jeudi 20 août 2015
Il pleut sur la fête foraine, de Denis Tellier
Il pleut sur la fête foraine
Tous les danseurs vont vers le bas, la place du
village est en pente naturelle.
Des enfants courent, pistolets à poire et à eau,
la flotte s'écoule dans le caniveau.
Filles et garçons sur le périmètre des auto-
tamponneuses, à deux doigts des gouttières,
vivent avec le fracas derrière,l'immense
émotion d'être serrés dans leurs pantalons.
Toutes les auto-tamponneuses vont vers le bas,
la place est en pente naturelle.
Odeur de coiffeur, il pleut sur la fête foraine.
Toutes les odeurs de coiffeur vont vers le bas.
Nous avons tiré une bouteille de mousseux
pour la boire dans la ruelle.
Il pleut sur la place du village en pente naturelle.
Toutes les bouteilles vides vont vers le bas.
Vous, madame, immobile comme moi, avec
une poupée toute trempée gagnée dans une loterie abritée.
Dites-moi...
Il pleut sur la fête foraine pour la dernière fois...
Denis Tellier, 1977
in, Revue Météque
Revue n° 0, La Ville
lundi 17 août 2015
Attentes... attente apprivoisée, poème de FRuban
| crédit photo fruban |
Attentes... attente
apprivoisée
Attente
morsure rouge cœur rongé
voiles de cendres noires
ténèbres
Mes yeux griffent les ciels
__ Prière
païenne supplique au gingko
Espérance pour toi ma chair
mon sang
souffle ténu de ta vie
Sur toi se referment les
serres de la Mort
Attente
chancelants balbutiements de
l'âme
au rythme des saisons flux
et reflux des marées océanes
Identité perdue __ me
retrouver
avec cette plaie ouverte
rester la même
Mes doigts caressent
l'ivoire et l'ébène
hésitant Prélude
Une petite cantate me prend
la main
Attente
promesse de fleurs saveurs
de fruits
sans fin contempler le
jardin
mystères d'une vie qui
meurt et renaît __ Ô Nature
Un peu de nacre blanc perce
la neige __ et déjà
un tapis couleurs de flammes
senteurs d'automne
crisse sous mes pas et
murmure
Tu renais demain
Attente
une rencontre un amour
peut-être
il serait le dernier homme
__ je le croyais
Passion folle voguant sur
des flots croisés
poussée par des vents
contraires __ au gré de tes envies
Guettant un signe un appel
un voilier à coque de chair
vague inéluctable __
l'Océan c'est toi
Capitaine tu as perdu le cap
Attente
ta main sur mon épaule
des baisers dans le cou des
désirs un peu fous
Vague déferlante
qu'apaisent les alizés
Fraternelles tes forêts
profondes m'invitent
frémissements au cœur
apaisé
promenades libres et
solitaires __ au rythme de nos plumes
A ma vie tu donnes sens
Une confiance un désir
une détente
©fruban
le 12 août 2015
Tous droits réservés
Protégé par copyright
in, Chorégraphie de cendres (2017)
éditions épingle à nourrice
Protégé par copyright
in, Chorégraphie de cendres (2017)
éditions épingle à nourrice
mercredi 12 août 2015
Bien sûr la planète en feu, poème de F.Ruban
| crédit photo fruban |
Bien sûr il y a les guerres d'Irlande
Et les peuplades sans musique
Bien sûr tout ce manque de tendre
Il n'y a plus d'Amérique
….......................................
