dimanche 25 août 2019

Denis Tellier, Ernest (poème)

Ernest


Envie d'être avec toi,
D'entendre ta voix,
ton rire, ta gouaille.
Partager un cigare et des cocktails.
Regarder tes mains expliquer
ce que sera demain.
Tes lèvres qui chuchotent dans ta barbe.
Tes yeux bleus et ton regard intense.
Ta bouille de bourlingueur.
Dis-moi,
Comment ça va Hemingway ?
Je n'ai plus de nouvelles de toi.


© Denis Tellier





manuscrit Denis T


De très nombreux articles de ce blog ont déjà été consacrés à mon ami Denis Tellier.



ICI



© photo Denis Tellier

Fernando Pessoa, Lorsque viendra le printemps


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photo du Net
Fernando Pessoa (1888-1935)



Lorsque viendra le printemps,
si je suis déjà mort,
les fleurs fleuriront de la même manière
et les arbres ne seront pas moins verts
qu’au printemps passé.
La réalité n’a pas besoin de moi.

J’éprouve une joie énorme
à la pensée que ma mort n’a aucune importance.

Si je savais que demain je dois mourir
et que le printemps est pour après-demain,
je serais content de ce qu’il soit pour après-demain.
Si c’est là son temps, quand viendrait-il sinon
en son temps ?
J’aime que tout soit réel et que tout soit précis ;
et je l’aime parce qu’il en serait ainsi, même
si je ne l’aimais pas.
C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content,
parce que tout est réel et tout est précis.

On peut, si l’on veut, prier en latin sur mon cercueil.
On peut, si l’on veut, danser et chanter tout autour.
Je n’ai pas de préférences pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand cela sera, c’est cela qui sera ce qui est.


Fernando Pessoa – Lorsque viendra le printemps (Quando vier a Primavera, 1915)


Fernando Pessoa (1888-1935) – Le Gardeur de troupeaux (Poésie/Gallimard) – Traduit du portugais par Armand Guibert.




Quando vier a Primavera,
Se eu já estiver morto,
As flores florirão da mesma maneira
E as árvores não serão menos verdes que na Primavera passada.
A realidade não precisa de mim.

Sinto uma alegria enorme
Ao pensar que a minha morte não tem importância nenhuma

Se soubesse que amanhã morria
E a Primavera era depois de amanhã,
Morreria contente, porque ela era depois de amanhã.
Se esse é o seu tempo, quando havia ela de vir senão no seu tempo?
Gosto que tudo seja real e que tudo esteja certo;
E gosto porque assim seria, mesmo que eu não gostasse.
Por isso, se morrer agora, morro contente,
Porque tudo é real e tudo está certo.

Podem rezar latim sobre o meu caixão, se quiserem.
Se quiserem, podem dançar e cantar à roda dele.
Não tenho preferências para quando já não puder ter preferências.
O que for, quando for, é que será o que é.

7-11-1915











"Imaginons que, dans les années 1910-1920, Valéry, Cocteau, Cendrars, Apollinaire et Larbaud aient été un seul et même homme, caché sous plusieurs "masques" : on aura une idée de l'aventure vécue à la même époque au Portugal par celui qui a écrit à lui tout seul les œuvres d'au moins cinq écrivains de génie, aussi différents à première vue les uns des autres que les poètes français que j'ai cités. 

Robert Bréchon dans la préface de la Pléiade consacrée à Fernando Pessoa en 2001.

France Culture






Fernando Pessoa Heteronimia, du peintre Bottelho (2012)
Fernando Pessoa Heteronimia, du peintre Bottelho (2012)• Crédits : Bottelho / Wiki commons


"Peu avant sa mort, dans une lettre adressée au critique Casais Monteiro, Pessoa s'expliquera sur la genèse des hétéronymes. Elle remonte à l'enfance, avec la création du « Chevalier de pas, héros de mes six ans », chargée de combler le vide affectif dont il souffre. A sa mort, la malle où il entassait ses manuscrits a révélé des milliers de pages d'écrits insoupçonnés (près de trente mille pages de textes, touchant à tous les genres excepté le roman) et que l’on n'a pas encore totalement mis à jour. "
France Culture


mercredi 21 août 2019

Pablo Neruda, Ode à Federico Garcia Lorca







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Si je pouvais pleurer de peur dans une maison abandonnée,
si je pouvais m'arracher les yeux et les manger,
je le ferais pour ta voix d'oranger endeuillé
et pour ta poésie qui jaillit en criant.

Parce que pour toi l'on peint en bleu les hôpitaux
et poussent les écoles, les quartiers maritimes,
et les anges blessés se peuplent de plumes,
et les poissons nuptiaux se coùvrent d'écailles,
et les hérissons s'envolent vers le ciel :
pour toi les ateliers avec leurs membranes noires
se remplissent de cuillères et de sang
et avalent des ceintures déchirées, et se tuent de baisers,
et s'habillent en blanc.

