vendredi 28 mars 2014
Un dernier souvenir ( Fabrice L. )
Ne pas faire ses valises
Et pourtant dire adieu
Sur un port arrimé
Regarder vers le large
...Et entendre ta voix
A l’écoute du vent
Sur un embarcadère
Au milieu des filets
Ouvrir enfin les yeux
Vers une destinée
Attendre la marée
Aux cris des goélands
Et que dans mes cheveux
Se révèle le vent
Quitter sa terre, déraciné
Laisser tomber le passé
Je n’avais rien demandé
Enfant du monde exilé.
Relever les amarres
Pour mettre enfin les voiles
Affronter les embruns
Sous le ciel grisé
Vers l’horizon bleuté
S’enivrer de ces rires
Et ne plus croire en moi
Que quelques fois
Quitter sa terre, déraciné
Laisser tomber le passé
Je n’avais rien demandé
Enfant du monde exilé.
Oublier les amers
Sous un soleil mouillé
Sur des vagues brisées
Dessiner par l’écume
Au-delà des nuages
Sur une autre jetée
Pouvoir apercevoir
La lumière espérée.
Quitter sa terre, déraciné
Laisser tomber le passé
Je n’avais rien demandé
Enfant du monde exilé.
© Fabrice L.
Tous droits réservés
Protégé par copyright
in recueil "L'Âme des marées" paru en octobre 2014 (éd épingle à nourrice)
crédit photo F.R
mercredi 26 mars 2014
Vivre... ton héritage
De ses parents on hérite qualités ou défauts
Certaines valeurs parfois
Mon coeur me dit
Que j'hérite de toi
Mon fils
Depuis qu'un janvier glacé t'a emmené loin
là-bas... là-haut
Où... je ne sais pas
Au sein d'une Etoile
Nos passions se ressemblaient
Nos impulsions se heurtaient
Nos mots s'échangeaient
Au profond de la nuit
devant la cheminée aux flammes incandescentes
qui réchauffaient les longues soirées d'hiver
Au coeur de l'été flamboyant
nous étions réunis autour de l'immense table
dans le jardin parfumé
Senteurs de basilic de romarin de chèvrefeuille
parsemés
ici
et là
Le gouffre de l' Eternité t'a happé
Et ton départ
brusquement
a tout cassé
tout brisé
éparpillé
A jamais
J'ai noirci des pages et des pages
J'ai rassemblé tes photos tes écrits mais
Tout
était
figé...
Froid
Dénué de sens
Choc
Stupeur
Colère
Et puis un matin de brume pâle
C'était en septembre
Le piano est apparu
Psaume ou Sonate montaient
Vers toi
Me venaient de toi
De Toi
Mon fils
Mon fils...musicien poète philosophe
Amoureux de la Vie de la Beauté
Toi dont la route fut quête inassouvie
Perpétuelle
Vers ce Graal aux visages flous
indéfinis multiples exigeants et
Toujours
Passionnés
Vers ce Rivage
inaccessible
que tu entrevis
Terre Sainte
Ô Jérusalem...
Je le sais
En mon âme tu vivais
En mon coeur tu chantais
En ma vie tu mêlais tes pas
Car l' Amour
jamais
ne meurt
Tout devenait signe
Ton sang nourri de passions
Parfois folles impétueuses et brûlantes
S'est soudain mêlé au sang glacé de mes veines
Mince filet de sève
Très vite torrent
effréné
fougueux
L'enfant nourrissait sa propre mère
Je t'entends
dans les notes égrenées maladroites
Je t' 'entends
dans ces mots déposés ici
sur les mystères d'un écran vierge
Je t' entends
quand rugit
puis me caresse tendrement doucement
l'Océan
cet Infini
Où
Tu
Vis
© F.R
le 3 juin 2012
in recueil à paraître en septembre 2014
Tous droits réservés
Protégé par copyright
crédit photo F.R
mardi 25 mars 2014
Mani ( poème de Fabrice et texte de Martine C.)
Au jardin de Mani
Ce soir ce billet est une douce reconnaissance
à un auteur peu connu, c’est un peu comme un frère.
Il se prénomme Fabrice, il n’habite plus la vie d’ici mais j’écris
« se prénomme » car notre vie l’abrite toujours.
Sans cesse en quête spirituelle, il écrit ce texte qui rend grâce à Mani,
fondateur d’une religion antique et penseur engagé.
Je sais que Fabrice est au Jardin des Poètes en train de parler avec lui,
je sais aussi qu’il est une part manquante à ses plus proches.
Il me vint cet écho pour toutes les mères à qui le désordre de la vie retire
leurs enfants, qu’elles leur aient donné le jour, ou non.
Martine C
*****
Mani
Enfant du pays de Babel
Fils de Patig, enfant de celle
Aux bras de qui t’ont arraché
Ces fous de Dieu, de vérité
Peintre boiteux des palmeraies
Du roi des rois le conseiller
Tu sus convaincre une Zénobée
Et devenir le messager
Mani-Hayy
Ton jardin de lumière…
Mani-Hayy
Qu'avons-nous fait ?
Toi le médecin, le messager
On dit de toi que tu étais
De Jésus l'un des apôtres
Un disciple de Zoroastre
Bouddha d’un pays lumière
Comme les fleuves vont à la mer
Mille sagesses passeront par toi
Pour n'être plus qu'une seule voix
Mani-Hayy
Ton jardin de lumière…
Mani-Hayy
Qu'avons-nous fait
Pèlerin sans but tu cheminais
Mais il fallu pourtant rentrer
Faire tes adieux, les préparer
A préserver la vérité
Dernier voyage à Beth-Lapat
Ultime étape, dernier combat
Ceux qui t'envient d'être l'élu
Lâcheront leurs chiens en pleine rue
Mani-Hayy
Ton jardin de lumière…
Mani-Hayy
Qu'avons-nous fait
Fabrice, auteur.