Mais voir un ami pleurer
Jacques Brel
Bien sûr la planète en feu
Bien sûr en Afrique sub-saharienne la sécheresse
et ses cohortes d'affamés au ventre rond
déserts de dunes oueds asséchés
Ici gaspillage éhonté __ là-bas
germe la mort en millions de linceuls
sur les terres arides aux chacals abandonnés
Mais ici ton cœur se serre
En ton jardin et dans les champs voisins
en ce milieu d'été la terre craquelée
les arbres dépouillés __ feuillages lâchés
nappes jaunes et fripées sur l'herbe grillée
parure d'une année pour la survie mise à nu
Bien sûr le réchauffement climatique
plages blondes menacées îles englouties
Los Angeles arche de Noé en partance
et tous ces peuples errants migrant encore et encore
poursuivis anéantis __ sur les flots bleus fuyant
l'Homme apprenti sorcier
Mais chez toi tout près un petit Eden
qui souffre et appelle les pluies
plantes et arbres par tes soins nourris
cajolés enserrés __ aux heures sombres de ta vie
compagnons de détresse ta fierté ta consolation
tant on aime ce qui nous est proche
Bien sûr les catastrophes en chaîne
océans qui se soulèvent terres tremblantes qui s'ouvrent
crachent le feu jusqu'à la cendre
corps ensevelis calcinés __ encore et encore fuir
autres tornades tsunamis séismes ravageurs et vengeurs
Ô Nature aussi cruelle que belle
Mais à ta porte ces incendies
meules de paille parties en fumées
forêts anéanties carcasses brûlantes de suie
tant de mégots insouciants abandonnés
Et les oiseaux s'enfuient et les abeilles meurent
Sans pleurs __ à jamais nous quittent les travailleurs de la terre
Bien sûr un roi à crinière noire suscite vos émois
Mais je ne vois que ce bébé palestinien brûlé vif par les colons
Bien sûr les fous de dieu renversent les statues
Mais ma vie appelle mes amis perdus
Bien sûr il y eut les guerres d'Irlande
Mais voir un ami pleurer
fruban
le 10 août 2015
©Tous droits réservés
Recueil en cours
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| photo du Net sécheresse au Mali, 2013 |
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| photo du Net troupeaux décimés par la sécheresse au Kenya |
dimanche 9 août 2015
Expo Pax Vobis, Espace Arts Diaphragme - 89000 Auxerre
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| Affiche de l'Expo |
J'ai rencontré Loïc Prou, lors d'une belle soirée de juin, dans mon jardin. Invité par Yves Petident qui m'avait fait l'immense plaisir de mettre en musique et de dire certains de mes poèmes, accompagné par Merry Benoit aux sitar et percussions indiennes. J'en ai longuement parlé sur ce blog (voir articles en juin 2015).
En partant, Loïc accompagné de Anne sa compagne, me remit un dessin, pour me remercier. Certes, je l'avais aperçu, au cours du récital, un papier et un stylo à la main, écrire ou dessiner... je ne savais pas.
Ce joli coup de crayon m'a séduite et j'ai voulu découvrir l'artiste. D'abord par son site dont il m'avait laissé l'adresse, puis "en vrai", lors de l'Expo PAX VOBIS que lui consacrait Arts Diaphragme.
Il faisait horriblement chaud ce mercredi 5 août, j'ai dû m'obliger à prendre la voiture pour rejoindre Auxerre. Il le fallait, je le voulais. L'occasion était trop belle de découvrir les oeuvres de Loïc Prou, exposées dans une Galerie aussi prestigieuse.
Outre la découverte des oeuvres, écouter Loïc m'exposer ses projets fut un moment de partage merveilleux. Il me parla du vaste projet autour du personnage Pax Vobis, sa quête et son expérience d'alchimie philosophique (séparer les trois éléments de l'être humain : le corps, l'âme et l'esprit ). Bien sûr de Tcherno et Bill, bande dessinée en six vignettes, qui ont déjà une histoire que beaucoup connaissent (à découvrir sur le blog de Loïc Prou, alias Loïc Tchernobyl).
En quittant l'artiste, ses oeuvres, ses projets, et ce magnifique Espace Arts Diaphragme, j'en avais totalement oublié la canicule... Je repartis heureuse et désireuse de suivre cette belle aventure artistique.
J'allais oublier.... Loïc est aussi un "croque-notes" !
Françoise Ruban
| crédit photo fruban |
| photo fruban |
" Arts Diaphragme est une association (loi de 1901) créée le 31 juillet 1995 par des amis d'enfance, Jacques Métaireau et Philippe Minot, avec l'ambition de créer un mouvement artistique ouvert, subversif et décalé à Auxerre, permettant à des artistes plasticiens locaux de se faire connaître et de s’exprimer en toute liberté . D'emblée, Jean Pierre Soisson, Maire d’Auxerre à l’époque, soutient la nouvelle association et lui offre un lieu sympa : « l'atelier 13 », place des Véens. Le nouveau maire, Guy Férez, continuera de la soutenir avec enthousiasme, notamment en lui mettant à disposition un splendide nouveau local à partir de 2007, dans une maison à pans de bois, 37 rue Joubert. Ce lieu est devenu pour les artistes locaux, un espace d’exposition incontournable, dans lequel se succèdent tous les styles et toutes les disciplines des arts plastiques : peinture, photographie, sculpture, céramique..."
Sur le site de Espace Arts Diaphragme
DU 1ER AU 8 AOUT
LOÏC PROU ou LOÏC TCHERNOBYL
"Autodidacte et déterminé, mes ouvrages s'articulent autour de l'Homme, de l'Humain, de croyances diverses et variées, de mondes post-apocalyptiques, de politique, de vie et de mort. Tout cela se décline en différents projets (illustrations, bande-dessinée, strips...) en perpétuelle évolution, de façon à pouvoir s'adapter aux changements du monde, qu'il en soit par la critique ou par le questionnement. Des projets tels PAX VOBIS, TCHERNO AND BILL, XZ APOCALYPSE, s'entendent dans l'absurde, dans des histoires où il est propre à chacun de s 'écouter soi-même, pour comprendre autrui. Je pense qu' il est nécessaire de poser un regard sans haine sur le monde...
