vendredi 4 mai 2018
René Char et Alberto Giacometti
Le Visage nuptial suivi de Retour amont
Préface de Marie-Claude Char. Illustrations d'Alberto Giacometti
Visage nuptial
À présent disparais, mon escorte, debout dans la distance;
La douceur du nombre vient de se détruire.
Congé à vous, mes alliés, mes violents, mes indices.
Tout vous entraîne, tristesse obséquieuse.
J’aime.
L’eau est lourde à un jour de la source.
La parcelle vermeille franchit ses lentes branches à ton front,
dimension rassurée.
Et moi semblable à toi,
Avec la paille en fleur au bord du ciel criant ton nom,
J’abats les vestiges,
Atteint, sain de clarté.
Tu rends fraîche la servitude qui se dévore le dos;
Risée de la nuit, arrête ce charroi lugubre
De voix vitreuses, de départs lapidés.
Tôt soustrait au flux des lésions inventives
(La pioche de l’aigle lance haut le sang évasé)
Sur un destin présent j’ai mené mes franchises
Vers l’azur multivalve, la granitique dissidence.
Ô voûte d’effusion sur la couronne de son ventre,
Murmure de dot noire!
Ô mouvement tari de sa diction!
Nativité, guidez les insoumis, qu’ils découvrent leur base,
L’amande croyable au lendemain neuf.
Le soir a fermé sa plaie de corsaire où voyageaient les fusées
vagues parmi la peur soutenue des chiens.
Au passé les micas du deuil sur ton visage.
Vitre inextinguible: mon souffle affleurait déjà l’amitié
de ta blessure,
Armait ta royauté inapparente.
Et des lèvres du brouillard descendit notre plaisir
au seuil de dune, au toit d’acier.
La conscience augmentait l’appareil frémissant deta permanence;
La simplicité fidèle s’étendit partout.
Timbre de la devise matinale, morte saison
de l’étoile précoce,
Je cours au terme de mon cintre, colisée fossoyé.
Assez baisé le crin nubile des céréales:
La cardeuse, l’opiniâtre, nos confins la soumettent.
Assez maudit le havre des simulacres nuptiaux:
Je touche le fond d’un retour compact.
Ruisseaux, neume des morts anfractueux,
Vous qui suivez le ciel aride,
Mêlez votre acheminement aux orages de qui sut guérir
de la désertion,
Donnant contre vos études salubres.
Au sein du toit le pain suffoque à porter coeur et lueur.
Prends, ma Pensée, la fleur de ma main pénétrable,
Sens s’éveiller l’obscure plantation.
Je ne verrai pas tes flancs, ces essaims de faim, se dessécher,
s’emplir de ronces;
Je ne verrai pas l’empuse te succéder dans ta serre;
Je ne verrai pas l’approche des baladins inquiéter
le jour renaissant;
Je ne verrai pas la race de notre liberté servilement se suffire.
Chimères, nous sommes montés au plateau.
Le silex frissonnait sous les sarments de l’espace;
La parole, lasse de défoncer, buvait au débarcadère angélique.
Nulle farouche survivance:
L’horizon des routes jusqu’à l’afflux de rosée,
L’intime dénouement de l’irréparable.
Voici le sable mort, voici le corps sauvé:
La Femme respire, l’Homme se tient debout
Conduite
Passe. La bêche sidérale autrefois là s’est engouffrée. Ce soir un village d’oiseaux très haut exulte et passe.
Écoute aux tempes rocheuses des présences dispersées le mot qui fera ton sommeil chaud comme un arbre de septembre.
Vois bouger l’entrelacement des certitudes arrivées près de nous à leur quintessence, ma Fourche, ma Soif anxieuse !
La rigueur de vivre se rode sans cesse à convoiter l’exil. Par une fine pluie d’amande, mêlée de liberté docile, ta gardienne alchimie s’est produite, ô Bien aimée !
Gravité
L ‘Emmuré.
S’il respire il pense à l’encoche
Dans la tendre chaux confidente
Où ses mains du soir étendent ton corps.
Le laurier l’épuise,
La privation le consolide.
O toi, la monotone absente,
La fileuse de salpêtre,
Derrière des épaisseurs fixes
Une échelle sans âge déploie ton voile !
Tu vas nue, constellée d’échardes,
Secrète, tiède et disponible,
Attachée au sol indolent,
Mais l’intime de l’homme abrupt dans sa prison.
