vendredi 9 octobre 2015

De mots en mots, poème de Fruban

                         
crédit photo fruban
                       




  De mots en mots



Mots fuyantes naïades
paradis des lagons turquoise
drapées de voiles aux séductions trompeuses
Quand les flots de l'azur engloutissent
rêves d'exils Eldorado menteur


Mots ondes d'émotions
perçant silence de la solitude
à l'attirante orée de la voûte nocturne
Quand octobre hésite à peindre
ses feuillages d'ambre aux lumières d'or


Mots valses d'espoirs
bouffées d'amours joyeuses et confiantes
baisers de soleil bulles pétillantes
Quand murmures complices déferlent
en vagues mystérieuses insondables comme les Ciels


Mots cris larmes étouffées
cahotantes bouteilles à la Mer jetées
s'envolent sur le dos des collines
Quand happée l'Âme se noie
sous les abysses aux noirceurs si profondes


Mots reflets puissants et fragiles
sont-ils fiction ou réalité
épistolaires caresses nectar de poètes
Quand s'ensanglantent les sentiers du Monde
sous de noirs linceuls enténébrés de deuils


Mots muets au bord des lèvres
hésitants ce matin-là balbutiants
comme gazouillis d'enfant
Quand les à-quoi-bon t'interdisent
ce qui à jamais restera indicible.


Fruban

le 9 octobre 2015

© Tous droits réservés
     Protégé par copyright

Recueil en cours

depuis publié in Chorégraphie de cendres



crédit photo fruban

samedi 3 octobre 2015

Il est temps, poème de Cristian Ronsmans

     
photo du Net
                           


       Il est temps




Il est temps!
Il est temps!
Il est temps encore!
Mais que me veux-tu donc à la fin?
Et de quel temps parles-tu?
Il est temps, te dis-je,
Tout n'est pas perdu
Tu dis n'importe quoi!
Tu sais très bien que c'est foutu.
Il est passé
Tiens j'en vois encore la fumée
Là bas, au bout des rails!
Il est passé je te dis.
Et c'était le dernier!
Pour aujourd'hui!
Non, pour toujours, idiot!
Mais alors....Non, ce n'est pas possible!
Qu'est ce qu'on va devenir?
Ah, ah, qu'est ce que ça peut bien faire?
On n'avait aucune chance.
Que veux-tu que ça nous fasse maintenant?
Rendors-toi.
Demain est un autre jour comme celui-ci!
Mais enfin, nous n'avons pas le temps!
O tu m'ennuies à la fin avec ton "temps".
Tu as fait le tien, j'ai fait le mien,
Et cela n'intéresse personne.
Dors. Le temps n'a aucune importance
Sauf pour ceux qui ont oublié de vivre.
Alors tu penses....pour nous!!

Cristian Ronsmans

le 12 septembre 2015

© Tous droits réservés


photo extraite du film "Le charme discret de la bourgeoisie", de Luis Buñuel

vendredi 18 septembre 2015

Nuit, poème de Costas Karyotakis

  NUIT


Peinture Takis Eleftheriadis
     Toute la nuit durant, les amours traînent
leur lassitude sur les routes,
par les fenêtres lentement la douleur goutte,
que les volets retiennent.

Dessus les toits s'est accrochée la lune
versant des larmes de détresse,
et des roses d'ici l'odorante tristesse
s'en va dans la nuit brune.

Le dos bien droit, blême, le réverbère
garde, mystérieux, le silence,
et ma porte s'ouvrant, on dirait que s'avance
un mort, pour qu'on l'enterre.

Le lit couvrant de sarcasmes leur joie,
ces gens-là, naïfs, s'imaginent
qu'il grince. Ils n'ont pas vu ce que le lit devine:
la mort qu'on leur envoie.

Dans les tavernes, des voix attendries
pleurent la nuit et ses étoiles
que l'amour devrait boire, et partout se trimbale
l'orgue de barbarie.

