Concert au Théâtre de la ville (13 juin 2012)
Revoir le concert : En Grèce, la revanche des... par Mediapart
vendredi 14 octobre 2016
Angélique Ionatos sur France Culture, A voix nue
"Que serait devenue Angélique Ionatos si la dictature des colonels n’avait poussé sa famille à l’exil, si elle n’avait trouvé sa voie dans la chanson, si le public français ne l’avait accueillie, elle qui est bien davantage connue en France qu’en Grèce ?"
Par Stéphane Manchematin. Réalisation : Doria Zenine. Prise de son : Etienne Leroy. Attachée de production : Claire Poinsignon.
5 émissions de 30'
- Fille de la mer
- Chansons nomades
- J'ouvre la bouche et exulte la haute mer
- Grecque me fut donnée ma langue
- Belle mais étrange patrie
"Fille de marin, Angélique Ionatos est née à Athènes en 1954. Elle a quinze ans, en 1969, lorsqu’avec ses parents, elle quitte la Grèce pour fuir la dictature des colonels. La famille pose dans un premier temps les valises en Belgique, avant de s’installer en France. Angélique Ionatos y apprend « la langue de l’exil ».
Au début des années 70, elle enregistre, en duo avec son frère Photis, un premier album en français : Résurrection, couronné par le prix de l'Académie Charles-Cros.
Dotée d’une allure de déesse grecque et d’une voix grave de contralto, solaire et envoûtante, âpre et sensuelle, Angélique Ionatos entame alors une carrière solo qui la voit, petit à petit, s’imposer comme auteur, compositeur et guitariste. Très vite, elle fait le choix de revenir à la langue grecque. Puisant son inspiration au cœur de la culture traditionnelle grecque, elle commence à chanter les poètes, grecs notamment. C'est par la mise en musique des poèmes du prix Nobel de littérature1979, Odysseas Elytis, qu’elle s’impose définitivement tant auprès du public que de la critique.
Mais Angélique Ionatos a également chanté la poétesse Sappho de l’île de Mytilène, les poètes grecs contemporains mais aussi Pablo Neruda ou Frida Khalo dont elle a mis en musique des extraits du journal intime. Tout au long de ce parcours, elle a recherché des collaborations fructueuses avec des musiciens de toutes origines. Si la magie opère à tous les coups, à chaque nouvel album (une vingtaine à ce jour), c’est autant pour la qualité de la musique et des interprétations que pour la voix.
Angélique Ionatos a publié en 2015, Le soleil sait, une anthologie de poèmes d’Odysseas Elytis qu’elle a traduits en français.
Angélique Ionatos le site
jeudi 13 octobre 2016
Maram Al Masri, grande poète

Maram Al Masri
Née à Lattaquié en Syrie, Maram al-Masri ((مرام المصري) est une poétesse "Franco-Syrienne" (comme elle l'indique sur sa carte de visite).
Elle s’est installée à Paris en 1982 après des études en littérature anglaise à Damas
Corps de femme
Fragile avec lequel s’affrontent l’eau et le vent
Chaque soir,
Les oiseaux et les ours rêvent de mains caressantes,
Les chats s’étendent pour lécher leur fourrure
Sans se préoccuper des yeux que Dieu disperse au plafond et sur les murs,
Ni se préoccuper des bavardages,
Ni des juges, ni des prisons de l’amour,
Ni des mandibules des mites qui dévorent les vêtements du désir,
Se satisfaisant de leur être,
Dans la quiétude de leur corps,
Ils respirent avec jouissance le matin.
–
–
(Traductions François Durazzo)
.
.
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Le temps
Chimère ressentie par la peau, palpable sous les os,
Il jaunit, il blanchit, parfois il noircit,
C’est le temps,
Le même qui traverse
Les arbres et les monts
Les eaux, le vent
Les rêves et les mots,
Laissant derrière lui les traces de son passage
Comme une amante qui veut dénoncer son amant,
Les papiers fragiles des photos et des lettres,
Les rides, le rhumatisme et les souvenirs dévorés
Mangés par le scorpion de ses aiguilles affamées.
