lundi 4 mai 2015

Yehida, poème de Cristian Ronsmans

Yehida.

J’irai cracher sur les tripes du Grand Drôle
Et la croûte encore chaude, ventre qui se brise,
Hurle, couinements abjects, Ishtar aux entrailles béantes.
Un flot noir couvre de cendres et les hommes
Et les dieux.
La terre défie le ciel.
Les eaux d’en haut rejoignent les eaux d’en bas.
Ne dis pas le jour et refuse la nuit !
Tranche la tête et détranche le corps,
Matière informe, le Grand Drôle est tout décousu !
Organisons le carnaval de ses funérailles.
La mort du Grand Drôle !
Dans le liquide amniotique, l’incréé,
Qadmon ! Tes étincelles ne brillent plus
Sur les hécatombes ensevelies dans l’horreur des hommes.
Sur un mausolée construit en deux mille ans
Où je t’attends, Grand Drôle, les confettis pleuvent en myriades.
Dans cette soupe primordiale il ne reste que toi
Je te regarde et je t’attends Grand Drôle.
Mais tu ne viendras pas !
Excuse-moi, on a frappé à la porte.
Bonjour mère Maquerelle, quel bon vent vous amène ?

Cristian R

18 avril 2015

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Marc Chagall, Le frappement du rocher

jeudi 30 avril 2015

Une mère est morte, de Tatiana ROY


crédit photo fruban

Le muguet du jardin de Maman, qui vient de nous quitter, aujourd'hui à 13 h. Aurai-je un jour la force d'écrire un poème pour toi...  je t'offre ce poème qui me touche beaucoup, de Tatiana Roy, la femme de Jules Roy. Grande poètesse restée trop longtemps dans l'ombre du grand homme, son Julius, comme elle l'appelait.   FR, le 30 avril 2015


Une Mère est morte


Parfois je suis pleine de voix anciennes
le moment vient on entend Son pas
on ne voit rien dans le miroir qui n'y soit déjà
on croit vivre longtemps l'immédiat
alors qu'il file à vive allure
Et ce ciel terriblement vivant qui nous guette
par-dessus les étoiles sans jour et sans nuit
elle prie
muettes les lèvres remuent
Où s'ouvre donc cette porte
qui ne se referme que sur soi ?
O lumière ! Est-elle dehors est-elle dedans ?
peut-être l'avait-elle un instant entrevue
quand la brèche s'entrebâillait ?
Les jours se suivent de si près en la souffrance
à peine un peu de nuit pour séparer
et les nuits s'emboîtent si étroitement aux nuits
les jours entre elles s'effacent.
La jeunesse en secret la visite
alors qu'elle se débat et halète
aborde l'autre rive
une icône en main.
Aux bouts d'une longue table
deux hommes qu'elle ne sut aimer
l'accueillent sur le seuil
et déposent sur son front
le baiser fraternel et glacé qui scelle leur complicité.
La tombe de ma mère conduit les pas
vers le plus haut silence
peut-être que le miroir du souvenir
n'est ni miroir ni souvenir
peut-être que les larmes d'un instant de peine
ne frémissent pas sous la chaleur d'un baiser
peut-être n'y a-t-il pas de mystère
sous cette dalle
où se penche le bouleau
peut-être que mes lèvres ne savent plus prier
et l'image s'est assombrie dans le passé
de douleur et sous la solitude
peut-être éclatera-t-il mon coeur d'un mal encore plus aigu
peut-être que la lumière usée de ses yeux
ne pénètre plus en mon âme
tu es là malheureuse telle étais-tu vivante
peut-être me pardonneras-tu


Tatiana Roy
Ne restera qu'un peu de vent

vendredi 24 avril 2015

Âme écartelée, poème de Françoise Ruban

crédit photo fruban




Âme écartelée

senteurs multicolores promesses renouvelées
chaudes sensations de la Nature printanière
Méditerranée aux flots enflammés de rouge
à jamais souillée de l'espoir en sang des migrants


Rayons lumineux de l'aube sur ton corps ensommeillé
tes lèvres frémissent tes narines se gonflent
Des gazouillis joyeux et amoureux
te hèlent hors du lit
Trop vite ton esprit s'obscurcit
Des chrétiens d'Orient tu perçois les cris
Lâchement égorgés cibles jusque dans nos murs
Cimetières profanés  lieux de culte menacés
par ces vermines assoiffées d'étendre leurs tentacules afin
que plus jamais ne bouge ce qui porte le nom d'humains
Pieuvre planétaire partout déployant
haine féroce enserrant jusqu'à la mort
toute promesse de printemps
Amour
Beauté
Liberté