Et les oublis délectables attendent,
qu'on nous a versés dans nos verres;
voici venir l'instant où parlent les chimères
afin que tous entendent.

De nos malheurs quotidiens cimetière
le jardin public est fébrile,
quand soudain le traverse un mort qui va, tranquille
dormir dans la bruyère.

Costas Karyotakis

trad Michel Volkovitch

Publié sur le site de Grèce hebdo

mercredi 16 septembre 2015

mardi 15 septembre 2015

13 septembre, poème de Martine Cros

Photographie Françoise Ruban







taire

                      __ et garder enfouie __





cette frontière __ sans l'être __ qui joint     épouse l'eau     le sel

piment de perle

                                  et d'air











jamais

                       les tourments ne sont ensevelis sous les vagues de gris









cette ligne en habit mat blanc / noirci

hors du temps et en dedans de lui

tant il noce, dans ce septembre indéfini,

l'or des fêtes galantes de

la mélancolie







orgies __ vives tablées de sable qui nous fuient

et n'échappent à la passante qui prie  __ muée en roseau jonc sans pliure et sans bruit





















Ce jour, sur une photographie de Françoise Ruban, poète ,

à qui je dédie ces quelques mots.





dimanche 13 septembre 2015

Un jour en septembre, poème de FRuban





Un jour en septembre


Fraîcheur de l'aube       Prémices
au feuillage ambre de l'automne
douce langueur laine glissée
sur mon coeur      
quand chante le silence  
mélodie de ton absence

 Cocon à peine éclos      Mes mots
avalanche de nuit blanche
dansent sous la Lune
ronde radieuse lumineuse
Federico l'écho de ta romance  
évanescence d'ombres bleues
sur ta sonate Ludwig

Es-tu rêve ou bien sève    Enivrées
mes lèvres t'espèrent entrouvertes
sur cet automnal crépuscule
l'Amour est champagne
tes baisers pétillantes bulles
Ô ivresse des saveurs

Immobile voyageuse    Temps suspendu
aux souvenirs éperdus
palette d'arpèges aux senteurs estivales  
féerique symphonie que fredonne
mon âme solitaire et fière
le manque de Toi pour unique lien
pour unique bien
D'abord pâle          le Soleil
brûle  mon corps alangui    et m'emporte
translucide opaline la vague de cristal
Regard égaré au fond du ciel     Vega
sera Muse  et déploiera pour nous
le lit d'une immortelle étreinte

© F.Ruban
le 25 septembre 2013
   extrait du recueil "L'Âme des marées"
éditions épingle à nourrice

livres (extraits et auteurs)

Tous droits réservés
Protégé par copyright



crédit photo fruban


jeudi 10 septembre 2015

Inti, street art urbain (Chili)

crédit photo fruban
Saint-Nazaire (44)





PRÉSENTATION DE INTI
Street-Art urbain

Ville portuaire, Valparaiso est le paradis de l’art urbain : tous les coins de rue laissent entrevoir les couleurs d’un mouvement graffiti fort et dynamique construit avec l’influence des U.S.A, la culture hip hop et d’autre part l’influence française, datant de mai 68.

Issu de la scène Street art sud-américaine, INTI (traduisez littéralement ‘soleil’ en langue quechua) est un artiste peintre chilien, né en 1982 à Valparaíso. Il étudie à l’École des Beaux-Arts de Viña Del Mar, avant d’imposer son style poétique et surréaliste en Amérique du Sud, aux États-Unis et en Europe, tant dans les rues que dans les galeries. Lorsqu’il n’est pas en voyage pour son travail, il vit entre la France et le Chili.

Il développe un univers pictural festif, avec une mise en scène presque théâtrale et une symbolique empruntée à l’imaginaire populaire latino-américaine, et  s’inspire de la culture populaire sud-américaine, de l’art précolombien et des fresques propagandistes de le BRP (Brigada Ramona Parra : brigades communistes) pour réaliser des fresques XXL où il peint des personnages hauts en couleur regorgeant de multiples détails.