A te mordre les jours grandissent,
Plus arides, plus imprenables que les nuages qui se déchirent au fond des os.
J’ai pesé de tout mon désir
Sur ta beauté matinale
Pour qu’elle éclate et se sauve.
L’ont suivie l’alcool sans rois mages,
Le battement de ton triangle,
La main-d’oeuvre de tes yeux
Et le gravier debout sur l’algue.
Un parfum d’insolation
Protège ce qui va éclore
Post-scriptum
Écartez-vous de moi qui patiente sans bouche;
A vos pieds je suis né, mais vous m’avez perdu
Mes feux ont trop précisé leur royaume;
Mon trésor a coulé contre votre billot.
Le désert comme asile au seul tison suave
Jamais ne m’a nommé, jamais ne m’a rendu.
Écartez-vous de moi qui patiente sans bouche :
Le trèfle de la passion est de fer dans ma main.
Dans la stupeur de l’air où s’ouvrent mes allées,
Le temps émondera peu à peu mon visage,
Comme un cheval sans fin dans un labour aigri.
Ce sont les quatre poèmes de Char dont il envoya les manuscrits à Giacometti qui fit sept dessins aux crayons de couleurs.
RENÉ CHAR
Le Visage nuptial suivi de Retour amont
Préface de Marie-Claude Char. Illustrations d'Alberto Giacometti
Collection Poésie/Gallimard (n° 531), Gallimard
Parution : 15-03-2018
Née au temps du surréalisme, l'amitié qui liait René Char et Alberto Giacometti n'a cessé de se renforcer et de s'affirmer plus active et créative à partir de 1946, au point qu'il n'est pas exagéré de dire qu'ils devinrent dès lors l'un pour l'autre des «alliés substantiels», au sens que le poète donnait à cette expression.
Char consacre un texte à Giacometti dans Recherche de la base et du sommet. Giacometti réalise un portrait de Char. Ils échangent dédicaces, lettres et dessins. Mais leur entente se révèle surtout quand ils participent à une œuvre commune, ce dont témoignent précisément deux ouvrages dissemblables : le manuscrit enluminé de Visage nuptial et l'édition de luxe de Retour amont. Le premier date de 1963, l'écriture calligraphiée de Char y est accompagnée par sept dessins de Giacometti, d'une facture inhabituelle puisque l'artiste use ici de crayons de couleur. Le second date de 1965, le texte typographié par Guy Lévis Mano est illustré par quatre eaux-fortes.
En publiant ces deux œuvres à la suite, ainsi qu'une longue lettre inédite de Giacometti à Char, qui évoque la dynamique de leur collaboration, Poésie/Gallimard entend poursuivre le dialogue essentiel entre les poètes et les peintres déjà ébauché dans la collection avec Braque, Arp, Éluard, Man Ray, Zao Wou-Ki, Leiris, Masson, Miró, Reverdy, Picasso, et bien sûr René Char, le plus présent en ce domaine.
Sur le site Gallimard
Lire aussi l'Hommage à René Char
http://www.gallimard.fr/Actualites/Hommage-a-Rene-Char
"À l’occasion du 30e anniversaire de la mort de René Char (19 février 1988) et des 70 ans de la parution de Fureur et mystère (septembre 1948), retrouvez l'univers du poète à travers de nombreuses manifestations."
"À l’occasion du trentième anniversaire de la mort de René Char, la Galerie Gallimard propose du 21 mars au 14 avril 2018 une exposition consacrée à l’auteur des Feuillets d’Hypnos.
Cette exposition se déploie en deux espaces : l’un consacré à la collaboration de René Char avec son ami Alberto Giacometti, notamment autour du Visage nuptial et de Retour Amont (Poésie/Gallimard) l’autre, à la parution en 1948, il y a soixante-dix ans, du grand recueil de René Char, Fureur et mystère. Éditions de luxe, estampes, documents originaux rares ou inédits sont ainsi présentés en hommage au poète.
« René Char, Alberto Giacometti : une conversation souveraine ». Exposition présentée du 21 mars au 14 avril 2018, à la Galerie Gallimard à Paris. "
Exposition proposée par Marie-Claude Char.
EXPOSITION « RENÉ CHAR. L’HOMME QUI MARCHE DANS UN RAYON DE SOLEIL »
« René Char. L’homme qui marche dans un rayon de soleil ». Exposition présentée du 23 mars au 10 juin 2018, au Musée Angladon et à la Bibliothèque Ceccano en Avignon.
