dimanche 19 novembre 2017

Asli Erdogan, interview à Athènes (9 novembre 2017)

© photo Dimitris Sakalakis 





L’écrivaine turque persiste à parler, même si cela peut lui valoir la prison à vie

  L’auteure turque, journaliste militante, est sortie de prison après 5 mois de détention, grâce à la solidarité de l’Europe, mais la justice peut encore la condamner parce qu’elle a écrit sur le fascisme et sur les crimes indicibles commis dans ce pays voisin.

  Elle n’a cité son nom qu’une seule fois, au début. Son homonyme est responsable des décisions extrêmes et des violences qui se déploient de manière exacerbée en Turquie depuis un an. Dans le regard d’Asli Erdogan, tranchant comme de l’acier, on pouvait presque lire toutes les exactions qu’a subies et que continue de subir le peuple turc. Là où la violation des droits de l’Homme n’est plus qu’un syntagme, une interview ne suffirait pas pour décrire la terreur et la crainte qui règne. Mais l’éloquence de l’écrivaine réussit à dépeindre avec beaucoup de réalisme la situation schizophrénique et l’oppression vécues par l’homme de la rue, dans un pays pas si éloigné de la Grèce. 
  Bâtissant avec ses textes un mur contre les immenses affaissements de la mémoire et contre le fascisme qui se déplie tel un drap, et pas seulement au-dessus de la Turquie, elle a déclaré entre autres lors de la présentation de son ouvrage Même le silence n’est plus à toi : « Si je pouvais écrire parfaitement sur les tortures, alors je réussirais probablement à émouvoir les tortionnaires et les empêcherais de tuer à nouveau. » 

-  Vous vous demandez dans Journal du Fascisme ce qu’est la condition réelle de l’écrivain en Turquie, mais vous n’avez pas eu le temps de mener à terme votre réflexion.

A un premier niveau de compréhension, nous savons tous que la terreur règne. C’est facile à constater. Tout le monde se tait. Le Süddeutsche Zeitung a demandé à 65 intellectuels ce qu’ils pensent de la Turquie d’aujourd’hui. Seuls cinq d’entre eux ont répondu au journal allemand. Imaginez l’ampleur de la terreur. Mais plus profondément, qu’est-ce que cela signifie ? Comment le fascisme détruit-il notre âme ? Par une pression constante et des jeux de pouvoir incessants présents dans toutes les composantes de la société. Le fascisme ne se limite pas à une seule personne. C’est un miroir dans lequel se reflètent plusieurs centaines de milliers d’Erdogan et le fasciste qui sommeille en chacun de nous s’anime encore davantage quand le régime sème la terreur absolue. J’ai essayé d’observer comment ce poison s’insinue dans les recoins de notre âme. Mais arrivée à mi-chemin, j’ai été arrêtée. L’histoire même de ma vie constitue une réponse.

-  Dans vos écrits, vous vous qualifiez de « folle ».

 Bien des fois en Turquie, je fus une paria. Les gens se demandaient souvent si j’étais folle ou pas. Dans une certaine mesure, c’était la réponse que je leur faisais. Je crois que la société turque est une société profondément schizophrénique qui perd le contact avec la réalité. Il y a des raisons historiques à cela. La Turquie refuse d’affronter son passé, ses crimes, les massacres des tout débuts du XXème siècle et cela a un effet d’accumulation. J’essaie d’être ironique et sarcastique. Bien sûr, je ne suis pas un modèle d’équilibre et de normalité. Sans doute que certains médecins peuvent déceler des névroses, mais jusqu’à présent on ne m’a diagnostiqué aucune maladie sérieuse. Dans ma vie quotidienne, je suis très normale. En tout cas plus nous restons silencieux, plus il cela devient difficile de parler de la pression croissante qui s’exerce sur nous.

-  Il vous faut du courage pour écrire sur ces sujets.

Je ne me suis jamais considérée comme courageuse. Je suis simplement une écrivaine, et non une figure politique. Je ne sillonne pas les routes ni n’apparais à la télévision tous les jours. Cependant, à propos de certains sujets, et parce que je suis écrivaine, je ne peux pas m’offrir le luxe de me taire. Comme à propos des actes sauvages qui se déroulent en Turquie. Les derniers mois, je vivais à Cracovie et je ne savais pas ce qui se passait. On ne peut pas se renseigner sur la Turquie via Internet. On doit humer les rues. Mais je suis tombée sur une scène de documentaire où des personnes désarmées se faisaient assassiner, et j’ai su qu’il fallait que j’écrive là-dessus. Mon premier article portait sur cette barbarie. Ma mère m’a téléphoné le soir même en pleurant : « C’est de la grande littérature mais s’il te plaît, ne le fais pas. La Turquie n’est plus le même pays que l’an passé. Tu ne peux pas écrire ça, tu vas te faire arrêter. » Je l’ai rassurée : « Ne t’inquiète pas. On ne peut pas m’arrêter à cause de cet article. » Après ce coup de fil, j’ai rédigé un deuxième article. 

-  Pourquoi ?

 Il fallait que j’écrive. Un curieux mécanisme s’était comme activé en moi et m’empêchait de croire que je pourrais être arrêtée. Qui étais-je pour être arrêtée ? Et qu’est-ce que je faisais ? Mon  travail, j’écrivais un article. On ne peut pas se mettre dans la tête l’idée que l’on puisse être arrêté. Ils savent que je ne suis pas membre du PKK, que je suis écrivaine depuis 30 ans et que mon œuvre a été traduite en 15 langues. J’ai donné des centaines d’interview et on a réalisé des documentaires sur moi. Tout ce que j’ai fait est su de tous. Je croyais beaucoup en mon innocence. Mais finalement c’est ma mère qui avait raison. 

