jeudi 5 juillet 2018

Des jours de pleine terre, de Pierre Perrin



Qu’est-ce qu’un ami, sinon celui qui brise le silence le premier ? S’il échoue, le silence ne l’arrête pas. Il appelle encore, incrédule, par une foi fichée au cœur, il vit. Un tel ami tient dans la main, les doigts de la main, tant s’évapore la poésie que nul ne lit.
P.Perrin





Sophie Brassard, 2018  (couverture)








Naissance

Qui sait quand la vie commence ? Si souvent, la beauté en ravive le souffle. Au secret, pourtant, depuis des semaines, une voix d’entre la peau si douce au cœur berce ma vie d’inconscience.
Quel trait de feu me frappe ? Que font, tout à coup, ces doigts, ces mains à m’agripper, à m’arracher ? La lumière pleut à verse. Fœtus à demi-défunt que je fais, c’est pendu par les pieds qu’on m’établit, sur terre, pour vivre avec les hommes. J’entends mal ; je crie à crever mes tympans.
J’ai froid, où brûlent ma narine et ma glotte. J’ai les plus grands maux à trouver la gorge, déjà de glace, de ma mère, au plus beau jour de sa vie.
On nous a séparés.
Pire qu’un drôle d’air tombé du ciel, sans paroles ni partition, un vers luisant juste bon à crisper les doigts, je cherche le bonheur.





Premier de corvée

Aux premiers de corvée, les meilleurs, qui ne pensent qu’à bondir, de la luzerne vers la mer, tellement la caresse n’a pas de nom, les proverbes tiennent lieu d’apprentissages. La détente lourde, chacun titube à l’abreuvoir. On entend déjà la raison égarée, l’époque abrutie. Les insolents accrochent des boîtes de hannetons aux queues des chats. Ils pissent debout par la bonde des barriques.
Quand on s’élance, dans l’aube et la rosée, l’ombre est de trop. Quand les poires et puis les noix gaulent l’étrange cortège des absents, la Toussaint venue, les prières tues, nul ne distinguant personne sous les dalles de marbre, on s’efface derrière une ardoise neuve. On suppute, à la façon de se taire, la violée et les benêts saisis au pantalon. On recule derrière ses nerfs, dans une danse qu’on imagine unique ; elle l’est le temps de reprendre pied, le rêve en morceaux.
Quelle plainte effacerait ce sifflement noir des jours noirs, cette cendre dans la bouche, cette crucifixion du lit défait, quand la pluie enivre debout et que la solitude siffle encore et tire par la manche ?



Confiance

Où va l’humble, le vent se tait, la lune brille. Des oiseaux dans le ciel, au ventre affamé, plein d’ardeur, d’autres amours chevauchent des trous noirs.
Trop de mystères attisent la cécité, la suffisance.
Certains, de ferme assurance, crèvent sous eux tout ce qu’ils grimpent et dévalent. Du cri levant l’aube aux frappes de l’atome, rien ne peut leur échapper.
Ils comptent, mieux que l’enfant ses billes, les milliards d’années-lumière que la vie leur doit ; et ils formatent le monde à l’aune de leur désir.
Ils chargent et déchargent, peu importe quoi. Ils enjambent, fouissent, déchaussent à peine les lunettes pour dormir, bouffent à crever d’aise.
Qu’ils vibrent, explosent et se recomposent ! Ils se font un honneur de tout écraser !
L’espoir en écharpe, le fol écolier se prend au jeu des mille et un cercles de l’abandon. Son bonheur est de croiser près d’une source, en forêt, une biche, la folle peur à la beauté jointe, qui s’enfuit, hélas !
Va pour tout perdre – mais le don d’amour, mais la plénitude ?



Pierre Perrin, Des jours de pleine terre






D'autres très beaux poèmes dans ce recueil en ligne, mais aussi extraits de recueils publiés.
Le plan du site vous permet de naviguer. Non seulement à travers les écrits de Pierre, mais de très nombreux poètes, écrivains, qu'il nous permet de découvrir ou de relire.
Notamment sur la revue Possibles qui paraît en ligne tous les mois.





Vous pouvez lire les autres poèmes sur le site de Pierre Perrin ou sur Calaméo ci-dessous








J'ai consacré sur ce blog un article au roman de Pierre Perrin, Une mère- le cri retenu (Cherche midi éditeur)



Quelques livres de Pierre Perrin


ICI


lundi 2 juillet 2018

Facebook Park





Facebook Park........ ceci n'est pas un poème


..................... mieux que Philae et Rosetta




Planète mystérieuse, prometteuse, délicieuse, trompeuse, menteuse

où je débarquai en 2009, pour l'amour d'un groupe de rock

Noir Désir... eh oui ! Pour Ferré aussi, hé hé !

Repliée dans ma douleur de mère orpheline, fuir une réalité injuste et cruelle,

fermer ma porte et mon coeur à ma vie d'hier.

Et je naviguai je naviguai dans une galaxie inconnue, parmi les trous d'ombres et de lumières.

Des rencontres et des découvertes fabuleuses, malicieuses, délicieuses, amoureuses,

trompeuses, vicieuses, menteuses.

Des portes s'ouvraient, d'autres se refermaient,

de cavernes d'Ali Baba, de Charybe en Scylla.

Et je naviguais je naviguais, de zones lumineuses en gouffres noirs.

Que d'hypocrisies, de mensonges, de faux-semblants, de paroles convenues, d'exclamations et de cris

d'amour !