(Texte protégé de la copie)
Comme un écho, la mer
Incomparables ces moments doux passés avec toi
Que ma chair ne passe pas
Comparables
A l’incandescence à deux doigts
D’attiser le bûcher où l’on jeta
La pureté vive hors de toi
Tu as comparu devant la chienne loi
Blême tu as pâli encore
A la vue des failles obscures
Où tu devais te faire ouvrière de toi-même
Jetant la chaux vive sur tes pleurs
La musique d’un piano parfois rédempteur
La fierté de l’Art d’habiter en ce coeur
Le digne don de ce regard ce pont
Le pont entre les continents et l’océan que traversera
La lame de fond l’horizon
De soi trop longuement
Mis à l’écart de l’écrin du temps
Sur l’arche solide et ivre
Tu es l’otage involontaire d’un monde à part
Où tu attends que l’apaisement ne s’évanouisse pas
« Tu apparais dans la brume de mes pas
Plus clair que l’aube où tu es né
Hors de ma portée Tu
Et j’oscille entièrement entre ta paix et mon manque »
Les rêves pourtant les plus simples n’appartiennent pas à la réalité
Alors « Pèlerin sans but tu cheminais »
Jusqu’à l’enfant qui ce soir pleure un point de côté sur la droite infinie
S’étirant jusqu’à tes cheveux en chagrin d’argent
Tu marches sur les loasées de ton sang sensuel
Où repose le ventre amputé de ta féminité
Tu soupires entre les filaments de tes cils
le vent qui ploie ton regard
vers la tombe de ceux qui aiment librement
Elle marche dans des traces de pas abondants de vide
Désire le chant du fils sans y croire marche encore vers
L’écume d’un coucher qui vient s’étouffer dans l’onde
La mère la mer pénètre la terre où la tombe est là pour rien
Au monde elle est leur flanc
A flanc de terre de mère ce flanc broyé par l’inadvertance de la vie
Parfaite la mer ne flanche pas
Défie le blanc de la perfection
Défie la hanche qui l’a vu naître
Défie le creux du ventre soustrait
Au féminin pluriel
Ecarte le rideau de la nuit apprend avant d’ ivre-vivre
Les vagues allantes venantes qui savent
Ce qu’il faut taire et prier
Pour être encore Être sous la protection d’une patience mutine
Vaine patience qui sait faire sans te brusquer elle te prend
Elle inonde sa paix dans ta gorge hurlante
Elle fait sa louve se lovant sous ton pouls
Là où il n’y a plus d’instants
Les rêves pourtant les plus simples n’appartiennent pas au monde réel
Alors -moi particule de Voca me je chante
Je suis ton silence intérieur après ta pluie
Je berce ton ventre commotionné
Je te retrouve au comble d’un nous sans t’avoir connue
Je ne peux rien en cet automne morne que d’attendre
A ton flanc que s’enflamme l’ange
Sorte de moine à part liant
Dieu et dieu comme Mani
Qu’il joigne femme et enfant
Entre faille et puits
L’ange fleurissant « Ton jardin de lumière… »
Lui seul veille sur l’épanouissement de ta pluie
Martine C
Photos : F.R., l'océan de Fabrice.
Note : dans « Les jardins de lumière », Amin Maalouf raconte la vie de Mani, qui a écrit :
« Aux commencements de l’univers, deux mondes existaient, séparés l’un de l’autre : le monde de la
Lumière et celui des Ténèbres. Dans les Jardins de Lumière étaient toutes les choses désirables, dans les
ténèbres résidait le désir, un désir puissant, impérieux, rugissant. Et soudain, à la frontière des deux mondes,
un choc se produisit, le plus violent et le plus terrifiant que l’univers ait connu. Les particules de Lumière se
sont alors mêlées aux Ténèbres, de mille façons différentes, et c’est ainsi que sont apparus toutes les
créatures, les corps célestes et les eaux, et la nature et l’homme…En tout être comme en toute chose se
côtoient et s’imbriquent Lumière et Ténèbres. Dans une datte que vous croquez, la chair nourrit votre corps,
mais le goût suave et le parfum et la couleur nourrissent votre esprit. La Lumière qui est en vous se nourrit
de beauté et de connaissance, songez à la nourrir sans arrêt, ne vous contentez pas de gaver le corps. Vos
sens sont conçus pour recueillir la beauté, pour la toucher, la respirer, la goûter, l’écouter, la contempler.
Oui, frères, vos cinq sens sont distillateurs de Lumière. Offrez-leur parfums, musiques, couleurs. Epargnezleur
la puanteur, les cris rauques et la salissure. »
Source :
http://latrace.wordpress.com/2011/03/03/les-jardins-de-lumiere-damin-maaloufhttp://latrace.wordpress.com/2011/03/03/les-jardins-de-lumiere-damin-maalouf
Ce soir ce billet est une douce reconnaissance
à un auteur peu connu, c’est un peu comme un frère.
Il se prénomme Fabrice, il n’habite plus la vie d’ici mais j’écris
« se prénomme » car notre vie l’abrite toujours.
Sans cesse en quête spirituelle, il écrit ce texte qui rend grâce à Mani,
fondateur d’une religion antique et penseur engagé.
Je sais que Fabrice est au Jardin des Poètes en train de parler avec lui,
je sais aussi qu’il est une part manquante à ses plus proches.
Il me vint cet écho pour toutes les mères à qui le désordre de la vie retire
leurs enfants, qu’elles leur aient donné le jour, ou non.
Martine C
*****
Mani
Enfant du pays de Babel
Fils de Patig, enfant de celle
Aux bras de qui t’ont arraché
Ces fous de Dieu, de vérité
Peintre boiteux des palmeraies
Du roi des rois le conseiller
Tu sus convaincre une Zénobée
Et devenir le messager
Mani-Hayy
Ton jardin de lumière…
Mani-Hayy
Qu'avons-nous fait ?
Toi le médecin, le messager
On dit de toi que tu étais
De Jésus l'un des apôtres
Un disciple de Zoroastre
Bouddha d’un pays lumière
Comme les fleuves vont à la mer
Mille sagesses passeront par toi
Pour n'être plus qu'une seule voix
Mani-Hayy
Ton jardin de lumière…
Mani-Hayy
Qu'avons-nous fait
Pèlerin sans but tu cheminais
Mais il fallu pourtant rentrer
Faire tes adieux, les préparer
A préserver la vérité
Dernier voyage à Beth-Lapat
Ultime étape, dernier combat
Ceux qui t'envient d'être l'élu
Lâcheront leurs chiens en pleine rue
Mani-Hayy
Ton jardin de lumière…
Mani-Hayy
Qu'avons-nous fait
Fabrice, auteur.
