mercredi 4 mai 2016
Pensées d'Eurydice, Marilyne Bertoncini et Pierre Rosin
Marilyne Bertoncini
corédactrice en chef de la revue Recours
au Poème (recoursaupoeme.fr), docteur
en Littérature, spécialiste de Jean Giono,
collabore avec des artistes, vit, écrit et traduit.
Ses textes et photos paraissent dans diverses
revues françaises et internationales,
et sur son blog : minotaura.unblog.fr. Ses traductions de poètes anglais et australiens et son recueil,
Labyrinthe des Nuits, sont parus chez Recours au Poème
éditeurs, comme sa traduction des poèmes de Ming Di, Livre
des 7 Vies, et Histoire de Famille, illustrés par Wanda Mihuleac,
aux éditions Transignum en mars 2015.
La Dernière Oeuvre de Phidias vient de paraître chez Encres
Vives.
Pierre Rosin
Pierre Rosin est peintre à l’huile, en images numériques et
en poésie. Il a illustré les poèmes de Jacques Thomassaint et
Jean-Claude Touzeil.
Il expose ses images et ses propres poèmes qu’il a regroupés
dans deux recueils poésie & peinture : jardin doux et amers et
courbures.
Certains de ces poèmes sont parus en revue, Traction Brabant,
Terre à ciel, éditions Robin.
Site internet : www.pierrerosin.fr
(Revue Ce qui reste)
Pour lire confortablement, cliquez sur "open publication"
jeudi 28 avril 2016
Loin....... au plus près, poème de fruban
« Parfois il neige en avril,
Parfois je me sens si mal, si mal,
Parfois je souhaite que la vie soit sans fin,
Même si toutes les bonnes choses, comme on dit, ne durent jamais »
Prince (1958-2016)
Sometimes it snows in april
Loin.....au plus près
Loin de toi
loin de moi
A travers l'infini des continents et océans
Ils ont assassiné
Paris Bruxelles Tunis Lahore
en Syrie en Irak en Afghanistan en Côte d'Ivoire s'étendent leurs tentacules
Loin de nous
s'écoule le sang en torrents d'écume rouge
Tout près de toi
tout près de moi
Éclosent les pétales de nacre rose
Premier printemps sourit Vivaldi
les bleus de l'iris rendent le ciel jaloux
avalanches d'ors sur les arbres sur l'herbe mouillée
Tout près de nous
en cascades parfumées s'affolent émotions sentiments
Loin de toi
loin de moi
Des femmes pleurent leurs enfants disparus
au monde des vivants à jamais perdus
à jamais privés d'un destin
le chagrin à jamais ronge leurs entrailles
Loin de nous
se répandent des larmes de douleur d'impuissance
Tout près de toi
tout près de moi
Renaissance de senteurs éclatant
leurs arômes de miel
Narcisse des poètes cœur d'or sur lumineuse blancheur
un fil tissé en je t'aime
Tout près de nous
rythment la cadence l'Amour puissant et ses vœux de silence
Loin de toi
loin de moi
Serpentent sinueux kilomètres longue est la route
Et déboussolé l'avril se fait polaire
sous le fracas du chaos mondial
en Méditerranée toujours sont noyés les innocents
Loin de nous
s'auréole offerte au repos une alcôve aux draps bleus
Tout près de toi
tout près de moi
Se pose si douce une main sur l'épaule
Le jour la nuit avec nous elle chemine
et jamais plus ne trébucherons aux ornières
des blessures du passé
Tout près de nous
fleurissent les baisers sur les lèvres dans le creux du cou glissés
La Vie
encore
un peu
© fruban
avril 2016
recueil en cours
Tous droits réservés
Protégé par copyright
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| © photo prise sur Culturebox |
Sometimes It Snow In April p r i n c e from eton on Vimeo.
| © crédit photo fruban |
vendredi 15 avril 2016
Centenaire Yehudi Menuhin, 2016
France Culture
http://www.franceculture.fr/emissions/la-revue-musicale/yehudi-menuhin-violon-du-siecle

Alors qu’on célèbrera le 22 avril le centenaire de la naissance du violoniste et chef d’orchestre, une importante co-édition retrace le parcours exceptionnel d’un enfant prodige devenu ambassadeur de la paix.
A l'occasion du centenaire de la naissance du violoniste Yehudi Menuhin, réécoutez le récit de sa vie que le musicien livre au micro de Jacques Chancel pour Radioscopie en 1977.
Yehudi Menuhin, un sage ? En 1977, Jacques Chancel reçoit le violoniste dans son émission emblématique Radioscopie. Violoniste et chef d'orchestre, personnage public parmi les plus médiatisés de la musique, musicien engagé, Yehudi Menuhin livre une confession intimiste sur ses racines, son rapport à la musique, son enfance, ses angoisses sur la marche du monde et sa vision de l’avenir.
« J’ai choisi le violon de manière instinctive. C’était un instrument très répandu parmi les Juifs russes. Comme je le dis toujours, le violon est une prolongation de la voix. C’est l’instrument le plus intime, l’instrument que l’on porte avec soi, l’instrument le plus sensible à l’émotion personnelle. Il est à la fois sensuel par la forme et appartient à l’âme par sa sonorité. Il est facile à transporter, donc sans racines, moyen d’expression par excellence du peuple juif. Le violon l'est aussi d’un autre peuple errant : les Tziganes. Les deux peuples ont des liens très forts : errants et déracinés, ils sont deux pôles d'une même condition, les Juifs urbains et littéraires, les Tziganes nomades.
Dans la région du sud de la Russie, d'où est originaire ma famille, les Tziganes et les Juifs vivaient cote à cote, et c'est le violon qui était leur instrument par excellence. »
►Ecoutez l'intégralité de l'émission :
France Musique
http://www.franceculture.fr/emissions/la-revue-musicale/yehudi-menuhin-violon-du-siecle

Alors qu’on célèbrera le 22 avril le centenaire de la naissance du violoniste et chef d’orchestre, une importante co-édition retrace le parcours exceptionnel d’un enfant prodige devenu ambassadeur de la paix.
| Yehudi Menuhin en cca 1950© CORBIS |
A l'occasion du centenaire de la naissance du violoniste Yehudi Menuhin, réécoutez le récit de sa vie que le musicien livre au micro de Jacques Chancel pour Radioscopie en 1977.