Aussi fougueux que pernicieux !

Que d'avatars trompeurs, manipulateurs !

J'ai souri, poussé des cris, versé des larmes,

naïve et sotte que j'étais !

Trop vraie, trop confiante, trop authentique,

pour ces chorégraphies acrobatiques !

Je me suis égarée

bien des fois,j'ai voulu quitter le vaisseau intersidéral.

Mais je naviguais je naviguais...

Pour la Poésie et les poètes rencontrés au bout de chaque tunnel.

Pour les Amis qui aujourd'hui encore, accompagnent mes errances,

fidèles, chaleureux, généreux.

Avec eux je voyage jour après jour, entre la Terre et la planète du Net.

Chaque silence est habité, les coeurs purs et aimants.

Les passants passent,

les voyeurs voient,

les tricheurs trichent,

les menteurs mentent,

les affabulateurs écrivent leurs fables...

Et je navigue je navigue, évitant les zones d'ombres et les trous noirs,

préférant le gris qui sourit

me méfiant du blanc qui ment.

Je sais que sur cette planète vivent des petits princes aux yeux clairs ou mélancoliques, aux coeurs purs,

de merveilleuses fées à la baguette magique qui créent la Beauté

Ils savent frapper à ma porte pour mieux m'ouvrir la leur.

Leurs sourires, leurs cris de colère, leurs craintes, leurs révoltes,

sont pétris dans la chair et le sang, bien vivants, tout puissants.

Pour eux, je remercie cette galaxie mystérieuse !

Je sais que demain et après-demain, je naviguerai je naviguerai...

Je partagerai mes jardins secrets avec tous les petits Poucets rêveurs

qui sèment, ici ou là, leurs petits cailloux poétiques, parfois véritables diamants,

qui tissent des fils de couleurs aux reflets d'arc-en-ciel,

lorsque le Monde devient lourd,

que le ciel se fait sombre.

Avec eux demain, nous peindrons ta galaxie Facebook,

sur les sentiers escarpés, loin des autoroutes usurpées.


                                                                          Commediante, tragediante !


© fruban













dimanche 1 juillet 2018

Rainer-Maria Rilke, Les Fenêtres





I

Il suffit que, sur un balcon
ou dans l’encadrement d’une fenêtre
celle que nous perdons
en l’ayant vue apparaître.

Et si elle lève les bras
pour nouer ses cheveux, tendre vase:
combien notre perte par là
gagne soudain d’emphase
et notre malheur d’éclat !

II

Tu me proposes, fenêtre étrange, d’attendre;
déjà presque bouge ton rideau beige.
Devrais-je, ô fenêtre, à ton invite me rendre ?
Ou me défendre, fenêtre? Qui attendrais-je ?

Ne suis-je intact, avec cette vie qui écoute,
avec ce cœur tout plein que la perte complète
Avec cette route qui passe devant, et le doute
que tu puisses donner ce trop dont le rêve m’arrête ?

III

N’es-tu pas notre géométrie,
fenêtre, très simple forme
qui sans effort corconscris
notre vie énorme?

Celle qu’on aime n’est jamais plus belle
que lorsqu’on la voit apparaître
encadrée de toi; c’est, ô fenêtre,
que tu la rends presque éternelle.

Tous les hasards sont abolis. L’être
se tient au milieu de l’amour,
avec ce peu d’espace autour
dont on est maître.

IV

Fenêtre, toi, ô mesure d’attente,
tant de fois remplie,
quand une vie se verse et s’impatiente
vers une autre vie.

Toi qui sépares et qui attires,
changeante comme la mer, –
glace, soudain, où notre figure se mire
mêlée à ce qu’on voit à travers ;

échantillon d’une liberté compromise
par la présence du sort;
prise par laquelle parmi nous s’égalise
le grand trop du dehors.

V

Comme tu ajoutes à tout,
fenêtre, le sens de nos rites:
Quelqu’un qui ne serait que debout,
dans ton cadre attend ou médite.

Tel distrait, tel paresseux,
c’est toi qui le mets en page:
il se ressemble un peu,
il devient son image.

Perdu dans un vague ennui,
l’enfant s’y appuie et reste;
il rêve…Ce n’est pas lui,
c’est le temps qui use sa veste.

Et les amantes, les y voit-on,
immobiles et frêles,
percées comme les papillons
pour la beauté de leurs ailes.

VI

Du fond de la chambre, du lit, ce n’était que pâleur qui sépare,
la fenêtre stellaire cédant à la fenêtre avare
qui proclame le jour.
Mais la voici qui accourt, qui se penche, qui reste:
après l’abandon de la nuit, cette neuve jeunesse céleste
consent à son tour!

Rien dans le ciel matinal que la tendre amante contemple,
rien que lui-même, ce ciel, immense exemple:
profondeur et hauteur!
Sauf les colombes qui font dans l’air de rondes arènes,
où leur vol allumé en douces courbes promène
un retour de douceur.
(Fenêtre matinale.)

VII

Fenêtre, qu’on cherche souvent
pour ajouter à la chambre comptée
tous les grands nombres indomptés
que la nuit va multipliant.

Fenêtre, où autrefois était assise
celle qui, en guise de tendresse,
faisait un lent travail qui baisse
et immobilise….

Fenêtre, dont une image bue
dans la claire carafe germe.
Boucle qui ferme
la vaste ceinture de notre vue.