(Texte protégé de la copie)
Comme un écho, la mer
Incomparables ces moments doux passés avec toi
Que ma chair ne passe pas
Comparables
A l’incandescence à deux doigts
D’attiser le bûcher où l’on jeta
La pureté vive hors de toi
Tu as comparu devant la chienne loi
Blême tu as pâli encore
A la vue des failles obscures
Où tu devais te faire ouvrière de toi-même
Jetant la chaux vive sur tes pleurs
La musique d’un piano parfois rédempteur
La fierté de l’Art d’habiter en ce coeur
Le digne don de ce regard ce pont
Le pont entre les continents et l’océan que traversera
La lame de fond l’horizon
De soi trop longuement
Mis à l’écart de l’écrin du temps
Sur l’arche solide et ivre
Tu es l’otage involontaire d’un monde à part
Où tu attends que l’apaisement ne s’évanouisse pas
« Tu apparais dans la brume de mes pas
Plus clair que l’aube où tu es né
Hors de ma portée Tu
Et j’oscille entièrement entre ta paix et mon manque »
Les rêves pourtant les plus simples n’appartiennent pas à la réalité
Alors « Pèlerin sans but tu cheminais »
Jusqu’à l’enfant qui ce soir pleure un point de côté sur la droite infinie
S’étirant jusqu’à tes cheveux en chagrin d’argent
Tu marches sur les loasées de ton sang sensuel
Où repose le ventre amputé de ta féminité
Tu soupires entre les filaments de tes cils
le vent qui ploie ton regard
vers la tombe de ceux qui aiment librement
Elle marche dans des traces de pas abondants de vide
Désire le chant du fils sans y croire marche encore vers
L’écume d’un coucher qui vient s’étouffer dans l’onde
La mère la mer pénètre la terre où la tombe est là pour rien
Au monde elle est leur flanc
A flanc de terre de mère ce flanc broyé par l’inadvertance de la vie
Parfaite la mer ne flanche pas
Défie le blanc de la perfection
Défie la hanche qui l’a vu naître
Défie le creux du ventre soustrait
Au féminin pluriel
Ecarte le rideau de la nuit apprend avant d’ ivre-vivre
Les vagues allantes venantes qui savent
Ce qu’il faut taire et prier
Pour être encore Être sous la protection d’une patience mutine
Vaine patience qui sait faire sans te brusquer elle te prend
Elle inonde sa paix dans ta gorge hurlante
Elle fait sa louve se lovant sous ton pouls
Là où il n’y a plus d’instants
Les rêves pourtant les plus simples n’appartiennent pas au monde réel
Alors -moi particule de Voca me je chante
Je suis ton silence intérieur après ta pluie
Je berce ton ventre commotionné
Je te retrouve au comble d’un nous sans t’avoir connue
Je ne peux rien en cet automne morne que d’attendre
A ton flanc que s’enflamme l’ange
Sorte de moine à part liant
Dieu et dieu comme Mani
Qu’il joigne femme et enfant
Entre faille et puits
L’ange fleurissant « Ton jardin de lumière… »
Lui seul veille sur l’épanouissement de ta pluie
Martine C
Photos : F.R., l'océan de Fabrice.
Note : dans « Les jardins de lumière », Amin Maalouf raconte la vie de Mani, qui a écrit :
« Aux commencements de l’univers, deux mondes existaient, séparés l’un de l’autre : le monde de la
Lumière et celui des Ténèbres. Dans les Jardins de Lumière étaient toutes les choses désirables, dans les
ténèbres résidait le désir, un désir puissant, impérieux, rugissant. Et soudain, à la frontière des deux mondes,
un choc se produisit, le plus violent et le plus terrifiant que l’univers ait connu. Les particules de Lumière se
sont alors mêlées aux Ténèbres, de mille façons différentes, et c’est ainsi que sont apparus toutes les
créatures, les corps célestes et les eaux, et la nature et l’homme…En tout être comme en toute chose se
côtoient et s’imbriquent Lumière et Ténèbres. Dans une datte que vous croquez, la chair nourrit votre corps,
mais le goût suave et le parfum et la couleur nourrissent votre esprit. La Lumière qui est en vous se nourrit
de beauté et de connaissance, songez à la nourrir sans arrêt, ne vous contentez pas de gaver le corps. Vos
sens sont conçus pour recueillir la beauté, pour la toucher, la respirer, la goûter, l’écouter, la contempler.
Oui, frères, vos cinq sens sont distillateurs de Lumière. Offrez-leur parfums, musiques, couleurs. Epargnezleur
la puanteur, les cris rauques et la salissure. »
Source :
http://latrace.wordpress.com/2011/03/03/les-jardins-de-lumiere-damin-maaloufhttp://latrace.wordpress.com/2011/03/03/les-jardins-de-lumiere-damin-maalouf
Mani ( Fabrice L. )
Mani
Enfant du pays de Babel
Fils de Patig, enfant de celle
Aux bras de qui t’ont arraché
Ces fous de Dieu, de vérité
Peintre boiteux des palmeraies
Du roi des rois le conseiller
Tu sus convaincre une Zénobée
Et devenir le messager
Mani-Hayy
Ton jardin de lumière…
Mani-Hayy
Qu'avons-nous fait ?
Toi le médecin, le messager
On dit de toi que tu étais
De Jésus l'un des apôtres
Un disciple de Zoroastre
Bouddha d’un pays lumière
Comme les fleuves vont à la mer
Mille sagesses passeront par toi
Pour n'être plus qu'une seule voix
Mani-Hayy
Ton jardin de lumière…
Mani-Hayy
Qu'avons-nous fait
Pèlerin sans but tu cheminais
Mais il fallu pourtant rentrer
Faire tes adieux, les préparer
A préserver la vérité
Dernier voyage à Beth-Lapat
Ultime étape, dernier combat
Ceux qui t'envient d'être l'élu
Lâcheront leurs chiens en pleine rue
Mani-Hayy
Ton jardin de lumière…
Mani-Hayy
Qu'avons-nous fait
Fabrice L.
©Tous droits réservés
protégé par copyright
| Ton océan Fabrice |
Mani *
Mani **
lundi 24 mars 2014
J'explique certaines choses (Pablo Neruda)
Vous allez demander: Où sont donc les lilas ?
Et la métaphysique couverte de coquelicots ?
Et la pluie qui frappait si souvent
vos paroles les remplissant
de brèches et d'oiseaux?
Je vais vous raconter ce qui m’arrive.
Je vivais dans un quartier
de Madrid, avec des cloches,
avec des horloges, avec des arbres.
De ce quartier on apercevait le visage sec de la Castille ainsi qu'un océan de cuir.
Ma maison était appelée
la maison des fleurs, parce que des tous côtés
éclataient les géraniums : c'était
une belle maison
avec, des chiens et des enfants.
Raoul, te souviens-tu ?
Te souviens-tu, Rafael ?
Federico, te souviens-tu
sous la terre,
te souviens-tu de ma maison et des balcons où
la lumière de juin noyait des fleurs sur ta bouche ?
Frère, frère !
Tout
n'était que cris, sel de marchandises,
agglomérations de pain palpitant,
marchés de mon quartier d'Arguelles avec sa statue
comme un encrier pâle parmi les merluches :
l'huile arrivait aux cuillères,
un profond battement
de pieds et de mains emplissait les rues,
métros, litres, essence
profonde de la vie,
poissons entassés,
contexture de toits cernés d'un soleil froid dans lequel
la flèche se fatigue,
délirant ivoire des fines pommes de terre,
tomates recommencées jusqu'à la mer.
