jeudi 22 janvier 2015

Te dire, de Françoise Ruban

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                                                          Te dire

Ô mon fils
quand la douceur de l'hiver
est plus cruelle à mon coeur
que les givres les frimas les rigueurs les amers
quand des hommes fanatiques monstres pour nos lendemains
la folie meurtrière habite notre Terre souillée dans sa chair
que les déserts de cendre en son sein
se mêlent aux fracas des armes éclaboussant de sang
le juste et l'innocent

Te dire
ma solitaire détresse à jamais inconsolable
fouettée malmenée sous les sables
linceuls ensanglantés déchirés éparpillés
Ils s'appelaient Charlie ils dessinaient

Ô mon fils
quand demain le soleil pâle
caressera ta tombe de rouges pétales
la lumière de l'amour sera perles d'opale
quand mes entrailles de mère
meurtris de tant et tant de prières
seront noeuds inextricables impénétrables viscères
plus aucun palliatif aucun dérivatif
l'espoir anéanti devant le néant affectif
les mâles certitudes écrasant les caresses
la tendresse des innocents

Te dire
mes amis partis l'amour sali le piano ralenti
la poésie ennui qui me fuit puisque je le sais
aucun mot jamais ne pourra faire bouclier
Ils s'appelaient Charlie ils dessinaient

le 21 janvier 2015

©fruban

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Recueil en cours



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mardi 20 janvier 2015

Flocons d'hermine, de Françoise Ruban




crédit photos fruban



Des flocons aériens voltigeurs
En une danse folle caressent le sol
Lumière vierge sur ton coeur
Âme prends ton envol
En cette immaculée blancheur

  - Comment le puis-je

    Tu le sais
    Janvier cet insolent           -  premier du calendrier
    Janvier m'a blessée
    Nulle féerique et lumineuse voltige
    Nul voyage échevelé
    Nul amour en mes fantasmes rêvé
    Ne pourra  mes plaies refermer


En cette immaculée blancheur
Âme laisse-toi caresser
Jouis de l'infinie douceur
Baiser sur tes lèvres déposé
Par ces flocons aériens voltigeurs


  - Comment le puis-je

    Tu le sais
     En janvier      -  le vingt et un
     Sournoise  au petit matin
     La Camarde     la Camarde    -  quel Vertige
     En son manteau de ténèbres
     De ses doigts griffus    -   goulue harpie
     De mon sein         arracha
                  le souffle et le fruit de ma Vie


Âme prends ton envol
Demain ne le pourras
Demain viendra ton tour      -  la noire faucheuse te saisira


Demain pour toi le soleil s'évanouira
Nulle lumière vierge  en ton coeur ne brillera

  - Comment le puis-je
    En mon coeur  trop de vertige .....


Alors
Les flocons aériens voltigeurs
Demain seront ton linceul
Nulle fourrure d'hermine
Nul miel nulle ferveur
En cette immaculée blancheur
La lumière vierge en ton coeur
Etendra  ses voiles    -  infinie noirceur
Mais tu pleures......

Ô douleur

Vois à l'horizon là-bas   sous la neige       - une lueur
Et ce regard de braise       - pépites de bonheur
Vers toi une main se tend           Vois
Impatient il t'attend              - chasse la peur
Prends  l'immaculée hermine
     sur tes épaules amoureuse capeline
Rejoins-le près des rives marines        
Envole-toi sur ces flocons   légers    aériens     voltigeurs


     - Demain je le pourrai .....


© F.R le 21 janvier 2013

Tous droits réservés
Protégé par copyright


poème extrait de L'Âme des marées, chez Epingle à nourrice éditions

http://editozap.jimdo.com/livres/

dimanche 18 janvier 2015

Gala d'ouverture de la Philharmonie de Paris, janvier 2015

Crédits photo : Mairie de Paris/JB Gurliat
http://www.paris.fr/accueil/culture/la-philharmonie-entre-en-scene/rub_9652_actu_152434_port_24330

Musique maestro ! Mercredi 14 janvier, la Philharmonie de Paris est entrée en scène avec son premier gala d'ouverture par l'Orchestre de Paris sous la direction de Paavo Järvi. Découvrez en détail la nouvelle grande salle de concerts à Paris.

