dimanche 9 août 2015

Expo Pax Vobis, Espace Arts Diaphragme - 89000 Auxerre

Affiche de l'Expo
D'un récital Poésie-Musique, le 20 juin 2015, autour de mon recueil "L'Âme des marées", à l'Expo PAX VOBIS (1er au 8 août 2015)


J'ai rencontré Loïc Prou, lors d'une belle soirée de juin, dans mon jardin. Invité par Yves Petident qui m'avait fait l'immense plaisir de mettre en musique et de dire certains de mes poèmes, accompagné par Merry Benoit aux sitar et percussions indiennes. J'en ai longuement parlé sur ce blog (voir articles en juin 2015).
En partant, Loïc accompagné de Anne sa compagne, me remit un dessin, pour me remercier. Certes, je l'avais aperçu, au cours du récital, un papier et un stylo à la main, écrire ou dessiner... je ne savais pas.
Ce joli coup de crayon m'a séduite et j'ai voulu découvrir l'artiste. D'abord par son site dont il m'avait laissé l'adresse, puis "en vrai", lors de l'Expo PAX VOBIS que lui consacrait Arts Diaphragme.
Il faisait horriblement chaud ce mercredi 5 août, j'ai dû m'obliger à prendre la voiture pour rejoindre Auxerre. Il le fallait, je le voulais. L'occasion était trop belle de découvrir les oeuvres de Loïc Prou, exposées dans une Galerie aussi prestigieuse.
Outre la découverte des oeuvres, écouter Loïc m'exposer ses projets fut un moment de partage merveilleux. Il me parla du vaste projet autour du personnage Pax Vobis, sa quête et son expérience d'alchimie philosophique (séparer les trois éléments de l'être humain : le corps, l'âme et l'esprit ). Bien sûr de Tcherno et Bill, bande dessinée en six vignettes, qui ont déjà une histoire que beaucoup connaissent (à découvrir sur le blog de Loïc Prou, alias Loïc Tchernobyl).
En quittant l'artiste, ses oeuvres, ses projets, et ce magnifique Espace Arts Diaphragme, j'en avais totalement oublié la canicule... Je repartis heureuse et désireuse de suivre cette belle aventure artistique.
J'allais oublier.... Loïc est aussi un "croque-notes" !
                                                                  Françoise Ruban

crédit photo fruban


photo fruban

 " Arts Diaphragme est une association (loi de 1901) créée le 31 juillet 1995 par des amis d'enfance, Jacques Métaireau et Philippe Minot, avec l'ambition de créer un mouvement artistique ouvert, subversif et décalé à Auxerre, permettant à des artistes plasticiens locaux de se faire connaître et de s’exprimer en toute liberté . D'emblée, Jean Pierre Soisson, Maire d’Auxerre à l’époque, soutient la nouvelle association et lui offre un lieu sympa : « l'atelier 13 », place des Véens. Le nouveau maire, Guy Férez, continuera de la soutenir avec enthousiasme, notamment en lui mettant à disposition un splendide nouveau local à partir de 2007, dans une maison à pans de bois, 37 rue Joubert. Ce lieu est devenu pour les artistes locaux, un espace d’exposition incontournable, dans lequel se succèdent tous les styles et toutes les disciplines des arts plastiques : peinture, photographie, sculpture, céramique..."

Sur le site de     Espace Arts Diaphragme





DU 1ER AU 8 AOUT
LOÏC PROU ou LOÏC TCHERNOBYL 

"Autodidacte et déterminé, mes ouvrages s'articulent autour de l'Homme, de l'Humain, de croyances diverses et variées, de mondes post-apocalyptiques, de politique, de vie et de mort. Tout cela se décline en différents projets (illustrations, bande-dessinée, strips...) en perpétuelle évolution, de façon à pouvoir s'adapter aux changements du monde, qu'il en soit par la critique ou par le questionnement. Des projets tels PAX VOBIS, TCHERNO AND BILL, XZ APOCALYPSE, s'entendent dans l'absurde, dans des histoires où il est propre à chacun de s 'écouter soi-même, pour comprendre autrui. Je pense qu' il est nécessaire de poser un regard sans haine sur le monde... 
Projet Tcherno and Bill : Planches de BD publiées sur internet régulièrement, Fanzine, Illustrations. 
Projet Pax Vobis : Livre illustré, BD, Créations de médaillons en collaboration avec A. Frochot forgeron, Jeu de cartes, Cartes postales. 
Autres projets : Transformations sur base de photos, Illustrations de recherches." 
Sur le site de Espace Arts Diaphragme


photo fruban

L'accueil chaleureux de Loïc Prou


photo fruban
Tcherno en personne et Bill qui surveille...

photo Loïc (sur son site)
Tcherno et Bill

photo fruban
photo fruban


photo fruban
Voici Pax Vobis


photo fruban

photo fruban

photo fruban
photo Loïc (sur son site)

photo Loïc (sur son site)


photo fruban

photo fruban



photo fruban
A bientôt Loïc et mille merci pour ce beau moment !