Lorsque tu voles vêtu de pêches,
lorsque tu ris avec un rire de riz furieux,
lorsque tu secoues pour chanter les artères et les dents,
la gorge et les doigts,
je mourrais pour ta douceur,
je mourrais pour les lacs rouges
où tu vis au milieu de l'automne
avec un coursier déchu et un dieu ensanglanté,
je mourrais pour les cimetières
qui passent comme des fleuves cendreux
d'eau et de tombes,
la nuit, entre des cloches étouffées :
fleuves épais comme des dortoirs
de soldats malades, qui tout à coup montent
vers la mort sur des fleuves avec des numéros de marbre
et des couronnes pourries, et des huiles funéraires :
je mourrais pour te voir la nuit
regarder passer les croix noyées,
debout en pleurant,
car face au fleuve de la mort tu pleures
éperdument, douloureusement,
tu pleures en pleurant, les yeux pleins
de larmes, de larmes, de larmes.

Si je pouvais la nuit, éperdument seul,
accumuler oubli et ombre et fumée
sur les chemins de fer et les bateaux à vapeur,
avec un obscur entonnoir,
en mordant les cendres,
je le ferais pour cet arbre où tu pousses,
pour l'eau dorée des nids que tu rassembles,
et pour le liseron qui te couvre les os
et te livre le secret de la nuit.

Des villes à l'odeur d'oignon mouillé
attendent que tu passes en chantant à voix rauque,
de silencieux bateaux de sperme te poursuivent,
et des colombes vertes ont fait leur nid sur tes cheveux,
et puis des coquilles et des semaines,
des mâts torses et des cerises
circulent définitivement lorsque s'avancent
les quinze yeux de ta tête pâle
et ta bouche de sang submergée.

Si je pouvais remplir de suie les mairies
et, en sanglotant, renverser les horloges,
ce serait pour voir quand dans ta maison
survient l'été avec les lèvres déchirées,
surviennent beaucoup de personnes en tenue agonisante,
surviennent des régions de triste splendeur,
surviennent des charrues mortes et des coquelicots,
surviennent des fossoyeurs et des cavaliers,
surviennent des planètes et des cartes ensanglantées,
surviennent des plongeurs couverts de cendre,
surviennent des gens masqués traînant des jeunes filles
transpercées par de grands couteaux,
surviennent des racines, des veines, des hôpitaux,
des sources, des fourmis,
survient la nuit avec le lit
où meurt entre les araignées un hussard solitaire,
survient une rose de haine et d'épingles,
survient une embarcation jaunâtre,
survient un jour de vent avec un enfant,
quand je surviens moi-même avec Oliverio, Norah,
Vicente Aleixandre, Delia,
Maruca, Malva Marina, Maria Luisa y Larco,
la Rubia, Rafael Ugarte,
Cotapos, Rafael Alberti,
Carlos, Bebé, Manolo Altolaguirre,
Molinari,
Rosales, Concha Méndez,
et d'autres que j'oublie.
Laisse-moi te couronner, jeune homme paré de vigueur
et d'un papillon, jeune homme pur
semblable à un éclair noir perpétuellement libre,
et en bavardant entre nous,
à présent, quand il n'y a plus personne entre les rochers,
parlons simplement tel que tu es et tel que je suis:
à quoi servent les vers si ce n'est à la rosée?

A quoi servent les vers si ce n'est pour cette nuit
où un poignard amer nous transperce, pour ce jour,
pour ce crépuscule, pour ce coin brisé
où le cœur frappé de l'homme se dispose à mourir?

La nuit surtout,
la nuit il y a beaucoup d'étoiles,
qui sont toutes dans un fleuve
comme un ruban près des fenêtres
des maisons pleines de pauvres gens.

Parmi eux quelqu'un est mort, ils ont peut-être
perdu leurs places dans les bureaux,
dans les hôpitaux, dans les ascenseurs,
dans les mines,
les êtres souffrent obstinément blessés
et il y a des résolutions et des pleurs de tous côtés:
pendant que les étoiles coulent dans un fleuve interminable
il y a beaucoup de pleurs aux fenêtres.
il y a beaucoup de seuils usés par les pleurs,
les alcôves sont mouillées de pleurs
qui arrivent sous forme de vague pour mordre les tapis.

Federico,
tu vois le monde, les rues,
le vinaigre,
les adieux dans les gares
quand la fumée élève ses roues décisives
vers un lieu où il n'y a rien sinon
quelques barrières, quelques pierres, quelques voies
ferrées.

Il y a tant de gens qui posent des questions
de tous côtés.
Il y a l'aveugle sanglant, et l'irascible, et le
découragé,
et le misérable, l'arbre des ongles,
le brigand avec la jalousie aux trousses.

Telle est la vie, Federico, tu as ici
les choses que peut t'offrir mon amitié
d'homme viril et mélancolique.
Tu sais déjà beaucoup de choses par toi-même,
et tu en apprendras d'autres lentement.


Dans Résidence sur la Terre, Poésie Gallimard. Page 115-119.
Traduit de l'espagnol par Guy Suarès, préface de Julio Cortazar,
Collection Poésie/Gallimard (No 83) (1972),





Oda a Federico Garcìa Lorca

Si pudiera llorar de miedo en una casa sola,
si pudiera sacarme los ojos y comérmelos,
lo haría por tu voz de naranjo enlutado
y por tu poesía que sale dando gritos.

