samedi 25 août 2018
Depardieu chante Barbara
Dis quand reviendras-tu
Concert du 3 novembre 2017
"Depardieu chante Barbara" (Gérard Depardieu/ Gérard Daguerre) : enregistrement audio du concert privé, diffusé sur France Inter en direct du studio 104 le Vendredi 3 novembre 2017 https://www.franceinter.fr/emissions/...
1:05 Mémoire
3:28 Mon enfance
7:35. O mes théâtres
10:06 A mourir pour mourir
13:30 Du bout des lèvres
16:49 Marienbad
22:37 Drouot
29:14 Le Soleil noir
34:45 L'Île aux mimosas
38:50 Une petite cantate
42:34 Sid'amour-à-mort
48:03 La solitude
51:25 Au bois de Saint-Amand
53:48 Perlimpinpin
59:52 Emmène-moi
1:03:47 A force de
1:07:47 Ma plus belle histoire d'amour
1:13:07 L'Aigle noir
1:17:47 Nantes
1:22:39 Dis, quand reviendras-tu ?
1:27:00 Göttingen
1:34:33 Une petite cantate
(N.B.: Le concert n'étant plus disponible sur franceinter.fr, cet enregistrement est partagé en mode public dans son intégralité et sans montage, sous réserve de droits et d'autorisation de diffusion. Toutes notifications d’atteinte présumée aux droits d’auteur entraînera sans délai la suppression de ce dernier. Véro R.)
Plus d'infos : http://www.depardieuchantebarbara.fr/
mardi 21 août 2018
Hélène Cadou
Dors mon enfant paré de lys et de silence
Dors sur le grand vaisseau qui traverse le temps
La nuit est douce
Les réverbères sur la ville
Versent des larmes comme une rosée
Dans la brume des quais je ne vais pas me perdre
Je rentre sous la lampe avec ton souvenir
Plus calme qu'un goéland
Dors mon petit enfant
Je ne sais plus dormir
Mais au bord de la nuit comme on cueille des fleurs
Je cherche des rêves pour te les offrir
Dors toi qui connus le malheur de vivre
Dors
Et qu'un rayon de lune te console et te suive
Au-delà des marées.
Hélène Cadou
in, Le bonheur du jour
suivi de Cantates des nuits intérieures
éd. Bruno Doucey p 55
© photo F.Ruban
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| © photo fruban |
Je sais que tu m'as inventée
Que je suis née de ton regard
Toi qui donnais lumière aux arbres
Mais depuis que tu m'as quittée
Pour un sommeil qui te dévore
Je m'applique à te redonner
Dans le nid tremblant de mes mains
Une part de jour assez douce
Pour t'obliger à vivre encore.
Hélène Cadou
in, Le bonheur du jour, suivi de Cantate des nuits intérieures p 23
éd Bruno Doucey
mercredi 15 août 2018
Tatiana Roy, hommage
J'écrivais ceci le 13 août 2012
Tatiana Roy, épouse de Jules Roy, grande poète trop souvent méconnue parce que dans l'ombre de Julius, le Grand homme... vient de rejoindre les étoiles...
Elle vivait à Vézelay, tout près de leur ancienne maison avec ses terrasses et son magnifique parc, aujourd'hui devenue Résidence d'écrivain. Je l'avais rencontrée plusieurs fois, avais assisté à une lecture de ses poèmes par elle-même et... nous avions bavardé, j'avais même osé lui demander une dédicace, un exploit pour moi !
J'ai lu son journal, ses différentes oeuvres, tant je découvrais une femme et un écrivain qui me touchait profondément.
Belle Tatiana, je vais vous relire... Je vous dis au revoir... Bientôt, j'irai vous rendre visite à Vézelay où vous devez avoir retrouvé votre Julius, votre amour et le "censeur" involontaire sans doute, de votre oeuvre. Je vous aime...
FR
Sommes-nous donc nés
pour affronter le Tunnel
nous débattre contre les fantômes
avant d'atteindre un Ailleurs
Alleluia de lumière
ou ténèbres éternelles ?
Port paisible
ou apocalypse muette ?
Voit-on sa chair se désagréger
dans la joie ou l'horreur?
Rose, belle rose dans ton épanouissement
que septembre apprête
dis-moi quelle âme vas-tu parer
dans cet au-delà
où fondent tes couleurs ?
Tatiana Roy
Chants de l'Inaccueillie (1997)
Préface de Jacques Lacarrière
Le ciel traîne sur la terre sa lourde graisse
la vieille chouette en son miroir
a la peau souillée de ciel.