photo fruban

*****

2015


jeudi 23 juillet 2015 par Arts diaphragme
Galerie Arts Diaphragme :
27, rue Joubert 89 000 Auxerre
0386524684

mercredi 5 août 2015

Orages, poème de fRuban

crédit photo fRuban
       
                 


                    Orages



Quand la chaleur se fait moite
que le cœur s'oppresse s'emplit de craintes
d'émotions vénéneuses  __  imaginaire menace
Tant de fragilité écoulée au cours de longues années
Tu reçois au tréfonds l'orage
il arrive il gronde t'envahit toute
Alors coque de noix par les flots en furie chahutée
Tu griffes Et tu te débats Et tu mords
ceux qui t'aiment d'abord


Ne pas perdre le cap
Ne pas te laisser fracasser sur les rochers du passé
Et tu te débats  __  piètres armes
contre un océan de passions et de larmes
Et tu perds pieds
Ta raison s'égare
Tu deviens folle  Et tu te hais
Et le vent brûlant Et les tourbillons des feuillages



Ce matin ruisselante nourricière la pluie est là  __    Enfin
tu peux lâcher prise  __  mais le remords
Comme vagues déferlantes une cascade de pleurs
lave ton cœur Il se desserre
s'ouvre au souffle de l'amour
Et c'est la joie retrouvée
Oublie ce cauchemar  __   Ton improbable rêve te sourit
Il est là si vrai si réel Comment as-tu pu en douter
Folle que tu es


Ô je te promets  __  encore une promesse
Une dernière fois pardonne-moi
Quelques perles de pluie étincellent
sur les feuillages gouttelettes heureuses
sur le jardin labyrinthe
sur toi sur moi
Ô je t'aime  __  et ce torrent des boues du passé
est ce matin source vive
Promesse de vie
Serment d'amour


Des cristaux d'or naissent sur les fleurs et les fruits
A Santa Croce les fresques de Giotto

fRuban

3 et 4 août 2015
©Tous droits réservés

poème extrait de "Chorégraphie de cendres", paru en avril 2017

éditions épingles à nourrice




photo du Net
Giotto, polyptyque à Santa Croce (Florence)

dimanche 2 août 2015

Noces à Tipasa, Albert Camus (extrait)




Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l'odeur des absinthes, la mer cuirassée d'argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L'odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. A peine, au fond du paysage, puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village, et s'ébranle d'un rythme sûr et pesant pour aller s'accroupir dans la mer.
Nous arrivons par le village qui s'ouvre déjà sur la baie. Nous entrons dans un monde jaune et bleu où. nous accueille le soupir odorant et âcre de la terre d'été en Algérie. Partout, des bougainvillées rosat dépassent les murs des villas; dans les jardins, des hibiscus au rouge encore pâle, une profusion de roses thé épaisses comme de la crème et de délicates bordures de longs iris bleus. Toutes les pierres sont chaudes. A l'heure où nous descendons de l'autobus couleur de bouton d'or, les bouchers dans leurs voitures rouges font leur tournée matinale et les sonneries de leurs trompettes appellent les habitants.
A gauche du port, un escalier de pierres sèches mène aux ruines, parmi les lentisques et les genêts. Le chemin passe devant un petit phare pour plonger ensuite en pleine campagne. Déjà, au pied de ce phare, de grosses plantes grasses aux fleurs violettes, jaunes et rouges, descendent vers les premiers rochers que la mer suce avec un bruit de baisers. Debout dans le vent léger, sous le soleil qui nous chauffe un seul côté du visage, nous regardons la lumière descendre du ciel, la mer sans une ride, et le sourire de ses dents éclatantes. Avant d'entrer dans le royaume des ruines, pour la dernière fois nous sommes spectateurs.
Au bout de quelques pas, les absinthes nous prennent à la gorge. Leur laine grise couvre les ruines à perte de vue. Leur essence fermente sous la chaleur, et de la terre au soleil monte sur toute l'étendue du monde un alcool généreux qui fait vaciller le ciel. Nous marchons à la rencontre de l'amour et du désir. Nous ne cherchons pas de leçons, ni l'amère philosophie qu'on demande à la grandeur. Hors du soleil, des baisers et des parfums sauvages, tout nous paraît futile. Pour moi, je ne cherche pas à y être seul. J'y suis souvent allé avec ceux que j'aimais et je lisais sur leurs traits le clair sourire qu'y prenait le visage de l'amour. Ici, je laisse à d'autres l'ordre et la mesure. C'est le grand libertinage de la nature et de la mer qui m'accapare tout entier. Dans ce mariage des ruines et du printemps, les ruines sont redevenues pierres, et perdant le poli imposé par l'homme, sont rentrées dans la nature. Pour le retour de ces filles prodigues, la nature a prodigué les fleurs. Entre les dalles du forum, l'héliotrope pousse sa tête ronde et blanche, et les géraniums rouges versent leur sang sur ce qui fut maisons, temples et places publiques. Comme ces hommes que beaucoup de science ramène à Dieu, beaucoup d'années ont ramené les ruines à la maison de leur mère. Aujourd'hui enfin leur passé les quitte, et rien ne les distrait de cette force profonde qui les ramène au centre des choses qui tombent.
Que d'heures passées à écraser les absinthes, à caresser les ruines, à tenter d'accorder ma respiration aux soupirs tumultueux du monde! Enfoncé parmi les odeurs sauvages et les concerts d'insectes somnolents, j'ouvre les yeux et mon cœur à la grandeur insoutenable de ce ciel gorgé de chaleur. Ce n'est pas si facile de devenir ce qu'on est, de retrouver sa mesure profonde. Mais à regarder l'échine solide du Chenoua, mon cœur se calmait d'une étrange certitude. J'apprenais à respirer, je m'intégrais et je m'accomplissais. Je gravissais l'un après l'autre des coteaux dont chacun me réservait une récompense, comme ce temple dont les colonnes mesurent la course du soleil et d'où  on voit le village entier, ses murs blancs et roses et ses vérandas vertes. Comme aussi cette basilique sur la colline Est : elle a gardé ses murs et dans un grand rayon autour d'elle s'alignent des sarcophages exhumés, pour la plupart à peine issus de la terre dont ils participent encore. Ils ont contenu des morts; pour le moment il y pousse des sauges et des ravenelles. La basilique Sainte-Salsa est chrétienne, mais chaque fois qu'on regarde par une ouverture, c'est la mélodie du monde qui parvient jusqu'à nous : coteaux plantés de pins et de cyprès, ou bien la mer qui roule ses chiens blancs à une vingtaine de mètres. La colline qui supporte Sainte-Salsa est plate à son sommet et le vent souffle plus largement à travers les portiques. Sous le soleil du matin, un grand bonheur se balance dans l'espace.
Bien pauvres sont ceux qui ont besoin de mythes. Ici les dieux servent de lits ou de repères dans la course des journées. Je décris et je dis: « Voici qui est rouge, qui est bleu, qui est vert. Ceci est la mer, la montagne, les fleurs. » Et qu'ai-je besoin de parler de Dionysos pour dire que j'aime écraser les boules de len­tisques sous mon nez? Est-il même à Déméter ce vieil hymne à quoi plus tard je songerai sans contrainte : « Heureux celui des vivants sur la terre qui a vu ces choses. » Voir, et voir sur cette terre, comment oublier la leçon? Aux mystères d'Éleusis, il suffisait de contempler. Ici même, je sais que jamais je ne m'approcherai assez du monde. Il me faut être nu et puis plonger dans la mer, encore tout parfumé des essences de la terre, laver celles-ci dans celle-là, et nouer sur ma peau l'étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres depuis si longtemps la terre et la mer. Entré dans l'eau, c'est le saisissement, la montée d'une glu froide et opaque, puis le plongeon dans le bourdonnement des oreilles, le nez coulant et la bouche amère -la nage, les bras vernis d'eau sortis de la mer pour se dorer dans le soleil et rabattus dans une torsion de tous les muscles; la course de l'eau
sur mon corps, cette possession tumultueuse de l'onde par mes jambes - et l'absence d'horizon. Sur le rivage, c'est la chute dans le sable, aban­donné au monde, rentré dans ma pesanteur de chair et d'os, abruti de soleil, avec, de loin en loin, un regard pour mes bras où les flaques de peau sèche découvrent, avec le glissement de l'eau, le duvet blond et la poussière de sel.
