Ce fut d'abord le gris de cendre
Un gris dentelé de bleu
Et je m'enfuis
Respirer l'iode océane et ses embruns cheveux fous sous le vent vivifiant Un souffle caressé d'amour
Je te l'ai dit
Mots croisés éparpillés
mes deuils renouvelés
Et j'ai pleuré
Quand tu revins aspirer mes chagrins comme un vaurien tu as ri Et moi aussi j'ai ri
Je te l'ai dit
2015 la barbare
Son cortège de fantoches assassins
dévastant la Liberté
crachant feu de haine souillé de sang
Ses flots d'ignorance gonflés d'arrogance et de vengeances
Terre craquelée prête à exploser
A l'orée il y eut Charlie
Au crépuscule rougeoyant ce fut le Bataclan
Le sang déversé
Je te l'ai dit
Les marchands du temple
Guirlandes éteintes au pied des sapins
nœud coulant et cœur serré
cadeaux enrubannés éparpillés refusés piétinés
Et le tourbillon de la vie autre galaxie
Fils emmêlés
Nous nous sommes étranglés
En mon cœur la lumière s'est enfuie
inondant de noir les ciels d'hiver
Je te l'ai dit
Lentement j'entre dans l'hiver je l'apprivoise
Me nourris de l'odeur rouge du bois qui gémit
Et cette lune si ronde au soir de Noël
Je scrute les ciels encore les ciels
Quelques éoliennes clignotent rouge à l'horizon
presque une guirlande en ces fêtes ravagées
Et la lune enfle toujours se camoufle de sang
Dans quelques jours St Sylvestre sera le terme
Aujourd'hui
Je te le dis
Sous les feuilles mortes naissent les perce-neige
En juin un autre Solstice
une jupe de soie sauvage
une vague déferlante
une brise caressante
Il n’est pas facile de te parler. Tu sembles oublier que nous vivons l’épilogue de notre vie, qu’ensuite il n’y aura plus rien à dire et que l’index lui-même d’autres le liront — pas nous.
Je te reproche de vivre depuis trente-cinq ans comme si tu avais à courir pour éteindre un feu. Dans ta course, il ne faut surtout pas déranger, ni te devancer, ni t’emboîter le pas, ni te suivre — quel que soit l’ouvrage — aussi bien couper des branches sèches, il ne faut surtout pas s’aviser de faire quoi que ce soit avec toi, ensemble. Cette dernière entreprise est bien ce que j’avais vécu de plus affreusement triste. Tu es là à trembler devant mes initiatives, jamais tu ne discutes, tu ne fais que crier ou tu « prends sur toi ». Le plaisir normal de faire quelque chose ensemble, tu ne le connais pas. Un mot anodin à ce sujet et tu te mets à m’expliquer la montagne de choses que tu as à faire. Comme au téléphone, tu racontes toutes tes activités, à n’importe qui, pour expliquer que tu ne peux pas voir ce quelqu’un justement maintenant. En somme, rien de changé depuis l’exposition anti-coloniale.
Pourtant, il serait peut-être aussi urgent de parfois nous rencontrer. Il nous reste extrêmement peu de temps, et tu le sais mieux que quiconque. Mon Dieu, ce que la sérénité me manque, toute une vie comme dans la voiture où je ne peux jamais te dire « regarde ! » puisque toujours tu lis ou tu écris, et qu’il ne faut pas te déranger.
J’étouffe de toutes les choses pas dites, sans importance, mais qui auraient valu la vie simple, sans interdits. Avoir constamment à tourner la langue sept fois avant d’oser dire quelque chose, de peur de provoquer un cyclone — et lorsque cela m’échappe, cela ne rate jamais ! J’y ai droit.