Projet Tcherno and Bill : Planches de BD publiées sur internet régulièrement, Fanzine, Illustrations.
Projet Pax Vobis : Livre illustré, BD, Créations de médaillons en collaboration avec A. Frochot forgeron, Jeu de cartes, Cartes postales.
Autres projets : Transformations sur base de photos, Illustrations de recherches."
Sur le site de Espace Arts Diaphragme
| photo fruban L'accueil chaleureux de Loïc Prou |
| photo fruban Tcherno en personne et Bill qui surveille... |
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| photo Loïc (sur son site) Tcherno et Bill |
| photo fruban |
| photo fruban |
| photo fruban Voici Pax Vobis |
| photo fruban |
| photo fruban |
| photo fruban |
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| photo Loïc (sur son site) |
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| photo Loïc (sur son site) |
| photo fruban |
| photo fruban |
| photo fruban |
A bientôt Loïc et mille merci pour ce beau moment !
| photo fruban |
*****
27, rue Joubert 89 000 Auxerre
0386524684
- Association Arts Diaphragme :
contact@artsdiaphragme.com
http://artdiaphragme.wix.com/association
samedi 8 août 2015
mercredi 5 août 2015
Orages, poème de fRuban
| crédit photo fRuban |
Orages
Quand la chaleur se fait moite
que le cœur s'oppresse s'emplit de craintes
d'émotions vénéneuses __ imaginaire menace
Tant de fragilité écoulée au cours de longues années
Tu reçois au tréfonds l'orage
il arrive il gronde t'envahit toute
Alors coque de noix par les flots en furie chahutée
Tu griffes Et tu te débats Et tu mords
ceux qui t'aiment d'abord
Ne pas perdre le cap
Ne pas te laisser fracasser sur les rochers du passé
Et tu te débats __ piètres armes
contre un océan de passions et de larmes
Et tu perds pieds
Ta raison s'égare
Tu deviens folle Et tu te hais
Et le vent brûlant Et les tourbillons des feuillages
Ce matin ruisselante nourricière la pluie est là __ Enfin
tu peux lâcher prise __ mais le remords
Comme vagues déferlantes une cascade de pleurs
lave ton cœur Il se desserre
s'ouvre au souffle de l'amour
Et c'est la joie retrouvée
Oublie ce cauchemar __ Ton improbable rêve te sourit
Il est là si vrai si réel Comment as-tu pu en douter
Folle que tu es
Ô je te promets __ encore une promesse
Une dernière fois pardonne-moi
Quelques perles de pluie étincellent
sur les feuillages gouttelettes heureuses
sur le jardin labyrinthe
sur toi sur moi
Ô je t'aime __ et ce torrent des boues du passé
est ce matin source vive
Promesse de vie
Serment d'amour
Des cristaux d'or naissent sur les fleurs et les fruits
A Santa Croce les fresques de Giotto
fRuban
3 et 4 août 2015
©Tous droits réservés
poème extrait de "Chorégraphie de cendres", paru en avril 2017
éditions épingles à nourrice
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| photo du Net Giotto, polyptyque à Santa Croce (Florence) |
dimanche 2 août 2015
Noces à Tipasa, Albert Camus (extrait)
Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l'odeur des absinthes, la mer cuirassée d'argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L'odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. A peine, au fond du paysage, puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village, et s'ébranle d'un rythme sûr et pesant pour aller s'accroupir dans la mer.
Nous arrivons par le village qui s'ouvre déjà sur la baie. Nous entrons dans un monde jaune et bleu où. nous accueille le soupir odorant et âcre de la terre d'été en Algérie. Partout, des bougainvillées rosat dépassent les murs des villas; dans les jardins, des hibiscus au rouge encore pâle, une profusion de roses thé épaisses comme de la crème et de délicates bordures de longs iris bleus. Toutes les pierres sont chaudes. A l'heure où nous descendons de l'autobus couleur de bouton d'or, les bouchers dans leurs voitures rouges font leur tournée matinale et les sonneries de leurs trompettes appellent les habitants.
A gauche du port, un escalier de pierres sèches mène aux ruines, parmi les lentisques et les genêts. Le chemin passe devant un petit phare pour plonger ensuite en pleine campagne. Déjà, au pied de ce phare, de grosses plantes grasses aux fleurs violettes, jaunes et rouges, descendent vers les premiers rochers que la mer suce avec un bruit de baisers. Debout dans le vent léger, sous le soleil qui nous chauffe un seul côté du visage, nous regardons la lumière descendre du ciel, la mer sans une ride, et le sourire de ses dents éclatantes. Avant d'entrer dans le royaume des ruines, pour la dernière fois nous sommes spectateurs.