Je comprends ici ce qu'on appelle gloire: le droit d'aimer sans mesure. Il n'y a qu'un seul amour dans ce monde. Étreindre un corps de femme, c'est aussi retenir contre soi cette joie étrange qui descend du ciel vers la mer. Tout à l'heure, quand je me jetterai dans les absinthes pour me faire entrer leur parfum dans le corps, j'aurai conscience, contre tous les préjugés, d'accomplir une vérité qui est celle du soleil et sera aussi celle de ma mort. Dans un sens, c'est bien ma vie que je joue ici, une vie à goût de pierre chaude, pleine de soupirs de la mer et des cigales qui commencent à chanter mainte­nant. La brise est fraîche et le ciel bleu. J'aime cette vie avec abandon et veux en parler avec liberté: elle me donne l'orgueil de ma condition d'homme. Pourtant, on me l'a souvent dit : il n'y a pas de quoi être fier. Si, il y a de quoi: ce soleil, cette mer, mon cœur bondissant de jeunesse, mon corps au goût de sel et l'immense décor où la tendresse et lagloire se rencontrent dans le jaune etle bleu. C'est à conquérir cela qu'il me faut appliquer ma force et mes res­sources. Tout ici me laisse intact, je n'abandonne rien de moi-même, je ne revêts aucun masque: il me suffit d'apprendre patiemment la difficile science de vivre qui vaut bien tout leur savoir vivre.
Un peu avant midi, nous revenions par les ruines vers un petit café au bord du port. La tête retentissante des cymbales du soleil et des couleurs, quelle fraîche bienvenue que celle de la salle pleine d'ombre, du grand verre de menthe verte et glacée. Au-dehors, c'est la mer et la route ardente de Poussière. Assis devant la table, je tente de saisir entre mes cils battants l'éblouis­sement multicolore du ciel blanc de chaleur. Le visage mouillé de sueur, mais le corps frais dans la légère toile qui nous habille, nous étalons tous l'heureuse lassitude d'un jour de noces avec le monde.
On mange mal dans ce café, mais il y a beau­coup de fruits - surtout des pêches qu'on mange en Y mordant, de sorte que le jus en Coule sur le menton. Les dents refermées sur la pêche, j'écoute les grands coups de mon sang monter jusqu'aux oreilles, je regarde de tous mes yeux. Sur la mer, c'est le silence énorme de midi. Tout être beau a l'orgueil naturel de sa beauté et le monde aujourd'hui laisse son orgueil suinter de toutes parts. Devant lui, pourquoi nierais-je la joie de vivre, si je sais ne pas tout renfermer dans la joie de vivre? Il n'y a pas de honte à être heureux. Mais aujourd'hui l'imbécile est roi, et j'appelle imbécile celui qui a peur de jouir. On nous a tellement parlé de l'orgueil : vous savez, c'est le péché de Satan. Méfiance, criait-on, vous vous perdrez, et vos forces vives. Depuis, j'ai appris en effet qu'un certain orgueiL. Mais à d'autres moments, je ne peux m'empêcher de revendiquer l'orgueil de vivre que le monde tout entier conspire à me donner. A Tipasa, je vois équivaut à je crois, et je ne m'obstine pas à nier ce que ma main peut toucher et mes lèvres caresser. Je n'éprouve pas le besoin d'en faire une œuvre d'art, mais de raconter ce qui est différent. Tipasa m'apparaît comme ces per­sonnages qu'on décrit pour signifier indirecte­ment un point de vue sur le monde. Comme eu;x, elle témoigne, et virilement. Elle est aujour­d'hui mon personnage et il me semble qu'à le caresser et le décrire, mon ivresse n'aura plus de fin. Il y a un temps pour vivre et un temps pour témoigner de vivre. Il y a aussi un temps pour créer, ce qui est moins naturel. Il me suffit de vivre de tout mon corps et de témoigner de tout mon cœur. Vivre Tipasa, témoigner et l'œuvre d'art viendra ensuite. Il y a là une liberté.
Jamais je ne restais plus d'une journée à Tipasa. Il vient toujours un moment où l'on a trop vu un paysage, de même qu'il faut longtemps avant qu'on l'ait assez vu. Les mon­tagnes, le ciel, la mer sont comme des visages dont on découvre l'aridité ou la splendeur, à force de regarder au lieu de voir. Mais tout visage, pour être éloquent, doit subir un certain renouvellement. Et l'on se plaint d'être trop rapidement lassé quand il faudrait admirer que le monde nous paraisse nouveau pour avoir été seulement oublié.
Vers le soir, je regagnais une partie du parc plus ordonnée, arrangée en jardin, au bord de la route nationale. Au sortir du tumulte des parfums et du soleil, dans l'air maintenant rafraîchi par le soir, l'esprit s'y calmait, le corps détendu goûtait le silence intérieur qui naît de l'amour satisfait. Je m'étais assis sur un banc. Je regardais la campagne s'arrondir avec le jour. J'étais repu. Au-dessus de moi, un grenadier laissait pendre les boutons de ses fleurs, clos et
côtelés comme de petits poings fermés qui contiendraient tout l'espoir du printemps. Il y avait du romarin derrière moi et j'en percevais seulement le parfum d'alcool. Des collines s'encadraient entre les arbres et, plus loin encore, un liséré de mer au-dessus duquel le ciel, comme une voile en panne, reposait de toute sa tendresse. J'avais au cœur une joie étrange, celle-là même qui naît d'une conscience tranquille. Il y a un sentiment que connaissent les acteurs lors­qu'ils ont conscience d'avoir bien rempli leur rôle, c'est-à-dire, au sens le plus précis, d'avoir fait coïncider leurs gestes et ceux du personnage idéal qu'ils incarnent, d'être entrés en quelque sorte dans un dessin fait à l'avance et qu'ils ont d'un coup fait vivre et battre avec leur propre cœur. C'était précisément cela que je ressentais : j'avais bien joué mon rôle. J'avais fait mon métier d'homme et d'avoir connu la joie tout un long jour ne me semblait pas une réus­site exceptionnelle, mais l'accomplissement ému d'une condition qui, en certaines circonstances, nous fait un devoir d'être heureux. Nous retrou­vons alors une solitude, mais cette fois dans la satisfaction.
Maintenant, les arbres s'étaient peuplés d'oiseaux. La terre soupirait lentement avant d'entrer dans l'ombre. Tout à l'heure, avec la pre­mière étoile, la nuit tombera sur la scène du monde. Les dieux éclatants du jour retourneront à leur mort quotidienne. Mais d'autres dieux viendront. Et pour être plus sombres, leurs faces ravagées seront nées cependant dans le cœur de la terre.
A présent du moins, l’incessante éclosion des vagues sur le sable me parvenait à travers tout un espace où dansait un pollen doré. Mer, cam­pagne, silence, parfums de cette terre, je m’emplissais d’une vie odorante et je mordais dans le fruit déjà doré du monde, bouleversé de sen­tir son jus sucré et fort couler le long de mes lèvres. Non, ce n’était pas moi qui comptais, ni le monde, mais seulement l’accord et le silence qui de lui à moi faisait naître l’amour. Amour que je n’avais pas la faiblesse de revendiquer pour moi seul, conscient et orgueilleux de le partager avec toute une race, née du soleil et de la mer, vivante et savoureuse, qui puise sa grandeur dans sa simplicité et debout sur les plages, adresse son sourire complice au sourire éclatant de ses ciels.