–
–
(Traduction Françoise Durazzo)
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.
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Extrait de Par la fontaine de ma bouche
Ma bouche
est chanson d’Ishtar
et contes de Shéhérazade
ma bouche
est le gémissement silencieux d’une plainte
ma bouche
est une fontaine coulant de plaisir
le cantique
du cœur
et de la chair
(Bruno Doucey édition)
.
.
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Ma bouche
Ma bouche
pleine de parole gelées
est une prison
de tempêtes retenues
ma bouche
est chanson d’Ishtar
et contes de Shéhérazade
ma bouche
est le gémissement silencieux d’une plainte
ma bouche est une fontaine coulant de plaisir
le cantique
du coeur
et de la chair
Maram al-Masri (Par la fontaine de ma bouche – Edition Bruno Doucey)
.
Sur le site poesiemusiketc
D'autres poèmes sur le
Blog de Maram Al Masri
Michel Baglin, revue Texture, bel article sur deux recueils
"Maram al-Masri : Du corps à corps sensuel à la solidarité
(lectures de Par la fontaine de ma bouche & La robe froissée)"
Sur Wikipedia sa biographie et ses principales oeuvres
Sur Le Printemps des poètes :
Biographie
Maram al-Masri est née à Lattaquié, en Syrie, en 1962. Après des études de littérature anglaise à Damas, où le recueil Je te menace d’une colombe blanche paraît en 1984, elle quitte sa terre natale et s’installe à Paris où elle connaîtra une situation difficile. En 1987, son second recueil, Cerise rouge sur une carrelage blanc, est publié à Tunis par les Éditions de L’Or du Temps. La poésie de Maram al-Masri est alors saluée par la critique des pays arabes puis traduite dans de nombreuses langues : en allemand, anglais, italien, espagnol, serbe, corse ou turc. En 2003, les Éditions PHI font paraître une traduction française de ce second recueil préfacé par Lionel Ray. Quatre ans plus tard, les Éditions Al Manar sortent Je te regarde, recueil initialement publié à Beyrouth, qui obtient le prix de poésie de la SGDL que Maram al-Masri partage avec Bruno Doucey. Je te menace d’une colombe blanche, traduit de l’arabe par François-Michel Durazzo, est aujourd’hui édité pour la première fois en français.
Bibliographie
Recueils
La robe froissée, éditions Bruno Doucey, 2012
Par la fontaine de ma bouche, traduit de l’arabe par l’auteure en collaboration avec Bruno Doucey, éd. Bruno Doucey, 2011.
Les Ames aux pieds nus, traduit de l’arabe par l’auteure, éd. Le Temps des cerises, 2009
Habitante de la Terre, Sous la lime, 2009
Je te menace d'une colombe blanche Seghers, 2008
Je te regarde Al Manar, 2007
Cerise rouge sur un carrelage blanc, traduit de l’arabe par François-Michel Durazzo en collaboration avec l’auteure, éd. Phi, 2003
DVD
La poétesse aux pieds nus Génération vidéo, 2012, label Sélection Printemps des Poètes
Anthologie
Femmes poètes du monde arabe, anthologie établie par Maram Al-Masri, éd. Le Temps des cerises, 2012
mercredi 12 octobre 2016
Lettre de Victor Hugo au ministre de l'intérieur anglais, Lord Palmerston (1872)
(Victor Hugo vient d'assister à une pendaison)
11 février 1854
Dès le point du jour une multitude immense fourmillait aux abords de la geôle. Un jardin était attenant à la prison. On y avait dressé l’échafaud. Une brèche avait été faite au mur pour que le condamné passât. A huit heures du matin, la foule encombrant les rues voisines, deux cents spectateurs « privilégiés » étant dans le jardin, l’homme a paru à la brèche. Il avait le front haut et le pas ferme ; il était pâle ; le cercle rouge de l’insomnie entourait ses yeux. Le mois qui venait de s’écouler venait de le vieillir de vingt années. Cet homme de trente ans en paraissait cinquante. « Un bonnet de coton blanc profondément enfoncé sur la tête et relevé sur le front, – dit un témoin oculaire, – vêtu de la redingote brune qu ‘il portait aux débats, et chaussé de vieilles pantoufles », il a fait le tour d’une partie du jardin dans une allée exprès. Les bordiers, le shérif, le lieutenant-shérif, le procureur de la reine, le greffier et le sergent de la reine l’entouraient. Il avait les mains liées ; mal, comme vous allez voir. Pourtant, selon l’usage anglais, pendant que les mains étaient croisées par les liens sur la poitrine, une corde rattachait les coudes derrière le dos. Il marchait l’œil fixé sur le gibet. Tout en marchant il disait à voix haute : Ah mes pauvres enfants ! A côté de lui, le chapelain Bouwerie, qui avait refusé de signer la demande en grâce, pleurait.
