mercredi 15 août 2018

Tatiana Roy, hommage



J'écrivais ceci le 13 août 2012



Tatiana Roy, épouse de Jules Roy, grande poète trop souvent méconnue parce que dans l'ombre de Julius, le Grand homme... vient de rejoindre les étoiles...

Elle vivait à Vézelay, tout près de leur ancienne maison avec ses terrasses et son magnifique parc, aujourd'hui devenue Résidence d'écrivain. Je l'avais rencontrée plusieurs fois, avais assisté à une lecture de ses poèmes par elle-même et... nous avions bavardé, j'avais même osé lui demander une dédicace, un exploit pour moi !

J'ai lu son journal, ses différentes oeuvres, tant je découvrais une femme et un écrivain qui me touchait profondément.

Belle Tatiana, je vais vous relire... Je vous dis au revoir... Bientôt, j'irai vous rendre visite à Vézelay où vous devez avoir retrouvé votre Julius, votre amour et le "censeur" involontaire sans doute, de votre oeuvre. Je vous aime...



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Sommes-nous donc nés
pour affronter le Tunnel
nous débattre contre les fantômes
avant d'atteindre un Ailleurs
Alleluia de lumière
ou ténèbres éternelles ?
Port paisible
ou apocalypse muette ?
Voit-on sa chair se désagréger
dans la joie ou l'horreur?

Rose, belle rose dans ton épanouissement
que septembre apprête
dis-moi quelle âme vas-tu parer
dans cet au-delà
où fondent tes couleurs ?

Tatiana Roy
Chants de l'Inaccueillie (1997)
Préface de Jacques Lacarrière




Le ciel traîne sur la terre sa lourde graisse
la vieille chouette en son miroir
a la peau souillée de ciel.

Comment vivre face à face avec ce double
cette étrangère aux yeux de pluie ?

Dès que la quitte mon regard
elle glisse en mon âme
et saccage.

Ah ! si j'avais deux corps
celui de l'âme
celui de l'âge.

Tatiana Roy

Chants de l'Inaccueillie

p 25, éd DOMENS
préface Jacques Lacarrière








Orage à Vézelay

Seule avec le vent sur la terrasse dominant la vallée, je m'accoude
par-dessus le sépulcre de Madeleine, par-dessus les terres
mouillées, le vent est avec moi
quand grolle le choucas
l'esplanade en son décor de ruines est verte, au loin l'averse traverse l'iris du ciel, l'étoile y déroule une pavane.

J'écoute la nuit des vents, la basilique en croix noire
sur les jonchées d'orage
j'écoute vivre l'énorme chose qui n'a pas de nom
les songes qui errent autour des vieilles demeures
La chouette s'égare dans une lune de menthe et toi,
l'homme absent, tu es en moi.

S'ouvre la nuit, voici le vent de pluie, j'aime et tu es en moi
et puis voici la pluie, j'entends sa chute sur les tuiles,
son cliquetis au râtelier des marronniers.
Il pleut sur la terrasse, quelle âme en moi soudain bat de l'aile ?
Mon amour tu es en moi, j'élève vers toi la source de mon âme

Il pleut, la lune a couleur d'alun, le ciel se vêt des plumes du paon
L'aube vole ses heures à la tristesse
j'ai froid.
Mon amour vivons même si la chair n'est plus chair, avec
le cri cinglant des hirondelles au haut des tours.

Bel âge me voici, toi et moi sur la route avec ce vent d'ailleurs.

Tatiana Roy
Chants de l'Inaccueillie
( Préface de Jacques Lacarrière )





© photo fruban

"Deux pommes de pin, sphynx de pierres, gardent l'entrée de la vasque qui recueille le liquide sacré. Leur nuque bouclée s'imprègne d'une teinte de Sienne.

Le sentier se faufile entre les murets chancelants, se perd dans la clairière où des lucioles pirouettent sur la cime des herbes (...)"

Tatiana Roy
Chants de l'Inaccueillie






Où es-tu vérité ?
source d'exils
Anges noirs ou Anges clairs
je suis triste ô beauté alentour
qui te contemple?
cette antique maison
je suis l'une de ses pierres
la vieille patine de ses meubles
le temps me tourne et me retourne
comme le soleil qui roule sur le ciel.

Suis-je ces crépitements
d'oiseaux en liberté?
suis-je ce gong du coeur
dans l'errance du passé?
ou ce vrombissement de la boule d'or
des mouches au-dessus de ma tête
ou ne suis-je que ma mort
en cet arbre abattu?

Où es-tu vérité?
beauté qui surgit
entre ombre et lumière
entre chaud et froid.

Tatiana Roy
Chants de l'Inaccueillie



                                                                                           *****




Voyez mon coeur fait naufrage et mon corps le suit
il existe pourtant le baiser d'automne
celui de la main qui rêve la main qui étreint
Venez, venez - allons explorer
il y a quelque chose à trouver
entre les lèvres du dernier soleil d'automne

Venez, venez - mais où fouiller ?
- il est là caché là - qui cela ?
quoi ? un simple baiser d'automne
Peut-être est-ce les yeux des chats qui fixent dans la nuit
peut-être mon Kotik les essaime dans la vitre
ou la mort qui grave en moi ses yeux magnétiques

Qui aime le sourire aime le mystère
trouvera les bras les lèvres l'énigme et l'oubli
alors que mon corps fait naufrage et mon coeur le suit
il niche là - où donc ? Là !
Venez -cherchons - impossible ne pas trouver
le baiser d'automne dans la main qui étreint
avant que mon corps ait fait naufrage
mon coeur déjà le suit

hier aujourd'hui ou demain peine perdue.