Il s’approprie notamment une figure emblématique du Carnaval d’Ouro : le ‘Kusillo’, un petit clown de carnaval issu de la culture bolivienne habillé d’un patchwork de tissus.

Le ‘Kusillo’ est son personnage fétiche, et l’élément récurrent de son oeuvre.

Peu à peu, Inti exporte ses fresques gigantesques un peu partout dans le monde.

Il a réalisé plus d’une centaine de fresques aux quatre coins du globe : France, Espagne, Allemagne, Norvège, Liban, Pologne, U.S.A… A Paris, il s’est fait remarquer en réalisant une fresque XXL sur le flanc d’un immeuble du 13ème arrondissement. Pour sa collection Printemps/Été 2014, la maison malletière Louis Vuitton a confié la création d’une édition inédite de foulards à trois artistes issus du mouvement Graffitis. Inti s’approprie le fameux carré de soie qu’il pare de couleurs chaudes et où il met à l’honneur le dieu Inca ‘Wiracocha’.

Outre le visuel qu’Inti nous a prêté pour l’illustration de ces prochaines Escales de Saint-nazaire, il réalisera une fresque géante sur le port de Saint-Nazaire, quelques jours avant l’ouverture des portes du Festival.

article paru dans Les Escales

Autre page Les Escales, sur facebook





INTI graffeur

INTI sur facebook

Inti,Street artiste chilien



crédit photo fruban
Saint-Nazaire
détail





crédit photo fruban
Saint-Nazaire (La Ville-Port)
deux oeuvres de INTI 

lundi 7 septembre 2015

S'envolent les colombes, se posent les colombes, poème de Mahmoud Darwich

Mahmoud Darwich au Marathon des mots en 2005./Photo DDM, Frédéric Charmeux
http://www.ladepeche.fr/article/2012/11/05/1481788-dix-jours-d-hommage-a-mahmoud-darwich.html





« S’envolent les colombes.

Se posent les colombes.

- Apprête la terre que je me repose,

Car je t’aime jusqu’à la fatigue.

Ton matin est fruits pour les chansons,

Ce soir est d’or

Et nous sommes l’un à l’autre, à l’heure où l’ombre pénètre son ombre dans le marbre

Et je me ressemble lorsque je suspends mon être à un cou qui n’étreint que les nuages.

Tu es l’éther qui se dénude devant moi, larmes de raisin.

Tu es le commencement de la famille des vagues lorsqu’elles s’agrippent à la terre ferme, lorsqu’elles migrent,

Et je t’aime et tu es le prélude de mon âme et l’épilogue.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Mon aimé et moi, deux voix sur les mêmes lèvres.

J’appartiens à mon aimé, moi, et mon aimé appartient à son étoile fugitive

Et nous entrons dans le rêve, mais il ralentit le pas pour nous échapper.

Lorsque mon aimé s’endort, je me lève pour protéger son rêve de ce qu’il pourrait voir

Et chasse les nuits passées avant notre rencontre.

Je choisis nos jours de mes mains

Et choisis pour moi la rose de notre table.

Dors, mon aimé,

Que les voix des mers s’élèvent jusqu’à mes genoux.

Dors mon aimé,

Que je me pose en toi et délivre ton rêve d’une épine jalouse.

Dors,

Que les tresses de ma poésie soient sur toi, et la paix.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- J’ai vu avril sur la mer.

J’ai dit : Tu as oublié le suspens de tes mains, oublié les cantiques sur mes plaies.

Combien peux-tu naître dans mon songe

Et me mettre à mort,

Pour que je crie : Je t’aime.

Et que tu trouves le repos ?

Je t’appelle avant les mots.

Je m’envole avec ta hanche avant d’arriver chez toi.

Combien parviendras-tu à déposer les adresses de mon âme dans les becs de ces colombes, à disparaître, tel l’horizon sur les pentes,

Pour que je sache que tu es Babel, Egypte et Shâm ?