Et un matin tout était en feu
et un matin les bûchers
sortaient de terre
dévorant les êtres vivants,
et dès lors ce fut le feu,
ce fut la poudre,
et ce fut le sang.
Des bandits avec des avions, avec des maures,
des bandits avec des bagues et des duchesses,
des bandits avec des moines noirs pour bénir
tombaient du ciel pour tuer des enfants,
et à travers les rues le sang des enfants
coulait simplement, comme du sang d'enfants.
Chacals que le chacal repousserait,
pierres que le dur chardon mordrait en crachant,
vipères que les vipères détesteraient!
Face à vous j'ai vu le sang
de l'Espagne se lever
pour vous noyer dans une seule vague
d'orgueil et de couteaux!
Généraux
de trahison :
regardez ma maison morte,
regardez l'Espagne brisée :
mais de chaque maison morte surgit un métal ardent
au lieu de fleurs,
mais de chaque brèche d'Espagne
surgit l'Espagne,
mais de chaque enfant mort surgit un fusil avec des yeux,
mais de chaque crime naissent des balles
qui trouveront un jour l'endroit
de votre coeur.
Vous allez demander pourquoi votre poésie
ne parle-t-elle pas du rêve, des feuilles,
des grands volcans de votre pays natal ?
Venez voir le sang dans les rues,
venez voir
le sang dans les rues,
venez voir le sang
dans les rues !
Pablo Neruda
Résidence sur la Terre, Editions Gallimard , 1969, traduction de Guy Suares, revue par Mélina Cariz
Version originale
Preguntaréis: Y dónde están las lilas?
Y la metafísica cubierta dé amapolas?
Y la lluvia que a menudo golpeaba
sus palabras llenándolas
de agujeros y pájaros?
Os voy a contar todo lo que me pasa.
Yo vivía en un barrio
de Madrid, con campanas,
con relojes, con árboles.
Desde allí se veía
el rostro seco de Castilla
como un océano de cuero.
Mi casa era llamada
la casa de las flores, porque por todas partes
estallaban geranios: era
una bella casa
con perros y chiquillos.
Raúl, te acuerdas?
Te acuerdas, Rafael?
Federico, te acuerdas
debajo de la tierra,
te acuerdas de mi casa con balcones en donde
la luz de junio ahogaba flores en tu boca?
Hermano, hermano!
Todo
eran grandes voces, sal de mercaderías,
aglomeraciones de pan palpitante,
mercados de mi barrio de Arguelles con su estatua
como un tintero pálido entre las merluzas:
el aceite llegaba a las cucharas,
un profundo latido
de pies y manos llenaba las calles,
metros, litros, esencia
aguda de la vida,
pescados hacinados,
contextura de techos con sol frío en el cual
la flecha se fatiga,
delirante marfil fino de las patatas,
tomates repetidos hasta el mar.
Y una mañana todo estaba ardiendo
y una mañana las hogueras
salían de la tierra
devorando seres,
y desde entonces fuego,
pólvora desde entonces,
y desde entonces sangre.
Bandidos con aviones y con moros,
bandidos con sortijas y duquesas,
bandidos con frailes negros bendiciendo
venían por el cielo a matar niños,
y por las calles la sangre de los niños
corría simplemente, como sangre de niños.
Chacales que el chacal rechazaría,
piedras que el cardo seco mordería escupiendo,
víboras que las víboras odiaran!
Frente a vosotros he visto la sangre
de España levantarse
para ahogaros en una sola ola
de orgullo y de cuchillos!
Generales
traidores:
mirad mi casa muerta,
mirad España rota:
pero de cada casa muerta sale metal ardiendo
en vez de flores,
pero de cada hueco de España
sale España,
pero de cada niño muerto sale un fusil con ojos,
pero de cada crimen nacen balas
que os hallarán un día el sitio
del corazón.
Preguntaréis por qué su poesía
no nos habla del sueño, de las hojas,
de los grandes volcanes de su país natal?
Venid a ver la sangre por las calles
venid a ver
la sangré por las calles,
venid a ver la sangre
por las calles!
dimanche 23 mars 2014
Credo ( Leon Felipe)
http://www.poemas-del-alma.com/leon-felipe-credo.htm
Aquí estoy...
En este mundo todavía... Viejo y cansado... Esperando
a que me llamen...
Muchas veces he querido escaparme por la puerta maldita
y condenada
y siempre un ángel invisible me ha tocado en el hombro
y me ha dicho severo:
No, no es la hora todavía... hay que esperar...
Y aquí estoy esperando...
con el mismo traje viejo de ayer,
haciendo recuentos y memoria,
haciendo examen de conciencia,
escudriñando agudamente mi vida...
¡Qué desastre!... ¡Ni un talento!... Todo lo perdí.
Sólo mis ojos saben aún llorar. Esto es lo que me queda...
Y mi esperanza se levanta para decir acongojada:
Otra vez lo haré mejor, Señor,
porque... ¿no es cierto que volvemos a nacer?
¿No es cierto que de alguna manera volvemos a nacer?
Creo que Dios nos da siempre otra vida,
otras vidas nuevas,
otros cuerpos con otras herramientas,
con otros instrumentos... Otras cajas sonoras
donde el alma inmortal y viajera se mueva mejor
para ir corrigiendo lentamente,
muy lentamente, a través de los siglos,
nuestros viejos pecados,
nuestros tercos pecados...
para ir eliminando poco a poco
el veneno original de nuestra sangre
que viene de muy lejos.
Corre el tiempo y lo derrumba todo, lo transforma todo.
Sin embargo pasan los siglos y el alma está, en otro sitio...
¡pero está!
Creo que tenemos muchas vidas,
que todas son purgatorios sucesivos,
y que esos purgatorios sucesivos, todos juntos,
constituyen el infierno, el infierno purificador,
al final del cual está la Luz, el Gran Dios, esperándonos.
Ni el infierno... ni el fuego y el dolor son eternos.
Sólo la Luz brilla sin tregua,
diamantina,
infinita,
misericordiosa,
perdurable por los siglos de los siglos...
Ahí está siempre con sus divinos atributos.
Sólo mis ojos hoy son incapaces de verla...
estos pobres ojos que no saben aún más que llorar.
CREDO
Aquí estoy...
En este mundo todavía... Viejo y cansado... Esperando
a que me llamen...
Muchas veces he querido escaparme por la puerta maldita
y condenada
y siempre un ángel invisible me ha tocado en el hombro
y me ha dicho severo:
No, no es la hora todavía... hay que esperar...
