vendredi 15 janvier 2016

Lettre de Rainer Maria Rilke à un jeune poète

17 février 1903

Cher Monsieur,

Votre lettre vient à peine de me parvenir. Je tiens à vous en remercier pour sa précieuse et large confiance. Je ne peux guère plus. Je n’entrerai pas dans la manière de vos vers, toute préoccupation critique m’étant étrangère. D’ailleurs, pour saisir une œuvre d’art, rien n’est pire que les mots de la critique. Ils n’aboutissent qu’à des malentendus plus ou moins heureux. Les choses ne sont pas toutes à prendre ou à dire, comme on voudrait nous le faire croire. Presque tout ce qui arrive est inexprimable et s’accomplit dans une région que jamais parole n’a foulée. Et plus inexprimables que tout sont les œuvres d’art, ces êtres secrets dont la vie ne finit pas et que côtoie la nôtre qui passe.

Ceci dit, je ne puis qu’ajouter que vos vers ne témoignent pas d’une manière à vous. Ils n’en contiennent pas moins des germes de personnalité, mais timides et encore recouverts. Je l’ai senti surtout dans votre dernier poème : Mon âme. Là quelque chose de propre veut trouver issue et forme. Et tout au long du beau poème À Léopardi monte une sorte de parenté avec ce prince, ce solitaire. Néanmoins, vos poèmes n’ont pas d’existence propre, d’indépendance, pas même le dernier, pas même celui à Léopardi. Votre bonne lettre qui les accompagnait n’a pas manqué de m’expliquer mainte insuffisance, que j’avais sentie en vous lisant, sans toutefois qu’il me fût possible de lui donner un nom.

Vous demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l’avez déjà demandé à d’autres. Vous les envoyez aux revues. Vous les comparez à d’autres poèmes et vous vous alarmez quand certaines rédactions écartent vos essais poétiques. Désormais (puisque vous m’avez permis de vous conseiller), je vous prie de renoncer à tout cela. Votre regard est tourné vers le dehors ; c’est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n’est qu’un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s’il pousse ses racines au plus profond de votre cœur. Confessez-vous à vous-même : mourriez- vous s’il vous était défendu d’écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit: « Suis-je vraiment contraint d’écrire ? » Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple : « Je dois », alors construisez votre vie selon cette nécessité. Votre vie, jusque dans son heure la plus indifférente, la plus vide, doit devenir signe et témoin d’une telle poussée. Alors, approchez de la nature. Essayez de dire, comme si vous étiez le premier homme, ce que vous voyez, ce que vous vivez, aimez, perdez. N’écrivez pas de poèmes d’amour. Évitez d’abord ces thèmes trop courants : ce sont les plus difficiles. Là où des traditions sûres, parfois brillantes, se présentent en nombre, le poète ne peut livrer son propre moi qu’en pleine maturité de sa force. Fuyez les grand sujets pour ceux que votre quotidien vous offre. Dites vos tristesses et vos désirs, les pensées qui vous viennent, votre foi en une beauté. Dites tout cela avec une sincérité intime, tranquille et humble. Utilisez pour vous exprimer les choses qui vous entourent, les images de vos songes, les objets de vos souvenirs. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas. Accusez-vous vous-même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses. Pour le créateur rien n’est pauvre, il n’est pas de lieux pauvres, indifférents. Même si vous étiez dans une prison, dont les murs étoufferaient tous les bruits du monde, ne vous resterait-il pas toujours votre enfance, cette précieuse, cette royale richesse, ce trésor des souvenirs ? Tournez là votre esprit. Tentez de remettre à flot de ce vaste passé les impressions coulées. Votre personnalité se fortifiera, votre solitude se peuplera et vous deviendra comme une demeure aux heures incertaines du jour, fermée aux bruits du dehors. Et si de ce retour en vous-même, de cette plongée dans votre propre monde, des vers vous viennent, alors vous ne songerez pas à demander si ces vers sont bons. Vous n’essaierez pas d’intéresser des revues à ces travaux, car vous en jouirez comme d’une possession naturelle, qui vous sera chère, comme l’un de vos modes de vie et d’expression. Une œuvre d’art est bonne quand elle est née d’une nécessité. C’est la nature de son origine qui la juge. Aussi, cher Monsieur, n’ai-je pu vous donner d’autre conseil que celui-ci : entrez en vous-même, sondez les profondeurs où votre vie prend sa source. C’est là que vous trouverez la réponse à la question : devez-vous créer ? De cette réponse recueillez le son sans en forcer le sens. Il en sortira peut-être que l’Art vous appelle. Alors prenez ce destin, portez-le, avec son poids et sa grandeur, sans jamais exiger une récompense qui pourrait venir du dehors. Car le créateur doit être tout un univers pour lui-même, tout trouver en lui-même et dans cette part de la Nature à laquelle il s’est joint.

Il se pourrait qu’après cette descente en vous- même, dans le « solitaire » de vous-même, vous dussiez renoncer à devenir poète. (Il suffit, selon moi, de sentir que l’on pourrait vivre sans écrire pour qu’il soit interdit d’écrire.) Alors même, cette plongée que je vous demande n’aura pas été vaine. Votre vie lui devra en tout cas des chemins à elle. Que ces chemins vous soient bons, heureux et larges, je vous le souhaite plus que je ne saurais le dire.