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Où m’emportes-tu mon petit aimé, loin de mes parents,

De mes arbres, de mon petit lit et de mon ennui,

De mes miroirs, de ma lune, du coffre de mes jours, de mes nuits de veille,

De mes habits et de ma pudeur ?

Où m’emportes-tu mon aimé, où ?

Dans mon oreille tu enflammes les steppes, tu me charges de deux vagues,

Tu brise deux côtes, tu me bois, tu me brûles, et

M’abandonnes sur le chemin du vent vers toi.

Pitié … pitié …

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Ma hanche est une plaie ouverte, car je t’aime

Et je cours de douleur dans des nuits agrandies par la crainte de ce que j’appréhende.

Viens souvent et absente-toi brièvement.

Viens brièvement et absente-toi souvent.

Viens et viens et viens. Aah d’un pas immobile.

Je t’aime car je te désire. Je t’aime car je te désire.

Et je prends une poignée de ce rayon encerclé par les abeilles et la rose furtive.

Je t’aime, malédiction de sentiments.

J’ai peur de toi pour mon cœur. J’ai peur que mon désir se réalise.

Je t’aime car je te désire.

Je t’aime, corps qui créé les souvenirs et les met à mort avant qu’ils ne s’accomplissent.

Je t’aime car je te désire.

Je modèle mon âme à l’image des deux pieds, des deux édens.

J’écorche mes plaies avec les extrémités de ton silence… et la tempête

Et je meurs pour que les mots trônent dans tes mains.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- « L’eau me blesse », car je t’aime

Les chemins de la mer me blessent,

Le papillon,

L’appel à la prière dans la lumière de tes poignets me blessent.

Mon aimé, je t’appelle à longueur de sommeil. J’ai peur de l’attention des mots.

Peur qu’ils ne découvrent l’abeille en larme entre mes cuisses.

L’ombre sous les réverbères me blesse car je t’aime,

Un oiseau dans le ciel lointain, le parfum du lilas me blessent

Et le commencement de la mer,

Et sa fin.

Aah si je pouvais ne pas t’aimer,

Ne pas aimer,

Qu’enfin guérisse ce marbre.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Je t’aperçois et j’échappe au trépas. Ton corps est un havre.

Chargé de dix lys blancs, dix doigts, le ciel s’en va vers son bleu égaré.

Et je tiens cet éclat marbré, je tiens le parfum du lait caché

Dans deux prunes sur l’albâtre et j’adore celui qui décerne à la terre ferme et à la mer

Un refuge sur la rive du sel et du miel premiers. Je boirai le suc de caroube de ta nuit

Et je m’endormirai

Sur un blé qui brise le champ, brise jusqu’au cri qui se rouille.

Je te vois et j’échappe au trépas. Ton corps est un havre.

Comment la terre m’exile-t-elle dans la terre ?

Comment s’endort le songe ?

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

- Mon amour, j’ai peur du silence de tes mains.

Ecorche mon sang, que s’endorme la jument.

Mon amour, les femmes des oiseaux volent vers toi,

Prends-moi, souffle ou épouse.

Mon amour, je demeurerai là, que mûrissent dans tes mains les pistaches de mes seins,

Que les gardes m’arrachent de tes pas.

Mon amour, je te pleurerai toi toi toi,

Car tu es le toit de mon ciel

Et mon corps est ta terre sur terre

Et ta demeure.

S’envolent les colombes

Se posent les colombes.

Sur le pont, j’ai vu l’Andalousie de l’amour et du sixième sens.

Sur une fleur desséchée,

Il lui rendit son cœur

Et dit : L’amour requiert de moi ce que je n’aime pas.

Il requiert que je l’aime.

La lune s’endormit

Sur une bague qui se brise

Et les colombes s’envolèrent.

Sur le pont, j’ai vu l’Andalousie de l’amour et du sixième sens.

Sur une larme désespérée,

Elle lui rendit son cœur,

Et dit : L’amour requiert de moi ce que je n’aime pas.

