jeudi 16 juillet 2015

Mon île, de Spyros K

photo Spyros, île de Kefalonia



Mon île...


Mon île a les yeux bleus
Du turquoise au pervenche
De l'azur à l'éthéré
Va de la Mer à l'horizon...
***
Mon île sait danser
Comme un tremblement de terre
Epicentre le coeur
La pensée à l'unisson...
***
Mon île sait affronter
Mais préfère caresser
Comme tes doigts sur moi
Essaimant le miel...
***
Mon île est aussi la tienne
Dès que tu sais l'aimer
L'avoir sans qu'elle soit tienne
La voir sous sa beauté...
***
Mon île est surtout médecin
Alternatif comme le courant
Elle a un mystère diffus
Dans les veines des rêves osés...
***
Mon île sait chanter
Et si Ulysse sût résister
Je n'ai pas la bêtise d'un Roi
A la vue de ma sirène...
***
Mon île endort les peines
Seulement sur place
Et comme le vin de Mavrodaphne
Le temps efface les illusions...
***
Mon île est vérité
Ses montagnes embaument le thym
Alors que les feuilles argentées
De l'olivier bercé
Par un zéphyr aimant
Enfoncent dans notre être
Les certitudes nécessaires
Pour une Vie aussi belle
Que la simplicité...

Spyros K

le 14 juillet 2015

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mercredi 15 juillet 2015

Le soleil sait (extrait), d'Odysseas Elytis, traduction d'Angélique Ionatos

Jaquette Le soleil sait





ANNIVERSAIRE


« ...même la rivière la plus lasse
Finit par arriver à la mer. »1 


J'ai mené ma vie jusqu'ici
Jusqu'à ce point qui lutte
Toujours près de la mer
Jeunesse sur les rochers, torse
Contre torse face au vent
Où peut donc aller un homme
Qui n'est rien d'autre qu'un homme
Mesurant à l'aune de ses rosées ses instants verdoyants
Au gré des ondes les visions de son ouïe,
A coups d'ailes ses remords
Ah ! Vie
De l'enfant qui devient un homme
Toujours près de la mer quand le soleil
Lui apprend à respirer là où s'efface
L'ombre d'un goéland.


J'ai mené ma vie jusqu'ici
Compte blanc sombre addition
Peu d'arbres et une poignée
De galets mouillés
Doigts légers pour caresser un front
Quel front
Tout au long de la nuit pleuraient les espérances
Et il n'y a plus personne
Pour faire résonner un pas libre
Pour faire se lever une voix reposée
Pour que de la jetée les proues écumantes
Inscrivent sur leur horizon un nom d'azur étincelant
Quelques années et quelques vagues
L'aviron délicat
Autour des havres de l'amour.


J'ai mené ma vie jusqu'ici
Entaille amère qui s'effacera sur le sable
...Qui a vu deux yeux effleurer son silence
Et a fait s'épouser leur éclat pour embrasser mille mondes
N'a qu'à rappeler aux autres soleils son sang
Plus près de la lumière
Il est un sourire dont la flamme est le prix
Mais ici dans ce paysage indifférent qui se perd
Dans une mer ouverte et impitoyable
La réussite se déplume
Tourbillon d'ailes
Et d'instants rivés au sol
Un sol dur sous les impatientes
Semelles, un sol façonné pour le vertige
Volcan défunt.


J'ai mené ma vie jusqu'ici
Pierre promise à l'élément liquide
Plus loin que les îles
Plus profond que la vague
Dans le voisinage des ancres
...Lorsque passent les impétueuses carènes déchirant
Un nouvel obstacle et l'emportent victorieuses
Et que l'espoir brille de tous ses dauphins
Privilège du soleil dans le cœur de l'homme
Les filets du doute ramènent
Une effigie de sel
Ciselée avec peine
Blanche et indifférente
Qui tourne vers la haute mer ses yeux vides
Portant l'infini.