 - Que pouvez-vous nous dire sur vos conditions de détention ?

 J’ai eu, en un certain sens, de la chance car on m’a mise dans une prison vétuste où il n’y avait que des femmes et des enfants. Les autorités n’étaient pas trop dures. C’était une des rares prisons où la torture physique n’était pas pratiquée. Mais on vous y confisque tout, même les oreillers. C’était à une période où tous les jours était votée une nouvelle loi. Les trois jours dans les locaux de la police et les cinq jours en isolement furent bien plus difficiles à vivre que les quatre mois et demi qui suivirent. Parce que les cinq premiers jours j’étais en cellule d’isolement. Quand j’ai vu mon visage, je ne me suis pas reconnue. J’avais pris 10 à 15 ans en 10 jours. J’avais perdu 5 kilos et mes yeux étaient éteints. J’ai eu peur de mon propre visage. C’est la plus grande torture qui ait jamais été inventée. La cellule d’isolement peut ne pas paraître si terrifiante parce qu’on y  est seul, mais on y oublie sa propre langue. Après quelques jours, tu ne sais plus parler. Tu ne peux plus voir au loin, parce que tes yeux se sont habitués à des dimensions réduites. Tu perds le sens de l’orientation. Tu perds ton souffle. Tu perds tes muscles. Tu perds ta sexualité. Tu deviens une plante si vite que c’est même horrible à décrire. 

-  Comment étiez-vous traitée ?

  Après les jours éprouvants passés en isolement, grâce à la solidarité internationale et tout particulièrement celle du Parlement Européen, j’ai intégré une cellule normale. Je ne serais pas sortie de prison sans l’Europe. J’étais un problème pour ceux qui m’avaient enfermée et je leur coûtais cher à maintenir en détention. Ma personnalité a joué aussi. Je suis quelqu’un de plutôt doux, j’évite les conflits, mais en prison j’ai appris à composer avec mes geôliers. J’ai veillé à rester toujours courtoise et parfois j’avais le sentiment de pouvoir être un «pont» entre les gardiens et les filles du PKK, qu’ils considéraient comme des ennemies. J’ai aimé me voir ainsi, calme, cherchant des solutions aux problèmes. J’ai appris à répondre à ceux qui criaient. Mais à présent je me sens une immense responsabilité vis-à-vis de ceux qui m’ont témoigné leur solidarité et envers mes codétenues. Je me dis toujours que je vais leur écrire, mais je ne le fais pas. A chaque fois que je commence la lettre, je me mets à pleurer. Il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à mes ami(e)s emprisonné(e)s. Je suis toujours là-bas. 

 - Où en est-on du procès ?

Il se poursuit, je n’ai toujours pas été relaxée. Le procureur avait requis la prison à vie au motif que j’aurais porté atteinte à l’unité nationale, dix ans parce que j’aurais été membre du PKK et sept ans et demi pour faits de propagande. Mais ce même procureur a reconnu qu’il n’y a pas de preuve quant à l’atteinte à l’unité nationale, pas plus qu’il n’a été prouvé que je suis membre du PKK, donc il reste sept ans et demi. Mais, encore une fois, j’ai entendu parler en Turquie de cas où il n’y avait pas de preuves et pourtant, deux verdicts plus tard, on condamnait à 25 ans de prison. Le système judiciaire est détruit. On parle du cas d’un homme entré dans le palais de justice en homme libre -il n’avait pas même été arrêté-  et en une petite heure, de manière totalement inattendue, il a été condamné à la prison à vie, sans preuves et sans qu’il ait eu la possibilité de se défendre. Le moment du procès est le pire moment à vivre. Et savez-vous ce qu’il [Erdogan] a dit il y a deux jours ? « Les plus malins ont quitté la Turquie. Ceux qui ne le sont pas sont pris au piège. Trop tard. » C’est le genre de phrases qu’on peut entendre en Corée de Nord et en Turquie. C’est peut-être une façon de me dire de ne pas rentrer. C’est peut-être pour cela qu’on m’a rendu mon passeport. 

-  Rentrerez-vous en Turquie ?

J’ai très envie d’y retourner. Le procès est en bonne voie, parce qu’un journaliste qui avait été arrêté a été libéré. Il n’y a pas eu de nouvelle arrestation dans le cadre de notre affaire. Au moins, tout le monde est libre. Mais même si je suis relaxée, ils peuvent rouvrir le dossier. J’ai peur. J’essaie de garder mon sang-froid. J’attendrai la fin du procès. 

-  Même le silence n’est plus à toi ; le titre de votre livre témoigne-t-il du problème du silence dans la société actuelle ?