Yehudi Menuhin, un sage ? En 1977, Jacques Chancel reçoit le violoniste dans son émission emblématique Radioscopie. Violoniste et chef d'orchestre, personnage public parmi les plus médiatisés de la musique, musicien engagé, Yehudi Menuhin livre une confession intimiste sur ses racines, son rapport à la musique, son enfance, ses angoisses sur la marche du monde et sa vision de l’avenir.
« J’ai choisi le violon de manière instinctive. C’était un instrument très répandu parmi les Juifs russes. Comme je le dis toujours, le violon est une prolongation de la voix. C’est l’instrument le plus intime, l’instrument que l’on porte avec soi, l’instrument le plus sensible à l’émotion personnelle. Il est à la fois sensuel par la forme et appartient à l’âme par sa sonorité. Il est facile à transporter, donc sans racines, moyen d’expression par excellence du peuple juif. Le violon l'est aussi d’un autre peuple errant : les Tziganes. Les deux peuples ont des liens très forts : errants et déracinés, ils sont deux pôles d'une même condition, les Juifs urbains et littéraires, les Tziganes nomades.
Dans la région du sud de la Russie, d'où est originaire ma famille, les Tziganes et les Juifs vivaient cote à cote, et c'est le violon qui était leur instrument par excellence. »
►Ecoutez l'intégralité de l'émission :
France Musique
mercredi 6 avril 2016
Au bouquet, poème Eric Piette, photographies José Wattebled
Ce qui reste
« je te promets
souvent encore
nous parlerons ensemble
et demain j’irai fredonner
rue Lepic au Lux Bar
des mots cent fois plus grands que moi »
Pour pouvoir feuilleter en grand et lire avec aisance poème et photographies, cliquez sur "open publication" .
lundi 4 avril 2016
Ton empreinte, poème de fruban
| crédit photo fruban |
Quelques pas dans le jardin ont suffi
Mon regard s'attarde
Sur des roses oubliées abandonnées
Les arbres nus dépouillés élancent vers le ciel blanc
leurs ramures décharnées
De rares feuilles s'agitent sous le souffle léger
Mon coeur s'envole s'envole...
C'était un soir d'été
Autour de la table de pierre
Tes cheveux bouclés tes yeux clairs au sourire malicieux
Nous étions tous réunis le vin un nectar
qui faisait pétiller les yeux et les paroles
La pénombre nous enveloppait à la lueur vacillante de la flamme
aux senteurs de citronnelle
Les îlots odorants et fluorescents de l'onagre
-nous l'appelions belle de nuit -
Les rires les paroles éclaboussaient le silence
Nous inventions des utopies
et refaisions le monde...
Solitaire ce matin j'interroge le ciel laiteux
Impassible et sourd
Et comme chaque jour depuis trois longues années
Je me plais à rêver
Et si tout là-haut dans cette immensité infiniment mystérieuse
Un petit prince
Aux yeux rieurs
Aux boucles blondes
Guettait mes promenades matinales...
Par une nuit claire
Scrutant la voûte étoilée
Percevrai-je moi aussi le rire cristallin d'une étoile
Mon Etoile
la plus lumineuse de toutes ..
© F. R
jeudi 19 janvier 2012
Tous droits réservés
Protégé par copyright
extrait du recueil "L'Âme des marées" publié en octobre 2014
éd épingle à nourrice
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| couverture du recueil "L'Âme des marées" |
vendredi 1 avril 2016
La petite fille assassinée, poème d'André Chenet
La petite fille assassinée
à Israa, à Yasmine, à Leïla
Hier une petite fille palestinienne été tuée de façon ignoble par des troufions de Tsahal.
Elle gisait dans son propre sang entre deux soldats armés, casqués et bottés
ses cheveux noirs et sa robe rougis sur un trottoir gris
Ces saloperies commises jours après jours ne figurent pas dans votre journal mais
nous sommes traités d'antisémites dès que nous les dénonçons.
Qui pleurera cet ange si humain à part sa famille et ses proches?
Elle n'était pas européenne, bien sûr. La douleur et les larmes, les cris de révolte
sont-ils alors permis?
En France, les soldats franco-israëliens qui servent
sous le drapeau d'Israël bénéficient de réductions d'impôts, le saviez-vous?
La petite fille ne ressuscitera pas, les oliviers derrière les barbelés résistent en silence
ils attendent la fin des temps de l'occupation.
Les princes laïques venus de France se coiffent de la kippa lorsqu'ils viennent se prosterner devant le mur des lamentations sans jamais condamner les massacres quotidiens
Netanyahu se fait gloire de tout ce sang palestinien versé qui nourrit la chair du peuple élu
La politique impériale fait loi qui oblige les familles des victimes a expier
les crimes commis dans le temples de Jérusalem dédiés au veau d'or des multinationales, des banquiers et des marchands d'armes
Terres volées, populations enterrées vivantes sous les ruines du terrorisme
international
Les avocats et les agrumes de Sion ont un goût d'amertume de sang innocent
Le sacrifice d'Abraham en pays de Canaan n'en finit pas de se répercuter
comme une malédiction s'étendant au monde entier
Un Léviathan cynique et aveugle propage la haine en crachant la mort infernale
à travers délires religieux et idéologiques
Serez-vous palestiniens aujourd'hui gens de biens, l'étiez-vous lorsque Gaza s'écroulait sous les bombes incendiaires??
Il y a sur cette terre, disait le poète palestinien Mahmoud Darwich "la peur qu’ont les tyrans des chansons,/ Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre : / il y a sur cette terre, le commencement des commencements, / la fin des fins, / On l’appelait Palestine et on l’appelle désormais Palestine". Quel est le prénom de la petite fille assassinée froidement? Israa, Yasmine, Leïla ?
Elle n'aura pas eu le temps de vivre parmi les fleurs du printemps et ne rencontrera jamais son amant.
Quelque part dans le monde, le 29/03/2016
© André Chenet
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Blog d'André Chenet
Dans Revue Texture
à Israa, à Yasmine, à Leïla
Hier une petite fille palestinienne été tuée de façon ignoble par des troufions de Tsahal.
Elle gisait dans son propre sang entre deux soldats armés, casqués et bottés
ses cheveux noirs et sa robe rougis sur un trottoir gris
Ces saloperies commises jours après jours ne figurent pas dans votre journal mais
nous sommes traités d'antisémites dès que nous les dénonçons.
