mardi 25 avril 2017

La fascination de l'horreur, de Cristian Ronsmans







photo Cristian Ronsmans


La fascination de l’horreur



Quand la désespérance gagne le cœur, quand celle-ci atteint les sommets d’une profondeur insondable, au-delà des limites du supportable, alors la fascination pour l’horreur, que la morale saine se refuse cependant, elle provoque une sensation de vertige auquel on ne peut échapper.
Quand le corps, l’âme et l’esprit ne peuvent plus résister à cette désespérance, telle un tourbillon qui entraîne le désespéré vers les fonds de l’abîme, un goût morbide envahit l’être avec son envie mortifère d’aller jusqu’au bout de l’horreur, comme un joueur de poker, désespéré de son jeu fait tapis, "pour voir".
La force morale n’existe plus. La tentation d’en finir devient la psychose d’une âme égarée qui veut partager son infortune, cette envie meurtrière d’entraîner le plus grand nombre de ses semblables
Le suicide collectif ou non est souvent à ce prix.
Cette fascination pour l’horreur, un peuple l’a connue, et s’y est plongée avec un délice extatique qui eut les conséquences que l’on sait pour le monde de cette époque jusqu’à nos jours, encore récents, où elle commence doucement à s’en remettre..
Il semble bien qu’aujourd'hui, un corps de 65 millions d’âmes soit tenté par le renouvellement de ce type de suicide collectif.
Si tel est le cas qui se profile, la chute vers les abîmes de l’enfer deviendra inévitable. Il faudra une force mentale et morale extraordinaire, une force inévitablement venue de l’extérieur pour sortir le désespéré, ou ce qu’il en restera, des entrailles du monstre.
Auriez-vous l’audace de penser que la compassion de l’autre monde qui vous regarde, affligé, sera de si tôt au rendez-vous ? N'y comptez pas trop.
Car l’envie de condamner le fou désespéré, de le séparer de la société saine afin d’éviter toute contagion, risque fort de l’emporter sur la compassion, qui , je le crains, ne viendra jamais.
Ne vous leurrez pas. Nos choix font et fondent notre réelle identité. On n’a, en conséquence, que le destin que l’on se forge. Cette loi est valable pour les faibles comme pour les forts.
Qu’on le veuille ou non, qu’on se dupe ou non, le passage par les ténèbres est une épreuve inévitable, incontournable dans toute vie humaine.
L’issue que nous trouvons pour sortir de cette épreuve est la résultante d’une grande volonté, indexée à une force morale forte, hors normes. C’est une condition indispensable pour se dépasser soi-même. Le pire est le refus de l'obstacle. Refuser de l’affronter se paie cher, car la lumière qui illumine le cœur prend alors augmente la distance qui nous en sépare jusqu’à disparaître à jamais.
Et plutôt que de se dépasser, c’est la régression comme une damnation éternelle qui prend le pouvoir sur nous !!
Nul ne pourra se défausser. On ne s’ampute pas de notre bras qui portait le couteau du crime pour s’en exonérer. Nous serons tous coupables, tous responsables sans la moindre exception et moi plus que tout autre.

© Cristian Ronsmans

le 25 avril 2017



Cristian Ronsmans est l'auteur d'Ostraka, publié aux Editions du Pont de l'Europe.

"Au fil des années, Cristian Ronsmans a rempli des carnets de notes et de pensées dont le livre Ostraka constitue un premier jaillissement. / La compassion est une faiblesse de caractère. La pitié en est l’étendard. Le fort s’en garde avec prudence. En contrepartie, il n’y a aucune contrepartie. Nada, que dalle, peau de balle et balai de crin ! En fait, l’absence de compassion, due au vide sentimental, qui en est la source, procure une joie qu’on a le plaisir de ne partager qu’avec soi. Malheur au faible qui ne mérite pas qu’on s’attarde une seconde sur sa misérable personne et ses appels incessants à l’altérité, altruisme, partage, machin, truc et autres billevesées humanistes du même cru. En revanche, il n’est pas interdit et même conseillé au fort, d’user de la feinte. Feindre le sentiment pour mieux duper le faible vous permet d’exploiter toutes les ressources de celui-ci, si tant est qu’il en a, et de vous en débarrasser ensuite sans autre forme de procès.
 Ostraka (Extrait) - Cristian Ronsmans " (en quatrième de couverture)









vendredi 21 avril 2017

Grécité, Yannis Ritsos


Peinture: Loukas Samaras ''Les Mains''





I.