Tout à fait. Pas seulement des problèmes d’une société qui opprime, mais de toute société. Mais en Turquie on le ressent encore plus. Tu te demandes si cette voix est bien la tienne et à quel point tes mots t’appartiennent. Est-ce là mon propre silence ou m’a-t-il été imposé ? C’est peut-être là le bon côté du fascisme ; tu découvres la face cachée du pouvoir. En tant qu’écrivaine j’essaie de me faire la voix de ceux qui en ont été privés, de refléter la société turque. Je crois que j’y suis arrivée, c’est pourquoi j’ai été arrêtée. J’ai dit « Regardez ce que vous avez fait aux Arméniens en 1915, regardez ce que vous faites aux Kurdes. » Ce pays ne cesse de commettre des crimes et de les cacher. Une fosse commune après l’autre nous tient lieu de mémoire collective. Mon seul espoir est que le monde change. Je ne suis pas assez naïve pour croire que 100, 150 articles vont amener le changement. Mais parfois on peut sauver un être humain et ça, c’est très  important.  Moi j’ai été sauvée par des personnes qui se sentaient solidaires. Cela n’a pas changé la Turquie, mais n’était-ce pas là une très bonne action ? Dans un régime fasciste, la lutte est plus facile, car tout est blanc ou noir. C’est comme pour l’égalité hommes-femmes. J’aurais plus de mal à percevoir la domination des hommes en France.

-  Où en est le mouvement pour l’égalité des sexes en Turquie ?

Le premières mobilisations féministes datent du début du 20ème siècle. La plupart des membres de ce mouvement étaient des femmes qui appartenaient aux minorités ethniques, grecques, arméniennes et juives. Aujourd’hui le mouvement féministe turc est parmi les plus dynamiques, en particulier dans la communauté kurde. Le combat que livrent les femmes kurdes est incroyable. Mais aussi, lors des mouvements de protestation à Gezi, on pouvait voir les femmes en première ligne se battant contre les forces de l’ordre. 75 %  des citoyens étaient des femmes. Je n’en croyais pas mes yeux, et me sentais si fière.  Environ deux millions de citoyens -et pas uniquement des femmes- ont participé aux manifestations contre la loi interdisant l’avortement, une loi que je trouve très méprisante vis-à-vis de la dignité humaine. Mais lui n’a rien voulu entendre. Tous les week-end, les femmes sortent dans la rue, malgré la répression policière. Elles défendent chaque droit qui leur reste. Quand la situation devient difficile, ce sont les femmes qui restent l’affronter, les hommes rarement. Dans les manifestations, quand les policiers sortent leur matraque, les hommes sont les premiers à  se sauver, tandis que les femmes restent debout. Les femmes sont animées d’un courage étrange. Elles n’attaquent pas, mais ne reculent pas non plus. C’est la forme de courage que j’admire le plus. 

-  L’écriture est-elle à la fois résistance et résurrection, comme l’annonçait le titre de votre intervention au « Megaron Mousikis » à Athènes ?

 L’écriture est un témoignage et une fuite loin de la réalité. Mais elle est aussi une forme d’emprisonnement dans la création. Quand tu écris une histoire, tu en fais un objet de musée. D’un autre côté, tu crées un lien unique avec la vie. Dans des cas extrêmes, comme l’emprisonnement, la détention en camp de concentration ou de guerre, elle devient encore plus vitale. J’ai vu beaucoup de personnes emprisonnées qui se raccrochaient à la vie grâce à la littérature, à la peinture ou à la musique. C’est une résistance à un système qui veut te détruire, qui veut tout te prendre. Quelqu’un doit raconter l’histoire de la véritable victime, de celui qui s’est tu, qui est enterré et qui n’a pas survécu dans les camps de concentration, les prisons ou lors des génocides. La littérature peut sans doute être la voix de ceux qui se sont tus pour toujours. J’ai toujours cru que quelque chose allait survivre, que tout ne finirait pas dans la tombe. 


Interview parue le 17 novembre 2017 dans le journal Popaganda  
Journaliste : Anastasia Vaïtsopoulou  
Photographies : Dimitris Sakalakis 
(traduction pour Free Asli par Antigone Longelin Trogadis)

FREE ASLI ERDOĞAN· DIMANCHE 19 NOVEMBRE 2017


mercredi 15 novembre 2017

Lettre post-mortem de Gérard Depardieu à Barbara


Chère Barbara,

Je viens juste de raccrocher. Ta voix n’est pas près de me quitter. Il y a une pépite d’or aux creux de mon oreille pour le reste de la journée. Un coup de fil, c’est une lettre sonore. Sans cet appareil, nous serions restés à des milliers de kilomètres l’un de l’autre, toi au Japon et moi à Bougival. Il faut savoir souffrir d’une absence, mais un petit coup de fil, comme on avale un cachet pour apaiser l’angoisse, cela ne fait pas de mal.

Ta voix m’a toujours paru s’élever vers le ciel. Ton âme est un son, une mélodie. Tes mots, par miracle, se matérialisent. Il y a cette rime que j’adore : « Notre amour aura la fierté des tours de cathédrales. » Je te le jure, ta cathédrale, je la voyais, elle s’élevait dans l’air, juste devant moi. La chanson avait un pouvoir, une force incroyable pour le petit vagabond échappé de Châteauroux, elle ma ramenait toujours dans les moments les plus sombres sur l’île aux mimosas.

Toi que j’ai souvent cherché

À travers d’autres regards

Et si l’on s’était trouvé

Et qu’il ne soit pas trop tard

Pour le temps qu’il me reste à vivre

Stopperais-tu ta vie ivre

Pour venir vivre avec moi

Sur ton île aux mimosas.

J’avais comme ça, quelques phrases, sur moi, des rimes revigorantes, aussi efficaces qu’une giclée de prune.