L’allée sablée menait à l’échelle. Le nœud pendait. Tapner a monté. Le bourreau d’en bas tremblait ; les bourreaux d’en bas sont quelquefois émus. Tapner s’est mis lui-même sous le nœud coulant et y a passé son cou, et, comme il avait les mains peu attachées, voyant que le bourreau, tout égaré, s’y prenait mal, il l’a aidé. Puis, « comme s’il pressentait ce qui allait suivre, » – dit le même témoin, – il a dit : « Liez-moi donc mieux les mains.- C’est inutile, a répondu le bourreau. » Tapner étant ainsi debout dans le nœud coulant, les pieds sur la trappe, le bourreau a rabattu le bonnet sur son visage, et l’on a plus vu de cette face pâle qu’une bouche qui priait. La trappe, prête à s’ouvrir sous lui, avait environ deux pieds carrés. Après quelques secondes, le temps de se retourner, l’homme des « hautes œuvres » a pressé le ressort de la trappe. Un trou s’est fait sous le condamné, il y est tombé brusquement, la corde s’est tendue, le corps a tourné, on a cru l’homme mort. « On pensa, dit le témoin, que Tapner avait été tué raide par la rupture de la moelle épinière. » Il était tombé de quatre pieds de haut, et de tout son poids, et c’était un homme de haute taille ; et le témoin ajoute : « Ce soulagement des cœurs oppressés ne dura pas deux minutes. »
Tout à coup, l’homme, pas encore cadavre et déjà spectre, a remué ; les jambes se sont élevées et abaissées l’une après l’autre comme si elles essayaient de monter des marches dans le vide, ce qu’on entrevoyait de la face est devenu horrible, les mains, presque déliées, s’éloignaient et se rapprochaient « comme pour demander assistance, » dit le témoin. Le lien des coudes s’était rompu à la secousse de la chute. Dans ces convulsions, la corde s’est mise à osciller, les coudes du misérable ont heurté le bord de la trappe, les mains s’y sont cramponnées, le genou droit s’y est appuyé, le corps s’est soulevé, et le pendu s’est penché sur la foule. Il est retombé, puis a recommencé. Deux fois, dit le témoin. La seconde fois il s’est dressé à un pied de hauteur ; la corde a été à un moment lâche. Puis il a relevé son bonnet et la foule a vu ce visage. Cela durait trop, à ce qu’il paraît. Il a fallu finir. Le bourreau, qui était descendu, est remonté, et a fait, je cite toujours le témoin oculaire, « lâcher prise au patient. » La corde avait dévié ; elle était sous le menton ; le bourreau l’a remise sous l’oreille : après quoi il a « pressé les épaules. » Le bourreau et le spectre ont lutté un moment ; le bourreau a vaincu. Puis cet infortuné, condamné lui-même, s’est précipité dans le trou où pendait Tapner, lui a étreint les deux genoux et s’est suspendu à ses pieds. La corde s’est balancée à un moment, portant le patient et le bourreau, le crime et la loi. Enfin, le bourreau a lui-même « lâché prise. » C’était fait. L’homme était mort.
Vous le voyez, monsieur, les choses se sont bien passées. Cela a été complet. Si c’est un cri d’horreur qu ‘on a voulu, on l’a.
La ville étant bâtie en amphithéâtre, on voyait cela de toutes les fenêtres. Les regards plongeaient dans le jardin.