Un édifice spectaculaire
Au centre de cet édifice spectaculaire créé par l’architecte Jean Nouvel une salle unique au monde de 2400 places, à l’acoustique révolutionnaire, mais aussi un auditorium de 400 places, des salles de répétition, un espace d’exposition de 800 m2, un pôle éducatif pour s’initier à la pratique collective d’instruments…
Tour d’horizon de ce nouveau complexe culturel, créé dans la continuité de l’actuelle Cité de la musique (renommée Philharmonie 2).

Une salle de concerts unique
C’est l’élément le plus attendu de l’édifice. En pénétrant dans la grande salle, on est frappé par l’impression de proximité, comme si l’on entrait dans un vaste cocon. « Le spectateur le plus éloigné de l’orchestre ne sera qu’à 32 mètres du chef », précise Delphine Humbert, qui a fait découvrir les lieux tout au long du chantier.

Un son "enveloppant"
C’est l’un des secrets de cette salle dite « enveloppante », où le son passe derrière les spectateurs grâce à des balcons décrochés du mur. Autre particularité, l’espace est modulable, avec deux configurations possibles : 2400 places assises, un chiffre qui pourra monter à 3650 pour certains concerts, notamment amplifiés (jazz, rock, musiques de monde…).
Côté acoustique, la Philharmonie a soigné les matériaux et fait appel aux meilleurs spécialistes mondiaux. Un orgue monumental a été construit spécialement à l'intérieur de la salle : les premiers concerts sont prévus pour septembre prochain, le temps d'affiner les règlages de cet instrument géant.

Un pôle éducatif de 1800 m2

La Philharmonie accueille tous les amateurs, qu’ils aient déjà pratiqué un instrument ou non. Son ambition est d’aider au renouveau de la pratique collective, sans s’adresser seulement aux professionnels ou aux mélomanes confirmés. Cinq salles vont permettre ainsi la pratique collective et des activités pédagogiques pour des ateliers dédiés notamment à la musique classique. Les publics individuels (familles, adultes, enfants) découvriront aussi dès cette première saison des concerts éducatifs, des ateliers jeunes ou intergénérationnels…

Un bâtiment ouvert à tous

A la Philharmonie, pas besoin d’avoir un ticket pour un concert pour venir découvrir l’œuvre de Jean Nouvel ! Plus de 200 000 oiseaux composés en tôle d’aluminium donnent une allure aérienne aux façades de cet impressionnant bâtiment. L’accès au toit est également ouvert gratuitement aux visiteurs –dans la limite de 700 personnes en simultané. De là-haut, on découvre une vue insolite à 360° : d’un côté le parc de la Villette, où brille le dôme de la Géode, au loin le Sacré Cœur et même la Tour Eiffel. De l’autre côté, la voisine directe de Paris, Pantin, avec les spectaculaires Grands Moulins.


Des orchestres à foison

Le public pourra y découvrir une palette très large de formations musicales : l’Orchestre de Paris et l’Ensemble intercontemporain –les orchestres résidents- et trois formations associées (Les Arts florissants, l’Orchestre de chambre de Paris et l’Orchestre national d’Ile-de-France). Côté international, la Philharmonie attira les meilleures formations (London Symphony Orchestra, Orchestre du Théâtre Mariinsky, New York Philharmonic, Royal Concertgebouw Orchestra d’Amsterdam…

Bowie et Boulez, premiers invités des expositions
Deux expositions sont accueillies dès mars prochain à la Philharmonie. « David Bowie is… » nous plongera dans l’univers du père de Ziggy Stardust (du 3 mars au 31 mai). Second rendez-vous avec une rétrospective Pierre Boulez du 17 mars au 28 juin.