Dis, quand reviendras-tu

Dis, au moins le sais-tu

Que tout le temps qui passe ne se rattrape guère

Que tout le temps perdu ne se rattrape plus


À douze ans, j’avais l’impression d’avoir tout perdu :

Mais j’avais une maison

Avec presque pas de murs

Avec des tas de fenêtres

Et qui fera bon y être

Et que si c’est pas sûr

C’est quand même peut-être

Tu te rends compte, « si c’est pas sûr, c’est quand même peut-être. » Avec un truc pareil, je crois qu’on peut continuer à marcher longtemps. J’adorais le lyrisme naïf de Jacques Brel. Mais c’est ta voix qui rythmait mes fugues. Je marchais comme un forcené avec tes chansons dans ma tête. C’était mon baluchon et je t’assure que je n’avais pas besoin de walkman !

Tout à l’heure, au téléphone, j’ai deviné ta voix trembler. Tu as souvent peur qu’elle s’évanouisse comme dans ces contes où une fée capricieuse vous prête un don provisoire et fragile. Et parfois, c’est vrai qu’elle fout le camp, que tu ne peux plus chanter. Tu cesses d’être en harmonie. Quand on perd sa voix, cela provient d’une audition brouillée. Tu dois sourire : je parle comme un plombier. Mais c’est bien quand on a trop de rumeurs, de parasites à l’intérieur de soi que tout se brise, se fracture. À quinze ans, lorsque j’ai commencé à suivre des cours de comédie, je ne comprenais rien à ce que je lisais. Emmerdant. Mon professeur, Jean-Laurent Cochet, nous a conduits chez un spécialiste pour des tests de sélection auditive. Il s’appelait Alfred Tomatis. Il s’est rendu compte que j’entendais plein de sons, beaucoup plus que les autres. Cette longueur d’écoute m’empêchait d’émettre. Mon oreille gauche était moins sensible que mon oreille droite, et j’étais beaucoup trop réceptif aux sons aigus. J’étais mal réglé quoi ! Avec trop de bruits et de fureur dans le buffet. Au bout de quelques séances, j’ai pu à l’aide d’un micro me corriger, retrouver au fur et à mesure l’usage de la parole ! Il me suffisait alors de lire une seule fois un texte pour le réciter aussitôt par cœur… J’ai l’impression que tu n’es pas convaincue, que tu attribuerais tes problèmes de voix à des phénomènes magiques, des rites d’envoûtement, à la fatalité. Mais tu es une femme fatale ! Avec ta belle solitude, ta robe noire, entre le deuil et la nuit. Tu vis avec ta voix. Ce sont des rapports de couple. Elle te quitte, puis elle revient, elle revient toujours. Personne ne pourra s’immiscer entre vous. Tu vis dans une chasteté élective, retirée du monde, pour éviter que ta vois s’abîme ou… ou… qu’elle soit « emportée par la foule » qui nous roule, et qui nous fouille…etc. Tu as une vision de medium sur les êtres, au-delà des jugements, plus vive que l’instinct, une sorte d’intuition supérieure. Tu me fais penser à une mère, mais à une mère des compagnons, celle qui donne à boire et à manger à l’ouvrier d’élite pendant son tour de France. Elle ne met pas au monde, elle reçoit le voyageur.

Avec Lily Passion, tu as été cette fois enceinte d’un enfant rêvé à deux. Pendant trois ans, je t’ai assistée, presque accouchée ? Tu me demandais souvent s’il fallait garder une scène, raccourcir un dialogue, si tout cela était vraisemblable. À chaque fois, je t’ai répondu qu’il ne fallait rien jeter, tout oser car tout est jouable. François Truffaut me confiait que s’il n’avait pas assez d’argent, il trouvait un bon acteur. Si l’on ne pouvait pas s’offrir une gare avec trois mille figurants, il suffisait de lui demander de sa vie sur un quai de gare au milieu d’une foule indifférente, entre deux trains. Et le miracle s’accomplissait. Jean-Pierre Léau aurait fait économiser beaucoup d’argent à Cécil. B. De Mille.

Grâce à toi, à Lily Passion, j’ai pu m’échapper, quitter l’autoroute pour un chemin de fortune, une petite départementale oubliée, truffée de nid de poules. Pendant des mois nous avons promené notre spectacle à travers toute la France. Nous étions à nouveau des gens du voyage, des baladins débarquant à grands cris sur la plage du village pour y dresser leur chapiteau. Viens voir les comédiens… Il n’y en plus de journées de tournage à respecter, seulement le bonheur d’interpréter tous les soirs notre histoire.

J’ai appris à connaître ta patience, cette forme silencieuse de la tolérance et de ton talent. Certains après-midi, devant tous ces beaux vignobles qui me faisaient de l’œil, ma nature reprenait le dessus. Je me sentais ensuite un peu coupable, j’avais peur de ne pas être à la hauteur, mais toi, quel que soit mon état, tu ne doutais jamais. Et à l’heure de la représentation, rassuré, je te rejoignais sur l’île aux mimosas.

Gérard Depardieu, après la mort de Barbara

Publié par Deslettres



photo Rtbs


Sur Agoravox

Barbara honorée par Depardieu
par Sylvain Rakotoarison (son site) 

vendredi 10 novembre 2017




lundi 13 novembre 2017

Commémoration du 11 novembre, Denis et Françoise



MAUDITE SOIT LA GUERRE

Monument aux morts de Gentioux-Pigerolles (23340)



© photo fruban
Le 10 novembre 2017, je m'entretenais avec Denis Tellier, écrivain ami, très concerné par la "Grande Guerre 14-18".
Famille des Ardennes, quatre de ses grands-oncles périrent, les Quatre Frères Tellier
En 2012, il publia "Adrien de la Vallée de Thurroch", dont j'ai parlé sur ce blog, à plusieurs reprises (voir le lien plus bas), récit à la fois hyperréaliste et poétique sur ce conflit meurtrier.

