lundi 2 mars 2015

On l'appelait Socrate, de F.Ruban





Pour toi Michel

Nous t'appelions Socrate
tant tu étais féru de grec et de littérature classique
derrière ton apparence de vieux loup de mer
A l'origine de ce pseudo des anecdotes
qui toujours me feront sourire
malgré le chagrin de ton départ

Un coeur tendre et fidèle en amitié
aimant extérioriser tes invectives
contre la bêtise et tous les conformismes
tel un capitaine Haddock au langage fleuri
Tu aimais Julien Gracq et me fis découvrir Corbière
« Au vieux Roscoff » que tu récitais de mémoire

Nous retrouver Chez Carole ou Au café du port
Affronter le vent glacial pour apercevoir
les oies bernaches à la Pointe de Pen Bron
Parler poésie et découvrir l'immense sensibilité
que tu dissimulais d'un haussement d'épaule
ou d'une grimace bougonne

Je me souviens de la semaine passée en Bourgogne
Tu voulais voir des chapelles romanes
et nous vîmes la Basilique de Vézelay...
Il pleuvait il pleuvait vite se réfugier
Refuge gastronomique Au Bougainvillier
les vins les mets nous souriaient

Tes enfants aux quatre coins du monde
et si présents en toi
Tu te livrais parfois
quelques confidences où tu disais
ta fierté tes regrets aussi
Ils étaient loin

Socrate pudeur et réserve
lorsque tu voyais partir de jeunes vies
fauchées beaucoup trop tôt
La mort nous n'en parlions pas
ou avec les yeux reflets de notre coeur
Presque un sujet tabou

Je fus heureuse et fière de t'offrir et dédicacer
« L'Âme des marées » ce recueil de poèmes
né de mes larmes et de ma colère de mère
de mes espoirs en la Vie malgré tout
C'était en novembre dernier
Comment aurais-je alors pu imaginer

La Camarde insatiable implacable
t'a désigné à l'aube du printemps Elle savait
que plus jamais nous ne serions ensemble
près de l'Océan que nous chérissons
Au revoir Socrate ami si cher
tu seras une autre Etoile qui brillera pour moi



fruban

le 1er mars 2015

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crédit photos fruban

Je voudrais ajouter ce poème de Tristan Corbière (1845-1875) que Michel m'avait fait découvrir et qu'il connaissait par coeur.

Au vieux Roscoff

Berceuse en Nord-Ouest mineur

Trou de flibustiers, vieux nid
À corsaires ! – dans la tourmente,
Dors ton bon somme de granit
Sur tes caves que le flot hante…

Ronfle à la mer, ronfle à la brise ;
Ta corne dans la brume grise,
Ton pied marin dans les brisans…
– Dors : tu peux fermer ton œil borgne
Ouvert sur le large, et qui lorgne
Les Anglais, depuis trois cents ans.

– Dors, vieille coque bien ancrée ;
Les margats et les cormorans
Tes grands poètes d’ouragans
Viendront chanter à la marée…
– Dors, vieille fille-à-matelots ;
Plus ne te soûleront ces flots
Qui te faisaient une ceinture
Dorée, aux nuits rouges de vin,
De sang, de feu ! – Dors… Sur ton sein
L’or ne fondra plus en friture.

– Où sont les noms de tes amants…
– La mer et la gloire étaient folles ! –
Noms de lascars ! noms de géants !
Crachés des gueules d’espingoles…

Où battaient-ils, ces pavillons,
Écharpant ton ciel en haillons !…
– Dors au ciel de plomb sur tes dunes…
Dors : plus ne viendront ricocher
Les boulets morts, sur ton clocher
Criblé – comme un prunier – de prunes…

– Dors : sous les noires cheminées,
Écoute rêver tes enfants,
Mousses de quatre-vingt-dix ans,
Épaves des belles années…
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Il dort ton bon canon de fer,
À plat-ventre aussi dans sa souille,
Grêlé par les lunes d’hyver…
Il dort son lourd sommeil de rouille.
– Va : ronfle au vent, vieux ronfleur,
Tiens toujours ta gueule enragée
Braquée à l’Anglais !… et chargée
De maigre jonc-marin en fleur

Roscoff. – Décembre

Tristan CORBIERE
Recueil : "Les Amours jaunes"


dimanche 1 mars 2015

Ces statues que l'on assassine, par Michel Koutouzis




De tout temps les religions monothéistes (mais uniquement) s’empressaient à défigurer ou détruire les représentations des cultes qu’elles avaient vaincues. Synonyme d’absolutisme, toute religion s’empresse ainsi à faire disparaître le souvenir des croyances qui les précédaient, de les faire disparaître avec tout ce qu’elle représentaient. Culte contre culte. Les iconoclastes byzantins, puis l’Islam tardif, qui s’opposèrent à toute représentation du sacré, allèrent même plus loin, détruisant leurs propres icones et œuvres d’art, dans un élan de pureté dogmatique.  Mais il s’agissait toujours d’une affirmation, certes arrogante et utopique, de l’unicité absolue du sacré, représentée par leur propre religion.