Que pourrais-je ajouter ? L’accent me semble mis sur tout ce qui importe. Au fond, je n’ai tenu qu’à vous conseiller de croître selon votre loi, gravement, sereinement. Vous ne pourriez plus violemment troubler votre évolution qu’en dirigeant votre regard au dehors, qu’en attendant du dehors des réponses que seul votre sentiment le plus intime, à l’heure la plus silencieuse, saura peut-être vous donner.

J’ai eu plaisir à trouver dans votre lettre le nom du professeur Horacek. J’ai voué à cet aimable savant un grand respect et une reconnaissance qui durent déjà depuis des années. Voulez-vous le lui dire ? Il est bien bon de penser encore à moi et je lui en sais gré.

Je vous rends les vers que vous m’aviez aimablement confiés, et vous dis encore merci pour la cordialité et l’ampleur de votre confiance. J’ai cherché dans cette réponse sincère, écrite du mieux que j’ai su, à en être un peu plus digne que ne l’est réellement cet homme que vous ne connaissez pas.

Dévouement et sympathie.

Rainer Maria Rilke.


photo du Net 

dimanche 10 janvier 2016

André Comte-Sponville




Emission Les Mots de minuit








" Plus doué pour la pensée que pour la vie". Il y a dans ce signe particulier qu'admet le docteur en philosophie qu'il est un écart avec le ici et maintenant qui oblige à toujours chercher "à penser neuf et penser juste". Qui amène à aller de temps à autre du côté des états modifiés de conscience qui apaisent. L'humanisme de Montaigne qu'il découvre à 30 ans, lui va bien comme un gant de velours.
D'accord pour parler avec son éditeur d'"Un livre-bilan, à la fois singulier et fort"! Dans cette émission, André Comte-Sponville complète cette série d'entretiens avec François L'Yvonnet. Une chose est remarquable dans notre conversation : le peu de temps laissé au silence, comme si l'enfant, perdu entre la mélancolie d'une mère et l'autoritarisme d'un père, mal à l'aise avec le langage qu'il fut, continuait chez l'adulte d'aspirer à dire nécessairement et à combler nos incomplétude et solitude existentielles. Ce "doué pour l'angoisse"  ("Du tragique au matérialisme (et retour)" en 2015) qui a aussi traité du désespoir, de la béatitude ou des grandes vertus est passé par la foi ou le communisme. Il a signé une oeuvre, moins médiatique que celle de certains de ses contemporains. Comme viatique, elle est substantielle et suffisante, souvent intranquille... Une vie, en somme.

"Ce n'est pas qu'il faille vivre au présent. C'est que nul n'a jamais vécu autre chose. Vivre au présent, ce n'est pas un idéal, qu'il faudrait atteindre. C'est la vérité de vivre. Essayez un peu de vivre une seconde de passé, ou une seconde d'avenir! Tout ce que vous pourrez faire, c'est vivre une seconde de souvenir ou d'anticipation. Mais le souvenir est actuel comme l'anticipation. Vous n'êtes pas sorti du présent : vous êtes passé du présent de l'attention à celui de la mémoire ou de l'attente. Vous auriez d'ailleurs bien tort de vous l'interdire. Vivre au présent, ce n'est pas vivre dans l'instant, ni même dans l'hédonisme du carpe diem! Il ne s'agit pas de s'amputer vivant de la mémoire et de l'imagination, mais de comprendre que le souvenir, l'image ou le projet n'existent qu'au présent, comme tout le reste. Aucun instant n'est une demeure pour l'homme, mais le présent seul, qui dure et qui change, mais la conscience seule, qui anticipe et se souvient. Habitez donc la présence de votre souvenir, la présence de votre anticipation, plutôt que le manque en vous (qui n'a de réalité qu'imaginaire) du passé ou du futur!"

Couverture  "C'est chose tendre que la vie"





C'est chose tendre que la vie : Entretiens avec François L'Yvonnet par Comte-Sponville


                                                                     

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vendredi 8 janvier 2016

Agnès Schnell, Poèmes

† Française d'adoption, je vis dans un pays de forêts, de collines et de fleuve et rivières. J'écris depuis la fin de l'adolescence. J'écris et je déchirais beaucoup avant de publier sur plusieurs sites Internet.
Conteuse pour les petits, alphabétisatrice pour les grands, membre de la société des écrivains ardennais, je suis publiée régulièrement dans plusieurs revues belges et françaises.
a. s.



L'Ardenne…

                           J'habite

où les pierres ont manière d'hommes,

où les murs précaires en savent long.



La source prend très haut son cours

au delà des êtres privés d'enfance..



Ici,

la peau est folle d'un rien

d'une visite d'insecte

d'un gonflement de pulpe,

ni heurts ni prières

ne pourrissent les fruits par le centre.



Tout est instant

tout est attendu

et nous allons, aveugles souvent,

étreints par tous nos morts.



C'est ici que j'habite

à l'écoute des choses,

cri des argiles

ou éclatement des mousses.



Ici , le poème vient de peu :

d'une glissade du soleil

de la sourdine des mousses

qui rongent.



Ici , le poème se vit :

il naît

du babillage des sources

et de l'imperceptible souffle

des chemins nus.



Ici , le poème est matière :

il est dans toutes les plissures

dans le tragique des arbres

si tortueux

que le promeneur s'arrête

curieux du mystère.



Ici , le poème se déchire :

de l'oubli de l'eau

à la tension extrême

des rives

il se voile de pluie

et s'alourdit

de l'invisible.