Qui pleurera cet ange si humain à part sa famille et ses proches?
Elle n'était pas européenne, bien sûr. La douleur et les larmes, les cris de révolte
sont-ils alors permis?
En France, les soldats franco-israëliens qui servent
sous le drapeau d'Israël bénéficient de réductions d'impôts, le saviez-vous?
La petite fille ne ressuscitera pas, les oliviers derrière les barbelés résistent en silence
ils attendent la fin des temps de l'occupation.
Les princes laïques venus de France se coiffent de la kippa lorsqu'ils viennent se prosterner devant le mur des lamentations sans jamais condamner les massacres quotidiens
Netanyahu se fait gloire de tout ce sang palestinien versé qui nourrit la chair du peuple élu
La politique impériale fait loi qui oblige les familles des victimes a expier
les crimes commis dans le temples de Jérusalem dédiés au veau d'or des multinationales, des banquiers et des marchands d'armes
Terres volées, populations enterrées vivantes sous les ruines du terrorisme
international
Les avocats et les agrumes de Sion ont un goût d'amertume de sang innocent
Le sacrifice d'Abraham en pays de Canaan n'en finit pas de se répercuter
comme une malédiction s'étendant au monde entier
Un Léviathan cynique et aveugle propage la haine en crachant la mort infernale
à travers délires religieux et idéologiques
Serez-vous palestiniens aujourd'hui gens de biens, l'étiez-vous lorsque Gaza s'écroulait sous les bombes incendiaires??
Il y a sur cette terre, disait le poète palestinien Mahmoud Darwich "la peur qu’ont les tyrans des chansons,/ Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre : / il y a sur cette terre, le commencement des commencements, / la fin des fins, / On l’appelait Palestine et on l’appelle désormais Palestine". Quel est le prénom de la petite fille assassinée froidement? Israa, Yasmine, Leïla ?
Elle n'aura pas eu le temps de vivre parmi les fleurs du printemps et ne rencontrera jamais son amant.
Quelque part dans le monde, le 29/03/2016
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| © photo André Chenet |
mercredi 30 mars 2016
Bernard Haillant, auteur, compositeur, interprète (1944-2002)
| photo Stéphane Speiser |
Bernard Haillant (1944-2002)
Son site
Pour lui rendre hommage, le site d'Antoine Fetet
J'ai découvert Bernard Haillant en écoutant Angélique Ionatos
Je vis en négritude
Dans un monde de blancs,
Je vends mes inquiétudes
Dans un monde d’argent,
Heureux comm’ d’habitude
Dans un monde de sang,
Je suis en solitude
Dans un troupeau de gens ;
Si je suis un voyeur
C’est que le monde est clos,
Et je suis un voleur
D’avoir ce qu’il me faut,
Et je suis un menteur
Quand je pèse mes mots,
Je suis lâche et j’ai peur
De devenir idiot ;
Pourtant faut vivre (bis)
Mais je n’y crois pas trop,
Je prends ça comm’ ça vient,
Mais je n’y crois pas trop
Sinon gare au chagrin !
J’ai si mal à mes mains
Qui ne se tendent pas,
J’ai si mal à tes poings
Qui se tendent déjà,
Mal à l’humanité,
Mal aux temps que voilà,
J’ai mal à l’amitié,
Mal à vous, mal à moi ;
J’ai mal à mes désirs,
J’ai mal à mes émois,
J’ai mal à mon plaisir,
À ton plaisir à toi,
J’ai si mal aux amours
Que je n’oserai pas,
Oui, mal à mes amours,
Mal à ma mort déjà…
Pourtant je chante (bis)
Mais n’y croyez pas trop,
Prenez ça comm’ ça vient,
Mais n’y croyez pas trop
Sinon gare au chagrin !
J’écris des mots obscurs,
J’écris des mots absents,
J’écris des mots qui eurent
Un sens en d’autres temps,
Des mots qui se figurent
Qu’ils franchiront le temps,
De pauvres mots qui durent
Ce que dure le vent ;
Un jour j’inventerai
Des mots chair, des mots sang,
Un jour j’enfanterai
Comme des oiseaux blancs,
Des mots pour t’envoler
Là-bas où l’on t’attend,
Des mots bons à croquer
Comme des joues d’enfants ;
Un jour j’aurai des mots
Qui respireront fort,
Un jour quand je dirai
Ton nom tu prendras corps,
Un jour je banderai
Un cri contre la mort,
Alors je te ferai
L’amour d’entre les morts
Pour que tu vives (bis)
Mais tu n’y crois pas trop,
Tu prends ça comm’ ça vient,
Mais tu n’y crois pas trop,
Nom de Dieu, quel chagrin !
Paroles et musique Bernard Haillant (1981)
Des mots chair, des mots sang
Grand Prix de l'Académie Charles Cros 1982
lundi 21 mars 2016
Nocturnes.... à mots croisés, de fruban
| crédit photo fruban |
Obscure est la nuit du monde sans toi mon amour,
et c'est à peine si j'aperçois l'origine, à peine si je comprends le langage,
avec difficulté je déchiffre les feuilles des eucalyptus.
Pablo Neruda
Nocturnes....à mots croisés
/ Le soleil moisissait depuis une demi-heure sur la barre d'horizon /
Instant de pause et de rêverie
Sur le zinc de la gouttière clapote la pluie
Au loin les éoliennes clignotent rouge
La lumière de la lanterne oscille sous le vent frais
Quelques gouttelettes caressent ma peau
Reprendre la plume
Tourner les pages d'un livre
Penser à la chaleur du nid bien à l'abri sous un toit
Alors que là-bas....
La neige s'est perdue la pureté a fondu
partout ruissellent les eaux boueuses
Chancellent nos cœurs gris
l'esprit s'envole là-bas sur une Mer souillée
Ce soir infatigables les éoliennes rouges et folles
virevoltent et clignotent désinvoltes
Ma cigarette se consume fumée légère éphémère
comme la Vie
Rejoindre les rives de la nuit.....
/ Des effluves du fond du temps parcouraient la lande jaune devant
me remplissaient le nez d'odeurs âcres et soufrées /
Entendre ta voix voir ton visage
envie que tu me serres dans tes bras
envie de tes lèvres de tes mains
Ensemble nous étions si bien
tu es enfoui au plus profond de mon cœur
Nuit colère et tristesse sous la voûte étoilée
nuit d'insomnie à interroger le ciel
En Turquie en Côte d'Ivoire
Ils ont assassiné l'innocence
Ces lâches ces barbares ces vermines immondes
Je relis les Poètes les immenses
Nazim Hikmet Léopold Sedar Senghor
encore encore et encore...