Porque por ti pintan de azul los hospitales
y crecen las escuelas y los barrios marítimos,
y se pueblan de plumas los ángeles heridos,
y se cubren de escamas los pescados nupciales,
y van volando al cielo los erizos:
por ti las sastrerías con sus negras membranas
se llenan de cucharas y de sangre
y tragan cintas rotas, y se matan a besos,
y se visten de blanco.

Cuando vuelas vestido de durazno,
cuando ríes con risa de arroz huracanado,
cuando para cantar sacudes las arterias y los dientes,
la garganta y los dedos,
me moriría por lo dulce que eres,
me moriría por los lagos rojos
en donde en medio del otoño vives
con un corcel caído y un dios ensangrentado,
me moriría por los cementerios
que como cenicientos ríos pasan
con agua y tumbas,
de noche, entre campanas ahogadas:
ríos espesos como dormitorios
de soldados enfermos, que de súbito crecen
hacia la muerte en ríos con números de mármol
y coronas podridas, y aceites funerales:
me moriría por verte de noche
mirar pasar las cruces anegadas,
de pie llorando,
porque ante el río de la muerte lloras
abandonadamente, heridamente,
lloras llorando, con los ojos llenos
de lágrimas, de lágrimas, de lágrimas.

Si pudiera de noche, perdidamente solo,
acumular olvido y sombra y humo
sobre ferrocarriles y vapores,
con un embudo negro,
mordiendo las cenizas,
lo haría por el árbol en que creces,
por los nidos de aguas doradas que reúnes,
y por la enredadera que te cubre los huesos
comunicándote el secreto de la noche.

Ciudades con olor a cebolla mojada
esperan que tú pases cantando roncamente,
y golondrinas verdes hacen nido en tuo pelo,
y silenciosos barcos de esperma te persiguen,
y además caracoles y semanas,
mástiles enrollados y cerezas
definitivamente circulan cuando asoman
tu pálida cabeza de quince ojos
y tu boca de sangre sumergida.

Si pudiera llenar de hollín las alcaldías
y, sollozando, derribar relojes,
sería para ver cuándo a tu casa
llega el verano con los labios rotos,
llegan muchas personas de traje agonizante,
llegan regiones de triste esplendor,
llegan arados muertos y amapolas,
llegan enterradores y jinetes,
llegan planetas y mapas con sangre,
llegan buzos cubiertos de ceniza,
llegan enmascarados arrastrando doncellas
atravesadas por grandes cuchillos,
llegan raíces, venas, hospitales,
manantiales, hormigas,
llega la noche con la cama en donde
muere entre las arañas un húsar solitario,
llega una rosa de odio y alfileres,
llega una embarcación amarillenta,
llega un día de viento con un niño,
llego yo con Oliverio, Norah
Vicente Aleixandre, Delia,
Maruca, Malva Marina, María Luisa y Larco,
la Rubia, Rafael Ugarte,
Cotapos, Rafael Alberti,
Carlos, Bebé, Manolo Altolaguirre,
Molinari,
Rosales, Concha Méndez,
y otros que se me olvidan.

Ven a que te corone, joven de la salud y
de la mariposa, joven puro
como un negro relámpago perpetuamente libre,
y conversando entre nosotros,
ahora, cuando no queda nadie entre las rocas,
hablemos sencillamente como eres tú y soy yo:
para qué sirven los versos si no es para el rocío?
Para qué sirven los versos si no es para esa noche
en que un puñal amargo nos averigua, para ese día,
para ese crepúsculo, para ese rincón roto
donde el golpeado corazón del hombre se dispone a morir?

Sobre todo de noche,
de noche hay muchas estrellas,
todas dentro de un río
como una cinta junto a las ventanas
de las casas llenas de pobres gentes.

Alguien se les ha muerto, tal vez
han perdido sus colocaciones en las oficinas,
en los hospitales, en los ascensores,
en las minas,
sufren los seres tercamente heridos
y hay propósito y llanto en todas partes:
mientras las estrellas corren dentro de un río interminable
hay mucho llanto en las ventanas,
los umbrales están gastados por el llanto,
las alcobas están mojadas por el llanto
que llega en forma de ola a morder las alfombras.

Federico,
tú ves el mundo, las calles,
el vinagre,
las despedidas en las estaciones
cuando el humo levanta sus ruedas decisivas
hacia donde no hay nada sino algunas
separaciones, piedras, vías férreas.

Hay tantas gentes haciendo preguntas
por todas partes.
Hay el ciego sangriento, y el iracundo, y el
desanimado,
y el miserable, el árbol de las uñas,
el bandolero con la envidia a cuestas.

Así es la vida, Federico, aquí tienes
las cosas que te puede ofrecer mi amistad
de melancólico varón varonil.
Ya sabes por ti mismo muchas cosas.
Y otras irás sabiendo lentamente.