Albert Camus

in, Noces - L'été

Un beau blog consacré à Camus et Tipaza, celui de Marc Boronad




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jeudi 30 juillet 2015

Je t'abandonne à la nuit, poème de fRuban


crédit photo fruban
                                             




  Je t'abandonne à la nuit



Ce midi la cendre se répand sur le ciel
et coupe mes ailes
Immensité uniforme de la Mélancolie
arbres et fleurs se meurent
Que peuvent y faire ces rares perles de pluie
seule la terre saupoudrée de gouttelettes
exhale une senteur parfumée et fraîche


Tu es parti dans la nuit __ Et
dans le silence et la solitude
tu seras près de moi niché là
au creux de mon cœur
Que sont quatre jours dans une vie
une éternité pour celui qui attend
Tous les autres m'ennuient ___ Et pourtant


Pardon Amour il me faudra te chasser ___ ailleurs
trouver d'autres regards d'autres repères
Ton visage me hante me poursuit
Mais je promis d'être sage
Nous serons fous nous serons libres
Une pluie douce et caressante __ comme
larmes du ciel embrume mes yeux
brouille mes mots sur ce papier où je t'écris


Tu m'as dit

je te garde contre moi
je t'embrasse doucement
je te laisse dans la nuit

Une laine sur mon cœur
Je t'abandonne à la nuit

Je t'aime

fruban

le 26 juillet 2015


©Tous droits réservés

in, "Chorégraphie de cendres" (2017, ene ) p 51-52





crédit photo Russell Croman
Russell Croman

mardi 21 juillet 2015

Complainte d'Europe...... à coeurs croisés, poème fRuban



                                             Complainte d'Europe
                                                             ….. à cœurs croisés

Telle éclate Vénus au milieu des trois sœurs.
Mais son sort n’était pas de n’aimer que les fleurs
Et de garder toujours sa pudique ceinture.
Le roi des Dieux l’a vue. Une active blessure
Le dévore, dompté sous l’arc insidieux
Du Dieu qui peut dompter même le roi des Dieux.
André Chénier, Les Bucoliques 
extrait « L'enlèvement d'Europe »


Il y eut cette princesse que séduisit et enleva
le Dieu – taureau
de notre histoire mythe fondateur
Il y eut ce rêve brisé
les charognards dépeçant le cadavre  -  le croient-ils  -
Vous fûtes crucifiés par le doigt de la trahison
et des mains impatientes inassouvies car meurtries

_      Es-tu d'origine grecque...
                        /   Non simplement de cœur et d'amour 
                                    /  Ces mots que tu murmurais 
                        pour moi seule
           Toi    __    Moi   __    Nous
_          J'aime notre imparfait

Il y eut ces peuples levés
et de nouveau on parla de Printemps
quand ce ne fut qu'été meurtrier
Vous accaparèrent mes jours et mes nuits
Où s'arrête la vaine compassion
Où commence la solidarité vraie
Tant d'impuissance nous saisit

_     J'ai envie...
                                             /  Ô tes délicieuses envies 
                                                                     /  Ô ces frissons sur ma peau caressée
                Toi   __    Moi    __   Nous
                                                                             et Marina T
             _      J'ai envie ...            
                                                           lire dans ton regard

Il y eut ces torrides chaleurs
Il y eut ces orages annoncés
Il y eut toutes ces indifférences   __  béats nantis
insatisfaits provocateurs
Vous fûtes  __   naïfs utopistes  __   sensibles
à l'Union d'états fédérateurs
fronde à la main David affrontant Goliath
Mais de vous les assassins financiers ne firent qu'une bouchée
Genou à terre vous cédâtes aux diktats

_     Te toucher...
                                                   baisers au creux de ton cou
                 /  Ô Tes envies je les aime
                              /  Ô en Toi je puise ma force
   Toi   __    Moi   __    Nous
                   _      Je ne suis pas loin...