Ces arbres ne peuvent se rassasier de moins de ciel,
Ces pierres ne peuvent se rassasier sous les pas étrangers,
Et ces hommes ne peuvent se rassasier que de soleil,
Et ces cœurs ne peuvent se rassasier que de justice.

Ce pays est aussi dur que le silence,
Il serre contre son sein ses dalles embrasées,
Il serre dans la lumière ses vignes et ses olives orphelines,
Il serre les dents. Il n’y a pas d’eau. Seulement de la lumière.
Le chemin se perd dans la lumière.
Métal est l’ombre de l’enclos.
Ces arbres sont devenus pierre et les rivières et les cris dans la chaux du soleil.
La racine se heurte au marbre.
Chênes empoussiérés.
Ce mulet. Ce rocher. Haletants. Il n’y a pas d’eau.
Tous ont soif, depuis des années.
Tous mâchent une bouchée de ciel au-dessus de leur amertume.
Leurs yeux sont rouges à force de veiller,
Une ride profonde gîte entre leurs sourcils
Comme entre deux collines, au crépuscule, un fin cyprès.

Leur main est rivée au fusil
Leur fusil prolonge leur main
Leur main prolonge leur âme.
Sur leur lèvre habite la colère
Et le chagrin luit au fond de leurs yeux
Comme une étoile au fond d’un creux de sel.

Quand ils serrent les poings,
Le soleil est certain pour le monde
Quand ils sourient,
Une petite hirondelle s’échappe du buisson de leur barbe
Quand ils dorment,
Douze étoiles tombent de leurs poches vides
Et quand on les tue,
La vie grimpe la pente avec tambours et drapeaux.

Depuis tant d’années, tous ont soif, tous ont faim, tous sont tués.
Assiégés par terre et par mer
La chaleur a dévoré leurs champs
Le sel imprégné leurs maisons
Le vent a jeté bas leurs portes et les pauvres lilas de la place
La mort entre et sort par les trous de leur uniforme
Leur langue a la rugosité d’une pomme de cyprès
Leurs chiens sont morts avec leur ombre pour linceul
La pluie fouette leurs ossements.

Pétrifiés dans leur guet, ils fument la bouse et la nuit
Scrutant le large déchaîné
Où s’est englouti le mât brisé de la lune.

Le pain s’en est allé, les balles s’en sont allées.
Ils n’ont plus que leur cœur pour charger leurs fusils.

Tant d’années assiégés par terre et par mer,
Tous ont faim, tous succombent mais aucun d’eux ne meurt,
Leurs yeux brillent pendant qu’ils veillent
Et brillent un grand drapeau
Et brille un grand feu rouge,
À chaque aube des milliers de pigeons s’envolent de leurs mains vers les quatre portes de l’horizon.

Traduction de Jacques Lacarrière, Grécité, Fata Morgana, 1976



Mikis Théodorakis l'interprète



Voir sur le site de Grèce Hebdo







dimanche 16 avril 2017

Thierry Metz et Yvonne Alexieff








Fêtes de Pâques

photo fruban




Je n'ai pas de religion, parfois des interrogations et une quête spirituelle. Cependant, je sais combien le temps de Pâques, quelle qu'en soit la date selon les croyances, est une période importante pour de nombreux amis.
Je pense aussi à Fabrice pour qui ce moment avait tout son sens.
Je pense que toujours nous étions réunis en famille et que c'était alors l'occasion de réviser notre histoire sainte.
Je pense aux oeufs de Pâques que je prenais plaisir à colorer... Avec la pelure d'oignon les oeufs prennent une belle lueur ambrée ! Et dans un joli plat, ils offrent le plaisir des yeux et... nous invitent à la dégustation !
Je pense aux chocolats cachés un peu partout... Dans le jardin s'il fait beau, dans la maison par temps de pluie. Les enfants partent à la cueillette, leur panier à la main, en pyjama !
Je garde de ces moments un souvenir heureux, juste teinté de mélancolie.