/ C'était la fin du jour
un dernier vol de corneilles
certaines avaient changé d'ailes d'autres portaient des oripeaux
Les corbeaux dans les branches étaient de repos /
Tu nourris ma vie
Même absent en ton terrier replié tu es ici
C'était si long cet hiver dans mon âme un peu perdue
__ Nous sommes capables tous les deux
de ne rien dire
de nous comprendre
dans des regards échangés
dans nos silences chargés d'une puissance inégalée __
Nuit presque douce saveurs printanières
La bise venant du Nord a étoilé le ciel
Et toujours à l'horizon comme sang les feux
enfants d'Eole animant les ténèbres
Heureuse de frissonner sous la fraîcheur vive
halo de fumée en volutes dernière cigarette
Me réfugier dans la chaleur du sommeil
en mes rêves te retrouver
Toi ma tendre réalité
/ Les chauve-souris reprirent en chœur une comptine enfantine
Des frères Jacques et du cousin Benoît c'était la première fois.../
Ce matin le soleil est au rendez-vous
ton souffle éclate les bourgeons du renouveau
Avancer près de toi.
/ A l'ouest une cloche sonna l'angélus du soir /
© fruban
20 mars 2016
Tous droits réservés
Protégé par copyright
in, Chorégraphie de cendres (2017)
| crédit photo fruban |
samedi 19 mars 2016
Collège de France, leçon inaugurale d'Alain Mabanckou
17 mars 2016. Leçon inaugurale d'Alain Mabanckou – Lettres noires : des ténèbres à la lumière
Alain Mabanckou

Dossier de presse (extrait)
La chaire de Création artistique du Collège de France accueille chaque année depuis 2005 des créateurs dans tous les domaines : architecture, arts plastiques, musique, théâtre… Alain Mabanckou est le premier écrivain à occuper cette chaire. Avec cette nomination, l’Assemblée des professeurs a souhaité mettre en avant la création et le talent littéraire mais également marquer sa volonté « de donner la place qu’elles méritent aux études africaines et d’être au premier rang dans la réflexion sur un continent et sur des cultures qui marqueront le siècle qui commence »…
site du Collège de France
site Jeune Afrique
Extraits de "Lettres noires : des ténèbres à la Lumière", d’Alain Mabanckou, leçon inaugurale prononcée au Collège de France le 17 mars, à paraître le 24 avril aux éditions Fayard.
Premier extrait
Monsieur l’Administrateur,
Mesdames et Messieurs les professeurs,
[…]
Qui suis-je au fond ?
Vous n’aurez pas de réponse dans mes deux passeports congolais et français. Suis-je un « Congaulois », comme dirait le grand poète congolais Tchicaya U Tam’si ? Suis-je un « binational », pour coller à l’air du temps ?
En réalité, en 1530, année de la création du Collège de France – j’allais dire du Collège royal –, je n’existais pas en tant qu’être humain : j’étais encore un captif et, en Sénégambie par exemple, un cheval valait de six à huit esclaves noirs ! C’est ce qui explique mon appréhension de pratiquer l’équitation, et surtout d’approcher un équidé, persuadé que la bête qui me porterait sur son dos me rappellerait cette condition de sous-homme frappé d’incapacité depuis la « malédiction de Cham », raccourci que j’ai toujours combattu. Mais ce mythe de Cham, revisité selon les époques et les circonstances, a nourri en grande partie un certain racisme à mon égard et a servi de feuille de route à l’esclavage des Noirs dans ses dimensions transatlantique et arabo-africaine. En même temps, de près ou de loin, il m’a sans doute inoculé la passion des mots, le désir de conter, de raconter et de prendre la parole.
Si ma couleur de peau, que je ne troquerais pour rien au monde, est absente des textes religieux rapportant cet épisode, on la retrouve curieusement chez Origène, le père fondateur de l’exégèse biblique, qui introduisit au IIIe siècle l’idée de la noirceur du péché. Être noir sera par conséquent un destin pour des millions d’individus, parce que cette couleur, jetée en pâture, cousue de fil blanc, était devenue une posture face à l’Histoire. Le combat des femmes et des hommes épris de liberté, d’égalité et de fraternité – j’inclus les écrivains et les professeurs qui m’ont précédé – a contribué à nuancer les choses.
Pourtant, je suis le même homme : j’ai gardé mon nez épaté, et vous avez depuis longtemps dépassé les clichés des XVIe et XVIIe siècles où, ainsi que le note François de Negroni, certains abbés professaient que « les Noirs n’étaient en rien fautifs, ne devaient leur couleur qu’au soleil de leurs latitudes, qu’ils auraient une meilleure odeur s’ils vivaient dans le froid, et que si les mères africaines cessaient de porter les enfants écrasés sur leur dos, les nègres auraient le nez moins épaté(*) ».
Tout cela est, certes, de l’histoire, tout cela est certes du passé, me diraient certains. Or, ce passé ne passe toujours pas, il habite notre inconscient, il gouverne parfois bien malgré nous nos jugements et vit encore en nous tous car il écrit nos destins dans le présent.
En m’accueillant ici, vous poursuivez votre détermination à combattre l’obscurantisme et à convoquer la diversité de la connaissance. Je n’aurais pas accepté cette charge si elle était fondée sur mes origines africaines, et j’ai su que mon élection était singulière par le fait que vous élisiez pour la première fois un écrivain à cette chaire de Création artistique, et je vous remercie sincèrement de me compter parmi les illustres membres de votre institution.
(*) François de Negroni, Afrique fantasmes, Paris, Plon, 1992.
Deuxième extrait
En même temps, les années 1970 verront l’arrivée des femmes dans le paysage littéraire. […]
Les deux plus grandes révélations seront cependant les Sénégalaises Mariama Bâ et Aminata Sow Fall. La première publiera Une si longue lettre (1979), « roman épistolaire » dans lequel son personnage, à la suite de la mort de son mari, revient sur son existence de femme mariée avec un homme polygame.