Pourquoi je te le dis ? Pour rien. Comme on crie, bien que cela ne soulage pas. La solitude n’est pas le grand thème de mes livres, elle l’est — de ma vie. J’y suis habituée, je m’y plais après tout. À l’heure qu’il est, le contraire me dérangerait. Ce que je veux ? Rien. Le dire. Que tu t’en rendes compte. Mais j’ai déjà essayé, je sais que c’est impossible. Et si tu me dis encore une fois combien juste maintenant tu tiens tout à bout de bras — je casse tout dans la maison ! Je ne mendie pas, rien, ni ton temps, ni ton assistance, ce que je ne supporte pas c’est la manière dont tu te tiens sur la défensive, les barbelés et les fossés. Ma peine te dérange, il ne faut pas que j’aie mal, juste quand tu as tant à faire. Moi aussi je prends sur moi, et même je ne fais que cela. À en éclater, à sauter au plafond. Même ma mort, c’est à toi que cela arriverait.
Et puis — zut ! Je suppose que quand on n’a pas de larmes, il vous faut une autre soupape. Allons mettons que ce que je ressens soit pathologique, et consolons-nous avec ça. Autrement tu vas encore me sortir que « tu as encore commis un péché… » Et si c’était vrai ? Un péché contre un semblant de bonheur. Je te rappelle seulement l’heure : nous en sommes à moins cinq. Ne me dis pas à mois six et demi, parce que c’est la même chose.
Elles arrivent elles sont là __ fêtes de fin d'année
manne commerciale régal des banquiers
Sont exclus les démunis les endeuillés les assassinés
par la faim la folie les coups des guerriers
Cette année je dis Non
aux honteuses orgies hypocrites vitrines
Peut-être la honte d'une vie qui s'incruste
quand mille sourires assoiffés de Vivre
ne sont plus que décharnés rictus par la Mort abattus
Et pourtant et pourtant __ regard et cœur d'enfant
longtemps j'ai gardé
Choisir préparer l'arbre chercher au fond d'un placard
anciennes parures soyeuses illuminées
Accrocher ici _ ou plutôt là-bas _ quelques branches de houx
quelques rameaux enneigés
Parfois sous les sarcasmes malicieux
Installer le village de santons autour de la crèche
Non par esprit religieux ou quelconque croyance
pour l'ambiance le clair obscur la lueur des bougies parfumées
Lorsque tu es parti mon fils bien-aimé
je me fis violence pour les petits yeux émerveillés __ pour Toi
je perpétuai les gestes ancestraux préparai les repas de fêtes
Coeur serré par ce manque cruel __ Ta place à jamais vide
D'année en année de colère en colère
de sanglots en cadeaux
Noël s'invitait sous notre toit __ Et puis
Vint 2015 la sanglante la barbare
Cette fois je ne peux plus
Et pourtant et pourtant __ Ce soir je le sais
la colère noyée sous les larmes est privation
J'aimerais tant redevenir enfant émerveillée
Ce soir je garderai la douce chaleur du feu de bois
la lueur des bougies parfumées
les saveurs de cannelle les senteurs d'encens
Je prendrai ta main par-delà l'ignominie
Je poserai un baiser sucré sur ton front
une écharpe de soie sur mon cou
Je te garderai Toi.
La première vidéo que j'avais publiée n'est plus disponible, en voici une nouvelle
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La Philharmonie de Paris invite à célébrer Noël avec cette oeuvre populaire et emblématique de la période de l'Avent
Le Messie de Haendel est considéré comme un chef d'œuvre de l'oratorio. En Angleterre, cette pièce liturgique est devenue un symbole national à Noël. La Philharmonie propose une version avec l'Orchestre de Chambre de Paris, accentus et quatre solistes britanniques, sous la direction de Douglas Boyd.
La création du Messie
Cet oratorio a été composé en seulement 24 jours en 1741. C'est la pièce la plus connue de Georg Friedrich Haendel, compositeur allemand naturalisé anglais de la période baroque, qui souhaitait renouveler ce genre. « Je pensais voir tout le Ciel devant moi et le grand Dieu lui-même » écrivit-il après la création de l'œuvre à Londres. La pièce est très régulièrement donnée à Noël, en particulier en Angleterre où le public a pour habitude de rester debout pour le célèbre "Alleluia", en souvenir du Roi qui se leva lors de la première.