Odysseas Elytis
Orientations, 1940
(Extrait)

1 – AC Swinburne, The Garden of Proserpine

Traduction AngéliqueIonatos
in, « Le soleil sait, Une anthologie vagabonde »






odysseus elytis par angélique ionatos par chiranne

dimanche 12 juillet 2015

Il pleure des étoiles filantes, poème de Françoise Ruban

       
crédit photo fruban
                         



   Il pleure des étoiles filantes





Nuit d'été loin des marées océanes
le cœur déchiré par
un espoir levé un rêve inachevé
c'était hier en Grèce
mon cœur a saigné


Je te cherche comme on cherche un frère
un ami un idéal une passion une Âme soeur
C'était hier t'en souviens-tu
il y eut l'écume caressante
il y eut les déferlantes
il y eut la houle les ressacs les rochers
où j'ai cru me fracasser


En ce jardin d'été je t'ai appelé
hélé comme le font les sirènes
douleur et pleurs se sont mêlés
Un fil s'est tendu je l'ai tissé
comme tisse sa toile l'araignée du matin
Et ce fut doux et ce fut lisse


Je cherche ton visage en mes rêves diurnes
le caresser       ___   mais j'ai peur
j'ai peur de la peur des enfants qui crient
dans les rues d'Athènes
les enfants qui refusent misère injustice
la loi austère des créanciers
Pour eux s'est fracassé le rêve
et la peste brune étend ses ombres et guette


Vers toi je me tourne quand
me retourne la vague et mon cœur fatigué
fatigué de toutes ces houles hurlantes
mon cœur s'ouvre et se fend
s'ouvre et se rend lâche prise
refuse encore et encore toutes ces méprises


Je te cherche parmi les étoiles
l'air frais lèche mes bras nus
je t'attendais tu n'es pas venu
Ici comme là-bas chacun tourne les yeux
de l'autre côté         ___   quand moi je regarde au-delà
Une étoile a filé
Ô sur ses ailes m'envoler
comme vole ta plume
Toi mon brouillard et ma brume


Et puis
comme on pressent
un frère un ami une passion un idéal
porté sur les rayons
d'un soleil pâle
Tu apparus


© fruban

le 11 juillet 2015

Tous droits réservés
Protégé par copyright

in, Chorégraphie de cendres, avril 2017 (éditions épingle à nourrice)