L'exposition est présentée du 23 mars au 10 juin 2018, au Musée Angladon et à la Bibliothèque Ceccano en Avignon.
À travers cette manifestation, il s'agit tout à la fois de célébrer les paysages poétiques de René Char, d'éclairer les liens du poète avec les éléments, de témoigner de la modernité de son œuvre et de la faire connaître au public. Source vivante d'inspiration, cette poésie fait naître aussi des œuvres contemporaines qui entrent en résonance avec elle. Ainsi, L'Homme qui marchait dans un rayon de soleil, (Les Temps moderne, 1949) est devenu « L'homme qui marche dans un rayon de soleil ».
En partenariat avec la Ville d’Avignon, la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet et Marie-Claude Char.
vendredi 20 avril 2018
Cristian Ronsmans, Encore faut-il avoir des oreilles pour entendre et une intelligence pour comprendre
![]() |
| photo Cristian R |
Longtemps, au lendemain de la seconde guerre mondiale, le prêt-à-porter donna des lettres de noble popularité doctrinaire à l’art de la haute couture en l’introduisant de manière industrielle dans les boutiques et la rue.
On inventait la mode à grande échelle.
La mode n’ayant pas pour objectif de fixer les canons du « se vêtir » mais bien d’orienter les masses vers un désir mimétique qui avait pour but de dévêtir et non vêtir. Dévêtir les cerveaux. Avec pour conséquence de cette perte d’identité, le désir de s’accaparer de celle de l’autre, qui bénéficie de la norme qu’on appela « mode ». Par extension, cela toucha tous les domaines jusqu’à la couette et le réfrigérateur.
C’est dans cette acception conformiste du « ce que l’on doit porter » qui concerne donc l’enveloppe, qu’on en vint à modéliser le contenu. Aussi, quand l’indigence de la pensée domine en nombre la pensée indépendante libre, à l’image du « prêt-à-porter » balayant l’originalité, elle ouvre la voie royale du « prêt à penser », avec ses différentes chapelles concurrentes.
Dans le droit fil de ces deux modèles morbides, un nouvel axe comportemental, depuis deux décennies, se développe de façon inquiétante, favorisé par un développement permissif et mondialisé de la disparition des frontières physiques morales et intellectuelles qui sépare le vulgum pecus du reste.
Ce nouvel axe comportemental complète les deux fondamentaux qui touchent le contenant (prêt-à-porter) et le contenu (prêt à penser) en y ajoutant le « prêt à parler ».
L’avènement du « prêt à parler »
Au-delà de l’indigence de vocabulaire, incident mineur, car conséquence inéluctable du succès du « prêt à penser » indexé aux chapelles rayonnantes de leurs idéologies respectives, il y a la disparition de l’originalité du contenu de la pensée. Au profit de celles totalisantes à visée uiversaliste, qui vivant en vase clos, bien au-delà de la divergence, nient l’existence du tout autre.
De sorte que les promoteurs du « prêt à penser » se sont armés du « prêt à parler » contribuant, de la sorte, à la paupérisation non seulement de la langue mais aussi du langage.
Or la langue véhicule les mots quand le langage colonne vertébrale du discours véhicule les concepts, les idées dont les mots ne sont que les instruments.
Cette paupérisation n'est évidemment en rien une finalité. Elle est un moyen de soumission qui affecte tous les courants idéologiques.
D’où le peu de goût pour ceux-ci, dans une consensuelle fainéantise, assorti d’une norme nouvelle d’indigence, à énoncer clairement le peu qu’ils conçoivent.
Augmentant leur brillante réflexion de la panacée incantatoire : « Le vivre ensemble » quand il s’agirait pour le mieux de réapprendre à « parler ensemble ».
Mais on atteint ici les limites de l’impossible retour.
Impossible, car il ne reste plus qu’un quarteron de vieux briscards, cultivateurs jardiniers de « la parole sur mesure » opposée au « prêt à parler ».