Pablo Neruda

Residencia en la tierra, II (1931-1935), Cruz y Raya, Madrid, 1935


















mardi 6 août 2019

Angélique Ionatos interprète Léo Ferré


Cette blessure
Où meurt la mer comme un chagrin de chair
Où va la vie germer dans le désert
Qui fait de sang la blancheur des berceaux
Qui se referme au marbre du tombeau
Cette blessure d'où je viens

Cette blessure
Où va ma lèvre à l'aube de l'amour
Où bat ta fièvre un peu comme un tambour
D'où part ta vigne en y pressant des doigts
D'où vient le cri le même chaque fois
Cette blessure d'où tu viens

Cette blessure
Qui se referme à l'orée de l'ennui
Comme une cicatrice de la nuit
Et qui n'en finit pas de se rouvrir
Sous des larmes qu'affirme le désir

Cette blessure
Comme un soleil sur la mélancolie
Comme un jardin qu'on n'ouvre que la nuit
Comme un parfum qui traîne à la marée
Comme un sourire sur ma destinée
Cette blessure d'où je viens

Cette blessure
Drapée de soie sous son triangle noir
Où vont des géomètres de hasard
Bâtir de rien des chagrins assistés
En y creusant parfois pour le péché
Cette blessure d'où tu viens

Cette blessure
Qu'on voudrait coudre au milieu du désir
Comme une couture sur le plaisir
Qu'on voudrait voir se fermer à jamais
Comme une porte ouverte sur la mort
Cette blessure dont je meurs

Léo Ferré











samedi 3 août 2019

Angélique Ionatos, la Grèce en héritage









Angélique Ionatos
© Angélique Ionatos• Crédits : sadaka Edmond - Sipa





Par Stéphane Manchematin. Réalisation : Doria Zenine. Prise de son : Etienne Leroy. Attachée de production : Claire Poinsignon.



Fille de marin, Angélique Ionatos est née à Athènes en 1954. Elle a quinze ans, en 1969, lorsqu’avec ses parents, elle quitte la Grèce pour fuir la dictature des colonels. La famille pose dans un premier temps les valises en Belgique, avant de s’installer en France. Angélique Ionatos y apprend « la langue de l’exil ».

"Au début des années 70, elle enregistre, en duo avec son frère Photis, un premier album en français : Résurrection, couronné par le prix de l'Académie Charles-Cros.

Dotée d’une allure de déesse grecque et d’une voix grave de contralto, solaire et envoûtante, âpre et sensuelle, Angélique Ionatos entame alors une carrière solo qui la voit, petit à petit, s’imposer comme auteur, compositeur et guitariste. Très vite, elle fait le choix de revenir à la langue grecque. Puisant son inspiration au cœur de la culture traditionnelle grecque, elle commence à chanter les poètes, grecs notamment. C'est par la mise en musique des poèmes du prix Nobel de littérature1979, Odysseas Elytis, qu’elle s’impose définitivement tant auprès du public que de la critique.

Mais Angélique Ionatos a également chanté la poétesse Sappho de l’île de Mytilène, les poètes grecs contemporains mais aussi Pablo Neruda ou Frida Khalo dont elle a mis en musique des extraits du journal intime. Tout au long de ce parcours, elle a recherché des collaborations fructueuses avec des musiciens de toutes origines. Si la magie opère à tous les coups, à chaque nouvel album (une vingtaine à ce jour), c’est autant pour la qualité de la musique et des interprétations que pour la voix.

Angélique Ionatos a publié en 2015, Le soleil sait, une anthologie de poèmes d’Odysseas Elytis qu’elle a traduits en français."
France Culture





















France Culture, A voix nue


mercredi 31 juillet 2019

Alexandre Diego Gary S. ou l'Espérance de vie (Éditions Gallimard).

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S. ou l'espérance de vie par Gary

«Ça commence par une photographie. Mon histoire. C'est un jour d'hiver, ils portent tous deux un manteau, ils se trouvent sur un promontoire. Ils sont enlacés, la tête de ma mère contre le cou de mon père, Ivan Alejandro, et lui serre son épaule avec son bras, sa main. Ils sourient. Ils sont heureux. Radieux. Ça saute aux yeux. Je suis né de cette photographie. C'était le temps de la Splendeur des Amberson. Ils s'étaient rencontrés quelques mois auparavant à une réception du consulat de France à Los Angeles. 
Et maintenant, ils vivaient en France, mariés, amoureux. Il y a trop d'amour dans cette photo. Trop de promesses de bonheur. Ils semblent résolument à l'abri des coups de griffes des fauves de la vie. Je la garde, bien cachée, au fond d'un placard. Cette photographie. Je ne peux pas les voir. Pas les voir ainsi, quand on pense à tout ce qui s'est passé après. Elle fait trop mal, cette image, cette icône.»
(quatrième de couverture)





Un article intéressant dans La République des lettres

 © Jean Bruno / La République des Lettres, Paris, vendredi 17 juillet 2009

https://republique-des-lettres.fr/10844-alexandre-diego-gary.php


S. ou l'espérance de vie (Éditions Gallimard), 2009


"Mon existence ressemble à une succession de mots rayés jusqu'au sang, biffés jusqu'à la moelle. Au point que le papier sur lequel je les couche, sur lequel ils gisent, s'en trouve déchiré, troué par endroits" (Alexandre Diego Gary).