Comment vivre face à face avec ce double
cette étrangère aux yeux de pluie ?
Dès que la quitte mon regard
elle glisse en mon âme
et saccage.
Ah ! si j'avais deux corps
celui de l'âme
celui de l'âge.
Tatiana Roy
Chants de l'Inaccueillie
p 25, éd DOMENS
préface Jacques Lacarrière
Orage à Vézelay
Seule avec le vent sur la terrasse dominant la vallée, je m'accoude
par-dessus le sépulcre de Madeleine, par-dessus les terres
mouillées, le vent est avec moi
quand grolle le choucas
l'esplanade en son décor de ruines est verte, au loin l'averse traverse l'iris du ciel, l'étoile y déroule une pavane.
J'écoute la nuit des vents, la basilique en croix noire
sur les jonchées d'orage
j'écoute vivre l'énorme chose qui n'a pas de nom
les songes qui errent autour des vieilles demeures
La chouette s'égare dans une lune de menthe et toi,
l'homme absent, tu es en moi.
S'ouvre la nuit, voici le vent de pluie, j'aime et tu es en moi
et puis voici la pluie, j'entends sa chute sur les tuiles,
son cliquetis au râtelier des marronniers.
Il pleut sur la terrasse, quelle âme en moi soudain bat de l'aile ?
Mon amour tu es en moi, j'élève vers toi la source de mon âme
Il pleut, la lune a couleur d'alun, le ciel se vêt des plumes du paon
L'aube vole ses heures à la tristesse
j'ai froid.
Mon amour vivons même si la chair n'est plus chair, avec
le cri cinglant des hirondelles au haut des tours.
Bel âge me voici, toi et moi sur la route avec ce vent d'ailleurs.
Tatiana Roy
Chants de l'Inaccueillie
( Préface de Jacques Lacarrière )
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| © photo fruban |
"Deux pommes de pin, sphynx de pierres, gardent l'entrée de la vasque qui recueille le liquide sacré. Leur nuque bouclée s'imprègne d'une teinte de Sienne.
Le sentier se faufile entre les murets chancelants, se perd dans la clairière où des lucioles pirouettent sur la cime des herbes (...)"
Tatiana Roy
Chants de l'Inaccueillie
Où es-tu vérité ?
source d'exils
Anges noirs ou Anges clairs
je suis triste ô beauté alentour
qui te contemple?
cette antique maison
je suis l'une de ses pierres
la vieille patine de ses meubles
le temps me tourne et me retourne
comme le soleil qui roule sur le ciel.
Suis-je ces crépitements
d'oiseaux en liberté?
suis-je ce gong du coeur
dans l'errance du passé?
ou ce vrombissement de la boule d'or
des mouches au-dessus de ma tête
ou ne suis-je que ma mort
en cet arbre abattu?
Où es-tu vérité?
beauté qui surgit
entre ombre et lumière
entre chaud et froid.
Tatiana Roy
Chants de l'Inaccueillie
*****
Voyez mon coeur fait naufrage et mon corps le suit
il existe pourtant le baiser d'automne
celui de la main qui rêve la main qui étreint
Venez, venez - allons explorer
il y a quelque chose à trouver
entre les lèvres du dernier soleil d'automne
Venez, venez - mais où fouiller ?
- il est là caché là - qui cela ?
quoi ? un simple baiser d'automne
Peut-être est-ce les yeux des chats qui fixent dans la nuit
peut-être mon Kotik les essaime dans la vitre
ou la mort qui grave en moi ses yeux magnétiques
Qui aime le sourire aime le mystère
trouvera les bras les lèvres l'énigme et l'oubli
alors que mon corps fait naufrage et mon coeur le suit
il niche là - où donc ? Là !
Venez -cherchons - impossible ne pas trouver
le baiser d'automne dans la main qui étreint
avant que mon corps ait fait naufrage
mon coeur déjà le suit
hier aujourd'hui ou demain peine perdue.
Tatiana Roy
Ne restera qu'un peu de vent
Editions L'Or des Etoiles (p.8)
*****
Je prends à pleine main la masse de la nuit
et ce sont des étoiles, je déplie
la couverture du silence, et découvre
très proche et très lointaine la forme nue
de la terre
et mon voeu devient cristal
éprouvé de lumière.