Demain entremêlés sur l'Acropole
azur et neige s'embraseront entraînés par Eole
danse folle sirtaki de la Vie
fierté sous le rameau d'olivier
Avec Zorba
Avec Mikis
Avec Ulysse.......

Europe sourira à la Liberté !

_   J'ai envie...
                       je suis troublé
/  Dans un mois dans un an
que serons-nous
/  Aurons-nous ce même désir
_   Je le veux


fruban
19 juillet 2015
© Tous droits réservés

in, Chorégraphie de cendres (ene, 2017)
p 46 à 49



Photo du Net, Europe sur le taureau, terre cuite d'Athènes (480-460 av JC)

dimanche 19 juillet 2015

Poésie, Seyhmus Dagtekin par Jean-Claude Leroy (blog Mediapart)

De Seyhmus Dagtekin, une poésie à forte amplitude

13 juillet 2015, Jean-Claude Leroy
Un jour, Dieu s’adressa à l’assemblée des âmes et leur demanda : « Est-ce que vous me reconnaissez Ami ? » L’assemblée lui répondit : « Bien sûr, nous te reconnaissons Ami. » Dieu leur dit : « Alors, je vais vous éloigner de ma présence pour voir si vous êtes sincères, si vous seriez capables d’éviter l’oubli. » C'est ainsi que les âmes furent dispersées, jetées loin de la présence de l’Ami et qu’elles passent par la vie en ce monde pour subir l’épreuve de l’amour par l’éloignement, nous disait-on.[1]
Seyhmus DagtekinSeyhmus Dagtekin © Françoise Bauduin
C’est au moins le souffle des origines qui portent les mots de Seyhmus Dagtekin, jusqu’à les conduire de bouche à oreilles sans que les siècles d’hier et d’aujourd’hui ne paraissent devoir compter. Présence d’une parole sortant tellement de soi qu’elle témoigne pour tout un monde non pas reconstitué, mais proprement révélé à chaque instant. Ce qui est au plus près comme ce qui est au plus loin se retrouve dans le même courant des vers du poète, du plus intime au plus universel. Universel enchanteur jadis transmis par les mythes racontés, les contes merveilleux d’avant les sagas télévisées, outillage d’un imaginaire où chacun se situe quand il est conduit, quand il se laisse conduire au moins une fois.

Seyhmus Dagtekin a grandi dans un village kurde du sud-est de la Turquie, dans les montagnes. Loin de tout, comme on dit, mais près du monde, serré de loin par les étoiles, de près par les saisons et la rumeur animalière, otage consentant de l’imparable devenir d’une société recluse et millénaire.

« Je me dis que le monde, que l’être, sont comme un chaudron, et que l’art, l’écriture, en sont la louche. Plus la louche est longue et grande, plus on brasse les fonds et les limites du chaudron, plus on parvient à remuer les fonds et les limites de l’être.
C’est le pari que je fais, le sens que je cherche à donner à travers la poésie et l’écriture : essayer d’allonger, d’agrandir le plus possible ma louche, mes moyens de remuer l’être, de pousser le plus en avant sa connaissance, et d’en faire entendre le chant. »[2]

L’histoire à laquelle il appartient, il l’a écrite, À la source, la nuit est ce récit à voix multiples dans la sienne, chacune étant à égalité avec l’autre. Les personnages sont la vie. La vie se partage en s’affirmant. Si Seyhmus Dagtekin insiste souvent sur cet autre auquel il s’adresse et fait participer à son poème, l’embrassant d’un regard et marchant à ses côtés, je vois davantage encore dans son élan poétique un geste d’ordre panthéiste où l’autre n’a pas toujours un visage soupçonné, ni même insoupçonnable, où l’humain n’est pas le centre mais rien qu’élément d’un tout collectif. Il ne domine en rien, quel que soit son besoin d’exprimer, son effort pour définir, pour chanter, avouer son impuissance et en devenir assez fort pour aimer. C’est celui-là, cet autre-là (Rimbaud encore !) que je lis dans les vers de Dagtekin, un être pris dans le temps et le monde, qui est au plus juste dans sa posture de poète assumé, chantre véritable du jour qui passe aussi bien que de la nuit qui s’invite à soutenir le ciel, car « […] on ne choisit pas ses nuits, on les vit. » [3]

Tout au fond de mes poèmes
Pas de tombeau
Juste ce que j’ai de reptile en moi
Pour entrer dans ce corps qui me reste extérieur
Dans le fond du regard [4]
Seyhmus Dagtekin avait 23 ans quand il est arrivé en France où il rejoignait un frère ouvrier en Moselle, il ne parlait alors pas notre langue sauf qu’il en est très vite devenu maître. Il a d’abord parlé kurde, ensuite turc, il connaît l’anglais et l’arabe, il écrit le plus souvent en français, mais qu’importe pour lui la langue, « changer de langue c’est comme changer de monture en chemin, dit-il, et c’est le chemin qui compte, et le cheminement. » [5] Lors de lectures publiques, il donne cependant à entendre par moments la langue kurde, offrant ainsi du relief à ce voyage de la voix, au pays des sons la poésie secoue sa crinière et se libère pour mieux dire l’indicible avec précision en même temps qu’ouverture.