Françoise
Demain, 11 novembre...je me souviens toujours, ma grand-tante veuve de 14-18 et mon grand-père Léon (son frère), m'avaient emmenée à Verdun, au Fort de Douaumont....j'entendais la sonnerie aux morts pour la première fois...putain, quelle émotion, dans le froid et le brouillard ! J'étais une ptiote gamine, vraiment impressionnée aux larmes, sans vraiment tout comprendre

Denis
Oui
Je comprends

Françoise
ça m'a marquée

Denis
C'est dingue

Françoise
d'autant plus que Lucienne, ma grand-tante, n'a jamais su où son Maximin était mort

Denis
Oui, le corps là-bas, plus loin, derrière...

Françoise
Jamais elle ne s'est remariée, ils s'étaient aimés et connus un peu plus d'un an...son bel amoureux aux moustaches si dignes !

Denis
Oui souvent , elles restaient veuves et en noir

Françoise
Oui, c'est dingue.... quelle connerie la guerre !

Denis
Ah oui alors...

Françoise
Elle s'habillait de gris, elle travaillait aux champs avec son frère,
comme un homme

Denis
C'est dingue et en silence, les souvenirs de joie remontaient rarement

Françoise
C'est elle qui m'a élevée jusqu'à mes 6 ans
Elle ne voulait pas en parler...un peu plus, lorsque j'ai grandi
Il était beau Maximin Villiers !

Denis
Oui je me souviens aussi de ma grand-mère
des bribes qu"elle lâchait comme madame Eugénie dans "Adrien"

Françoise
C'est elle qui t'a élevé avec tes autres frères et soeurs, je crois
Ah Madame Eugénie.... je t'en avais parlé !

Denis
Oui en plus  de ses filles et fils

Françoise
Nos enfances...comme chante Barbara dans sa si belle et émouvante chanson

Denis
Oui
Les déchirements

Françoise
On n'en guérit jamais tout à fait

Denis
Non, je le sais

Françoise
et pourtant, la mienne fut beaucoup plus heureuse que la tienne, mais pesait sur moi ce lourd secret...qui me bouffait
Raconter tout cela, un jour...

Denis
L'écrire

Françoise
oui
l'écriture peut être un exutoire, une thérapie

Denis
Elle l'est souvent pour moi

Françoise
Je le sais Denis...
Il est arrivé que tu me le dises par écrit ou de vive voix

Denis
Oui

Françoise
c'est resté en moi

Denis
Crier pour sortir les mots

Françoise
Oui, et sortir les mots pour crier
L'écriture me paraît un cri, cri de colère, d'amour, de douleur...de joie

Denis
J'aime beaucoup  ce refuge

(extraits)

© photo Denis Tellier


Site des amis du Monument aux morts de Gentioux


Le monument a été érigé en 1922 à l’initiative du maire de la commune, Jules COUTAUD, membre de la SFIO (section Française de l’Internationale Ouvrière) qui exerçait la profession de maréchal-ferrant. Jules COUTAUD était un ancien combattant lui même gazé sur le front pendant la Première Guerre mondiale. A ce titre sa parole, quand il dénonçait les méfaits de la guerre, avait une véritable légitimité. Son autorité morale était telle que Jules COUTAUD a été maire de GENTIOUX pendant 45 ans de 1920 à 1965. Au regard de cette belle longévité au service de ses concitoyens, on peut mesurer a quel point le monument de GENTIOUX n’est pas né des exubérances d’un esprit fantaisiste.
Trois projets ont été présentés au conseil municipal et c’est celui de Monsieur DUBURGT, conseiller municipal et ébéniste de profession, qui sera retenu. Encore une fois on se rend compte que le choix de ces élus a été le produit d’une véritable volonté et d’une grande détermination.
Une maquette en bois, toujours visible à la mairie, a été construite par monsieur DUBURGT. Ce sont ensuite des artisans locaux qui réaliseront le monument. La sculpture de l’écolier, en fonte, est de Jules Pollacchi. Elle sera fondue par E. Guichard, et c’est l’entrepreneur Émile Eglizeaud, de la commune voisine de Faux la Montagne, qui procédera à l’assemblage des différents éléments du monument. Le coût de l’opération sera de 11 640 francs, couvert avec 3 909 francs de souscription publique, 6 169 francs pris sur le budget communal et 1 562 francs de subvention de l’Etat.
 Le monument de Gentioux, est composé d’un socle et d’une colonne de granit sur laquelle sont gravés les noms des cinquante huit morts de la commune pendant la première guerre mondiale. Sous les noms est gravée l’inscription « Maudite soit la guerre »
Au pied de la colonne se dresse la statut en bronze d’un jeune écolier revêtu de sa blouse, la casquette tenue par sa main gauche dans une posture de respect pour les morts, et le poing droit dressé en direction du monument en signe de révolte contre toute cette souffrance. Nul doute que ce poing dressé a à voir avec la lutte des peuples contre les oppressions dont ils sont les victimes. Nul doute que l’on est là sur le terrain de la lutte des classes, celle des ouvriers, des paysans, des employés, contre les marchands de canons d’hier et d’aujourd’hui, toujours avides de dividendes même au prix de la plus grande barbarie.
L’œuvre sera inaugurée en 1922 par les élus locaux et la population. La préfecture refusera d’être représentée en ces temps où le patriotisme était de rigueur notamment du fait de puissantes organisations d’anciens combattants arc boutées sur ce dérisoire et mortifère sentiment. Ainsi le monument ne fut jamais officiellement inauguré. On raconte que lors du passage des troupes à sa hauteur, lorsque celles-ci rejoignaient le camp militaire de La Courtine, ordre était donné aux hommes de détourner la tête de cet objet sacrilège.
Le monument de Gentioux est inscrit à « l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques au titre des lieux de mémoire », depuis le 9 février 1990 et la mention « Maudite soit la guerre  » est maintenant inviolable et rien ne peut être modifié.