Tableau Van Gogh, Nuit étoilée


jeudi 9 juillet 2015

Lettre de George Sand à Pietro Pagello

photographie de Nadar




Nés sous des cieux différents, nous n'avons ni les mêmes pensées ni le même langage ; avons-nous du moins des cœurs semblables ?
Le tiède et brumeux climat d'où je viens m'a laissé des impressions douces et mélancoliques : le généreux soleil qui a bruni ton front, quelles passions t'a-t-il données ? Je sais aimer et souffrir, et toi, comment aimes-tu ?
L'ardeur de tes regards, l'étreinte violente de tes bras, l'audace de tes désirs me tentent et me font peur. Je ne sais ni combattre ta passion ni la partager. Dans mon pays on n'aime pas ainsi ; je suis auprès de toi comme une pâle statue, je te regarde avec étonnement, avec désir, avec inquiétude.
Je ne sais pas si tu m'aimes vraiment. Je ne le saurai jamais. Tu prononces à peine quelques mots dans ma langue, et je ne sais pas assez de la tienne pour te faire des questions si subtiles. Peut-être est-il impossible que je me fasse comprendre quand même je connaîtrais à fond la langue que tu parles.
Les lieux où nous avons vécu, les hommes qui nous ont enseignés, sont cause que nous avons sans doute des idées, des sentiments et des besoins inexplicables l'un pour l'autre. Ma nature débile et ton tempérament de feu doivent enfanter des pensées bien diverses. Tu dois ignorer ou mépriser les mille souffrances légères qui m'atteignent, tu dois rire de ce qui me fait pleurer.
Peut-être ne connais-tu pas les larmes.
Seras-tu pour moi un appui ou un maître ? Me consoleras-tu des maux que j'ai soufferts avant de te rencontrer ? Sauras-tu pourquoi je suis triste ? Connais-tu la compassion, la patience, l'amitié ?
On t'a élevé peut-être dans la conviction que les femmes n'ont pas d'âme. Sais-tu qu'elles en ont une ? N'es-tu ni chrétien ni musulman, ni civilisé ni barbare ; es-tu un homme ? Qu'y a-t-il dans cette mâle poitrine, dans cet œil de lion, dans ce front superbe ? Y a-t-il en toi une pensée noble et pure, un sentiment fraternel et pieux ? Quand tu dors, rêves-tu que tu voles vers le ciel ? Quand les hommes te font du mal, espères-tu en Dieu ?
Serai-je ta compagne ou ton esclave ? Me désires-tu ou m'aimes-tu ? Quand ta passion sera satisfaite, sauras-tu me remercier ? Quand je te rendrai heureux, sauras-tu me le dire ?
Sais-tu ce que je suis, ou t'inquiètes-tu de ne pas le savoir ? Suis-je pour toi quelque chose d'inconnu qui te fait chercher et songer, ou ne suis-je à tes yeux qu'une femme semblable à celles qui engraissent dans les harems ? Ton œil, où je crois voir briller un éclair divin, n'exprime-t-il qu'un désir semblable à celui que ces femmes apaisent ? Sais-tu ce que c'est que le désir de l'âme que n'assouvissent pas les temps, qu'aucune caresse humaine n'endort ni ne fatigue ?
Quand ta maîtresse s'endort dans tes bras, restes-tu éveillé à la regarder, à prier Dieu et à pleurer ?
Les plaisirs de l'amour te laissent-ils haletant et abruti, ou te jettent-ils dans une extase divine ? Ton âme survit-elle à ton corps, quand tu quittes le sein de celle que tu aimes ?
Oh ! quand je te verrai calme, saurai-je si tu penses ou si tu te reposes ?
Quand ton regard deviendra languissant, sera-ce de tendresse ou de lassitude ?
Peut-être penses-tu que tu ne me connais pas… que je ne te connais pas. Je ne sais ni ta vie passée, ni ton caractère, ni ce que les hommes qui te connaissent pensent de toi. Peut-être es-tu le premier, peut-être le dernier d'entre eux. Je t'aime sans savoir si je pourrai t'estimer, je t'aime parce que tu me plais, peut-être serai-je forcée de te haïr bientôt.
Si tu étais un homme de ma patrie, je t'interrogerais et tu me comprendrais. Mais je serais peut-être plus malheureuse encore, car tu me tromperais.
Toi, du moins, ne me tromperas pas, tu ne me feras pas de vaines promesses et de faux serments. Tu m'aimeras comme tu sais et comme tu peux aimer. Ce que j'ai cherché en vain dans les autres, je ne le trouverai peut-être pas en toi, mais je pourrai toujours croire que tu le possèdes. Les regards et les caresses d'amour qui m'ont toujours menti, tu me les laisseras expliquer à mon gré, sans y joindre de trompeuses paroles. Je pourrai interpréter ta rêverie et faire parler éloquemment ton silence. J'attribuerai à tes actions l'intention que je te désirerai. Quand tu me regarderas tendrement, je croirai que ton âme s'adresse à la mienne ; quand tu regarderas le ciel, je croirai que ton intelligence remonte vers le foyer éternel dont elle émane.
Restons donc ainsi, n'apprends pas ma langue, je ne veux pas chercher dans la tienne les mots qui te diraient mes doutes et mes craintes. Je veux ignorer ce que tu fais de ta vie et quel rôle tu joues parmi les hommes. Je voudrais ne pas savoir ton nom, cache-moi ton âme que je puisse toujours la croire belle.

George Sand

Sur le site Des lettres

samedi 4 juillet 2015

Un livre, un auteur : Adrien de la vallée de Thurroch, de Denis Tellier (2012)

                 "Adrien de la vallée de Thurroch"

                                      Denis Tellier

                                                 éditions Lunatique




Une rencontre qui ne peut s'oublier

Artiste aux multiples talents, comme vous pourrez le découvrir sur le site des éditions Lunatique, Denis Tellier a croisé ma route fortuitement -mais je ne crois pas aux hasards- le 20 juin 2015.
Très vite, j'ai eu envie de découvrir ses écrits, notamment "Adrien de la vallée de Thurroch".
Ce premier roman de Denis est arrivé chez moi quelques jours plus tard.
Pénètrer dans cet univers m'a littéralement happée, et il m'a fallu le terminer le jour même ! Depuis, j'y retourne régulièrement. Il est là, à portée de ma main.

Voici quelques extraits de la lettre que je lui écrivis.

(Je vous écris de ma campagne bourguignonne où vrombissent les moiss'bat's dans la chaleur de la fin juin)

                        « Adrien de la vallée de Thurroch »

Première joie, recevoir puis ouvrir ce bel objet (corbeau freux en couverture), ce petit / grand livre !

Je commence par la quatrième de couverture, les quelques lignes en exergue, la dernière page... et c'est parti ! 