© fruban

vendredi 14 avril 2017

Lettre de Fernando Pessoa à Mário de Sá-Carneiro








14 mars 1916

Je vous écris aujourd’hui, poussé par un besoin sentimental — un désir aigu et douloureux de vous parler. Comme on peut le déduire facilement, je n’ai rien à vous dire. Seulement ceci — que je me trouve aujourd’hui au fond d’une dépression sans fond. L’absurdité de l’expression parlera pour moi.

Je suis dans un de ces jours où je n’ai jamais eu d’avenir. Il n’y a qu’un présent immobile, encerclé d’un mur d’angoisse. La rive d’en face du fleuve n’est jamais, puisqu’elle se trouve en face, la rive de ce côté-ci ; c’est là toute la raison de mes souffrances. Il est des bateaux qui aborderont à bien des ports, mais aucun n’abordera à celui où la vie cesse de faire souffrir, et il n’est pas de quai où l’on puisse oublier. Tout cela s’est passé voici bien longtemps, mais ma tristesse est plus ancienne encore.

En ces jours de l’âme comme celui que je vis aujourd’hui, je sens, avec toute la conscience de mon corps, combien je suis l’enfant douloureux malmené par la vie. On m’a mis dans un coin, d’où j’entends les autres jouer. Je sens dans mes mains le jouet cassé qu’on m’a donné, ironiquement, un jouet de fer-blanc. Aujourd’hui 14 mars, à neuf heures dix du soir, voilà toute la saveur de ma vie.

Dans le jardin que j’aperçois, par les fenêtres silencieuses de mon incarcération, on a lancé toutes les balançoires par-dessus les branches, d’où elles pendent maintenant ; elles sont enroulées tout là-haut ; ainsi l’idée d’une fuite imaginaire ne peut même pas s’aider des balançoires, pour me faire passer le temps.

Tel est plus ou moins, mais sans style, mon état d’âme en ce moment. Je suis comme La Veilleuse du Marin, les yeux me brûlent d’avoir pensé à pleurer. La vie me fait mal à petit bruit, à petites gorgées, par les interstices. Tout cela est imprimé en caractères tout petits, dans un livre dont la brochure se défait déjà.

Si ce n’était à vous, mon ami, que j’écris en ce moment, il me faudrait jurer que cette lettre est sincère, et que toutes ces choses, reliées historiquement entre elles, sont sorties spontanément de ce que je me sens vivre. Mais vous sentirez bien que cette tragédie irreprésentable est d’une réalité à couper au couteau — toute pleine d’ici et de maintenant, et qu’elle se passe dans mon âme comme le vert monte dans les feuilles.

Voilà pourquoi le Prince ne régna point. Cette phrase est totalement absurde. Mais je sens en ce moment que les phrases absurdes donnent une intense envie de pleurer.

Il se peut fort bien, si je ne mets pas demain cette lettre au courrier, que je la relise et que je m’attarde à la recopier à la machine pour inclure certains de ses traits et de ses expressions dans mon Livre de l’intranquillité. Mais cela n’enlèvera rien à la sincérité avec laquelle je l’écris, ni à la douloureuse inévitabilité avec laquelle je la ressens.

Voilà donc les dernières nouvelles. Il y a aussi l’état de guerre avec l’Allemagne, mais, déjà bien avant cela, la douleur faisait souffrir. De l’autre côté de la vie, ce doit être la légende d’une caricature quelconque.

Cela n’est pas vraiment la folie, mais la folie doit procurer un abandon à cela même dont on souffre, un plaisir, astucieusement savouré, des cahots de l’âme — peu différents de ceux que j’éprouve maintenant.

Sentir — de quelle couleur cela peut-il être ?

Je vous serre contre moi mille et mille fois, vôtre, toujours vôtre.