Y aquí estoy esperando...
con el mismo traje viejo de ayer,
haciendo recuentos y memoria,
haciendo examen de conciencia,
escudriñando agudamente mi vida...
¡Qué desastre!... ¡Ni un talento!... Todo lo perdí.
Sólo mis ojos saben aún llorar. Esto es lo que me queda...
Y mi esperanza se levanta para decir acongojada:
Otra vez lo haré mejor, Señor,
porque... ¿no es cierto que volvemos a nacer?
¿No es cierto que de alguna manera volvemos a nacer?
Creo que Dios nos da siempre otra vida,
otras vidas nuevas,
otros cuerpos con otras herramientas,
con otros instrumentos... Otras cajas sonoras
donde el alma inmortal y viajera se mueva mejor
para ir corrigiendo lentamente,
muy lentamente, a través de los siglos,
nuestros viejos pecados,
nuestros tercos pecados...
para ir eliminando poco a poco
el veneno original de nuestra sangre
que viene de muy lejos.
Corre el tiempo y lo derrumba todo, lo transforma todo.
Sin embargo pasan los siglos y el alma está, en otro sitio...
¡pero está!
Creo que tenemos muchas vidas,
que todas son purgatorios sucesivos,
y que esos purgatorios sucesivos, todos juntos,
constituyen el infierno, el infierno purificador,
al final del cual está la Luz, el Gran Dios, esperándonos.
Ni el infierno... ni el fuego y el dolor son eternos.
Sólo la Luz brilla sin tregua,
diamantina,
infinita,
misericordiosa,
perdurable por los siglos de los siglos...
Ahí está siempre con sus divinos atributos.
Sólo mis ojos hoy son incapaces de verla...
estos pobres ojos que no saben aún más que llorar.
samedi 22 mars 2014
Alors ( Leandro Calle )
Alors
dans le silence seul
je découvre
que Tu résonnes
Armando ROJAS GUARDIA
I
Impossible de bâillonner le cœur
qui au bout du compte parle toujours.
Ta voix brûle dès qu’arrive le silence.
*
Tout a du sens
tout est calme
quand je bois l’eau de mon fleuve.
*
Mon dos contre le dos du mur
le dos de la question contre le dos de dieu.
Alors
regarder vers le dedans
naître.
*
Les chiens aboient dans la nuit noire
ils flairent ta présence silencieuse
ils courent affolés de part et d’autre
et soudain se taisent et tout devient muet
et les chiens de l’âme ruminent le silence
ils mordent le mutisme nocturne avec rage
parce que mon flair sent ta présence
ta présence qui passe et ne reste pas.
*
Les nuages passent comme des navires
les nuages passent libres et agités.
Bonheur d’être poussés par bonheur.
Vent obscur
très lente lumière
solidité de l’eau.
*
La ficelle jaune de la clé était suspendue à la porte
lorsque j’ai fermé les yeux, les oiseaux chantaient dans un bois
où l’unique gravité était tournée vers le haut.
*
Midi de la satiété que la nuit
car la soif est comme le soleil
qui s’éteint et s’allume
et jamais ne s’apaise.
Pourquoi ne pas brûler sans plus et pour toujours ?
Braise mouillée de l’âme à demi allumée.
*
Lorsqu’il embrase, il embrasse.
*
Tristesse d’un après-midi de dimanche
douceur de la brise et des oiseaux
douceur de la juteuse herbe fraîche
lenteur et silence des nuages.
Tout l’après-midi est absence
car ta voix n’a pas encore parlé
et l’attente est aussi triste
qu’un train qui s’éloigne.
*
Quand tu n’es pas là
je veux boire sur n’importe quelle lèvre
mais il n’est pour moi de lèvres que les miennes.
Quand tu n’es pas là
ma soif sort te chercher
elle renifle dans le désert
*
Remplie de plantes cette maison
dans la joie sereine de la verdure
qui rend grâce à la pluie tropicale
avec des éclats de couleurs
par tous les coins de pièce.
Et moi toujours assoiffé de ton corps
avec l’hymen intact de mes yeux
sans pouvoir encore pénétrer
sans pouvoir célébrer
l’insaisissable orgasme du monde.
*
Tu es passé dans l’après-midi
le murmure des feuilles le dit
les moineaux dans leurs nids le disent
et le doux adagio de l’herbe et du vent.
Tu es passé dans l’après-midi sans rester.
Tu es passé dans l’après-midi et cela suffit.
*
Éteintes, asséchées, mortes
les étoiles brillent encore.
Elles sont les os de dieu.
*
L’âme est un oiseau sans ailes
lorsqu’elle chante
toutes les choses peuvent s’élever.
II
L’exil n’existe pas
l’exil c’est moi
quittant toujours le lieu d’où je ne suis pas parti.
*
Les eaux du névé descendent
et viennent jusqu’à moi dans leur silence.
Elles viennent la nuit
pour brûler la soif
pour continuer à courir au plus profond.
*
Comme le soleil
l’eau nomme les choses sans les nommer
sa silencieuse voix
est un baptême du monde.
*
La rigole mouille la verte lèvre de la forêt
et les fleurs sylvestres se multiplient par milliers.
Labyrinthe sans aucun centre que l’épaisseur.
La beauté guette de toutes parts.
*
Les paupières s’en sont allées avec le soir
et un crépitement d’oiseaux fleurit dans les pupilles.
Le calme pleut goutte à goutte.
*
Je sens ta brûlure d’oiseau dans le soir.
Tu fuis vers moi
comme la soif qui décide
de revenir.
*
C’est une drôle de pierre que le cœur
même ta voix par moments ne le supporte pas.
*
Offertoire craquant au milieu de la nuit
ce pauvre scarabée pattes en l’air
en un mouvement continuel, inutile.
Ainsi mon cœur faisait des tours
sans avancer d’un seul pas.
Soudain ta main me retourna
et tel Adam je suis allé me cacher parmi les plantes.
*
Vient la nuit virginale, intacte
touchant presque le bord de l’âme
voulant presque dire son silence
dans le lointain gémissement d’un grillon.
*
Par l’égout
toute l’eau s’en est allée.
La baignoire
est restée vide.
Ainsi mon âme
dès que tu es parti.
*
La pluie douce
comme la venue d’agneaux si blancs.
À nouveau ta manière, ta façon de faire
et l’animal qui habite au fond de moi
(le buffle, le taureau, le minotaure)
s’agenouille à nouveau devant cette pluie.
*
Comme l’écureuil dans la forêt
apparaît et disparaît
ainsi ta chaleur.
*
Le buisson brûle, brûle depuis toujours
mais il brûle sans lumière, sans chaleur
sans feu.
Tu étais déjà dedans
tu ne t’étais jamais en allé.