De suite, il m'a semblé entrer dans une langue, une écriture, autres que celles d'un romancier. Des images, des sonorités, un rythme qui sont ceux du Poète. Comme un long poème en prose. (p 14-16)

      Lorsqu' Adrien entre en scène, je me suis d'abord demandé qui il était... Croisements entremêlés des époques. Très vite, on apprend à le découvrir, on croit le connaître, et puis...
Ces corbeaux freux omniprésents qui planent sur vos mots, sur cette vallée. Oiseaux de mauvaise augure, mauvais présage ? La Mort rôde. (dernières lignes p 20)

On voit, on respire (ah ! les odeurs!!), on entend vivre cette campagne ardennaise. Les superstitions, le dur labeur. Des images saisissantes « les rideaux amidonnés à la fumée des âtres » « entretenir un bon voisinage croûte que croûte » ! Et tout au long, j'en découvrirai tant et tant...

Je me suis arrêtée plusieurs fois. Réfléchir à ce « Je »... Vous Denis, glissé dans la peau d'Adrien ?

La description de sa maison est plus vraie que si elle était là, sous mes yeux. Des souvenirs remontent en moi... Elle m'a rappelé la maison de Raoul, entre Creuse et Corrèze, début années 70. Chez lui, je me croyais des années en arrière, complètement hors du temps. Presque l'époque d'Adrien - « cela sentait l'homme seul, l'intérieur confiné et le rance ». La présence de la mère...morte.

On entre brutalement dans la Guerre. Déjà j'entrevois l'horreur « il bondissait sur les têtes, de casque en casque » ! Et tout au long de ce récit poétique, l'horreur sera là, progressivement atroce.

      Le Vieux, sa disparition mystérieuse, les rumeurs, ce que l'on pressent au fil des pages. Sorte d'énigme policière qui se mêle au destin d'Adrien, à la guerre. 
Le Vieux, le Sage, celui auquel il m'est arrivé de m'identifier (non que je sois sage!), de vouloir lui ressembler. Son intelligence de la Vie et de la Mort. De superbes passages (je les relirai).
Le Vieux, dont peu à peu on devine la fin... Pouvait-il en être autrement ?

Adrien mène l'enquête. Son intuition, son bon sens, opposés aux ragots, aux rumeurs (ah ! les vieilles femmes!). Là aussi des passages savoureux !


      Les notes d'Adrien. Autre langage, temporalité croisée... Il m'est arrivé de perdre le fil ! Mais votre écriture m'embarque Denis !
Quand la Guerre à proprement parler entre en scène, nous savons déjà tout d'elle, par les préparatifs, les conséquences de cette boucherie. Vos mots, la construction de votre récit, nous plongent progressivement dans un réalisme poétique dur, violent. Nous la sentons là, à chaque instant.

      La Grande Yvonne, énigmatique elle aussi, par les secrets qu'elle abrite, les drames aussi. Ce bébé mort dans d'atroces conditions . « le gamin de la petite bonne, « la Jeanine » et du grand betteravier....

Une femme que j'ai cru reconnaître... 

Le Meusien et sa femme trop belle, ceux-là aussi on les voit, on les reconnaît...

      L'église emportée par les eaux diluviennes. Comme une parabole. Un monde qui disparaît - «  les os des maîtres étant sous l'eau ». D'une terrifiante beauté ! Le Radeau de la Méduse !

     La vie des paysans, elle aussi décrite avec d'infinis détails réalistes. J'ai retrouvé des histoires que l'on me racontait enfant. J'ai revu la vie de mes grands-parents maternels, Berthe et Léon, paysans.La femme parfois pire qu'une bête de somme. Le portrait que vous en faites est pur chef-d'oeuvre ! Je ne peux tout relever...

        Denis, votre écriture m'a séduite absolument, totalement ! Le procédé narratif choisi, où se croisent, se rejoignent des narrateurs divers (un seul en réalité!)... Tout ! 
Je me suis laissée embarquée sur ces flots poétiquement dévastateurs. Vous m'avez dit « Je me suis déchiré à l'écrire... j'en avais besoin... » (je cite de mémoire). Cela se ressent dans la fougue, la passion, que vous mettez dans vos mots.

De tous ces personnages si attachants à des degrés divers, c'est définitivement vers le Vieux que va ma préférence. Je relirai ce livre pour lui, le connaître mieux. Mais c'est sûr, je relirai pour savourer la langue !

