lundi 24 septembre 2018

Barbare plus que les barbares, de Jean-Michel Sananès







                                                                                                          À Davis Troy
Barbare plus que les barbares

Barbare plus que les barbares
Ils ont tué Davis Troy
Et je n’ai rien su empêcher

Amérique, Amérique, que fais-tu de mon amour ?

Un doigt coincé aux portières du temps
Je vis dans la douleur sucrée du permanent départ
J’entends tressaillir les larmes
J’entends les chevaux courir
J’entends les femmes dans le tipi

Amérique, Amérique, que fais-tu de mon amour ?

Je traverse l’immensité d’un cri plus large que le vent
Il s’éreinte au sacrifice de tant de morts
Venus libérer ma France
De tant d’hommes partis sauver mon peuple

Amérique, Amérique, que fais-tu de mon amour ?

La mémoire accrochée à un passé
Vrillé en multitude d’échos
J’entends les rires qui piétinent les ghettos
J’entends pleurer Cheval Fou
Et nous n’avons rien empêché

Barbare plus que les barbares
Est-ce la couleur du monde ?
Amérique, j’entends pleurer Dylan

Amérique, Amérique, que fais-tu de mon amour ?


© JMS

Publié dans Et leurs enfants pareils aux miens


le 25 octobre 2011 par Cheval fou (Sananès)



Blog de JMS





Troy Davis
photo du Net

samedi 22 septembre 2018

Les saisons de l'Âme, poème de FRuban (2012)





Les saisons de l'Âme

" Il pleut chez moi, chez toi le soleil est de plomb.

Quand pourrons-nous enfin marier nos saisons "

Barbara / Moustaki

L'Amour vogue

sur le fleuve

des saisons de l'Âme

Hiver de glace impitoyable

dentelle de givre déposée

sur le Sophora sacré

ange de tes nuits

témoin de tes cris

gardien de tes prières muettes

- Ô douleur

D'En-Haut

se déversèrent des larmes diluviennes

le jour où s'entrouvrit la terre.

Le coeur prisonnier et vengeur

hérissé de glaçons acérés

- Ah... mordre le Monde entier et le Ciel avec !

au fil des lunes... se surprit à frémir

Pour la Chandeleur

Pierrot et Colombine s'élancèrent

en une subtile pantomime

valse lunaire

et masques rieurs ....

Ténu

un souffle

nouveau

irrigua mon sang

ranima le désert aride

de mon ventre creux

- Mystérieux murmures aux lueurs de l'aube

Attentes fébriles rires partagés

Jamais iris n'eurent si noble élégance

dans la fierté de leur robe bleue

Jamais terre enneigée ne s'était parée

de notes si délicates et fleuries

Au coeur de mon âme

imperceptibles d'abord

de menus battements ...

La Vie est là !

Âme purifiée

dépouillée libérée

soudain

de ses oripeaux de colère

de l'aveugle violence

dont l'avait affublée la Camarde

doigts crochus

ailes charbonneuses de rapace faucheuse

Parfums de lilas et de roses

Flux et reflux de baisers au rythme de l'Océan

Souffle perdu

vite retrouvé

Le coeur s'enflamme la vague incendie

l' âme ruisselle irradiante incontrôlée

les joues s'empourprent

couleurs de l'été finissant

Nuits blanches

Nuits d'émoi

Regard pâle

Sourire étale

Sanglots... au-delà des mots

- Comme il fait froid....

Je tremble et ce n'est plus l'hiver

Les arbres s'habillent de flammes

dansantes alléchantes

tournoyantes incandescentes...

Eclats de la Vie

Flamboiements de la Passion

Aimer

Emotions... fulgurances folles follement diffusées

Merveilleux naufrages

Irréels et sublimes orages !

Le corps et l'âme apaisés

Le coeur riche de cet Amour

Amour au-delà d'Eros

Amour par trois fois vainqueur de Thanatos

Amour

qui rira

te suivra

me guidera

Amour

tu prendras ma main

chaque jour

chaque saison

de tous nos lendemains..