VIII

Elle passe des heures émues
appuyé à sa fenêtre,
toute au bord de son être,
distraite et tendue.

Comme les lévriers en
se couchant leurs pattes disposent,
son instinct de rêve surprend
et règle ces belles choses

que sont ses mains bien placées.
C’est par là que le reste s’enrôle.
Ni les bras, ni les seins, ni l’épaule,
ni elle-même ne disent: assez !

IX

Sanglot, sanglot, pur sanglot !
Fenêtre, où nul se s’appuie!
Inconsolable enclos,
plein de ma pluie !

C’est le trop tard, le trop tôt
qui de tes formes décident:
tu les habilles, rideau,
robe du vide !

X

C’est pour t’avoir vue
penchée à la fenêtre ultime,
que j’ai compris, que j’ai bu
tout mon abîme.

En me montrant tes bras
tendus vers la nuit,
tu as fait que, depuis,
ce qui en moi te quitta,
me quitte, me fuit….

Ton geste, fut-il la preuve
d’un adieu si grand,
qu’il me changea en vent,
qu’il me versa dans le fleuve ?






Van Gogh – La Charcuterie – 1888






Ce soir mon cœur fait chanter
des anges qui se souviennent...
Une voix, presque mienne,
par trop de silence tentée,

monte et se décide
à ne plus revenir ;
tendre et intrépide,
à quoi va-t-elle s'unir ?

«C'est le premier poème de Vergers, écrit autour du 1er février 1924 ; il dit, avec une espèce de joie étonnée et reconnaissante, que la poésie recommence, que l'excès du silence est rompu ; en fait, pour Rilke comme pour beaucoup d'autres poètes, que le souffle, que la vie vous sont rendus. Parce que l'on a cessé d'être enfermé en soi-même. [...]»
Philippe Jaccottet.


GALLIMARD


Vergers suivi de Quatrains valaisans, Les Roses, Les Fenêtres et de Tendres impôts à la France
Préface de Philippe Jaccottet

Collection Poésie/Gallimard (n° 121), Gallimard
Parution : 02-02-1978

mardi 26 juin 2018

Cristina Castello, poèmes extraits de Soif




Semences



Prisonnières. On va nous emprisonner. Elles et moi
Elles. Des milliers de milliers d’âmes sveltes
qui avec moi sont contrebandières
De valeurs. D’utopies possibles. D’art.
Art. Négation de la finitude humaine.
Vivre sans masque est désir de beauté.

C’est mon rêve de toujours vigilante pour les rêves.
C’est une soif de mains ouvertes.
Cette soif si grande qu’elle m’étouffe.
Je veux que chaque fenêtre éclaire un violon, un piano, une harpe.
Que’ en toutes avenues du monde
des sculptures de Giacometti regardent avec ravissement La Pietà.
Je veux que dans les sièges des gouvernements dans tous
un Christ de Velázquez avorte l’horreur.

Cette soif. Soif bénie qui avrile et reverdit l’âme.
Vie prodigieuse qui étend le désir de la saisir. Toute.
Et la trêve qui vient à pas retardés.
Je veux que Fra Angelico s’échappe du Prado
et que l’Annonciation parcoure le monde dans sa Lumière.
Je veux que Redon et Mantegna, Uccello, Léonard et Monet
soient trace. Phare. Et qu’ils proscrivent des bourreaux pour que Jamais Plus.

Je veux que nous sachions une bonne fois qu’il est déjà l’heure
qu’en amour se livrer absolument est la certitude de la liberté.
Que tous les matins au lieu d’écouter des nouvelles d’âmes sans anges
Bach, Poulenc, Mahler, Debussy, Schubert et Chopin,
éclatent sur un Rio de la Plata qui se change en mer.
Mer bleue d’amour qui dans la nuit berce les oreillers
Avec des madrigaux, des adagios et des clairs de lune.

Je veux. Je veux et je sème. Je veux.
Que nous enseignons la bonté avec bonté.
Que le ciel soit toujours piqué d’étoiles,
Je vous veux adultes au rire virginal
et enfants en portraits d'anges.
Que les sans pitié respirent Blake.
Que Rilke exorcise l‘évidence.
Que les petits vieux vivent dans l’honneur.
Que le Pays, le Continent, le Monde, l’Univers
soient pour des égaux et sans discrimination.

Je veux. Je veux qu’Eluard, Desnos et Rimbaud, Quasimodo, Yeats,
Lorca, Kavafis et Celan, dansent en poésie sur toutes les âmes.
Et puis que la Chanson de la Joie de Schiller
L’Ode à la Liberté, La Neuvième de Beethoven
soient l’Hymne de tous les Justes de la Terre.
Pour vivre avec soif, la soif sacrée.
Pour que l’éveil soit veille.
Pour semer l’art et l’amour.
Pour ne plus voir déjà.

De masques.

Rien que la lumière, rien que la vérité.



Par Cristina Castello

Poème extrait du recueil « Soif », 
Publié à Paris - octobre 2004
Éditions  L ‘Harmattan



En castillan


Semillas

Presas. Van a encarcelarnos. A ellas y a mí.
Ellas. Las miles más miles de almas esbeltas
Que conmigo son contrabandistas.
De valores. De utopías posibles. De Arte.
Arte. Negación de la finitud humana.
Vivir sin máscara es un deseo de belleza.