La « parole sur mesure » est dérangeante pour les indigents de la pensée et du parler. D’autant plus dérangeante qu’elle s’emploie à user du mot juste. Le mot juste est un mot simple, tel un costume sur mesure, il s’adapte parfaitement au discours. Blessés, vexés, humiliés par leurs carences qu’ils refusent de voir, fruit d’un manque de courage qui les paralyse, les derniers hussards de la « parole sur mesure » deviennent leurs opportuns boucs émissaires
Plutôt que de chercher à s’instruire, de comprendre, d’apprendre, de s’ouvrir, de se dépasser, comme il est bien plus confortable de s’engoncer dans une veule oisiveté et tout en s’appuyant sur la masse populaire qui lui ressemble et avec laquelle il se confond, de fustiger, vomir, condamner, mépriser, vouer aux gémonies celle ou celui qui a la coupable tendance à s’exprimer correctement.
Mais que croyez-vous donc, Mesdames et Messieurs les censeurs, contempteurs de l’art de la langue et du discours ?
Que nous devrions nous soumettre à vos diktats de petits potentats cossards, porte-enseignes de la soumission et de l’abêtissement généralisé, au nom de votre inculture et de votre absence de volonté à devenir meilleur et vous débarrasser de votre médiocrité ?
Chantres d’une déconstruction dont vous ignorez les engagements philosophiques et politiques, vous croyez qu’il s’agit simplement de détruire les élites de la parole, sans même comprendre le sens réel de ce terme, n‘en retenant que l’aspect exotérique au mieux, vulgaire au pire.
Beaucoup, une immense majorité, Stendhal dans Armance l’invoque, pense que « la parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée »
Certes, tels sont ceux que j’étripe ci-dessus. Mais il convient d’ajouter ceci :
La parole juste a été donnée à l’homme pour dévoiler sa juste pensée. Encore faut-il avoir des oreilles pour entendre et une intelligence pour comprendre. .
« Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. » Matthieu 13-43
© Cristian Ronsmans
avril 2018
Tous droits réservés
Les lecteurs de ce blog connaissent forcément Cristian Ronsmans dont j'ai publié ici plusieurs articles, poèmes. Ecrivain au talent rare qui sait à merveille mêler malice, cynisme, à une vraie et belle érudition. Une grande générosité, mais il lui faut appeler un chat un chat ! Merci Cristian
FR
samedi 14 avril 2018
Jacques Higelin
Je voulais faire tout péter
Sur TV5 l'invité, avec Patrick Simonin
Tous les jours, à 18h50 (heure de Paris), Patrick Simonin reçoit les personnalités qui font l'actualité sur TV5MONDE.
![]() |
| photo du Net |
jeudi 12 avril 2018
A monsieur André Dhôtel, Denis Tellier
A monsieur André Dhôtel
C'est à l'ouest du massif Ardennais que vous trouverez
un territoire qui dénote et bouleverse le relief par sa
platitude, vous ne vous y tromperez pas en passant devant
ces plaines solitudes, les gens des environs
surnomment cet espace de désolation, la Champagne
Pouilleuse, excepté le jour de la Saint Cailloux où elle
reprend le nom de Champagne Crayeuse. Ce croissant
de terre s'étend le long du Porcien, puis passe devant
la Thiérache et rejoint parmi les ombres couchées de
quelques arbres plantés là sur le bord de la route, les
plaines Châlonnaises. C'est un paysage qui ne
bouleverse pas l'équilibre par sa beauté, Attila y passa
avec sa grande armée, nonchalant en regardant ses
pieds. Des champs de betteraves à perte de vue, pas
une ne dépassant l'autre, avec dessus rasant les
feuilles, une compagnie de perdreaux. Des distances à
en perdre ses yeux, à se diluer dans le flou des
chaleurs d'été. Des étendues grises nuancées,
pétrifiées, l'hiver, dont les couleurs se saupoudrent de
givre et se recouvrent de neige en novembre. C'est un
moment privilégié pour apercevoir en dérive - Le
bateau ivre -. c'est là que vivait Rimbaud, au bord de
cette mer de champs. Paysage remarquable, troublant
à en chercher des repères, avant le retour des brumes
comme une marée haute qui prend son temps, elle, la
grande plaine, la belle paresseuse, qui se recouvre
soigneusement de ses dentelles, pour en finir avec le
jour et se chiffonne à l'extrémité de la nuit sous les
étoiles, tout éblouie. C'est ce qui renforce une
irrésistible envie de rester là, planté, bouche-bée, à
réfléchir sur l'infini, sur la grandeur de la terre,
jusqu'au moment où une mouche éphémère très
particulière, la mouche de mai, désire faire le tour de
vos lèvres pour s'amuser. Éloignez-la d'un revers de
main, gentiment, vous quitterez en même temps votre
rêverie, qui finira par s'évaporer dans l'azur, pareille à
un songe déchiqueté, à une coque de bateau disloquée,
il vous sera alors très difficile de vous agripper à une
amarre, trop tard ! Vous serez gagné par l'immensité.