Article dans Le Monde

https://www.lemonde.fr/societe/article/2009/05/26/diego-gary-sa-vie-a-lui-enfin_1198160_3224.html


(...) Aujourd'hui, Diego Gary assure ne plus avoir peur de rien, "pas même d'écrire", parce que l'écriture a toujours été essentielle pour lui, même s'il ne publiait rien. Il n'aurait pas cherché à éditer ce livre si Roger Grenier, conseiller littéraire chez Gallimard, ne lui avait pas donné son imprimatur. "Il a créé quelque chose, le vrai sujet, c'est tout simplement comment exister par soi-même, et il y parvient", explique le journaliste et écrivain, qui était un proche de Romain Gary.

Depuis la publication de son livre, Diego Gary a reçu de nombreux témoignages de félicitations et d'encouragements. "Moi, je me dis que je n'aurai réussi que le jour où j'écrirai un véritable livre de fiction." Il s'est marié en janvier avec une jeune femme, rencontrée il y a quelques années à Barcelone, et attend la naissance d'une petite fille pour le mois d'août. Un vrai changement : il y a encore peu, il se promettait de ne jamais avoir d'enfant parce ce qu'il voulait conserver la possibilité de se suicider. "Là, je vis une révolution copernicienne. Je suis beaucoup mieux dans ma vie." Il faut imaginer Diego Gary heureux.(...)

Alain Abellard






mardi 30 juillet 2019

Voix vives en Méditerranée 2019, Hommage à Michel Baglin





Festival Voix Vives 2019

Hommage à Michel Baglin

Images et montage : Thibault Grasset - ITC Production







Voix vives de Méditerranée en Méditerranée

La Poésie chemin de paix

https://www.facebook.com/voixvivesmediterranee/


samedi 27 juillet 2019

Le Chateau des pauvres, Paul Eluard




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Paul Eluard photo du Net






Le Château des pauvres



Venant de très bas, de très loin, nous arrivons au-delà.