[…]
Soudainement, la langue se met à se corrompre
À lécher le ventre gercé de la mère
Nous passons une corde à notre cou et à celui de nos bœufs
et partons, des lambeaux de la mère à nos pieds
On ne sait pourquoi nos visages embrasent les visages à venir
Chaque fois, le jour se révèle d’une autre manière
Il soulève notre sang
Et le disperse sur notre panse vide
On ne sait ce qui arrive dans le giron des paroles
dans l’attente des paroles de la mère

Petit à petit, la fin nous reste entre les mains
Histoires sans langues, histoires impromptues qui traversent l’air, dérangent la source devant notre troupeau de caprins et nous plongent dans l’obscurité du temps

D’abord, frapper à ta porte selon les convenances
Puis avec cruauté
Charger de nos muettes histoires l’eau des langues et les vider devant les colonnes du ciel

On ne sait quel malheur sort de quel trou

Quel trou agrandit notre bouche vers le sein de la mère [6]


Il semble que le lyrisme incisif de Seyhmus Dagtekin ait d’emblée trouvé ses lecteurs, soit accueilli, comme reconnu, il parle et se fait entendre : c’est une voix ample qui ne refuse rien, car tout se côtoie dans cette contrée verbale, et le message d’une grande vigueur, sans jamais concéder à la colère, car le poète n’est pas en guerre, il est en marche résolue. Quand bien même le monde serait à reprendre et à sauver, il faudrait alors veiller à ne pas se départir du calme et de la fraternité, conditions d’un temps qu’il reste à vivre, en commun.
Acteur majeur d’une poésie qui tend la main, Seyhmus Dagtekin (j’ai plaisir à prononcer son nom à l’envi) nous aide à ce devoir éminemment altruiste : embrasser le monde tel qu’il est, visible et invisible. Jusqu’à l’embarquer dans la langue et l’inventer meilleur.


[…]
Je sais ce qu’est le regard
Je sais ce qu’est le supplice
Un petit cœur pour le chantre des petits corps
Saignée du regard dans le cœur de mes petits jours
Je sais ce qu’est la haine
Je sais ce qu’est le sang
La preuve par le démentir
comme une idée du mentir
Ruisselante. Une charge pistolaire
comme un repentir
Le gluant des chants
Si c’est dit père
Une idée de vipère
Un son et sa naissance
Un corps à corps
Un corps accord à mourir
Le feu. Le noir.
Le dépossédé de mes savoirs
pour sortir du secret
de tes rêves
sur la pointe des pieds
Le vert forcé de mon visage
comme un lieu de décharge.

Toutes ces étoiles qui tombent de leur éternité sur ma langue pendue vers la naissance du jour. [7]




[1] Seyhmus Dagtekin, À la source, la nuit, éditions Robert Laffont, 2004.
[2] Texte accompagnant (en 4e de couverture) La langue mordue, Le Castor Astral, 2005.
[3] À la source, la nuit, Robert Laffont, 2004.
[4] in Au fond de ma barque, L’Idée bleue 2008.
[5] Entretien avec Matthieu Dubois, Radio Univers, novembre 2014.
[6] in Élégies pour ma mère, Le Castor Astral, 2013.
[7] in Le verbe-temps, Le Castor Astral, 2001.

13 juillet 2015, par Jean-Claude Leroy

sur le site des éditions Le Castor astral

jeudi 16 juillet 2015

Mon île, de Spyros K

photo Spyros, île de Kefalonia



Mon île...


Mon île a les yeux bleus
Du turquoise au pervenche
De l'azur à l'éthéré
Va de la Mer à l'horizon...
***
Mon île sait danser
Comme un tremblement de terre
Epicentre le coeur
La pensée à l'unisson...
***
Mon île sait affronter
Mais préfère caresser
Comme tes doigts sur moi
Essaimant le miel...
***
Mon île est aussi la tienne
Dès que tu sais l'aimer
L'avoir sans qu'elle soit tienne
La voir sous sa beauté...
***
Mon île est surtout médecin
Alternatif comme le courant
Elle a un mystère diffus
Dans les veines des rêves osés...
***
Mon île sait chanter
Et si Ulysse sût résister
Je n'ai pas la bêtise d'un Roi
A la vue de ma sirène...
***
Mon île endort les peines
Seulement sur place
Et comme le vin de Mavrodaphne
Le temps efface les illusions...
***
Mon île est vérité
Ses montagnes embaument le thym
Alors que les feuilles argentées
De l'olivier bercé
Par un zéphyr aimant
Enfoncent dans notre être
Les certitudes nécessaires
Pour une Vie aussi belle
Que la simplicité...