Car comme le disait si bien notre écrivain des
alentours, notre baroudeur des contours, André
Dhôtel, c'est – Le pays où l'on n'arrive jamais -, c'est
vrai que le fait d'y penser assècherait un encrier. C'est
lui le plumeur des recoins, notre scribouilleur d'encre
de sève, le maraudeur du plein pré, l'écumeur des
fossés, le coupeur de fleurs sous votre nez... Lui qui,
au détour d'un chemin, un bouton de trèfle fané à la
main, s'amuse à vous en expliquer les détails. Il a belle
allure à vous la montrer cette luzerne qui chauffe et
dégage en même temps au creux de sa paume une
odeur de foin mouillé. C'est encore elle qui se
retrouvera dans la pénombre du soir sur sa grande
table toute seule dans un verre à moutarde rempli à
moitié d'eau. On n'abandonne jamais, vous m'entendez
! jamais au grand jamais, une fleurette coupée au bord
d'un sentier. Il vous invite le conteur si vous le croisez,
à partager cette belle aventure dans la légèreté d'être,
le botaniste du "derrière le talus" . Certes, il est un
peu voûté, parcouru dans sa démarche par les
rhumatismes de son âge, mais à la vue du carrefour de
Mazagran , il reprend de l'élan. Il se dirige à petits
pas vers ce lieu unique, là, où il n'y a rien à voir, car
même dans la rotation d'un cercle à 360° sur les talons
de vos chaussures, vos yeux aboutiront sur la seule
bâtisse de l'endroit, c'est le bistrot de la Madeleine, de
ses deux poules curieuses, de ses deux chats pensifs et des
hannetons qui volètent au-dessus de son toit au mois
de juin. On peut se demander ce que tout ce petit
monde peut bien faire là, au milieu d'un tel vide ?
Pourquoi une telle constance, un tel zèle en vain avec
le « Rien » ? Mais voilà, c'est aussi l'embranchement
de 5 ou 6 routes qui ont vu passer toutes les
armées, et surtout celle de nos mémorables ennemis
pour la reconquête du terrain, mais encore, celles qui
battaient en retraite avec dans le rythme de
l'essoufflement, le même martèlement de fers, le
piétinement des troupes et l'élévation dans les nues de
cette odeur caractéristique, qui est celle des grands
troupeaux dans leur divagation.
Pour notre écrivain, il est le point culminant, tout en
étant plat comme la main des rendez-vous, des
conversations partagées avec le premier quidam venu,
ouvrier et paysan, c'est là où se croisent paroles et
réflexions, des coups de rire qui s'enroulent dans les
coups de vent, de cette très belle philosophie que l'on
retrouve seulement au bord des champs. Oui, le plus
vieux des corbeaux s'en souvient du père Dhôtel
comme si c'était hier, de son bâton, de son chapeau,
qu'il faisait disparaître en marmonnant entre ses dents
derrière les meules de foin, pour se soulager, rien
qu'en pissant.
Verlaine n'est pas loin, il est là au bord du chemin, il
vient, il s'approche, il est friand de tout ce qu'il
récupère dans la trouée des nues, il est encore là, à
regarder la lune. Il accumule les tournures, il creuse au
plus profond dans cette uniformité la matière, qu'il
refaçonne pour y puiser des vers célestes, éblouissants.
N'est-ce pas la force des poètes de pouvoir s'inspirer
du grandiose avec du néant, de puiser dans le fond du
vide pour repeindre le bord des mots, délicatement ?
© Denis Tellier
Tous droits réservés
Un livre passionnant, à lire et relire !
Pour accompagner la très belle lettre de Denis, j'ai eu envie de joindre cet extrait d'interview de Wajdi Mouawad, dans Télérama du 4 avril 2018.
Quel écrivain a le plus compté pour vous ?