L'aube oblongue
le temps de se mouvoir en elle
le couchant finitude d'une vie
fulgurant
Tatiana Roy
in, Ne restera qu'un peu de vent (éd L'Or des étoiles)
Une Mère est morte
Parfois je suis pleine de voix anciennes
le moment vient on entend Son pas
on ne voit rien dans le miroir qui n'y soit déjà
on croit vivre longtemps l'immédiat
alors qu'il file à vive allure
Et ce ciel terriblement vivant qui nous guette
par-dessus les étoiles sans jour et sans nuit
elle prie
muettes les lèvres remuent
Où s'ouvre donc cette porte
qui ne se referme que sur soi ?
O lumière ! Est-elle dehors est-elle dedans ?
peut-être l'avait-elle un instant entrevue quand la brèche s'entrebâillait ?
Les jours se suivent de si près en la souffrance
à peine un peu de nuit pour séparer
et les nuits s'emboîtent si étroitement aux nuits
les jours entre elles s'effacent.
La jeunesse en secret la visite
alors qu'elle se débat et halète
aborde l'autre rive
une icône en main.
Aux bouts d'une longue table
deux hommes qu'elle ne sut aimer
l'accueillent sur le seuil
et déposent sur son front
le baiser fraternel et glacé qui scelle leur complicité.
La tombe de ma mère conduit les pas
vers le plus haut silence
peut-être que le miroir du souvenir
n'est ni miroir ni souvenir
peut-être que les larmes d'un instant de peine
ne frémissent pas sous la chaleur d'un baiser
peut-être n'y a-t-il pas de mystère
sous cette dalle
où se penche le bouleau
peut-être que mes lèvres ne savent plus prier
et l'image s'est assombrie dans le passé
de douleur et sous la solitude
peut-être éclatera-t-il mon coeur d'un mal encore plus aigu
peut-être que la lumière usée de ses yeux
ne pénètre plus en mon âme
tu es là malheureuse telle étais-tu vivante
peut-être me pardonneras-tu
Tatiana Roy
Ne restera qu'un peu de vent
Dans Encyclopédie de la mort
http://agora.qc.ca/thematiques/mort/dossiers/roy_tatiana
Tatiana Roy, née SOUKHOROUKOFF en Bulgarie de parents immigrés russes, a écrit et publié pendant plusieurs décennies. Journaliste, traductrice, poète, écrivaine, ayant touché à de nombreuses expressions artistiques, elle est décédée et inhumée à Vézelay en août 2012.
Tatiana a écrit Bonheurs quotidiens, Paris, Éditions Tirésias, 2000
« Être l'épouse d'un grand écrivain est une situation à la fois terrible et merveilleuse, tel devrait être notre avis, certes sommaire, mais Tatiana Roy, toute en finesse, avec malice et un immense talent, nous livre, jour après jour, ses relations jamais atones avec Jules Roy et nous irradie cette drôle d'aventure. Elle nous narre ses émois, ses peurs à rassurer, ses allégresses à partager l'ombre et la lumière de « son » Julius; alors l'écriture devient comme une empreinte à cette vie si peu commune. Elle nous dit sans fard, avec une vraie nudité, cruelle et pourtant si belle, non exhibitionniste, ses regrets de femme de lettres, parfois son calvaire de femme sensible, sensuelle, se sentant abandonnée, mais toujours chantant son amour pour celui qu'elle nomme « son grand écrivain de mari ». Avec elle, nous traversons sa première rencontre, un peu rude, et avec elle, nous sommes désarçonnés de l'accueil qui lui est fait, à la limite de la maniaquerie, elle si nonchalante. De page en page, elle va nous apprendre à aimer cet homme, à prendre conscience de son oeuvre, de sa sensibilité et de sa place dans l'histoire de la littérature française, de cette fin du XXe siècle ». (Éditeurs)
Unica unicae , Correspondance amoureuse entre Jules et Tatiana Roy
par Jules Roy, Tatiana Roy, Paris, Tirésias, 2007.