Tes yeux s'arrêtent
chorégraphie d' hirondelles et envol délicat des premiers papillons
bourdonnement d'abeilles semences de Vie
Tes yeux se ferment
ta peau halée caressée
ton cœur apaisé presque ensorcelé
aux allegros enchanteurs de ce concert
Vous qui donnez la Vie
ne laissez pas la folie aveugle et lâche répandre
partout les ténèbres et la mort
Aidez les poètes amoureux jardiniers de la Vie
à se lever tous ensemble __  No pasaran
Faites que les sèves nourricières
jamais ne deviennent mortel venin
roulant flots de sang noir


Âme écartelée

ne cède pas à l'inespoir
enivre-toi d'éphémères instants
prodigue à ton jardin des soins d'éternité
repeins de bleu la Méditerranée

© fruban

le 24 avril 2015

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Recueil en cours



dessin de Plantu

mercredi 22 avril 2015

Le noir éclabousse le bleu, par Françoise Ruban

Il me devient de plus en plus difficile, de jour en jour, de savoir que penser, que dire, qu'échanger, face à la lourdeur du monde. Devrais-je me taire, puisque les mots sont si dérisoires ? Devrais-je dénoncer encore et encore, faire oeuvre militante ? Devrais-je feindre d'ignorer toutes ces victimes, en Méditerranée, parce qu'ils rêvaient d'un monde meilleur qu'ils achetèrent au prix de la mort ? Devrais-je offrir poèmes, musiques ou photos, quand bien même le coeur n'y est plus ? Devrais-je continuer à croire que seuls la Beauté et l'Amour sauveront le monde, alors qu'à chaque instant, on massacre au nom de la religion ? Alors qu'autour de moi, je ne vois qu'insolence, mensonge, et impuissance des politiciens ?
Et pourtant, la Nature est tellement belle ! Il suffirait de la contempler, d'écouter les promesses qu'elle renouvelle au rythme des saisons. Je le fais bien sûr, mais est-ce ma faute si le noir éclabousse le bleu?

fruban

le 20 avril 2015


Dessin de Plantu

dimanche 19 avril 2015

Editorial, par François Régis Hutin




                                                     Editorial, par François Régis Hutin



                              « Le pas des mendiants fera trembler la terre »


    Voici longtemps déjà, nous avons cité cette phrase de Bernanos : « Le pas des mendiants fera trembler la terre ». En 1990, nous posions la question : « Aurons-nous un jour, des boat-people qui s'efforceront de traverser la Méditerranée ? Enverrons-nous alors la Royale pour les repêcher ou pour les refouler ? (1) »
    Voici que la prophétie de Bernanos se réalise aujourd'hui. Voici que l'interrogation d'hier devient tragique réalité. Les années passent avec leur lot de naufrages dans cette Méditerranée lumineuse, berceau de notre civilisation. Les plus importants connus ont fait environ deux cents morts chaque fois. Mais l'intensité va croissant avec, pour un seul naufrage, quatre cents victimes le 12 avril. Le total des noyades connues atteint 3 400 en 2014. Depuis le début de l'année, 900 personnes ont péri.
     Le dispositif Mare Nostrum mis en place en 2013 a permis le sauvetage de 150 000 personnes. Mais ceux qui se préoccupent de ces mouvements migratoires estiment que plus de 500 000 migrants sont en marche vers l'Europe, provenant soit de l'Est ou de l'Ouest africain, soit du Moyen-Orient. C'est la grande fuite devant la misère, devant la faim et plus encore, ces dernières années, devant les guerres, les exclusions ethniques, les persécutions religieuses, les exactions dictatoriales.
    Mare Nostrum , coûtant très cher, a été remplacé par le dispositif Triton, moins onéreux, sans doute moins efficace, alors que la situation se tend. Désormais, les passeurs sont armés. Ils n'hésitent pas à faire usage de leurs armes pour récupérer les embarcations vides dont les passagers ont été sauvés par les navires de secours. De plus, on se bat entre migrants à bord de ces esquifs. On a vu des passagers jetés à la mer à la suite de querelles ethniques ou religieuses.
« La Méditerranée, c'est la route la plus mortelle du monde », a déclaré un représentant du HCR (2) .


