre projet de film pour la télévision, je regrette que l’expérience que j’ai de ce genre de chose me fait redouter de la recommencer. Je me vois obligé de vous prier d’y renoncer: cela me causerait trop de fatigue, que je supporte de moins en moins bien...    Voir aussi : Propos, 1967.


Notes:  

l. Voir Suzi Gablik: Conversation avec René Magritte. Le passage y répondant a dû figurer dans une lettre à Suzi postérieure à son séjour chez Magritte, mais antérieure à la rédaction de son article, paru seulement en 1967 (la dernière lettre de Magritte à Gablik que nous connaissions est du 15 octobre 1963). Il est moins plausible que Magritte ait reçu, dès avant juillet 1966, le questionnaire en cause, et ait attendu jusqu’au 20 janvier suivant pour y répondre.

2. Mauvais sang, in Une Saison en enfer.    

3. Interview par Alain Jouffroy, 1959, reprise in A. Jouffroy: Une révolution du regard, Paris, Gallimard, 1964, p. 144-151, p. 148.

4. Voir lettre à Bosmans, 28 mai 1959.

5. Voir Esquisse autobiographique, note 9.

6. Le 2 décembre 1957, Magritte écrit à Rapin: Je suis un défaitiste intégral, et à ce point que je ne dispose d’aucun moyen ni désir de défendre ce défaitisme. C’est sans pessimisme ni optimisme que je peins et suis la plupart du temps préoccupé des possibilités que je pourrais découvrir. Mon défaitisme ne signifie rien, c’est un fait voilà tout... Le 25 juin 1943, déjà, Magritte écrivait: Je ne me fais guère d’illusions, la cause est perdue d’avance; pour ma part j’en prends mon parti, il s’agit de traîner jusqu’au bout une existence plutôt terne... En lui recommandant la lecture du Traité de décomposition (Paris, Gallimard, 1949), Magritte envoie à Bosmans, le 14 juillet 1963, copie de la lettre qu’il destine à Cioran (et que celui-ci n’a en tout cas jamais reçue): Votre « Précis de décomposition » est précieux pour le plaisir de le lire qu’il offre sans compter. Cependant, alors que vous traitez de l’illusion, il semble qu’il vous soit indispensable de penser que, par exemple, Bach et Shakespeare auraient été incapables d’atteindre à une certaine perfection — qui n’a rien d’illusoire — sans un pessimisme ou un optimisme qui n’ont jamais donné de génie à personne. C’est sans illusion que l’on peut affirmer qu’une perfection dans tous les domaines puisse être atteinte, puisque ces termes: perfection et illusion sont étrangers l’un à l’autre. Peut-être n’y a-t-il pas lieu de s'en réjouir ni de s’en désespérer. Le 11 août 1963, il écrit à Bosmans: En effet, les idées de Cioran sont « intéressantes » mais souvent très discutables. Ce n’est qu’au plaisir de discuter que l'on peut avoir recours s’il s’agit de vérifier de telles idées. L’auteur en question, tout compte fait, me semble « en bonne santé» et avoir le besoin de paraître malade.    Le 9 du même mois, il écrit à Marcel Lecomte: ... s’il faut rechercher des « causes » à la présence d’esprit, il me semble indifférent que l’on préfère l’attribuer à la santé ou à la maladie. Il est légitime, si l’on veut, de s’intéresser à l’état sanitaire de quelqu’un lorsqu’il échappe au néant de la pensée bornée à ce qui peut se « penser ». Mais l’on ne donne, alors, aucun prix à la pensée non soumise au néant. (Ce sont les « causes » qui sont alors censées dignes d’intérêt.)  Je remarque que Cioran préfère les « causes » opposées à la santé, à l’optimisme et à l’assujettissement aux préjugés. Si j’ai dit « romantisme » à cet égard, c’est parce qu’il s’accompagne (et rien que cela) plutôt d’un climat mélancolique que joyeux. (Mais ce climat n’est pas déterminant de beauté.) Ce qui «déterminerait » la pensée est indifférent s’il est « découvert» par une conscience scientiste. Par ailleurs, ce qui détermine toute pensée, la plus haute ou la plus basse, n’est pas à « découvrir » : il ne peut être qu’évoqué et le mot « déterminé » n’a plus de sens.  

7. L’expression figure dans le paragraphe 8 et dernier, envoyé le 19 août 1966 à Magritte, d’une étude de Gui Rosey qui sera publiée, avec des variantes, sous le titre: Divagations d'un amant maladroit, dans le Catalogue de l’exposition Les Images en soi, Paris, galerie Iolas, 10 janvier 1967.