    Tout ceci est un peu décousu, mais je ne voulais pas trop attendre pour vous en parler. Ne m'en tenez pas rigueur !

Votre « Adrien de la vallée de Thurroch » a déclenché en moi mille et une émotions ! Bravo et merci, ami poète !

Françoise Ruban




Quelques retours et critiques, sur le site des éditions Lunatique


Mise à jour du 13 novembre 2016

"Adrien de la vallée de Thurroch" en vente chez Amazon


                                                          ***


Un artiste aux multiples visages


"Dessin, peinture, sculpture : autodidacte, Denis touche à tout avec un engouement qui le porte "hors les normes" et un talent qui le mène à l'Espace Cardin où il participe à la 30e édition du salon de la Jeune Sculpture (1978).
Depuis, il a pris part à des expositions marquantes (Nîmes, Marseille, Toulouse, Sedan, Nice) et à des chantiers spectaculaires (telle la restauration des boiseries précieuses du navire hollandais l'Oosterschelde, datant de 1918)."
                                    sur le site des éditions Lunatique












Sur Radio Dijon 

La Minute Livre – Chronique du 1er Octobre 2015

Date de publication :
1 octobre 2015



© photos Denis T

jeudi 2 juillet 2015

Vague déferlante, poème de Françoise Ruban

crédit photo fruban
                                         


Vague déferlante




Une vague  __  tendre violence  __   en mon cœur a déferlé
Pas un tsunami  ___  Elle ne détruit
n'abat ne ravage n'assassine ni le jour ni la nuit
Sur son dos de collines je suis emportée
  réchauffée
    caressée
enveloppée
    Elle me roule
          m'enroule
                  me tourneboule
me chamboule

      Ô me laisser capturer

Par elle la tempête est fête
en mon corps joyeux puissantes sensations
Etonnement bouillonnement foisonnement
Me laisser glisser glisser   __  entraîner
à en perdre les sens et la raison

Je tremble  
            __  Est-ce la lame vacillante déferlante

Petite Sirène haletante
tes lèvres muettes trouveront-elles les mots
Vas-tu desserrer l'étreinte   __  vas-tu t'enfuir au plus profond
vas-tu fière de tes nouvelles jambes
        ailes défroissées qui se déploient   __  vas-tu courir
sans un adieu à l'Île

            ses rivages enjôleurs
            son cœur menteur

     Ô capitaine tu as perdu le cap

Vas-tu aimer ce reflux aimant
qui te serre et t'enserre   __  violente tendresse

     collines vertes
     forêts profondes folie des mots
     en écho en écho    _____   en écho
     oeillets de poètes 
     enivrantes senteurs

que tu respires

qui t'attirent

qui t'attirent ...


© fruban

le 1er juillet 2015

Tous droits réservés
Protégé par copyright

in, Chorégraphie de cendres (2017) , édité chez ene






mercredi 1 juillet 2015

Poésie ,André Laude ( entretien et quelques poèmes)

photo des Amis d'André Laude



« …Nous sommes à jamais présents au monde
logiquement situés entre la mer et le soleil les nuages
et les moissons. »

cité par Gil Pressnitzer



Encre et sang

Je fais de ma vie de
nuit en nuit un tas d'ordures.
Je fais de ma vie une brumeuse chronique.
Je fais de ma nuit le carrefour des fantômes.
Je fais de mon sang un long fleuve
qui tape à mes tempes.

Je fais de ma peur un oiseau noir et blanc
Je fais d'un oiseau mort, pourri,
l'enfant que j'aurais pu être.

Je fais d'un enfant un feu fou, un bloc de cendres.
Je fais de ma mort à venir un festin de serpents.
Je fais d'un serpent la corde pour me pendre.
Je fais d'un long, acharné silence le testament
de tout ce qui fut désastres, horreurs, ennuis,
ruptures et interminables hurlements.

Je pisse de l'encre et du sang.
Je pisse de l'encre et du sang.

Je chante sur le bûcher des châtiments.