                               ( article de la Mairie de Paris, voir lien ci-dessus )



Sur Culturebox

http://culturebox.francetvinfo.fr/musique/evenements/lang-lang-a-la-philharmonie-cest-lune-des-plus-belles-salles-du-monde-209775

France Musique

http://www.francemusique.fr/actu-musicale/pari-tenu-pour-la-philharmonie-de-paris-76549


vendredi 16 janvier 2015

Lettre à ma fille, de JMG Le Clezio, prix Nobel de Littérature

Lettre à ma fille, au lendemain du 11 janvier 2015, par JMG Le Clézio

Tu as choisi de participer à la grande manifestation contre les attentats terroristes. Je suis heureux pour toi que tu aies pu être présente dans les rangs de tous ceux qui marchaient contre le crime et contre la violence aveugle des fanatiques. J’aurais aimé être avec toi, mais j’étais loin, et pour tout dire je me sens un peu vieux pour participer à un mouvement où il y a tant de monde. Tu es revenue enthousiasmée par la sincérité et la détermination des manifestants, beaucoup de jeunes et des moins ­jeunes, certains familiers de Charlie Hebdo, d’autres qui ne le connaissaient que par ouï-dire, tous indignés par la lâcheté des attentats. Tu as été touchée par la présence très digne, en tête de cortège, des familles des victimes. Emue d’apercevoir en passant un petit enfant d’origine africaine qui regardait du haut d’un balcon dont la rambarde était plus haute que lui. Je crois en effet que cela a été un moment fort dans l’histoire du peuple français tout entier, que certains ­intellectuels désabusés voudraient croire frileux et pessimiste, condamné à la soumission et à l’apathie. Je pense que cette journée aura fait reculer le spectre de la discorde qui menace notre société plurielle. Il ­fallait du courage pour marcher désarmés dans les rues de Paris et d’ailleurs, car si parfaite soit l’organisation des forces de police, le risque d’un attentat était bien réel. Tes parents ont tremblé pour toi, mais c’est toi qui avais raison de braver le danger. Et puis il y a toujours quelque chose de miraculeux dans un tel moment, qui réunit tant de gens divers, venus de tous les coins du monde, peut-être justement dans le regard de cet enfant que tu as vu à son balcon, pas plus haut que la rambarde, et qui s’en souviendra toute sa vie.
Cela s’est passé, tu en as été témoin.
Maintenant il importe de ne pas oublier. Il importe – et cela revient aux gens de ta génération, car la nôtre n’a pas su, ou n’a pas pu, empêcher les crimes racistes et les dérives sectaires – d’agir pour que le monde dans lequel tu vas continuer à vivre soit meilleur que le nôtre. C’est une entreprise très difficile, presque insurmontable. C’est une entreprise de partage et d’échange. J’entends dire qu’il s’agit d’une guerre. Sans doute, l’esprit du mal est présent partout, et il suffit d’un peu de vent pour qu’il se propage et consume tout autour de lui. Mais c’est une autre guerre dont il sera question, tu le comprends : une guerre contre l’injustice, contre l’abandon de certains jeunes, contre l’oubli tactique dans lequel on tient une partie de la population (en France, mais aussi dans le monde), en ne partageant pas avec elle les bienfaits de la culture et les chances de la réussite sociale. Trois assassins, nés et grandis en France, ont horrifié le monde par la barbarie de leur crime. Mais ils ne sont pas des barbares. Ils sont tels qu’on peut en croiser tous les jours, à chaque instant, au lycée, dans le métro, dans la vie quotidienne. A un certain point de leur vie, ils ont basculé dans la délinquance, parce qu’ils ont eu de mauvaises fréquentations, parce qu’ils ont été mis en échec à l’école, parce que la vie autour d’eux ne leur offrait rien qu’un monde fermé où ils n’avaient pas leur place, croyaient-ils. A un certain point, ils n’ont plus été maîtres de leur destin. Le premier souffle de vengeance qui passe les a embrasés, et ils ont pris pour de la religion ce qui n’était que de l’aliénation. C’est cette descente aux enfers qu’il faut arrêter, sinon cette marche collective ne sera qu’un moment, ne changera rien. Rien ne se fera sans la participation de tous. Il faut briser les ghettos, ouvrir les portes, donner à chaque habitant de ce pays sa chance, entendre sa voix, apprendre de lui autant qu’il apprend des autres. Il faut cesser de laisser se construire une étrangeté à l’intérieur de la nation. Il faut remédier à la misère des esprits pour guérir la maladie qui ronge les bases de notre société démocratique.
Je pense que c’est ce sentiment qui a dû te frapper, quand tu marchais au milieu de cette immense foule. ­Pendant cet instant miraculeux, les barrières des classes et des origines, les différences des croyances, les murs séparant les êtres n’existaient plus. Il n’y avait qu’un seul peuple de France, multiple et unique, divers et battant d’un même cœur. J’espère que, de ce jour, tous ceux, toutes ­celles qui étaient avec toi continueront de marcher dans leur tête, dans leur esprit, et qu’après eux leurs enfants et leurs petits-enfants continueront cette marche.
JMG Le Clézio est Prix Nobel de littérature.
LE MONDE DES LIVRES | 14.01.2015