Une longue chaîne d'amants

Sortit de la prison dont on prend l'habitude



Sur leur amour ils avaient tous juré

D'aller ensemble en se tenant la main

Ils étaient décidés à ne jamais céder

Un seul maillon de leur fraternité



La misère rampait encore sur les murs

La mort osait encore se montrer

Il n'y avait encore aucune loi parfaite

Aucun lien admirable

S'aimer était profane

S'unir était suspect



Ils voulaient s'enivrer d'eux-mêmes

Leurs yeux voulaient faire le miel

Leur coeur voulait couver le ciel

Ils aimaient l'eau par les chaleurs

Ils étaient nés pour adorer le feu l'hiver



Ils avaient trop longtemps vécu contradictoires

Dans le chaos de l'esclavage

Rongeant leur frein lourds de fatigue et de méfaits

Ils se heurtaient entre eux étouffant les plus faibles



Quand ils criaient au secours

Ils se croyaient punissables ou fous

Leur drame était le repoussoir

De la félicité des maîtres



Que des baisers désespérés les menottes aux lèvres

Sous le soleil fécond que de retours à rien

Que de vaincus par le trop-plein de leur candeur

Empoignant un poignard pour prouver leur vertu



Ils étaient couronnés de leurs nerfs détraqués

On entendait hurler merci

Merci pour la faim et la soif

Merci pour le désastre et pour la mort bénie

Merci pour l'injustice

Mais qu'en attendez-vous et l'écho répondait



Nous nous délecterons de la monotonie

Nous nous embellirons de vêtements de deuil

Nous allons vivre un jour de plus

Nous les rapaces nous les rongeurs de ténèbres

Notre aveugle appétit s'exalte dans la boue

On ne verra le ciel que sur notre tombeau



Il y avait bien loin de ce Château des pauvres

Noir de crasse et de sang

Aux révoltes prévues aux récoltes possibles



Mais l'amour a toujours des marges si sensibles

Que les forces d'espoir s'y sont réfugiées

Pour mieux se libérer



Je t'aime je t'adore toi

Par-dessus la ligne des toits

Aux confins des vallées fertiles

Au seuil des rires et des îles

Où nul ne se noie ni ne brûle

Dans la foule future où nul

Ne peut éteindre son plaisir

La nuit protège le désir

L'horizon s'offre à la sagesse

Le coeur aux jeux de la jeunesse

Tout monte rien ne se retire



L'univers de fleurs violentes

Protège l'herbe la plus tendre

Je peux t'enclore entre mes bras

Pour me délivrer du passé

Je peux être agité tranquille

Sans rien déranger de ton rêve

Tu me veux simplement heureux

Et nous serons la porte ouverte

A la rosée au grand soleil

Et je t'entraîne dans ma fièvre

Jusqu'au jour le plus généreux



Il n'y a pas glaces qui tiennent

Devant la foudre et l'incendie

Devant les épis enflammés

D'un vrai baiser qui dit je t'aime

Graine absorbée par le sillon

Il n'y aura pas de problèmes

Minuscules si nous voyons

Ensemble l'aube à l'horizon

Comme un tremplin pour dépasser

Tout ce que nous avons été

Quand le crépuscule régnait



Toi la plus désespérées

Des esclaves dénuées

Toi qui venais de jamais

Sur une route déserte

Moi qui venais de très loin

Par mille sentiers croisés

Où l'homme ignore son bien

Innocent je t'ai fait boire

L'eau pure du miroir

Où je m'étais perdu

Minute par minute



Ce fut à qui donna

A l'autre l'illusion

D'avoir un peu vécu

Et de vouloir durer

Ainsi nous demeurâmes

Dans le Château des pauvres

Au loin le paysage

S'aggravait d'inconnu

Et notre but notre salut

Se couvrait de nuages

Comme au jour du déluge



Château des pauvres les pauvres

Dormaient séparés d'eux-mêmes

Et vieillissaient solitaires

Dans un abîme de peines

Pauvreté les menait haut

Un peu plus haut que des bêtes

Ils pourrissaient leur château

La mousse mangeait la pierre

Et la lie dévastait l'eau

Le froid consumait les pauvres

La croix cachait le soleil



Ce n'était que sur leur fatigue

Sur leur sommeil que l'on comptait

Autour du Château des pauvres

Autour de toutes les victimes

Autour des ventres découverts

Pour enfanter et succomber

Et l'on disait donner la vie

C'est donner la mort à foison

Et l'on disait la poésie

Pour obnubiler la raison

Pour rendre aimable la prison



Pauvres dans le Château des pauvres

Nous fûmes deux et des millions

A caresser un très vieux songe

Il végétait plus bas que terre

Qu'il monte jusqu'à nos genoux

Et nous aurions étés sauvés

Notre vie nous la concevions

Sans menaces et sans oeillères

Nous pouvions adoucir les brutes

Et rayonnants nous alléger

Du fardeau même de la lutte



Les aveugles nous contemplent

Les pires sourds nous entendent

Ils parviennent à sourire

Ils ne nous en faut pas plus

Pour tamiser l'épouvante

De subsister sans défense

Ils ne nous en faut pas plus

Pour nous épouser sans crainte

Nous nous voyons nous entendons

Comme si nous donnions à tous

Le pouvoir d'être sans contrainte



Si notre amour est ce qu'il est

C'est qu'il a franchi ses limites

Il voulait passer sous la haie

Comme un serpent et gagner l'air

Comme un oiseau et gagner l'onde

Comme un poisson gagner le temps

Gagner la vie contre la mort

Et perpétuer l'univers



Tu m'as murmuré perfection

Moi je t'ai soufflé harmonie

Quand nous nous sommes embrassés

Un grand silence s'est levé

Notre nudité délirante

Nous a fait soudain tout comprendre

Quoi qu'il arrive nous rêvons

Quoi qu'il arrive nous vivons



Tu rends ton front comme une route

Où rien ne me fait trébucher

Le soleil y fond goutte à goutte

Pas à pas j'y reprends des forces

De nouvelles raisons d'aimer