Une œuvre très populaire
La pièce présente des chœurs grandioses et des airs très lyriques qui rappellent les nombreux opéras de Haendel. Le Messie est toujours donné avec éclat et le public est régulièrement appelé à participer ; les mélodies étant souvent connues des mélomanes. La Philharmonie de Paris a décidé de suivre cet esprit et de proposer un bis participatif (Voir le site de la Philharmonie pour apprendre les bis).
Comment se déroulent les fêtes de fin d'année chez nos voisins européens ou de plus loin ? Chaque pays célèbre Noël et le Nouvel An avec ses propres rites et coutumes. En Grèce, par exemple, la période des fêtes débute le 6 décembre et s'achève le jour de l’Epiphanie. Décorations, gastronomie, chants…Eirini, étudiante de 28 ans dans l'audiovisuel, nous éclaire sur les traditions grecques.
JOL Press : Quand commencent les fêtes de Noël en Grèce ? Eirini : Les fêtes de fin d’année commencent officiellement le 6 décembre et se terminent le 6 janvier, jour de l’Epiphanie. À partir du 6 décembre, les magasins ajustent les derniers détails des vitrines, et les décorations de la ville s’illuminent.
Dans les îles grecques et les petits villages, il n’y a pas de sapin de Noël mais des maquettes de bateaux-voiliers en bois que l'on orne de guirlandes. Ces décorations rappellent l'univers de la mer, qui joue un rôle important dans la vie du peuple grec.
JOL Press : Comment les Grecs célèbrent-ils Noël ? Eirini : En famille, comme le Nouvel An d’ailleurs. Le 24 décembre nous nous réunissons en famille, et le lendemain, nous fêtons la naissance de Jésus. Il n’y a pas de distribution des cadeaux ce jour-là. Il faut attendre la fête de Saint-Basile (Agios Vassilis), le 1er janvier. En Grèce, notre Père Noël, c'est Agios Vassilis (IVème siècle après JC), connu pour avoir créé des écoles et des orphelinats dans l’histoire de l’orthodoxie. C’est lui qui apporte les cadeaux !
JOL Press : Quelles sont les grandes traditions liées à Noël ? Eirini: Le 24 décembre, les enfants de 6 à 21 ans descendent dans les rues pour chanter des chansons populaires grecques de Noël, qu'on appelle "Kalanda". Il existe les kalandes connues et chantées dans les grandes villes, mais également différentes versions que l'on chante dans les petits villages ainsi que dans les îles de Grèce. Les jeunes accompagnent leurs chants du son aigu d'un triangle en acier, et reçoivent en récompense de l’argent et des gâteaux.
JOL Press : De quoi se compose le repas de Noël ? Eirini : Le repas du 24 décembre marque pour les Grecs la fin d'une période de jeûne de 40 jours. Les repas varient en fonction des traditions familiales et des régions. Certaines familles préparent une dinde farcie à la viande, aux tomates et aux groseilles. Il est également de tradition de préparer deux sortes de gâteaux de Noël : les "melomakarona", un biscuit au miel et aux noix, et les fameux "kourabiedes" à base d’amandes et de fleur d’oranger, recouverts de sucre glace. À partir du mois de décembre, on trouve ces gâteaux partout ! Le plus souvent, les familles les cuisinent ensemble, mais dans les grandes villes, les gens pressés peuvent les acheter dans n’importe quelle boulangerie.
Par tradition, les Grecs préparent également le pain du Christ, le "christopsomo", le 24 décembre. Il s’agit d’un pain rond dans lequel on dessine une croix byzantine avant de le faire cuire. Lors du repas, les membres de la famille se partagent le pain.
JOL Press : Comment se déroule le Nouvel An ? Eirini: Comme pour Noël, les jeunes Grecs défilent dans les rues pour le Nouvel An et chantent les "kalanda". Le matin, les familles grecques cassent une grenade – que l’on retrouve dans toutes les décorations de Noël en Grèce - devant la porte de leur maison pour leur porter chance. Lors du Réveillon, on se retrouve surtout en famille. Après minuit, les jeunes peuvent rejoindre leurs amis pour célébrer la nouvelle année. Pour un enfant, le Nouvel An est encore plus important que Noël, car la distribution de cadeaux à lieu. C’est plus festif !