Spyros K

le 14 juillet 2015

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Protégé par copyright




mercredi 15 juillet 2015

Le soleil sait (extrait), d'Odysseas Elytis, traduction d'Angélique Ionatos

Jaquette Le soleil sait





ANNIVERSAIRE


« ...même la rivière la plus lasse
Finit par arriver à la mer. »1 


J'ai mené ma vie jusqu'ici
Jusqu'à ce point qui lutte
Toujours près de la mer
Jeunesse sur les rochers, torse
Contre torse face au vent
Où peut donc aller un homme
Qui n'est rien d'autre qu'un homme
Mesurant à l'aune de ses rosées ses instants verdoyants
Au gré des ondes les visions de son ouïe,
A coups d'ailes ses remords
Ah ! Vie
De l'enfant qui devient un homme
Toujours près de la mer quand le soleil
Lui apprend à respirer là où s'efface
L'ombre d'un goéland.


J'ai mené ma vie jusqu'ici
Compte blanc sombre addition
Peu d'arbres et une poignée
De galets mouillés
Doigts légers pour caresser un front
Quel front
Tout au long de la nuit pleuraient les espérances
Et il n'y a plus personne
Pour faire résonner un pas libre
Pour faire se lever une voix reposée
Pour que de la jetée les proues écumantes
Inscrivent sur leur horizon un nom d'azur étincelant
Quelques années et quelques vagues
L'aviron délicat
Autour des havres de l'amour.


J'ai mené ma vie jusqu'ici
Entaille amère qui s'effacera sur le sable
...Qui a vu deux yeux effleurer son silence
Et a fait s'épouser leur éclat pour embrasser mille mondes
N'a qu'à rappeler aux autres soleils son sang
Plus près de la lumière
Il est un sourire dont la flamme est le prix
Mais ici dans ce paysage indifférent qui se perd
Dans une mer ouverte et impitoyable
La réussite se déplume
Tourbillon d'ailes
Et d'instants rivés au sol
Un sol dur sous les impatientes
Semelles, un sol façonné pour le vertige
Volcan défunt.


J'ai mené ma vie jusqu'ici
Pierre promise à l'élément liquide
Plus loin que les îles
Plus profond que la vague
Dans le voisinage des ancres
...Lorsque passent les impétueuses carènes déchirant
Un nouvel obstacle et l'emportent victorieuses
Et que l'espoir brille de tous ses dauphins
Privilège du soleil dans le cœur de l'homme
Les filets du doute ramènent
Une effigie de sel
Ciselée avec peine
Blanche et indifférente
Qui tourne vers la haute mer ses yeux vides
Portant l'infini.

Odysseas Elytis
Orientations, 1940
(Extrait)

1 – AC Swinburne, The Garden of Proserpine

Traduction AngéliqueIonatos
in, « Le soleil sait, Une anthologie vagabonde »






odysseus elytis par angélique ionatos par chiranne

dimanche 12 juillet 2015

Il pleure des étoiles filantes, poème de Françoise Ruban

       
crédit photo fruban
                         



   Il pleure des étoiles filantes





Nuit d'été loin des marées océanes
le cœur déchiré par
un espoir levé un rêve inachevé
c'était hier en Grèce
mon cœur a saigné


Je te cherche comme on cherche un frère
un ami un idéal une passion une Âme soeur
C'était hier t'en souviens-tu
il y eut l'écume caressante
il y eut les déferlantes
il y eut la houle les ressacs les rochers
où j'ai cru me fracasser


En ce jardin d'été je t'ai appelé
hélé comme le font les sirènes
douleur et pleurs se sont mêlés
Un fil s'est tendu je l'ai tissé
comme tisse sa toile l'araignée du matin
Et ce fut doux et ce fut lisse


Je cherche ton visage en mes rêves diurnes
le caresser       ___   mais j'ai peur
j'ai peur de la peur des enfants qui crient
dans les rues d'Athènes
les enfants qui refusent misère injustice
la loi austère des créanciers
Pour eux s'est fracassé le rêve
et la peste brune étend ses ombres et guette


Vers toi je me tourne quand
me retourne la vague et mon cœur fatigué
fatigué de toutes ces houles hurlantes
mon cœur s'ouvre et se fend
s'ouvre et se rend lâche prise
refuse encore et encore toutes ces méprises


Je te cherche parmi les étoiles
l'air frais lèche mes bras nus
je t'attendais tu n'es pas venu
Ici comme là-bas chacun tourne les yeux
de l'autre côté         ___   quand moi je regarde au-delà
Une étoile a filé
Ô sur ses ailes m'envoler
comme vole ta plume
Toi mon brouillard et ma brume


Et puis
comme on pressent
un frère un ami une passion un idéal
porté sur les rayons
d'un soleil pâle
Tu apparus


© fruban

le 11 juillet 2015

Tous droits réservés
Protégé par copyright

in, Chorégraphie de cendres, avril 2017 (éditions épingle à nourrice)




Tableau Van Gogh, Nuit étoilée