lundi 7 avril 2014

La Mort l'Amour la Vie ( Paul Eluard )

J’ai cru pouvoir briser la profondeur de l’immensité
Par mon chagrin tout nu sans contact sans écho
Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges
Comme un mort raisonnable qui a su mourir
Un mort non couronné sinon de son néant
Je me suis étendu sur les vagues absurdes
Du poison absorbé par amour de la cendre
La solitude m’a semblé plus vive que le sang
Je voulais désunir la vie
Je voulais partager la mort avec la mort
Rendre mon cœur au vide et le vide à la vie
Tout effacer qu’il n’y ait rien ni vire ni buée
Ni rien devant ni rien derrière rien entier
J’avais éliminé le glaçon des mains jointes
J’avais éliminé l’hivernale ossature
Du voeu de vivre qui s’annule

Tu es venue le feu s’est alors ranimé
L’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoilé
Et la terre s’est recouverte
De ta chair claire et je me suis senti léger
Tu es venue la solitude était vaincue
J’avais un guide sur la terre je savais
Me diriger je me savais démesuré
J’avançais je gagnais de l’espace et du temps
J’allais vers toi j’allais sans fin vers la lumière
La vie avait un corps l’espoir tendait sa voile
Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit
Promettait à l’aurore des regards confiants
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
Ta bouche était mouillée des premières rosées
Le repos ébloui remplaçait la fatigue
Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.
Les champs sont labourés les usines rayonnent
Et le blé fait son nid dans une houle énorme
La moisson la vendange ont des témoins sans nombre
Rien n’est simple ni singulier
La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit
La forêt donne aux arbres la sécurité
Et les murs des maisons ont une peau commune
Et les routes toujours se croisent.
Les hommes sont faits pour s’entendre
Pour se comprendre pour s’aimer
Ont des enfants qui deviendront pères des hommes
Ont des enfants sans feu ni lieu
Qui réinventeront les hommes
Et la nature et leur patrie
Celle de tous les hommes
Celle de tous les temps.

Paul Eluard , 1951
poème écrit après la mort de Nusch

https://www.youtube.com/watch?v=2H6wYvXq7P4

samedi 5 avril 2014

Furtif et frémissant





crédit photo fruban



Dans l'air
imperceptible d'abord
née à l'improviste  une douceur        -  furtive
sous les rayons opalescents
Pépiements d'amour mutin
osés par ce couple de merles
jusqu'alors solitaires

Ici puis là
la terre enflée   
livre ses verts secrets       -  tendrement dressés
vers le ciel en ses voiles bleus
Une fraîche fragrance
annonciatrice de naissance
mûrit sur l'herbe salie
Mes pas s'enfoncent dans un tapis glissant
feuilles mortes non enfouies    



En mon coeur
pure et délicate    une émotion tremble
prête à fleurir               -   Enivrée !
Des rêves m'emportent au-delà de ce jardin
           Maison bleue de St Cado
           isolée sur son ilot    
Amour lointain          presque  à portée de ma main
De l'iode et des embruns
du ressac l'amical rugissement             - une présence
Frémissements            
                  comme d'un printemps



Pourtant
L'hiver de mon âme
connaîtra    encore et encore     chaos et soubresauts
gelées nocturnes de la mélancolie
tristesse des jours de cendre         - rétifs
reviendront         jusqu'à
l'éclatement des bourgeons
 Eclosion  devinée  espérée        
     derrière les nuages amoncelés    - mais déjà
déchirés   effilés     légers  si légers     légers
      presque envolés    

Buée et rosée

    de l'Aurore


F.R
le 03 février 2013
extrait du recueil "L'Âme des marées" publié en octobre 2014
Ed Epingle à nourrice éditions


crédit photo F.R

© Tous droits réservés
Protégé par copyright

Noir comme la mer ( Louis Guillaume )


Noir comme la mer

Tout ce que je ne puis te dire
à cause de tant de murs,
tout cela qui s’accumule
autour de nous dans la nuit,
il faudra bien que tu l’entendes
lorsqu’il ne restera de moi
que moi-même à tes yeux caché.
Tout ce que je ne puis te dire
et que tu repousses dans l’ombre
à force de trop désirer,
cet amour noir comme la mer
où venaient mourir les étoiles
et ce sillage de lumière
que je suivais sur ton visage,
tout ce qu’autrefois nous taisions
mais qui criait dans le silence,
tout ce que je n’ai pu te dire
le sauras-tu sur l’autre bord
quand nous dormirons bouche à bouche
dans l’éternité sans paroles ?

Louis Guillaume (1907-1971)

crédit photo F.R

vendredi 4 avril 2014

Poème XV ( Pablo Neruda )



Tu me plais quand tu te tais
( Mi gustas cuando callas )

Tu me plais quand tu te tais car tu es comme absente,
Et tu m'entends de loin, et ma voix point ne te touche.
On dirait que tes yeux se seraient envolés
Et on dirait qu'un baiser t'aurait scellé la bouche.

Comme toutes les choses sont emplies de mon âme
Tu émerges des choses, de toute mon âme emplie.
Papillon de songe, tu ressembles à mon âme,
Et tu ressembles au mot mélancolie.

Tu me plais quand tu te tais et sembles distante.
Et tu sembles gémir,papillon dans la berceuse.
Et tu m'entends de loin, et ma voix ne t'atteint pas:
Laisse-moi me taire avec ton silence.