JOL Press : Comment s'achève la période des fêtes en Grèce ? Eirini : Les fêtes de fin d'année s’achèvent le 6 janvier par la cérémonie du baptême de Jésus. Lors de la fête orthodoxe "Ta Fota", les prêtres de chaque église bénissent l’eau de la mer ou de la rivière la plus proche et y jettent la croix de leur église. Une douzaine de jeunes se jettent alors à l’eau pour tenter de la récupérer. Celui qui réussira sera béni par le prêtre et son exploit lui portera chance, dit-on souvent.
Associé aux souvenirs amers et aux séparations douloureuses, même comme ex-voto des marins aux moments de danger en mer, le bateau ne pouvait que symboliser les rassemblements familiaux avec la présence de tous les membres, quelque choses qui se passait à chaque moment de l’année et pas seulement pendant les jours festifs de Noël. C’est pourquoi on ne l’utilisait pas seulement comme décoration de Noël. Il y avait le bois du Christ, un morceau trouvé dans la forêt qui servait à la décoration, portant l’espoir d’une nouvelle floraison et d’un meilleur avenir .
Cependant, après les annés 1970, une grande discussion autour du vieux symbole a commencé et plusieurs hommes ont cherché à remplacer l’arbre par le bateau comme une belle combinaison de la tradition et la conscience écologique. Aux îles, on trouve toujours des bateaux décoratifs, bien entendu. Dernièrement, on le trouve dans les grandes villes également.
Alors, prenons le large avec le petit bateau grec, son nom ELPIDA=ESPOIR, pour envisager la mer agitée de notre temps!
Après l’effondrement de l’Institution religieuse, celle des grandes utopies politiques, et la désillusion, plus récente, du libéralisme économique : les québécois et québécoises font face à une perte de sens, un vide profond. Nous sommes plus prospères que jamais, plus libres que jamais de créer notre vie, mais quelque chose nous manque. Tout le monde le sent.
L’Heureux Naufrage est un film documentaire profond et humain sur le sens de la vie et nos valeurs. À travers le regard de plus d’une trentaine de personnalités publiques, québécoises et françaises, il aborde des questions essentielles, jamais explorées de cette manière chez nous. Denys Arcand, Éric-Emmanuel Schmitt, Denise Bombardier, Pierre Maisonneuve, et bien d’autres, y livrent leurs réflexions très personnelles, sur le vide qui les habite, la quête de sens, la spiritualité, Dieu.
Après avoir renoncé à toute forme de foi, ce pourrait-il, comme le pense Stéphane Laporte, que nous assistions en ce moment, au Québec, à un « retour vers les choses fondamentales », un « renouveau spirituel » ? Ou bien, comme le suggère Alain Crevier, que nous soyons « en train de se réapproprier le mot foi » ?
Face au futile et au frivole d’un monde utilitariste, face à l’instantanéité, au prêt-à-porter, le film interroge les fondements de nos valeurs et de nos croyances. Il met des mots autour de grandes questions qui nous habitent tous et propose de faire la paix avec notre héritage religieux. Un film inspirant et touchant, construit au fil des rencontres, dans lequel s’entrecroisent des visions et des pistes de réponses sur le vide spirituel de notre société postmoderne.
« La réaction est toujours forte quand je présente des extraits d’entrevues du film. Il provoque des silences, des sourires, il apaise. Pour moi, c’est la preuve que L’Heureux Naufrage est profondément pertinent. C’est un film universel qui touche toutes les générations québécoises. C’est un retour vers l’essentiel. La proposition d’une introspection personnelle, mais aussi de société, et je pense que le moment n’a jamais été aussi propice à ces réflexions. » — Guillaume Tremblay, réalisateur.
ANDRÉ COMTE-SPONVILLE - Un philosophe athée non-dogmatique et son expérience mystique. Mon clip inédit du film préféré!