« Unique, tel au féminin, tel au masculin, est le souhait Unica Unicae de Jules Roy, qui nous porte dans ces pages de lettre en lettre, d'année en année. Des mots, des sentiments, des vies, des instantanés, avec les interrogations domestiques, les petits riens qui font une vie belle ou empoisonnante. Ces faits qui marquent et coulent à la rigole de la plume nous sont offerts comme une page d'écriture ou encore une maison à entretenir, une correspondance à tenir, l'empreinte du temps, l'errance d'un parcours, les angoisses de l'écrit, l'avant difficile d'un livre à faire naître et toutes ces pensées qui obsèdent l'esprit de celui qui écrit et qui pourtant espère convaincre, de sa force littéraire, tous les lecteurs. Et Jules Roy écrit et dit, et Tatiana, qui n'est pas un réceptacle, ni de ses plaintes, ni de ses joies, ni de son succès, ni de ses douleurs, devient un miroir à double face, qui renvoie à son mari son état d'écrivaine, la naissance de mots faisant oeuvre pour la littérature. Nous lirons les dépenses et ses angoisses, le train de vie, la maison à entretenir de la ville, qui est désuète et surannée, et à celle à la campagne, champêtre, à laquelle on doit garder sa magie de rêverie. Toutes ces obsessions, comme une misère sur cette quête de reconnaissance, sur ces mots à inscrire, comme pour marquer le respect que l'on porte à l'autre, comme si on prenait soin de sa propre personne ». (Éditeurs)
Ne restera qu’un peu de vent
Poèmes de TATIANA ROY
Ce troisième recueil de poèmes de Tatiana Roy, qui vit à Vézelay depuis vingt-cinq ans, témoigne d’une inaltérable sensibilité au lieu, à son charme entêtant. C’est le Vézelay d’automne et
d’hiver qui est transcrit ici, pluvieux et presque « slave », habité de rares figures, plus animales qu’humaines. Les poèmes sont imbibés de mélancolie sans pathos : une ambiance singulière se dégage, alliage de simplicité et de profondeur. La perspective de la mort n’est pas niée ou rejetée, elle est intégrée au paysage, à sa place…
En attendant l’éternité, poèmes, Grasset, Paris, 1972
Châteaux d’Exils, roman, Balland, Paris, 1988
Chants de l’inaccueillie, poèmes, préface de Jacques Lacarrière, Domens, Pézenas, 1997
L’Ane sur la colline, récit, L’Or des Etoiles, Vézelay, 2001
jeudi 9 août 2018
Chant des baleines, de Domi Bergougnoux
Chant des baleines
Mon très grand mon tout petit
Mon enfant perché
Entre le Très haut et le Très bas
J’adresse ces mots friables à ton silence de granit
Je vole à la nuit la rondeur de la lune,
qu’elle te berce dans sa lumière ambrée
Je me dois de chanter à la surface des heures lentes
De ramener ton âme éperdue
Au centre de ce qui de toi dérive et se dilue
Mon tout petit mon très grand
Dans cette nuit glacée où tout paraît hostile
Je n’ai que mes mains trouées à te tendre
L’écorce de mon cœur de silice et de quartz
a volé en éclats acérés dans l’azur assombri
en copeaux dispersés sous un soleil de plomb
Reste mon chant de baleine sous l’océan flou
le silence sacré et le psaume très doux
de mon amour inconditionnel de mère
Pour bercer ta douleur d’être au monde.
Domi Bergougnoux,
Où sont les pas dansants ?
[préface de Robert Notenboom, autoédition, 2018]
Dans Recours au poème
Dominique Bergougnoux
Dominique Bergougnoux vit en région parisienne. Elle a exercé plusieurs métiers : chargée de communication, professeur de lettres, et orthophoniste. Enfant, elle a dévoré tout le rayon poésie de la bibliothèque municipale, des poètes francophones aux traductions de poètes du monde entier. L’art du haïku, auquel elle s’est intéressée bien avant qu’il soit à la mode, a influencé son écriture dans sa recherche du dépouillement. Elle est revenue à l’écriture depuis 2 ans, après des années consacrées au chant.
A publié :
Où sont les pas dansants , 2017
A rebrousse-cœur/ Poètes du temps présent, 1981 (Ed. La pensée universelle), in Revue Les cahiers du détour/Silence n°5, 2000 (Ed. Acerma).
A participé à l’ouvrage collectif de haïkus « L’Herbier » (Ed. Graines de vent)
Depuis 2015, elle poste régulièrement ses textes récents sur sa page Facebook. (domi.bergougnoux). Plusieurs textes ont été publiés récemment par les revues Le Capital des Mots, 17 secondes, Lichen et sur le site Accents poétiques. Un article prévu dans la rubrique Découverte de la revue Possibles en mars 2018.
Dans Revue Possibles , de Pierre Perrin
mercredi 25 juillet 2018
Je pense que tout est fini et autres poèmes, Alain Borne
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| Alain Borne 1915-1962 |
Je me couche dans la poussière, les yeux fermés
La nuit sera totale, tant que l'aube
Et le grand jour de ta chair
Ne passeront pas au-dessus de moi
Comme un vol de soleils.
Alain Borne
Je pense que tout est fini
Poème dédié à Paul Vincensini.
Je pense que tout est fini
Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile
Je pense que cela est amer et dur
Je pense qu’il reste dorénavant surtout à mourir.