http://www.aline-louangvannasy.org/2015/01/lettre-a-ma-fille-au-lendemain-du-11-janvier-2015-par-jmg-le-clezio.html

jeudi 15 janvier 2015

Lettre ouverte de Luc Besson à ses frères musulmans


http://www.deslettres.fr/lettre-ouverte-de-luc-besson-a-ses-freres-musulmans-le-terrorisme-ne-gagnera-jamais/

Luc_Besson_Cannes-2

12 janvier 2015

Mon Frère,

Mon frère, si tu savais combien j’ai mal pour toi aujourd’hui, toi et ta belle religion ainsi souillée, humiliée, montrée du doigt. Oubliés ta force, ton énergie, ton humour, ton cœur, ta fraternité. C’est injuste et l’on va ensemble réparer cette injustice. On est des millions à t’aimer et on va tous t’aider. Commençons par le commencement. Quelle est la société que l’on te propose ?

Basée sur l’argent, le profit, la ségrégation, le racisme. Dans certaines banlieues, le chômage des moins de 25 ans atteint 50%. On t’écarte pour ta couleur ou ton prénom. On te contrôle dix fois par jour, on t’entasse dans des barres d’immeubles et personne ne te représente. Qui peut vivre et s’épanouir dans de telles conditions ? Attachez un enfant ou un animal, sans nourriture et sans affection pendant des mois, il finira par tuer n’importe qui.

On fait passer le profit avant toute chose. On coupe et vend le bois du pommier et après on s’étonne de ne plus avoir de fruit. Le vrai problème est là, et c’est à nous tous de le résoudre.

J’en appelle aux puissants, aux grands patrons, à tous les dirigeants. Aidez cette jeunesse, humiliée, atrophiée qui ne demande qu’à faire partie de la société. L’économie est au service de l’homme et non pas l’inverse. Faire du bien est le plus beau des profits. Chers puissants, vous avez des enfants ? Vous les aimez ? Que voulez-vous leur laisser ? Du pognon ? Pourquoi pas un monde plus juste ? C’est ce qui rendrait vos enfants les plus fiers de vous.

On ne peut pas construire son bonheur sur le malheur des autres. Ce n’est ni chrétien, ni juif, ni musulman. C’est juste égoïste, et ça entraîne notre société et notre planète droit dans le mur. Voilà le travail que nous avons à faire dès aujourd’hui pour honorer nos morts.