Le romancier André Dhôtel (1900-1991), qu'on ne lit hélas plus beaucoup aujourd'hui, est sans doute mon auteur favori ! Ce n'est pas le plus grand, mais depuis l'âge de 23 ans je nourris à son égard une passion discrète. Inscrit dans le paysage des Ardennes, il est l'écrivain du premier amour qui resurgit dans la vie. Cela me bouleverse. J'ai lu ses quarante deux romans. Sa manière d'écrire ouvre des promenades secrètes, une manière légère d'insouciance, d'indifférence, à travers des personnages qui semblent s'éloigner de tout parce que trop préoccupés par des détails : la silhouette évanescente d'un arbre sur la ligne d'horizon, la teinte du brouillard... Cette façon de se tourner vers ce qui n'apparaît pas d'abord me touche d'autant plus qu'il écrit la même chose dans tous ses romans, comme ce conteur qui remet une branche de bois pour alimenter le feu.
.....
Quelles terres traversées vivent en vous ?
Plus je vieillis, plus le Liban, quitté en 1976 à l'âge de 8 ans, me redevient précieux. Cette tendresse immense ne s'apparente pourtant pas à un désir de retour, plutôt à un sentiment "dhôtelien" d'appartenance à un paysage, à une lumière particulière, à une manière d'être, à une langue. Jamais je n'aurais cru que ce tropisme méditerranéen reviendrait.
....
(petit extrait de l'entretien avec Emmanuelle Bouchez, Télérama 3560, 04/04/18)
Télérama
mardi 10 avril 2018
BM Koltès et P Chéreau
Je remercie mon amie Martine Cros qui a publié ceci :
"Je vois aussi de si belles choses, si invraisemblables de beauté, que j’espère avoir un jour assez de talent pour m’en approprier une parcelle ; si j’y arrivais, je pourrais être le plus grand écrivain de ma génération. Mais les choses belles sont secrètes et jalouses, et il faut de la patience."
B. M. Koltès (dans une lettre à sa mère) in
http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article589
& Carnets Koltès par Arnaud Maïsetti
http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique37
Pour moi, ce fut une grande émotion, beaucoup de joie. Je me retrouvais plongée des années en arrière, lorsque j'ai reçu en plein coeur, le choc Bernard Marie Koltès ! C'était avec Roberto Zucco, que j'avais vu au théâtre.
SITE OFFICIEL DE BMK
Très bel article de Christine Marcandier, 10 août 2010 sur DIACRITIK
à propos de Roberto Zucco
Sur France Culture
21/08/2017
"Un metteur en scène rencontre un auteur. Avec le recul du temps on s'apercevra que Patrice Chéreau et Bernard-Marie Koltès sont aussi grands que l'ont été les plus grands hommes de théâtre". Jérôme Clément
1983 : "Combat de nègres et de chiens" Koltès-Chéreau
Bernard-Marie Koltès en 1984• Crédits : Louis MONIER/Gamma-Rapho - Getty
"Je vois aussi de si belles choses, si invraisemblables de beauté, que j’espère avoir un jour assez de talent pour m’en approprier une parcelle ; si j’y arrivais, je pourrais être le plus grand écrivain de ma génération. Mais les choses belles sont secrètes et jalouses, et il faut de la patience."
B. M. Koltès (dans une lettre à sa mère) in
http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article589
& Carnets Koltès par Arnaud Maïsetti
http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?rubrique37
![]() |
| Bernard Marie Koltès photo du Net |
Pour moi, ce fut une grande émotion, beaucoup de joie. Je me retrouvais plongée des années en arrière, lorsque j'ai reçu en plein coeur, le choc Bernard Marie Koltès ! C'était avec Roberto Zucco, que j'avais vu au théâtre.
SITE OFFICIEL DE BMK
Très bel article de Christine Marcandier, 10 août 2010 sur DIACRITIK
à propos de Roberto Zucco
Sur France Culture
21/08/2017
"Un metteur en scène rencontre un auteur. Avec le recul du temps on s'apercevra que Patrice Chéreau et Bernard-Marie Koltès sont aussi grands que l'ont été les plus grands hommes de théâtre". Jérôme Clément
1983 : "Combat de nègres et de chiens" Koltès-Chéreau
Bernard-Marie Koltès en 1984• Crédits : Louis MONIER/Gamma-Rapho - Getty
dimanche 8 avril 2018
Sous l'à-pic, Olav H Hauge
Sous l'à-pic
Tu vis sous l'à-pic
tu le sais
mais tu sèmes ton jardin
tu consolides ton toit
tu laisses tes enfants jouer
tu te couches
comme si de rien n'était.