Il requiert que je l’aime.

La lune s’endormit

Sur une bague qui se brise

Et la nuit noire se posa sur le point et les amants.

S’envolent les colombes

Et se posent

1984

In : Mahmoud Darwich, La terre nous est étroite et autres poèmes, Collection Poésie chez Gallimard, traduit de l’arabe par Elias Sanbar, pp171-177.


"Poète palestinien, Mahmoud Darwich est né en 1941 à al-Birwa en Galilée. À la suite de la création de l'État d'Israël en 1948, sa famille quitte la Galilée pour le Liban. Un an plus tard, elle y retourne clandestinement et découvre que son village a été rasé. Elle s'installe alors à Dayr al-Asad, où l'enfant Mahmoud commence des études qu'il poursuit à Jdaydé avant de s'installer à Haïfa. Militant dès son plus jeune âge, il adhère en 1961 au parti communiste israélien Rakah. Incarcéré à cinq reprises entre 1961 et 1967 et assigné à résidence à Haïfa, il choisit l'exil en 1970. " (Encyclopédie Universalis)



Très beau site de Mahmoud Darwich, poète palestinien (1941-2008)





Un poème sonore de Rodolphe Burger (guitare, chant), avec Julien Perraudeau (basse, clavier), Mehdi Haddab (oud), Yves Dormoy (électro, clarinette), Ruth Rosenthal (chant) & Rayess Bek (chant)

Cette pièce, issue d'un spectacle créé en mars 2010 sur le plateau du Théâtre Molière à Sète, est un double hommage rendu à Alain Bashung et à Mahmoud Darwich, une mise en miroir de deux chants d'amour.

Celle-ci est la deuxième partie, une nouvelle création musicale à partir du poème S'envolent les colombes de Mahmoud Darwish, poète palestinien.








vendredi 4 septembre 2015

Des outils, des rebuts et un regard mélancolique, petit reportage-photos de FRuban et quelques poèmes aimés

Lorsque je flâne sur le port de pêche, là où viennent s'amarrer et décharger les gros chalutiers, à chaque fois mes yeux se portent sur cet endroit à l'écart, où gisent d'étranges vestiges. Entassés, abandonnés, ils vivent leurs derniers instants, après bien des séjours en mer, au service des marins pêcheurs.
A chaque fois, je me sens attirée par ces noeuds, ces cordages, ces filets entremêlés. Ces lourdes chaines aux maillons gigantesques. Ces "sabots" rouillés inertes et inutiles. Mis en retraite avant de rejoindre le destin des mourants, ils brillent de mille couleurs tressées par le plus grand des hasards. Phénix renaissant de ses cendres... Qui d'autre qu'un photographe au regard de poète (et vice-versa...), un peintre... un "original", diront certains. Qui donc s'intéresse à ces objets mis au rebut ?
Les accompagner de poèmes que j'aime, qui parlent de Mer et de Mort, s'est imposé comme une évidence. Un dernier hommage en somme.
"Objets inanimés avez-vous donc une âme..."
                                   fRuban


Une beauté autre, celle des activités humaines, dans un port de pêche et de plaisance. Ce qui me séduit tout autant que les couchants grandioses. Différent, mais ce qui donne vie à La Turballe, retient les commerces essentiels, fixe les populations. Après la pleine saison estivale, seules seront fermées les boutiques de fringues et de gadgets pour touristes.
J'aime cet endroit, au passé sans véritable histoire (La Turballe célébre cette année ses 150 ans... autant dire epsilon !), pourtant riche du travail des hommes.