Article Le Monde, 1994

Les pierres rebelles (extrait)

Le quotidien Le Monde a publié, dans son édition du 6-7 novembre 1994, cet article sur le monument de Gentioux

“Elles sont rares. Une dizaine, tout au plus. Une dizaine de pierres sur trente-six mille. Une dizaine, qui disent la révolte et le dégoût de la guerre. Le 22 janvier 1922. le conseil municipal de Gentioux (Creuse), dirigé par un maire SFIO, Jules Coutaud, adopte son projet de monument aux morts. Il prévoit, à côté de la stèle qui porte les patronymes des soixante-trois victimes regroupées par hameaux, la statue en fonte peinte d’un enfant montrant d’un geste les noms des morts regrettés de la commune et l’apostrophe: Maudite soit la guerre ! », inscrite à même le socle de pierre. Le geste sera un poing brandi …/…”

A lire ICI aussi

Les monuments aux morts, Monument à Gentioux-Pigerolles (23340)


"Adrien de la Vallée de Thurroch" mon article ICI
      de Denis Tellier (éditions Lunatique, 2012)

samedi 11 novembre 2017

La p'tite Odette, de Denis Tellier

La p'tite Odette


Elle avait pour prénom Odette, un petit prénom qui n'existe presque pas.
Elle reprisait  des mouflettes, des chaussettes, à l'œuf de bois.
Elle ne riait pas, elle souriait parfois.
Sur sa tombe dans le cimetière où je vais quelquefois
Elle est toujours assise et regarde ses petits doigts.
Sur la pierre, ils lui ont mis un christ en fer je ne comprends pas pourquoi.
Elle, elle aimait  à 16 heures boire une tasse de chocolat.

© Denis Tellier
10 novembre 2017



© Croquis Denis Tellier
La p'tite Odette



Extraits d'une conversation Denis Tellier-Françoise Ruban
            le 10 novembre 2017



Denis

Je l'ai connue la petite Odette
Une petite dame menue
qui était sur la terre, on ne sait pas pourquoi

Françoise

L'as-tu connue en vrai ou juste un personnage littéraire ?
D'ailleurs, on s'en fout, non ?

Denis

Je l'ai connue en vrai, elle buvait beaucoup, retranchée et muette.
Elle était la couturière du village , elle avait un vélo.
Je l'aimais bien, elle me disait bonjour

Françoise

Ce petit texte lui rend un bel hommage "à la Tellier"

Denis

Je vais rarement au cimetière, l'autre fois j'y suis allé pour relever les dates d'incorporation des  5 frères Tellier
J'ai regardé sa tombe et tout à l'heure j'ai écrit

Françoise

Je pense parfois à eux, les 5 frères Tellier
J'aime bien ton texte

Denis

Petit truc à l'arrache sur un bord  de table

Françoise

oui, mais ta "patte"

(extraits...)

mardi 7 novembre 2017

Beaucoup plus grave, poème de Mario Benedetti




Toutes les parcelles de ma vie ont quelque chose de toi
et en réalité cela n’a rien d’extraordinaire
tu le sais tout aussi objectivement que moi

cependant il y a quelque chose que je voudrais préciser
quand je dis toutes les parcelles
je ne fais pas seulement référence à ce d’aujourd’hui
à cette attente et cet alléluia de te retrouver
   et cette saloperie de te perdre
   et de te retrouver
   et pourvu que rien d’autre

je ne fais pas seulement référence à ce que tout à coup tu dises
   je vais pleurer
et moi, avec un léger noeud dans la gorge :
   ben pleure
et qu’une belle averse invisible nous protège
et que peut-être ce soit pour ça que tout de suite le soleil revienne

je ne fais pas seulement référence à ce que jour après jour
augmente le stock de nos petites
   et décisives complicités
ou que je puisse  ou que je croie que je peux
transformer mes revers en victoires
ou que tu me fasses le tendre don
   de ton plus récent désespoir
non
la chose est beaucoup plus grave

quand je dis toutes les parcelles
je veux dire qu’en plus de ce doux cataclysme
tu es aussi en train de réécrire mon enfance
cet âge où l’on dit des choses adultes et solennelles
et que de solennels adultes célèbrent
et toi au contraire tu sais que ce n’est pas ça
je veux dire que tu es en train de refaire mon adolescence
cette époque où j’étais un vieux chargé de méfiance
et toi au contraire tu sais tirer de cette friche
mon germe de joie   et l’arroser en le regardant

je veux dire que tu secoues ma jeunesse
cette jarre que personne n’a jamais prise dans ses mains
cette ombre que personne n’a rapproché de son ombre
et toi tu sais l’émouvoir
jusqu’à ce qu’en tombent les feuilles sèches
et que n’en reste que la charpente de ma vérité sans prouesses