Dans mon pays

les poètes viennent

d'une respiration d'herbe

d'un soupir de fougère…

Ils en savent les racines

et se perdent

dans chaque déroulement.



Leur verbe

grandit dans le silence.

Il s'insinue

jusqu'à la limite du mystère

et enserre la conscience.



On les croise

sans les reconnaître

et ce n'est pas

la moindre blessure !

Alors

leur regard glisse

et atteint la mollesse des fleuves

comme pour s'y reposer.



Une fenêtre s'ouvre.

De grandes étendues

d'arbres et d'eau,

y chercher l'oubli

ou l'absence de soi.

Puissant        constant

l'invisible s'installe

sur la page où rien

ne sera écrit.



La vie palpitante

dans le remous d'orage

ou dans la sève

qui inonde soudain,

la vie s'éparpille

tout est illisible.

 

C'est un monde singulier

de terres érodées

un monde étrange de courbes et de poids

d'ombres et de gestes usés.



Il fallait vers l'indicible

tendre

ses nœuds

ses rêves épuisés…

Il fallait mêler

la boue à l'infini

et tout défricher

et tout arracher à la confusion.



Il fallait taire l'élan

qui jaillissait d'un jour à peine visible,

taire surtout

l'angoisse obstinée

qui marquait chaque passage.

Il fallait se libérer…



 Il fallait choisir

l'indifférence

ou l'âpreté

il fallait creuser…



Forêt

unifiée

primitive

peuplée de mythes

et de souvenances

et de destins anonymes

trop portés par le hasard

masqués par l'habitude

et les nuits sans réalité,

tout était proche

encerclant

écrasant.



Il fallait se dégager

et partir

oser partir…

©  Agnès Schnell




Déméter

Extrait de « Flâneries mythologiques » Inédit

Jouissance,
en étroit contact
l'argile fraîche et ma peau.
Chemins ouverts
sources bavardes
résineux    et térébinthes
désordre d'herbes,
c'était jouissance...

Un stylet
a pris place en mon âme.
Maintenant sans mâture
tout a goût de cendres
tout m'est étranger
indifférent.



Jambes fantômes
usées par trop d'errance
jambes griffées
ensanglantées...
Mémoire d'un autre sang
d'une hémorragie primitive
plaie épaisse            ouverte
lochies       lambeaux d'images
qui s'égarent et que je perds
lentement.
Mémoire d'un cri de délivrance
et de cet autre
plus pénétrant
ma vie              en une autre
incarnée.



Perséphone...
À peine nubile
déjà convoitée,
mon étoile en souffrance.
Par l'avidité de l'homme
ma fille      courbée.

Mains mêlées,
mes mots recueillaient ses mots
mon souffle entourait son souffle.
Il ne me reste de son nom
que syllabes
sonores     encore
pour combien de temps ?

Voler vers ses tournoiements
vers sa joie           sa lumière
courir à son chant
danser dans ses pas
me fondre en son ombre.

Papillon noir démesuré
j'arpente rocailles       grèves
et jardins clos,
papillon noir desséché
de ténèbres
je marche     je dérive
inutile répétition
d'une recherche avortée.



Quelle ironie le fugace
quelle torture la finitude...
Tant me reste à parcourir !
La terre noire étouffe les germes
et les racines retiennent
leur puissance.

Tout se rétrécit tout s'éteint
tout se meurt
ceps et yeuses
oliviers et orangers.
Voici un blé qui ne lèvera pas
des feuilles mortes avant d'être
et la faim terrible
pour cette engeance aveugle.
La faim fouaillera
leurs entrailles
comme l'absence noue
les miennes.
La rumeur qui m'accompagne
est incantation de mort.




Lignes chevauchées
images floues             inversées
sons étouffés
ombres multiples
sans cesse plus denses
et mes yeux aveuglés
et mes mains inutiles.
Perséphone !
Je cherche ta voix
tes traits sous les masques.
J'imagine je crains,
sauvage solitude
noyade.

Plus pierre que ce roc
plus froide
ma voix sombre
n'a plus d'écho.
Ce point à trouver
ce lieu       terre stérile
         à laquelle je refuse
         ardeur et vitalité
         sève asséchée ou figée
ce lieu s'éloigne s'obscurcit..

Sous l'écume        sous les pierres
j'ai cherché.
Le vent déserte
mon errance.

Mon fruit      ravi,
il ne reste que voile parfumé
rides sur l'eau calme
mouvement évanescent
et cette image qui tremble
en mon image.

Mon cri ne déchire que moi
ne défait que moi.

Seule.
Mon pas sur la glèbe nue
mon pas brisé.


J'aimerais
mes os blanchis par la vague
coquille vide
bois mort
sillage unique presque effacé,
mes pas
traces éphémères.
Sans elle ?
La mort      seule, lénifiante
et que tout meure
avec moi !




Vague unique sans ressac
sans retour
je suis portée
au delà des mes pas
plus loin encore.
En creux      son poids
en mes bras tannés
en creux son rire.

Ma vie                 sa vie
désaccordées
ma vie sans elle mutilée.
Jours incendiés
nuits de vertige
tout m'exile.



La terre abandonnée
stérile soudain.
Poussière...
nulle incandescence
pour la réchauffer.
Me voici rompue
inapaisée
poing tendu
pierres récoltées
pour frapper.
Qui ?