Fernando PESSOA

P.S. J’ai écrit cette lettre d’un seul jet. En la relisant, je vois que, décidément, je la recopierai demain, avant de vous l’envoyer. J’ai bien rarement décrit aussi complètement mon psychisme, avec toutes ses facettes affectives et intellectuelles, avec toute son hystéroneurasthénie fondamentale, avec tous ces carrefours et intersections dans la conscience de soi-même qui sont sa caractéristique si marquante…

Vous trouvez que j’ai raison, n’est-ce pas ?


Lettre parue dans la revue Deslettres



Suis ta destinée (Segue o teu Destino, 1916)


Suis ta destinée,
Arrose les plantes,
Aime les roses.
Le reste est l’ombre
D’arbres étrangers.

La réalité
Est toujours plus ou moins
Que ce que nous voulons.
Nous seuls sommes toujours
Égaux à nous-mêmes.

Vivre seul est doux,
Vivre simplement,
Toujours, est noble et grand,
Sur les autels, en ex-voto
Pour les dieux, laisse la douleur.

Regarde la vie de loin.
Ne l’interroge jamais.
Elle ne peut rien
Te dire. La réponse
Est au-delà des dieux.

Mais sereinement
Imite l’Olympe
Au fond de ton coeur.
Les dieux sont dieux
Parce qu’ils ne se pensent pas.

***

Fernando Pessoa (1888-1935) (Ricardo Reis) – 1-7-1916


Photos du Net


samedi 8 avril 2017

Deux fois plus vite (et autres poèmes), Aksinia Mihaylova et Irina Vasileva







http://www.cequireste.fr/aksinia-mihaylova-irina-vasileva/



Pour lire vous pouvez cliquer sur la flèche ou sur les liens


Aksinia Mihaylova

poète et traductrice, est née le 13 avril 1963 au Nord-Ouest de la Bulgarie. Elle fait ses études secondaires au Lycée de langue française et ses études supérieures à l’Université de Sofia “Saint Clément d’Ohrid”, faculté des Philologies slaves. En 1990, elle prend part à la fondation de la première revue littéraire privée Ah, Maria, où elle travaille comme rédacteur.

Auteur de six livres de poésie en bulgare :

Les Herbes du Sommeil, 1994,
Lune dans un Wagon Vide, 2004,
Trois Saisons, 2005,
La Partie la plus basse du Ciel, 2008,
Déboutonner le corps, 2011 : nomination pour le meilleur livre de poésie en 2011, Prix national de poésie Hristo Fotev, 2012 et Prix national de littérature Miloch Ziapkov, 2012,
Changement des miroirs, 2015, Prix national Ivan Nikolov pour le meilleur livre de poésie en 2015,
Ciel à perdre, en français, Gallimard, 2014, Le Prix Apollinaire 2014
Ainsi que trois livres de poèmes choisis publiés en slovaque Domptage, LIC, Bratislava (2007), en arabe En attendant le vent, Caire, (2013) et en italien Nel delta del mondo, Kolibris, 2016.

Ses poèmes sont publiés en France, Belgique, Canada, Les Etats-Unis, Italie, Espagne, Moldavie, Roumanie, Slovaquie, Serbie, Croatie, Macédoine, Slovénie, Lituanie, Lettonie, Turquie, Grèce, Egypte, Chine, Australie et Japon.

Elle a traduit plus de trente livres en poésie et en prose. Parmi les auteurs traduits : Georges Bataille, Pierre Bourgeade, Vénus Khoury-Ghata, Liliane Wouters, Guy Goffette, Sylvie Germain, Anise Koltz, Linda Maria Baros, Rose-Marie François, Jean-Claude Villain, Lambert Schlechter, Anne Wiazemsky, Alexis Jenni et d’autres.

Elle a sélectionné et traduit deux grandes anthologies :

Anthologie de la Poésie Lettonne (2008)
Anthologie de la Poésie Lithuanienne (2007).
Membre de PEN-club bulgare, L’Union des traducteurs en Bulgarie et l’Association des écrivains bulgares.
Habite et travaille à Sofia, Bulgarie.