La foule criait : shame ! shame ! shame ! Des femmes sont tombées évanouies. Pendant ce temps-là, Fouquet, le gracié de 1851, se repent. Le bourreau a fait de Tapner un cadavre ; la clémence a refait de Fouquet un homme. Dernier détail. Entre le moment où Tapner est tombé dans le trou de la trappe et l’instant où le bourreau, ne sentant plus de frémissement, lui a lâché les pieds, il s’est écoulé douze minutes. Douze minutes ! Qu’on calcule combien cela fait de temps, si quelqu’un sait à quelle horloge se comptent les minutes de l’agonie !
Voilà donc, monsieur, de quelle façon Tapner est mort. Cette exécution a coûté cinquante mille francs. C’est un beau luxe. Quelques amis de la peine de mort disent qu’on aurait pu avoir cette strangulation pour « vingt-cinq livres sterling ». Pourquoi lésiner ? Cinquante mille francs ! quand on y pense, ce n’est pas trop cher ; il y a beaucoup de détails dans cette chose-là.
On voit l’hiver, à Londres, dans de certains quartiers, des groupes d’êtres pelotonnés dans les angles des rues, au coin de portes, passant ainsi les jours et les nuits, mouillés, affamés, glacés, sans abri, sans vêtements et sans chaussures, sous le givre et sous la pluie. Ces êtres sont des vieillards, des enfants et des femmes ; presque tous irlandais ; comme vous, monsieur. Contre l’hiver ils ont la rue, contre la neige ils ont la nudité, contre la faim ils ont le tas d’ordures voisin. C’est sur ces indigences-là que le budget prélève les cinquante mille francs donnés au bourreau Rooks. Avec ces cinquante mille francs, on ferait vivre pendant un an cent de ces familles. Il vaut mieux tuer un homme.
Ceux qui croient que le bourreau Rooks a commis quelque maladresse paraissent être dans l’erreur. L’exécution de Tapner n’a rien que de simple. C’est ainsi que cela doit se passer. Un nommé Tawel a été pendu récemment par le bourreau de Londres, qu’une relation que j’ai sous les yeux qualifie ainsi : « Le maître des exécuteurs, celui qui s’est acquis une célébrité sans rivale dans sa peu enviable profession. » Eh bien, ce qui est arrivé à Tapner était arrivé à Tawel.
On aurait tort de dire qu’aucune précaution n’avait été prise pour Tapner. Le jeudi 9, quelques zélés de la peine capitale avaient visité la potence déjà toute prête dans le jardin. S’y connaissant, ils avaient remarqué que « la corde était grosse comme le pouce et le nœud coulant gros comme le poing ». Avis avait été donné au procureur royal, lequel avait fait remplacer la grosse corde par une corde fine. De quoi se plaindrait-on ?
Tapner est resté une heure au gibet. L’heure écoulée, on l’a détaché ; et le soir, à huit heures, on l’a enterré dans le cimetière dit des étrangers, à côté du supplicié de 1830, Béasse.
Il y a encore un autre être condamné. C’est la femme de Tapner. Elle s’est évanouie, deux fois en lui disant adieu ; le second évanouissement a duré une demi-heure ; on l’a crue morte.
Voilà, monsieur, j’y insiste, de quelle façon est mort Tapner.
Un fait que je ne puis vous taire, c’est l’unanimité de la presse locale sur ce point : — Il n’y aura plus d’exécution à mort dans ce pays, l’échafaud n’y sera plus toléré.