Et toi mon frère, tu as aussi du boulot. Comment changer cette société qu’on te propose ? En bossant, en étudiant, en prenant un crayon plutôt qu’une kalach’. La démocratie a ça de bien qu’elle t’offre des outils nobles pour te défendre. Prends ton destin en main, prends le pouvoir.

Ça coûte 250 euros pour t’acheter une kalachnikov mais c’est à peine 3 euros pour t’acheter un stylo, et ta réponse peut avoir mille fois plus d’impact.

Prends le pouvoir et joue avec les règles. Prends le pouvoir démocratiquement, aide tous tes frères. Le terrorisme ne gagnera jamais. L’histoire est là pour le prouver. Et la belle image du martyr marche dans les deux sens. Aujourd’hui il y a mille Cabu et mille Wolinski qui viennent de naître. Prends le pouvoir, et ne laisse personne prendre le pouvoir sur toi. Sache que ces deux frères sanglants d’aujourd’hui ne sont pas les tiens, et nous le savons tous.

Ce n’étaient tout au plus que deux faibles d’esprit, abandonnés par la société puis abusés par un prédicateur qui leur a vendu l’éternité… Les prédicateurs radicaux qui font leur business et jouent de ton malheur n’ont aucune bonne intention. Ils se servent de ta religion à leur seul avantage. C’est leur business, leur petite entreprise. Demain, mon frère, nous serons plus forts, plus liés, plus solidaires. Je te le promets.

Mais aujourd’hui, mon frère, je pleure avec toi.

Luc Besson

mercredi 14 janvier 2015

L'Aube dissout les monstres, de Paul Eluard

crédit photo fruban


Ils ignoraient
Que la beauté de l'homme est plus grande que l'homme

Ils vivaient pour penser ils pensaient pour se taire
Ils vivaient pour mourir ils étaient inutiles
Ils recouvraient leur innocence dans la mort

Ils avaient mis en ordre
Sous le nom de richesse
Leur misère leur bien-aimée

Ils mâchonnaient des fleurs et des sourires
Ils ne trouvaient de cœur qu'au bout de leur fusil

Ils ne comprenaient pas les injures des pauvres
Des pauvres sans soucis demain

Des rêves sans soleil les rendaient éternels
Mais pour que le nuage se changeât en boue
Ils descendaient ils ne faisaient plus tête au ciel

Toute leur nuit leur mort leur belle ombre misère
Misère pour les autres

Nous oublierons ces ennemis indifférents
Une foule bientôt
Répétera la claire flamme à voix très douce
La flamme pour nous deux pour nous seuls patience
Pour nous deux en tout lieu le baiser des vivants.


Paul Eluard , in Le lit la table -1943

mercredi 31 décembre 2014

Je hais le Nouvel An, Antonio Gramsci



http://dormirajamais.org/gramsci-2/


JE HAIS LE NOUVEL AN, PAR ANTONIO GRAMSCI.


Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante.Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant.
Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole »
Traduit par Olivier Favier.