Au bout de quelques pas, les absinthes nous prennent à la gorge. Leur laine grise couvre les ruines à perte de vue. Leur essence fermente sous la chaleur, et de la terre au soleil monte sur toute l'étendue du monde un alcool généreux qui fait vaciller le ciel. Nous marchons à la rencontre de l'amour et du désir. Nous ne cherchons pas de leçons, ni l'amère philosophie qu'on demande à la grandeur. Hors du soleil, des baisers et des parfums sauvages, tout nous paraît futile. Pour moi, je ne cherche pas à y être seul. J'y suis souvent allé avec ceux que j'aimais et je lisais sur leurs traits le clair sourire qu'y prenait le visage de l'amour. Ici, je laisse à d'autres l'ordre et la mesure. C'est le grand libertinage de la nature et de la mer qui m'accapare tout entier. Dans ce mariage des ruines et du printemps, les ruines sont redevenues pierres, et perdant le poli imposé par l'homme, sont rentrées dans la nature. Pour le retour de ces filles prodigues, la nature a prodigué les fleurs. Entre les dalles du forum, l'héliotrope pousse sa tête ronde et blanche, et les géraniums rouges versent leur sang sur ce qui fut maisons, temples et places publiques. Comme ces hommes que beaucoup de science ramène à Dieu, beaucoup d'années ont ramené les ruines à la maison de leur mère. Aujourd'hui enfin leur passé les quitte, et rien ne les distrait de cette force profonde qui les ramène au centre des choses qui tombent.
Que d'heures passées à écraser les absinthes, à caresser les ruines, à tenter d'accorder ma respiration aux soupirs tumultueux du monde! Enfoncé parmi les odeurs sauvages et les concerts d'insectes somnolents, j'ouvre les yeux et mon cœur à la grandeur insoutenable de ce ciel gorgé de chaleur. Ce n'est pas si facile de devenir ce qu'on est, de retrouver sa mesure profonde. Mais à regarder l'échine solide du Chenoua, mon cœur se calmait d'une étrange certitude. J'apprenais à respirer, je m'intégrais et je m'accomplissais. Je gravissais l'un après l'autre des coteaux dont chacun me réservait une récompense, comme ce temple dont les colonnes mesurent la course du soleil et d'où on voit le village entier, ses murs blancs et roses et ses vérandas vertes. Comme aussi cette basilique sur la colline Est : elle a gardé ses murs et dans un grand rayon autour d'elle s'alignent des sarcophages exhumés, pour la plupart à peine issus de la terre dont ils participent encore. Ils ont contenu des morts; pour le moment il y pousse des sauges et des ravenelles. La basilique Sainte-Salsa est chrétienne, mais chaque fois qu'on regarde par une ouverture, c'est la mélodie du monde qui parvient jusqu'à nous : coteaux plantés de pins et de cyprès, ou bien la mer qui roule ses chiens blancs à une vingtaine de mètres. La colline qui supporte Sainte-Salsa est plate à son sommet et le vent souffle plus largement à travers les portiques. Sous le soleil du matin, un grand bonheur se balance dans l'espace.
Bien pauvres sont ceux qui ont besoin de mythes. Ici les dieux servent de lits ou de repères dans la course des journées. Je décris et je dis: « Voici qui est rouge, qui est bleu, qui est vert. Ceci est la mer, la montagne, les fleurs. » Et qu'ai-je besoin de parler de Dionysos pour dire que j'aime écraser les boules de lentisques sous mon nez? Est-il même à Déméter ce vieil hymne à quoi plus tard je songerai sans contrainte : « Heureux celui des vivants sur la terre qui a vu ces choses. » Voir, et voir sur cette terre, comment oublier la leçon? Aux mystères d'Éleusis, il suffisait de contempler. Ici même, je sais que jamais je ne m'approcherai assez du monde. Il me faut être nu et puis plonger dans la mer, encore tout parfumé des essences de la terre, laver celles-ci dans celle-là, et nouer sur ma peau l'étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres depuis si longtemps la terre et la mer. Entré dans l'eau, c'est le saisissement, la montée d'une glu froide et opaque, puis le plongeon dans le bourdonnement des oreilles, le nez coulant et la bouche amère -la nage, les bras vernis d'eau sortis de la mer pour se dorer dans le soleil et rabattus dans une torsion de tous les muscles; la course de l'eau
sur mon corps, cette possession tumultueuse de l'onde par mes jambes - et l'absence d'horizon. Sur le rivage, c'est la chute dans le sable, abandonné au monde, rentré dans ma pesanteur de chair et d'os, abruti de soleil, avec, de loin en loin, un regard pour mes bras où les flaques de peau sèche découvrent, avec le glissement de l'eau, le duvet blond et la poussière de sel.