Je veux dire que tu embrasses ma maturité
ce mélange de stupeur et d’expérience
ces étranges confins d’angoisse et de neige
cette lanterne qui illumine la mort
ce précipice de notre pauvre vie

Comme tu vois c’est plus grave
beaucoup plus grave
parce qu’avec ces mots ou avec d’autres
je veux dire que tu n’es pas   seulement
cette chère jeune fille que tu es
mais aussi les splendides
   ou prudentes femmes
   que j’ai aimé ou que j’aime

parce que grâce à toi j’ai découvert
(tu diras qu’il était temps
          et à juste titre)
que l’amour est une baie généreuse et belle
qui s’éclaire et s’assombrit
   selon que vient la vie

une baie où les bateaux
   arrivent et s’en vont

arrivent avec des oiseaux et des présages
et repartent avec des sirènes et de gris nuages.
une baie généreuse et belle
où les bateaux arrivent
         et s’en vont

mais toi
s’il te plaît
   ne t’en va pas.


Mario Benedetti
(1920-2009)





Todas las parcelas de mi vida tienen algo tuyo
y eso en verdad no es nada extraordinario
vos lo sabés tan objetivamente como yo.

sin embargo hay algo que quisiera aclararte
cuando digo todas las parcelas
no me refiero sólo a esto de ahora
a esto de esperarte y aleluya encontrarte
   y carajo perderte
   y volver a encontrar
   y ojalá nada más.

no me refiero sólo a que de pronto digas
   voy a llorar
y yo con un discreto nudo en la garganta:
   bueno llorá
y que un lindo aguacero invisible nos ampare
y quizá por eso salga enseguida el sol.

Ni me refiero sólo a que día tras día
aumente el stock de nuestras pequeñas
   y decisivas complicidades
o que yo pueda  o creerme que puedo
convertir mis reveses en victorias
o me hagas el tierno regalo
   de tu más reciente desesperación.
no
la cosa es muchísimo más grave

cuando digo todas la parcelas
quiero decir que además de ese dulce cataclismo
también estas rescribiendo mi infancia
esa edad en que uno dice cosas adultas y solemnes
y los solemnes adultos las celebran
y vos en cambio sabés que eso no sirve
quiero decir que estás rearmando mi adolescencia
ese tiempo en que fui un viejo cargado de recelos
y vos sabés en cambio extraer de ese páramo
mi germen de alegría  y regarlo mirándolo

quiero decir que estás sucumbiendo mi juventud
ese cántaro que nadie tomó nunca en sus manos
esa sombra que nadie arrimó a su sombra
y vos en cambio sabés estremecerla
hasta que empiecen a caer las hojas secas
y quede la armazón de mi verdad sin proezas

quiero decir que estás abrazando mi madurez
esta mezcla de estupor y experiencia
este extraño confín de angustia y nieve
esta bujía que ilumina la muerte
este precipicio de la pobre vida

Como ves es más grave
muchísimo más grave
porque con éstas o con otras palabras
quiero decir que no sos  tan sólo
la querida muchacha que sos
sino también las espléndidas
   o cautelosas mujeres
   que quise o quiero
porque gracias a vos he descubierto
(dirás ya era hora
       y con razón)
que el amor es una bahía linda y generosa
que se ilumina y se oscurece
   según venga la vida

una bahía donde los barcos
   llegan y se van
llegan con pájaros y augurios
y se van con sirenas y nubarrones.

Una bahía linda y generosa
donde los barcos llegan
         y se van

pero vos
por favor
   no te vayas.


D'autres poèmes de Mario Benedetti (1920-2009) :

Poemas del alma



Mario Benedetti
photo du Net



Mario Benedetti est un écrivain uruguayen multiforme : poète, mais aussi nouvelliste, essayiste, romancier et dramaturge. Il est considéré comme l'un des écrivains les plus importants de l'Amérique latine.

Auteur notamment du recueil de poèmes Inventaire, et des romans La trêve, L'anniversaire de Juan Angel, Printemps avec un coin cassé ou Echaffaudages, dans lesquels il met en scène la classe moyenne et la bureaucratie, Benedetti était également un dirigeant politique engagé à gauche.

Fondateur du Mouvement du 26 mars, en 1971, il a fait partie du bureau exécutif du Frente Amplio (Front élargi), coalition de gauche actuellement au pouvoir.

Contraint à l'exil pendant la dictature militaire, de 1973 à 1985, il a résidé en Argentine, au Pérou, à Cuba et en Espagne.

Benedetti avait reçu de nombreux prix littéraires dont le Prix international Menéndez Pelayo, le Prix Reina Sofia de Poésie ou le Prix ibéroaméricain José Martí.

Source : www.liberation.fr

jeudi 2 novembre 2017

Haïkus d'automne, de fruban


                                                            Haïkus d'automne


Ocre des champs bruns
sur ton cœur baume et embruns
automnale jouvence.


Cendre des nuages
mélancolie de l'attente
est-ce la tempête ?


Branches dénudées
une seule nuit suffit
  __   s'envole la sève


Dans la brume cendre
des volutes de fumée
chaleur en nos cœurs


Chevreuil aux abois
dans la plaine les fusils
font fi de la Vie


Les flammes grenat
s'accrochent au liquidambar
et le monde chavire...


Dernières framboises
douceur sur ta lèvre  __  Ami
ton nectar d'hiver


Vole papillon...
où vivras-tu en hiver
et où ta blancheur ?