Le mousse


Mousse : il est donc marin, ton père ?...
- Pêcheur. Perdu depuis longtemps.
En découchant d'avec ma mère,
Il a couché dans les brisants ...
Maman lui garde au cimetière
Une tombe - et rien dedans -
C'est moi son mari sur la terre,
Pour gagner du pain aux enfants.
Deux petits. - Alors, sur la plage,
Rien n'est revenu du naufrage ? ...
- Son garde-pipe et son sabot ...
La mère pleure, le dimanche,
Pour repos... Moi : j'ai ma revanche
Quand je serai grand - matelot ! -

Tristan Corbière

Les amours jaunes







©crédit photo fruban



Je suis allé au marché aux oiseaux
Et j'ai acheté des oiseaux
Pour toi
mon amour
Je suis allé au marché aux fleurs
Et j'ai acheté des fleurs
Pour toi
mon amour
Je suis allé au marché à la ferraille
Et j'ai acheté des chaînes
De lourdes chaînes
Pour toi
mon amour
Et je suis allé au marché aux esclaves
Et je t'ai cherchée
Mais je ne t'ai pas trouvée
mon amour

Jacques PRÉVERT 
Paroles, 1945





Héritage sénan


Nous sommes du pays où la mer et le vent
Ont donné aux rêves des enfants
Le goût salin des pierres usées par les embruns
Et la pluie compagne des chagrins 
Un pays si petit face au grand océan
Qu'on ne voit pas son ombre au couchant
Un trait sur l'horizon fait de quelques maisons
De granit et de brun goémon 
Ici par grand soleil aux langueurs des étés
Peu de plages où l'on vient se dorer
Un nuage effacé ne fait pas oublier
Qu'une vague peut tout emporter 
D'une roche fragile à l'abord des gros temps
Bateau frêle à la cape souvent
Quand la Vieille au levant et l'Ar Men au Ponant
Veillent toujours la vie des Sénans 
Nous sommes d'un pays qu'on ne quitte jamais
Que l'on porte en soi comme un secret
Comme un rêve un peu fou d'inscrire au fond de nous
Toute l'histoire de ce Caillou
L'Ile de Sein rebelle à l'usure des vents
Tient debout et porte ses enfants
Ceux qui restent l'hiver ou ceux qu'une misère
A poussés vers d'autres continents 
C'est la Voix de notre île entendue dans la ville
A l'écho des douleurs de l'exil
Qui unit chaque feuille que la vie éparpille
Et refait l'arbre de la famille 
Ce bel arbre nomade aux branches vagabondes
Qui jetait des ponts vers d'autres mondes
Revient toujours à terre au cœur de l'île-mère
Où ses pas mènent au cimetière 
Croisée des grands chemins des vivants des défunts
Quand de loin le passé nous revient
En écriture d'or près d'un nom familier
On découvre « Joie aux trépassés »

Des pierres du village aux murs des petits champs
Chacun porte héritage d'antan
Quand l'horizon marin vers la Chaussée de Sein
Etait pour l'île son grand jardin. 
Des siècles disparus le Sénan est têtu
Il a pris Patience pour vertu
Quand du Sud en Guilcher, du nord en « Loup de mer »
Quelqu'un porte toujours nos bannières 
Dans le noir dont les femmes habillent la tristesse
Un îlien voit toujours la tendresse
Qui éclaire sous la Jibilinenn austère
Le beau visage d'une grand-mère 
Lui racontant le soir de si belles histoires
Qu'elles sont restées dans sa mémoire
Comme autant de chansons empreintes du breton
Le plus beau, celui de la Maison 

Sur la route du phare où l'on flâne rêveurs
Au Nifran, au Lenn ou au Gueveur
Au Men Brial en vue des bateaux attendus
On jette l'ancre sur l'imprévu 
Le monde se refait dans les bistrots des quais
Où l'on va Iliens ou Paimpolais
Par marées de bonheur ou de mélancolie
On pourrait chanter toute la nuit

«Qui voit Sein voit sa fin», «Nul n'a franchi le Raz
Sans connaître ni peur ni Dégâts»
Ces dictons répétés qu'on voudrait oublier
Reviennent à l'heure d'embarquer 
D'Audierne ou Douarnenez l'Enez Sun est passé
Par des grains, des vagues déchaînées
Mais l'on garde quand même cette crainte du jour
D'un possible départ sans retour 
Notre petit royaume aux mille paysages
Mille roches aux terribles visages
Nous apporte la paix lorsque le vent se tait
Que l'île reprend vie sur les quais 
Des ruelles on entend le rire des enfants
Ou Kornog à l'église en passant (kornog : vent d'ouest)
Quitter l'île à l'instant s'éloigner du rocher
Ce serait partir à l'étranger.