Et le monde sous son écorce

M'offre sa sève conjuguée

Au long ruisseau de nos baisers



Quoi qu'il arrive nous vivrons

Et du fond du Château des pauvres

Où nous avons tant de semblables

Tant de complices tant d'amis

Monte la voile du courage

Hissons-la sans hésiter

Demain nous serons pourquoi

Quand nous aurons triomphé



Une longue chaîne d'amants

Sortit de la prison dont on prend l'habitude



La dose d'injustice et la dose de honte

Sont vraiment trop amères



Il ne faut pas de tout pour faire un monde il faut

Du bonheur et rien d'autre



Pour être heureux il faut simplement y voir clair

Et lutter sans défaut



Nos ennemis sont fous débiles maladroits

Il faut en profiter



N'attendons pas un seul instant levons la tête

Prenons d'assaut la terre



Nous le savons elle est à nous submergeons-la

Nous sommes invincibles



Une longue chaîne d'amants

Sortit de la prison dont on prend l'habitude



Au printemps ils se fortifièrent

L'été leur fut un vêtement un aliment

L'hiver ils crurent au cristal aux sommets bleus

La lumière baigna leurs yeux

De son alcool de sa jeunesse permanente



Ô ma maîtresse Dominique ma compagne

Comme la flamme qui s'attaque au mur sans paille

Nous avons manqué de patience

Nous en sommes récompensés



Tu veux la vie à l'infini moi la naissance

Tu veux le fleuve moi la source

Nul brouillard ne nous a voilés

Et simplement dans la clarté je te retrouve



Vois les ruines déjà du Château qu'on oublie

Il n'avait pas d'architecture définie

Il n'avait pas de toit

Il n'avait pas d'armure

Agonies et défaites y resplendissaient

La naissance y était obscure



Vois l'ombre transparente du Château des pauvres

Qui fut notre berceau notre vieille misère

Rions à travers elle

Rions du beau temps fixe qui nous met au monde



Il s'est fait un climat sur terre plus subtil

Que la montée du jour fertile

C'est le climat de nos amours

Et nous en jouissons car nous le comprenons



Il est la vérité sa clarté nous inonde



Nous étendons la fleur de la vie ses couleurs

Le meilleur de nous-même

Par delà toute nuit

Notre coeur nous conduit

Notre tendresse unit les heures



Ce matin un oiseau chante

Ce soir une femme espère

L'oiseau chante pour demain

La femme nous reproduit

Le vieux mensonge est absorbé

Par les plus drus rochers par la plume grasse glèbe

Par la vague par l'herbe

Les pièges sont rouillés



Sur la ligne droite qui mène

La cascade à son point de chute

Et sur la longue inclinaison

Qui torture le cours du fleuve

Se fixent mille points d'aplomb

Où la vue et la vie s'émeuvent

Éblouies ou se reposant



Fleuve et cascade du présent

Comme un seul battement de coeur

Pour l'unique réseau du sang

L'eau se mêle à l'espoir visible

Je vois une vallée peuplée

Des grands gardiens de l'ordre intime

L'exaltation jointe à la paix



L'homme courbé qui se redresse

Qui se délasse et crie victoire

Vers son prochain vers l'infini

Le jour souple qui se détend

Moulant la terre somme un gant

L'étincelle devient diamant

La vague enflammée un étang



Tout se retourne la moisson

Devient le grain de blé crispé

La fleur se retrouve bouton

Le désir et l'enfant s'abreuvent

De même chair de même lait

Et la nuit met sous les paupières

De l'homme et de l'eau la même ombre



La vie au cours du temps la vie

Le réel et l'imaginaire

Sont ses deux mains et ses deux yeux

Ma table pèse mon poème

Mon écriture l'articule

L'image l'offre à tout venant

Chacun s'y trouve ressemblant



Le réel c'est la bonne part

L'imaginaire c'est l'espoir

Confus qui m'a mené vers toi

A travers tant de bons refus

A travers tant de rages froides

Tant de puériles aventures

D'enthousiasmes de déceptions



Souviens-toi du Château des pauvres

De ces haillons que nous traînions

Et vrai nous croyons pavoiser

Nous reflétions un monde idiot

Riions quand il fallait pleurer

Voyions en rose la vie rouge

Absolvions ce qui nous ruinait



Dis-toi que je parle pour toi

Plus que pour moi puisque je t'aime

Et plus que tu te souviens pour moi

De mon passé par mes poèmes

Comment pourrais-tu m'en vouloir

Ne compte jamais sur hier

Tant l'ancien temps n'est que chimères



De même que je t'aime enfant

Et jeune fille il faut m'aimer

Comme un homme et comme un amant

Dans ton univers nouveau-né

Nous avions tous deux les mains vides

Quand nous nous sommes abordés

Et nous nous sommes pensés libres



Il ne fallait rien renoncer

Que le mal de la solitude

Il ne fallait rien abdiquer

Que l'orgueil vain d'avoir été

En dépit de la servitude

Ô disais-tu mon coeur existe

Mon coeur bat en dépit de tout



Je ne meurs jamais ni de doute

Je t'aime comme on vient au monde

Comme le ciel éclate et règne

Je suis la lettre initiale

Des mots que tu cherchas toujours

La majuscule l'idéale

Qui te commande de m'aimer



Dans le Château des pauvres je n'ai pu t'offrir

Que de dire ton coeur comme je dis mon coeur

Sans ombre de douleur sans ombre de racines

En enfant frère des enfants qui renaîtront

Toujours pour confirmer notre amour et l'amour



Le long effort des hommes vers leur cohésion

Cette chaîne qui sort de la géhenne ancienne

Est soudée à l'or pur au feu de la franchise

Elle respire elle voit clair et ses maillons

Sont tous des yeux ouverts que l'espoir égalise



La vérité fait notre joie écoute-moi

Je n'ai plus rien à te cacher tu dois me voir