Je pense que l’obscur est difficile à supporter après la lumière
Je pense que l’obscur n’a pas de fin
Je pense qu’il est long de vivre quand vivre n’est plus que mourir.
Je pense que le désespoir est une éponge amère
qui s’empare de tout le sang quand le cœur est détruit.
Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est immense
et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages.
Je pense qu’il n’y a qu’un visage pour mes yeux
Je pense qu’il n’y a pas de remède
Je pense qu’il n’y a qu’à poser la plume
et laisser les démons et les larmes continuer le récit
et maculer la page
Je pense que se tenir la tête longtemps sous l’eau finit par étourdir
et qu’il y a de la douceur à remplacer son cerveau par de la boue
Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur
est de devenir enfin aveugle sourd et insensible.
Je pense que tout est fini.
Alain Borne (1915-1962) –
L’amour brûle le circuit (Club du Poème, 1962) – Œuvres poétiques complètes (Curandera, 1980-1981)
***
Mes lèvres ne peuvent plus s'ouvrir
que pour dire ton nom
baiser ta bouche
te devenir en te cherchant.
Tu es au bout de chacun de mes mots
tu les emplis, les brûles, les vides.
Te voici en eux
tu es ma salive et ma bouche
et mon silence même est crispé de toi.
Je me couche dans la poussière, les yeux fermés
La nuit sera totale, tant que l'aube
Et le grand jour de ta chair
Ne passeront pas au-dessus de moi
Comme un vol de soleils.
Alain Borne
« Pour moi la poésie seule est la vie, tout le reste est subsistance »
Qu’on croirait un verger assailli par le vent
Et l’heure des lampes devient douce
Si votre ombre descend sur la plage d’un livre
Si votre souffle éveille la charbon du poème
A la vie de la flamme.
Peut-être suis-je seul avec ma blessure
Et mon sang qui écrit
Peut-être suis-je loin de vous
De ce visage dont j’existe
Et de ces mains ravies à l’écume des astres
Et de ce corps si pur et sans baiser
Peut-être
Et j’envie votre chambre
Qui peut vous voir sans cesse
Cette table ces livres et la couleur du mur
Et la fenêtre où le visage du soir écrase sa noirceur
Et l’eau qui coule entre vos doigts
Sans souvenirs ni pensée.
« Ô je vous aime
Ma solitude crie à travers ce papier
Comme dans le château
La voix du prince vers la belle endormie.
Ô je vous aime
Ma solitude crie et tend ses mains lointaines
À tâtons vers vos mains
Je ne veux plus de ce poème
Ni du mensonge de mon rêve
Mais le pain de vos lèvres
Mais le vin de vos yeux
Mais l’air de votre souffle. »
extrait de "C'était hier et c'est demain", éd. Seghers, 2004
***
La nuit me parle de toi
La nuit me parle de toi
elle ne me donne pas de rêves
pleins de femmes transparentes
mais elle m'apporte ton image
afin que ton absence
ne m'étrangle pas tout à fait.
Elle voit avec scandale
que je n'ai pas ton corps dans mes bras
et elle allonge près de moi
le fantôme de ta peau.
Elle me dit
qu'à force de t'aimer tu m'aimeras
et qu'ainsi cessera ma longue insomnie
sur ta présence réelle
et sur ton vrai sang.
Il le faut
Il le faut
il le faudra un jour
Nous saurons inventer
Tout sera pur comme l'hiver
Personne n'aura su avant nous.
Nos craintes seront plus douces qu'une ombre blanche.
Ce sera comme si nous avions invité
d'invisibles colombes
à voler avec nous.
Ce sera comme si nous habitions le feu de leurs ailes
avant de ne plus savoir
qui nous sommes l'un de l'autre.
Poèmes à Lislei (Seghers 1946)
***
Bibliographie
2001 Terre de l’été suivi de Poèmes à Lislei « Editinter »
2001 Un brasier de mots - Poèmes inédits Voix D'encre
2002 L’eau fine suivi de En une seule injure « Editinter »
2003 Poèmes d’amour ( Anthologie ) « le cherche midi »
2003 Encres « Atelier du hanneton »
2006 La nuit me parle de toi éditions Le trident Neuf
« L'Amour, la Vie, la Mort : deuxième anthologie de poèmes inédits », Voix d'encre, 1994.
Les « Œuvres poétiques complètes », aujourd'hui épuisées, ont été éditées en deux volumes par les éditions Curandera, en 1981.