Es “mi” sueño de siempre vigilia por “los” sueños.
Es sed de manos abiertas.
Esta sed mía grande tanto ya que ahoga.
Quiero que cada ventana alumbre un violín un piano un arpa.
Que en todas las avenidas del mundo
Esculturas de Giacometti miren en deleite a La Piedad.
Quiero que en todas las sedes de los gobiernos todos
Un Cristo de Velázquez aborte el horror.

 Esta sed. Sed bendita que agosta y reverdece el alma.
Vida esta prodigiosa que alarga el deseo de asirla. Toda.
Y la tregua que viene con pasos demorados.
Quiero que Fra Angélico escape de El Prado
y su Anunciación recorra al mundo en Luz.
Quiero que Redon y Mantegna, Ucello, Morandi, Leonardo y Monet,
Sean huella. Faro. Y deroguen verdugos para que Nunca Más.


Quiero que sepamos de una vez por Dios ya es hora
Que en amor la entrega absoluta es certidumbre de libertad.
Que por las mañanas en lugar de noticias de almas sin ángeles
Bach, Poulenc, Mahler, Di Lasso, Debussy, Schubert y Chopin
Estallen sobre ríos que transmuten en mar.
Mar azul de amor que en noche arrulle almohadas
con madrigales, adagios y claros de luna.


Quiero. Quiero y siembro. Quiero.
Que enseñemos bondad con bondad.
Que el cielo esté siempre pecoso de estrellas.
Quiero adultos con risa virgen y ángeles que retraten en niños.
Que los impiadosos respiren a Blake.
Que Rilke exorcice la obviedad.
Que los viejitos vivan en honor.
Que el País el Continente el Mundo el Universo
Sean para iguales y sin discriminación.


Quiero. Que Éluard, Desnos y Rimbaud, Quasimodo, Yeats,
Lorca, Kavafis y Celan, dancen en poesía sobre todas las almas.
Y que entonces la Canción de la Alegría de Schiller
La Oda a la Libertad la Novena de Beethoven
Sean el Himno de todos los Justos de la Tierra.
Para vivir con sed sagrada sed.
Para amanecer en víspera.
Para sembrar arte y amor.
Para no ver ya
Máscaras


Sólo luz sólo verdad.



Poema del libro « Soif »
Publicado en Paris – octubre 2004
Éditions  L ‘Harmattan






Entretien avec Cristina Castello, dans Revue des Revues , par Claudia Sosa


Des paroles de la plus belle eau pour la soif poétique 
Par Claudia Sosa

Verbe pur et nom nu, c'est Cristina Castello, la femme des mots cristallins, la journaliste poète qui, en mai et à Paris, présentera son premier livre de poèmes illustrés par le grand Antonio Seguí : « Sed »/ « Soif ».
Accompagnée de ses muses aux ailes blanches elle est venue dans L'Île pour nous faire cadeau d'une entrevue parsemée de vols, d'anges et d'oiseaux.

pour francopolis mars 2005

Lire la suite ICI











Entendre ICI la voix de Cristina


http://sd-2.archive-host.com/membres/playlist/24428392338686868/02_semillas_semences.mp3








jeudi 21 juin 2018

Article de Cristina Castello, Chorégraphie de cendres, de Françoise Ruban

«Coreografía de Cenizas», 2º poemario de Françoise Ruban, por Cristina Castello


La siempre resurrección












« CHORÉGRAPHIE DE CENDRES », POÈMES DE FRANÇOISE RUBAN, PAR CRISTINA CASTELLO


Publié le 22 Septembre 2017 par Cristina Castello, sur son blog




Toujours la résurrection


« Tout est changé, changé du tout au tout :



Une beauté terrible est née »

William Butler Yeats




 « Chorégraphie de cendres » est une plaidoirie contre tout ce qui tue la vie.

C'est résistance, au cœur de l'hécatombe qui secoue la Terre.

La résistance comme celle de Prométhée face au  supplice.

Supplice de mère :

Douleur sèche
Douleur animale
Pleur de la Divinité

Pour Fabrice, le fils qui est parti en 2009 vers une étoile.

Fabrice et Françoise, non pas seulement une mère et un fils, mais deux identités en communion :



« Je regarde le ciel



nuages mouvants filants _____ s'étirant



symphonie inachevée



bleus et blancs chavirés



quand retentissent ces gris qui m'assourdissent



Je cherche



Un sens à cette existence



insensée cadence »


« Chorégraphie de cendres » n'est pas un chant au malheur puisque dans les strophes les plus douloureuses, scintille la sève vitale.

Poésie en « ligne droite » qui devient ellipse, courbe, spirale, tour, au sein même des régurgitations de la haine des criminels du monde :



« Dénoncer la haine la guerre meurtrière



Le poète jugé fou ou rebelle



a ordre de se taire



on le condamne à faire danser insouciance et légèreté



par les tyrans chorégraphie imposée



danse macabre pour la Muse esseulée »




Beauté terrible et terrible Beauté.

Étonnement, fureur, quand les sirènes hurlent aux crimes; ou quand la rage de la planète éclate à cause des morsures de l'homme. Ce n’est certes pas facile  pour notre poète aux mains ouvertes à l'amour, d’accepter que «cela» soit- aussi - la «condition humaine».

Et peut-être est-ce  la raison de toujours de la  résurrection :

«Et pourtant... vivre  »



Mort et résurrection, oui.

Chaque page est un stylet qui déchire la noirceur : l'horreur.

Parce qu'il y a aussi, l'océan et ses déferlantes; la musique, la peinture et les arts.