Odio il capodanno

Ogni mattino, quando mi risveglio ancora sotto la cappa del cielo, sento che per me è capodanno.Perciò odio questi capodanni a scadenza fissa che fanno della vita e dello spirito umano un’azienda commerciale col suo bravo consuntivo, e il suo bilancio e il preventivo per la nuova gestione. Essi fanno perdere il senso della continuità della vita e dello spirito. Si finisce per credere sul serio che tra anno e anno ci sia una soluzione di continuità e che incominci una novella istoria, e si fanno propositi e ci si pente degli spropositi, ecc. ecc. È un torto in genere delle date.Dicono che la cronologia è l’ossatura della storia; e si può ammettere. Ma bisogna anche ammettere che ci sono quattro o cinque date fondamentali, che ogni persona per bene conserva conficcate nel cervello, che hanno giocato dei brutti tiri alla storia. Sono anch’essi capodanni. Il capodanno della storia romana, o del Medioevo, o dell’età moderna. E sono diventati cosí invadenti e cosí fossilizzanti che ci sorprendiamo noi stessi a pensare talvolta che la vita in Italia sia incominciata nel 752, e che il 1490 0 il 1492 siano come montagne che l’umanità ha valicato di colpo ritrovandosi in un nuovo mondo, entrando in una nuova vita. Così la data diventa un ingombro, un parapetto che impedisce di vedere che la storia continua a svolgersi con la stessa linea fondamentale immutata, senza bruschi arresti, come quando al cinematografo si strappa la film e si ha un intervallo di luce abbarbagliante.Perciò odio il capodanno. Voglio che ogni mattino sia per me un capodanno. Ogni giorno voglio fare i conti con me stesso, e rinnovarmi ogni giorno. Nessun giorno preventivato per il riposo. Le soste me le scelgo da me, quando mi sento ubriaco di vita intensa e voglio fare un tuffo nell’animalità per ritrarne nuovo vigore. Nessun travettismo(1). Ogni ora della mia vita vorrei fosse nuova, pur riallacciandosi a quelle trascorse. Nessun giorno di tripudio a rime obbligate collettive, da spartire con tutti gli estranei che non mi interessano. Perché hanno tripudiato i nonni dei nostri nonni ecc., dovremmo anche noi sentire il bisogno del tripudio. Tutto ciò stomaca.
Antonio Gramsci, 1° Gennaio 1916 su l’Avanti!, edizione torinese, rubrica « Sotto la Mole »

La voce « travettismo » è derivata dal piemontesismo « travet » che designa un « impiegato di basso livello e mal retribuito che svolge scrupolosamente un lavoro monotono e, anche, poco gratificante (e, con valore ironico, ne indica la mancanza di personalità, di iniziativa e di motivazioni) » (Grande Dizionario della Lingua Italiana). Si tratta del nome del protagonista della commedia piemontese di Vittorio Bersezio Le miserie di Monsù Travet (1862) divenuto il paradigma dell’impiegato dalla vita grigia e con prospettive limitate. [↩]

mardi 30 décembre 2014

Nicolas le Riche, soirée exceptionnelle à l'Opéra Garnier ( 9 juillet 2014 )





photo zimbio.com
http://www.zimbio.com/pictures/xLR16HFKVCL/English+National+Ballet+Rehearsal/qmGQkWiNIIH/Nicolas+Le+Riche