C’est relativement récent, à peine quatre siècles, le fait que toute civilisation, qu’elle soit imbue de religiosité ou au contraire laïque voir carrément athée, donne à l’art une valeur intrinsèque, libère l’art du fait religieux et lui prévoit une place à part, hors des lieux du culte. Le musée est avant tout le symbole de l’émancipation de l’art d’un rôle exclusivement sacré, c’est aussi l’espace où défile l’Histoire, sans à priori, sans exclusives, sans  hiérarchie. De son côté, le musée participe au processus diachronique du savoir : c’est un accumulateur des strates historiques, de la préhistoire au présent. C’est surtout un rappel de la futilité de l’instant et des interconnections culturelles et temporelles.  C’est une invitation au voyage dans l’espace et dans le temps.  En d’autres termes, si les statues étaient des produits d’une religion, elles sont désormais des œuvres d’art déconnectés de l’esprit qui les créa, et, en tant que telles, elles participent au savoir et au savoir-faire des générations futures.

Les démolisseurs des statues des musées iraquiens et syriens concèdent de la spiritualité religieuse à des objets d’art qui n’en ont plus depuis fort longtemps. Entre les civilisations mésopotamiennes et la naissance de l’islam il existe un hiatus plusieurs fois millénaire. Leur seule spiritualité consiste en leur beauté, en leur témoignage de civilisations complexes perdues à jamais. Elles sont une ode au savoir faire, une accumulation de cours magistraux sur l’art, un vestige qui transcende tous les cultes, toutes les civilisations pour glorifier l’homme technicien, l’homme artiste et, dans une certaine mesure, l’homme libre qui joue des formes et des volumes pour s’émanciper de la tyrannie du pouvoir. Peut-être que les démolisseurs de statues n’on rien à faire de l’Histoire, qu’il leur est indifférent de savoir comment vivait-on en Mésopotamie plus de trois millénaires avant Mahomet, comment on faisait la guerre, comment on construisait des maisons ou des palais. C’est en ce sens qu’ils sont des barbares. Ils ne vivent que pour l’instant, voyant du sacré partout, ayant peur de tout, idéalisant des époques et des pouvoirs, qui, en leur temps, protégeaient ces statues, tout en continuant bâtir, à peindre, à représenter le prophète, à raconter des histoires qui font partie, elles aussi - et malgré leurs efforts mortifères -, du patrimoine de l’humanité toute entière.

Si personne ne leur a jamais demandé comment ces œuvres d’art ont survécu tous ces millénaires, on devrait tout de même leur indiquer que l’aventure de ces statues vient de loin, et qu’elles existeront bien après le temps où eux-mêmes et leur stupidité ne seront même plus un affreux souvenir.

Mais c’est peut-être cette certitude qu’ils essaient de briser en assassinant des statues par définition immortelles.

Michel Koutouzis

http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-koutouzis/280215/ces-statues-que-l-assassine




samedi 28 février 2015

Espoirs confisqués, Empreintes effacées, de F.Ruban

                                           









                   
                                                   





                                               Espoirs confisqués
                                                             Empreintes effacées



Chercher
à la lisière des journées printanières
les saveurs les senteurs enivrantes d'hier  ___  avant-hier peut-être
Vivantes en mon coeur
par mes sens refusées
Des notes arc-en-ciel pourraient être promesses

Manquent le désir l'énergie le souffle
ensevelis eux aussi
Trop de vies arrachées
Trop de peuples humiliés
Drapée de noir décharnée affamée
la Mort
inlassable faucheuse trop pressée
n'attend plus la blondeur des moissons et
ruine les blés en herbe

Chercher
l'empreinte confiante de tes rires
de ton regard la musique blues
allumée d'à venir aux accents alternant
caresses de jazz improvisées
rythmes de rock endiablé

Et je ne vois qu'orbitres creuses auxquelles
les becs crochus et goulus des rapaces
ont déchiqueté la chair et le sang
ne laissant qu'ossements disloqués
Plus de coeur enflammé
Plus de jardin cultivé
L'Amour au carquois narquois et sournois
n'a décoché que flèche empoisonnée
au venin du mépris

Attendre
Précipiter mes pas loin de l'Ici-bas
Ne plus voir
Ne plus subir
les rafales infernales hier encore si banales
Le vent brise parfumée
n'envole plus tes boucles folles
sur ma peau amoureuse indicible tendresse
Le vent blanche morsure n'est que blessure
il me glace les os endeuille mon coeur

Et pourtant tu vois
devant le piano je m'asseois

Pour Toi
maladroits se dénouent mes doigts   __  Oserai-je encore
me laisser séduire emporter

Ballade ou Credo


©fruban

le 27 février 2015

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mardi 24 février 2015

Cadeau poème d'argent d'Odysseas Elytis

Cadeau poème d'argent

Je sais bien que tout cela n'est rien                  et que la langue
que je parle n'a point d'alphabet