Aminata Sow Fall – que je considère comme la plus grande romancière africaine et à qui je consacre un chapitre dans mon essai Le monde est mon langage (*) – publia en 1976 un premier roman intitulé Le Revenant. Elle apportait un ton et une originalité remarquables avec un regard éloigné de celui de ses consœurs, empêtrées pour la plupart dans les thématiques attendues de la condition féminine, de l’excision, de la polygamie, de la dot ou de la stérilité. Sow Fall privilégie le « citoyen narrateur » au détriment du personnage principal, féministe et trop sermonneur. Son roman le plus connu, La Grève des bàttu (1979) pourrait, dans une certaine mesure, même si l’auteure s’en défend souvent, être lu comme une charge contre la politique menée par le président-poète Léopold Sédar Senghor qui avait décidé, dans les années 1970, pour la « bonne image du pays », de traquer les mendiants des rues de Dakar.
Cette génération de femmes sera suivie par une nouvelle, incarnée par la Sénégalaise Ken Bugul et la Camerounaise Calixthe Beyala. Si Ken Bugul est à cheval entre la thématique de l’aliénation du colonisé et celle de la réalité des us et coutumes du continent – comme dans Riwan ou le chemin de sable, où la narratrice, ayant séjourné en Europe, rentre au pays et choisit de se dépouiller de son acculturation en embrassant les traditions de ses racines –, Calixthe Beyala se tourne vers une littérature de migration car, désormais, installés en France, les écrivains alors en vogue à la fin des années 1980 et tout au long des années 1990 suivent les errances de l’Africain. Celui-ci, éloigné de son continent, devra composer avec la rumeur du monde et les nouvelles injustices liées à sa condition d’immigré. Bessora, Fatou Diome, Daniel Biyaoula, J. R. Essomba, entre autres, sont des exemples de cette tendance, à savoir une littérature de l’observation du lieu de la migration en opposition avec le continent d’origine, et Jacques Chevrier parlera à juste titre d’une littérature de la « migritude ».
La littérature africaine des années 2000 poursuit cet élan de migration en y inscrivant une dimension plus éclatée. Elle nous dit qu’en se dispersant dans le monde, les Africains créent d’autres « Afriques », tentent d’autres aventures, peut-être salutaires, pour valoriser les cultures du continent noir, conscients que l’oiseau qui ne s’est pas envolé de l’arbre sur lequel il est né ne comprendra jamais le chant de son compère migrateur.
Comment justement entrer dans la mondialisation sans perdre son âme pour un plat de lentilles ? Telle est la grande interrogation de cette littérature africaine en français dans le temps présent. Et la thèse de Dominic Thomas dans Noirs d’encre nous rappelle que l’heure est venue pour la France de comprendre que ces diasporas noires qui disent le monde dans la langue de Molière et de Kourouma se trouvent au coeur de l’ouverture de la nation au monde, au coeur même de sa modernité(**).
J’appartiens à cette génération-là. Celle qui s’interroge, celle qui, héritière bien malgré elle de la fracture coloniale, porte les stigmates d’une opposition frontale de cultures dont les bris de glace émaillent les espaces entre les mots, parce que ce passé continue de bouillonner, ravivé inopportunément par quelques politiques qui affirment, un jour, que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » et, un autre jour, que la France est « un pays judéo-chrétien et de race blanche », tout en évitant habilement de rappeler que la grandeur du pays en question est aussi l’oeuvre de ces taches noires, et que nous autres Africains n’avions pas rêvé d’être colonisés, que nous n’avions jamais rêvé d’être des étrangers dans un pays et dans une culture que nous connaissons sur le bout des doigts. Ce sont les autres qui sont venus à nous, et nous les avons accueillis à Brazzaville, au moment où cette nation était occupée par les nazis.
J’appartiens à la génération du Togolais Kossi Efoui, du Djiboutien Abdourahman Waberi, de la Suisso-Gabonaise Bessora, du Malgache Jean-Luc Rahimanana, des Camerounais Gaston-Paul Effa et Patrice Nganang.
En même temps, j’appartiens aussi à la génération de Serge Joncour, de Virginie Despentes, de Mathias Enard, de David Van Reybrouck – avec Congo, une histoire –, de Marie NDiaye – avec Trois femmes puissantes –, de Laurent Gaudé – avec La Mort du roi Tsongor –, de Marie Darrieussecq – avec Il faut beaucoup aimer les hommes –, d’Alexis Jenni – avec L’Art français de la guerre – et de quelques autres encore, qui brisent les barrières, refusent la départementalisation de l’imaginaire parce qu’ils sont conscients que notre salut réside dans l’écriture, loin d’une factice fraternité définie par la couleur de peau ou la température de nos pays d’origine.
Monsieur l’Administrateur,
Mesdames et Messieurs les professeurs,
Dans la chaire que vous m’avez confiée cette année, c’est en libre créateur que j’entreprendrai mes voyages à travers cette production littéraire africaine, m’interrogeant à chaque quai sur ses lieux d’expression, sur sa réception critique et sur ses orientations actuelles.
Je m’appesantirai également sur l’aventure de la pensée africaine – on parle aujourd’hui de « pensée noire » –, et j’insisterai par conséquent sur la place de l’Histoire (passée ou contemporaine), sur l’attitude de l’écrivain africain devant l’horreur – je pense notamment au génocide du Rwanda ou aux différentes guerres civiles qui ont donné naissance à un personnage minuscule, terrifiant et apocalyptique : l’enfant-soldat. La présence d’historiens, d’écrivains ou de philosophes dans mes séminaires aura pour ambition d’illustrer la richesse des études africaines qui constituent depuis une discipline autonome dans les universités anglophones, en particulier américaines.
Le colloque que j’organiserai ici même le 2 mai prochain auquel seront conviés de nombreux intellectuels et bien d’autres penseurs du temps présent, résonnera comme un appel à l’avènement des études africaines en France, non pas dans une ou deux universités marginalisées, non pas dans un ou deux départements dénués de moyens, mais dans un tout qui fait désormais sens pour comprendre la France d’hier mais surtout la France contemporaine – donc par une présence dans chaque espace où le savoir est dispensé dans ce pays.
J’ai conscience que c’est une entreprise qui nous conduira toujours à feuilleter les pages de notre passé commun, loin de l’esprit de revanche ou de l’inclination à rechercher la culpabilité d’un camp qu’on opposerait à l’innocence de l’autre, même s’il est délicat de juger avec les yeux d’aujourd’hui ce qui a eu lieu bien des siècles auparavant, sans pour autant mettre de côté la tentation de la morale et la séduction du manichéisme.