Peut-être
appuyé sur ta faux
un soir d'été
tes yeux se fixent là-haut sur la paroi.
Là, dit-on,
se trouve
la faille.
Peut-être
allongé, éveillé
tu entends
la chute d'une pierre,
une nuit.
Et quand l'éboulement survient
cela ne t'étonne pas.
Alors tu déblaies
le petit arpent vert
sous la montagne.
Si tu es encore en vie.
Olav H.Hauge
Nord profond
Bleu autour
© photo fr, 2011
au détour d'un sentier de montagne
samedi 7 avril 2018
Higelin à la Philharmonie de Paris
Mise à jour, le 6 avril 2018, suite au décès de Jacques Higelin (1940-2018).
Arte Concert rediffuse Higelin philharmonique, jusqu'au 6 mai 2018.
Alors, je vous souhaite de passer un excellent moment avec Higelin que nous écouterons encore et toujours ! Les poètes, les artistes, jamais ne meurent.
Malheureusement, il m'est impossible d'intégrer le concert, il vous faudra donc cliquer sur les liens (en bleu) pour visualiser.
C'est tout en bas de la page. FR
Higelin Symphonique
La Philharmonie de Paris fête Jacques Higelin ! Un événement qui célèbre les cinquante ans de carrière du musicien. Ce demi-siècle a permis à Jacques Higelin de s'essayer au rock, à la soul, au jazz... et même de jouer la comédie. Au cours de cette carrière éclectique, Higelin a pourtant toujours su rester fidèle à lui-même. Dans chacun des vingt albums qui ont égrainé son oeuvre, on retrouve le même aspect fantasque, la même impression d'intimité. Ce demi-siècle a notamment été marqué par l'album BBH 75, publié en 1974 et qui vaut à Jacques Higelin sa réputation de pionner du rock français.
Pour ce concert "Higelin symphonique", Jacques Higelin et cinq solistes - Dominique Mahut, Christopher Board, Alice Botté, Arnaud Dieterlen et Zaf - s'associent à l'Orchestre National d'Ile-de-France. Ensemble, ils revisitent les compositions les plus emblématiques du répertoire de Jacques Higelin grâce à des arrangements signés Bruno Fontaine. Un anniversaire en grande pompe donc ! De quoi patienter avant la sortie d'un nouvel album prévu pour 2016...
Photo © Guillaume Laurent
http://live.philharmoniedeparis.fr/embed/1042324/jacques-higelin.html
Désolée, le replay intégral ne se trouve plus.... un jour, qui sait ?
Malheureusement, ce jour est arrivé, le 6 avril 2018, puisque Jacques Higelin vient de nous quitter.
Arte Concert rediffuse Higelin philharmonique jusqu'au 6 mai 2018.
En hommage à Jacques Higelin - décédé le 6 avril 2018 - nous vous proposons de redécouvrir le concert "Higelin Symphonique". Une soirée durant laquelle cette grande figure du rock français réinterprétait ses plus grand succès aux côtés d'un orchestre symphonique. (Arte)
Higelin philharmonique
https://www.arte.tv/fr/videos/063875-000-A/higelin-symphonique-a-la-philharmonie-de-paris/
ou ICI
mardi 3 avril 2018
L'Homme Coquillage, d'Asli Erdogan
Asli Erdogan en juin 2005 à Saint-Malo © Getty / Ulf Andersen
"Elle est auteure, journaliste et poète. Son œuvre est saluée et traduite dans le monde entier. En liberté conditionnelle depuis plus d'un an, elle encourt la prison a perpétuité pour délit d’opinion et destruction de l’unité de l’état turc. Asli Erdogan est l'invitée d'Augustin Trapenard.
Son premier roman, L'homme coquillage, écrit il y a plus de vingt-cinq ans, vient de paraître en France dans une belle traduction de Julien Lapeyre de Cabanes. L’histoire d’une jeune femme étrangère à son propre désir et qui, lors d’un séjour aux Caraïbes, va progressivement s’ouvrir aux autres et se révéler à elle même."
(sur France Inter, émission Boomerang)
Augustin Trapenard, France Inter
L'Homme Coquillage
J'ai lu une centaine de pages de ce livre qui me happe. Le premier écrit par Asli Erdogan (1998), le dernier traduit en Français (Actes Sud, 2018).