Vu que le soleil et les vagues sont un genre d'écriture
syllabique que l'on ne sait déchiffrer qu'aux époques de
chagrin et d'exil

Et la patrie une fresque avec des couches successives
d'invasions franques et slaves                et s'il t'arrive un jour
de te risquer à la restaurer tu vas en prison aussi sec et il
te faut alors rendre des comptes

A un tas d'Autorités étrangères                 toujours fourrées
dans tes affaires

Comme il est habituel aux calamités

Pourtant         si l'on faisait semblant qu'on est sur une
aire des anciens temps         qui pourrait être aussi celle
d'un grand ensemble         qu'on joue les enfants       et
que celui qui perd

Doit en vertu des règles            s'adresser aux autres et leur
donner un gage de vérité

Voilà qu'on se retrouverait tous à la fin à tenir dans nos
bras un petit

Cadeau poème d'argent.

Odysseas Elytis
in L'Arbre lucide et la quatorzième beauté

Poésie / Gallimard p 221-222
trad Xavier Bordes et Robert Longueville


crédit photo fruban - fév 2015

lundi 23 février 2015

Quand Moustaki soutenait les Grecs en lutte

La Grèce est mon pays d'origine. Je l'ai connue à 30 ans, et j'en suis tombé amoureux. Mes deux parents étaient grecs. Ils vivaient à Alexandrie, ville grecque, fondée par Alexandre le Grand. Alexandrie abritait aussi une école de philosophie qui en faisait la rivale d'Athènes. Mes parents étaient des fils d'immigrés. Mon grand-père paternel était tailleur, il confectionnait des gilets, des pièces uniques. Il a trouvé l'Égypte accueillante, il s'y est donc installé. Mon grand-père maternel, resté en Grèce, a subi des persécutions qui l'ont contraint à s'exiler, lui aussi.

J'ai attendu l'âge de 30 ans pour me rendre en Grèce. Je ne souhaitais pas faire mon service militaire auquel j'étais astreint si j'y allais. Chaque fois que je renouvelais mon passeport au consulat de Grèce, on me demandait "Et votre service? C'est pour bientôt? Quand vous rendrez-vous en Grèce?" Je leur répondais: "Envoyez-moi une demande officielle, j'y répondrai". Mais, je n'ai jamais rien reçu. À l'ambassade parisienne, la secrétaire me répétait: "Méfie-toi, si tu vas en Grèce, tu risques de te faire attraper..."

Après toutes ces mises en garde, j'ai fini par mettre un pied en Grèce, mais à reculons, même si j'avais passé l'âge du service. Et finalement j'ai fait un voyage merveilleux qui jusqu'à aujourd'hui me laisse des traces affectives très fortes.

La Grèce, je ne peux pas en parler avec une grande rigueur politique. Aujourd'hui, quand mes amis m'appellent pour me raconter leur situation, mon cœur se serre. Ce ne sont pas les plus pauvres, mais la crise a chamboulé tous leurs projets. Ils font partie de la bourgeoisie, ils ont fait des études, tout comme leurs enfants. Pourtant certains ont dû s'expatrier pour échapper à l'ouragan de la crise. Ceux qui sont restés et que l'on pensait à l'abri de tout commencent à connaître la misère.

Bien sûr, les plus riches, les grosses fortunes, les armateurs dont les bateaux battent pavillon maltais, s'en sortent toujours.

Ce que je vais dire maintenant n'est pas politiquement correct, mais à l'heure où la Grèce entrait dans l'Europe, les Grecs ont lentement glissé vers une caricature du modèle européen qu'ils enviaient, ouvrant moult boîtes et restaurants ostensiblement chics. Ils avaient un complexe, celui de croire que chez eux, c'était le tiers-monde et qu'il fallait faire aussi bien que les pays nantis. Ils auraient mieux fait de se réapproprier le mot "Europe" et de recréer un nouveau modèle, à leur sauce, plus enraciné dans leur culture. Après tout, l'Europe est un mot grec, qui signifie "celle qui voit bien".

Aujourd'hui, je suis heureux de voir que les Grecs sont très combatifs. Ils participent aux manifestations, signent des pétitions, lisent des déclarations. J'ai su que mon ami Theodorakis me disait que les Grecs essayaient d'imposer la voix du peuple à leur gouvernement, pour ne pas donner raison aux intérêts financiers de la communauté européenne.

J'espère que la Grèce va foutre le bordel. Ma sympathie va à cette attitude de contestation parce que ce n'est pas le peuple qui a créé la crise. Or, on lui fait en porter le poids. Finalement, c'est lui qui a le sens civique le plus développé, pas ceux qui veulent se conformer aux directives bruxelloises. Que le gouvernement grec ouvre grand ses yeux et ses oreilles.

Les Grecs sont très politisés. Avant la dictature des colonels, tout était sujet à discussion; ils commentaient à tour de bras les événements politiques. À l'époque, j'admirais beaucoup le fait que les Grecs ne discutaient pas l'un contre l'autre, mais l'un avec l'autre. