mardi 24 mars 2015

Des larmes sur les promesses de fruits, de F.Ruban

                         
         



                                       Des larmes sur les promesses de fruits


Aurore aux doigts de plomb
sous le souffle glacial balayée
rafales nordiques cavales  d'Eole
En bouquets d'or jonquilles forsythias
t'invitent pour quelques pas  __   Que
tu ne feras pas

Gonflés les bourgeons poussent leur sève
les nappes fleuries se lèvent
les violettes caressent de parme de rose de bleu
tes narines en éveil  __     Mais
paressent et soupirent tes désirs
Comment te lever et partir

Tendres frémissements du printemps    __  Mais
ce soir-là le ciel flambait et versait
des larmes de sang
La nuit s'installait et
en ses voiles emportait l'âme des innocents
Ne reste au matin qu'une infime lueur

Le poète en quête de Beauté et d'Amour
voudrait embellir les manques
ne plus vivre replié en son égoïste bulle
A l'écoute des résonances du monde
il veut des mots armes des mots paix
il se dresse résiste crie

          Qui l'entend ?


Croire en l'espoir de l'espoir
au possible des possibles

Un

face

aux assassins


©fruban

le 23 mars 2015

Tous droits réservés
Protégé par copyright

Recueil en cours




crédit photos fruban











                                     

dimanche 22 mars 2015

Lettre ouverte d'Abdennour Bidar au monde musulman








3 octobre 2014

Cher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin - de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd'hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d'isthme entre les deux mers de l'Orient et de l'Occident !

 Et qu'est-ce que je vois ? Qu'est-ce que je vois mieux que d'autres, sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois, toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe !

Car je te vois en train d'enfanter un monstre qui prétend se nommer État islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : Daesh. Mais le pire est que je te vois te perdre - perdre ton temps et ton honneur - dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.

Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Tu cries : « Ce n'est pas moi ! », « Ce n'est pas l'islam ! » Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (#NotInMyName). Tu t'insurges que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire.

Il est indispensable qu'à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l'islam dénonce la barbarie. Mais c'est tout à fait insuffisant !

Car tu te réfugies dans le réflexe de l'autodéfense sans assumer aussi et surtout la responsabilité de l'autocritique. Tu te contentes de t'indigner alors que ce moment aurait été une occasion historique de te remettre en question !

Et tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous, les Occidentaux, et vous, tous les ennemis de l'islam, de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme, ce n'est pas l'islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre mais la paix ! »

 J'entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends. Oui, tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde, l'islam a créé tout au long de son histoire de la beauté, de la justice, du sens, du bien, et il a puissamment éclairé l'être humain sur le chemin du mystère de l'existence...

Je me bats ici, en Occident, dans chacun de mes livres, pour que cette sagesse de l'islam et de toutes les religions ne soit pas oubliée ni méprisée ! Mais de ma position lointaine je vois aussi autre chose que tu ne sais pas voir... Et cela m'inspire une question - « la » grande question : pourquoi ce monstre t'a-t-il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ?

C'est qu'en réalité derrière ce monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face. Il faudra bien pourtant que tu finisses par en avoir le courage.

 Ce problème est celui des racines du mal. D'où viennent les crimes de ce soi-disant « État islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c'est mon devoir de philosophe.

Les racines de ce mal qui te vole aujourd'hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre - et il en surgira autant d'autres monstres pires encore que celui-ci que tu tarderas à admettre ta maladie, pour attaquer enfin cette racine du mal !

Même les intellectuels occidentaux ont de la difficulté à le voir : pour la plupart, ils ont tellement oublié ce qu'est la puissance de la religion - en bien et en mal, sur la vie et sur la mort - qu'ils me disent : « Non, le problème du monde musulman n'est pas l'islam, pas la religion, mais la politique, l'histoire, l'économie, etc. »

Ils ne se souviennent plus du tout que la religion peut être le cœur de réacteur d'une civilisation humaine ! Et que l'avenir de l'humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité tout entière !

Saurons-nous tous nous rassembler, à l'échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ? La nature spirituelle de l'homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent - et qui comme l'islam actuellement se mettront alors à produire des monstres.

Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIe siècle !

Malgré la gravité de ta maladie, il y a en toi une multitude extraordinaire de femmes et d'hommes qui sont prêts à réformer l'islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l'humanité entretenait jusque-là avec ses dieux !

C'est à tous ceux-là, musulmans et non-musulmans, qui rêvent ensemble de révolution spirituelle, que je me suis adressé dans mes ouvrages ! Pour leur donner, avec mes mots de philosophe, confiance en ce qu'entrevoit leur espérance !

 Mais ces musulmanes et ces musulmans qui regardent vers l'avenir ne sont pas encore assez nombreux, ni leur parole, assez puissante.

Tous ceux-là, dont je salue la lucidité et le courage, ont parfaitement vu que c'est l'état général de maladie profonde du monde musulman qui explique la naissance des monstres terroristes aux noms d'Al-Qaïda, Jabhat Al-Nosra, Aqmi ou « État islamique ».

Ils ont bien compris que ce ne sont là que les symptômes les plus visibles sur un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes : impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion ; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l'égalité, de la responsabilité et de la liberté ; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l'autorité de la religion ; incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses.

Tout cela serait-il donc la faute de l'Occident ? Combien de temps précieux vas-tu perdre encore, ô cher monde musulman, avec cette accusation stupide à laquelle toi-même tu ne crois plus, et derrière laquelle tu te caches pour continuer à te mentir à toi-même ? 