Paroles et musique Louis Capart

écouter sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=QsN_gqZEVPA


























©crédit photos fruban

                             


  Loguivy de la mer

Ils reviennent encore à l'heure des marées
S´asseoir sur le muret le long de la jetée
Ils regardent encore au delà de Bréhat
Respirant le parfum du vent qui les appelle
Mais s´il est révolu le temps des Terre-Neuvas
La race des marins chez nous ne s´en va pas...


Loguivy de la Mer, Loguivy de la Mer
Tu regardes mourir les derniers vrais marins
Loguivy de la Mer au fond de ton vieux port
S´entassent les carcasses des bateaux déjà morts.

Ils ont connu le temps où la voile était reine
Ils parlent des haubans, des focs et des misaines
De tout ce qui a fait le charme de leur vie
Et qu´ils emporteront avec eux dans l´oubli
Mais s´il est révolu le temps des Cap-Horniers
Il reste encore chez nous d´la grain´ d´aventuriers.

Je n´ai jamais su dire ce que disent leurs yeux
Perdus dans ces visages burinés par le vent
Ces beaux visages d´hommes ces visages de vieux
Qui savent encore sourire et dire à nos vingt ans
Remettez vos cabans et rompez les amarres

Allez y de l´avant mais tenez bon la barre 

François Budet










Petit mort pour rire


Va vite, léger peigneur de comètes !
Les herbes au vent seront tes cheveux;
De ton oeil béant jailliront les feux
Follets, prisonniers dans les pauvres têtes...

Les fleurs de tombeau qu'on nomme Amourettes
Foisonneront plein ton rire terreux...
Et les myosotis, ces fleurs d'oubliettes...

Ne fais pas le lourd : cercueils de poètes
Pour les croque-morts sont de simples jeux,
Boîtes à violon qui sonnent le creux...
Ils te croiront mort - Les bourgeois sont bêtes - 
Va vite, léger peigneur de comètes !

Tristan Corbière

Les amours jaunes, Rondels pour après 


jeudi 3 septembre 2015

Petit d'homme, poème de F.Ruban

Petit d'homme

un matin de septembre à Bodrum

la Mer a rejeté ton corps sur le sable

Elle a refusé de le déchiqueter de l'abîmer

Elle t'a déposé

pour que les hommes voient

ta fragilité d'enfant

ton petit corps endormi sur la plage

où tant d'enfants ailleurs rient et

construisent des châteaux



Petit d'homme

ce matin ton image fait le tour du monde

Réveiller les puissants endormis

indifférents à ces milliers d'autres

tes frères morts comme toi sous les coups des barbares

tes frères nos frères humains nos enfants

qui voulaient simplement vivre

et rire et aller à l'école et désobéir



Petit d'homme

Petit enfant symbole de l'innocence chaque jour massacrée

tandis que nos dirigeants des hommes pourtant

ferment les yeux mettent des barbelés

contre ceux que l'on nomme migrants

qui ne voudraient qu'être réfugiés

Ils quittent leur terre la mort dans l'âme

espoir chevillé au corps

espoir que leurs frères les hommes....



©fruban



le 3 septembre 2015



Tous droits réservés

Protégé par copyright





En hommage à Aylan Kurdi, l'enfant syrien retrouvé mort noyé sur une plage de Turquie ( Bodrum














photo parue dans l'Humanité le 31 mai 2016






































).





Un livre vient de lui rendre hommage aux éditions Verdier ICI


Pierre Demarty
Le Petit garçon sur la plage
Éditions Verdier

éditions Verdier






















































photo du Net
(sur la plage de Bodrum)