La Chronique de Jersey du 11 février ajoute : « Le supplice a été plus atroce que le crime. »
J’ai peur que, sans le vouloir, vous n’ayez aboli la peine de mort à Guernesey. Je livre en outre à vos réflexions ce passage d’une lettre que m’écrit un des principaux habitants de l’île : « L’indignation était au comble, et si tous avaient pu voir ce qui se passait sous le gibet, quelque chose de sérieux serait arrivé, on aurait tâché de sauver celui qu’on torturait. » […]
Prenez garde. L’avenir approche. Vous croyez vivant ce qui est mort et vous croyez mort ce qui est vivant. La vieille société est debout, mais morte, vous dis-je. Vous vous êtes trompés. Vous avez mis la main dans les ténèbres sur le spectre et vous en avez fait votre fiancée. Vous tournez le dos à la vie ; elle va tout à l’heure se lever derrière vous. Quand nous prononçons ces mots, progrès, révolution, liberté, humanité, vous souriez, homme malheureux, et vous nous montrez la nuit où nous sommes et où vous êtes. Vraiment, savez-vous ce qu’est que cette nuit ? Apprenez-le, avant peu les idées en sortiront énormes et rayonnantes. La démocratie, c’était hier la France ; ce sera demain l’Europe. L’éclipse actuelle masque le mystérieux agrandissement de l’astre.
Je suis, monsieur, votre serviteur,
Victor Hugo.
sur le site Deslettres
lundi 10 octobre 2016
Quand l'enfance re-naît
Quand l'enfance re-naît
avec ses rires
avec ses senteurs colorées
Pour te dire
je suis morte à jamais
Toi tu rêves d'un nouveau printemps.
fruban
10 octobre 2016
Promener le regard au loin à perte de vue des collines boisées. Ombres projetées sur les champs verts ou bruns.
Les brumes se dispersent évaporées par le soleil d'automne. M'arrêter ici, à chaque fois que mes pas m'emmènent là-bas.
Le vieux noyer toujours montre le chemin qui descend vers les plaines, sillonnant à travers champs.
Encore plus fier sous la caresse éblouissante du soleil au zénith.
Oublier un instant la barbarie des hommes et les bruits de la ville. Comme figé à jamais dans un passé glorieux, tu abrites aujourd'hui les ébats des canards et la fierté dédaigneuse des cygnes.
Ce matin-là une grande sérénité sur les rives de mon refuge en ce début d'automne.
avec ses rires
avec ses senteurs colorées
Pour te dire
je suis morte à jamais
Toi tu rêves d'un nouveau printemps.
fruban
10 octobre 2016
Promener le regard au loin à perte de vue des collines boisées. Ombres projetées sur les champs verts ou bruns.
Les brumes se dispersent évaporées par le soleil d'automne. M'arrêter ici, à chaque fois que mes pas m'emmènent là-bas.
Le vieux noyer toujours montre le chemin qui descend vers les plaines, sillonnant à travers champs.
Encore plus fier sous la caresse éblouissante du soleil au zénith.
Et toi Vieux Pont si cher à mon coeur, jamais je n'oublie de venir te saluer. M'asseoir et admirer tes pierres usées par les ans. Ne reste que cet arche majestueux. La guerre t'a amputé sauvagement. C'est ici que je pense à Toi que j'aime.
Oublier un instant la barbarie des hommes et les bruits de la ville. Comme figé à jamais dans un passé glorieux, tu abrites aujourd'hui les ébats des canards et la fierté dédaigneuse des cygnes.
Ce matin-là une grande sérénité sur les rives de mon refuge en ce début d'automne.
| © crédit photos fruban |
samedi 8 octobre 2016
Sous le voile de la morte, de Cristian Ronsmans
Sous le voile de la morte reposent les joies et infortunes de l’existence.
Entre basse lisse et haute lisse, les fils de la chaîne de vie s’entrelacent au hasard des rencontres, au détour des aléas qui fixent le sort de chacun.
Sous le voile de la morte, des moments de vie tissée de lambeaux de souvenirs flottent en nappes épaisses, qui s’évanouissent dans la lumière de l’aurore.
Sous le voile de la morte, refoulés au plus profond des abysses d’un lac souterrain, on pourrait y trouver des trésors, à jamais enfouis dans l’oubli éternel.
Sous le voile de la morte, à la surface des eaux, surnage l’hydre, aux mille sourires immortels qui réduisent en cendres le téméraire aventurier de l’amour.
Sous le voile de la morte, sur la queue de la créature, le héraut de Cupidon aura beau décocher ses flèches, la carapace est encore solide et il lui sera vain d’espérer chevaucher le tigre et accueillir le dragon.