*
À présent la grâce de l’écureuil
se retrouve partout :
pluie, pétales
plantes, nuages
insectes et semences.
À présent le monde entier
est un accord clair.
À présent je suis joué dans cette musique.
The silence when I hold you to my chest
Billy Collins
J’ai cherché la soif dans les seules flaques
sans connaître la saveur ce que je buvais
des eaux sans soleil pour les os secs
où la langue goûte l’abandon.
Ta nudité survint comme la rose
ce fut la lumière sur mes doigts et sur ton dos.
À tant appeler l’amour, l’amour est venu.
Un rai de soleil sur tant d’ombre.
Leandro Calle
(à Jaqui)
Traduction, Yves Roullière
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http://www.recoursaupoeme.fr/chroniques/leandro-calle/la-r%C3%A9daction
je découvre
que Tu résonnes
Armando ROJAS GUARDIA
I
Impossible de bâillonner le cœur
qui au bout du compte parle toujours.
Ta voix brûle dès qu’arrive le silence.
*
Tout a du sens
tout est calme
quand je bois l’eau de mon fleuve.
*
Mon dos contre le dos du mur
le dos de la question contre le dos de dieu.
Alors
regarder vers le dedans
naître.
*
Les chiens aboient dans la nuit noire
ils flairent ta présence silencieuse
ils courent affolés de part et d’autre
et soudain se taisent et tout devient muet
et les chiens de l’âme ruminent le silence
ils mordent le mutisme nocturne avec rage
parce que mon flair sent ta présence
ta présence qui passe et ne reste pas.
*
Les nuages passent comme des navires
les nuages passent libres et agités.
Bonheur d’être poussés par bonheur.
Vent obscur
très lente lumière
solidité de l’eau.
*
La ficelle jaune de la clé était suspendue à la porte
lorsque j’ai fermé les yeux, les oiseaux chantaient dans un bois
où l’unique gravité était tournée vers le haut.
*
Midi de la satiété que la nuit
car la soif est comme le soleil
qui s’éteint et s’allume
et jamais ne s’apaise.
Pourquoi ne pas brûler sans plus et pour toujours ?
Braise mouillée de l’âme à demi allumée.
*
Lorsqu’il embrase, il embrasse.
*
Tristesse d’un après-midi de dimanche
douceur de la brise et des oiseaux
douceur de la juteuse herbe fraîche
lenteur et silence des nuages.
Tout l’après-midi est absence
car ta voix n’a pas encore parlé
et l’attente est aussi triste
qu’un train qui s’éloigne.
*
Quand tu n’es pas là
je veux boire sur n’importe quelle lèvre
mais il n’est pour moi de lèvres que les miennes.
Quand tu n’es pas là
ma soif sort te chercher
elle renifle dans le désert
*
Remplie de plantes cette maison
dans la joie sereine de la verdure
qui rend grâce à la pluie tropicale
avec des éclats de couleurs
par tous les coins de pièce.
Et moi toujours assoiffé de ton corps
avec l’hymen intact de mes yeux
sans pouvoir encore pénétrer
sans pouvoir célébrer
l’insaisissable orgasme du monde.
*
Tu es passé dans l’après-midi
le murmure des feuilles le dit
les moineaux dans leurs nids le disent
et le doux adagio de l’herbe et du vent.
Tu es passé dans l’après-midi sans rester.
Tu es passé dans l’après-midi et cela suffit.
*
Éteintes, asséchées, mortes
les étoiles brillent encore.
Elles sont les os de dieu.
*
L’âme est un oiseau sans ailes
lorsqu’elle chante
toutes les choses peuvent s’élever.
II
L’exil n’existe pas
l’exil c’est moi
quittant toujours le lieu d’où je ne suis pas parti.
*
Les eaux du névé descendent
et viennent jusqu’à moi dans leur silence.
Elles viennent la nuit
pour brûler la soif
pour continuer à courir au plus profond.
*
Comme le soleil
l’eau nomme les choses sans les nommer
sa silencieuse voix
est un baptême du monde.
*
La rigole mouille la verte lèvre de la forêt
et les fleurs sylvestres se multiplient par milliers.
Labyrinthe sans aucun centre que l’épaisseur.
La beauté guette de toutes parts.
*
Les paupières s’en sont allées avec le soir
et un crépitement d’oiseaux fleurit dans les pupilles.
Le calme pleut goutte à goutte.
*
Je sens ta brûlure d’oiseau dans le soir.
Tu fuis vers moi
comme la soif qui décide
de revenir.
*
C’est une drôle de pierre que le cœur
même ta voix par moments ne le supporte pas.
*
Offertoire craquant au milieu de la nuit
ce pauvre scarabée pattes en l’air
en un mouvement continuel, inutile.
Ainsi mon cœur faisait des tours
sans avancer d’un seul pas.
Soudain ta main me retourna
et tel Adam je suis allé me cacher parmi les plantes.
*
Vient la nuit virginale, intacte
touchant presque le bord de l’âme
voulant presque dire son silence
dans le lointain gémissement d’un grillon.
*
Par l’égout
toute l’eau s’en est allée.
La baignoire
est restée vide.
Ainsi mon âme
dès que tu es parti.
*
La pluie douce
comme la venue d’agneaux si blancs.
À nouveau ta manière, ta façon de faire
et l’animal qui habite au fond de moi
(le buffle, le taureau, le minotaure)
s’agenouille à nouveau devant cette pluie.
*
Comme l’écureuil dans la forêt
apparaît et disparaît
ainsi ta chaleur.
*
Le buisson brûle, brûle depuis toujours
mais il brûle sans lumière, sans chaleur
sans feu.
Tu étais déjà dedans
tu ne t’étais jamais en allé.
*
À présent la grâce de l’écureuil
se retrouve partout :
pluie, pétales
plantes, nuages
insectes et semences.
À présent le monde entier
est un accord clair.
À présent je suis joué dans cette musique.
The silence when I hold you to my chest
Billy Collins
J’ai cherché la soif dans les seules flaques
sans connaître la saveur ce que je buvais
des eaux sans soleil pour les os secs
où la langue goûte l’abandon.
Ta nudité survint comme la rose
ce fut la lumière sur mes doigts et sur ton dos.
À tant appeler l’amour, l’amour est venu.
Un rai de soleil sur tant d’ombre.
Leandro Calle
(à Jaqui)
Traduction, Yves Roullière
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vendredi 21 mars 2014
Lettre de René Char à Yvonne
Janvier 1952
Le cœur soudain privé, l'hôte du désert devient presque lisiblement le cœur fortuné, le cœur agrandi, le diadème.
Je n'ai plus de fièvre ce matin. Ma tête
est de nouveau claire et vacante, posée comme un rocher sur un verger à
ton image. Le vent, qui soufflait du Nord hier, fait tressaillir par
endroits le flanc meurtri des arbres.
Je sens que ce pays te doit une
émotivité moins défiante et des yeux autres que ceux à travers lesquels
il considérait toutes choses auparavant. Tu es partie mais tu demeures
dans l'inflexion des circonstances , puisque lui et moi avons mal. Pour
te rassurer dans ma pensée, j'ai rompu avec les visiteurs éventuels,
avec les besognes et la contradiction. Je me repose comme tu assures que
je dois le faire. Je vais souvent à la montagne dormir. C'est alors, en
vérité, qu'avec l'aide d'une nature à présent favorable, je m'évade des
échardes enfoncées dans ma chair, vieux accidents, âpres tournois.
Pourras-tu accepter contre toi un homme si haletant ?
Lunes et nuit, vous êtes un loup de velours noir, village, sur la veillée de mon amour.
"Scrute tes paupières", me disait ma
mère, penchée sur mon avant-sommeil d'écolier. J'apercevais flottant un
petit caillou, tantôt paresseux, tantôt strident, un galet pour verdir
dans l'herbe. Je pleurais. Je l'eusse voulu dans mon âme, et seulement
là.
Chant d'insomnie:
Amour hélant, l'Amoureuse viendra,
Gloria de l'été, ô fruits !
La flèche du soleil traversera ses lèvres,
Le trèfle nu sur sa chair bouclera,
Miniature semblable à l'iris, l'orchidée,
Cadeau le plus anciens des prairies au plaisir
Que la cascade instille, que la bouche délivre.
Je voudrais me glisser dans une forêt où
les plantes se refermeraient et s'étreindraient derrière nous, forêt
nombre de fois centenaire, mais elle reste à semer. C'est un chagrin
d'avoir, dans sa courte vie, passé à côté du feu avec des mains de
pêcheur d'éponges. "Deux étincelles, tes aïeules", raille l'alto du
temps, sans compassion.
L'automne ! Le parc compte ses arbres
bien distincts ! Celui-ci est roux traditionnellement ; cet autre
fermant le chemin est une bouillie d'épines. Le rouge-gorge est arrivé,
le gentil luthier des campagnes. Les gouttes de son chant s'égrènent sur
le carreau de la fenêtre. Dans l'herbe de la pelouse grelottent de
magiques assassinats d'insectes. Ecoute, mais n'entends pas.
Mon éloge tournoie sur les boucles de ton front, comme un épervier à bec droit.
Parfois j'imagine qu'il serait bon de se
noyer à la surface d'un étang où nulle barque ne s'aventurerait.
Ensuite, ressusciter dans le courant d'un vrai torrent où tes couleurs
bouillonneraient.
L'air que je sens toujours prêt à manquer à la plupart des êtres, s'il te traverse, a une profusion et des loisirs étincelants.
Il faut que je craque ce qui enserre
cette ville où tu trouves retenue. Vent, vent, vent autour des troncs et
sur les chaumes.
J'ai levé les yeux sur la fenêtre de ta chambre. As-tu tout emporté ? Ce
n'est qu'un flocon qui fond sur ma paupière. Laide saison où l'on croit
regretter, où l'on projette, alors qu'on s'aveulit.
Tu es plaisir, avec chaque vague séparée
de ses suivantes. Enfin toutes à la fois chargent. C'est la mer qui se
fonde, qui s'invente. Tu es plaisir, corail de spasmes.
Absent partout où l'on fête un absent.
Je ris merveilleusement avec toi.
Voilà la chance unique.
Qui n'a pas rêvé, en flânant sur le
boulevard des villes, d'un monde qui, au lieu de commencer avec la
parole, débuterait avec les intentions ?
Quel mouvement hostile t'accapare ? Ta
personne se hâte, ton baiser disparaît. L'un avec les inventions de
l'autre, sans départ, multipliait les sillages.
Je ne puis être et ne veux vivre que
dans l'espace et dans la liberté de mon amour. Nous ne sommes pas
ensemble le produit d'une capitulation, ni le motif d'une servitude plus
déprimante encore. Aussi menons-nous malicieusement l'un contre l'autre
une guérilla sans reproche.
Nos paroles sont lentes à nous parvenir,
comme si elles contenaient, séparées, une sève suffisante pour rester
closes tout un hiver ; ou mieux, comme si, à chaque extrémité de la
silencieuse distance, se mettant en joue, il leur était interdit de
s'élancer et de se joindre. Notre voix court de l'un à l'autre ; mais
chaque avenue, chaque treille, chaque fourré, la tire à lui, la retient,
l'interroge. Tout est prétexte à la ralentir.
Souvent je ne parle que pour toi, afin que la terre m'oublie.
Après le vent c'est toujours plus beau, bien que la douleur de la nature continuât.
Je viens de rentrer. J'ai longtemps
marché. Tu es la Continuelle. Je fais du feu. Je m'assois dans le
fauteuil de panacée. Dans les plis des flammes barbares, ma fatigue
escalade à son tour. Métamorphose bienveillante alternant avec la
funeste.
Dehors le jour indolore se traîne, que
les verges des saules renoncent à fustiger. Plus haut, il y a la mesure
de la futaie que l'aboi des chiens et le cri des chasseurs déchirent.
Notre arche à tous, la très parfaite,
naufrage à l'instant de son pavois. Dans ses débris et sa poussière,
l'homme à tête de nouveau-né réapparait. Déjà mi-liquide, mi-fleur.
La terre feule, les nuits de pariade. Un complot de branches mortes n'y pourrait tenir.
S'il n'y avait sur terre que nous, mon
amour, nous serions sans complices et sans alliés. Avant-coureurs
candides ou survivants hébétés.
L'exercice de la vie, quelques combats
au dénouement sans solution mais aux motifs valides, m'ont appris à
regarder la personne humaine sous l'angle du ciel dont le bleu d'orage
lui est le plus favorable.
Toute la bouche et la faim de quelque chose de meilleur que la lumière — de plus échancré et de plus agrippant — se déchaînent.
Celui qui veille au sommet du plaisir
est l'égal du soleil comme de la nuit. Celui qui veille n'a pas d'ailes,
il ne poursuit pas.
J'entrouvre la porte de notre chambre. Y
dorment nos jeux. Placés par ta main même. Blasons durcis, ce matin,
comme du miel de cerisier.
Il est des parcelles de lieux où l'âme
rare subitement exulte. Alentour ce n'est qu'espace indifférent. Du sol
glacé elle s'élève, déploie tel un chant sa fourrure, pour protéger ce
qui la bouleverse, l'ôter de la vue du froid.