Je comprends ici ce qu'on appelle gloire: le droit d'aimer sans mesure. Il n'y a qu'un seul amour dans ce monde. Étreindre un corps de femme, c'est aussi retenir contre soi cette joie étrange qui descend du ciel vers la mer. Tout à l'heure, quand je me jetterai dans les absinthes pour me faire entrer leur parfum dans le corps, j'aurai conscience, contre tous les préjugés, d'accomplir une vérité qui est celle du soleil et sera aussi celle de ma mort. Dans un sens, c'est bien ma vie que je joue ici, une vie à goût de pierre chaude, pleine de soupirs de la mer et des cigales qui commencent à chanter maintenant. La brise est fraîche et le ciel bleu. J'aime cette vie avec abandon et veux en parler avec liberté: elle me donne l'orgueil de ma condition d'homme. Pourtant, on me l'a souvent dit : il n'y a pas de quoi être fier. Si, il y a de quoi: ce soleil, cette mer, mon cœur bondissant de jeunesse, mon corps au goût de sel et l'immense décor où la tendresse et lagloire se rencontrent dans le jaune etle bleu. C'est à conquérir cela qu'il me faut appliquer ma force et mes ressources. Tout ici me laisse intact, je n'abandonne rien de moi-même, je ne revêts aucun masque: il me suffit d'apprendre patiemment la difficile science de vivre qui vaut bien tout leur savoir vivre.
Un peu avant midi, nous revenions par les ruines vers un petit café au bord du port. La tête retentissante des cymbales du soleil et des couleurs, quelle fraîche bienvenue que celle de la salle pleine d'ombre, du grand verre de menthe verte et glacée. Au-dehors, c'est la mer et la route ardente de Poussière. Assis devant la table, je tente de saisir entre mes cils battants l'éblouissement multicolore du ciel blanc de chaleur. Le visage mouillé de sueur, mais le corps frais dans la légère toile qui nous habille, nous étalons tous l'heureuse lassitude d'un jour de noces avec le monde.
On mange mal dans ce café, mais il y a beaucoup de fruits - surtout des pêches qu'on mange en Y mordant, de sorte que le jus en Coule sur le menton. Les dents refermées sur la pêche, j'écoute les grands coups de mon sang monter jusqu'aux oreilles, je regarde de tous mes yeux. Sur la mer, c'est le silence énorme de midi. Tout être beau a l'orgueil naturel de sa beauté et le monde aujourd'hui laisse son orgueil suinter de toutes parts. Devant lui, pourquoi nierais-je la joie de vivre, si je sais ne pas tout renfermer dans la joie de vivre? Il n'y a pas de honte à être heureux. Mais aujourd'hui l'imbécile est roi, et j'appelle imbécile celui qui a peur de jouir. On nous a tellement parlé de l'orgueil : vous savez, c'est le péché de Satan. Méfiance, criait-on, vous vous perdrez, et vos forces vives. Depuis, j'ai appris en effet qu'un certain orgueiL. Mais à d'autres moments, je ne peux m'empêcher de revendiquer l'orgueil de vivre que le monde tout entier conspire à me donner. A Tipasa, je vois équivaut à je crois, et je ne m'obstine pas à nier ce que ma main peut toucher et mes lèvres caresser. Je n'éprouve pas le besoin d'en faire une œuvre d'art, mais de raconter ce qui est différent. Tipasa m'apparaît comme ces personnages qu'on décrit pour signifier indirectement un point de vue sur le monde. Comme eu;x, elle témoigne, et virilement. Elle est aujourd'hui mon personnage et il me semble qu'à le caresser et le décrire, mon ivresse n'aura plus de fin. Il y a un temps pour vivre et un temps pour témoigner de vivre. Il y a aussi un temps pour créer, ce qui est moins naturel. Il me suffit de vivre de tout mon corps et de témoigner de tout mon cœur. Vivre Tipasa, témoigner et l'œuvre d'art viendra ensuite. Il y a là une liberté.
Jamais je ne restais plus d'une journée à Tipasa. Il vient toujours un moment où l'on a trop vu un paysage, de même qu'il faut longtemps avant qu'on l'ait assez vu. Les montagnes, le ciel, la mer sont comme des visages dont on découvre l'aridité ou la splendeur, à force de regarder au lieu de voir. Mais tout visage, pour être éloquent, doit subir un certain renouvellement. Et l'on se plaint d'être trop rapidement lassé quand il faudrait admirer que le monde nous paraisse nouveau pour avoir été seulement oublié.