Je vous remercie.
(*) Alain Mabanckou, Le monde est mon langage, Paris, Grasset, 2016.
(**)Dominic Thomas, Noirs d’encre. Colonialisme, immigration et identité au cœur de la littérature afro- française, traduit de l’anglais par Dominique Haas et Karine Lolm, Paris, La Découverte, 2013.
Sur Livre Hebdo
L'auteur de Verre Cassé occupe pendant un an la chaire de "création artistique" du Collège de France qui n'avait jamais été tenue par un écrivain.
L'écrivain franco-congolais Alain Mabanckou a donné jeudi 17 mars pendant près d'une heure et devant une salle comble sa leçon inaugurale pour la chaire annuelle de "création artistique" du Collège de France sur le thème "De la littérature coloniale à la littérature "négro-africaine"".
Alors que des dizaines de personnes étaient restées faute de place devant les grilles du Collège de France, l'amphithéâtre Marguerite de Navarre était comble, avec au premier rang la ministre de la Culture Audrey Azoulay aux côtés des professeurs du Collège.
De nombreux éditeurs étaient aussi présents : Olivier Bétourné, P-DG du Seuil, Bernard Comment (Seuil), l'actuel éditeur d'Alain Mabanckou, Emilie Colombani, aujourd'hui chez Rivages mais qui a publié trois romans de l'écrivain, Sophie de Closets (Fayard), Emmanuelle Collas (Galaade), Rodney Saint-Eloi (Mémoire d'encrier au Québec)... ainsi que des écrivains, Dany Laferrière, Serge Joncour, Mathieu Simonet, Henri Lopes, Yahia Belaskri, James Noël, Patrick Grainville. Même le tailleur d'Alain Mabanckou, qui avait confectionné la très belle veste en velour bleu roi qu'il portait pour l'occasion, est venu le saluer en fin de conférence.
Une histoire des accointances
Dans cette leçon inaugurale qui s'est terminée par une standing ovation, le professeur de littérature francophone à l'université de Californie de Los Angeles (UCLA) n'a pas gommé l'actualité, rappelant que "soixante ans après le Congrès des écrivains et artistes noirs qui s'était tenu à l'initiative d'Alioune Diop, la France se questionne encore sur les binationaux". Il a montré les "accointances" de la littérature coloniale française avec la littérature négro-africaine francophone, émaillant son histoire des figures de Joseph Conrad, André Gide, Albert Londres, Amadou Hampâté Bâ ou René Maran, premier Noir à recevoir le prix Goncourt avec Batouala en 1921. Ce discours sera disponible chez Fayard sous le titre De la littérature coloniale à la littérature négro-africaine le 20 avril prochain.
Cette leçon sera suivie, à partir du 29 mars, d’une série de cours et de séminaires ouverts à tous. Un colloque, "Penser et écrire l’Afrique noire", se tiendra le 2 mai. L’ensemble de cet enseignement sera disponible en français et en anglais sur le site du Collège de France.
Premier écrivain
Premier écrivain à occuper la chaire de création artistique tenue auparavant par des créateurs comme l'architecte Christian de Portzamparc, le compositeur Pascal Dusapin, le sculpteur Anselm Kiefer ou le paysagiste Gilles Clément, le lauréat du prix Renaudot 2006 pour Mémoires de porc-épic est le quatrième Africain à occuper une chaire annuelle dans l'institution fondée en 1532.
Le Collège de France propose des dizaines d'enseignements ouverts au plus grand nombre. N'importe qui peut y assister gratuitement et sans inscription. Comme le suggère sa devise docet omnia, "il enseigne tout" : de la philosophie au droit, en passant par la médecine et les mathématiques.
Alain Mabanckou
Dossier de presse (extrait)
La chaire de Création artistique du Collège de France accueille chaque année depuis 2005 des créateurs dans tous les domaines : architecture, arts plastiques, musique, théâtre… Alain Mabanckou est le premier écrivain à occuper cette chaire. Avec cette nomination, l’Assemblée des professeurs a souhaité mettre en avant la création et le talent littéraire mais également marquer sa volonté « de donner la place qu’elles méritent aux études africaines et d’être au premier rang dans la réflexion sur un continent et sur des cultures qui marqueront le siècle qui commence »…
site du Collège de France
site Jeune Afrique
Extraits de "Lettres noires : des ténèbres à la Lumière", d’Alain Mabanckou, leçon inaugurale prononcée au Collège de France le 17 mars, à paraître le 24 avril aux éditions Fayard.
Premier extrait
Monsieur l’Administrateur,
Mesdames et Messieurs les professeurs,
[…]
Qui suis-je au fond ?
Vous n’aurez pas de réponse dans mes deux passeports congolais et français. Suis-je un « Congaulois », comme dirait le grand poète congolais Tchicaya U Tam’si ? Suis-je un « binational », pour coller à l’air du temps ?
En réalité, en 1530, année de la création du Collège de France – j’allais dire du Collège royal –, je n’existais pas en tant qu’être humain : j’étais encore un captif et, en Sénégambie par exemple, un cheval valait de six à huit esclaves noirs ! C’est ce qui explique mon appréhension de pratiquer l’équitation, et surtout d’approcher un équidé, persuadé que la bête qui me porterait sur son dos me rappellerait cette condition de sous-homme frappé d’incapacité depuis la « malédiction de Cham », raccourci que j’ai toujours combattu. Mais ce mythe de Cham, revisité selon les époques et les circonstances, a nourri en grande partie un certain racisme à mon égard et a servi de feuille de route à l’esclavage des Noirs dans ses dimensions transatlantique et arabo-africaine. En même temps, de près ou de loin, il m’a sans doute inoculé la passion des mots, le désir de conter, de raconter et de prendre la parole.
Si ma couleur de peau, que je ne troquerais pour rien au monde, est absente des textes religieux rapportant cet épisode, on la retrouve curieusement chez Origène, le père fondateur de l’exégèse biblique, qui introduisit au IIIe siècle l’idée de la noirceur du péché. Être noir sera par conséquent un destin pour des millions d’individus, parce que cette couleur, jetée en pâture, cousue de fil blanc, était devenue une posture face à l’Histoire. Le combat des femmes et des hommes épris de liberté, d’égalité et de fraternité – j’inclus les écrivains et les professeurs qui m’ont précédé – a contribué à nuancer les choses.