Sous le voile de la morte, seule la mort, dans l’infini de son amour, règne sur le vivant dans l’éternité de sa couche. Ô désespoir.
Sous le voile de la morte, la morte repose dans son immobile et hiératique posture. Indéchiffrable à jamais !
Cristian Ronsmans
3 octobre 2016
Et bientôt, parution d'un livre "Ostraka, contes philosophiques" aux Editions du Pont de l'Europe
Je vous en parlerai prochainement....
jeudi 6 octobre 2016
Jacques Higelin symphonique, derniers jours pour l'écouter (24 oct 2016)
Je l'avais partagé ici, en octobre 2015 et je le mets aujourd'hui en première ligne pour ceux qui auraient manqué ce moment inoubliable. En attendant le nouvel album et le recueil de poèmes de Jacques Higelin.
Un bel article lui est consacré dans Télérama .
Vous découvrirez toute son actualité sur le site officiel de Jacques Higelin
On peut l'écouter ICI
Un bel article lui est consacré dans Télérama .
Vous découvrirez toute son actualité sur le site officiel de Jacques Higelin
On peut l'écouter ICI
![]() |
| photo du Net (Higelin à la Philharmonie) |
dimanche 2 octobre 2016
Katerina Fotinakis, Théâtre du Chatelet (18 juin 2013), extrait
A. LA GUERRE
L'Orient cherche son souffle
et l'Occident s'enflamme
Des loups les peuples
ensemble ils aiguisent haines et couteaux
Du Barbare le défoulement
amplifié les siècles nous le renvoient
Pour quel tyran et quelles couronnes
travailles les sorciers dans le vendre de la terre?
Tremblent les flottes, les ports, la haute mer.
Le rêve veille sur le rêve et plane auprès des aigles
L'homme conquérant des cieux
sème à nouveau l'horreur
B. LE PENSEUR
Mais le penseur questionne :
Alors, la guerre serait mère de toute chose?
De la lave naitraient des belles forêts?
Et se peut-il que l'homme soit issu du monstre?
-Qui donc le sait...
Et si par miracle le rêve s'exhausse
et la tempête accouche d'un nouveau monde,
est-ce que sur le chaos que bâtirait
ses piliers l'Europe, unie???
Γ. LE POÈTE
Le poète : dans ses entrailles germent les graines du rêve
Ni les canons, ni les fleuves de sang
ne fanent la fleur qui embaume ses entrailles.
Hypatie d'Alexandrie,
tu n'es pas faite pour la vermine.
Tes dieux sont vivants et toi avec eux.
La victoire glorieuse viendra un jour : DÉMOCRATIE
Traduction : Angélique Ionatos
(Mille merci à Samira Negrouche, Klio Bournova, Elisabeth Bruyère-Chanteur pour leur contribution à traduire ce poème)
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Poesie du poete grec Kostis Palamas
Musique - interpretation : Katerina Fotinaki
Guitare : Orestis Kalabalikis
Alto : Stamos Semsis
Réalisation : Pierre Cattan (www.smallbang.fr)
Son : Antoine Faure
Production : Mediapart
Théâtre du Châtelet, Paris, 18 juin 2013
samedi 1 octobre 2016
Portraits de l'air, Pierre Dhainaut et Isabelle Lévesque

« L’air se fait rare, il faudra bien que tombe
la pluie, « la pluie d’été », l’auteur d’Ensemble encore
est mort hier, premier juillet. Ces mots-là,
les siens propres, ne sont à vrai dire à personne,
il les retirait de l’exil des livres... »
Pierre Dhainaut
Ce qui reste
jeudi 29 septembre 2016
Sylvie Brès, poète (1954-2016)

"Que dire dans une biographie qui ne griffe la vie de celui qu'elle décrit ? Je suis née en 1954 dans une petite ville de la Drôme ; l'essentiel de ma vie s'est passée dans ce département, hormis une incursion dans le Gard. La littérature a été un fruit défendu auquel j'ai vraiment mordu très tôt et qui m'a peut-être en partie jetée hors du Paradis de l'Enfance, précocement , si on le conçoit comme Éternité de l'Instant. J'ai fait des études littéraires et d'histoire de l'art et archéologie, et j'ai passé ma vie active auprès d'enfants très jeunes, prenant plaisir à découvrir et redécouvrir le Monde dans le partage du rire et de la connaissance, je dirais de la conscience à la fois naissante et entière. Que dire dans une biographie sans décrier l'étrangeté d'être-au-monde, sans banaliser et ternir la Merveille d'une vie ?" Sylvie Brès
dans la rumeur libre éditions
Quelques ouvrages
SYLVIE BRÈS
Affleure l'abîme
poésie
Patrick Laupin Dédicace à l'auteur
(à propos de Affleure l'abîme)
"Mon souhait est que tu adoucisses jusqu’au plein silence de ta voix, et tes ellipses et tes élans, ce grand cercle magique de tendresse visité par le génie de ta syntaxe. Ce sera un Livre de toi et de ton écriture que j’admire."