09 02 04

© Agnès Schnell

Il arrive

qu’on ne possède plus
qu’une force enlisée
qu’on ne discerne que le passage
vide    déserté…

Alors on cherche
les mots humains
à dire…
Mais, rien.

On s’égare on se défait
on se dilue.
Rien ne reste
qu’une buée              un étouffement.
On n’atteint plus
on n’entend plus
sinon le bruit des mains affolées
le froid d’une déchirure.
Sinon, rien.

On sait que tout sera
à reprendre
qu’il faudra porter
notre inertie          ou l’ignorer.
On sait               l’à peine frémissant
de notre existence.
On sait.     On ne répond plus.

On sait l’appel
lointain      inaccessible
infiniment résonnant
infiniment blessant.
On sait l’irréalité
l’absence insupportable
où une prière seule pourrait…
Mais, rien.




http://lapoesiequejaime.net/a_schnell.htm



Lente traversée

De l’autre rive des voix.
Sur l’autre bord
l’illusion de racines emmêlées
partage d’humus et de sucs
au-delà des portes murées
des frontières en abyme.
Mythes des souffles
qui n’accompagnent plus la marche
mythe de l’âme jumelle
dans l’éternel enlacement.
Sur l’autre rive un plissé déplié
mue douloureuse d’un infime
anonyme.
Défaillance du souffle
épis de foudre soudains
vagues de boue
et sous la moisson rapace
la doublure flétrie de l’impossible revenir.

https://poesiemuziketc.wordpress.com/2013/04/10/agnes-schnell-poemes/



.En mon pays

En mon pays
suis en terre lointaine…
François Villon


Ce qui a été fermé
scellé dans la violence
ce qui a été poussé
enfoncé enfoui
doit remonter parfois.

Ce qui a été masqué
pour se soustraire
aux invisibles fissures
à l’invasion des pensées termites
doit aborder parfois.



Sur la peau l’abrasion
des jours de barbarie
des méandres du sang
rouge amarante
sur la peau les sillons
le vague…



Ce qui a été conçu
dans la violence
doit s’étioler s’anéantir
comme les songes
et se défaire
doucement
hors de nous.

Ce qui nous a manqué
doit se planter droit
dans nos angles
ce qui nous a manqué
doit poindre soudain
crevant l’horizon
et grandir en nous
et danser en nous
contre l’effroi du vide
contre les peurs
dans l’infini du geste
sans cesse espéré.

© Agnès Schnell




Présentation du nouveau recueil de poésie « En filigrane… » d'Agnès Schnell
CHARLEVILLE MEZIERES
Proposée par la Société des Écrivains Ardennais - A 20h - Entrée libre. Dans le cadre du Printemps des Poètes
Dans le cadre de ses causeries du mercredi, la Société des Écrivains Ardennais vous propose une rencontre-lecture autour du nouveau recueil de la poètesse Agnès Schnell : « En filigrane… », dans la
collection « Le chant litorne » des Éditions de la SEA. Des portraits fragmentés de l’Ardenne dans sa splendeur la plus naturelle.
Lecture d’extraits de son livre et débat avec l’auteur autour de l’écriture poétique, suivie par la présentation et le lancement de la nouvelle mouture de la revue de la SEA, « Au chant de la grive ».
Langue d'accueil : français.

http://www.ardennes.com/presentation-du-nouveau-recueil-de-poesie-en-filigrane-d-agnes-schnell/charleville-mezieres/tabid/22530/offreid/b9864e87-5179-47f6-9c62-60f130b0cd84/detail.aspx


Agnès SCHNELL

jeudi 01 janvier 2015
Agnès SCHNELL | A mezza voce | Editions Le Serpolet


http://la_cause_des_causeuses.typepad.com/comp/2015/01/agn%C3%A8s-schnell-a-mezza-voce.html


AGNES SCHNELL Mezza Voce



Légende

                            INDECISO

Nous

voyageurs

à l'amble imprévisible

nous nageurs

luttant contre l'ombre

d'un ciel absent



nous errants

dans l'éloignement

n'avons que nos chimères

pour nours haler...



Une flamme

aussitôt cendre

et ces mains toujours lasses

d'un corps embrasé.



On craignait l'arythmie

de cet autre

qui incendiait nos mots.



Sur la morsure

de longs échos reviennent

déformés

grimaçants



On craignait son regard

d'écorché

son ignition

et sa bouche

dans l'imposture

d'un sourire crissant.



Le rêve clos

nous lasisse nus

le coeur naufragé.





Agnès SCHNELL, Mezza Voce,Editions le Serpolet, 2012, p.22-23

Peinture de couverture de Juliette BEAUDROIT




Un cri vrille
d’autres se morcellent
que renvoie un écho surpris.


Entre lointain et réel
une colline dérobée
cernée de cormorans en vol…


L’hiver dévoile
des ossatures chaotiques
plus rageuses
que chemins de ronces.


Profonde pulsation
battements de la nature
chant du végétal
de l’eau grondeuse…


et nous, tout éperdus.



Agnès Schnell, En filigrane, l’Ardenne…, poèmes, Éditions de la Société des Écrivains Ardennais, Collection Le chant Litorne, Charleville-Mézières, 2014, pp. 58-59.