Tatiana Roy

Ne restera qu'un peu de vent
Editions L'Or des Etoiles (p.8)


                                                                                             *****




Je prends à pleine main la masse de la nuit
et ce sont des étoiles, je déplie
la couverture du silence, et découvre
très proche et très lointaine la forme nue
de la terre
et mon voeu devient cristal
éprouvé de lumière.

L'aube oblongue
le temps de se mouvoir en elle
le couchant finitude d'une vie
fulgurant

Tatiana Roy
in, Ne restera qu'un peu de vent (éd L'Or des étoiles)




Une Mère est morte





Parfois je suis pleine de voix anciennes

le moment vient on entend Son pas

on ne voit rien dans le miroir qui n'y soit déjà

on croit vivre longtemps l'immédiat

alors qu'il file à vive allure


Et ce ciel terriblement vivant qui nous guette

par-dessus les étoiles sans jour et sans nuit

elle prie

muettes les lèvres remuent

Où s'ouvre donc cette porte

qui ne se referme que sur soi ?

O lumière ! Est-elle dehors est-elle dedans ?

peut-être l'avait-elle un instant entrevue quand la brèche s'entrebâillait ?


Les jours se suivent de si près en la souffrance

à peine un peu de nuit pour séparer

et les nuits s'emboîtent si étroitement aux nuits

les jours entre elles s'effacent.

La jeunesse en secret la visite

alors qu'elle se débat et halète

aborde l'autre rive

une icône en main.


Aux bouts d'une longue table

deux hommes qu'elle ne sut aimer

l'accueillent sur le seuil

et déposent sur son front

le baiser fraternel et glacé qui scelle leur complicité.


La tombe de ma mère conduit les pas

vers le plus haut silence


peut-être que le miroir du souvenir

n'est ni miroir ni souvenir

peut-être que les larmes d'un instant de peine

ne frémissent pas sous la chaleur d'un baiser


peut-être n'y a-t-il pas de mystère

sous cette dalle

où se penche le bouleau

peut-être que mes lèvres ne savent plus prier

et l'image s'est assombrie dans le passé

de douleur et sous la solitude


peut-être éclatera-t-il mon coeur d'un mal encore plus aigu

peut-être que la lumière usée de ses yeux

ne pénètre plus en mon âme


tu es là malheureuse telle étais-tu vivante

peut-être me pardonneras-tu





Tatiana Roy

Ne restera qu'un peu de vent








Dans Encyclopédie de la mort


http://agora.qc.ca/thematiques/mort/dossiers/roy_tatiana 



Tatiana Roy, née SOUKHOROUKOFF en Bulgarie de parents immigrés russes, a écrit et publié pendant plusieurs décennies. Journaliste, traductrice, poète, écrivaine, ayant touché à de nombreuses expressions artistiques, elle est décédée et inhumée à Vézelay en août 2012.

Tatiana a écrit Bonheurs quotidiens, Paris, Éditions Tirésias, 2000

« Être l'épouse d'un grand écrivain est une situation à la fois terrible et merveilleuse, tel devrait être notre avis, certes sommaire, mais Tatiana Roy, toute en finesse, avec malice et un immense talent, nous livre, jour après jour, ses relations jamais atones avec Jules Roy et nous irradie cette drôle d'aventure. Elle nous narre ses émois, ses peurs à rassurer, ses allégresses à partager l'ombre et la lumière de « son » Julius; alors l'écriture devient comme une empreinte à cette vie si peu commune. Elle nous dit sans fard, avec une vraie nudité, cruelle et pourtant si belle, non exhibitionniste, ses regrets de femme de lettres, parfois son calvaire de femme sensible, sensuelle, se sentant abandonnée, mais toujours chan­tant son amour pour celui qu'elle nomme « son grand écrivain de mari ». Avec elle, nous traversons sa première rencontre, un peu rude, et avec elle, nous sommes désarçonnés de l'accueil qui lui est fait, à la limite de la maniaquerie, elle si nonchalante. De page en page, elle va nous apprendre à aimer cet homme, à prendre conscience de son oeuvre, de sa sensibilité et de sa place dans l'histoire de la littérature française, de cette fin du XXe siècle ». (Éditeurs)

Unica unicae , Correspondance amoureuse entre Jules et Tatiana Roy
par Jules Roy, Tatiana Roy, Paris, Tirésias, 2007.

« Unique, tel au féminin, tel au masculin, est le souhait Unica Unicae de Jules Roy, qui nous porte dans ces pages de lettre en lettre, d'année en année. Des mots, des sentiments, des vies, des instantanés, avec les interrogations domestiques, les petits riens qui font une vie belle ou empoisonnante. Ces faits qui marquent et coulent à la rigole de la plume nous sont offerts comme une page d'écriture ou encore une maison à entretenir, une correspondance à tenir, l'empreinte du temps, l'errance d'un parcours, les angoisses de l'écrit, l'avant difficile d'un livre à faire naître et toutes ces pensées qui obsèdent l'esprit de celui qui écrit et qui pourtant espère convaincre, de sa force littéraire, tous les lecteurs. Et Jules Roy écrit et dit, et Tatiana, qui n'est pas un réceptacle, ni de ses plaintes, ni de ses joies, ni de son succès, ni de ses douleurs, devient un miroir à double face, qui renvoie à son mari son état d'écrivaine, la naissance de mots faisant oeuvre pour la littérature. Nous lirons les dépenses et ses angoisses, le train de vie, la maison à entretenir de la ville, qui est désuète et surannée, et à celle à la campagne, champêtre, à laquelle on doit garder sa magie de rêverie. Toutes ces obsessions, comme une misère sur cette quête de reconnaissance, sur ces mots à inscrire, comme pour marquer le respect que l'on porte à l'autre, comme si on prenait soin de sa propre personne ». (Éditeurs)

Ne restera qu’un peu de vent
Poèmes de TATIANA ROY

Ce troisième recueil de poèmes de Tatiana Roy, qui vit à Vézelay depuis vingt-cinq ans, témoigne d’une inaltérable sensibilité au lieu, à son charme entêtant. C’est le Vézelay d’automne et
d’hiver qui est transcrit ici, pluvieux et presque « slave », habité de rares figures, plus animales qu’humaines. Les poèmes sont imbibés de mélancolie sans pathos : une ambiance singulière se dégage, alliage de simplicité et de profondeur. La perspective de la mort n’est pas niée ou rejetée, elle est intégrée au paysage, à sa place…

En attendant l’éternité, poèmes, Grasset, Paris,  1972 
              Châteaux d’Exils, roman, Balland, Paris, 1988

Chants de l’inaccueillie, poèmes, préface de Jacques Lacarrière, Domens, Pézenas, 1997


L’Ane sur la colline, récit, L’Or des Etoiles, Vézelay, 2001















jeudi 9 août 2018

Chant des baleines, de Domi Bergougnoux











Chant des baleines



Mon très grand mon tout petit
Mon enfant perché
Entre le Très haut et le Très bas
J’adresse ces mots friables à ton silence de granit
Je vole à la nuit la rondeur de la lune,
qu’elle te berce dans sa lumière ambrée

Je me dois de chanter à la surface des heures lentes
De ramener ton âme éperdue
Au centre de ce qui de toi dérive et se dilue

Mon tout petit mon très grand
Dans cette nuit glacée où tout paraît hostile
Je n’ai que mes mains trouées à te tendre
L’écorce de mon cœur de silice et de quartz
a volé en éclats acérés dans l’azur assombri
en copeaux dispersés sous un soleil de plomb

Reste mon chant de baleine sous l’océan flou
le silence sacré et le psaume très doux
de mon amour inconditionnel de mère
Pour bercer ta douleur d’être au monde.

Domi Bergougnoux,

Où sont les pas dansants ?
[préface de Robert Notenboom, autoédition, 2018]









Dans Recours au poème 


Dominique Bergougnoux


Dominique Bergougnoux vit en région parisienne. Elle a exercé plusieurs métiers : chargée de communication, professeur de lettres, et orthophoniste. Enfant, elle a dévoré tout le rayon poésie de la bibliothèque municipale, des poètes francophones aux traductions de poètes du monde entier. L’art du haïku, auquel elle s’est  intéressée bien avant qu’il soit à la mode, a influencé son écriture dans sa recherche du dépouillement. Elle est revenue à l’écriture depuis 2 ans, après des années consacrées au chant.

A  publié :

Où sont les pas dansants , 2017
A rebrousse-cœur/ Poètes du temps présent, 1981 (Ed. La pensée universelle), in Revue Les cahiers du détour/Silence n°5, 2000 (Ed. Acerma).
A participé à l’ouvrage collectif de haïkus « L’Herbier » (Ed. Graines de vent)

Depuis 2015, elle poste régulièrement ses textes récents sur sa page Facebook. (domi.bergougnoux). Plusieurs textes ont été publiés récemment  par les revues Le Capital des Mots, 17 secondes, Lichen et sur le site Accents poétiques. Un article prévu dans la rubrique Découverte de la revue Possibles en mars 2018.



Dans Revue Possibles , de Pierre Perrin

mercredi 25 juillet 2018

Je pense que tout est fini et autres poèmes, Alain Borne

Alain Borne
1915-1962






Je me couche dans la poussière, les yeux fermés

La nuit sera totale, tant que l'aube

Et le grand jour de ta chair

Ne passeront pas au-dessus de moi

Comme un vol de soleils. 

Alain Borne








Je pense que tout est fini


Poème dédié à Paul Vincensini.


Je pense que tout est fini
Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile
Je pense que cela est amer et dur
Je pense qu’il reste dorénavant surtout à mourir.

Je pense que l’obscur est difficile à supporter après la lumière
Je pense que l’obscur n’a pas de fin
Je pense qu’il est long de vivre quand vivre n’est plus que mourir.

Je pense que le désespoir est une éponge amère
qui s’empare de tout le sang quand le cœur est détruit.

Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est immense
et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages.

Je pense qu’il n’y a qu’un visage pour mes yeux

Je pense qu’il n’y a pas de remède

Je pense qu’il n’y a qu’à poser la plume
et laisser les démons et les larmes continuer le récit
et maculer la page

Je pense que se tenir la tête longtemps sous l’eau finit par étourdir
et qu’il y a de la douceur à remplacer son cerveau par de la boue

Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur
est de devenir enfin aveugle sourd et insensible.

Je pense que tout est fini.



Alain Borne (1915-1962) –

L’amour brûle le circuit (Club du Poème, 1962) – Œuvres poétiques complètes (Curandera, 1980-1981)



                                                                             ***



Mes lèvres ne peuvent plus s'ouvrir

que pour dire ton nom

baiser ta bouche

te devenir en te cherchant.

Tu es au bout de chacun de mes mots

tu les emplis, les brûles, les vides.

Te voici en eux

tu es ma salive et ma bouche

et mon silence même est crispé de toi.

Je me couche dans la poussière, les yeux fermés

La nuit sera totale, tant que l'aube

Et le grand jour de ta chair

Ne passeront pas au-dessus de moi

Comme un vol de soleils.

Alain Borne




 « Pour moi la poésie seule est la vie, tout le reste est subsistance »



Je sais que vous veillez dans cette nuit si blanche

Qu’on croirait un verger assailli par le vent

Et l’heure des lampes devient douce

Si votre ombre descend sur la plage d’un livre

Si votre souffle éveille la charbon du poème

A la vie de la flamme.



Peut-être suis-je seul avec ma blessure

Et mon sang qui écrit

Peut-être suis-je loin de vous

De ce visage dont j’existe

Et de ces mains ravies à l’écume des astres

Et de ce corps si pur et sans baiser

Peut-être

Et j’envie votre chambre

Qui peut vous voir sans cesse

Cette table ces livres et la couleur du mur

Et la fenêtre où le visage du soir écrase sa noirceur

Et l’eau qui coule entre vos doigts

Sans souvenirs ni pensée.



« Ô je vous aime

Ma solitude crie à travers ce papier

Comme dans le château

La voix du prince vers la belle endormie.



Ô je vous aime

Ma solitude crie et tend ses mains lointaines

À tâtons vers vos mains

Je ne veux plus de ce poème

Ni du mensonge de mon rêve

Mais le pain de vos lèvres

Mais le vin de vos yeux


Mais l’air de votre souffle. »

extrait de "C'était hier et c'est demain", éd. Seghers, 2004



                                                                                        ***       




La nuit me parle de toi



La nuit me parle de toi

elle ne me donne pas de rêves

pleins de femmes transparentes

mais elle m'apporte ton image

afin que ton absence

ne m'étrangle pas tout à fait.



Elle voit avec scandale

que je n'ai pas ton corps dans mes bras

et elle allonge près de moi

le fantôme de ta peau.



Elle me dit

qu'à force de t'aimer tu m'aimeras

et qu'ainsi cessera ma longue insomnie

sur ta présence réelle

et sur ton vrai sang.



Il le faut



Il  le faut

il le faudra un jour



Nous saurons inventer

Tout sera pur comme l'hiver



Personne n'aura su avant nous.

Nos craintes seront plus douces qu'une ombre blanche.



Ce sera comme si nous avions invité

d'invisibles colombes

à voler avec nous.



Ce sera comme si nous habitions le feu de leurs ailes

avant de ne plus savoir

qui nous sommes l'un de l'autre.


Poèmes à Lislei (Seghers 1946)



                                                                                  ***




Bibliographie


2001  Terre de l’été suivi de Poèmes à Lislei  « Editinter »

2001 Un brasier de mots  - Poèmes inédits Voix D'encre

2002  L’eau fine suivi de En une seule injure  « Editinter »

2003  Poèmes d’amour ( Anthologie )  «  le cherche midi »

2003  Encres  « Atelier du hanneton »

2006  La nuit me parle de toi éditions Le trident Neuf



« L'Amour, la Vie, la Mort : deuxième anthologie de poèmes inédits », Voix d'encre, 1994.

Les « Œuvres poétiques complètes », aujourd'hui épuisées, ont été éditées en deux volumes par les éditions Curandera, en 1981.




Quelques poèmes sur le site Esprits nomades





mardi 24 juillet 2018

Le chant des anges, de Xavier Lainé



J'ouvre mes persiennes

Mes yeux frémissent

Je peine à y voir clair



Serais-tu mon soleil

Mon astre mon guide



Nous marchons

Nos pas s'enfoncent dans les vagues

Sous l'orage



Un chant de goéland étincelle

Droit dans l'azur



Nous partons

Enfin libérés

Vers les cieux si purs

         p 12-13





Chaque jour est une vague, effaçant nos traces sur le sable
Chaque jour est une page blanche où tout reste à écrire
De vague page blanche en rêves respirables
Chaque jour, dans l'ivresse de la lumière, tout est là, dans un sourire.... p 29



Demain je t'attendrai, blotti entre les bras noueux d'un olivier millénaire.
Sous la caresse du vent, j'attendrai un signe de ta plume, un soupir dans l'écoulement du temps. Je dessinerai dans l'espace le mot amour, en lettres de noblesse.(...) p 39




Le temps n'avait plus de prise

Son aile battait à tout rompre sur nos bras enlacés p 54








Blog de Xavier

http://latelierdupoete.blogspot.com/2018/07/le-chant-des-anges.html#comment-form






Autre parution chez L'Harmattan





mercredi 18 juillet 2018

Notre éternel été,Albert Camus-Maria Casarès




Albert Camus & Maria Casarès• Crédits : Bettmann / Roger Corbeau/Hulton Archive - - Getty





"Notre éternel été" Albert Camus-Maria Casarès, correspondance 1944-1959, création pour France Culture

Réalisation : Alexandre Plank
Collaboration artistique  : Valérie Six

Avec Isabelle Adjani & Lambert  Wilson
Accompagnés au violoncelle par Raphaël Perraud, violoncelle solo de l’Orchestre National de France.

Le temps d’une soirée unique mais, pour deux représentations exceptionnelles, Isabelle Adjani et Lambert Wilson incarneront, pour France Culture sur la scène du musée Calvet, la correspondance amoureuse, artistique et intellectuelle qui relia Albert Camus et Maria Casarès jusqu’à la veille de la mort de l’écrivain. Cette correspondance a été publiée en 2017 par Catherine Camus.



Nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes reconnus, nous nous sommes abandonnés l’un à l’autre, nous avons réussi un amour brûlant de cristal pur, te rends-tu compte de notre bonheur et de ce qui nous a été donné ?

                                                                                               Maria Casarès, 4 juin 1950

Egalement lucides, également avertis, capables de tout comprendre donc de tout surmonter, assez forts pour vivre sans illusions, et liés l’un à l’autre, par les liens de la terre, ceux de l’intelligence, du cœur et de la chair, rien ne peut, je le sais, nous surprendre, ni nous séparer.

                                                                                         Albert Camus, 23 février 1950

Comment ces deux êtres ont-ils pu traverser tant d’années, dans la tension exténuante qu’exige une vie libre tempérée par le respect des autres, dans laquelle il avait « fallu apprendre à avancer sur le fil tendu d’un amour dénué de tout orgueil », sans se quitter, sans jamais douter l’un de l’autre, avec la même exigence de clarté ? La réponse est dans cette correspondance.             
Merci à eux deux. Leurs lettres font que la terre est plus vaste, l’espace plus lumineux, l’air plus léger simplement parce qu’ils ont existé. »

                                                                                                             Catherine Camus



Assistante à la réalisation : Louise Loubrieu
Equipe technique : Pierric Charles et Emilie Couet

La Correspondance 1944-1959 d’Albert Camus et Maria Casarès est publiée chez Gallimard.

Découvrez également le livre audio, paru chez Gallimard


Diffusé sur France Culture, le 17 juillet 2018 (20h)




















Isabelle Adjani et Lambert Wilson ovationnés à Avignon © S.Jouve/Culturebox

Article dans Culturebox


Avignon : Isabelle Adjani et Lambert Wilson brûlants d’amour en Casarès et Camus






Sophie Jouve  Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse


Mis à jour le 17/07/2018 à 22H22, publié le 14/07/2018 à 11H32


Un amour brûlant souffle sur la nuit d’Avignon, un moment de grâce : Isabelle Adjani et Lambert Wilson prêtent leur voix à Maria Casarès et Albert Camus, qui ont entretenu une correspondance passionnée jusqu’à la mort de l’écrivain. Une correspondance publiée en 2017 aux éditions Gallimard.

La cour du Musée Calvet est prise d’assaut ce vendredi 13 juillet. Lambert Wilson, chemise blanche, s’assied en bord de scène, Isabelle Adjani, longue robe hippie chic, en retrait, dos au public. C’est elle qui lit la première lettre de cette correspondance amoureuse, artistique et intellectuelle qui durera 15 ans (1944 et 1959). Elle rejoint Camus, qui souffre de poussées de tuberculose, chez lui rue Vaneau à Paris. "Il évoquait l’Algérie et ses plages, les parties de foot et les baignades".

Plus tard, à partir 1948 : "Ce que tu es est ce que j’aurai rêvé d’être si j’étais né homme" (…) "Je te veux partout, en tout et tout entier" (…) "Mon désir de toi s’exaspère et m’exaspère" (…) "Décidément, loin de l’intelligence je me fane".


L'émotion de la petite-fille de Camus

C’est un très émouvant voyage que nous ont offert Isabelle Adjani et Lambert Wilson, ovationnés par le public. La petite fille d’Albert Camus, Elisabeth Maisondieu ne peut retenir ses larmes :
C’est très beau, mais c’est dur, c’est très difficile de réaliser quelque chose dont on n’a pas été le témoin. Ces voix très belles humanisent et viennent toucher. Cet amour, cette relation, est désormais complètement intégrée dans notre famille, que Camus ait aimé Maria Casarès. Maria fait partie de notre vie, de notre imaginaire. Il n’y a pas du tout de jugement. Cette relation, je n’avais jamais plongé dedans avant la publication de ces lettres en 2017. C’est une relation passionnelle qui est magnifique.

Elisabeth Maisondieu Camus




Lire la suite ICI



Emission du 12 juillet sur France Inter 


La Marche de l'Histoire, par Jean Lebrun






lundi 9 juillet 2018

jeudi 5 juillet 2018

Des jours de pleine terre, de Pierre Perrin



Qu’est-ce qu’un ami, sinon celui qui brise le silence le premier ? S’il échoue, le silence ne l’arrête pas. Il appelle encore, incrédule, par une foi fichée au cœur, il vit. Un tel ami tient dans la main, les doigts de la main, tant s’évapore la poésie que nul ne lit.
P.Perrin





Sophie Brassard, 2018  (couverture)








Naissance

Qui sait quand la vie commence ? Si souvent, la beauté en ravive le souffle. Au secret, pourtant, depuis des semaines, une voix d’entre la peau si douce au cœur berce ma vie d’inconscience.
Quel trait de feu me frappe ? Que font, tout à coup, ces doigts, ces mains à m’agripper, à m’arracher ? La lumière pleut à verse. Fœtus à demi-défunt que je fais, c’est pendu par les pieds qu’on m’établit, sur terre, pour vivre avec les hommes. J’entends mal ; je crie à crever mes tympans.
J’ai froid, où brûlent ma narine et ma glotte. J’ai les plus grands maux à trouver la gorge, déjà de glace, de ma mère, au plus beau jour de sa vie.
On nous a séparés.
Pire qu’un drôle d’air tombé du ciel, sans paroles ni partition, un vers luisant juste bon à crisper les doigts, je cherche le bonheur.





Premier de corvée

Aux premiers de corvée, les meilleurs, qui ne pensent qu’à bondir, de la luzerne vers la mer, tellement la caresse n’a pas de nom, les proverbes tiennent lieu d’apprentissages. La détente lourde, chacun titube à l’abreuvoir. On entend déjà la raison égarée, l’époque abrutie. Les insolents accrochent des boîtes de hannetons aux queues des chats. Ils pissent debout par la bonde des barriques.
Quand on s’élance, dans l’aube et la rosée, l’ombre est de trop. Quand les poires et puis les noix gaulent l’étrange cortège des absents, la Toussaint venue, les prières tues, nul ne distinguant personne sous les dalles de marbre, on s’efface derrière une ardoise neuve. On suppute, à la façon de se taire, la violée et les benêts saisis au pantalon. On recule derrière ses nerfs, dans une danse qu’on imagine unique ; elle l’est le temps de reprendre pied, le rêve en morceaux.
Quelle plainte effacerait ce sifflement noir des jours noirs, cette cendre dans la bouche, cette crucifixion du lit défait, quand la pluie enivre debout et que la solitude siffle encore et tire par la manche ?



Confiance

Où va l’humble, le vent se tait, la lune brille. Des oiseaux dans le ciel, au ventre affamé, plein d’ardeur, d’autres amours chevauchent des trous noirs.
Trop de mystères attisent la cécité, la suffisance.
Certains, de ferme assurance, crèvent sous eux tout ce qu’ils grimpent et dévalent. Du cri levant l’aube aux frappes de l’atome, rien ne peut leur échapper.
Ils comptent, mieux que l’enfant ses billes, les milliards d’années-lumière que la vie leur doit ; et ils formatent le monde à l’aune de leur désir.
Ils chargent et déchargent, peu importe quoi. Ils enjambent, fouissent, déchaussent à peine les lunettes pour dormir, bouffent à crever d’aise.
Qu’ils vibrent, explosent et se recomposent ! Ils se font un honneur de tout écraser !
L’espoir en écharpe, le fol écolier se prend au jeu des mille et un cercles de l’abandon. Son bonheur est de croiser près d’une source, en forêt, une biche, la folle peur à la beauté jointe, qui s’enfuit, hélas !
Va pour tout perdre – mais le don d’amour, mais la plénitude ?



Pierre Perrin, Des jours de pleine terre






D'autres très beaux poèmes dans ce recueil en ligne, mais aussi extraits de recueils publiés.
Le plan du site vous permet de naviguer. Non seulement à travers les écrits de Pierre, mais de très nombreux poètes, écrivains, qu'il nous permet de découvrir ou de relire.
Notamment sur la revue Possibles qui paraît en ligne tous les mois.





Vous pouvez lire les autres poèmes sur le site de Pierre Perrin ou sur Calaméo ci-dessous








J'ai consacré sur ce blog un article au roman de Pierre Perrin, Une mère- le cri retenu (Cherche midi éditeur)



Quelques livres de Pierre Perrin


ICI


lundi 2 juillet 2018

Facebook Park





Facebook Park........ ceci n'est pas un poème


..................... mieux que Philae et Rosetta




Planète mystérieuse, prometteuse, délicieuse, trompeuse, menteuse

où je débarquai en 2009, pour l'amour d'un groupe de rock

Noir Désir... eh oui ! Pour Ferré aussi, hé hé !

Repliée dans ma douleur de mère orpheline, fuir une réalité injuste et cruelle,

fermer ma porte et mon coeur à ma vie d'hier.

Et je naviguai je naviguai dans une galaxie inconnue, parmi les trous d'ombres et de lumières.

Des rencontres et des découvertes fabuleuses, malicieuses, délicieuses, amoureuses,

trompeuses, vicieuses, menteuses.

Des portes s'ouvraient, d'autres se refermaient,

de cavernes d'Ali Baba, de Charybe en Scylla.

Et je naviguais je naviguais, de zones lumineuses en gouffres noirs.

Que d'hypocrisies, de mensonges, de faux-semblants, de paroles convenues, d'exclamations et de cris

d'amour !

Aussi fougueux que pernicieux !

Que d'avatars trompeurs, manipulateurs !

J'ai souri, poussé des cris, versé des larmes,

naïve et sotte que j'étais !

Trop vraie, trop confiante, trop authentique,

pour ces chorégraphies acrobatiques !

Je me suis égarée

bien des fois,j'ai voulu quitter le vaisseau intersidéral.

Mais je naviguais je naviguais...

Pour la Poésie et les poètes rencontrés au bout de chaque tunnel.

Pour les Amis qui aujourd'hui encore, accompagnent mes errances,

fidèles, chaleureux, généreux.

Avec eux je voyage jour après jour, entre la Terre et la planète du Net.

Chaque silence est habité, les coeurs purs et aimants.

Les passants passent,

les voyeurs voient,

les tricheurs trichent,

les menteurs mentent,

les affabulateurs écrivent leurs fables...

Et je navigue je navigue, évitant les zones d'ombres et les trous noirs,

préférant le gris qui sourit

me méfiant du blanc qui ment.

Je sais que sur cette planète vivent des petits princes aux yeux clairs ou mélancoliques, aux coeurs purs,

de merveilleuses fées à la baguette magique qui créent la Beauté

Ils savent frapper à ma porte pour mieux m'ouvrir la leur.

Leurs sourires, leurs cris de colère, leurs craintes, leurs révoltes,

sont pétris dans la chair et le sang, bien vivants, tout puissants.

Pour eux, je remercie cette galaxie mystérieuse !

Je sais que demain et après-demain, je naviguerai je naviguerai...

Je partagerai mes jardins secrets avec tous les petits Poucets rêveurs

qui sèment, ici ou là, leurs petits cailloux poétiques, parfois véritables diamants,

qui tissent des fils de couleurs aux reflets d'arc-en-ciel,

lorsque le Monde devient lourd,

que le ciel se fait sombre.

Avec eux demain, nous peindrons ta galaxie Facebook,

sur les sentiers escarpés, loin des autoroutes usurpées.


                                                                          Commediante, tragediante !


© fruban













dimanche 1 juillet 2018

Rainer-Maria Rilke, Les Fenêtres





I

Il suffit que, sur un balcon
ou dans l’encadrement d’une fenêtre
celle que nous perdons
en l’ayant vue apparaître.

Et si elle lève les bras
pour nouer ses cheveux, tendre vase:
combien notre perte par là
gagne soudain d’emphase
et notre malheur d’éclat !

II

Tu me proposes, fenêtre étrange, d’attendre;
déjà presque bouge ton rideau beige.
Devrais-je, ô fenêtre, à ton invite me rendre ?
Ou me défendre, fenêtre? Qui attendrais-je ?

Ne suis-je intact, avec cette vie qui écoute,
avec ce cœur tout plein que la perte complète
Avec cette route qui passe devant, et le doute
que tu puisses donner ce trop dont le rêve m’arrête ?

III

N’es-tu pas notre géométrie,
fenêtre, très simple forme
qui sans effort corconscris
notre vie énorme?

Celle qu’on aime n’est jamais plus belle
que lorsqu’on la voit apparaître
encadrée de toi; c’est, ô fenêtre,
que tu la rends presque éternelle.

Tous les hasards sont abolis. L’être
se tient au milieu de l’amour,
avec ce peu d’espace autour
dont on est maître.

IV

Fenêtre, toi, ô mesure d’attente,
tant de fois remplie,
quand une vie se verse et s’impatiente
vers une autre vie.

Toi qui sépares et qui attires,
changeante comme la mer, –
glace, soudain, où notre figure se mire
mêlée à ce qu’on voit à travers ;

échantillon d’une liberté compromise
par la présence du sort;
prise par laquelle parmi nous s’égalise
le grand trop du dehors.

V

Comme tu ajoutes à tout,
fenêtre, le sens de nos rites:
Quelqu’un qui ne serait que debout,
dans ton cadre attend ou médite.

Tel distrait, tel paresseux,
c’est toi qui le mets en page:
il se ressemble un peu,
il devient son image.

Perdu dans un vague ennui,
l’enfant s’y appuie et reste;
il rêve…Ce n’est pas lui,
c’est le temps qui use sa veste.

Et les amantes, les y voit-on,
immobiles et frêles,
percées comme les papillons
pour la beauté de leurs ailes.

VI

Du fond de la chambre, du lit, ce n’était que pâleur qui sépare,
la fenêtre stellaire cédant à la fenêtre avare
qui proclame le jour.
Mais la voici qui accourt, qui se penche, qui reste:
après l’abandon de la nuit, cette neuve jeunesse céleste
consent à son tour!

Rien dans le ciel matinal que la tendre amante contemple,
rien que lui-même, ce ciel, immense exemple:
profondeur et hauteur!
Sauf les colombes qui font dans l’air de rondes arènes,
où leur vol allumé en douces courbes promène
un retour de douceur.
(Fenêtre matinale.)

VII

Fenêtre, qu’on cherche souvent
pour ajouter à la chambre comptée
tous les grands nombres indomptés
que la nuit va multipliant.

Fenêtre, où autrefois était assise
celle qui, en guise de tendresse,
faisait un lent travail qui baisse
et immobilise….

Fenêtre, dont une image bue
dans la claire carafe germe.
Boucle qui ferme
la vaste ceinture de notre vue.

VIII

Elle passe des heures émues
appuyé à sa fenêtre,
toute au bord de son être,
distraite et tendue.

Comme les lévriers en
se couchant leurs pattes disposent,
son instinct de rêve surprend
et règle ces belles choses

que sont ses mains bien placées.
C’est par là que le reste s’enrôle.
Ni les bras, ni les seins, ni l’épaule,
ni elle-même ne disent: assez !

IX

Sanglot, sanglot, pur sanglot !
Fenêtre, où nul se s’appuie!
Inconsolable enclos,
plein de ma pluie !

C’est le trop tard, le trop tôt
qui de tes formes décident:
tu les habilles, rideau,
robe du vide !

X

C’est pour t’avoir vue
penchée à la fenêtre ultime,
que j’ai compris, que j’ai bu
tout mon abîme.

En me montrant tes bras
tendus vers la nuit,
tu as fait que, depuis,
ce qui en moi te quitta,
me quitte, me fuit….

Ton geste, fut-il la preuve
d’un adieu si grand,
qu’il me changea en vent,
qu’il me versa dans le fleuve ?






Van Gogh – La Charcuterie – 1888






Ce soir mon cœur fait chanter
des anges qui se souviennent...
Une voix, presque mienne,
par trop de silence tentée,

monte et se décide
à ne plus revenir ;
tendre et intrépide,
à quoi va-t-elle s'unir ?

«C'est le premier poème de Vergers, écrit autour du 1er février 1924 ; il dit, avec une espèce de joie étonnée et reconnaissante, que la poésie recommence, que l'excès du silence est rompu ; en fait, pour Rilke comme pour beaucoup d'autres poètes, que le souffle, que la vie vous sont rendus. Parce que l'on a cessé d'être enfermé en soi-même. [...]»
Philippe Jaccottet.


GALLIMARD


Vergers suivi de Quatrains valaisans, Les Roses, Les Fenêtres et de Tendres impôts à la France
Préface de Philippe Jaccottet

Collection Poésie/Gallimard (n° 121), Gallimard
Parution : 02-02-1978

mardi 26 juin 2018

Cristina Castello, poèmes extraits de Soif




Semences



Prisonnières. On va nous emprisonner. Elles et moi
Elles. Des milliers de milliers d’âmes sveltes
qui avec moi sont contrebandières
De valeurs. D’utopies possibles. D’art.
Art. Négation de la finitude humaine.
Vivre sans masque est désir de beauté.

C’est mon rêve de toujours vigilante pour les rêves.
C’est une soif de mains ouvertes.
Cette soif si grande qu’elle m’étouffe.
Je veux que chaque fenêtre éclaire un violon, un piano, une harpe.
Que’ en toutes avenues du monde
des sculptures de Giacometti regardent avec ravissement La Pietà.
Je veux que dans les sièges des gouvernements dans tous
un Christ de Velázquez avorte l’horreur.

Cette soif. Soif bénie qui avrile et reverdit l’âme.
Vie prodigieuse qui étend le désir de la saisir. Toute.
Et la trêve qui vient à pas retardés.
Je veux que Fra Angelico s’échappe du Prado
et que l’Annonciation parcoure le monde dans sa Lumière.
Je veux que Redon et Mantegna, Uccello, Léonard et Monet
soient trace. Phare. Et qu’ils proscrivent des bourreaux pour que Jamais Plus.

Je veux que nous sachions une bonne fois qu’il est déjà l’heure
qu’en amour se livrer absolument est la certitude de la liberté.
Que tous les matins au lieu d’écouter des nouvelles d’âmes sans anges
Bach, Poulenc, Mahler, Debussy, Schubert et Chopin,
éclatent sur un Rio de la Plata qui se change en mer.
Mer bleue d’amour qui dans la nuit berce les oreillers
Avec des madrigaux, des adagios et des clairs de lune.

Je veux. Je veux et je sème. Je veux.
Que nous enseignons la bonté avec bonté.
Que le ciel soit toujours piqué d’étoiles,
Je vous veux adultes au rire virginal
et enfants en portraits d'anges.
Que les sans pitié respirent Blake.
Que Rilke exorcise l‘évidence.
Que les petits vieux vivent dans l’honneur.
Que le Pays, le Continent, le Monde, l’Univers
soient pour des égaux et sans discrimination.

Je veux. Je veux qu’Eluard, Desnos et Rimbaud, Quasimodo, Yeats,
Lorca, Kavafis et Celan, dansent en poésie sur toutes les âmes.
Et puis que la Chanson de la Joie de Schiller
L’Ode à la Liberté, La Neuvième de Beethoven
soient l’Hymne de tous les Justes de la Terre.
Pour vivre avec soif, la soif sacrée.
Pour que l’éveil soit veille.
Pour semer l’art et l’amour.
Pour ne plus voir déjà.

De masques.

Rien que la lumière, rien que la vérité.



Par Cristina Castello

Poème extrait du recueil « Soif », 
Publié à Paris - octobre 2004
Éditions  L ‘Harmattan



En castillan


Semillas

Presas. Van a encarcelarnos. A ellas y a mí.
Ellas. Las miles más miles de almas esbeltas
Que conmigo son contrabandistas.
De valores. De utopías posibles. De Arte.
Arte. Negación de la finitud humana.
Vivir sin máscara es un deseo de belleza.

Es “mi” sueño de siempre vigilia por “los” sueños.
Es sed de manos abiertas.
Esta sed mía grande tanto ya que ahoga.
Quiero que cada ventana alumbre un violín un piano un arpa.
Que en todas las avenidas del mundo
Esculturas de Giacometti miren en deleite a La Piedad.
Quiero que en todas las sedes de los gobiernos todos
Un Cristo de Velázquez aborte el horror.

 Esta sed. Sed bendita que agosta y reverdece el alma.
Vida esta prodigiosa que alarga el deseo de asirla. Toda.
Y la tregua que viene con pasos demorados.
Quiero que Fra Angélico escape de El Prado
y su Anunciación recorra al mundo en Luz.
Quiero que Redon y Mantegna, Ucello, Morandi, Leonardo y Monet,
Sean huella. Faro. Y deroguen verdugos para que Nunca Más.


Quiero que sepamos de una vez por Dios ya es hora
Que en amor la entrega absoluta es certidumbre de libertad.
Que por las mañanas en lugar de noticias de almas sin ángeles
Bach, Poulenc, Mahler, Di Lasso, Debussy, Schubert y Chopin
Estallen sobre ríos que transmuten en mar.
Mar azul de amor que en noche arrulle almohadas
con madrigales, adagios y claros de luna.


Quiero. Quiero y siembro. Quiero.
Que enseñemos bondad con bondad.
Que el cielo esté siempre pecoso de estrellas.
Quiero adultos con risa virgen y ángeles que retraten en niños.
Que los impiadosos respiren a Blake.
Que Rilke exorcice la obviedad.
Que los viejitos vivan en honor.
Que el País el Continente el Mundo el Universo
Sean para iguales y sin discriminación.


Quiero. Que Éluard, Desnos y Rimbaud, Quasimodo, Yeats,
Lorca, Kavafis y Celan, dancen en poesía sobre todas las almas.
Y que entonces la Canción de la Alegría de Schiller
La Oda a la Libertad la Novena de Beethoven
Sean el Himno de todos los Justos de la Tierra.
Para vivir con sed sagrada sed.
Para amanecer en víspera.
Para sembrar arte y amor.
Para no ver ya
Máscaras


Sólo luz sólo verdad.



Poema del libro « Soif »
Publicado en Paris – octubre 2004
Éditions  L ‘Harmattan






Entretien avec Cristina Castello, dans Revue des Revues , par Claudia Sosa


Des paroles de la plus belle eau pour la soif poétique 
Par Claudia Sosa

Verbe pur et nom nu, c'est Cristina Castello, la femme des mots cristallins, la journaliste poète qui, en mai et à Paris, présentera son premier livre de poèmes illustrés par le grand Antonio Seguí : « Sed »/ « Soif ».
Accompagnée de ses muses aux ailes blanches elle est venue dans L'Île pour nous faire cadeau d'une entrevue parsemée de vols, d'anges et d'oiseaux.

pour francopolis mars 2005

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Entendre ICI la voix de Cristina


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