Irina Vasileva

formée à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts à Sofia, est une artiste bulgare qui s’intéresse à une approche multidisciplinaire de création combinant scénographie, dessin, illustration, peinture, la modélisation tridimensionnelle et l’animation. En tant que scénographe elle a travaillé pour plusieurs spectacles en créant les décors et les costumes. Elle a créé les marionnettes, les costumes et la scénographie pour 3 spectacles des marionnettes, a collaboré avec plusieurs théâtres à Sofia et dans le pays et a participé dans différents festivals théâtrales.

Dans le domaine des beaux-arts elle a pris part dans dizaine d’expositions à Sofia, Choumen, Dobritch, Stara Zagora. Les deux dernières années elle a illustré deux livres pour enfants de l’auteure Zdravka Kamenova :

Bob – la petite boite en métal avec le grand rêve dedans
La chaussette qui a changé le monde.
Avec les artistes Mariana Petkova et Plamen Petkov elle a participé au projet Peinture-Poésie, lequel a abouti en 2016 à cinq livres d’artistes et une exposition dont les tableaux ont été inspirés par la poésie d’Aksinia Mihaylova. Avec le développement des technologies elle déplace ses habiletés artistiques dans l’espace virtuel. Elle s’aventure et expérimente avec la modélisation des images et des formes tridimensionnelles avec les programmes Zbrush, 3D STUDIO MAX et d’autres.

Irina Vasileva vit et travaille à Sofia.




mardi 4 avril 2017

La nuit est une rose noire, Denis Tellier et encres d'Anne-Marie Donaint-Bonave

J'ai parlé de Denis Tellier à plusieurs reprises ici. 
Denis, auteur du roman "Adrien de la vallée de Thurroch", l'un des plus originaux récits sur la Grande Guerre, révélateur d'une plume talentueuse.
Denis, auteur de poèmes, de nouvelles, certains parus dans la Revue Météque.
Denis, artiste plasticien aux oeuvres proches de l'Art Hors les Normes.
Aujourd'hui, c'est le Poète qui nous parle, accompagné d'encres d'Anne-Marie Donaint-Bonave. (FR)





© Encre d'Anne-Marie Donaint-Bonave






La nuit est une rose noire


La nuit est une rose noire qui hallucine mes pensées.
Elle me dévoile subitement ce qu'elle veut, et même les fourmis rouges qui aspirent son suc sur ses pétales, noircissent sur son velouté.
Les herbes des bas côtés sont grises, certaines semblent être couchées.
Les grandes armoises fléchissent leur hampe, en tête-à-tête elles dorment recourbées.
Il pleut sur les pierres vernissées, elles redeviennent orange comme au tout début de l'humanité.
L'eau de la rivière aussi me livre son miroir, elle danse et ses reflets sont sans cesse mouvementés.
Il m'est impossible de me mirer, je ne suis que soubresaut sur l'onde, désenchanté.

Ô, comme j'aimerais dans ces flots y enfouir ma tête, je lécherais cette plante aquatique se lovant dans la pénombre.
J'accrocherais autour de ma taille des fucus et des algues très longues.
Tel un poisson d'argent j'irais d'une rive à l'autre,étonné, je pourrais enfin dériver et sans sonde.
Passer à la fois dans l'éclat du soleil, à une troublante part d'ombre.
Sans retenue, d'un coup de nageoire je coulerais à pic dans des fosses profondes.
Je suçoterais les parois des sédiments, comme je le fais parfois pour une belle femme ronde.
Et je remonterais dans une gerbe jaillissante, retrouver mes mains posées là, sur le rebord du monde.

© Denis Tellier

"La nuit est une rose noire qui hallucine mes pensées" 












© Encres d'Anne-Marie Donaint-Bonave
Encres à retrouver les15,16,17 avril au salon du Livre objet d'art , de La Rochelle

Ces encres ont été réalisées à la lecture du poème de Denis Tellier

Site d'Anne-Marie Donaint-Bonave  ICI

Liens vers articles Denis Tellier, sur ce blog

Adrien de la vallée de Thurroch

Il pleut sur la fête foraine, poème

Moumi, poème


Aujourd'hui, un livre d'artiste voit le jour (5 septembre 2018), avec la collaboration de l'artiste Danielle Péan Leroux