Décès d'Agnès Schnell
Publié le 24 décembre 2015 par la freniere


Tous ces mots dont on avorte par rage, par colère ou dégoût, tous ces mots qui nous brisent de l’intérieur, sournoisement, sans éclats, sans rien laisser paraître sinon peut-être une soudaine matité du regard, une lenteur du geste, tous ces mots inquiétudes taraudantes qui minent insensiblement…

Tous ces mots que l’on crache par dérision, par rejet.
Un semblant de détachement qui ne laisse que sable et cendres dans la bouche, amertume, morosité, nostalgie qui racle et creuse parce qu’on veut plus encore, parce qu’on veut jusqu’au bout.

La tête saturée, les mains déjà vidées à peine remplies, il faudrait donner sans cesse et recevoir quoi ? Le vide des autres, leurs masques usés ou difformes, leur cœur atrophié de trop d’amour d’eux-mêmes… A donner tant, on reçoit quoi ? Courants d’air, asphyxie, remontées d’aigreur, caresses à rebrousse-poil, aspirations brutales, irrésistibles et blessantes…

Tous ces mots qui empoisonnent et qu’on se jette et se lance de l’un à l’autre par crainte d’être brûlé, sans craindre l’incendie pour les autres.

Ces mots qui devraient nous porter, nous haler, nous tracter vers les angles, puis vers la lumière, tous ces mots deviennent poison, venin, ciguë par dépit, par crainte d’un abandon, par désespoir. Ces mots, que l’on voulait caresses, se rebiffent, se redressent et crachent de leur gueule reptilienne des salves de violence, de barbarie.

On s’asphyxie, comprends-tu ? On s’asphyxie avec nos mots-amours toujours larvaires. On suffoque, on étouffe, on s’étrangle, on se noie quand l’autre nous assomme de mots fossiles, creux, inutiles, quand l’autre nous bombarde de mots contondants, durs, anguleux, rebelles. On a mal, tu sais. On a mal à l’âme.

Alors, on n’a plus envie d’entendre, d’écouter, de comprendre. On se ferme, on se clôt, on se mure. On est sourd, aveugle, muet, insensible. On boucle son cœur à double tour, on se cloître, on s’isole.

On est de pierre, de marbre, de basalte. On est minéral. On ne perçoit plus rien si ce n’est la palpitation obsédante de notre cœur qui bat pour l’autre, pour les autres et qui attend le moment où il va se donner encore et encore… Au risque de s’épuiser.

Agnès Schnell



Publié dans Les marcheurs de rêve
http://lafreniere.over-blog.net/

mardi 5 janvier 2016

L’inventaire poétique n°1 – Poèmes de Jean-Louis Garac


photo JLG





Je vous invite à lire cet Inventaire poétique de Jean-Louis Garac, poète niçois, et à découvrir la richesse de son blog.
Deux poèmes pour vous donner le désir d'aller plus loin.


Posted: 02 Jan 2016 11:56 AM PST
Photo JL Garac
 

La poésie est un défi
Au temps, aux mots, et à l'usure
De vivre, quand tout se délie
Entre nous et jamais ne dure... JLG


 

***

Chaque vie de soi-disant liberté
A le souvenir de l’alcool,
Le goût pâteux des doutes
Autour du partenaire de la veille,

Et l’amertume des appels
Qui n’arrivent jamais...
On repense à l’illusion d’un regard,
D’un beau torse et de cuisses,

Mais ce sont là des rayons de soleil
À travers la prison de l’impossible;
Rayons qui s’enfuiront bien vite…

Le lit simplement reste tiède,
Las de son propre corps,
Et des rêves qui s’y sont enflammés…

***

Sonnet pessimiste...

La pacotille
De malheurs brille
Au sable fin
De nos destins!

Le coeur s'en vrille
Puisque le rien
Tombe sans fin.
Et les broutilles

Plombent demain
De noirs desseins...
Tout se fusille

Au quotidien,
Bille que bille
En tête, et point!



Photo JL Garac
***

Têtes à grelots,
Remplies de complots
A fleur de méninges,
Rusées comme un singe,
Comprenant d’un mot
Que toute l’info
Est fausse et nuisible !
De la nuit des temps
Jusqu’au jour présent
Chacun a sa Bible…

Boxon de neurones
Les cons et les connes
Recollent des bouts
De sens à deux sous ;
Erreurs historiques,
Confusions tragiques,
La soupe à complots
Se sert à grands flots
Sur le Web épique !

***

Tout l’avenir déborde d’ambre
Comme une galaxie en jeu
De sucre rose et de gingembre
Sur lesquels passeraient nos yeux!

Jungle d'absence
Et de silence,
La fleur s’en va
En mot de soie…

A l’infini des couleurs vives,
Lilas et lys entremêlés,
Les bouquets de rêves en rives
Au noir se sont aquarellés ;

Revient l’ennui
De trop de nuits,
L’amour se fâche
D’êtres trop lâches

Et je ne sais plus qui j’entraine
Dans l’univers de mon désir,
Ayant couru à perdre haleine
Entre des mots en devenir,

Loin de l’aurore,
En métaphore

La mort s’en suit
Pour moi et lui…

Ayant perdu un peu moi-même
L’illusion de croire en quelqu’un;
Avec l’empreinte des poèmes,
L’amour se fait mythe et emprunt…

Passe le temps

De mes vingt ans,
L’amour s’égrène
En jours de peine...

Tout l’avenir déborde d’ombres,

Soulignant les traits d’un chemin,
Et les soleils s’y cachent sombres
Jusqu’à trouver le seul matin…

Espoir et faille
Le corps défaille
Meurtri des noms
Sans nul pardon...