Endiguer et organiser la migration


            L'Union européenne, confrontée à cet énorme problème, ne sait toujours pas comment le traiter. A cause de la convention de Dublin qui prévoit que le premier Etat où arrive le migrant doit le prendre en charge, les pays riverains les plus proches de l'Afrique sont en première ligne. L'Italie n'en peut plus : 10 500 réfugiés y ont débarqué en deux semaines. « L'Italie porte un fardeau énorme pour l'Europe... Cela ne va plus », déclarent les autorités italiennes. Il devient évident, nécessaire, urgent que l'Union européenne mette en marche les dispositifs de solidarité, donc d'accueil par chacun des pays européens, selon ses moyens. Malheureusement, la France ne brille pas par sa générosité en ce domaine. L'Allemagne est beaucoup plus ouverte...
           N'oublions pas que la Turquie, le Liban, la Jordanie abritent chacun des centaines de milliers de réfugiés. Il faut rapidement, en Union européenne, un grand sursaut. Il faut regarder les choses en face. Agir efficacement vaut mieux que de détourner les regards comme nous le faisons actuellement. Plutôt que de laisser se dérouler anarchiquement une migration jusqu'à présent inévitable, il faut s'efforcer de l'endiguer et de l'organiser et donc y mettre tous les moyens.
            Par ailleurs, après le bombardement d'une école d'Alep, Andrea Riccardi de la Communauté de Sant'Egidio lance un appel : « Il faut mettre en place des couloirs humanitaires pour les civils et imposer la paix au nom de ceux qui souffrent. » C'est ainsi que l'on pourra peut-être tarir les migrations à leurs sources.

( 1)   Ouest-France, 7-8 avril 1990
(2) Haut-Commissariat aux Réfugiés de l'Onu


                                                                                       François Régis Hutin


                                                 
Dans la nuit du 18 au 19 avril, un nouveau naufrage aurait fait 700 morts !

Dans Ouest-France de dimanche 19 avril
http://www.ouest-france.fr/un-bateau-chavire-700-migrants-auraient-trouve-la-mort-3344964


"On redoute un nouveau drame de l'immigration en Méditerranée. La nuit dernière, un bateau transportant 700 migrants aurait chaviré.

 Le chavirage d'un bateau transportant des migrants aurait fait jusqu'à 700 morts dans la nuit de samedi à dimanche au large des côtes libyennes, rapporte le Times of Malta.

Les secours ont repêché 28 rescapés après le naufrage, qui a eu lieu à la limite des eaux territoriales libyennes, à environ 120 miles nautiques au sud de l'île italienne de Lampedusa, écrit le journal maltais sur son site internet.

L'alerte a été lancée vers minuit. Le bateau aurait chaviré lorsque les migrants se sont massés du même côté à l'approche d'un navire marchand, ajoute-t-il.

« La pire hécatombe »

Si ces chiffres étaient confirmés, il s'agirait de la « pire hécatombe jamais vue en Méditerranée », a-t-elle Carlotta Sami, porte-parole du Haut-commissariat aux Nations unies pour les réfugiés en Italie.

Quelque 21 cadavres ont été récupérés, selon les médias italiens. L'AFP indique qu'il n'a pas été possible dans l'immédiat d'obtenir confirmation de cette information.

Une importante opération de secours a été mise en place avec le concours des marines italienne et maltaise, a indiqué à l'AFP un porte-parole de la marine maltaise.

500 à 1000 migrants récupérés chaque jour

Deux autres naufrages ont fait quelque 450 morts et disparus en moins d'une semaine. Là encore, ce sont les récits de survivants qui ont permis d'établir ces bilans, alors que le flux de migrants provenant de la Libye ne cesse de grossir. Entre 500 et parfois 1 000 personnes sont chaque jour récupérées par les garde-côtes italiens ou des navires marchands.

Plusieurs organisations internationales et humanitaires ont dénoncé ces derniers jours l'incurie des autorités européennes, réclamant davantage de moyens. « Il faut une opération Mare nostrum européenne », a ainsi déclaré la porte-parole du HCR. L'opération italienne Mare nostrum de sauvetage des migrants a été remplacée par l'opération Triton, une opération de surveillance des frontières beaucoup plus modeste. "

Ouest-France, 19 avril 2015


Dessin d'Herman, Tribune de Genève, 16 avril 2015

vendredi 17 avril 2015

Improbable horizon, de Françoise Ruban







L'Océan là devant moi
Dans son infinie nappe turquoise
Au sourire de notes marines
Le silence étourdissant
  dépose une cantate

  caresse mon âme brûlante
Quelques voiles gonflent et glissent
     doucement
      délicieusement
          amoureusement

Mes rêves passagers clandestins
Embarquent
Vers un appel
   venu de loin
         au-delà
           de l'horizon
Autre galaxie
Là-bas
Au bout de la ligne droite

Les goélands taisent leurs cris
Ailes ouvertes
Immobilité planante
Malicieux compagnons de voyage
Ils savent
Et leurs clins d'oeil complices
Eclairent le sillon à peine creusé
Ils dansent sur un scénario
Ecrit cette nuit
     Ballet musical
     Voluptueux

A peine quelques échos
Rumeurs sourdes
Le port de pêche vaste chantier
Où gisent sur cales les chalutiers géants
Monstrueux insectes aux hélices rouillées
Aux coques béantes
Echoués
Inertes
Sur le bitume stérile

De plus loin encore
               montent
                       des relents calcinés
Peste
Brune
Mortifère
Assassine
Cris surgis
  d'un passé endormi
       souterrain cauchemar
 Années torturées
Hurlant la Mort
Loups assoiffés
Chairs éclatées
   en un chaos
          ensanglanté

L'Océan là devant moi
M'ouvre sa nappe turquoise
Son sourire de notes marine...