Quelques poèmes sur le site Esprits nomades
mardi 24 juillet 2018
Le chant des anges, de Xavier Lainé
J'ouvre mes persiennes
Mes yeux frémissent
Je peine à y voir clair
Serais-tu mon soleil
Mon astre mon guide
Nous marchons
Nos pas s'enfoncent dans les vagues
Sous l'orage
Un chant de goéland étincelle
Droit dans l'azur
Nous partons
Enfin libérés
Vers les cieux si purs
p 12-13
Chaque jour est une vague, effaçant nos traces sur le sable
Chaque jour est une page blanche où tout reste à écrire
De vague page blanche en rêves respirables
Chaque jour, dans l'ivresse de la lumière, tout est là, dans un sourire.... p 29
Demain je t'attendrai, blotti entre les bras noueux d'un olivier millénaire.
Sous la caresse du vent, j'attendrai un signe de ta plume, un soupir dans l'écoulement du temps. Je dessinerai dans l'espace le mot amour, en lettres de noblesse.(...) p 39
Le temps n'avait plus de prise
Son aile battait à tout rompre sur nos bras enlacés p 54
Blog de Xavier
http://latelierdupoete.blogspot.com/2018/07/le-chant-des-anges.html#comment-form
Autre parution chez L'Harmattan
mercredi 18 juillet 2018
Notre éternel été,Albert Camus-Maria Casarès
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| Albert Camus & Maria Casarès• Crédits : Bettmann / Roger Corbeau/Hulton Archive - - Getty |
"Notre éternel été" Albert Camus-Maria Casarès, correspondance 1944-1959, création pour France Culture
Réalisation : Alexandre Plank
Collaboration artistique : Valérie Six
Avec Isabelle Adjani & Lambert Wilson
Accompagnés au violoncelle par Raphaël Perraud, violoncelle solo de l’Orchestre National de France.
Le temps d’une soirée unique mais, pour deux représentations exceptionnelles, Isabelle Adjani et Lambert Wilson incarneront, pour France Culture sur la scène du musée Calvet, la correspondance amoureuse, artistique et intellectuelle qui relia Albert Camus et Maria Casarès jusqu’à la veille de la mort de l’écrivain. Cette correspondance a été publiée en 2017 par Catherine Camus.
Nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes reconnus, nous nous sommes abandonnés l’un à l’autre, nous avons réussi un amour brûlant de cristal pur, te rends-tu compte de notre bonheur et de ce qui nous a été donné ?
Maria Casarès, 4 juin 1950
Egalement lucides, également avertis, capables de tout comprendre donc de tout surmonter, assez forts pour vivre sans illusions, et liés l’un à l’autre, par les liens de la terre, ceux de l’intelligence, du cœur et de la chair, rien ne peut, je le sais, nous surprendre, ni nous séparer.
Albert Camus, 23 février 1950
Comment ces deux êtres ont-ils pu traverser tant d’années, dans la tension exténuante qu’exige une vie libre tempérée par le respect des autres, dans laquelle il avait « fallu apprendre à avancer sur le fil tendu d’un amour dénué de tout orgueil », sans se quitter, sans jamais douter l’un de l’autre, avec la même exigence de clarté ? La réponse est dans cette correspondance.
Merci à eux deux. Leurs lettres font que la terre est plus vaste, l’espace plus lumineux, l’air plus léger simplement parce qu’ils ont existé. »
Catherine Camus
Assistante à la réalisation : Louise Loubrieu
Equipe technique : Pierric Charles et Emilie Couet
La Correspondance 1944-1959 d’Albert Camus et Maria Casarès est publiée chez Gallimard.
Découvrez également le livre audio, paru chez Gallimard
Diffusé sur France Culture, le 17 juillet 2018 (20h)
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| Isabelle Adjani et Lambert Wilson ovationnés à Avignon © S.Jouve/Culturebox |
Article dans Culturebox
Avignon : Isabelle Adjani et Lambert Wilson brûlants d’amour en Casarès et Camus
Sophie Jouve Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 17/07/2018 à 22H22, publié le 14/07/2018 à 11H32
Un amour brûlant souffle sur la nuit d’Avignon, un moment de grâce : Isabelle Adjani et Lambert Wilson prêtent leur voix à Maria Casarès et Albert Camus, qui ont entretenu une correspondance passionnée jusqu’à la mort de l’écrivain. Une correspondance publiée en 2017 aux éditions Gallimard.