J’aimerai tant voir ton visage,
Toi que je peins du bout des doigts,
Mais je n’attrape qu’une image

Qui disparaît à chaque fois!


L'Eternité,
D'hivers, d'étés,
En vague immense
Prend notre errance...

Pourtant le monde est ta mesure
Et Dieu ta raison d’exister,
Alors pourquoi cette blessure
À mon cœur toujours attristé?


© Tous droits réservés
Protégé par copyright

photo JLG



dimanche 3 janvier 2016

Je hais le Nouvel An, par Antonio Gramsci



Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant.
Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole »
Traduit par Olivier Favier



dessin de Plantu


mercredi 30 décembre 2015

Je te l'ai dit, poème

Et sans prévenir, ça arrive 
Ça vient de loin 
Ça s´est promené de rive en rive 
Le rire en coin 
Et puis un matin, au réveil 
C´est presque rien 
Mais c´est là, ça vous émerveille 
Au creux des reins 

La joie de vivre 
La joie de vivre 
Oh, viens la vivre 
Ta joie de vivre
                                       
                                                                                                                     Barbara

                                         Je te l'ai dit                                      
                                                   
                                                                                                                                 



Je te l'ai dit

Ce fut d'abord le gris de cendre
Un gris dentelé de bleu
Et je m'enfuis

Respirer l'iode océane et ses embruns
cheveux fous sous le vent vivifiant
Un souffle caressé d'amour

Je te l'ai dit

Mots croisés éparpillés
mes deuils renouvelés
Et j'ai pleuré

Quand tu revins aspirer mes chagrins
comme un vaurien tu as ri
Et moi aussi j'ai ri

Je te l'ai dit

2015 la barbare

Son cortège de fantoches assassins
dévastant la Liberté
crachant feu de haine souillé de sang
Ses flots d'ignorance gonflés d'arrogance et de vengeances
Terre craquelée prête à exploser
A l'orée il y eut Charlie
Au crépuscule rougeoyant ce fut le Bataclan
Le sang déversé

Je te l'ai dit

Les marchands du temple
Guirlandes éteintes au pied des sapins
nœud coulant et cœur serré
cadeaux enrubannés éparpillés refusés piétinés
Et le tourbillon de la vie autre galaxie
Fils emmêlés
Nous nous sommes étranglés
En mon cœur la lumière s'est enfuie
inondant de noir les ciels d'hiver

Je te l'ai dit

Lentement j'entre dans l'hiver je l'apprivoise
Me nourris de l'odeur rouge du bois qui gémit
Et cette lune si ronde au soir de Noël
Je scrute les ciels encore les ciels
Quelques éoliennes clignotent rouge à l'horizon
presque une guirlande en ces fêtes ravagées
Et la lune enfle toujours se camoufle de sang
Dans quelques jours St Sylvestre sera le terme

Aujourd'hui

Je te le dis

Sous les feuilles mortes naissent les perce-neige
En juin un autre Solstice
une jupe de soie sauvage
une vague déferlante
une brise caressante

©fruban

le 29 décembre 2015

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in Chorégraphie de cendre (éd épingle à nourrice),2017






crédit photo fruban





lundi 28 décembre 2015

Lettre d'Elsa Triolet à Louis Aragon

photo du Net







Il n’est pas facile de te parler. Tu sembles oublier que nous vivons l’épilogue de notre vie, qu’ensuite il n’y aura plus rien à dire et que l’index lui-même d’autres le liront — pas nous.

Je te reproche de vivre depuis trente-cinq ans comme si tu avais à courir pour éteindre un feu. Dans ta course, il ne faut surtout pas déranger, ni te devancer, ni t’emboîter le pas, ni te suivre — quel que soit l’ouvrage — aussi bien couper des branches sèches, il ne faut surtout pas s’aviser de faire quoi que ce soit avec toi, ensemble. Cette dernière entreprise est bien ce que j’avais vécu de plus affreusement triste. Tu es là à trembler devant mes initiatives, jamais tu ne discutes, tu ne fais que crier ou tu « prends sur toi ». Le plaisir normal de faire quelque chose ensemble, tu ne le connais pas. Un mot anodin à ce sujet et tu te mets à m’expliquer la montagne de choses que tu as à faire. Comme au téléphone, tu racontes toutes tes activités, à n’importe qui, pour expliquer que tu ne peux pas voir ce quelqu’un justement maintenant. En somme, rien de changé depuis l’exposition anti-coloniale.

Pourtant, il serait peut-être aussi urgent de parfois nous rencontrer. Il nous reste extrêmement peu de temps, et tu le sais mieux que quiconque. Mon Dieu, ce que la sérénité me manque, toute une vie comme dans la voiture où je ne peux jamais te dire « regarde ! » puisque toujours tu lis ou tu écris, et qu’il ne faut pas te déranger.

J’étouffe de toutes les choses pas dites, sans importance, mais qui auraient valu la vie simple, sans interdits. Avoir constamment à tourner la langue sept fois avant d’oser dire quelque chose, de peur de provoquer un cyclone — et lorsque cela m’échappe, cela ne rate jamais ! J’y ai droit.