Lors de sa soirée de départ, le 9 juillet à Garnier, le danseur étoile de l’Opéra a transmis avec brio le flambeau aux jeunes générations (lundi 29 décembre à 22h30 sur Arte)
Il arrive tel qu’en lui-même. Tranquille, impérial, sans ostentation. De cette extrême simplicité qui sied au vrai talent et à la virtuosité. Il ? Cet homme en pantalon et chemise noirs en train d’étirer des arabesques comme on se réveille le matin, c’est Nicolas Le Riche, danseur étoile de l’Opéra national de Paris et star internationale. Sauf que cette mise en jambes douce et sensuelle a introduit, mercredi 9 juillet, au Palais Garnier, à Paris, le spectacle d’adieux du danseur. A 42 ans, Nicolas Le Riche a atteint l’âge de la retraite. Et peu importent le talent et la puissance de l’interprète, il faut partir.
Nicolas Le Riche est une espèce rare. Pour preuve. C’est la première fois, dans le contexte de l’Opéra national de Paris, qu’il a pu monter une soirée comme il l’entendait et non, comme ses collègues, quitter la maison en interprétant un de ses ballets de prédilection. C’est dire le statut de Le Riche et sa stature. Il a ainsi conçu ce programme de luxe en « l’ouvrant à des amis » comme Guillaume Gallienne ou Mathieu Chedid, mais surtout avec un éventail de ballets sélectionnés sur le volet du bon goût et de son histoire personnelle de danseur.
La voie ouverte aux jeunes
En ouverture de cette soirée saluée par une trentaine de minutes d’applaudissements à tout rompre, un extrait des Forains, chorégraphié par Roland Petit, dans lequel Le Riche semble ouvrir la voie aux jeunes de l’école de danse de l’Opéra. Une belle manière de jeter une passerelle sur un parcours d’exception en servant de courroie de transmission aux nouvelles générations. « Ma présence dans cette maison a duré trente-quatre ans au total, précise-t-il. J’avais envie de regarder cette jeunesse les yeux dans les yeux, de m’en émerveiller en montrant combien ils travaillent déjà sur un accomplissement d’eux-mêmes. »
Deux fois choisi par Nicolas Le Riche, Roland Petit occupe une place de prédilection dans sa carrière. Le voir et revoir dans Le Jeune Homme et la mort (1946),pièce de choc exigeant une virtuosité affûtée au point de passer pour de la spontanéité, est toujours une révélation. L’interprétation d’un rôle au sens fort prend avec lui une évidence aiguisée : appropriation d’une écriture et respect de l’œuvre étroitement mêlés.
Des ballets de format court
Avec finesse, Nicolas Le Riche a réussi à éviter l’enfilage d’extraits, façon collier de perles, grâce à l’articulation esthétique forte des différentes pièces. Une séquence d’Appartement (2000), chorégraphié par le Suédois Mats Ek, avec lequel il a souvent collaboré, interprété en duo avec Sylvie Guillem, emporte le morceau par sa concision dramaturgique. Certains ballets, de formats courts, comme L’Après-midi d’un faune (1912), de Vaslav Nijinski, et évidemment Boléro, de Maurice Béjart, permettent de déjouer le piège du « best of » en offrant le tour d’une œuvre. Et quels monuments que ces deux pièces historiques !
C’est dans Boléro, en 2008,que Le Riche avait fait se lever comme un seul homme les 2 700 personnes de l’Opéra Bastille, faisant fonctionner à plein l’effet catharsis sans jamais enfoncer la pédale de l’appel au public. « J’aime que, sur le plateau, on assiste à une sorte de naissance théâtrale, racontait-il à propos de cette pièce en 2010. La beauté de la scène réside dans la révélation intime qu’elle permet. A une condition : que l’acteur ou le danseur y soit pour ça, pour aller jusqu’au bout de cet exercice de dévoilement. Pas question de se cacher le plaisir immense d’être sur un plateau. Je ne supporte pas les danseurs qui s’excusent presque de leur présence. »
Et il est là Nicolas, entouré serré par la troupe et quelques-uns de ses amis danseurs étoiles comme Karl Paquette et Joshua Hoffalt. « J’aime défendre la danse masculine et aussi cette compagnie qu’est le Ballet de l’Opéra, glisse-t-il. On parle souvent de la compétition des étoiles mais des amitiés existent aussi. »
Une troupe éphémère
C’est d’ailleurs avec quelques étoiles-amies, comme Isabelle Ciaravola et Eleonora Abbagnato, qu’il a monté une troupe éphémère et un spectacle intitulé Itinérances, dans lequel il danse aussi avec sa femme, la danseuse étoile de l’Opéra de Paris Clairemarie Osta. Itinérances a tourné avec succès dans toute la France cette année. Parallèlement à cette production, toujours très concerné par la transmission, il a participé au remontage, en complicité avec la chorégraphe contemporaine et chercheuse Dominique Brun, de L’Après-midi d’un faune d’après la partition notée par Nijinski lui-même. En janvier, il va collaborer avec le Japonais Saburo Teshigawara pour l’opéra Solaris, à l’affiche en mars du Théâtre des Champs-Elysées, à Paris, et chorégraphie un nouveau ballet pour lui et Clairemarie Osta.
Le final de la soirée du 9 juillet a levé une tempête de papiers dorés sur la tête de Nicolas Le Riche. Lui, qui se sentait « comme une machine à laver émotionnelle » deux semaines auparavant, n’a pas craqué. « J’ai très bien vécu ce moment, j’étais simplement très heureux, confie-t-il. Parce qu’au-delà de moi, il célébrait cette maison qu’est l’Opéra sans aucune nostalgie. »