Posté par L'Heureux Naufrage sur vendredi 13 novembre 2015
Quelle cendre peut encore empêcher la braise d'épouser la flamme
Max-Pol Fouchet
crédit photo fruban
Gris
... le Ciel en cendre
Je n'y vois que du gris
Gris le ciel
gris mes mots
gris mon coeur
gris l'espace sans lueur
La cendre a tout pénétré
Le souffle s'est envolé
En silence je t'ai appelé
Le vent a refusé de porter ton prénom
Je n'y vois que du gris
Gris le monde
des hommes gris
gris tous ces morts qui jamais plus
ne verront se lever l'aube
grise la chape sur le sang séché
La noire barbarie s'est abattue
La Vie s'est arrêtée net
Des larmes des cris de peur d'horreur
Le silence m'assourdit
Je n'y vois que du gris
Gris ce petit con
grises les blessures infligées
à ton cœur pur petite princesse
gris ces gamins déboussolés
Violence absence de repères
Arrogance bestiale des mal-aimés
Domination ces morsures à l'âme
ces coups à l'autre portés
Hurlements de l'enfance confisquée
Je n'y vois que du gris
Et pourtant un matin gris
le soleil se lève le bleu resplendit
bleues tes caresses murmurées
bleu ton sourire de tendresse habillé
Ta main me conduit sur les sentiers
Empreintes chéries du passé
dans les pas des Hommes aimés
Compassion ou Amour fou
Mais surtout baisers sucrés dans le cou
Cela me touche étrangement qu’il y ait maintenant une patrie autour de toi, une maison remplie de ta présence, un jardin qui vit de toi, un espace qui t’appartient ; oui, je comprends que tout cela ait été et n’ait pu qu’être lent à advenir : car ton univers exige la réalité et a la force de l’exiger ; le premier et lointain Loufried était presque comme un rêve, légèrement fragile et plein de choses anticipées ; mais il tenait à toi, et quand tu venais, la maison était grande et le jardin sans fin. C’est ce que j’éprouvais alors, et je sais aujourd’hui que c’est justement l’infinie réalité qui t’entourait qui constitua pour moi l’événement le plus profond de cette époque indiciblement bonne, grande et généreuse ; le processus de métamorphose qui s’empara alors de moi en mille endroits à la fois émanait de ton existence indiciblement réelle. Jamais, dans mes timides tâtonnements, je n’avais autant senti l’être, autant cru à la présence et autant admis l’avenir ; tu étais l’antithèse de tous les doutes et pour moi une preuve que tout ce que tu touches, atteins et regardes existe. Le monde perdit pour moi son caractère nébuleux, cette façon flottante de se former et de se décomposer qui fut la manière et la pauvreté de mes premiers vers ; des choses advinrent, des bêtes que l’on discernait, des fleurs qui existaient ; j’appris une simplicité, j’appris avec lenteur et difficulté que tout est simple, et j’acquis la maturité pour parler des choses simples.
Et tout cela se produisit parce qu’il m’a été accordé de te rencontrer à un moment pour la première fois je courais le danger de m’abandonner à l’informe. Et si ce danger ne cesse de revenir d’une façon ou d’une autre et sous une forme de plus en plus adulte, le souvenir de toi, la conscience de toi grandissent cependant en moi au point de devenir immenses. A Paris, pendant ces journées extrêmement difficiles où toutes les choses se retiraient de moi comme d’un homme devenant aveugle, où je tremblais de l’angoisse de ne plus reconnaitre le visage de mon prochain, je me raccrochais au fait que toi, je te reconnaissais encore en mon for intérieur, que ton image ne m’était pas devenue étrangère, qu’elle ne s’était pas éloignée comme tout le reste, mais se maintenait seule dans le vide étranger où j’étais contraint de vivre.
Et ici aussi, au milieu du déchirement avec lequel j’ai renoué, tu as été le lieu sûr auquel mon regard est resté fixé.
Je comprends si bien que les choses viennent à toi comme les oiseaux retournent au nid lointain quand le soir tombe. Mille lois, grandes et petites, se sont accomplies avec la maison qui s’est construite autour de toi. Je suis si heureux qu’elle existe, et j’ai l’impression que ses effets bienfaisants me parviennent jusqu’ici.