Parce que il y aussi la Nature des cocons s’éveillant ; mais  aussi et surtout, le sens de la vie comme une transcendance;  mais encore  des dieux grecs, des artistes et des géographies; et le fanatisme et Abel et Caïn ... et le pardon et la compassion.

La tension entre le prosaïque et l’Azur. Entre le terre à terre et le sublime; entre la finitude et l'Absolu...

Tout atteint ses sommets et ses abîmes presque simultanément;  Beauté terrible et  terrible Beauté, sont protégées par une grande tendresse:




« Au fil des saisons du ciel



j'écoute scintiller la Voie lactée



étoiles pétillantes d'un ballet lunaire interstellaire



Luna luna de tous les astres la plus mystérieuse



tu recueilles les pleurs de l'absence



tu inspires aux amants les plus tendres émotions



et des poètes tu deviens Muse



On te dit parfois maléfique __ Moi qui cherche



je te sais de mes nuits confidente »





Mort et résurrection, oui.

Synthèse des contraires, porte qui s’ouvre et porte qui se ferme.
L’insaisissable et le profane …

Le Pouvoir et la carence d’êtres arrachés de toute forme d'existence digne.
Vie qui appelle la vie et mort qui sème la mort : Syrie, Irak, Grèce, Afghanistan… En France : "…A l'orée il y eut Charlie/Au crépuscule rougeoyant ce fut le Bataclan/Le sang déversé…». La peste brune:




«  la terre ruissela rouge du sang répandu par les rues




En Europe ______ en France surtout




la peste brune déferle en vagues bleu marine




sur nos fragiles dunes »




« Qu'est-ce que  une feuille de papier ? / C'est quelque chose que tu ne peux pas tourner/jusqu’à  en  tirer la dernière ligne de toi même », dit une poésie russe d'auteur anonyme.

Bienvenu  «Chorégraphie de cendres», bataille entre Éros et Thanatos, qui se résout par la foi finale en une destinée.

C'est la dernière ligne de l'âme de Françoise Ruban



« Célébrer le point du jour



lueurs magiciennes de l'aube



instant d'amour et de paix



Les mots chantent »



Cristina Castello, 21/09/2017






 «Chorégraphie de cendres»

Françoise Ruban

©maquettes by association gens du monde

 Éditeur : Gens du monde (association loi 1901)

ISBN 978-2-919521-38-8

SIRET : 521 903 294 000 10

©Droits réservés éditions épingle à nourrice 

 15 €




En castillan





«Coreografía de Cenizas», 2º poemario de Françoise Ruban, por Cristina Castello


La siempre resurrección

Todo cambió, cambió completamente:
Ha nacido una belleza terrible
 William Butler Yeats


 «Coreografía de Cenizas» es  un alegato contra todo lo que mata la vida.
Es resistencia, en el corazón de la hecatombe que sacude la Tierra.
Resistencia como la de Prometeo ante el suplicio.
Suplicio de madre:
dolor seco, dolor animal, llanto de la Divinidad.
Por Fabrice, el hijo que partió en 2009 hacia una estrella.
Fabrice y Françoise, no sólo madre e hijo, sino dos identidades en comunión:






«Miro el cielo
nubes movedizas fugaces _____ estirándose
sinfonía inacabada
azules y blancos zozobrados
cuando resuenan estos grises que me ensordecen
Busco
un sentido a esta existencia
insensata cadencia»

«Coreografía de Cenizas»  no es un canto a la  desdicha: aún en las estrofas más dolorosas, titila la savia vital. Poesía en «línea recta»,  que se vuelve elipse, curva, espiral, giro, en el seno mismo de las regurgitaciones del odio de los criminales del mundo:

«Denunciar el odio la guerra mortífera
El poeta considerado loco o rebelde
tiene orden de callarse
se lo condena a hacer danzar indolencia y ligereza 
por los tiranos coreografía impuesta
danza macabra para la Musa abandonada»


Belleza terrible y terrible Belleza.

Asombro, ira, espanto, cuando las sirenas aúllan más crímenes; o cuando la rabia del planeta estalla a causa de los tarascones del hombre. No es fácil, por cierto, para nuestra poeta de manos abiertas al amor, aceptar que «eso» es –también- la «condición humana».
Y quizás esa es la razón de la  siempre resurrección:

«Et pourtant... vivre  /Y sin embargo… vivir».

Muerte y resurrección. sí.

Cada página es un estilete que  rasga la negrura: el horror.
Porque  también, el océano y sus oleajes; la música, la pintura y las artes todas.
Porque también la Natura de capullos amanecidos; también y sobre todo, el sentido de la vida como hecho trascendente; y también dioses griegos y  artistas y  geografías; y fanatismos y  Abel y Caín... y el perdón y la compasión.
La tensión entre lo material y el Azul. Entre lo pedestre y lo sublime; entre finitud y Absoluto...
Todo alcanza sus cumbres y sus abismos casi simultáneamente; y tanto la terrible belleza como la belleza terrible, están amparadas por una gran ternura:

«A lo largo de las estaciones del cielo
escucho titilar la Vía láctea
estrellas chispeantes de un ballet lunar interestelar
Luna luna de todos los astros el más misterioso
recoges los llantos de la ausencia
inspiras a los amantes las emociones más tiernas
y eres Musa para los poetas
Te decimos a veces maléfica __ Yo que busco
te sé confidente de mis noches»


Muerte y siempre resurrección, sí.

Síntesis de los contrarios, puerta que se abre y puerta que se cierra.
Lo inasible y lo vacuo.
El poder y la carencia de los seres arrancados de toda forma de existencia digna.
Vida que quiere vida y muerte que siembra muerte: Siria, Irak, Grecia, Afganistán… la France:
«… En el alba fue Charlie /En el crepúsculo que enrojecía fue Bataclan/ La sangre derramada…». La peste brune:

«La tierra chorrea rojo por la sangre derramada en las calles
En Europa ______ en Francia sobre todo
el fascismo estalla en olas azul marino
sobre nuestras dunas frágiles»

«¿Qué es una hoja de papel?/ Es algo que no puedes dar vuelta/Hasta no sacar la última línea de ti mismo», dice una poesía rusa de autor anónimo.

Bienvenido «Coreografía de cenizas», batalla entre Eros y Thánatos, que se resuelve en una fe final en el destino.
 Es la última línea del alma de Françoise Ruban.

«Celebrar el amanecer
destellos magos del alba
instante de amor y de paz
Las palabras cantan»

Cristina Castello
                                          (Para el texto y traducción de extractos de poemas)


«Chorégraphie de cendres»
Françoise Ruban, poeta francesa


lundi 18 juin 2018

Paul Eluard, La terre est bleue




Nusch et Eluard
photo du Net









 La Terre est bleue

La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s’entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d’alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d’indulgence
À la croire toute nue.

Les guêpes fleurissent vert
L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.
Oeil de sourd
Faites mon portait.
Il se modifiera pour remplir tous les vides.
Faites mon portrait sans bruit, seul le silence,
A moins que - s’il - sauf - excepté -
Je ne vous entends pas.

Il s’agit, il ne s’agit plus.
Je voudrais ressembler -
Fâcheuse coïncidence, entre autres grandes affaires.
Sans fatigue, têtes nouées
Aux mains de mon activité.

Paul Éluard (1895-1952)
in L’Amour la Poésie, 1929

vendredi 15 juin 2018

Alejandra Pizarnik, in Textes d'ombre










photo du Net




En cette nuit, en ce monde



à Martha Isabel Moia




en cette nuit en ce monde
les mots du rêve de l'enfance de la mort
ce n'est jamais cela qu'on veut dire
la langue natale castre
la langue est un organe de connaissance
de l'échec de tout poème
castré par sa propre langue
qui est l'organe de la re-création
de la re-connaissance
mais non celui de la résurrection
d'une chose en guise de négation
de mon horizon de maldoror avec son chien
et rien n'est promesse
dans le dicible
qui revient à mentir
(tout ce qu'on peut dire est mensonge)
le reste est silence
sauf que le silence n'existe pas
non
les mots
ne font pas l'amour
ils font l'absence
si je dis eau boirai-je ?
si je dis pain mangerai-je ?



en cette nuit en ce monde
extraordinaire silence que celui de cette nuit
le problème avec l'âme c'est qu'elle ne se voit pas
le problème avec l'esprit c'est qu'il ne se voit pas
d'où vient cette conspiration d'invisibilités ?
aucun mot n'est visible



ombres
enceintes visqueuses où s'occulte
la pierre de la folie
corridors noirs
je les ai tous parcourus
oh reste encore un peu parmi nous !


ma personne est blessée
ma première personne du singulier



j'écris comme celui qui un couteau levé dans l'obscurité
j'écris comme en disant
la sincérité absolue continuerait à être
l'impossible
oh reste encore un peu parmi nous !



les dégradations des mots
déshabitant le palais du langage
la connaissance entre les jambes
qu'as-tu fait du don du sexe ?
oh mes morts
je les ai mangés je me suis étouffée
je n'en peux plus de ne plus pouvoir



mots camouflés
tout glisse
vers la noire liquéfaction



et le chien de maldoror
en cette nuit en ce monde
où tout est possible
hormis
le poème



je parle
sachant qu'il ne s'agit pas de cela
toujours il ne s'agit pas de cela
aujourd'hui aide-moi à écrire le poème le plus dispensable
                   celui qui ne sert pas même
                   à ne servir à rien
aide-moi à écrire des mots
en cette nuit en ce monde




Alejandra Pizarnik

in Textes d'Ombre
(extrait d'un long poème)
trad Etienne Dobenesque
YpSilon.éditeur p 29-32 et suivantes



Derniers écrits d'Alejandra Pizarnik (entre 1970-1972). Recherche désespérée de l'autre par l'écriture. Sortes de dialogues dont Ombre est l'objet ou l'interlocuteur.

"Je veux exister au-delà de moi-même : avec les apparitions.
 Je veux exister comme ce que je suis : une idée fixe. Je veux hurler, non célébrer le silence de l'espace auquel on naît."









photo du Net


mercredi 13 juin 2018

Quelques poèmes d'Elie B - Céliande


"Naître au monde entre révolte et utopie 

 Écrire. S'écrire. 

 N'être plus qu' horizons et cormorans."

                                                                                                        Elie










J’écoute l'immuable cliquetis sonore de touches inanimées qui berce les silences de mots abandonnés, de ceux laissés pour compte, de lettres esseulées dont les blessures rares à l'étoffe de peau, labours de mémoire, fleuries de mots, de mots tout simples, de mots désargentés, des mots de pauvres gens, où les grandes émotions se fardent de pudeur, leurs nudités appauvrissent les peurs, et éclaboussent de clarté les plus profondes abysses quand trépignent nos cœurs fatigués, fiers et entêtés les ailes déployées tout au bord de l'abîme.   

Un vent frais souffle sur nos vies de labeurs,
un bouquet de lumière à l’arôme de fleurs,
des éclaircies sereines dans ta main de Septembre:
-mets ta main sur mon cœur.
-entends-tu le tambour qui rythme les saisons
faisant jaillir l'aurore d'un jour inanimé,
un pays sous tempête, un lieu désaffecté?

J'habite dans mon corps,
j'ai conquis tout l'espace,
des racines au ciel.
Et dans chaque recoin,
je cherche ta présence
qu'ébranle le silence
qui obscurcit mon ciel
quand l'acide du temps
de ses morsures fauves
réclame ton soleil.

 Mon rêve
 est né
 entre mémoires
 inutiles
 et celles inachevées.

 Elie

le 13 juin 2018

© tous droits réservés







j'ai rêvé d'horizons, d'océans,
de nuits insondables
et de retours
de retour vers les eaux
de retour vers ta peau
et de nuées d'oiseaux
se mirant depuis les hauts plateaux
dans des eaux amniotiques
je suis la déchirure
l'envers du décor,
un cri d'amour
une cicatrice

et lui, lui
se diluant
à l'infini
dans des abysses extatiques...


3 avril 2018



photo du Net



 nuit des rites
 nuit orphique
 d'une éclipse de lumière
 émerge
 la voix du poème
 pour rendre à l'amour
 l'absence de jour





 au delà
 des ciels, des soleils,
 des satellites aveugles
 lourds de chairs
 d'humus et de mers
 dans une orgie de lumière
 en quête d'un nouvel archipel
 le silence s’invente une autre dialectique
 par mille et mille viendra le vent...

 le souffle, son enfant.

 des millions de ciels à venir
 et tout autant de soleils
 prophétisent de nouveaux horizons,,.






 depuis les hautes altitudes
 les sentiments
 puisses-tu être mon ange
 le souffle de l'espace
 l’âme du vent
 redevenir la ligne
 la ligne d'horizon
 et derrière
 -tellement-
 de rêves
 de vagues de lumières
 de mots à l'unisson
 redevenir la ligne
 la ligne de tes mains
 l'encre d'un poème...

 ...

 puisses-tu être mon ange
 le mouvement
 le souffle de l'espace
 l'âme du vent"






Traversée d'errance
de pierre et d'arbres
de migrations d'oiseaux
de plumes et de peau
depuis l'inerte au vivant
depuis le souffle au vent
un cri d'oiseau dans l'éclat
du premier matin
fait écho au silence
mélopée de pierre
traversée d'errance
traversée de vie...

l'infini coule à travers l'arbre










Je me perds en vol de nuit

pour un effluve de romance,

une idée de l'infini et puis une autre

de la France.

En apnée

Ce vertige qui me hante ...

Ciel d'oiseaux
terre d'éther
mer des nues
Pierre solaire
couleur de mousse
Zèbre de quartz
arche de lune
Mémoire...

" Unakite "






photo du Net





cette nuit-là
mots -et-
notes incendiées
à colorer de rêves délavés
l'absence des étoiles

j'entre dans la nuit
-et-
je me veux silence

à toi, à nous,
-mon amour-
à l' aube flamboyante










sous ma peau de cendres
en transparence
la lueur d une étoile
naissante
dans le noir,
l'espoir
je viendrai avec ma révolte,
mon cœur amoureux
tutoyer les anges
et conquérir les dieux.
j'ai poussé comme un arbre
attendu par le ciel...











- où vont les étoiles quand elles meurent ?
- dans les recoins de nos rêves chrysalides; elles sont partout éparpillées comme des pluies en transparence de cendres illuminées...

 il est un parterre d'étoiles
 sur les vertèbres du ciel
 quelques traces d'amour
 sur les parois du monde

 J'aurais voulu ...

 t'écrire un ciel gorgé de lumière,
 un paysage plein et clair
 de sentinelles alanguies,
 de romarin et de bruyère...



 dessiner autour de tes doigts, toi,
 des gouttes d'eau en forme de rêves
 sous tes paupières de cobalt, toi,
 il y a toujours une comète,
 un battement de cœur, toi,
 dans l'urgence d'une tempête...





 au plus noir
 du noir de la nuit
 grandes étoiles,
 sombre beauté
 comme autant
 de soleils habités
 madones lumineuses
 dans le creuset du ciel
 ô compagnes, oracles
 destinées
 naître dans un cri
 écho perpétuel
 tendu vers l'infini
 naitre d'un désir violent
 de bouleversements.
 depuis l'autre
 versant des
 temples ensoleillés
 la chevelure déifiée
 d'une comète mystique
 écrit sa poésie
 en lettres sibylliques...