Pourquoi je te le dis ? Pour rien. Comme on crie, bien que cela ne soulage pas. La solitude n’est pas le grand thème de mes livres, elle l’est — de ma vie. J’y suis habituée, je m’y plais après tout. À l’heure qu’il est, le contraire me dérangerait. Ce que je veux ? Rien. Le dire. Que tu t’en rendes compte. Mais j’ai déjà essayé, je sais que c’est impossible. Et si tu me dis encore une fois combien juste maintenant tu tiens tout à bout de bras — je casse tout dans la maison ! Je ne mendie pas, rien, ni ton temps, ni ton assistance, ce que je ne supporte pas c’est la manière dont tu te tiens sur la défensive, les barbelés et les fossés. Ma peine te dérange, il ne faut pas que j’aie mal, juste quand tu as tant à faire. Moi aussi je prends sur moi, et même je ne fais que cela. À en éclater, à sauter au plafond. Même ma mort, c’est à toi que cela arriverait.

Et puis — zut ! Je suppose que quand on n’a pas de larmes, il vous faut une autre soupape. Allons mettons que ce que je ressens soit pathologique, et consolons-nous avec ça. Autrement tu vas encore me sortir que « tu as encore commis un péché… » Et si c’était vrai ? Un péché contre un semblant de bonheur. Je te rappelle seulement l’heure : nous en sommes à moins cinq. Ne me dis pas à mois six et demi, parce que c’est la même chose.

Elsa Triolet


Deslettres.fr

mercredi 23 décembre 2015

Le prix à payer, poème de FRuban

                                                     Le prix à payer




Elles arrivent elles sont là  __  fêtes de fin d'année
manne commerciale régal des banquiers
Sont exclus les démunis les endeuillés les assassinés
par la faim la folie les coups des guerriers
Cette année je dis Non
aux honteuses orgies hypocrites vitrines
Peut-être la honte d'une vie qui s'incruste
quand mille sourires assoiffés de Vivre
ne sont plus que décharnés rictus par la Mort abattus


Et pourtant et pourtant  __  regard et cœur d'enfant
longtemps j'ai gardé
Choisir préparer l'arbre chercher au fond d'un placard
anciennes parures soyeuses illuminées
Accrocher ici  _  ou plutôt là-bas  _  quelques branches de houx
quelques rameaux enneigés
Parfois sous les sarcasmes malicieux
Installer le village de santons autour de la crèche
Non par esprit religieux ou quelconque croyance
pour l'ambiance le clair obscur la lueur des bougies parfumées


Lorsque tu es parti mon fils bien-aimé
je me fis violence pour les petits yeux émerveillés  __  pour Toi
je perpétuai les gestes ancestraux préparai les repas de fêtes
Coeur serré par ce manque cruel  __  Ta place à jamais vide
D'année en année de colère en colère
de sanglots en cadeaux
Noël s'invitait sous notre toit  __  Et puis
Vint 2015 la sanglante la barbare
Cette fois je ne peux plus


Et pourtant et pourtant  __  Ce soir je le sais
la colère noyée sous les larmes est privation
J'aimerais tant redevenir enfant émerveillée
Ce soir je garderai la douce chaleur du feu de bois
la lueur des bougies parfumées
les saveurs de cannelle les senteurs d'encens
Je prendrai ta main par-delà l'ignominie
Je poserai un baiser sucré sur ton front
une écharpe de soie sur mon cou
Je te garderai Toi.

©fruban, 22 décembre 2015

Tous droits réservés
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Recueil en cours





crédit photo fruban







Le Messie de Haendel, à la Philharmonie

La première vidéo que j'avais publiée n'est plus disponible, en voici une nouvelle
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La Philharmonie de Paris invite à célébrer Noël avec cette oeuvre populaire et emblématique de la période de l'Avent
Le Messie de Haendel est considéré comme un chef d'œuvre de l'oratorio. En Angleterre, cette pièce liturgique est devenue un symbole national à Noël. La Philharmonie propose une version avec l'Orchestre de Chambre de Paris, accentus et quatre solistes britanniques, sous la direction de Douglas Boyd.

La création du Messie
Cet oratorio a été composé en seulement 24 jours en 1741. C'est la pièce la plus connue de Georg Friedrich Haendel, compositeur allemand naturalisé anglais de la période baroque, qui souhaitait renouveler ce genre. « Je pensais voir tout le Ciel devant moi et le grand Dieu lui-même » écrivit-il  après la création de l'œuvre à Londres. La pièce est très régulièrement donnée à Noël, en particulier en Angleterre où le public a pour habitude de rester debout pour le célèbre "Alleluia", en souvenir du Roi qui se leva lors de la première.

Une œuvre très populaire
La pièce présente des chœurs grandioses et des airs très lyriques qui rappellent les nombreux opéras de Haendel. Le Messie est toujours donné avec éclat et le public est régulièrement appelé à participer ; les mélodies étant souvent connues des mélomanes. La Philharmonie de Paris a décidé de suivre cet esprit et de proposer un bis participatif (Voir le site de la Philharmonie pour apprendre les bis).

Culturebox.fr




mardi 15 décembre 2015

Comment les Grecs célèbrent-ils les fêtes de fin d'année ?

Tilemahos Efthimiadis flickr DR



Comment se déroulent les fêtes de fin d'année chez nos voisins européens ou de plus loin ? Chaque pays célèbre Noël et le Nouvel An avec ses propres rites et coutumes. En Grèce, par exemple, la période des fêtes débute le 6 décembre et s'achève le jour de l’Epiphanie. Décorations, gastronomie, chants…Eirini, étudiante de 28 ans dans l'audiovisuel, nous éclaire sur les traditions grecques.