La cour du Musée Calvet est prise d’assaut ce vendredi 13 juillet. Lambert Wilson, chemise blanche, s’assied en bord de scène, Isabelle Adjani, longue robe hippie chic, en retrait, dos au public. C’est elle qui lit la première lettre de cette correspondance amoureuse, artistique et intellectuelle qui durera 15 ans (1944 et 1959). Elle rejoint Camus, qui souffre de poussées de tuberculose, chez lui rue Vaneau à Paris. "Il évoquait l’Algérie et ses plages, les parties de foot et les baignades".
Plus tard, à partir 1948 : "Ce que tu es est ce que j’aurai rêvé d’être si j’étais né homme" (…) "Je te veux partout, en tout et tout entier" (…) "Mon désir de toi s’exaspère et m’exaspère" (…) "Décidément, loin de l’intelligence je me fane".
L'émotion de la petite-fille de Camus
C’est un très émouvant voyage que nous ont offert Isabelle Adjani et Lambert Wilson, ovationnés par le public. La petite fille d’Albert Camus, Elisabeth Maisondieu ne peut retenir ses larmes :
C’est très beau, mais c’est dur, c’est très difficile de réaliser quelque chose dont on n’a pas été le témoin. Ces voix très belles humanisent et viennent toucher. Cet amour, cette relation, est désormais complètement intégrée dans notre famille, que Camus ait aimé Maria Casarès. Maria fait partie de notre vie, de notre imaginaire. Il n’y a pas du tout de jugement. Cette relation, je n’avais jamais plongé dedans avant la publication de ces lettres en 2017. C’est une relation passionnelle qui est magnifique.
Elisabeth Maisondieu Camus
Lire la suite ICI
Emission du 12 juillet sur France Inter
La Marche de l'Histoire, par Jean Lebrun
lundi 9 juillet 2018
jeudi 5 juillet 2018
Des jours de pleine terre, de Pierre Perrin
Qu’est-ce qu’un ami, sinon celui qui brise le silence le premier ? S’il échoue, le silence ne l’arrête pas. Il appelle encore, incrédule, par une foi fichée au cœur, il vit. Un tel ami tient dans la main, les doigts de la main, tant s’évapore la poésie que nul ne lit.
P.Perrin
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| Sophie Brassard, 2018 (couverture) |
Naissance
Qui sait quand la vie commence ? Si souvent, la beauté en ravive le souffle. Au secret, pourtant, depuis des semaines, une voix d’entre la peau si douce au cœur berce ma vie d’inconscience.
Quel trait de feu me frappe ? Que font, tout à coup, ces doigts, ces mains à m’agripper, à m’arracher ? La lumière pleut à verse. Fœtus à demi-défunt que je fais, c’est pendu par les pieds qu’on m’établit, sur terre, pour vivre avec les hommes. J’entends mal ; je crie à crever mes tympans.
J’ai froid, où brûlent ma narine et ma glotte. J’ai les plus grands maux à trouver la gorge, déjà de glace, de ma mère, au plus beau jour de sa vie.
On nous a séparés.
Pire qu’un drôle d’air tombé du ciel, sans paroles ni partition, un vers luisant juste bon à crisper les doigts, je cherche le bonheur.
Premier de corvée
Aux premiers de corvée, les meilleurs, qui ne pensent qu’à bondir, de la luzerne vers la mer, tellement la caresse n’a pas de nom, les proverbes tiennent lieu d’apprentissages. La détente lourde, chacun titube à l’abreuvoir. On entend déjà la raison égarée, l’époque abrutie. Les insolents accrochent des boîtes de hannetons aux queues des chats. Ils pissent debout par la bonde des barriques.
Quand on s’élance, dans l’aube et la rosée, l’ombre est de trop. Quand les poires et puis les noix gaulent l’étrange cortège des absents, la Toussaint venue, les prières tues, nul ne distinguant personne sous les dalles de marbre, on s’efface derrière une ardoise neuve. On suppute, à la façon de se taire, la violée et les benêts saisis au pantalon. On recule derrière ses nerfs, dans une danse qu’on imagine unique ; elle l’est le temps de reprendre pied, le rêve en morceaux.
Quelle plainte effacerait ce sifflement noir des jours noirs, cette cendre dans la bouche, cette crucifixion du lit défait, quand la pluie enivre debout et que la solitude siffle encore et tire par la manche ?
Confiance
Où va l’humble, le vent se tait, la lune brille. Des oiseaux dans le ciel, au ventre affamé, plein d’ardeur, d’autres amours chevauchent des trous noirs.
Trop de mystères attisent la cécité, la suffisance.
Certains, de ferme assurance, crèvent sous eux tout ce qu’ils grimpent et dévalent. Du cri levant l’aube aux frappes de l’atome, rien ne peut leur échapper.