Vers le soir, je regagnais une partie du parc plus ordonnée, arrangée en jardin, au bord de la route nationale. Au sortir du tumulte des parfums et du soleil, dans l'air maintenant rafraîchi par le soir, l'esprit s'y calmait, le corps détendu goûtait le silence intérieur qui naît de l'amour satisfait. Je m'étais assis sur un banc. Je regardais la campagne s'arrondir avec le jour. J'étais repu. Au-dessus de moi, un grenadier laissait pendre les boutons de ses fleurs, clos et
côtelés comme de petits poings fermés qui contiendraient tout l'espoir du printemps. Il y avait du romarin derrière moi et j'en percevais seulement le parfum d'alcool. Des collines s'encadraient entre les arbres et, plus loin encore, un liséré de mer au-dessus duquel le ciel, comme une voile en panne, reposait de toute sa tendresse. J'avais au cœur une joie étrange, celle-là même qui naît d'une conscience tranquille. Il y a un sentiment que connaissent les acteurs lorsqu'ils ont conscience d'avoir bien rempli leur rôle, c'est-à-dire, au sens le plus précis, d'avoir fait coïncider leurs gestes et ceux du personnage idéal qu'ils incarnent, d'être entrés en quelque sorte dans un dessin fait à l'avance et qu'ils ont d'un coup fait vivre et battre avec leur propre cœur. C'était précisément cela que je ressentais : j'avais bien joué mon rôle. J'avais fait mon métier d'homme et d'avoir connu la joie tout un long jour ne me semblait pas une réussite exceptionnelle, mais l'accomplissement ému d'une condition qui, en certaines circonstances, nous fait un devoir d'être heureux. Nous retrouvons alors une solitude, mais cette fois dans la satisfaction.
Maintenant, les arbres s'étaient peuplés d'oiseaux. La terre soupirait lentement avant d'entrer dans l'ombre. Tout à l'heure, avec la première étoile, la nuit tombera sur la scène du monde. Les dieux éclatants du jour retourneront à leur mort quotidienne. Mais d'autres dieux viendront. Et pour être plus sombres, leurs faces ravagées seront nées cependant dans le cœur de la terre.
A présent du moins, l’incessante éclosion des vagues sur le sable me parvenait à travers tout un espace où dansait un pollen doré. Mer, campagne, silence, parfums de cette terre, je m’emplissais d’une vie odorante et je mordais dans le fruit déjà doré du monde, bouleversé de sentir son jus sucré et fort couler le long de mes lèvres. Non, ce n’était pas moi qui comptais, ni le monde, mais seulement l’accord et le silence qui de lui à moi faisait naître l’amour. Amour que je n’avais pas la faiblesse de revendiquer pour moi seul, conscient et orgueilleux de le partager avec toute une race, née du soleil et de la mer, vivante et savoureuse, qui puise sa grandeur dans sa simplicité et debout sur les plages, adresse son sourire complice au sourire éclatant de ses ciels.
Albert Camus
in, Noces - L'été
jeudi 30 juillet 2015
Je t'abandonne à la nuit, poème de fRuban
| crédit photo fruban |
Je t'abandonne à la nuit
Ce midi la cendre se répand sur le
ciel
et coupe mes ailes
Immensité uniforme de la Mélancolie
arbres et fleurs se meurent
Que peuvent y faire ces rares perles de
pluie
seule la terre saupoudrée de
gouttelettes
exhale une senteur parfumée et fraîche
Tu es parti dans la nuit __ Et
dans le silence et la solitude
tu seras près de moi niché là
au creux de mon cœur
Que sont quatre jours dans une vie
une éternité pour celui qui attend
Tous les autres m'ennuient ___ Et
pourtant
Pardon Amour il me faudra te chasser
___ ailleurs
trouver d'autres regards d'autres
repères
Ton visage me hante me poursuit
Mais je promis d'être sage
Nous serons fous nous serons libres
Une pluie douce et caressante __
comme
larmes du ciel embrume mes yeux
brouille mes mots sur ce papier où je
t'écris
Tu m'as dit
je te garde contre
moi
je t'embrasse
doucement
je te laisse
dans la nuit
Une laine sur mon cœur
Je t'abandonne à la nuit
Je t'aime
fruban
le 26 juillet 2015
©Tous droits réservés
in, "Chorégraphie de cendres" (2017, ene ) p 51-52
Russell Croman
in, "Chorégraphie de cendres" (2017, ene ) p 51-52
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| crédit photo Russell Croman |
mardi 21 juillet 2015
Complainte d'Europe...... à coeurs croisés, poème fRuban
Complainte d'Europe
….. à cœurs croisés
Telle éclate Vénus au milieu des trois sœurs.
Mais son sort n’était pas de n’aimer que les fleurs
Et de garder toujours sa pudique ceinture.
Le roi des Dieux l’a vue. Une active blessure
Le dévore, dompté sous l’arc insidieux
Du Dieu qui peut dompter même le roi des Dieux.
André Chénier, Les Bucoliques
extrait « L'enlèvement d'Europe »
Il y eut cette princesse que séduisit et enleva
le Dieu – taureau
de notre histoire mythe fondateur
Il y eut ce rêve brisé
les charognards dépeçant le cadavre - le croient-ils -
Vous fûtes crucifiés par le doigt de la trahison
et des mains impatientes inassouvies car meurtries
_ Es-tu d'origine grecque...