8. Le 19 novembre 1966.

9. Le 27 mai 1963, Magritte écrit à Bosmans: Marcel Lecomte m’a montré « Le Premier Miroir » (publié in Rhétorique, n° 10, oct. 1963) et il vous en enverra une copie. Il s'agit de pierres, de la pierre, qui, dit-il, est « notre premier miroir ». L’humour de ce texte est unique, l’équivoque y atteint un degré tel que le monde manifeste le sien sans équivoque précisément. Comment est-il possible que Lecomte puisse écrire et penser de telles choses et d’autre part s'intéresser aux « sciences occultes »? Il est capable à la fois du meilleur et de la pire niaiserie...

10. Magritte écrit à Bosmans, 13 janvier 1959: Pour le « hasard », si le mot existe, la chose qu’il désigne équivaut a ce qui est désigné par le mot « ordre ». On peut démontrer que le hasard obéit à un certain ordre, qu’il est l’ordre de l'ordre, que l’ordre est dû au hasard, qu’il est tel par hasard, etc. Les surréalistes ont dit pas mal de bêtises et je crains que malgré leur génie, ils ne soient pas d'une pâte à s’en rendre compte. L’écriture « automatique » flatte naïvement cette prétention banale de connaître une expérience méthodique « d’obliger la pensée à parler », comme si l’intérêt de ce qui apparaît par l’écriture ou la peinture ne dépendait pas toujours d’un intérêt imprévisible... Le 10 décembre 1965, Magritte écrit à Scutenaire: Elle [Suzi Gablik] va faire une exposition bientôt et vous maudit à cause de votre absence délibérée dans sa ville. Elle m’a montré ses tableaux (qui sont en réalité des «photo-montages» coloriés et retouchés par elle). C’est sympathique mais, chose curieuse, alors que pour moi, elle a trouvé de beaux titres (La Joconde, L’Arc de Triomphe), pour elle, c’est par exemple: Paysage hermaphrodite, et, elle le maintient malgré ma proposition de le changer en « Le Poète de New York » — (ou par exemple: « New York, il y a mille ans »)... Le 17 décembre, au même: Suzi est un cas curieux: comme Scut, en tout bien tout honneur, elle aime des choses sans paraître savoir que certaines ne vont pas bien avec les autres. Ainsi, elle a beaucoup de considération pour ma doctrine picturale, ou plutôt (comme Scut) pour mes réalisations picturales. Mais elle en a, sinon davantage, pour les authentiques idioties picturales de, par exemple, Rausenberg [sic], dont une ordure pend au mur de son «livine». Elle aime (comme Seul) Bach and Cimarosa, mais, tout autant le Roque and rolle... Le 24 décembre enfin: Pour clarifier certaines imprécisions, je vous confie que je connais X et Z de l’école de New York très mal: en gros. Je sais à présent ce que Rausenberg « représente » grâce à un amas de laques pendu au mur de Suzi. C’était, avant cette connaissance, pour moi, un nom qui avec un ou deux autres ne représentait que la confusion mentale et sans charme de l’esprit artistique  « d’avant-garde »...  

FRÉDÉRIC BAAL·MARDI 22 AOÛT 2017








photos Frédéric Baal

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F.Ruban


vendredi 18 août 2017

Dérive n'est pas naufrage, poème fruban

                                               




Dérive n'est pas naufrage



"Ceux qui s'aiment et qui sont séparés peuvent vivre dans la douleur, mais ce n'est pas le désespoir : ils savent que l'amour existe".
Albert Camus, La Mer au plus près 
in, L'Eté - 1954)




Comment marcher dans ce jardin
Où tu n'es plus
Comment m'asseoir sur ce banc
Où tu ne me rejoins plus
Comment regarder ces fleurs
Que j'aimais cueillir pour toi
Comment caresser ma belle noire
Que pour rire tu avais surnommée Nougatine
Tout ce que je vois ici me semble étranger


Comment boire une bière dans la douceur de l'été
Sans toi elle n'aura plus la même saveur
Gorge serrée larmes sèches au fond du cœur
Regrets de ce que nous avons dit
Regrets de ce que nous avons tu
Regrets pour ces mots rebelles
Regrets pour ces fuites en avant
De violence en silences d'impatience en déferlantes
Notre barque a chaviré


Se savoir unique se croire simple passante
Se voir belle dans le miroir d'un regard tendre
Se fuir laide loin de ton sourire malicieux
Il a suffi qu'une dérive d'un soir déverse
Ses flots remplis de fiel amer
Pour que le monde n'ait plus de sens
Comment effacer comment retrouver
Comment te dire comment poursuivre
Notre chemin que je sais éternel