Automne ton ciel gris
humide et froid ton tapis
nostalgique effroi


Et toi geai secoue
tes plumes aux couleurs d'été
dans l'eau du chagrin


Feuillages gisant
bientôt noir et riche humus
vert espoir demain


Chèvrefeuille si triste
seules quelques roses éparses
quand s'endort la Vie


Brume grise pelisse
lourde sur ton âme pâle
un souffle ténu


Pluie de feuilles d'or
tombe sur tes cheveux blancs
ô ce vent vaurien !


L'une après l'autre
t'abandonnent tes parures
arbre décharné.


© fruban

octobre 2017

extraits (écriture en cours)

Tous droits réservés








photos fruban







mardi 31 octobre 2017

Emission sur le Poète kurde Seyhmus Dagtekin (France Inter)

D'ICI ET D'AILLEURS



"Ce soir il sera question des montagnes du Kurdistan, du bruissement des arbres, et d’un monde d’avant le livre. Il sera question de territoire ouvert, d’horizon et de lignes de fuite, ce soir il sera question d’un berger qui a lu Joyce et Dostoievski, le pied gauche au village, le pied droit dans l’univers."

Zoé Varier

29 octobre 2016









Seyhmus Dagtekin © E. Tatlipinar


France Inter


dimanche 29 octobre 2017

Pensée du soir, fruban

Pensée du soir


Pas facile d'oser un tout petit pas
dans le monde de ceux qui savent
le vrai savoir
la beauté belle
l'art et ses normes

Pas facile d'oser un tout petit mot
dans le monde de ceux qui discourent
des sujets dignes
des ponctuations nobles
des vers vraiment vers

Pas facile d'oser une toute petite liberté
dans le monde de ceux qui emprisonnent
la parole du coeur
les émotions du ventre
l'amour de la Vie

Pas facile de fuir les salons mondains
quand on aime les sentiers discrets
l'ombre du feuillage
les reflets et les caresses du soleil
les étoiles au ciel des nuits

Non pas facile
Mais je le fais
Je le ferai
Pour Toi
Pour Moi


27 octobre 2016 - 27 octobre 2017

© fruban



photo fruban


lundi 16 octobre 2017

Prisonnière, poème de fruban




« Nous ne sommes rien, ce que nous cherchons est tout »
Olav H.Hauge
cité dans la Préface de « Nord profond » (éd Bleu autour)



Prisonnière



Prisonnière des murs de pierres
Prisonnière des ciels gris des murs de pluie
Sur tes écrits tu te replies
Si la Nature se montre parfois hostile
Il est des prisons plus impitoyables
Emmurée par les cœurs de pierre
Tu te bats pour trouver la lumière

La cohorte des revanchards charognards se déchaînent et t'encerclent

Chaque matin je te regarde mon amie
l'araignée tisseuse de toiles
Je te parle de mes nuits
Je te dis les hommes et leurs mesquineries
Je souris avec toi de nos secrets
Nos cœurs battent au rythme du monde
au rythme d'une absence si présente

Les feuillages enflammés ruissellent en perles d'or sur la pluie d'hier

Les poètes vendent leur cœur
Comme d'autres vendent des Mirages
Tout est marché tout est commerce
Ô écrire pour le Silence écrire pour l'Absence
Ne pas vendre ton âme au diable
Maître Ego se pavane sur les réseaux
Et toi tu te sens prisonnière

Nous savons toi et moi les mots simples
les mots profonds
Ce poète norvégien entre taille de cerisiers
et carnets de poésie
Les mots de la Vie de l'Amour de la Nature
de la Beauté du monde

« Je veux qu'un poème soit tel que tu puisses habiter dedans »(1) 


© fruban, le 14 octobre 2017

Tous droits réservés
recueil en cours

(1) Olav H.Hauge, cité dans la Préface de « Nord profond »




© photo fruban



dimanche 15 octobre 2017

Sylvia Plath, par Valérie Rouzeau (France Culture)








Ca rime à quoi - Valérie Rouzeau pour Sylvia Plath (1ère diffusion : 31/10/2009)

09/10/2017















Sur Esprits nomades



Edge (5 Février 1963)

The woman is perfected.
Her dead
Body wears the smile of accomplishment,
The illusion of a Greek necessity
Flows in the scrolls of her toga,
Her bare
Feet seem to be saying:
We have come so far, it is over.
Each dead child coiled, a white serpent,
One at each little
Pitcher of milk, now empty.
She has folded
Them back into her body as petals
Of a rose close when the garden
Stiffens and odors bleed
From the sweet, deep throats of the night flower.
The moon has nothing to be sad about,
Staring from her hood of bone.
She is used to this sort of thing.
Her blacks crackle and drag.

Tout au bord (poème ultime)

La femme s'est accomplie
son corps mort

porte le sourire de l'accomplissement
l'illusion d'une obligation grecque
coule dans les rouleaux de sa toge

Ses nus
pieds semblent vouloir dire:
Nous sommes arrivés si loin, tout est fini.

Chaque enfant mort est enroulé, un serpent blanc,
Près de chacun une cruche de lait
maintenant vide.

Elle les a repliés contre son corps
comme les pétales
d'une rose refermée quand le jardin
se fige et que les parfums saignent
des douces, profondes, gorges de la fleur de la nuit.

La lune n'a pas à s'en désoler,
fixant le tout de sa cagoule d'os.
Elle a tant l'habitude de cela.
Sa noirceur crépite et se traîne.