© F.R

le 09 septembre 2012

Tous droits réservés

(protégé par copyright)

Poème extrait du recueil "L'Âme des marées" (éd ene, 2014)







©photo fruban






samedi 8 septembre 2018

Pedro Salinas, La voix qui t'est due (extrait)




Pardonne-moi d'aller ainsi te cherchant
si maladroitement,
en toi-même.
Pardonne-moi la douleur, parfois.
C'est que je veux tirer
de toi ton meilleur toi.
Celui que tu n'as pas vu et que je vois,
ce nageur, très précieux de tes profondeurs.
Et l'attraper
et le tenir dressé vers le ciel
comme l'arbre retient la dernière lumière
qu'il a trouvée dans le soleil.
Et alors toi
tu viendrais le chercher, là-haut.
Pour parvenir à lui
haussée sur toi-même, comme je t'aime,
ne touchant désormais ton passé
que des pointes roses de tes pieds,
tout le corps tendu,t'élevant désormais
de toi à toi-même.

Et que réponde alors à mon amour
la créature neuve que tu étais.

trad Bernard Sesé




Perdóname por ir así buscándote
tan torpemente, dentro
de ti.
Perdóname el dolor, alguna vez.
Es que quiero sacar
de ti tu mejor tú.
Ese que no te viste y que yo veo,
nadador por tu fondo, preciosísimo.
Y cogerlo
y tenerlo yo en alto como tiene
el árbol la luz última
que le ha encontrado al sol.
Y entonces tú
en su busca vendrías, a lo alto.
Para llegar a él
subida sobre ti, como te quiero,
tocando ya tan sólo a tu pasado
con las puntas rosadas de tus pies,
en tensión todo el cuerpo, ya ascendiendo
de ti a ti misma.
Y que a mi amor entonces le conteste
la nueva criatura que tú eras.

Pedro Salinas, en «La voz a ti debida»




édition bilingue le calligraphe

prologue Jorge Guillén






Pedro Salinas (1891-1951)

samedi 25 août 2018

Depardieu chante Barbara


Dis quand reviendras-tu










Concert du 3 novembre 2017












"Depardieu chante Barbara" (Gérard Depardieu/ Gérard Daguerre) : enregistrement audio du concert privé, diffusé sur France Inter en direct du studio 104 le Vendredi 3 novembre 2017  https://www.franceinter.fr/emissions/...



1:05      Mémoire

3:28      Mon enfance

7:35.     O mes théâtres

10:06    A mourir pour mourir

13:30    Du bout des lèvres

16:49    Marienbad

22:37    Drouot

29:14    Le Soleil noir

34:45    L'Île aux mimosas

38:50    Une petite cantate

42:34    Sid'amour-à-mort

48:03    La solitude

51:25    Au bois de Saint-Amand

53:48    Perlimpinpin

59:52    Emmène-moi

1:03:47 A force de

1:07:47 Ma plus belle histoire d'amour

1:13:07 L'Aigle noir

1:17:47 Nantes

1:22:39 Dis, quand reviendras-tu ?

1:27:00 Göttingen

1:34:33 Une petite cantate



(N.B.: Le concert n'étant plus disponible sur franceinter.fr, cet enregistrement est partagé en mode public dans son intégralité et sans montage,  sous réserve de droits et d'autorisation de diffusion. Toutes notifications d’atteinte présumée aux droits d’auteur entraînera sans délai la suppression de ce dernier. Véro R.)





Plus d'infos : http://www.depardieuchantebarbara.fr/


mardi 21 août 2018

Hélène Cadou








Dors mon enfant paré de lys et de silence
Dors sur le grand vaisseau qui traverse le temps
La nuit est douce

Les réverbères sur la ville
Versent des larmes comme une rosée
Dans la brume des quais je ne vais pas me perdre
Je rentre sous la lampe avec ton souvenir
Plus calme qu'un goéland
Dors mon petit enfant

Je ne sais plus dormir
Mais au bord de la nuit comme on cueille des fleurs
Je cherche des rêves pour te les offrir

Dors toi qui connus le malheur de vivre
Dors
Et qu'un rayon de lune te console et te suive
Au-delà des marées.

Hélène Cadou
in, Le bonheur du jour
suivi de Cantates des nuits intérieures
éd. Bruno Doucey p 55

© photo F.Ruban







© photo fruban



Je sais que tu m'as inventée
Que je suis née de ton regard
Toi qui donnais lumière aux arbres
Mais depuis que tu m'as quittée
Pour un sommeil qui te dévore
Je m'applique à te redonner
Dans le nid tremblant de mes mains
Une part de jour assez douce
Pour t'obliger à vivre encore.

Hélène Cadou

in, Le bonheur du jour, suivi de Cantate des nuits intérieures p 23

éd Bruno Doucey



mercredi 15 août 2018

Tatiana Roy, hommage



J'écrivais ceci le 13 août 2012



Tatiana Roy, épouse de Jules Roy, grande poète trop souvent méconnue parce que dans l'ombre de Julius, le Grand homme... vient de rejoindre les étoiles...

Elle vivait à Vézelay, tout près de leur ancienne maison avec ses terrasses et son magnifique parc, aujourd'hui devenue Résidence d'écrivain. Je l'avais rencontrée plusieurs fois, avais assisté à une lecture de ses poèmes par elle-même et... nous avions bavardé, j'avais même osé lui demander une dédicace, un exploit pour moi !

J'ai lu son journal, ses différentes oeuvres, tant je découvrais une femme et un écrivain qui me touchait profondément.

Belle Tatiana, je vais vous relire... Je vous dis au revoir... Bientôt, j'irai vous rendre visite à Vézelay où vous devez avoir retrouvé votre Julius, votre amour et le "censeur" involontaire sans doute, de votre oeuvre. Je vous aime...



FR








Sommes-nous donc nés
pour affronter le Tunnel
nous débattre contre les fantômes
avant d'atteindre un Ailleurs
Alleluia de lumière
ou ténèbres éternelles ?
Port paisible
ou apocalypse muette ?
Voit-on sa chair se désagréger
dans la joie ou l'horreur?

Rose, belle rose dans ton épanouissement
que septembre apprête
dis-moi quelle âme vas-tu parer
dans cet au-delà
où fondent tes couleurs ?

Tatiana Roy
Chants de l'Inaccueillie (1997)
Préface de Jacques Lacarrière




Le ciel traîne sur la terre sa lourde graisse
la vieille chouette en son miroir
a la peau souillée de ciel.

Comment vivre face à face avec ce double
cette étrangère aux yeux de pluie ?

Dès que la quitte mon regard
elle glisse en mon âme
et saccage.

Ah ! si j'avais deux corps
celui de l'âme
celui de l'âge.

Tatiana Roy

Chants de l'Inaccueillie

p 25, éd DOMENS
préface Jacques Lacarrière








Orage à Vézelay

Seule avec le vent sur la terrasse dominant la vallée, je m'accoude
par-dessus le sépulcre de Madeleine, par-dessus les terres
mouillées, le vent est avec moi
quand grolle le choucas
l'esplanade en son décor de ruines est verte, au loin l'averse traverse l'iris du ciel, l'étoile y déroule une pavane.

J'écoute la nuit des vents, la basilique en croix noire
sur les jonchées d'orage
j'écoute vivre l'énorme chose qui n'a pas de nom
les songes qui errent autour des vieilles demeures
La chouette s'égare dans une lune de menthe et toi,
l'homme absent, tu es en moi.

S'ouvre la nuit, voici le vent de pluie, j'aime et tu es en moi
et puis voici la pluie, j'entends sa chute sur les tuiles,
son cliquetis au râtelier des marronniers.
Il pleut sur la terrasse, quelle âme en moi soudain bat de l'aile ?
Mon amour tu es en moi, j'élève vers toi la source de mon âme

Il pleut, la lune a couleur d'alun, le ciel se vêt des plumes du paon
L'aube vole ses heures à la tristesse
j'ai froid.
Mon amour vivons même si la chair n'est plus chair, avec
le cri cinglant des hirondelles au haut des tours.

Bel âge me voici, toi et moi sur la route avec ce vent d'ailleurs.

Tatiana Roy
Chants de l'Inaccueillie
( Préface de Jacques Lacarrière )





© photo fruban

"Deux pommes de pin, sphynx de pierres, gardent l'entrée de la vasque qui recueille le liquide sacré. Leur nuque bouclée s'imprègne d'une teinte de Sienne.

Le sentier se faufile entre les murets chancelants, se perd dans la clairière où des lucioles pirouettent sur la cime des herbes (...)"

Tatiana Roy
Chants de l'Inaccueillie






Où es-tu vérité ?
source d'exils
Anges noirs ou Anges clairs
je suis triste ô beauté alentour
qui te contemple?
cette antique maison
je suis l'une de ses pierres
la vieille patine de ses meubles
le temps me tourne et me retourne
comme le soleil qui roule sur le ciel.

Suis-je ces crépitements
d'oiseaux en liberté?
suis-je ce gong du coeur
dans l'errance du passé?
ou ce vrombissement de la boule d'or
des mouches au-dessus de ma tête
ou ne suis-je que ma mort
en cet arbre abattu?

Où es-tu vérité?
beauté qui surgit
entre ombre et lumière
entre chaud et froid.

Tatiana Roy
Chants de l'Inaccueillie



                                                                                           *****




Voyez mon coeur fait naufrage et mon corps le suit
il existe pourtant le baiser d'automne
celui de la main qui rêve la main qui étreint
Venez, venez - allons explorer
il y a quelque chose à trouver
entre les lèvres du dernier soleil d'automne

Venez, venez - mais où fouiller ?
- il est là caché là - qui cela ?
quoi ? un simple baiser d'automne
Peut-être est-ce les yeux des chats qui fixent dans la nuit
peut-être mon Kotik les essaime dans la vitre
ou la mort qui grave en moi ses yeux magnétiques

Qui aime le sourire aime le mystère
trouvera les bras les lèvres l'énigme et l'oubli
alors que mon corps fait naufrage et mon coeur le suit
il niche là - où donc ? Là !
Venez -cherchons - impossible ne pas trouver
le baiser d'automne dans la main qui étreint
avant que mon corps ait fait naufrage
mon coeur déjà le suit

hier aujourd'hui ou demain peine perdue.

Tatiana Roy

Ne restera qu'un peu de vent
Editions L'Or des Etoiles (p.8)


                                                                                             *****




Je prends à pleine main la masse de la nuit
et ce sont des étoiles, je déplie
la couverture du silence, et découvre
très proche et très lointaine la forme nue
de la terre
et mon voeu devient cristal
éprouvé de lumière.

L'aube oblongue
le temps de se mouvoir en elle
le couchant finitude d'une vie
fulgurant

Tatiana Roy
in, Ne restera qu'un peu de vent (éd L'Or des étoiles)




Une Mère est morte





Parfois je suis pleine de voix anciennes

le moment vient on entend Son pas

on ne voit rien dans le miroir qui n'y soit déjà

on croit vivre longtemps l'immédiat

alors qu'il file à vive allure


Et ce ciel terriblement vivant qui nous guette

par-dessus les étoiles sans jour et sans nuit

elle prie

muettes les lèvres remuent

Où s'ouvre donc cette porte

qui ne se referme que sur soi ?

O lumière ! Est-elle dehors est-elle dedans ?

peut-être l'avait-elle un instant entrevue quand la brèche s'entrebâillait ?


Les jours se suivent de si près en la souffrance

à peine un peu de nuit pour séparer

et les nuits s'emboîtent si étroitement aux nuits

les jours entre elles s'effacent.

La jeunesse en secret la visite

alors qu'elle se débat et halète

aborde l'autre rive

une icône en main.


Aux bouts d'une longue table

deux hommes qu'elle ne sut aimer

l'accueillent sur le seuil

et déposent sur son front

le baiser fraternel et glacé qui scelle leur complicité.


La tombe de ma mère conduit les pas

vers le plus haut silence


peut-être que le miroir du souvenir

n'est ni miroir ni souvenir

peut-être que les larmes d'un instant de peine

ne frémissent pas sous la chaleur d'un baiser


peut-être n'y a-t-il pas de mystère

sous cette dalle

où se penche le bouleau

peut-être que mes lèvres ne savent plus prier

et l'image s'est assombrie dans le passé

de douleur et sous la solitude


peut-être éclatera-t-il mon coeur d'un mal encore plus aigu

peut-être que la lumière usée de ses yeux

ne pénètre plus en mon âme


tu es là malheureuse telle étais-tu vivante

peut-être me pardonneras-tu





Tatiana Roy

Ne restera qu'un peu de vent








Dans Encyclopédie de la mort


http://agora.qc.ca/thematiques/mort/dossiers/roy_tatiana 



Tatiana Roy, née SOUKHOROUKOFF en Bulgarie de parents immigrés russes, a écrit et publié pendant plusieurs décennies. Journaliste, traductrice, poète, écrivaine, ayant touché à de nombreuses expressions artistiques, elle est décédée et inhumée à Vézelay en août 2012.

Tatiana a écrit Bonheurs quotidiens, Paris, Éditions Tirésias, 2000

« Être l'épouse d'un grand écrivain est une situation à la fois terrible et merveilleuse, tel devrait être notre avis, certes sommaire, mais Tatiana Roy, toute en finesse, avec malice et un immense talent, nous livre, jour après jour, ses relations jamais atones avec Jules Roy et nous irradie cette drôle d'aventure. Elle nous narre ses émois, ses peurs à rassurer, ses allégresses à partager l'ombre et la lumière de « son » Julius; alors l'écriture devient comme une empreinte à cette vie si peu commune. Elle nous dit sans fard, avec une vraie nudité, cruelle et pourtant si belle, non exhibitionniste, ses regrets de femme de lettres, parfois son calvaire de femme sensible, sensuelle, se sentant abandonnée, mais toujours chan­tant son amour pour celui qu'elle nomme « son grand écrivain de mari ». Avec elle, nous traversons sa première rencontre, un peu rude, et avec elle, nous sommes désarçonnés de l'accueil qui lui est fait, à la limite de la maniaquerie, elle si nonchalante. De page en page, elle va nous apprendre à aimer cet homme, à prendre conscience de son oeuvre, de sa sensibilité et de sa place dans l'histoire de la littérature française, de cette fin du XXe siècle ». (Éditeurs)

Unica unicae , Correspondance amoureuse entre Jules et Tatiana Roy
par Jules Roy, Tatiana Roy, Paris, Tirésias, 2007.

« Unique, tel au féminin, tel au masculin, est le souhait Unica Unicae de Jules Roy, qui nous porte dans ces pages de lettre en lettre, d'année en année. Des mots, des sentiments, des vies, des instantanés, avec les interrogations domestiques, les petits riens qui font une vie belle ou empoisonnante. Ces faits qui marquent et coulent à la rigole de la plume nous sont offerts comme une page d'écriture ou encore une maison à entretenir, une correspondance à tenir, l'empreinte du temps, l'errance d'un parcours, les angoisses de l'écrit, l'avant difficile d'un livre à faire naître et toutes ces pensées qui obsèdent l'esprit de celui qui écrit et qui pourtant espère convaincre, de sa force littéraire, tous les lecteurs. Et Jules Roy écrit et dit, et Tatiana, qui n'est pas un réceptacle, ni de ses plaintes, ni de ses joies, ni de son succès, ni de ses douleurs, devient un miroir à double face, qui renvoie à son mari son état d'écrivaine, la naissance de mots faisant oeuvre pour la littérature. Nous lirons les dépenses et ses angoisses, le train de vie, la maison à entretenir de la ville, qui est désuète et surannée, et à celle à la campagne, champêtre, à laquelle on doit garder sa magie de rêverie. Toutes ces obsessions, comme une misère sur cette quête de reconnaissance, sur ces mots à inscrire, comme pour marquer le respect que l'on porte à l'autre, comme si on prenait soin de sa propre personne ». (Éditeurs)

Ne restera qu’un peu de vent
Poèmes de TATIANA ROY

Ce troisième recueil de poèmes de Tatiana Roy, qui vit à Vézelay depuis vingt-cinq ans, témoigne d’une inaltérable sensibilité au lieu, à son charme entêtant. C’est le Vézelay d’automne et
d’hiver qui est transcrit ici, pluvieux et presque « slave », habité de rares figures, plus animales qu’humaines. Les poèmes sont imbibés de mélancolie sans pathos : une ambiance singulière se dégage, alliage de simplicité et de profondeur. La perspective de la mort n’est pas niée ou rejetée, elle est intégrée au paysage, à sa place…

En attendant l’éternité, poèmes, Grasset, Paris,  1972 
              Châteaux d’Exils, roman, Balland, Paris, 1988

Chants de l’inaccueillie, poèmes, préface de Jacques Lacarrière, Domens, Pézenas, 1997


L’Ane sur la colline, récit, L’Or des Etoiles, Vézelay, 2001















jeudi 9 août 2018

Chant des baleines, de Domi Bergougnoux











Chant des baleines



Mon très grand mon tout petit
Mon enfant perché
Entre le Très haut et le Très bas
J’adresse ces mots friables à ton silence de granit
Je vole à la nuit la rondeur de la lune,
qu’elle te berce dans sa lumière ambrée

Je me dois de chanter à la surface des heures lentes
De ramener ton âme éperdue
Au centre de ce qui de toi dérive et se dilue

Mon tout petit mon très grand
Dans cette nuit glacée où tout paraît hostile
Je n’ai que mes mains trouées à te tendre
L’écorce de mon cœur de silice et de quartz
a volé en éclats acérés dans l’azur assombri
en copeaux dispersés sous un soleil de plomb

Reste mon chant de baleine sous l’océan flou
le silence sacré et le psaume très doux
de mon amour inconditionnel de mère
Pour bercer ta douleur d’être au monde.

Domi Bergougnoux,

Où sont les pas dansants ?
[préface de Robert Notenboom, autoédition, 2018]









Dans Recours au poème 


Dominique Bergougnoux


Dominique Bergougnoux vit en région parisienne. Elle a exercé plusieurs métiers : chargée de communication, professeur de lettres, et orthophoniste. Enfant, elle a dévoré tout le rayon poésie de la bibliothèque municipale, des poètes francophones aux traductions de poètes du monde entier. L’art du haïku, auquel elle s’est  intéressée bien avant qu’il soit à la mode, a influencé son écriture dans sa recherche du dépouillement. Elle est revenue à l’écriture depuis 2 ans, après des années consacrées au chant.

A  publié :

Où sont les pas dansants , 2017
A rebrousse-cœur/ Poètes du temps présent, 1981 (Ed. La pensée universelle), in Revue Les cahiers du détour/Silence n°5, 2000 (Ed. Acerma).
A participé à l’ouvrage collectif de haïkus « L’Herbier » (Ed. Graines de vent)

Depuis 2015, elle poste régulièrement ses textes récents sur sa page Facebook. (domi.bergougnoux). Plusieurs textes ont été publiés récemment  par les revues Le Capital des Mots, 17 secondes, Lichen et sur le site Accents poétiques. Un article prévu dans la rubrique Découverte de la revue Possibles en mars 2018.



Dans Revue Possibles , de Pierre Perrin

mercredi 25 juillet 2018

Je pense que tout est fini et autres poèmes, Alain Borne

Alain Borne
1915-1962






Je me couche dans la poussière, les yeux fermés

La nuit sera totale, tant que l'aube

Et le grand jour de ta chair

Ne passeront pas au-dessus de moi

Comme un vol de soleils. 

Alain Borne








Je pense que tout est fini


Poème dédié à Paul Vincensini.


Je pense que tout est fini
Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile
Je pense que cela est amer et dur
Je pense qu’il reste dorénavant surtout à mourir.

Je pense que l’obscur est difficile à supporter après la lumière
Je pense que l’obscur n’a pas de fin
Je pense qu’il est long de vivre quand vivre n’est plus que mourir.

Je pense que le désespoir est une éponge amère
qui s’empare de tout le sang quand le cœur est détruit.

Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est immense
et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages.

Je pense qu’il n’y a qu’un visage pour mes yeux

Je pense qu’il n’y a pas de remède

Je pense qu’il n’y a qu’à poser la plume
et laisser les démons et les larmes continuer le récit
et maculer la page

Je pense que se tenir la tête longtemps sous l’eau finit par étourdir
et qu’il y a de la douceur à remplacer son cerveau par de la boue

Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur
est de devenir enfin aveugle sourd et insensible.

Je pense que tout est fini.



Alain Borne (1915-1962) –

L’amour brûle le circuit (Club du Poème, 1962) – Œuvres poétiques complètes (Curandera, 1980-1981)



                                                                             ***



Mes lèvres ne peuvent plus s'ouvrir

que pour dire ton nom

baiser ta bouche

te devenir en te cherchant.

Tu es au bout de chacun de mes mots

tu les emplis, les brûles, les vides.

Te voici en eux

tu es ma salive et ma bouche

et mon silence même est crispé de toi.

Je me couche dans la poussière, les yeux fermés

La nuit sera totale, tant que l'aube

Et le grand jour de ta chair

Ne passeront pas au-dessus de moi

Comme un vol de soleils.

Alain Borne




 « Pour moi la poésie seule est la vie, tout le reste est subsistance »



Je sais que vous veillez dans cette nuit si blanche

Qu’on croirait un verger assailli par le vent

Et l’heure des lampes devient douce

Si votre ombre descend sur la plage d’un livre

Si votre souffle éveille la charbon du poème

A la vie de la flamme.



Peut-être suis-je seul avec ma blessure

Et mon sang qui écrit

Peut-être suis-je loin de vous

De ce visage dont j’existe

Et de ces mains ravies à l’écume des astres

Et de ce corps si pur et sans baiser

Peut-être

Et j’envie votre chambre

Qui peut vous voir sans cesse

Cette table ces livres et la couleur du mur

Et la fenêtre où le visage du soir écrase sa noirceur

Et l’eau qui coule entre vos doigts

Sans souvenirs ni pensée.



« Ô je vous aime

Ma solitude crie à travers ce papier

Comme dans le château

La voix du prince vers la belle endormie.



Ô je vous aime

Ma solitude crie et tend ses mains lointaines

À tâtons vers vos mains

Je ne veux plus de ce poème

Ni du mensonge de mon rêve

Mais le pain de vos lèvres

Mais le vin de vos yeux


Mais l’air de votre souffle. »

extrait de "C'était hier et c'est demain", éd. Seghers, 2004



                                                                                        ***       




La nuit me parle de toi



La nuit me parle de toi

elle ne me donne pas de rêves

pleins de femmes transparentes

mais elle m'apporte ton image

afin que ton absence

ne m'étrangle pas tout à fait.



Elle voit avec scandale

que je n'ai pas ton corps dans mes bras

et elle allonge près de moi

le fantôme de ta peau.



Elle me dit

qu'à force de t'aimer tu m'aimeras

et qu'ainsi cessera ma longue insomnie

sur ta présence réelle

et sur ton vrai sang.



Il le faut



Il  le faut

il le faudra un jour



Nous saurons inventer

Tout sera pur comme l'hiver



Personne n'aura su avant nous.

Nos craintes seront plus douces qu'une ombre blanche.



Ce sera comme si nous avions invité

d'invisibles colombes

à voler avec nous.



Ce sera comme si nous habitions le feu de leurs ailes

avant de ne plus savoir

qui nous sommes l'un de l'autre.


Poèmes à Lislei (Seghers 1946)



                                                                                  ***




Bibliographie


2001  Terre de l’été suivi de Poèmes à Lislei  « Editinter »

2001 Un brasier de mots  - Poèmes inédits Voix D'encre

2002  L’eau fine suivi de En une seule injure  « Editinter »

2003  Poèmes d’amour ( Anthologie )  «  le cherche midi »

2003  Encres  « Atelier du hanneton »

2006  La nuit me parle de toi éditions Le trident Neuf



« L'Amour, la Vie, la Mort : deuxième anthologie de poèmes inédits », Voix d'encre, 1994.

Les « Œuvres poétiques complètes », aujourd'hui épuisées, ont été éditées en deux volumes par les éditions Curandera, en 1981.




Quelques poèmes sur le site Esprits nomades





mardi 24 juillet 2018

Le chant des anges, de Xavier Lainé



J'ouvre mes persiennes

Mes yeux frémissent

Je peine à y voir clair



Serais-tu mon soleil

Mon astre mon guide



Nous marchons

Nos pas s'enfoncent dans les vagues

Sous l'orage



Un chant de goéland étincelle

Droit dans l'azur



Nous partons

Enfin libérés

Vers les cieux si purs

         p 12-13





Chaque jour est une vague, effaçant nos traces sur le sable
Chaque jour est une page blanche où tout reste à écrire
De vague page blanche en rêves respirables
Chaque jour, dans l'ivresse de la lumière, tout est là, dans un sourire.... p 29



Demain je t'attendrai, blotti entre les bras noueux d'un olivier millénaire.
Sous la caresse du vent, j'attendrai un signe de ta plume, un soupir dans l'écoulement du temps. Je dessinerai dans l'espace le mot amour, en lettres de noblesse.(...) p 39




Le temps n'avait plus de prise

Son aile battait à tout rompre sur nos bras enlacés p 54








Blog de Xavier

http://latelierdupoete.blogspot.com/2018/07/le-chant-des-anges.html#comment-form






Autre parution chez L'Harmattan





mercredi 18 juillet 2018

Notre éternel été,Albert Camus-Maria Casarès




Albert Camus & Maria Casarès• Crédits : Bettmann / Roger Corbeau/Hulton Archive - - Getty





"Notre éternel été" Albert Camus-Maria Casarès, correspondance 1944-1959, création pour France Culture

Réalisation : Alexandre Plank
Collaboration artistique  : Valérie Six

Avec Isabelle Adjani & Lambert  Wilson
Accompagnés au violoncelle par Raphaël Perraud, violoncelle solo de l’Orchestre National de France.