Yves Bonnefoy Lettre à l’auteur, 6 janvier 2010
(à propos de Affleure l'abîme)
"Je vous remercie de votre envoi-de cette belle méditation sur la vie, à laquelle vous savez donner un sens, par votre parole. Je suis très sensible à cet acte de lucidité, de courage, de foi, et forme des vœux pour vous et ce travail de poésie que vous menez et allez mener encore."

SYLVIE BRÈS
Une Montagne d'enfance
poésie
Une Montagne d'enfance (Sylvie Brès)

SYLVIE BRÈS
L'incertaine limite de nos gestes
poésie
Dans Revue Textures
Les critiques de Lucien Wasselin
Sylvie Brès : « L’incertaine limite de nos gestes »
C’est le troisième recueil de Sylvie Brès que je lis. Et j’avais relevé dans « Cœur troglodyte » ces vers : « Et quand viendra / notre dernier baroud d’honneur / contre la maladie de vivre - / que personne ne songe à critiquer / nos illusions et notre tentative ». Il est vrai que ces poèmes disaient crûment la maladie et la lutte contre cette dernière et cet appel à ne pas critiquer illusions et tentative était recevable lorsqu’on mettait en regard poèmes et maladie tant l’expérience de Syvie Brès méritait le respect. « L’incertaine limite de nos gestes » est à inscrire dans ce respect, non par décence mais par sa qualité d’écriture.
Ce livre est composé de 14 suites de poèmes, à moins qu’il ne s’agisse de longs poèmes tant leur proximité est forte. L’ensemble titré « Sanctification » est révélateur du travail qu’opère Sylvie Brès sur les mots : « Comment trouver le mot cherché ? / S’il n’a pas été éprouvé / un jour / dans la bouche / longuement mâché / un peu ânonné - sucé - mordillé - testé - ». Ce travail traduit la quête éperdue de connaissance qui est celle de Sylvie Brès qui se pose dans « Sanctification » la question : « et advient-il / le bonheur de nommer l’être / dans une conscience effrénée ? » Ce goût des mots, cette lutte acharnée à trouver le mot juste serait la métaphore du désir (vivre et aimer). Comme la rose est celle de la vie qui continue… Sylvie Brès pose plus de questions qu’elle n’exprime d’affirmations. Mais procédant ainsi, elle dit aussi sa révolte et accède à une certaine vérité : « Le Minotaure veille. / Elle est songe dans ses bras », sans que l’on sache si ce elle désigne l’auteur, la mélancolie, l’absence ou la présence. La présence au monde ?
L’oubli est impossible note-t-elle dès le début de " "L’incertaine limite de nos gestes " malgré la règle inflexible de l’éphémère : « Nous n’habiterons pas toujours / l’ébullition rêveuse / de nos pensées » avant d’écrire, plus loin, « Et l’éternité, pourtant quel non-sens ! / Y aurait-il prison plus absurde pour nous / qui ne savons nous débattre que dans la durée ? » Le lecteur a l’impression que ces poèmes ne sont écrits que pour lutter contre l’évaporation de la pensée ou pour conjurer l’inéluctable qui nous attend tous… En tout cas, Sylvie Brès fait mentir avec ce recueil exigeant André Gide qui écrivait qu’on ne faisait pas de bonne littérature avec de bons sentiments. S’agit-il d’ailleurs de bons sentiments avec cette révolte ancrée au plus profond de la chair ? Car de « L’incertaine limite de nos gestes », elle tire une ode à la vie, elle dépasse « les tangentes du silence / pour humecter / les lèvres du monde ». Tant elle fait corps avec le monde.
(Sylvie Brès : « L’incertaine limite de nos gestes ». La Rumeur libre éditions, 96 pages. 15 €. Dans les bonnes librairies.)
Coeur troglodyte, Le Castor astral, 2014
éditions Le Castor astral
"Au regard de tous les discours lénifiants à propos du cancer, qui touchent parfois au grand n’importe quoi, ce livre témoigne d’un immense désir : que cette souffrance puisse avoir une forme d’utilité à la fois tendre et révoltée à travers le langage poétique et qu’elle touche l’autre dans son humanité profonde.
Cœur troglodyte réunit chronologiquement deux ensembles de poèmes : Et soudain le pas manque et Cœur troglodyte proprement dit.
Et soudain le pas manque s’attache à dire, à faire comprendre dans toute son ampleur, cette bascule qui, du jour au lendemain, renverse l’individu et ses valeurs, l’oblige à une révolution copernicienne, le surprend, le suspend entre vie et mort, et le soumet à la conscience entière et désespérée de sa fragilité. C’est le temps de l’hôpital, un temps non pas de chien, mais de patient, qui enferre, enferme une vie devenue autre et suspendue aux traitements, une vie défigurée par l’ennemi intérieur. À cela, pour Sylvie Brès, à cette prison de mots, d’images, de conventions, seule la poésie peut résister.
Cœur troglodyte marque le temps d’une rémission possible, d’un espoir entrevu, une voie pour dépasser cette solitude ontologique, en quête de moments de bienveillance, de solidarité, de ré-émerveillements. Une façon, malgré tout, de ressentir à nouveau et de rejoindre la vie au-delà de l’enfermement. Une vie désirable, qui ne serait plus assujettie au couperet des résultats d’analyses. La parole alors se refait chant pour tenter d’habiter le monde sans les entraves du lendemain. La poésie redonne chair à l’image de soi que la maladie avait dévastée. Littéralement et dans tous les sens, elle la re-vivifie."
Poèmes choisis (extraits de "Coeur troglodyte")
Comme la petite seiche jette son encre, fragile parade, écrire l’extrême de l’expérience
pour tromper la mort — cache-cache indécent peut-être et pourtant pudeur du partage avec
ceux qui sont touchés par la maladie, et ceux qui l’ignorent
— sauvegarde partielle et
dérisoire.
Revendiquer, pied à pied, terme à terme, cette humanité qui vacille et pourtant
qui résiste, me semble par-delà l’effeuillage absolu, une douceur octroyée, une irruption de conscience.
L’encre jetée, la limpidité revient…
Nous nous baignons dans la même mer.
Nous respirons le même air et le tissu de nos songes n’est pas si différent !
Les larmes n’ont-elles pas toujours ce goût salé à travers l’univers ?
Sylvie Brès
in, Coeur troglodyte p 126
éd Le Castor astral
Oui la vie
a pris des accents gris
depuis que j'ai basculé
dans la blancheur monotone
des draps amidonnés...
Oui, je ne sais
plus convoquer
l'hystérie de mes désirs
aux pointes acérées...
Je suis couturée
et cela suffit
au fauve tapi,
barrières symboliques
où il ébroue son ennui.
ibidem, p 45
Et si nous ne sommes pas
du côté du manche ? de quel côté ?
côté de la lame ?
de la cognée ?
Effiler nos pensées __
Aiguiser nos sens __ Affûter nos révoltes __
Ne pas nous blesser
__résister__
ib p 98
Tu les entailles
au diamant
tes mots
tu leur voudrais
tant d'éclat
mais les voilà qui saignent
et rien ne peut arrêter
cet épanchement.
ib p 124
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