Danielle Péan Le Roux

Prochaine Biennale Art 'Libris les 22, 23 et 24 septembre à Dives sur Mer.
J'y serai présente avec ce dernier livre d'artiste "La nuit est une rose noire" où mes fusains viennent à la rencontre d'un poème de Denis Tellier.
Si vous ne connaissez pas encore l'univers de Denis, je vous invite à y entrer...Vous y serez vite entraînés, séduits par la poésie qui s'en dégage...toujours, avec ce saupoudrage de facéties, inattendues et toujours "justes".
Un grand MERCI à vous Denis de m'avoir confié votre texte ! DPLR







Cette année en juin, Denis Tellier sortait un recueil d'aphorismes et textes courts "Un détail troublant", éd Grand M




dimanche 26 mars 2017

En mon jardin de pluie, le Silence





En mon jardin de pluie
le silence



En mon jardin de pluie
le narcisse des poètes courbe la tête
Parfois nous laissons couler nos larmes
à l'intérieur de nos cœurs
En silence



Trois énormes boules aériennes déclinent
toutes les nuances de rose
Nacre précieuse du magnolia
Nuage léger du prunus
Petites coupelles gourmandes du pêcher

Tu t'interroges
Où se rejoindre quand tes appels
restent muets
aucun écho
Le silence

Et tu laisses couler tes larmes
en secret à l'intérieur

Taire le fracas du monde
explosions à ta porte murs de prison
cris soupirs la révolte gronde
Loin des jeux politiciens immondes
enfants au regard de terreur
paroles assassinées vies confisquées

Ton amour s'envole aux quatre vents
Caresser son cœur meurtri
de tes doigts aimants
apaiser sa douleur
Comment...

Des larmes s'écoulent de ses yeux secs
en secret à l'intérieur

En mon jardin de pluie
le narcisse des poètes courbe la tête
Parfois nous laissons couler nos larmes
à l'intérieur de nos cœurs
En silence