Rosita Boisseau
Journaliste au Monde
http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2014/12/29/l-adieu-magistral-de-nicolas-le-riche_4546896_1655027.html

dimanche 28 décembre 2014

Quand le rêve devient cauchemar

Van Gogh, La Nuit étoilée




Il est très rare que je me souvienne de mes rêves. Celui-ci (en fait un cauchemar) m'a hantée toute la journée, à un point tel, que j'espère m'en débarrasser en le racontant par écrit.
Une mystérieuse créature que je savais être une jeune femme, sans même l'apercevoir, inoculait dans les aliments de l'homme que j'aimais (là encore, non aperçu, non identifié). Je ne voyais que de vagues choses cylindriques, couleur miel, censées être les aliments. Je ne vois rien d'autre.
Je savais qu'elle cherchait à paralyser (tuer ?) cet homme. Il m'apparaissait sans vie, sans le voir.
Je cherchai à m'interposer, à la chasser... criant, gesticulant, balayant l'air de mes bras, avec une énergie féroce. Elle s'en prit à moi, chercha à me faire subir le même sort. M'inoculer son poison.
Prise de panique, je multipliais les gestes pour la chasser, la balayer. Je me mis à hurler de plus belle (je m'entends encore). Insultes, grossiéretés... Pourquoi ? Sans doute l'effrayer, la faire fuir. Tant ma peur était immense. Une lutte, un combat violent, contre une forme aérienne, qui paraissait voltiger autour de moi. Sorte de "Fée Clochette" machiavélique ! D'où les moulinets que je faisais avec mes bras, mes cris, mes insultes. L'obliger à fuir, coûte que coûte, la neutraliser, l'empêcher de nous anéantir.
Ensuite, certainement pour exorciser cette scène, me libérer du cauchemar, je "décidai" de me réveiller. Je me voyais allongée dans mon lit, essayant d'ouvrir les yeux... en vain. Je ressens encore physiquement les paupières closes, lourdes, presque collées, refusant de s'ouvrir. Prise de panique et d'angoisse, je cherchai à m'asseoir, me lever. Impossible. Tout en moi était comme paralysé. Et je luttais, me débattant, moulinant l'air de mes bras .Etais-je encore dans mon sommeil, dans mon cauchemar ? Etais-je à moitié réveillée ?
Quand enfin, j'ai réussi à allumer la lampe de chevet, ouvrir très péniblement les yeux, m'asseoir m'était impossible. Rêve ? Etat conscient ? J'ignore toujours où s'est trouvée la "frontière"...
Lorsque j'ai repris pleinement conscience, que tout avait l'air familier et bien réel autour de moi, je tremblais, l'angoisse m'oppressait. Mon coeur battait très fort. Je ne cessais de regarder autour de moi.
Je me suis levée, presque titubante. J'ai marché. J'ai allumé la radio.
Il me fallut beaucoup de temps avant d'oser me recoucher. Une crainte terrible que le cauchemar ne reprenne.
Je me suis enfin rendormie. Sans qu'il ne se passe quoi que ce soit.
A mon vrai réveil, et tout au long de la journée, j'entendais encore mes cris, je ressentais les séquelles de cette nuit d'épouvante. Je me suis interrogée. J'avais (j'ai encore) l'impression que quelque chose de grave était arrivé. Que me disait ce cauchemar ? Quelle menace, quelle prémonition, quel avertissement ?
La sensation que j'ai failli passer de l'Autre Côté...

Samedi 27 décembre 2014

F.Ruban