Mon combat, Lou, et mon péril consistent en ceci que je ne puis devenir réel, qu’il y a toujours des choses qui me nient, des événements qui me traversent, plus réels que moi, comme si je n’existais pas. Autrefois, j’ai cru qu’un mieux surgirait le jour où j’aurais une maison, une femme et un enfant, toutes choses réelles et irréfutables ; j’ai cru que cela me rendrait plus visible, plus tangible, plus concret. Tu vois, Westerwede existait, était réel : car j’ai construit moi-même la maison et tout fait à l’intérieur. Mais c’était une réalité en dehors de moi, je n’étais ni intégré à elle ni confondu avec elle. Et maintenant que cette petite maison avec ses belles chambres silencieuses n’existe plus, le fait de savoir qu’il existe encore un être lié à moi et quelque part un petit enfant qui n’a rien de plus proche dans la vie que cet être et moi – cela me donne sans doute une certaine sécurité et l’expérience de beaucoup de choses simples et profondes -, mais cela ne m’aide pas à parvenir à ce sentiment de réalité, à cette égalité de condition à laquelle j’aspire tant : être quelqu’un de réel au milieu du réel.
C’est seulement pendant mes journées de travail (fort rares) que je deviens réel, que j’existe, que j’occupe l’espace comme une chose, pesant, gisant, tombant, et puis une main vient me relever. Inséré dans l’édifice d’une grande réalité, j’ai alors le sentiment d’être un élément important, posé sur des fondations profondes, encadré à droite et à gauche par d’autres portants. Mais chaque fois, après ces moments d’insertion, je redeviens la pierre rejetée au loin, si inerte que l’herbe de l’inaction a le temps de pousser sur elle. Et le fait que ces moments de rejet ne se fassent pas plus rares, mais soient au contraire quasi constants, ne doit-il pas m’angoisser ? Si je gis ainsi, complètement enseveli, qui me retrouvera sous tout ce qui me recouvre ? Et n’est-il pas possible que je me sois depuis longtemps effrité, presque pareil à la terre, presque aplani, si bien qu’il y a toujours un morne chemin de traverse pour me passer dessus ?
Il y a donc constamment devant moi cette unique tâche à laquelle je ne m’attèle toujours pas, bien que je doive le faire : trouver le chemin, la possibilité d’une réalité quotidienne…
J’écris cela, chère Lou, comme dans un journal intime, tout cela parce que je ne peux pas écrire de lettre maintenant mais n’en suis pas moins désireux de te parler. J’ai presque perdu l’habitude d’écrire, aussi pardonne-moi si cette manière de lettre est détestable et désordonnée. Peut-être n’y voit-on même pas qu’elle est emplie de joie à la pensée de ta maison et y apporte mille voeux. Mille. Tous.
Eloignés par le sort, lui aux Etats Unis, elle en Egypte, telles deux âmes soeurs dans la quête de la réalité ultime,
ils ne se rencontrèrent jamais, sauf en imagination et en rêve.Cette correspondance, de 1912 à 1931, jusqu'à la mort de Gibran, témoigne de l'amitié, puis de l'amour qu'ils se portèrent.
Voici une des lettres de cette union sacrée.
26 février 1924
Vous me dites que vous avez peur de l'amour ; pourquoi cela, ma tendre amie ? Avez-vous peur de la lumière du soleil ? Avez-vous peur du flux et du reflux de la mer ? Avez-vous peur du jour naissant ? Avez-vous peur du retour du printemps ? Je me demande pourquoi vous avez peur de l'amour ? Je sais que l'amour d'une âme basse ne peut vous satisfaire, tout comme je sais qu'il ne peut pas me plaire. Vous et moi ne saurons jamais satisfaire de ce qu'il y a de mesquin dans l'esprit. Nous voulons tout en quantité. Nous voulons tout avoir. Nous voulons la perfection. Je dis, Mary, que dans cette aspiration qui est la nôtre se trouve notre accomplissement, car si notre volonté n'était qu'une ombre parmi les innombrables ombres de Dieu, nul doute que nous atteindrions l'un des nombreux rayons de Sa lumière.