Ils comptent, mieux que l’enfant ses billes, les milliards d’années-lumière que la vie leur doit ; et ils formatent le monde à l’aune de leur désir.
Ils chargent et déchargent, peu importe quoi. Ils enjambent, fouissent, déchaussent à peine les lunettes pour dormir, bouffent à crever d’aise.
Qu’ils vibrent, explosent et se recomposent ! Ils se font un honneur de tout écraser !
L’espoir en écharpe, le fol écolier se prend au jeu des mille et un cercles de l’abandon. Son bonheur est de croiser près d’une source, en forêt, une biche, la folle peur à la beauté jointe, qui s’enfuit, hélas !
Va pour tout perdre – mais le don d’amour, mais la plénitude ?
Pierre Perrin, Des jours de pleine terre
D'autres très beaux poèmes dans ce recueil en ligne, mais aussi extraits de recueils publiés.
Le plan du site vous permet de naviguer. Non seulement à travers les écrits de Pierre, mais de très nombreux poètes, écrivains, qu'il nous permet de découvrir ou de relire.
Notamment sur la revue Possibles qui paraît en ligne tous les mois.
Vous pouvez lire les autres poèmes sur le site de Pierre Perrin ou sur Calaméo ci-dessous
J'ai consacré sur ce blog un article au roman de Pierre Perrin, Une mère- le cri retenu (Cherche midi éditeur)
Quelques livres de Pierre Perrin
ICI
lundi 2 juillet 2018
Facebook Park
Facebook Park........ ceci n'est pas un poème
..................... mieux que Philae et Rosetta
Planète mystérieuse, prometteuse, délicieuse, trompeuse, menteuse
où je débarquai en 2009, pour l'amour d'un groupe de rock
Noir Désir... eh oui ! Pour Ferré aussi, hé hé !
Repliée dans ma douleur de mère orpheline, fuir une réalité injuste et cruelle,
fermer ma porte et mon coeur à ma vie d'hier.
Et je naviguai je naviguai dans une galaxie inconnue, parmi les trous d'ombres et de lumières.
Des rencontres et des découvertes fabuleuses, malicieuses, délicieuses, amoureuses,
trompeuses, vicieuses, menteuses.
Des portes s'ouvraient, d'autres se refermaient,
de cavernes d'Ali Baba, de Charybe en Scylla.
Et je naviguais je naviguais, de zones lumineuses en gouffres noirs.
Que d'hypocrisies, de mensonges, de faux-semblants, de paroles convenues, d'exclamations et de cris
d'amour !
Aussi fougueux que pernicieux !
Que d'avatars trompeurs, manipulateurs !
J'ai souri, poussé des cris, versé des larmes,
naïve et sotte que j'étais !
Trop vraie, trop confiante, trop authentique,
pour ces chorégraphies acrobatiques !
Je me suis égarée
bien des fois,j'ai voulu quitter le vaisseau intersidéral.
Mais je naviguais je naviguais...
Pour la Poésie et les poètes rencontrés au bout de chaque tunnel.
Pour les Amis qui aujourd'hui encore, accompagnent mes errances,
fidèles, chaleureux, généreux.
Avec eux je voyage jour après jour, entre la Terre et la planète du Net.
Chaque silence est habité, les coeurs purs et aimants.
Les passants passent,
les voyeurs voient,
les tricheurs trichent,
les menteurs mentent,
les affabulateurs écrivent leurs fables...
Et je navigue je navigue, évitant les zones d'ombres et les trous noirs,
préférant le gris qui sourit
me méfiant du blanc qui ment.
Je sais que sur cette planète vivent des petits princes aux yeux clairs ou mélancoliques, aux coeurs purs,
de merveilleuses fées à la baguette magique qui créent la Beauté
Ils savent frapper à ma porte pour mieux m'ouvrir la leur.
Leurs sourires, leurs cris de colère, leurs craintes, leurs révoltes,
sont pétris dans la chair et le sang, bien vivants, tout puissants.
Pour eux, je remercie cette galaxie mystérieuse !
Je sais que demain et après-demain, je naviguerai je naviguerai...
Je partagerai mes jardins secrets avec tous les petits Poucets rêveurs
qui sèment, ici ou là, leurs petits cailloux poétiques, parfois véritables diamants,
qui tissent des fils de couleurs aux reflets d'arc-en-ciel,
lorsque le Monde devient lourd,
que le ciel se fait sombre.
Avec eux demain, nous peindrons ta galaxie Facebook,
sur les sentiers escarpés, loin des autoroutes usurpées.
Commediante, tragediante !
© fruban
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