André Laude




André Laude par UniK_Production

Poésie urgente

Plus que jamais la poésie est urgente. Vitale comme le pain et le vin. Nécessaire comme la pluie et le soleil, les néons et les nuits polaires.
À l'heure où s'effondre définitivement le rêve révolutionnaire nourri d'octobre 17, à l'heure où l'abjecte massification, l'uniformisation dans le pire médiocre s'accélèrent, à l'heure où en dépit de certaines apparences, la « liberté » de l'individu - fondement incontournable de toute civilisation - rétrécit, à l'heure où les politiques s'épuisent, où les tyranneaux prolifèrent, où les nationalismes, les intégrismes se réveillent, où la pauvreté enflamme les têtes autant que les slogans stupides et simplistes, la poésie est, d'abord et avant tout, une « arme miraculeuse » (Aimé Césaire) pour la Résistance. Totale Irrécupérable Sur tous les fronts.
Résistance contre ce qui endeuille l'être, souille, mutile, brise, l'élan de l'individu vers le « Champ des possibles », l'immense continent de la Vie encore inconnu, qui attend son Christophe Colomb. La poésie ne relève pas des dogmes établis. Elle est cet outil pour l'homme qui lui permet de prendre la mesure de sa non-finitude, de sa majesté et de son mystère émouvant et inépuisable.
Elle est le vent qui le pousse dans le dos dans sa marche à l'étoile, l'éclair qui l'arrache à l'humus pour le projeter à hauteur d'astres de plomb et de feu.
Langages, étranges copulations de mots, bouleversements de syntaxes, volontés de dialogue, énoncés du monde sensible, fouillements des ténèbres, cris d'amour, d'humour surtout « noir », enracinements dans l'errance, la glèbe ou la « big city », explosions de désespoir qui s'ouvre curieusement sur quelque innommable espérance, la poésie est aussi, dans sa plus haute condensation, germination, acte.
Acte qui implique que tout poète authentique, fut-il élégiaque et soumis aux subtils secrets métaphysiques, est un réfractaire un vrai outlaw Hölderlin, Rimbaud, Maïakovski même combat !
Poètes Solitaires. Poètes Solidaires. Jusqu'au revolver, la jambe pourrie, la raison « saccagée ».
La poésie est ce dont l'homme - même s'il l'ignore ou feint de l'ignorer - a le plus besoin pour tracer au flanc du monde la cicatrice de sa dignité. La poésie : un vertige permanent entre la lune et le gibet.
Sans Poésie - libre, follement libre - l'univers serait boule morte. La poésie aux lèvres
rouges : la potion magique pour guérir, peut-être, l'angoisse électrique de l'inconnu qui écrivit une certaine heure de fièvre sur les murs de Mai 1968 : « Y a-t-il une vie avant la mort ? »

André LAUDE

Document fourni par l'Association les Amis d'André Laude

sur Esprits nomades



Les sites amis d’André Laude :

« les voleurs de feu » de Yann Orveillon
« Albatroz » de Manuel Vaz
« Esprits nomades » de Gil Pressnitzer
« L’esprit de la chouette » de Diane Meunier
« Décharges » de Claude Vercey
« Poézibao » de Florence Trocmé
« Poésie danger » d’André Chenet

Les amis d'André Laude  Poésie urgente

André Chenet      Poésie danger

Gil Pressnitzer     Esprits nomades

Florence Trocmé   Poézibao


dimanche 28 juin 2015

Aube, d'Arthur Rimbaud

crédit photo fruban



Aube


J’ai embrassé l’aube d’été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route
du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes
se levèrent sans bruit.

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall blond qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

Alors je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq.
A la grand’ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre,
je la chassais.

En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et j’ai senti un peu
son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.

Arthur Rimbaud, Illuminations

vendredi 26 juin 2015

Angélique Ionatos, à Yannis Youlountas et film "Ne vivons plus comme des esclaves"(Y.Youlountas)








Yannis Youlountas
Reçu de mon amie Angélique Ionatos :

LES POÈTES SONT EN EXIL

Dans notre monde, soumis à une nouvelle barbarie, il faut nous interroger pour retrouver la mémoire et l'utopie. Ce sont elles qui veillent sur notre humanité.

Ma "belle et étrange patrie" qui a déposé une terre si fertile sur mes racines, m'a enseigné que la poésie, depuis toujours, nourrit le chant.

Et ce chant peut devenir un cri.

Aujourd'hui, la Grèce est défigurée. Les Grecs sont humiliés.

Le premier devoir d'un artiste est de témoigner de son temps. Et de résister ! "Chacun selon ses armes", disait le poète Elytis. Pour se redonner espoir et dignité.

Souvent, je me sens découragée et impuissante face à tant de malheur. Parfois, je suis même tentée de me taire.