Pourtant, je suis le même homme : j’ai gardé mon nez épaté, et vous avez depuis longtemps dépassé les clichés des XVIe et XVIIe siècles où, ainsi que le note François de Negroni, certains abbés professaient que « les Noirs n’étaient en rien fautifs, ne devaient leur couleur qu’au soleil de leurs latitudes, qu’ils auraient une meilleure odeur s’ils vivaient dans le froid, et que si les mères africaines cessaient de porter les enfants écrasés sur leur dos, les nègres auraient le nez moins épaté(*) ».
Tout cela est, certes, de l’histoire, tout cela est certes du passé, me diraient certains. Or, ce passé ne passe toujours pas, il habite notre inconscient, il gouverne parfois bien malgré nous nos jugements et vit encore en nous tous car il écrit nos destins dans le présent.
En m’accueillant ici, vous poursuivez votre détermination à combattre l’obscurantisme et à convoquer la diversité de la connaissance. Je n’aurais pas accepté cette charge si elle était fondée sur mes origines africaines, et j’ai su que mon élection était singulière par le fait que vous élisiez pour la première fois un écrivain à cette chaire de Création artistique, et je vous remercie sincèrement de me compter parmi les illustres membres de votre institution.
(*) François de Negroni, Afrique fantasmes, Paris, Plon, 1992.
Deuxième extrait
En même temps, les années 1970 verront l’arrivée des femmes dans le paysage littéraire. […]
Les deux plus grandes révélations seront cependant les Sénégalaises Mariama Bâ et Aminata Sow Fall. La première publiera Une si longue lettre (1979), « roman épistolaire » dans lequel son personnage, à la suite de la mort de son mari, revient sur son existence de femme mariée avec un homme polygame.
Aminata Sow Fall – que je considère comme la plus grande romancière africaine et à qui je consacre un chapitre dans mon essai Le monde est mon langage (*) – publia en 1976 un premier roman intitulé Le Revenant. Elle apportait un ton et une originalité remarquables avec un regard éloigné de celui de ses consœurs, empêtrées pour la plupart dans les thématiques attendues de la condition féminine, de l’excision, de la polygamie, de la dot ou de la stérilité. Sow Fall privilégie le « citoyen narrateur » au détriment du personnage principal, féministe et trop sermonneur. Son roman le plus connu, La Grève des bàttu (1979) pourrait, dans une certaine mesure, même si l’auteure s’en défend souvent, être lu comme une charge contre la politique menée par le président-poète Léopold Sédar Senghor qui avait décidé, dans les années 1970, pour la « bonne image du pays », de traquer les mendiants des rues de Dakar.
Cette génération de femmes sera suivie par une nouvelle, incarnée par la Sénégalaise Ken Bugul et la Camerounaise Calixthe Beyala. Si Ken Bugul est à cheval entre la thématique de l’aliénation du colonisé et celle de la réalité des us et coutumes du continent – comme dans Riwan ou le chemin de sable, où la narratrice, ayant séjourné en Europe, rentre au pays et choisit de se dépouiller de son acculturation en embrassant les traditions de ses racines –, Calixthe Beyala se tourne vers une littérature de migration car, désormais, installés en France, les écrivains alors en vogue à la fin des années 1980 et tout au long des années 1990 suivent les errances de l’Africain. Celui-ci, éloigné de son continent, devra composer avec la rumeur du monde et les nouvelles injustices liées à sa condition d’immigré. Bessora, Fatou Diome, Daniel Biyaoula, J. R. Essomba, entre autres, sont des exemples de cette tendance, à savoir une littérature de l’observation du lieu de la migration en opposition avec le continent d’origine, et Jacques Chevrier parlera à juste titre d’une littérature de la « migritude ».
La littérature africaine des années 2000 poursuit cet élan de migration en y inscrivant une dimension plus éclatée. Elle nous dit qu’en se dispersant dans le monde, les Africains créent d’autres « Afriques », tentent d’autres aventures, peut-être salutaires, pour valoriser les cultures du continent noir, conscients que l’oiseau qui ne s’est pas envolé de l’arbre sur lequel il est né ne comprendra jamais le chant de son compère migrateur.
Comment justement entrer dans la mondialisation sans perdre son âme pour un plat de lentilles ? Telle est la grande interrogation de cette littérature africaine en français dans le temps présent. Et la thèse de Dominic Thomas dans Noirs d’encre nous rappelle que l’heure est venue pour la France de comprendre que ces diasporas noires qui disent le monde dans la langue de Molière et de Kourouma se trouvent au coeur de l’ouverture de la nation au monde, au coeur même de sa modernité(**).
J’appartiens à cette génération-là. Celle qui s’interroge, celle qui, héritière bien malgré elle de la fracture coloniale, porte les stigmates d’une opposition frontale de cultures dont les bris de glace émaillent les espaces entre les mots, parce que ce passé continue de bouillonner, ravivé inopportunément par quelques politiques qui affirment, un jour, que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » et, un autre jour, que la France est « un pays judéo-chrétien et de race blanche », tout en évitant habilement de rappeler que la grandeur du pays en question est aussi l’oeuvre de ces taches noires, et que nous autres Africains n’avions pas rêvé d’être colonisés, que nous n’avions jamais rêvé d’être des étrangers dans un pays et dans une culture que nous connaissons sur le bout des doigts. Ce sont les autres qui sont venus à nous, et nous les avons accueillis à Brazzaville, au moment où cette nation était occupée par les nazis.
J’appartiens à la génération du Togolais Kossi Efoui, du Djiboutien Abdourahman Waberi, de la Suisso-Gabonaise Bessora, du Malgache Jean-Luc Rahimanana, des Camerounais Gaston-Paul Effa et Patrice Nganang.
En même temps, j’appartiens aussi à la génération de Serge Joncour, de Virginie Despentes, de Mathias Enard, de David Van Reybrouck – avec Congo, une histoire –, de Marie NDiaye – avec Trois femmes puissantes –, de Laurent Gaudé – avec La Mort du roi Tsongor –, de Marie Darrieussecq – avec Il faut beaucoup aimer les hommes –, d’Alexis Jenni – avec L’Art français de la guerre – et de quelques autres encore, qui brisent les barrières, refusent la départementalisation de l’imaginaire parce qu’ils sont conscients que notre salut réside dans l’écriture, loin d’une factice fraternité définie par la couleur de peau ou la température de nos pays d’origine.