© fruban,
le 23 mars 2017

Tous droits réservés
recueil en cours


crédit photo fruban






vendredi 24 mars 2017

Ode à la jeunesse, par Cristian Ronsmans



Ode à la jeunesse


C’est à la jeunesse de fonder aujourd’hui sa propre histoire, loin des idéologies. Fonder sa légende et inscrire ses utopies dans le marbre de l’Histoire.
C’est la jeunesse, nouvelle maturité, qui va balayer les vieilles lunes, les vieilles figures tutélaires. Dieu est mort ! De Gaulle aussi !
Les statues de commandeur ne sont plus que des statues !!
Aujourd’hui dans ce monde qui dépasse les « politiques qui ont de l’expérience » ces vieilles statues sont les béquilles des vieilles badernes, retranchées dans leur forteresse où ils poursuivent et fomentent, encore et toujours, l’art de cultiver les divisions, l’affrontement des contraires.
Fond de commerce des deux camps, l’affrontement des contraires, des oppositions est entretenu, dans une complicité tacite où chacun y trouve son compte. Où chacun cultive l’entre soi, au mépris du reste de l’humanité.
Aujourd’hui cette société qui a définitivement perdu la main, qui n’a pas su intellectuellement, moralement et spirituellement entreprendre sa reconversion, faire son aggiornamento en paye le prix. Celui de sa disparition ! C’est la circularité en spirale du Temps.
La jeunesse a su, par d’autres moyens, dans un progressisme constant à tous niveaux, lentement mais sûrement, asseoir sa présence désormais incontournable et sa forte parole.
Mais qu’on ne s’y trompe pas. Il ne s’agit de cette jeunesse à l’ancienne qui, à son corps défendant, faisait le jeu des bonnes vieilles politiques.
Cette jeunesse n’a plus rien à voir avec les antiques affrontements estudiantins, motivés exclusivement par les clivages sempiternels qui faisaient le bonheur des veilles badernes de l’époque.
Non ce temps est « révolu » ! Au sens « révolutionnaire ».
La jeunesse d’aujourd’hui est totalement mûre pour mener la vraie révolution culturelle attendue. Une nouvelle révolution cognitive pour une aube nouvelle.
Mais là aussi, ne nous y trompons pas, Che Guevara aussi est mort, Castro itou.
Toutes ces révolutions sont « révolues » !!
La jeunesse d’aujourd’hui ne tombera pas dans le piège du renversement de la table, de la mise à mort du ou des systèmes, avec pour ambition, comme les antiques révolutions de mettre en place son propre système, avec tous ses attributs (idéologie, nomenklatura, etc…).
Non ! Elle ne tombera pas dans ce piège mesquin, hypocrite et imbécile qui consiste à vouloir renverser un pouvoir honni pour lui substituer le sien, aux intentions masquées dans sa première période et qui se mute comme la chrysalide en système totalitaire dans sa phase de maturité.
La « révolution » ici est celle à la manière copernicienne, qui consiste à inverser le regard.
Cette révolution est une subversion du regard. Le moyen que la jeunesse se donne de sortir de la politique des politiques, par la politique.
La subversion du regard consiste à embrasser la totalité et de celle-ci dans une politique de l’entendement de créer une dialectique qui englobe toutes les parties horizontales dans l’entendement de leur particularité. .
La jeunesse d’aujourd’hui comprend enfin qu’il y a une « action » qui relève de la systémique avec la politique de l’entendement de toutes les parties et qu’alors, alors seulement, cette politique de l’entendement pourra ensemencer une politique de la raison. Une politique de la Raison est celle du Logos. De la Parole. Celle qui racontera plus tard, beaucoup plus tard, l’histoire de cette extraordinaire aventure de la politique de l’entendement.
La jeunesse d’aujourd’hui est en mesure de créer de nouveaux mythes et construire une coopération, prélude indispensable, à l’objectif final d’amour, de solidarité et de fraternité.
C’est à une immense aventure que nous convoque notre jeunesse. Une aventure qui nous dépasse et moi en premier.
Je crois cependant qu’il est des sociétés, des peuples qui plus que tout autre et ils l’ont montré tout au long de leur histoire que l’aventure était leur étendard et leur fierté.
Au pays du Vendée Globe, au pays de ceux et celles qui admirent et aiment ses grands aventuriers, comment pourraient-ils résister à cet immense défi sans se renier ?
Je sais que l’influence des temps anciens qui est, en ce moment même, arrivée à son terminus, tente encore son va tout dans cette incantatoire incantation : « Mais où allons-nous ? Quel objectif ? Ils sont bien incapables de le dire ».
Je ne crois pas que ce soit une bonne question car elle est forcément avec ou sans réponse, celle qui dit déjà : « Non !!! ».
L’objectif est important, certes, mais quel qu’il soit, c’est le chemin qui compte. Tous les aventuriers savent cela : « L’important n’est jamais le but, mais le chemin parcouru ».

© Cristian Ronsmans

le 23 mars 2017




J'ai souvent parlé ici de Cristian Ronsmans, écrivain à la plume tantôt malicieuse, humoristique, tantôt grave, comme dans cette Ode à la jeunesse.
Cristian est avant tout un ami, toujours attentif à ce que j'écris, principal lecteur de mes poèmes. (FR)




mercredi 22 mars 2017

Ephémère éclipse à coeurs croisés





Ephémère éclipse
              à cœurs croisés



Le tout petit jour arrive et découvre le lointain
Je ne sais ce qui se cache derrière le voile noir de la nuit


Nacre rose en boutons le magnolia se déploie
L'or jonquille éclabousse un matin cendré
Ce printemps n'en finit pas de se préparer
Le manque de toi
Les échos d'Istanbul
Paralysent l'ivresse du renouveau


Je compterai les jours les heures les minutes
les secondes d'éternité
L'absence et le silence des mots ne sont rien
Mon souffle est dans la tendresse de nos cœurs
L'aube est là ses lumières annonciatrices d'une belle journée
Les jonquilles vont se régaler


On me dit le vent vif annonce la venue de la semaine sainte
Toujours froide et maussade
Le merle siffleur continue ses appels moqueurs
Je le crois amoureux
Et moi je me moque du calendrier religieux
Ce soir encore les éoliennes clignotent rouge


Le tout petit jour arrive et découvre le lointain
Je ne sais ce qui se cache derrière le voile noir de la nuit





 ©fruban

le 18 mars 2017



photos fruban