Laisse-moi aussi te parler avec ton silence
Clair comme une lampe, simple comme un anneau.
Tu es comme la nuit, muette et constellée.
Ton silence est d'étoile, si lointain et simple.

Tu me plais quand tu te tais car tu es comme absente.
Distante et endolorie comme si tu étais morte.
Un mot alors, un sourire suffisent.
Et la joie que ce ne soit pas vrai, la joie m'emporte.




Pablo Neruda
Poésie/Gallimard, juillet 2013 pour la dernière édition ( bilingue).
Traduction de Claude Couffon et Christian Rinderknecht.



 Ce poème m'a été offert par mon amie Martine C. pour le jour anniversaire de Fabrice.
Je la remercie du fond du coeur

mercredi 2 avril 2014

Au rythme des marées




L'histoire des Hommes se dessine

dans le flux et le reflux

des marées océanes

Je regarde

Ton ciel bleu

Ta mer turquoise

L' Amour et la sensualité gourmande

Les arômes puissant nectar

L' Ivresse de tes voyages au long cours



Soudain

Les voiles de brumes à la blancheur de nacre se font lourds

Aucun rayon

Aucune lumière

Ne les traverse plus désormais

Un mur se dresse

L' horizon roule la cendre grise de tornades folles qui enténèbrent

Ta Vie

Tes voiles déchirées ton mât brisé ta coque éclatée



Le regard perdu

Le sourire convenu

Dans le silence

tu cries

à mots retenus

sur ta lyre

désaccordée



Les flots roulent et grondent et engloutissent sauvagement

les prières et les attentes

les luttes les cris de révolte

Sourds aux battements de ton coeur

Qui s'affole qui s'affole... chahuté entraîné vers les bas-fonds

Gouffre béant

De la misère

Linceul de toutes les victimes dénudées broyées par la voracité féroce

De la Bête immonde



Là-bas

Des yeux chéris se sont éteints

Là-bas

Un homme s'est immolé

Là-bas

Des enfants abandonnés rejoignent la cohorte de l'innocence sacrifiée

du présent effacé

de l'avenir noyé



Ma main perd le fil

Mes mots

baisers

déposés

caressés

murmurés

Mes mots

Criés

Mes mots

Ne savent plus le miel qui console

Mes mots te font mal

Mes mots ne sont que des mots

Les Muses t'abandonnent



Ô Capitaine garde le cap !

Au profond des tempêtes

Une Ile se dessine

Elle te hèle

Elle te sourit

Ses rivages adorés sauront te bercer te caresser t'insuffler

Ces Instants

d' Eternité...





© F. R

le 10 avril 2012



publié dans L'Âme des marées (2014)



© photo fruban

mardi 1 avril 2014

Sous l'à-pic ( Olav H.Hauge )


Sous l'à-pic

Tu vis sous l'à-pic
tu le sais
mais tu sèmes ton jardin
tu consolides ton toit
tu laisses tes enfants jouer
tu te couches
comme si de rien n'était.

Peut-être
appuyé sur ta faux
un soir d'été
tes yeux se fixent là-haut sur la paroi.
Là, dit-on,
se trouve
la faille.
Peut-être
allongé, éveillé
tu entends
la chute d'une pierre,
une nuit.

Et quand l'éboulement survient
cela ne t'étonne pas.
Alors tu déblaies
le petit arpent vert
sous la montagne.

Si tu es encore en vie.

Olav H.Hauge
Nord profond
Bleu autour


crédit photo F.R

dimanche 30 mars 2014

samedi 29 mars 2014

Exister en ton sein, Océan





   Partir au matin
pieds nus sur le sable fin
ailes déployées / courir /
à mes côtés folâtre et gambade / truffe en alerte
Nouka ma fidèle au pelage noir et luisant
   Scruter l'immensité bleue déclinée
en mille gammes aux lumières parfumées
d'écume piquetée / venant lécher
la coque des voiliers
Ecran géant à peine né de la brume
   Rêver - parfois pleurer -
      l'émotion est si forte
t'apercevoir ce dernier été /   Toi
amoureux des mers des plages des marées
enfant exilé déraciné
étoile scintillante au plus haut du firmament


   Emplir mes poumons
gonfler mon coeur de tes saveurs /  Océan
   toujours recommencé
langue gourmande sur mes lèvres
de sel imprégnées
   M'asseoir un instant
caresser le sable / contempler / chaque grain
entre mes doigts écoulé
murmurer ton prénom
   M'élancer dans la fraîcheur des flots
hélée par vos voix mêlées
             me laisser dériver
   Quitter le rivage m'éloigner -   Puis
lancer au ciel des mots presque des cris
gorgés d'embruns et de sel


   Frémir sous les baisers par les ondes déposés
sur chaque fibre de ma peau assoiffée
  - m'abandonner -    nager loin si loin
            par l'Océan emportée
sous les nuées de goélands moqueurs
qui tournent alentour étouffant mes émois et mes cris d'amour
toujours plus loin      - me perdre -
me laisser bercer caresser par les vagues apaisées
audacieuses sensuelles
comme tes doigts découvrant mon corps


   Plisser les yeux / éblouis par le soleil qui décline et
sombre en ton sein    - mer bien-aimée -
J'ai vu sur les ondes des gerbes d'étoiles phosphorescentes
j'ai vu le rose le mauve l'orange de tes flammes
              les nappes de sang répandues
déposés par le pinceau magicien de Merlin
la palette divine de quelque korrigan
ou de l'Artiste caché
en l'Univers

©  F.R

crédit photo fruban