/ Non simplement de cœur et d'amour
/ Ces mots que tu murmurais
pour moi seule
Toi __ Moi __ Nous
_ J'aime notre imparfait
Il y eut ces peuples levés
et de nouveau on parla de Printemps
quand ce ne fut qu'été meurtrier
Vous accaparèrent mes jours et mes nuits
Où s'arrête la vaine compassion
Où commence la solidarité vraie
Tant d'impuissance nous saisit
_ J'ai envie...
/ Ô tes délicieuses envies
/ Ô ces frissons sur ma peau caressée
Toi __ Moi __ Nous
et Marina T
_ J'ai envie ...
lire dans ton regard
Il y eut ces torrides chaleurs
Il y eut ces orages annoncés
Il y eut toutes ces indifférences __ béats nantis
insatisfaits provocateurs
Vous fûtes __ naïfs utopistes __ sensibles
à l'Union d'états fédérateurs
fronde à la main David affrontant Goliath
Mais de vous les assassins financiers ne firent qu'une bouchée
Genou à terre vous cédâtes aux diktats
_ Te toucher...
baisers au creux de ton cou
/ Ô Tes envies je les aime
/ Ô en Toi je puise ma force
Toi __ Moi __ Nous
_ Je ne suis pas loin...
Demain entremêlés sur l'Acropole
azur et neige s'embraseront entraînés par Eole
danse folle sirtaki de la Vie
fierté sous le rameau d'olivier
Avec Zorba
Avec Mikis
Avec Ulysse.......
Europe sourira à la Liberté !
_ J'ai envie...
je suis troublé
/ Dans un mois dans un an
que serons-nous
/ Aurons-nous ce même désir
_ Je le veux
fruban
19 juillet 2015
© Tous droits réservés
in, Chorégraphie de cendres (ene, 2017)
p 46 à 49
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| Photo du Net, Europe sur le taureau, terre cuite d'Athènes (480-460 av JC) |
dimanche 19 juillet 2015
Poésie, Seyhmus Dagtekin par Jean-Claude Leroy (blog Mediapart)
De Seyhmus Dagtekin, une poésie à forte amplitude
13 juillet 2015, Jean-Claude Leroy
Un jour, Dieu s’adressa à l’assemblée des âmes et leur demanda : « Est-ce que vous me reconnaissez Ami ? » L’assemblée lui répondit : « Bien sûr, nous te reconnaissons Ami. » Dieu leur dit : « Alors, je vais vous éloigner de ma présence pour voir si vous êtes sincères, si vous seriez capables d’éviter l’oubli. » C'est ainsi que les âmes furent dispersées, jetées loin de la présence de l’Ami et qu’elles passent par la vie en ce monde pour subir l’épreuve de l’amour par l’éloignement, nous disait-on.[1]
C’est au moins le souffle des origines qui portent les mots de Seyhmus Dagtekin, jusqu’à les conduire de bouche à oreilles sans que les siècles d’hier et d’aujourd’hui ne paraissent devoir compter. Présence d’une parole sortant tellement de soi qu’elle témoigne pour tout un monde non pas reconstitué, mais proprement révélé à chaque instant. Ce qui est au plus près comme ce qui est au plus loin se retrouve dans le même courant des vers du poète, du plus intime au plus universel. Universel enchanteur jadis transmis par les mythes racontés, les contes merveilleux d’avant les sagas télévisées, outillage d’un imaginaire où chacun se situe quand il est conduit, quand il se laisse conduire au moins une fois.
Seyhmus Dagtekin a grandi dans un village kurde du sud-est de la Turquie, dans les montagnes. Loin de tout, comme on dit, mais près du monde, serré de loin par les étoiles, de près par les saisons et la rumeur animalière, otage consentant de l’imparable devenir d’une société recluse et millénaire.
« Je me dis que le monde, que l’être, sont comme un chaudron, et que l’art, l’écriture, en sont la louche. Plus la louche est longue et grande, plus on brasse les fonds et les limites du chaudron, plus on parvient à remuer les fonds et les limites de l’être.