Depuis le XVIIIe siècle en particulier, il est temps de te l'avouer, tu as été incapable de répondre au défi de l'Occident. Soit tu t'es réfugié de façon infantile et mortifère dans le passé, avec la régression obscurantiste du wahhabisme qui continue de faire des ravages presque partout à l'intérieur de tes frontières - un wahhabisme que tu répands à partir de tes Lieux saints de l'Arabie saoudite comme un cancer qui partirait de ton cœur lui-même !

Soit tu as suivi le pire de cet Occident, en produisant comme lui des nationalismes et un modernisme qui est une caricature de modernité - je veux parler notamment de ce développement technologique sans cohérence avec leur archaïsme religieux qui fait de tes « élites » richissimes du Golfe seulement des victimes consentantes de la maladie mondiale qu'est le culte du dieu Argent.

Qu'as-tu d'admirable aujourd'hui, mon ami ? Qu'est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect des autres peuples et civilisations de la Terre ?

Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes ? Qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ?

Où sont tes grands penseurs dont les livres devraient être lus dans le monde entier comme au temps où les mathématiciens et les philosophes arabes ou persans faisaient référence de l'Inde à l'Espagne ?

En réalité, tu es devenu si faible derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même... Tu ne sais plus du tout qui tu es, ni où tu veux aller, et cela te rend aussi malheureux qu'agressif... Tu t'obstines à ne pas écouter ceux qui t'appellent à changer en te libérant enfin de la domination que tu as offerte à la religion sur la vie tout entière.

Tu as choisi de considérer que Mohammed était prophète et roi. Tu as choisi de définir l'islam comme religion politique, sociale, morale, devant régner comme un tyran aussi bien sur l’État que sur la vie civile, aussi bien dans la rue et dans la maison qu'à l'intérieur même de chaque conscience.

Tu as choisi de croire et d'imposer que l'islam veut dire soumission alors que le Coran lui-même proclame qu'« il n'y a pas de contrainte en religion » (La ikraha fi Dîn). Tu as fait de son appel à la liberté l'empire de la contrainte !

Comment une civilisation peut-elle trahir à ce point son propre texte sacré ? Je dis qu'il est l'heure, dans la civilisation de l'islam, d'instituer cette liberté spirituelle - la plus sublime et difficile de toutes - à la place de toutes les lois inventées par des générations de théologiens ! 

De nombreuses voix que tu ne veux pas entendre s'élèvent aujourd'hui dans la Oumma pour dénoncer ce tabou d'une religion autoritaire et indiscutable... Au point que trop de croyants ont tellement intériorisé une culture de la soumission à la tradition et aux « maîtres de religion » (imams, muftis, chouyoukhs, etc.) qu'ils ne comprennent même pas qu'on leur parle de liberté spirituelle, ni qu'on leur parle de choix personnel vis-à-vis des « piliers » de l'islam.

Tout cela constitue pour eux une « ligne rouge » si sacrée qu'ils n'osent pas donner à leur propre conscience le droit de la remettre en question ! Et il y a tant de familles où cette confusion entre spiritualité et servitude est incrustée dans les esprits dès le plus jeune âge et où l'éducation spirituelle est d'une telle pauvreté que tout ce qui concerne la religion reste quelque chose qui ne se discute pas !

 Or, cela, de toute évidence, n'est pas imposé par le terrorisme de quelques troupes de fous fanatiques embarqués par l'« État islamique ». Non, ce problème-là est infiniment plus profond !

Mais qui veut l'entendre ? Silence là-dessus dans le monde musulman, et dans les médias occidentaux on n'écoute plus que tous ces spécialistes du terrorisme qui aggravent jour après jour la myopie générale !

Il ne faut donc pas que tu t'illusionnes, ô mon ami, en faisant croire que, quand on en aura fini avec le terrorisme islamiste, l'islam aura réglé ses problèmes !

Car tout ce que je viens d'évoquer - une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive - est trop souvent l'islam ordinaire, l'islam quotidien, qui souffre et fait souffrir trop de consciences, l'islam du passé dépassé, l'islam déformé par tous ceux qui l'instrumentalisent politiquement, l'islam qui finit encore et toujours par étouffer les Printemps arabes et la voix de toutes ses jeunesses qui demandent autre chose.

Quand donc vas-tu faire enfin cette révolution qui dans les sociétés et les consciences fera rimer définitivement spiritualité et liberté ?

Bien sûr, dans ton immense territoire il y a des îlots de liberté spirituelle : des familles qui transmettent un islam de tolérance, de choix personnel, d'approfondissement spirituel ; des lieux où l'islam donne encore le meilleur de lui-même, une culture du partage, de l'honneur, de la recherche du savoir, et une spiritualité en quête de ce lieu sacré où l'être humain et la réalité ultime qu'on appelle Allâh se rencontrent.

Il y a en terre d'Islam, et partout dans les communautés musulmanes du monde, des consciences fortes et libres. Mais elles restent condamnées à vivre leur liberté sans reconnaissance d'un véritable droit, à leurs risques et périls face au contrôle communautaire ou même parfois face à la police religieuse.

Jamais pour l'instant le droit de dire « Je choisis mon islam », « J'ai mon propre rapport à l'islam » n'a été reconnu par l'« islam officiel » des dignitaires. Ceux-là, au contraire, s'acharnent à imposer que « la doctrine de l'islam est unique » et que « l'obéissance aux piliers de l'islam est la seule voie droite » (sirâtou-l-moustaqîm).

Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l'une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l'un de ces ventres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier.

Car cette religion de fer impose à tes sociétés tout entières une violence insoutenable. Elle enferme toujours trop de tes filles et tous tes fils dans la cage d'un bien et d'un mal, d'un licite (halâl) et d'un illicite (harâm) que personne ne choisit mais que tout le monde subit.

Elle emprisonne les volontés, elle conditionne les esprits, elle empêche ou entrave tout choix de vie personnel. Dans trop de tes contrées, tu associes encore la religion et la violence - contre les femmes, les « mauvais croyants », les minorités chrétiennes ou autres, les penseurs et les esprits libres, les rebelles - de sorte que cette religion et cette violence finissent par se confondre, chez les plus déséquilibrés et les plus fragiles de tes fils, dans la monstruosité du djihad !

Alors ne fais plus semblant de t'étonner, je t'en prie, que des démons tels que le soi-disant État islamique t'aient pris ton visage !

Les monstres et les démons ne volent que les visages qui sont déjà déformés par trop de grimaces !

Et si tu veux savoir comment ne plus enfanter de tels monstres, je vais te le dire. C'est simple et très difficile à la fois. Il faut que tu commences par réformer toute l'éducation que tu donnes à tes enfants, dans chacune de tes écoles, chacun de tes lieux de savoir et de pouvoir.

Que tu les réformes pour les diriger selon des principes universels (même si tu n'es pas le seul à les transgresser ou à persister dans leur ignorance) : la liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l'égalité des sexes et l'émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion et la culture critique du religieux dans les universités, la littérature, les médias.

Tu ne peux plus reculer, tu ne peux plus faire moins que tout cela ! C'est le seul moyen pour toi de ne plus enfanter de tels monstres, et si tu ne le fais pas, tu seras bientôt dévasté par leur puissance de destruction.

Cher monde musulman... Je ne suis qu'un philosophe, et comme d'habitude certains diront que le philosophe est un hérétique. Je ne cherche pourtant qu'à faire resplendir à nouveau la lumière - c'est le nom que tu m'as donné qui me le commande, Abdennour, « Serviteur de la Lumière ».

Je n'aurais pas été si sévère dans cette lettre si je ne croyais pas en toi. Comme on dit en français, « qui aime bien châtie bien ».

Et, au contraire, tous ceux qui aujourd'hui ne sont pas assez sévères avec toi - qui veulent faire de toi une victime -, tous ceux-là en réalité ne te rendent pas service ! Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel ! Salâm, que la paix soit sur toi.

Abdennour Bidar


Abdennour Bidar (né le 13 janvier 1971), philosophe et écrivain français, réagit avec courage aux horreurs djihadistes. Il engage l’islam à se séparer définitivement de la tentation terroriste et à œuvrer pour sa renaissance spirituelle, sous peine de propager les pires clichés en vogue. Un appel éclairé, une lettre nécessaire par les temps qui courent.



http://www.deslettres.fr/lettre-ouverte-dabdennour-bidar-au-monde-musulman-je-te-vois-en-train-denfanter-un-monstre-qui-pretend-se-nommer-etat-islamique-et-auquel-certains-preferent-donner-un-nom-de-demon-daesh/

samedi 21 mars 2015

Le sang du plus pur amour, d'Odysseas Elytis




Le sang du plus pur amour
m'a drapé de pourpre
Et des joies encor jamais vues
m'ont flanqué le noir
  J'ai vert-de-grisé sous le
suroît moite des hommes
    Mère éternelle au loin
ma Rose mon Amarante

Embusqués en haute mer
ils m'ont attendu
Avec leurs trois-mâts bombardants
et m'ont descendu
Tout mon crime était d'avoir
moi aussi
 un grand amour
    Mère éternelle au loin
ma Rose mon Amarante

Un certain jour de Juillet
se sont entrouverts
  Ses yeux pers immensément
dans mon coeur amer
Et par eux la vie vierge un
instant
s'illumina
     Mère éternelle au loin
 ma Rose mon Amarante

Depuis lors s'est acharnée
par-dessus ma tête
     La vindicte des siècles
qui hurlaient : " Celui
Qui t'aura vu, dans le
sang
qu'il vive et dans la pierre
     Mère éternelle au loin
 ma Rose mon Amarante

M'identifiant de ce fait
avec ma patrie
   Dans ces pierres, j'ai
grandi
et donné ma fleur
Rachetant par la lumière
le sang
des assassins
      Mère éternelle au loin
ma Rose mon Amarante

Odysseas Elytis
Le bercail aux brebis
in, Axion Esti
Poésie / Gallimard p 132-133



Odysséas Elytis (en grec Οδυσσέας Ελύτης), nom de plume d’Odysséas Alepoudhéllis (Οδυσσέας Αλεπουδέλλης), est un poète grec né le 2 novembre 1911 à Héraklion et mort le 18 mars 1996 à Athènes.

Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1979.

Il était proche des poètes surréalistes français et de peintres comme Picasso et Matisse qui ont illustré certaines de ses œuvres. Ami de René Char et d'Albert Camus dont il a partagé la pensée de midi1 sur le primat accordé aux sensations et au culte de l'harmonie de la nature contre tout absolutisme historique, il fut aussi en France et en Grèce l'ami de son compatriote Tériade.

Auteur du grand poème Axion esti, hymne à la Création qui exalte la lutte héroïque des Grecs en faveur de la liberté, il fut aussi critique d'art, et s'attacha à créer des collages dans lesquels s'exprime sa conception de l'unité de l'héritage grec, par la synthèse de la Grèce antique, de l'Empire byzantin et de la Grèce néo-hellénique. Ses poèmes ont été mis en musique par deux des compositeurs grecs les plus célèbres du xxe siècle, Míkis Theodorákis et Mános Hadjidákis. D'autres ont été popularisés en France par Angélique Ionatos.
Wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Odyss%C3%A9as_El%C3%BDtis

Torrent, de Cristina Castello



Torrent

Le monde est une clôture d'épines
Toile d'araignée où rampent des enfants aveugles
Le soleil pleut une aube sans habits
Et un violon ébauche une prière
Mais reste muet

L'oeil strabique de Dieu a perdu son axe
Les corbeaux dévorent les colombes
La bonté efface les lignes de sa main
Et Géricault esquisse un Radeau rédempteur
Mais il meurt

Tout est abîme

Ironie de l'histoire
La chaîne d'or de ton enfance
Se penche avec ton cou
Pour féconder ma bouche
Nous germons

L'amour consolera peut-être de tant d'ombre
La douleur sanglotera peut-être aux éclats.

Cristina Castello

Le chant des sirènes / El canto de las sirenas p 37 et 39
Ed. Chemins de Plume, Un Poète / Une Voix
livre et cd (bilingue)

http://www.editionscheminsdeplume.com/2015/02/le-chant-des-sirenes-cristina-castello.html

http://www.cristinacastello.fr/article-le-chant-des-sirenes-poeme-de-cristina-castello-voix-nathalie-riera-
56130589.html

Livres de Cristina Castello   (en castillan)

et en français ICI



mercredi 18 mars 2015

Noctuelles de Jacques Calonne, par Cristian Ronsmans et conférence Frédéric Baal

Jacques et Edouard au Salon du livre de Bruxelles, photo Cristian R




Marcher dans les pas de Jacques Calonne un soir de mars, empruntant le dédale de ses pérégrinations de chasseur de noctuelles qui se brûlent à la flamme, comme il le dit dans sa chanson, relève d’un parcours effectué dans un étant donné, qui se mute en remembrance.
Ce parcours de métalepse jusqu’à Pierre le Grand, tsar de toutes les Russies, en passant par « le bossu » et ses clochards encordés jusqu’à l’aube, est une déambulation en noir et blanc, avec le plus surprenant des géants, comme au temps des Frères Lumière projetant « l’arroseur arrosé » sous le « Parapluie de Bruxelles »
Ce géant est notre ami Jacques Calonne, à la toque voltairienne aujourd’hui, qui nous a convié hier soir à prendre la foulée des ses grandes enjambées de dandy dégingandé d’autrefois, dans un Bruxelles, couleur de billes et d’hidalgo Sandeman, bel enténébré sur métal ou sur la brique rouge de nos façades.
Nous étions tous là, où presque.
Une petite cinquantaine de ses vieux amis qui ont égrenés son existence, à moins que ce ne soit lui qui en vérité a égrené la nôtre, dans cette délicieuse quiétude du souvenir en compagnie d’un Jacques à la fois heureux, un peu troublé, et toujours aussi prompt à charger son fusil à tirer dans les coins. Pas de balles perdues avec Jacques !
Et soudain l’étant donné, dans sa remembrance atteinte, devient un étant-être et nous étions, oui, nous étions…. bien, entre nous, Claude, Tito, Noël, Monique, et les autres, tous avec Jacques, entre soupe et spaghetti, bières et vins rouges à échanger nos souvenirs, Cobra, Dotremont, Marïen , tout cela …… dans la chaleur d’une fleur en papier dorée aux allures de Cerisaie marollienne et poétique.
Merci ,cher Jacques, merci, j’allais l’oublier, pour ce joli pot à tabac aux motifs de Delft qui trône sur ma cheminée, et que tu m’as offert un jour là, dans cette maison, au 4ème étage où tu rentres …à la fin du film !
On t’embrasse.

Cristian Ronsmans







mardi 17 mars 2015

Le Cantique des cantiques, André Chouraqui

Chapitre 1.- Poème des poèmes
"Poème des poèmes qui est à Shelomo.
Il me baisera des baisers de sa bouche; oui, tes étreintes sont meilleures que le vin.
À l'odeur, tes huiles sont bonnes, ton nom est une huile jaillissante; aussi, les nubiles t'aiment.
Tire-moi derrière toi, courons !
Le roi m'a fait venir en ses intérieurs.
Jubilons, réjouissons-nous en toi !
Mémorisons tes étreintes mieux que le vin ! Les rectitudes t'aiment.
Moi, noire, harmonieuse, filles de Ieroushalaîm, comme tentes de Qédar, comme tentures de Shelomo.
Ne me voyez pas, moi, la noirâtre: oui, le soleil en moi s'est miré.
Les fils de ma mère ont brûlé contre moi; ils m'ont mise gardienne de vignobles.
Mon vignoble à moi, je ne l'ai pas gardé !
Rapporte-moi, toi que mon être aime, où tu pais, où tu t'étends à midi ; car pourquoi serais-je comme affublée, auprès des troupeaux de tes amis ?
Si tu ne le sais pas pour toi, la belle parmi les femmes, sors pour toi sur les traces des ovins; pâture tes chevreaux aux demeures des pâtres.
À ma jument, aux attelages de Pharaon, je te compare, ô ma compagne !
Tes joues sont harmonieuses dans les pendeloques, ton cou dans les gemmes.
Nous ferons pour toi des pendeloques d'or, avec des pointes d'argent.
Le roi encore sur son divan, mon nard donne son odeur.
Mon amant est pour moi un sachet de myrrhe; il nuite entre mes seins.
Mon amant est pour moi une grappe de cypre, aux vignobles de 'Éïn Guèdi.
Te voici belle, ma compagne, te voici belle aux yeux palombes.
Te voici beau, mon amant, suave aussi; aussi notre berceau est luxuriant.
Les cèdres sont les poutres de nos maisons; nos lambris, des genévriers."


Chapitre 2.- Lotus des vallées
Moi, l'amaryllis du Sharôn, le lotus des vallées.
Comme un lotus parmi les vinettiers, telle est ma compagne parmi les filles.
Comme un pommier parmi les arbres de la forêt, tel est mon amant parmi les fils.
Je désirais son ombre, j'y habite; son fruit est doux à mon palais.
Il m'a fait venir à la maison du vin; son étendard sur moi, c'est l'amour.
Soutenez-moi d'éclairs, tapissez-moi de pommes: oui, je suis malade d'amour.
Sa gauche dessous ma tête, sa droite m'étreint.
Je vous adjure, filles de Ieroushalaîm, par les gazelles ou par les biches du champ, n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour avant qu'il le désire !
Va vers toi-même
La voix de mon amant ! Le voici, il vient !
Il bondit sur les monts, il saute sur les collines.
Il ressemble, mon amant, à la gazelle ou au faon des chevreuils...
Le voici, il se dresse derrière notre muraille !
Il guette aux fenêtres, il épie aux treillages !
Il répond, mon amant, et me dit: Lève-toi vers toi-même, ma compagne, ma belle, et va vers toi-même !
Oui, voici, l'hiver est passé, la pluie a cessé, elle s'en est allée.

Les bourgeons se voient sur terre, le temps du rossignol est arrivé, la voix de la tourterelle s'entend sur notre terre.

Le figuier embaume ses sycones, les vignes en pousse donnent leur parfum.
Lève-toi vers toi-même, ma compagne, ma belle, et va vers toi-même !
Ma palombe aux fentes du rocher, au secret de la marche, fais-moi voir ta vue, fais-moi entendre ta voix !
Oui, ta voix est suave, ta vue harmonieuse.
Saisissez pour nous les renards, les petits renards, saboteurs de vignobles ! Nos vignobles sont en pousse.

Mon amant à moi, et moi à lui, le pâtre aux lotus.

Jusqu'à ce que le jour se gonfle, s'enfuient les ombres,
fais volte-face, ressemble pour toi, mon amant,
à la gazelle ou au faon des chevreuils, sur les monts de la rupture.




Chapitre 3.- Noces
Sur ma couche, dans les nuits, j'ai cherché celui qu'aime mon être.
Je l'ai cherché, mais ne l'ai pas trouvé.
Je me lèverai donc, je tournerai dans la ville, dans les marchés, sur les places.
Je chercherai celui qu'aime mon être. Je l'ai cherché mais ne l'ai pas trouvé.
Les gardes qui tournaient dans la ville m'ont trouvée. « Celui qu'aime mon être, l'avez-vous vu ? »
De peu les avais-je dépassés que je trouvai celui qu'aime mon être.
Je l'ai saisi et ne le lâcherai pas avant de l'avoir fait venir à la maison de ma mère, dans l'intérieur de ma génitrice.
Je vous adjure, filles de Ieroushalaîm, par les gazelles ou par les biches du champ, n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour avant qu'il le désire !
Qui est celle qui monte du désert, comme palmes de fumée, encensée de myrrhe et d'oliban, de toutes les poudres du colporteur ?
Voici le lit de Shelomo, soixante héros sont autour de lui, des héros d'Israël;
tous armés d'épée, initiés à la guerre, chaque homme son épée sur sa cuisse, contre le tremblement des nuits.
Le roi Shelomo s'est fait un palanquin en bois du Lebanôn.
Il fait ses colonnes d'argent, sa tapisserie d'or, ses montants de pourpre, son intérieur tapissé d'amour par les filles de Ieroushalaîm.
Sortez, voyez, filles de Siôn, le roi Shelomo,
le nimbe dont sa mère l'a nimbé le jour de sa noce, le jour de la joie de son coeur !



Chapitre 4.- Viens avec moi
Te voici belle, ma compagne, te voici belle !
Tes yeux palombes à travers ton litham; tes cheveux tel un troupeau de caprins qui dévalent du mont Guil'ad;
tes dents tel un troupeau de tondues qui montent de la baignade; oui, toutes jumelées, sans manquantes en elles.

Tes lèvres, tel un fil d'écarlate, ton parler harmonieux; telle une tranche de grenade, ta tempe à travers ton litham ;
et telle la tour de David, ton cou, bâti pour les trophées: mille pavois y sont suspendus, tous les carquois des héros.
Tes deux seins, tels deux faons, jumeaux de la gazelle, pâturent dans les lotus.

Avant que le jour se gonfle et s'enfuient les ombres, j'irai vers moi-même au mont de la myrrhe, à la colline de l'oliban.
Toi, toute belle, ma compagne, sans vice en toi.

Avec moi du Lebanôn, fiancée, avec moi du Lebanôn, tu viendras !
Tu contempleras de la cime d'Amana, de la cime du Senir et du Hermôn, des tanières de lions, des monts de léopards !
Tu m'as incardié, ma soeur-fiancée, tu m'as incardié d'un seul de tes yeux, d'un seul joyau de tes colliers.
Qu'elles sont belles, tes étreintes, ma soeur-fiancée, qu'elles sont bonnes tes étreintes, plus que le vin !
L'odeur de tes huiles plus que tous les aromates !
De nectar, elles dégoulinent, tes lèvres, fiancée !
Le miel et le lait sous ta langue, l'odeur de tes robes; telle l'odeur du Lebanôn !
Jardin fermé, ma soeur-fiancée, onde fermée, source scellée !
Tes effluves, un paradis de grenades, avec le fruit des succulences, hennés avec nards;
nard, safran, canne et cinnamome avec tous les bois d'oliban; myrrhe, aloès, avec toutes les têtes d'aromates !
Source des jardins, puits, eaux vives, liquides du Lebanôn !
Éveille-toi, aquilon ! Viens, simoun, gonfle mon jardin !
Que ses aromates ruissellent !
Mon amant est venu dans son jardin; il mange le fruit de ses succulences.






Belle interprétation en grec du Cantique des cantiques, par la grande actrice Irène Papas

dimanche 15 mars 2015

A quatre mains, de F.Ruban

                                                                       Sous le Pont Mirabeau coule la Seine
                                                                       Et nos amours faut-il qu'il m'en souvienne

                                                                                            G.Apollinaire




Sous le regard tendrement aveuglé
de la dame blanche assise solitaire
sur le rebord de ma fenêtre
à la lueur de l'astre lunaire
Ecouter tes silences
Respirer les mots égrenés
au crépuscule - ou à l'aube naissante
Déployer mes poumons resserrés
Tendre mon coeur assoiffé
A la tièdeur du ciel de juin
Sonate au clair de lune
Solstice de l'âme
Feux de la St Jean

T'offrir les senteurs musquées
entrées
sur la pointe des pieds
    dansantes sous mes paupières
        entrouvertes
           à la Vie

Emotions croisées ébouriffées
cavales sauvages envolées
avec le bruissement d'ailes de ma visiteuse nocturne
sur une mélodie de Barbara

T'offrir ce désir
     de partir de courir et surtout
          tout près
me réjouir de ton rire

De mes doigts impatients enfiévrés
Ô caresser sur tes lèvres
ces mots-images
beaucoup trop sages
ces mots dessinés
sur la feuille blanche
avec l'encre bleue des vagues gonflées
au rythme des marées

Ecrire à quatre mains
enfin...

Suspendre un instant
les rumeurs souillées de sang
sous les coups assourdissants des tueurs fous
qui massacrent et déboisent l'âme humaine

Je veux pour cet instant
l'Eternité
de la Vie qui frémit
de l'Amour qui prie
Je veux pour cet instant
l'Immortalité
au-delà du linceul
enfoui
sous la pierre tombale

 ©     FR

le 29 juin 2012

Tous droits réservés
Protégé par copyright

Poème extrait de "L'Âme des marées"
recueil publié en octobre 2014
Epingle à nourrice éditions


crédit photos fruban

mardi 10 mars 2015

Mon fil d'Ariane , de Sylvie Mantafounis (Editions Thélès)



 C'est comme un grand silence, une nuit douce éclairée par les miroitements de la Seine, et bercée par ses clapotements, un bonheur insaisissable qui glisse sans exigence, un accostage sur la rive d'en face.
  Nos chuchotements parmi le va-et-vient du fleuve, les effluves de la Seine témoins de notre enchantement. Le vent frais et moi tout contre toi qui enfouis mon visage près du tien. Ta moustache qui chatouille ma joue et tes yeux sombres qui me regardent. Ma petite main glissée dans la tienne, je me sens confiante au son de ta voix dont l'accent m'engourdit. Mon enfance, c'est un peu comme une traversée d'un pays à un autre.
  Je veux arrêter là le temps, mais la Seine ne cesse de couler, le vent de souffler et la vie de battre. Pour certains. Je voudrais revenir à ce moment présent qui fait partie du passé, appuyer sur pause, ne pas vivre le futur qui m'attend.
  Reprendre un morceau de vie qui surgit tout à coup du passé, pour que mes nuits ne soient plus hantées par ces images qui ne cessent de me tenir en éveil. Mais le destin m'a tracé un chemin, que j'emprunte malgré moi. De ma première vie, il ne me reste que ces images un peu floues où amour rimait avec bonheur.
   Un précipice sépare mes deux vies.
                              incipit p 7-8 , Mon fil d'Ariane (Sylvie Mantafounis), éditions Thélès

A vingt-neuf ans, Clio perd son fils Yannis âgé de treize mois. Les effets et les circonstances de sa disparition provoquent une onde de choc qui s'exprime encore vingt ans plus tard. C'est à ce moment précis qu'elle trouve refuge dans ses souvenirs d'enfance, puis dans l'histoire de son père Stefanos, au travers de la Grèce, seul lieu qui les unit. Elle tente ainsi de repousser la dépression insidieuse qui s'est emparée d'elle.

Un très beau roman qui parle de l'amour d'une mère pour son fils et qui est un bel hommage au pays natal, que ce soit celui de la maternité ou celui de la culture. Reconquête de soi, difficulté dans les relations familiales, souffrance du deuil, autant de sujets abordés dans ce titre qui tente de répondre avec justesse à la question : comment survivre à la mort de son enfant ?
                                                          quatrième de couverture



http://www.theles.fr/auteur/sylvie-mantafounis

Emission sur RFI le 1er octobre 2009

Très belle émission que j'ai écoutée plusieurs fois, me rendant encore plus proche mon amie Sylvie Mantafounis.

Les choix musicaux de Sylvie Mantafounis, au cours de cette émission

Angélique Ionatos Les enfants du Pirée

Haris Alexou Otan pini mia gineka

Léo Ferré Les anarchistes

Notis Sfakianakis Ola ta S'agapo

Jean Olivet Le visiteur du soir



http://www.rfimusique.com/radiofr/editions/108/edition_481_20091001.asp

Sylvie Mantafounis est un écrivain d’origine grecque, née à Paris. Elle vit une enfance baignée dans la culture grecque, rue St Honoré ou se trouve l’atelier de son père. C’est à 20 ans qu’elle découvre la Grèce et apprend la langue paternelle. L’héroïne de son premier livre Mon fil d’Ariane, ressemble étrangement à l’auteur. Elle effectue d’incessants voyages en Grèce en quête de ce père qui n’a cessé de semer outre sa culture, son originalité et son affection. L’héroïne a perdu un petit garçon nommé Yannis. Quelques années plus tard, elle va trouver refuge dans ses souvenirs d’enfance, puis dans l’histoire de son père, au travers du pays qui les unit. Comme par magie, l’enchantement qu’il lui a légué dès l’enfance fait son oeuvre au-delà de la découverte de la Grèce, de l’histoire familiale et de ses drames que l’héroïne va mettre à jour auprès des amis restés sur place. Ce premier livre est un hymne à l’amour, il nous invite à explorer les méandres de l’amour filial et maternel et le travail de deuil.
                   ( à lire sur le lien ci-dessus)

Sylvie, voici ce que je t'écrivais, lorsque j'ai découvert ton livre pour la première fois :

Chère Sylvie,
J'ai lu et relu " Mon fil d'Ariane"... J'ai été captivée et bouleversée, certains passages sont de vraies fulgurances que j'ai eu besoin de lire plusieurs fois, pour m'imprégner de tant de belle et douloureuse émotion. Vous dites si bien l'inacceptable, l'impossibilité du deuil et ces deux vies que doit affronter une femme qui perd son enfant..
J'ai beaucoup aimé et ressenti aussi ce que vous dites de l'exil loin de la Grèce, de la vie de vos parents,de votre papa, de la mort de son frère, de votre grand-mère...
La "fugue" en Grèce, lorsque l'amour puissant pour les vivants ne permet pas de se reconstruire, de trouver sa place en ce monde. Oh fuir fuir... disparaître, trouver un refuge, un cocon protecteur, ses racines, les parfums, la lumière du pays auquel on appartient.Redevenir Femme... une autre femme. Et puis, échouer.. avec le désir de tout arrêter.
C'est un livre magnifique et bouleversant.. J'aime aussi beaucoup votre écriture incisive, simple , dépouillée et si puissante, en harmonie parfaite avec le sujet. Chaque mot a une grande charge émotionnelle.
Je relirai encore ce beau récit
Merci à vous
Pensées chaleureuses
                             ( le 24 juin 2012)

Depuis, je l'ai relu plusieurs fois, avec toujours la même émotion... Notre destin si proche nous a encore rapprochées, et tu as su accueillir mon recueil de poèmes, "L'Âme des marées", avec tant de chaleur humaine et d'empathie.
              FRuban

J'ajoute que l'on peut trouver ce livre, à la FNAC, chez Amazon... et la plupart des libraires en ligne. Vous pouvez aussi contacter Sylvie Mantafounis, sur Facebook.

https://www.facebook.com/sylvie.mantafounis?fref=ts

lundi 9 mars 2015

Nostalgie amère, par Chantal Savenier

NOSTALGIE AMÈRE.
Il disait : "Quand on met le mot « algie », cela renvoie à une souffrance. "
Et il avait répondu à un journaliste :
Qu'elle image aimeriez-vous laisser ?
Georges Moustaki. "Je ne sais pas si cela répond à votre question, mais j'ai envie de faire une fondation. Une fondation pour réunir la richesse des instruments, les partitions, les beaux objets, des réalisations que j'ai créées ou qu'on a créées autour de moi. Pour ne pas que ce que j'ai fait tout au long de ma carrière, soit dispersé. J'ai peut-être été traumatisé par ce qui est arrivé à Barbara. Quand elle est morte, tout a été dispersé. J'aimerais réunir des choses qui me tiennent à coeur aujourd'hui, non pas pour en faire des icônes, mais simplement, quand je ne serai plus là, savoir qu'elles existent. C'est une idée que j'ai depuis longtemps. Je me souviens, après la disparition de Barbara et de cette dispersion un peu choquante, Jean-Claude Brialy m'a dit : « Il ne faut pas mourir. » Voilà quelqu'un qui est parti en réglant tout avec ses proches, ses amis, le public. Il a laissé un état des lieux impeccable." (L'Humanité- 23 mai 2013)

Chantal Savenier
Photo Catherine Domain.

crédit photo Catherine Domain
le piano de Jo Moustaki déménagé






Chantal Savenier a écrit plusieurs ouvrages sur Georges Moustaki (voir ci-dessous). Elle a ouvert un site très riche sur cet artiste (autourdemoustaki), malheureusement en pause pour quelque temps encore.