Rejoindre la magie du rêve
Fuir vers cet Ailleurs aux horizons lointains aux rivages incertains
       Au-delà
             de la Mer éternelle
Pénétrer le Mystère
      Auréolé
       de
     Bleu

©   F.R
le 03 mai 2012

in, L'Âme des marées
recueil paru en octobre 2014
éditions épingle à nourrice
http://editozap.jimdo.com/livres/


crédit photos fruban

mardi 14 avril 2015

Tu es plus belle que le ciel et la mer, de Blaise Cendrars

Tu es plus belle que le ciel et la mer
Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir
Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises
II y a l’air il y a le vent
Les montagnes l’eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre
Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends
Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler
Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t’en
Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l’œil
Je prends mon bain et je regarde
Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t’aime

Blaise Cendrars,
 Feuilles de route, 1924

samedi 11 avril 2015

Autour de Jacques Calonne (Noctuelles) - suite - Article de Cristian Ronsmans, photos, interview Frédéric Baal

Rencontre avec Jacques Calonne à la librairie Tropismes (Bruxelles), le 2 avril 2015.







Une soirée inoubliable

Qui plus que Balthus ou Rainer Maria Rilke, indirectement, n’eut pensé , si d’aventure ils l’eurent connu , que Mitsou et ses neuf vies avait connu la renaissance et reconnaissance, ce jeudi soir, en la personne de Jacques Calonne, qui en améliorait la performance de ses 15 vies en une ?
Et qui ne pouvait mieux évoquer cette extraordinaire personnalité, que notre cher intendant des menus plaisirs, son ami de toujours, Frédéric Baal.
Car c’est lui, c’est ce dernier qui allait nous conter, en pages éblouissantes, les non moins éblouissantes performances de ce vieux Mitsou, comme ce chat que nous connaissons tous, nonchalamment étendu sur la cuisante brûlure du radiateur, qui en ce jeudi soir, l’œil tantôt mi clos, tantôt perçant, venu de l’Abyssinie mystérieuse, nous considérait, la soixantaine de spectateurs, comme s’il eût été pas peu fier de son dernier coup pendable qu’il appelait mes « Noctuelles ».
Et moi qui venait de le retrouver après tant d’années, je ne pouvais que me remémorer ces deux vers de Baudelaire (dans son poème « Les Chats »), auquel Baudelaire, géographiquement, notre Jacques succéda en l’hôtel du Grand Miroir.
« Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin »
Mais le chat qui félin, fait l’autre, au détour de notre pourtant grande attention, entre une bombe savamment préparée et l’orbe orchestrale, hors toute conception astronomique, soudain sort d’une fausse torpeur , émet ses phéromones transmises telles des perceptions extra sensorielles diffuses, engendrant un étonnant tropisme dans un sourire lumineux et énigmatique.
Une extravagante métalepse met nos sens cul par-dessus tête où qui trope embrasse mal éreinte et le vieux chat de retourner, satisfait de son dernier tour de malice, dans sa petite boutique paisible des souvenirs qui conquièrent enfin l’éternité.
Merci à toi Jacques.

Cristian Ronsmans








dimanche 5 avril 2015

Et le vent, de Martine Cros


Et Le Vent














celle qui va et qui revient
entre les strates de Sylvine
collision de paupières fines
et de larmes de gypse creux
les bégaiements sont silencieux

et le vent dans
les noiseraies
étend ses bras longs et soyeux
devenir ce vent je l'aime
et ton cou semble un noyer
et la seule chose au monde
est un soupir qui vient mourir
dans les rameaux de tes vergers
tu les cultives sans savoir
que mes yeux sont retranchés
au sein de ton coeur de colombe
dans ta chair d'épouvantail

et le vent dans
les noiseraies

secoue la paille

qu'elles sont fragiles
les entailles
enracinées
tempête lève l'oripeau
et donne à voir un nu d'enfer
couvert de lanières de sang
et rose de désirs de feu
et ridé de destins douteux
l'hivers vient occulter
les secrets et mensonges
au coin du feu c'est bon
d'inventer tous les songes
en flammes donne l'illusion
au dehors il ne reste
qu'une branche vermillon
échine de l'épouvantail
à ses pieds une plume blanche

vaut-il mieux taire ou avouer
celle qui va et qui revient
à la forêt
faut il être forte et rester
sur cette terre étrange fruit
de ces vastes vergers fleuris
où la seule chose au monde
qui m'arrache les deux yeux
est de ne pas savoir qui tu es




5 avril 2015

Texte et photo Martine Cros

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