Monsieur l’Administrateur,
Mesdames et Messieurs les professeurs,
Dans la chaire que vous m’avez confiée cette année, c’est en libre créateur que j’entreprendrai mes voyages à travers cette production littéraire africaine, m’interrogeant à chaque quai sur ses lieux d’expression, sur sa réception critique et sur ses orientations actuelles.
Je m’appesantirai également sur l’aventure de la pensée africaine – on parle aujourd’hui de « pensée noire » –, et j’insisterai par conséquent sur la place de l’Histoire (passée ou contemporaine), sur l’attitude de l’écrivain africain devant l’horreur – je pense notamment au génocide du Rwanda ou aux différentes guerres civiles qui ont donné naissance à un personnage minuscule, terrifiant et apocalyptique : l’enfant-soldat. La présence d’historiens, d’écrivains ou de philosophes dans mes séminaires aura pour ambition d’illustrer la richesse des études africaines qui constituent depuis une discipline autonome dans les universités anglophones, en particulier américaines.
Le colloque que j’organiserai ici même le 2 mai prochain auquel seront conviés de nombreux intellectuels et bien d’autres penseurs du temps présent, résonnera comme un appel à l’avènement des études africaines en France, non pas dans une ou deux universités marginalisées, non pas dans un ou deux départements dénués de moyens, mais dans un tout qui fait désormais sens pour comprendre la France d’hier mais surtout la France contemporaine – donc par une présence dans chaque espace où le savoir est dispensé dans ce pays.
J’ai conscience que c’est une entreprise qui nous conduira toujours à feuilleter les pages de notre passé commun, loin de l’esprit de revanche ou de l’inclination à rechercher la culpabilité d’un camp qu’on opposerait à l’innocence de l’autre, même s’il est délicat de juger avec les yeux d’aujourd’hui ce qui a eu lieu bien des siècles auparavant, sans pour autant mettre de côté la tentation de la morale et la séduction du manichéisme.
Je vous remercie.
(*) Alain Mabanckou, Le monde est mon langage, Paris, Grasset, 2016.
(**)Dominic Thomas, Noirs d’encre. Colonialisme, immigration et identité au cœur de la littérature afro- française, traduit de l’anglais par Dominique Haas et Karine Lolm, Paris, La Découverte, 2013.
Sur Livre Hebdo
L'auteur de Verre Cassé occupe pendant un an la chaire de "création artistique" du Collège de France qui n'avait jamais été tenue par un écrivain.
L'écrivain franco-congolais Alain Mabanckou a donné jeudi 17 mars pendant près d'une heure et devant une salle comble sa leçon inaugurale pour la chaire annuelle de "création artistique" du Collège de France sur le thème "De la littérature coloniale à la littérature "négro-africaine"".
Alors que des dizaines de personnes étaient restées faute de place devant les grilles du Collège de France, l'amphithéâtre Marguerite de Navarre était comble, avec au premier rang la ministre de la Culture Audrey Azoulay aux côtés des professeurs du Collège.
De nombreux éditeurs étaient aussi présents : Olivier Bétourné, P-DG du Seuil, Bernard Comment (Seuil), l'actuel éditeur d'Alain Mabanckou, Emilie Colombani, aujourd'hui chez Rivages mais qui a publié trois romans de l'écrivain, Sophie de Closets (Fayard), Emmanuelle Collas (Galaade), Rodney Saint-Eloi (Mémoire d'encrier au Québec)... ainsi que des écrivains, Dany Laferrière, Serge Joncour, Mathieu Simonet, Henri Lopes, Yahia Belaskri, James Noël, Patrick Grainville. Même le tailleur d'Alain Mabanckou, qui avait confectionné la très belle veste en velour bleu roi qu'il portait pour l'occasion, est venu le saluer en fin de conférence.
Une histoire des accointances
Dans cette leçon inaugurale qui s'est terminée par une standing ovation, le professeur de littérature francophone à l'université de Californie de Los Angeles (UCLA) n'a pas gommé l'actualité, rappelant que "soixante ans après le Congrès des écrivains et artistes noirs qui s'était tenu à l'initiative d'Alioune Diop, la France se questionne encore sur les binationaux". Il a montré les "accointances" de la littérature coloniale française avec la littérature négro-africaine francophone, émaillant son histoire des figures de Joseph Conrad, André Gide, Albert Londres, Amadou Hampâté Bâ ou René Maran, premier Noir à recevoir le prix Goncourt avec Batouala en 1921. Ce discours sera disponible chez Fayard sous le titre De la littérature coloniale à la littérature négro-africaine le 20 avril prochain.
Cette leçon sera suivie, à partir du 29 mars, d’une série de cours et de séminaires ouverts à tous. Un colloque, "Penser et écrire l’Afrique noire", se tiendra le 2 mai. L’ensemble de cet enseignement sera disponible en français et en anglais sur le site du Collège de France.
Premier écrivain
Premier écrivain à occuper la chaire de création artistique tenue auparavant par des créateurs comme l'architecte Christian de Portzamparc, le compositeur Pascal Dusapin, le sculpteur Anselm Kiefer ou le paysagiste Gilles Clément, le lauréat du prix Renaudot 2006 pour Mémoires de porc-épic est le quatrième Africain à occuper une chaire annuelle dans l'institution fondée en 1532.
Le Collège de France propose des dizaines d'enseignements ouverts au plus grand nombre. N'importe qui peut y assister gratuitement et sans inscription. Comme le suggère sa devise docet omnia, "il enseigne tout" : de la philosophie au droit, en passant par la médecine et les mathématiques.
mercredi 16 mars 2016
Pierre Tanguy, Versets de la dune et du talus
Pierre Tanguy
Versets
de la dune
et du talus
Revue Ce qui reste
Versets de la dune et du talus -- Pierre Tanguy
Pierre Tanguy :
Pierre Tanguy est né et vit en Bretagne. Ecrivain et journaliste, il est l’auteur
d’une quinzaine de recueils, dont la plupart publiés aux éditions La Part Commune.
Dernière parution : « Ma fille au ventre rond » (2015).
Pierre Tanguy a obtenu en 2012, pour l’ensemble de ses livres, le prix de poésie
attribué à Nantes par l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la
Loire.
La photographie et le pastel sont de l’auteur.
Pierre Tanguy dans la Revue Recours au Poème
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