Oh ! Mary, n'ayez pas peur de l'amour ! N'ayez pas peur de l'amour, amie de mon cœur. Nous devrons nous soumettre à lui malgré ce qu'il peut nous apporter de souffrance, de désolation, de nostalgie, de perplexité et de confusion. Ecoutez, Mary : aujourd'hui, je suis dans une prison de désir, qui sont nés lorsque moi-même je suis venu au monde. Et aujourd'hui, je me trouve entravé par les chaînes d'une idée aussi vieille que les saisons de l'année. Pouvez-vous faire montre de mansuétude à mon égard, dans ma prison, afin que nous puissions émerger enfin à la lumière du soleil ? Resterez-vous près de moi jusqu'à ce que ces chaînes soient détruites et que nous puissions marcher librement et sans entraves jusqu'au sommet de la montagne ? Et maintenant, venez plus près, rapprochez votre front de moi - comme ceci, comme ceci, et que Dieu vous bénisse et vous protège, compagne bien-aimée de mon cœur.
Conversation avec mon androïde. En fait sa maîtresse c’est ma compagne. Aussi quand je dis Mon androïde je sais que ce personnage, qui se présente comme une sorte d’ardoise écran pour homo ecranus, fait un peu la gueule car je partage la couche de sa maîtresse ce qui, je crois, le rend un peu jaloux.
Le matin ma compagne s’en va avec son pote. Un type qui s’appelle Smart Phone. Bien sûr je suis convaincu que c’est un pseudo. Car se faire prénommer Smart quand on me voit c’est un peu gonflé, vaniteux même.
En revanche elle laisse à ma surveillance son androïde qu'elle allume (cela doit fort l’exciter, l'androïde, et je lui ai déconseillé à ma compagne, maintes et maintes fois de cesser de jouer à ce jeu dangereux avec l’androïde mais en vain). Une fois allumé elle lui demande de me laisser écouter France Inter. Je pourrais entre nous allumer la radio. Ça marche aussi bien et c’est fait pour ça. Mais bon ! Entre temps, je sens l’androïde contrarié d’être mis à mon service car au bout d’un moment tout en continuant sa face illuminée (pour faire plaisir à sa maîtresse je suppose) se ferme et passe en écran noir. Je sens qu’il me fait la gueule.
Au bout d’un moment quand ma compagne est partie bosser et que nous nous retrouvons en tête à tête je le titille un peu en lui tripotant les boutons. Je le déverrouille ce qui semble le rendre fou. Et aussitôt il tente d’engager une conversation de diversion :
A (l’androïde) : Que puis-je pour vous ? (à noter que je ne lui évidemment rien demandé)
Moi : Pardon ? Que me veux-tu ?
A ( il fait l’idiot) : Que puis je pour vous ?
Moi : Rien, Je ne t’ai rien demandé.
A : Je ne comprends pas ce que vous voulez. Que puis-je pour vous ?
Moi (j’articule, je ne hurle pas encore) : Je ne t’ai ri-en de-man-dé. Tu com-prends main-te-nant ?
A : Pourquoi vous me parlez comme ça ?
Moi : Quoi ? Je te par-le co-mment ?
A : Vous êtes fatigué ?
Moi : Non je ne vois pas le rapport. Je vais bien
A : Pourquoi vous me parlez comme ça ?
Moi : Tu commences à me gonfler
A : Vous n’êtes pas très poli !
Moi : Tu te fous de ma gueule, ‘en veux une, connard ?
A : Que puis-je pour vous. Je ne comprends pas ce que vous voulez.
Moi : Tu vas voir Ducon
Là-dessus je me saisis de l’androïde, je baisse son couvercle, je l’empoigne d’une main et par le collet, le hubot, real human, et je le balance dans le placard au dessus des wc. Non mais !
Si on se laisse faire dans quelque temps, que j’espère ne jamais voir, ils nous pisseront dessus ! Vous verrez, vous verrez, vous verrez !