Peur de te parler désormais
Peur de ne plus savoir t'aimer
Peur de te perdre
Peur de me perdre
Peur de cet Amour qui me posséde
Peur de notre sensibilité à fleur de peau
Peur de ce trouble qui m'envahit quand je te vois
Peur de ne plus avoir le temps
Peur de toutes ces nuits blanches loin de toi


Comment au tout petit jour m'éveiller
Sans le souffle de tes baisers doux ou fougueux
Comment affronter l'heure suivante
Quand je ne sais où diriger mes pas
Et pourtant les mots sont là me brûlent les lèvres
Oserai-je les murmurer puis les crier ici
Quand je ne veux que les glisser au creux de ton sommeil
Oui je t'aime je n'aime que Toi
Notre éternité est là.


        © fruban

             quelques jours, quelques nuits en août 2017

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recueil en cours




Nouka dite Nougatine
photo fruban


mercredi 16 août 2017

Ami, poème de fruban





Ami
tant d'années de vie
d'instants de joies partagées
homme des terres brunes
tu m'as offert l'Océan et ses dunes
Ami
nos blessures nos déchirures
nos deuils inconsolables
nos chagrins impénétrables
si seuls nous emportèrent
sous le souffle de vents contraires
Ami
à jamais ta droiture ta fidélité
guident mes pas parfois chancelants
écartent les ronces et les épines du temps
sur les sentiers blessés
de mon coeur inconsolé


© fruban, texte et photo
août 2013



photo fruban


mardi 15 août 2017

Lettre d'adieu de Stieg Larsson à sa compagne Eva Gabrielsson





Stieg Larsson, photo du Net






Le 9 février 1977, Stockholm

Eva, mon amour,

C’est fini. D’une façon ou d’une autre, tout a une fin. Tout se termine un jour ou l’autre. C’est peut-être l’une des vérités les plus fascinantes que nous connaissions à propos de l’univers tout entier. Les étoiles meurent, les galaxies meurent, les planètes meurent. Et les gens meurent aussi. Je n’ai jamais été croyant, mais le jour où j’ai commencé à m’intéresser à l’astronomie, je pense que j’ai abandonné ce qui restait de ma peur de la mort. J’avais compris que, comparé à l’univers, un être humain, un seul être humain, moi… est infiniment petit. Enfin, je n’écris pas cette lettre pour donner une profonde leçon de philosophie ou de religion. Je l’écris pour te dire « adieu ». Je viens de raccrocher le téléphone où je te parlais. Je peux toujours entendre le son de ta voix. Je t’imagine, devant mes yeux… une belle image, un ravissant souvenir que je garderai jusqu’à la fin. A ce moment précis, en lisant ma lettre, tu sais que je suis mort.

Je veux que tu saches certaines choses. Comme je m’en vais pour l’Afrique, je sais ce qui m’attend. J’ai même le sentiment que ce voyage pourrait bien me tuer, mais c’est quelque chose que je dois faire, malgré tout. Je ne suis pas né pour rester assis sur un accoudoir. Je ne suis pas comme ça. Correction : je n’étais pas comme ça… Je ne vais pas en Afrique seulement en tant que journaliste, j’y vais surtout dans un but politique, et c’est pourquoi je pense que ce voyage pourrait causer ma mort.

C’est la première fois que je t’écris en sachant exactement quoi dire : je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime. Je veux que tu le saches. Je veux que tu saches que je t’aime plus que je n’ai jamais aimé personne. Je veux que tu saches que je dis ça très sérieusement. Je veux que tu te souviennes de moi mais que tu ne me pleures pas. Si je suis vraiment important pour toi, et je sais que je le suis, tu souffriras probablement en apprenant que je suis mort. Mais si je suis vraiment important pour toi, ne souffre pas, je ne veux pas que tu souffres. Ne m’oublie pas, mais continue à vivre. Vis ta vie. Le temps atténuera la douleur, même si c’est dur de l’imaginer maintenant. Vis en paix, mon plus cher amour ; vis, aime, hais, et continue le combat…

J’avais beaucoup de défauts, je sais, mais aussi quelques bonnes qualités également, je l’espère. Mais toi, Eva, tu m’inspires tellement d’amour que je n’ai jamais été capable de te l’exprimer…

Redresse-toi, carre tes épaules, tiens ta tête haute. D’accord ? Prends soin de toi, Eva. Va prendre une tasse de café. C’est fini. Merci pour les moments magnifiques passés ensemble. Tu m’as rendu très heureux. Adieu [en français dans le texte].

Je te dis au-revoir Eva, je t’embrasse

De Stieg, avec mon amour.


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