Le temps d’une soirée unique mais, pour deux représentations exceptionnelles, Isabelle Adjani et Lambert Wilson incarneront, pour France Culture sur la scène du musée Calvet, la correspondance amoureuse, artistique et intellectuelle qui relia Albert Camus et Maria Casarès jusqu’à la veille de la mort de l’écrivain. Cette correspondance a été publiée en 2017 par Catherine Camus.



Nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes reconnus, nous nous sommes abandonnés l’un à l’autre, nous avons réussi un amour brûlant de cristal pur, te rends-tu compte de notre bonheur et de ce qui nous a été donné ?

                                                                                               Maria Casarès, 4 juin 1950

Egalement lucides, également avertis, capables de tout comprendre donc de tout surmonter, assez forts pour vivre sans illusions, et liés l’un à l’autre, par les liens de la terre, ceux de l’intelligence, du cœur et de la chair, rien ne peut, je le sais, nous surprendre, ni nous séparer.

                                                                                         Albert Camus, 23 février 1950

Comment ces deux êtres ont-ils pu traverser tant d’années, dans la tension exténuante qu’exige une vie libre tempérée par le respect des autres, dans laquelle il avait « fallu apprendre à avancer sur le fil tendu d’un amour dénué de tout orgueil », sans se quitter, sans jamais douter l’un de l’autre, avec la même exigence de clarté ? La réponse est dans cette correspondance.             
Merci à eux deux. Leurs lettres font que la terre est plus vaste, l’espace plus lumineux, l’air plus léger simplement parce qu’ils ont existé. »

                                                                                                             Catherine Camus



Assistante à la réalisation : Louise Loubrieu
Equipe technique : Pierric Charles et Emilie Couet

La Correspondance 1944-1959 d’Albert Camus et Maria Casarès est publiée chez Gallimard.

Découvrez également le livre audio, paru chez Gallimard


Diffusé sur France Culture, le 17 juillet 2018 (20h)




















Isabelle Adjani et Lambert Wilson ovationnés à Avignon © S.Jouve/Culturebox

Article dans Culturebox


Avignon : Isabelle Adjani et Lambert Wilson brûlants d’amour en Casarès et Camus






Sophie Jouve  Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse


Mis à jour le 17/07/2018 à 22H22, publié le 14/07/2018 à 11H32


Un amour brûlant souffle sur la nuit d’Avignon, un moment de grâce : Isabelle Adjani et Lambert Wilson prêtent leur voix à Maria Casarès et Albert Camus, qui ont entretenu une correspondance passionnée jusqu’à la mort de l’écrivain. Une correspondance publiée en 2017 aux éditions Gallimard.

La cour du Musée Calvet est prise d’assaut ce vendredi 13 juillet. Lambert Wilson, chemise blanche, s’assied en bord de scène, Isabelle Adjani, longue robe hippie chic, en retrait, dos au public. C’est elle qui lit la première lettre de cette correspondance amoureuse, artistique et intellectuelle qui durera 15 ans (1944 et 1959). Elle rejoint Camus, qui souffre de poussées de tuberculose, chez lui rue Vaneau à Paris. "Il évoquait l’Algérie et ses plages, les parties de foot et les baignades".

Plus tard, à partir 1948 : "Ce que tu es est ce que j’aurai rêvé d’être si j’étais né homme" (…) "Je te veux partout, en tout et tout entier" (…) "Mon désir de toi s’exaspère et m’exaspère" (…) "Décidément, loin de l’intelligence je me fane".


L'émotion de la petite-fille de Camus

C’est un très émouvant voyage que nous ont offert Isabelle Adjani et Lambert Wilson, ovationnés par le public. La petite fille d’Albert Camus, Elisabeth Maisondieu ne peut retenir ses larmes :
C’est très beau, mais c’est dur, c’est très difficile de réaliser quelque chose dont on n’a pas été le témoin. Ces voix très belles humanisent et viennent toucher. Cet amour, cette relation, est désormais complètement intégrée dans notre famille, que Camus ait aimé Maria Casarès. Maria fait partie de notre vie, de notre imaginaire. Il n’y a pas du tout de jugement. Cette relation, je n’avais jamais plongé dedans avant la publication de ces lettres en 2017. C’est une relation passionnelle qui est magnifique.

Elisabeth Maisondieu Camus




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Emission du 12 juillet sur France Inter 


La Marche de l'Histoire, par Jean Lebrun