"Une jeune chercheuse en physique nucléaire est invitée dans le cadre d'un séminaire sur l'île de Sainte-Croix, aux Caraïbes. Très rapidement cette jeune Turque choisit d'échapper à ce groupe étriqué rassemblé dans un hôtel de luxe, afin d'explorer les alentours en errant sur les plages encore sauvages et totalement désertes. Ainsi va-t-elle croiser le chemin de l'Homme Coquillage, un être au physique rugueux, presque effrayant, mais dont les cicatrices l'attirent immédiatement.
Une histoire d'amour se dessine, émaillée d'impossibilités et dans l'ambiguïté d'une attirance pour un être inscrit dans la nature et la violence." (...)
(extrait de la quatrième de couverture)
"Vain effort que celui de vouloir mettre en mots ces moments passés sur une île au milieu de l'océan. Je ne pouvais que les vivre intensément et les intérioriser. Alors je me mis à danser. Je dansai sur le sable mouillé, sous les torrents de la pluie tropicale. Figures de ballet, incontrôlées, qui exaltaient les gestes quotidiens, marcher, courir puis s'arrêter. J'essayai d'attraper le vent dans mes cheveux, dans mes mains, je tournai en me balançant comme un arbre dans l'ouragan, je me refermai sur moi-même comme un coquillage, je tombai à genoux face à l'océan comme en prière aux pieds d'un dieu. Dansant pour la dernière fois, je réappris à danser, telle une ballerine découvrant qu'il existe une danse plus importante que le ballet, celle de sa propre vie." p 98
à suivre.... sans doute en reparlerai-je. FR
mardi 27 mars 2018
Volga
![]() |
| Volga, 2015 © fruban |
Volga
Tu réclames le soleil glacé
en ces jours de mars
Comment te retenir
Je t'observe depuis quelques jours
Tes poils se sont terni
Tes yeux tristes se creusent
Toi dont on riait des rondeurs
Tu es légère comme une plume
Je te parle tu me regardes
Ton faible ronronnement me dit
combien tu m'aimes
Tu as compris que la vie c'est aussi cela
J'ai peur et je pleure
sans que tu me vois
Volga accroche-toi même si
c'est toi qui sais
Je souriais en te voyant suivre le soleil
t'en gorger encore et encore
Fuir le vent du nord t'abriter sous les rayons
Tu viens de rentrer épuisée
tu dors dans ta litière propre
Nouka ne comprend pas
Watcha notre tigresse miaulait
Que se passe-t-il ?
Ce soir tu t'installes dans le panier de la chienne
un peu gênée elle te laisse
Cette nuit elle ira sur le canapé
Petits arrangements entre amies
Tu vois je souris et pourtant
j'ai peur très peur de te dire bonsoir
A demain ma douce blanche
Ce matin et toute la journée
en accord avec le ciel gris
tu ne t'es pas levée
Toujours dans le panier de Nouka
Le souffle léger
Le regard perdu quand je te caresse
Juste avant de monter bouquiner
quelle surprise de te voir quitter ta couche !
Comme chaque soir j'espère
Est-ce insensé ?
Non juste l'amour que je te porte
qui me souffle d'y croire encore
même si j'appréhende chaque matin
Reste encore Volga
Même Nouka te le murmure tout bas
sa truffe sur ta petite tête assoupie
Volga ma douce ma câline
Après deux jours de soins
quelques photos de toi au soleil de mars
j'ai cru que la vie l'emportait
Ce matin je ne sais plus
Ton petit corps fragile refuse
allongé presque raidi
Et puis deux heures plus tard
tu t'es relevée tête droite
Que dois-je faire... dis-moi
Retourner chez le soigneur
te laisser tranquille chez toi ?
Et cet après-midi tout est fini
Volga ma si douce
J'ai mal
je dois me cacher pour pleurer
Ne pas attrister Nouka et Watcha
Maintenant tu reposes dans ton jardin
au milieu des jonquilles
Dors bien tu seras toujours en moi.
Elle dort la petite Volga
26 mars 2018
© fruban
quelques jours en mars
![]() |
| Volga, 2017 © fruban |
![]() |
| Volga, 2017 © fruban |
Volga vit ses derniers jours
![]() |
| Volga, mars 2018 |
| Volga; mars 2018 |
| Volga, mars 2018 |
| Volga, mars 2018 |
| Volga, dernière photo, mars 2018 |
Texte et photos fruban
©Tous droits réservés
Inscription à :
Articles (Atom)