 - Chantal Savenier, Voyage ethnographique au sein d'un lexique chantant — De la symbolique de la femme et de la féminité dans la séduction Moustakienne, format : 14,8 × 21, 191 pages, Éditions Les Sentiers Écartés, 2009-
- Chantal Savenier, Moustaki, pour que ça ne tombe pas aux oubliettes, format 14,8 X 21, 147 pages, Editions les Sentiers Écartés, 2014 (ISBN 978-2-9533806-1-3)
- Sophie Delassein, La vie avec Moustaki, Éditions du Moment, 150 pages, 2014



samedi 7 mars 2015

La Nostalgie, Quand donc est-on chez soi ?, de Barbara Cassin (extrait) et deux poèmes de Spyros K

crédit photo Spyros K




"Elle est retrouvée. Quoi ? L' éternité. C'est la mer allée avec le soleil" (Arthur Rimbaud)

Une île est réelle de manière bien précise. On en voit les bords, depuis le bateau, l'avion. Et depuis une île, l'horizon marin se recourbe, le soir au couchant la terre est ronde. On sait, au milieu de l'eau, qu'il y a un rivage, limite entre un dedans et le grand dehors, et que l'île est finie. Une île est par excellence une entité, une identité, un quelque chose, avec un contour, eidos, elle émerge comme une idée. Dans sa finitude, une île est un point de vue sur le monde. Une île est immergée dans le cosmos, cosmique et cosmologique, avec le ciel étoilé au-dessus de nos têtes et l'immensité de face, sensible au regard. En Grèce, en Corse, j'ai fait constamment l'expérience du cosmos, le "monde" des Grecs - "ordre et beauté", dit Baudelaire. A chaque détour du chemin, à chaque tournant, à chaque pas, le monde se recompose et se réorganise. Ce que l'oeil voit fait à l'instant même structure, l'oeil est saisi d'harmonie, avec un nouvel étonnement à chaque fois. Entre cosmologie et cosmétique, immense et limité, l'horizon renouvelle son ordonnance. Une île est par excellence un lieu.
La nostalgie d'une île. Une île est en même temps, en tant que lieu, un lieu très singulier, un lieu qui invite au départ : une île, on ne peut qu'en partir, "Ô Mort, vieux capitaine". Et l'on veut, l'on doit, y revenir. Elle détermine et aimante. On peut croire que le temps se recourbe comme l'horizon, et que l'on reviendra après tout un périple, un cycle, une odyssée.
Mais est-ce bien là que l'on revient ? Et y reste-t-on jamais ?
                                 Barbara Cassin, in La nostalgie-Quand donc est-on chez soi ? (Editions Autrement)

 

                                                       ******

De nombreux poètes ont exprimé cet appel de l'île, du "chez soi", comme le dit encore Barbara Cassin :
"Devant les dieux assemblés, Athéna se plaint qu'Ulysse, qu'elle protège, soit le seul à ne pas être rentré chez lui. Lui qui voudrait voir monter les fumées de sa terre, il pleure au loin et appelle la mort" (opus cité).
Ces deux poèmes de Spyros K nous disent aussi cet appel vers l'île-mère, l'île amante. L'attente et l'émotion du retour.


L'Attente... (aphorisme dominical)


L'attente est un fruit impalpable
Aux filaments jaune safran
Soudain une couleur verte s'invite
Leurre d'espoir autre réalité...
                  ***
Ecorce dure comme un coeur en pierre
La force damnée de l'inéluctable
Oblige à obtempérer
Un jeu de miroirs nous étourdit
Comme un goût de venin sucré...
                    ***
L'attente antichambre de l'espoir
Lèche les méandres de l'esprit
Recèle des bribes de bonheur
Aux vertigineuses vicissitudes...
                   ***
Elle ronge les entrailles
Comme la pomme originelle
L'a été par le serpent...
Mais sait ouvrir des paradis
Erratiques tourmentés
Mais parfois si beaux...
                    ***
Et Vrais...


Spyros K


Le sens...


Le sens du temps et celui de la vie
Les absences de chaque intempérie
Les étoiles au ciel m'ont toujours ravi
Même lorsque un rêve de vie a péri...
                       ***
J'aime le sixième sens l' invisible
Il arrose d'espoir les chimères
Dilate les mauves hypersensibles
Habillant l'âme de la Mer...
                     ***
Le vent qui souffle sait chuchoter
Et oriente l'esprit des songes
Mauvaises pensées qui sont ôtées
Le cerveau sait être éponge...
                      ***
On le trouve souvent à notre insu
Le capter est si difficile
J'ai pu voir mon coeur qui sue
Palpitant de revoir son île...
                     ***
L'amour est une conscience claire
Des hélices qui brassent le présent
Attirant l'énergie rose des éclairs
Qui illuminent les saisons...
                      ***
Le sens est aussi aboutissement
Une fatigue qui donne de la force
Fulgurance du jaillissement
Pulpe sucrée sous l'écorce...
                    ***
Choisir le sens...


Spyros K


Tous droits réservés
Protégé par copyright


crédit photo Spyros K