Mon exil est enclos dans la grêle. Mon exil monte à sa tour de patience. Pourquoi le ciel se voûte-t-il ?
Pourquoi le champ de la blessure est-il
de tous le plus prospère ?Les hommes aux vieux regards, qui ont eu un
ordre du ciel transpercé, en reçoivent sans s'étonner la nouvelle.
Affileur de mon mal je souffre d'entendre les fontaines de ta route se partager la pomme des orages.
Une clochette tinte sur la pente des
mousses où tu t'assoupissais, mon ange du détour. Le sol de graviers
nains était l'envers humide du long ciel, les arbres, des danseurs
intrépides.
Trêve, sur la barrière, de ton museau repu d'écumes, jument de mauvais
songe, ta course est depuis longtemps terminée.
Cet hivernage de la pensée occupée d'un seul être que l'absence s'efforce de placer à mi-longueur du factice et du surnaturel.
Ce n'est pas simple de rester hissé sur la vague du courage quand on suit du regard quelque oiseau volant au déclin du jour.
Je ne confonds pas la solitude avec la
lyre du désert. Le nuage cette nuit qui cerne ton oreille n'est pas de
neige endormante, mais d'embruns enlevés au printemps.
Il y a deux iris jaunes dans l'eau verte de la Sorgue. Si le courant les emportait, c'est qu'ils seraient décapités.
Ma convoitise comique, mon vœu glacé :
saisir ta tête comme un rapace à flanc d'abîme. Je t'avais, maintes
fois, tenue sous la pluie des falaises, comme un faucon encapuchonné.
Voici encore les marches du monde
concret, la perspective obscure où gesticulent des silhouettes d'hommes
dans les rapines et la discorde. Quelques-unes, compensantes, règlent le
feu de la moisson, s'accordent avec les nuages.
Merci d'être, sans jamais te casser,
iris, ma fleur de gravité. Tu élèves au bord des eaux des affections
miraculeuses, tu ne pèses pas sur les mourants que tu veilles, tu éteins
des plaies sur lesquelles le temps n'a pas d'action, tu ne conduis pas à
une maison consternante, tu permets que toutes les fenêtres reflétées
ne fassent qu'un seul visage de passion, tu accompagnes le retour du
jour sur les vertes avenues libres.
René Char, Lettera amorosa,
Ed. Gallimard, 2007
jeudi 20 mars 2014
Allo
Me blottir dans la pénombre qui te caresse si bien
Déposer des baisers miens
et m'enfouir en tes bras
toujours si loin beaucoup trop loin
Promener mes doigts mes mains
sur ton visage aimé
sa chaleur sa présence désirées
Rêver un instant
que c'est ta voix que j'entends
__ Allo.......
© F.R
le 5 mars 2014Tous droits réservés
Protégé par copyright
crédit photo F.R
mercredi 19 mars 2014
La Part d'ombre
Tu avances en cet hiver printanier
où les bourgeons enflent leur ventre fécond
gorgé de sève nouvelle ____ la Vie
Tu rêves de musique et d'harmonie
guidée sur le chemin par les chants d'oiseaux
Tu écoutes Barbara ou Lhasa
Jo et Katerina Et puis
Qu'as-tu fait de ta vie ?
Petite fille rebelle en ses rêves joyeux
en ses premiers émois amoureux
si souvent passions exaltées ____ Puis
mère attentive et fière
tu avances sur des chemins sinueux des ornières
où tu perds pieds t'enlises
mais tu te relèves Vite
Tu avances plus lentement ces jours
regard tourné vers le passé
à l'instant présent tu t'accroches
il s'est enfui _____ déjà
Devant toi un temps incertain des brumes des brouillards
dans leurs linceuls des fantômes décharnés
se dressent et te hèlent
Qu'as-tu fait de ta vie ?
Que feras-tu demain _______ Où est demain ?
Dans la balance tu déposes tes paquets
de rêves d'idéaux de désirs
ceux d'hier ont été mis au pas
souillés parfois
tant est sournoise la réalité
Tu avances et tu tangues
tu penses à ton Amour ___ la Poésie
le porte comme elle te porte toi
Beauté pureté En grand
ton coeur s'est ouvert
ton corps fatigué rompu a frémi gémi
tu penses il est le Dernier Homme
Le sera-t-il encore demain ?
L'Ombre sur vous s'est installée
tant de blessures tant de déchirures
tant de serments endeuillés
Ton coeur se crispe refermé
il crie il saigne _____ il se tait
Ton corps souffre il te fait mal
Vas-tu laissée ouverte la porte
sur la Nuit qui t'enveloppe ?
Notre vie mon amour est si fragile
quand s'insinue le venin
in recueil "L'Âme des marées" paru en octobre 2014
Ed. Epingles à nourrice éditions - ene
http://editozap.jimdo.com/livres/
Tous droits réservés
Protégé par copyright
crédit photo F.R ©
où les bourgeons enflent leur ventre fécond
gorgé de sève nouvelle ____ la Vie
Tu rêves de musique et d'harmonie
guidée sur le chemin par les chants d'oiseaux
Tu écoutes Barbara ou Lhasa
Jo et Katerina Et puis
Qu'as-tu fait de ta vie ?
Petite fille rebelle en ses rêves joyeux
en ses premiers émois amoureux
si souvent passions exaltées ____ Puis
mère attentive et fière
tu avances sur des chemins sinueux des ornières
où tu perds pieds t'enlises
mais tu te relèves Vite
Tu avances plus lentement ces jours
regard tourné vers le passé
à l'instant présent tu t'accroches
il s'est enfui _____ déjà
Devant toi un temps incertain des brumes des brouillards
dans leurs linceuls des fantômes décharnés
se dressent et te hèlent
Qu'as-tu fait de ta vie ?
Que feras-tu demain _______ Où est demain ?
Dans la balance tu déposes tes paquets
de rêves d'idéaux de désirs
ceux d'hier ont été mis au pas
souillés parfois
tant est sournoise la réalité
Tu avances et tu tangues
tu penses à ton Amour ___ la Poésie
le porte comme elle te porte toi
Beauté pureté En grand
ton coeur s'est ouvert
ton corps fatigué rompu a frémi gémi
tu penses il est le Dernier Homme
Le sera-t-il encore demain ?
L'Ombre sur vous s'est installée
tant de blessures tant de déchirures
tant de serments endeuillés
Ton coeur se crispe refermé
il crie il saigne _____ il se tait
Ton corps souffre il te fait mal
Vas-tu laissée ouverte la porte
sur la Nuit qui t'enveloppe ?
Notre vie mon amour est si fragile
quand s'insinue le venin
© F.R
le 20 mars 2014in recueil "L'Âme des marées" paru en octobre 2014
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