Où vont-ils ces soleils qui tous les soirs s'effondrent
 leurs longues solitudes habillent l'infini
 où vont-ils ces soleils essoufflés criant leurs espérances
 et s'inclinant toujours dans une lente agonie

 les horizons perdus accueillent le silence
 au cœur de la lumière s'écrit la poésie
 un soleil qui se meurt devient un incendie
 et laisse en souvenir quelques étoiles filantes

 comme un écho d'amour murmuré à la nuit
 les soleils du futur ont un parfum d'enfance
 qui s'en iront mourir au bout de l'infini
 ...





et les hommes perdus
 de leurs plumes d'errances
 jettent au ciel endeuillé
 l'exil des galaxies.
 le cœur en équilibre
 tantôt l'or,
 tantôt la pluie
 disparut un certain soir de décembre
 dans le fracas d'un incendie ...

 le soleil nous fut tendre

 la nuit...une amie





au plus près d'un visage
 des horizons lointains
 ton œil comme un calice
 ourlé de velours noir
 étale, magnifique
 oraison et espoir
 puisqu'une étoile apatride
 dans son ultime ciel
 grignote les nuits sombres
 en chimère de soleils





Face à Face
 parole et silence
 l'être-
l'absence
 l'écrire-
la présence.

 mots épars
 écrire- le souffle
 s'écrire-l'instant
 vision prophétique
 du devenir

 l'être poème
 du dehors au dedans
 réhabiliter le néant
 après le silence
 le firmament

                                                                                     Elie


Textes et photos Elie B - Céliande

(sauf deux photos prises sur le Net)

© Tous droits réservés






lundi 11 juin 2018

Choeurs, album musical











Chœurs est un album musical de Bertrand Cantat, Pascal Humbert, Bernard Falaise et Alexander MacSween publié sur les plates-formes de téléchargement le 21 novembre 2011 et sur support physique le 16 décembre 2011 aux éditions Actes Sud © 2011 Au Carré de l'Hypoténuse

Les 17 chansons composées par le quatuor musical sur les textes du tragique grec Sophocle, traduits par Robert Davreu, constituent les chœurs antiques de la trilogie théâtrale « Des femmes » du metteur en scène libano-québécois Wajdi Mouawad créée en juin 2011. 

Date de sortie : 5 décembre 2011

1 - Dithyrambe au soleil 00:00
2 - Déjanire 3:18
3 - Le Chœur joie 7:23
4- La Puissance de Cypris 10:19
5 - Les Mouillages 12:24
6 - Révélation de l'oracle 15:23
7 - Puisse un vent violent se lever 19:01
8 - La Victoire de Thèbes 23:12
9 - Rien n'est plus redoutable que l'Homme 28:38
10 - Heureux sont ceux qui du malheur 33:30
11 - Eros 35:53
12 - Bury Me Now 37:46
13 - Dionysos 40:46
14 - Elle viendra l'Erinys 44:59
15 - Courir sous la pluie 46:42
16 - Le Chœur des oiseaux 50:05
17 - Les Serviteurs d'Arès 52:25



















Dans Télérama

( par Fabienne Pascaud,, 27/07/2011)

Sans Bertrand Cantat, l'interminable trilogie de Wajdi Mouawad tourne à vide

Le metteur en scène libano-québécois Wajdi Mouawad, qui fut artiste associé du Festival d'Avignon en 2009, y propose, jusqu'à ce lundi soir 25 juillet 2011 une trilogie d'après Sophocle, “Des femmes”. Un spectacle de plus de sept heures tout entier articulé autour d'un chœur réduit à la seule voix rock de Bertrand Cantat… absent d'Avignon afin de ne pas alimenter les polémiques. Le projet en perd son sens.


lire l'article intégral ICI


lire aussi la très belle lettre de Wajdi Mouawad à sa fille ICI


extrait :

Aimée, ma petite chérie

(...) Cet homme, dans l'aujourd'hui dont je te parle, est libre pour avoir purgé sa peine tel que les institutions judiciaires l'ont décidé. Il demeure à jamais celui qui tua, mais il est devenu aussi celui qui fit face à la justice. Il est donc multiple. Dans sa multiplicité, il est mon ami, il est aussi un artiste et parce que son art correspondait le mieux à l'aventure artistique dans laquelle je suis plongé, j'ai choisi de l'inviter à prendre la part la plus humble du spectacle, non pas celle du héros mais celle du choeur, et de faire face à sa vie tant ces trois pièces, si tu les lis, racontent son désastre. L'art est miroir des souffrances et des douleurs. (....)

publiée dans Le Devoir, le 16 avril 2011

vendredi 8 juin 2018

Chienne de vie, Jean-Marc La Frenière





Dans cette chienne de vie
j'ai préféré tirer la chasse,
tirer la langue
et le diable par la queue
que de tirer du gun
ou de tirer des chèques
sur le malheur des autres.
J'ai préféré passer l'éponge,
passer mon tour,
passer les bornes,
passer pour fou
que de passer tout droit.

Mais cette chienne de vie
est parfois si jolie
(merci Prévert)
sans collier sans licou,
les deux pieds dans la vase
et le poil au soleil.

Quand on m'aura dompté,
dressé, salarié,
je ne serai plus
qu'un masque sans visage,
une ride sans voix,
un habit sans personne,
un corps en location,
un coeur à la consigne,
une âme en peine.

Je veux rester sans nom
au milieu de la foule
et faire l'accolade
à tous ceux qui s'égarent.
Je veux rester rebelle
et me refaire une vie
hors des sentiers battus,

Je veux planter ma tente
au milieu de l'orage
et faire d'un volcan
un oasis de paix,
de la peur une armure
et de l'angoisse un feu
pour réchauffer la vie.


Je veux rester debout
pour une femme qui passe
mettant le feu au cul
et la main à la pâte.
Je veux rester vivant
pour une femme qui chante
et rallume à ma queue
le désir des voyous.


6 juin 2018



LaFrenière, Les mots de la vie

http://lafreniere.over-blog.net/2018/06/chienne-de-vie.html










Jean-Marc La Frenière