JOL Press : Quand commencent les fêtes de Noël en Grèce ?

Eirini : Les fêtes de fin d’année commencent officiellement le 6 décembre et se terminent le 6 janvier, jour de l’Epiphanie. À partir du 6 décembre, les magasins ajustent les derniers détails des vitrines, et les décorations de la ville s’illuminent.

Dans les îles grecques et les petits villages, il n’y a pas de sapin de Noël mais des maquettes de bateaux-voiliers en bois que l'on orne de guirlandes. Ces décorations rappellent l'univers de la mer, qui joue un rôle important dans la vie du peuple grec.

JOL Press : Comment les Grecs célèbrent-ils Noël ?

Eirini : En famille, comme le Nouvel An d’ailleurs. Le 24 décembre nous nous réunissons en famille, et le lendemain, nous fêtons la naissance de Jésus. Il n’y a pas de distribution des cadeaux ce jour-là. Il faut attendre la fête de Saint-Basile (Agios Vassilis), le 1er janvier. En Grèce, notre Père Noël, c'est Agios Vassilis (IVème siècle après JC), connu pour avoir créé des écoles et des orphelinats dans l’histoire de l’orthodoxie. C’est lui qui apporte les cadeaux !

JOL Press : Quelles sont les grandes traditions liées à Noël ?

Eirini: Le 24 décembre, les enfants de 6 à 21 ans descendent dans les rues pour chanter des chansons populaires grecques de Noël, qu'on appelle "Kalanda". Il existe les kalandes connues et chantées dans les grandes villes, mais également différentes versions que l'on chante dans les petits villages ainsi que dans les îles de Grèce. Les jeunes accompagnent leurs chants du son aigu d'un triangle en acier, et reçoivent en récompense de l’argent et des gâteaux.

JOL Press : De quoi se compose le repas de Noël ?

Eirini : Le repas du 24 décembre marque pour les Grecs la fin d'une période de jeûne de 40 jours. Les repas varient en fonction des traditions familiales et des régions. Certaines familles préparent une dinde farcie à la viande, aux tomates et aux groseilles. Il est également de tradition de préparer deux sortes de gâteaux de Noël : les "melomakarona", un biscuit au miel et aux noix, et les fameux "kourabiedes" à base d’amandes et de fleur d’oranger, recouverts de sucre glace. À partir du mois de décembre, on trouve ces gâteaux partout ! Le plus souvent, les familles les cuisinent ensemble, mais dans les grandes villes, les gens pressés peuvent les acheter dans n’importe quelle boulangerie.

Par tradition, les Grecs préparent également le pain du Christ, le "christopsomo", le 24 décembre. Il s’agit d’un pain rond dans lequel on dessine une croix byzantine avant de le faire cuire. Lors du repas, les membres de la famille se partagent le pain.

JOL Press : Comment se déroule le Nouvel An ?

Eirini: Comme pour Noël, les jeunes Grecs défilent dans les rues pour le Nouvel An et chantent les "kalanda". Le matin, les familles grecques cassent une grenade – que l’on retrouve dans toutes les décorations de Noël en Grèce - devant la porte de leur maison pour leur porter chance. Lors du Réveillon, on se retrouve surtout en famille. Après minuit, les jeunes peuvent rejoindre leurs amis pour célébrer la nouvelle année. Pour un enfant, le Nouvel An est encore plus important que Noël, car la distribution de cadeaux à lieu. C’est plus festif !

JOL Press : Comment s'achève la période des fêtes en Grèce ?

Eirini : Les fêtes de fin d'année s’achèvent le 6 janvier par la cérémonie du baptême de Jésus. Lors de la fête orthodoxe "Ta Fota", les prêtres de chaque église bénissent l’eau de la mer ou de la rivière la plus proche et y jettent la croix de leur église. Une douzaine de jeunes se jettent alors à l’eau pour tenter de la récupérer. Celui qui réussira sera béni par le prêtre et son exploit lui portera chance, dit-on souvent.

écrit par Louise Michel D

http://www.jolpress.com/noel-nouvel-an-grece-traditions-eglise-repas-cadeaux-epiphanie-saint-nicolas-article-815442.html#.VnAXaQaYi7I.facebook




Associé aux souvenirs amers et aux séparations douloureuses, même comme ex-voto des marins aux moments de danger en mer, le bateau ne pouvait que symboliser les rassemblements familiaux avec la présence de tous les membres, quelque choses qui se passait à chaque moment de l’année et pas seulement pendant les jours festifs de Noël. C’est pourquoi on  ne l’utilisait pas seulement comme décoration de Noël. Il y avait le bois du Christ, un morceau trouvé dans la forêt qui servait à la décoration, portant l’espoir d’une nouvelle floraison et d’un meilleur avenir .
Cependant, après les annés 1970, une grande discussion autour du vieux symbole a commencé et plusieurs hommes ont cherché à remplacer l’arbre par le bateau comme une belle combinaison de la tradition et la conscience écologique. Aux îles, on trouve toujours des bateaux décoratifs,  bien entendu. Dernièrement, on le trouve dans les grandes villes également.
Alors, prenons le large avec le petit bateau grec, son nom ELPIDA=ESPOIR, pour envisager la mer agitée de notre temps!

https://prenonslelarge.wordpress.com/2011/12/28/le-petit-bateau-grec-de-noel/