Alors, je lis mes poètes. Leurs mots jamais ne s'oxydent à l'haleine du désespoir. Leur parole est politique et souvent prophétique.

Et voilà que l'espoir revient comme "un chant de maquisard dans la forêt des aromates". Ce cri et cet espoir vont habiter aujourd'hui mon propre chant.

Angélique Ionatos

Photo : visuel d'une soirée en tandem (ciné + débat en duo + concert) le 17 décembre dernier aux Lilas. – avec Angélique Ionatos.






Entretien avec Yannis Youlountas

Voici un débat filmé par Éric Jousse au festival d’Attac "Images mouvementées", le 24 novembre 2013 à Paris, avec Thomas Coutrot, co-président d’ATTAC et économiste atterré, et moi-même, qui RESTE COMPLÈTEMENT D’ACTUALITÉ et qui me semble UTILE, DENSE ET AGRÉABLE. Un débat fraternel, sans hypocrisie ni retenue, "entre libertaire et marxiste" (dixit Thomas) que le public a semble-t-il beaucoup apprécié, dans un esprit de convergence de luttes. Certains sujets ont fait l’objet de petites divergences de points de vue. Devinez lesquels ;) YY


jeudi 25 juin 2015

Quelques poèmes dits et accompagnés en musique, soirée du 20 juin 2015

Quelques poèmes de "L'Âme des marées" dits et accompagnés en musique

Yves Petident, guitare et diction
Merry Benoit, sitar et percussions indiennes



Poésie et Musique :

Playlist ( 5 vidéos )






Reçu aujourd'hui d'une amie :

"Jeudi matin ,bien installée dans un fauteuil ,buvant un thé je lance les petites vidéo.
Et là ,le temps s'arrête .
Ambiance bucolique ,herbes folles ,
des mots portés par une musique indienne ....le tout accompagné par des chants d'oiseaux qui participent à qui mieux mieux à l'harmonie de la soirée .
Je ne m'attendais pas à être prise ainsi ,dans cette atmosphère poétique .
Moment très particulier et rare .
Mes journées ne commencent généralement pas dans cette sérénité !

Forte de cette expérience ,le lendemain ,aujourd'hui vendredi ,j'organise la même mise en scène ,avec Didier qui ne savait rien de ces vidéo .
Lui ,tout de suite se focalise sur l'instrument indien qui le transporte vers Ravi Shankar qui est un de ses musiciens préférés .
Et ce matin encore la magie a opéré :
un vrai moment zen .
Pourtant à Paris nous ne sommes pas entourés de grandes herbes ,à droite à gauche nous voyons des toits en zinc qui ne sont pas particulièrement champêtres ......

Déjà pour ces deux matinées aussi bien commencées ,un grand merci!

Nous ne connaissons ni ce comédien ,ni ce musicien et nous les avons trouvés très justes dans leur interprétation .
Ce n'est pas un exercice facile d'être dans le juste ton ,d'un texte ,d'un public ,d'un lieu ...et eux deux semblent avoir réussi tout cela ,avec beaucoup de naturel .

Par ces vidéo et ces photos nous avons eu un aperçu de cette soirée qui je le comprends ,a dû vous toucher .
Vous êtes entourée de vrais amis .

En ce qui nous concerne ,Didier et moi même ,nous sommes définitivement intéressés par ce recueil bleu qui semble contenir une mise en mots à laquelle nous avons été sensibles .
Le comédien a vraiment fait vivre votre texte de façon remarquable .

Merci encore de nous avoir fait partager cette aventure poétique . "

MM

vendredi 26 juin 2015


Autre courrier reçu d'un ami d'enfance à qui j'avais envoyé le lien vers cette Soirée Poésie-Musique


Chère Françoise,
Nous venons de regarder les vidéos du 20 juin dernier et nous en sommes encore tout émus. Les deux artistes sont aussi délicats que respectueux de tes textes. Ils les portent, ils tendent les mains pour les présenter et le résultat est une atmosphère de tension poétique dont ton jardin est l'écrin. Même la présence de la chienne est bienvenue, on dirait qu'elle veut être avec toi et aussi le chant des oiseaux. Tout concourt pour faire de ce moment quelque chose d'extrêmement précieux et de doux bien que douloureux. Nous sommes heureux d'avoir été conviés à en partager le résultat et nous t'embrassons de tout cœur, ainsi que Jean-François,

Christine et Ivan

le 4 avril 2016