Tel que je suis plus faible et plus fort que les autres

Mais j'avoue et c'est là la raison de me croire



J'avoue je viens de loin et j'en reste éprouvé

Il y a des moments où je renonce à tout

Sans raison simplement parce que la fatigue

M'entraîne jusqu'au fond des brumes du passé

Et mon soleil se cache et mon ombre s'étend



Vois-tu je ne suis pas tout à fait innocent

Et malgré moi malgré colères et refus

Je représente un monde accablant corrompu

L'eau de mes jours n'a pas toujours été changée

Je n'ai pas toujours su me soustraire à la vase



Mes mains et ma pensée ont été obligées

Trop souvent de se refermer sur le hasard

Je me suis trop souvent laissé aller et vivre

Comme un miroir éteint faute de recevoir

Suffisamment d'images et de passions

Pour accroître le poids de ma réflexion



Il me fallait rêver sans ordre sans logique

Sans savoir sans mémoire pour ne pas vieillir

Mais ce que j'ai souffert de ne pouvoir déduire

L'avenir de mon coeur fugitif dis-le toi

Toi qui sais comment j'ai tenté de m'associer

A l'esprit harmonieux d'un bonheur assuré



Dis-le-toi la raison la plus belle à mes yeux

Ma quotidienne bien-aimée ma bien-aimante

Faut-il que je ressente ou faut-il que j'invente

Le moment du printemps le cloître de l'été

Pour me sentir capable de te rendre heureuse

Au coeur fou de la foule et seule à mes cotés



Nul de nous deux n'a peur du lendemain dis-tu

Notre coeur est gonflé de graines éclatées

Et nous saurons manger le fruit de la vertu

Sa neige se dissipe en lumières sucrées

Nous le reproduirons comme il nous a conçus

Chacun sur un versant du jour vers le sommet



Oui c'est pour aujourd'hui que je t'aime ma belle

Le présent pèse sur nous deux et nous soulève

Mieux que le ciel soulève un oiseau vent debout

C'est aujourd'hui qu'est née la joie et je marie

La courbe de la vague à l'aile d'un sourire

C'est aujourd'hui que le présent est éternel



Je n'ai aucune idée de ce que tu mérites

Sauf d'être aimée et bien aimée au fond des âges

Ma limite et mon infini dans ce minuit

Qui nous a confondus pour la vie à jamais

En vous abandonnant nous étions davantage

Ce minuit-là nous fûmes les enfants d'hier

Sortant de leur enfance en se tenant la main

Nous nous étions trouvés retrouvés reconnus

Et le matin bonjour dîmes-nous à la vie

A notre vie ancienne et future et commune



A tout ce que le temps nous infuse de force.





Paul Eluard, 1952


Éluard a achevé ce poème pendant un séjour à Beynac, au bord de la Dordogne, près d'une veille ferme nommée Le Château des pauvres, en août 1952.


in Poésie ininterrompue II (1953), Oeuvres Complètes

Éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Vol. I et II 1968.



Paul ÉLUARD (Saint-Denis 1895 - Charenton-le-Pont 1952)














Eluard et Dominique
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Marvin Gaye, concert Amsterdam 1976









"Enregistré à Amsterdam au milieu des années 1970, l’un des rares concerts de l’immense "prince de la soul". Marvin Gaye y interprète notamment les célébrissimes "Ain’t No Mountain High Enough" et "What's Going On". Un grand moment !

En 1976, Marvin Gaye est à l’apogée de sa carrière. Après la sortie des albums cultes What's Going on (1971) et Let's Get it on (1973), il entame sa première tournée en Europe, qui le mène sur la scène du Jaap Edenhal d’Amsterdam où il interprète notamment les célébrissimes "Ain’t no Mountain High Enough" et "What's Going on". Se produisant peu en public à cause de ses addictions à l’alcool et à la cocaïne, le chanteur, qui a fait les belles heures de la Motown à partir des années 1960, a connu une existence tourmentée, marquée par la violence paternelle, plusieurs divorces et des épisodes dépressifs. Criblé de dettes à la fin de sa vie et contraint de retourner vivre chez ses parents, il est abattu par son père, pasteur, de deux balles de revolver, la veille de ses 45 ans, en 1984. Ce concert exceptionnel rend hommage au "prince de la soul", trop tôt disparu."

sur Arte concert


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dimanche 14 juillet 2019

Je t'aime tant, Aragon et Ferré


Poème intégral (Ferré l'a coupé)

Mon sombre amour d’orange amère
Ma chanson d’écluse et de vent
Mon quartier d’ombre où vient rêvant
Mourir la mer

Mon doux mois d’août dont le ciel pleut
Des étoiles sur les monts calmes
Ma songerie aux murs de palmes
Où l’air est bleu

Mes bras d’or mes faibles merveilles
Renaissent ma soif et ma faim
Collier collier des soirs sans fin
Où le coeur veille

Dire que je puis disparaître
Sans t’avoir tressé tous les joncs
Dispersé l’essaim des pigeons
À ta fenêtre

(Sans faire flèche du matin
Flèche du trouble et de la fleur
De l’eau fraîche et de la douleur
Dont tu m’atteins)

Est-ce qu’on sait ce qui se passe
C’est peut-être bien ce tantôt
Que l’on jettera le manteau
Dessus ma face

Et tout ce langage perdu
Ce trésor dans la fondrière
Mon cri recouvert de prières
Mon chant vendu

(Je ne regrette rien qu’avoir
La bouche pleine de mots tus
Et dressé trop peu de statues
À ta mémoire)

(Ah tandis encore qu’il bat
Ce coeur usé contre sa cage
Pour Elle qu’un dernier saccage
La mette à bas)

Coupez ma gorge et les pivoines
Vite apportez mon vin mon sang
Pour lui plaire comme en passant
Font les avoines

Il me reste si peu de temps
Pour aller au bout de moi-même
Et pour crier – dieu que je t’aime
Tant

Aragon

in Elsa, 1959