C’est le pari que je fais, le sens que je cherche à donner à travers la poésie et l’écriture : essayer d’allonger, d’agrandir le plus possible ma louche, mes moyens de remuer l’être, de pousser le plus en avant sa connaissance, et d’en faire entendre le chant. »[2]
L’histoire à laquelle il appartient, il l’a écrite, À la source, la nuit est ce récit à voix multiples dans la sienne, chacune étant à égalité avec l’autre. Les personnages sont la vie. La vie se partage en s’affirmant. Si Seyhmus Dagtekin insiste souvent sur cet autre auquel il s’adresse et fait participer à son poème, l’embrassant d’un regard et marchant à ses côtés, je vois davantage encore dans son élan poétique un geste d’ordre panthéiste où l’autre n’a pas toujours un visage soupçonné, ni même insoupçonnable, où l’humain n’est pas le centre mais rien qu’élément d’un tout collectif. Il ne domine en rien, quel que soit son besoin d’exprimer, son effort pour définir, pour chanter, avouer son impuissance et en devenir assez fort pour aimer. C’est celui-là, cet autre-là (Rimbaud encore !) que je lis dans les vers de Dagtekin, un être pris dans le temps et le monde, qui est au plus juste dans sa posture de poète assumé, chantre véritable du jour qui passe aussi bien que de la nuit qui s’invite à soutenir le ciel, car « […] on ne choisit pas ses nuits, on les vit. » [3]
Tout au fond de mes poèmes
Pas de tombeau
Juste ce que j’ai de reptile en moi
Pour entrer dans ce corps qui me reste extérieur
Dans le fond du regard [4]
Seyhmus Dagtekin avait 23 ans quand il est arrivé en France où il rejoignait un frère ouvrier en Moselle, il ne parlait alors pas notre langue sauf qu’il en est très vite devenu maître. Il a d’abord parlé kurde, ensuite turc, il connaît l’anglais et l’arabe, il écrit le plus souvent en français, mais qu’importe pour lui la langue, « changer de langue c’est comme changer de monture en chemin, dit-il, et c’est le chemin qui compte, et le cheminement. » [5] Lors de lectures publiques, il donne cependant à entendre par moments la langue kurde, offrant ainsi du relief à ce voyage de la voix, au pays des sons la poésie secoue sa crinière et se libère pour mieux dire l’indicible avec précision en même temps qu’ouverture.
[…]
Soudainement, la langue se met à se corrompre
À lécher le ventre gercé de la mère
Nous passons une corde à notre cou et à celui de nos bœufs
et partons, des lambeaux de la mère à nos pieds
On ne sait pourquoi nos visages embrasent les visages à venir
Chaque fois, le jour se révèle d’une autre manière
Il soulève notre sang
Et le disperse sur notre panse vide
On ne sait ce qui arrive dans le giron des paroles
dans l’attente des paroles de la mère
Petit à petit, la fin nous reste entre les mains
Histoires sans langues, histoires impromptues qui traversent l’air, dérangent la source devant notre troupeau de caprins et nous plongent dans l’obscurité du temps
D’abord, frapper à ta porte selon les convenances
Puis avec cruauté
Charger de nos muettes histoires l’eau des langues et les vider devant les colonnes du ciel
On ne sait quel malheur sort de quel trou
Quel trou agrandit notre bouche vers le sein de la mère [6]
Il semble que le lyrisme incisif de Seyhmus Dagtekin ait d’emblée trouvé ses lecteurs, soit accueilli, comme reconnu, il parle et se fait entendre : c’est une voix ample qui ne refuse rien, car tout se côtoie dans cette contrée verbale, et le message d’une grande vigueur, sans jamais concéder à la colère, car le poète n’est pas en guerre, il est en marche résolue. Quand bien même le monde serait à reprendre et à sauver, il faudrait alors veiller à ne pas se départir du calme et de la fraternité, conditions d’un temps qu’il reste à vivre, en commun.
Acteur majeur d’une poésie qui tend la main, Seyhmus Dagtekin (j’ai plaisir à prononcer son nom à l’envi) nous aide à ce devoir éminemment altruiste : embrasser le monde tel qu’il est, visible et invisible. Jusqu’à l’embarquer dans la langue et l’inventer meilleur.
[…]
Je sais ce qu’est le regard
Je sais ce qu’est le supplice
Un petit cœur pour le chantre des petits corps
Saignée du regard dans le cœur de mes petits jours
Je sais ce qu’est la haine
Je sais ce qu’est le sang
La preuve par le démentir
comme une idée du mentir
Ruisselante. Une charge pistolaire
comme un repentir
Le gluant des chants
Si c’est dit père
Une idée de vipère
Un son et sa naissance
Un corps à corps
Un corps accord à mourir
Le feu. Le noir.
Le dépossédé de mes savoirs
pour sortir du secret
de tes rêves
sur la pointe des pieds
Le vert forcé de mon visage
comme un lieu de décharge.
Toutes ces étoiles qui tombent de leur éternité sur ma langue pendue vers la naissance du jour. [7]
[1] Seyhmus Dagtekin, À la source, la nuit, éditions Robert Laffont, 2004.
[2] Texte accompagnant (en 4e de couverture) La langue mordue, Le Castor Astral, 2005.
[3] À la source, la nuit, Robert Laffont, 2004.
[4] in Au fond de ma barque, L’Idée bleue 2008.
[5] Entretien avec Matthieu Dubois, Radio Univers, novembre 2014.
[6] in Élégies pour ma mère, Le Castor Astral, 2013.
Site Seyhmus Dagtekin
sur le site des éditions Le Castor astral
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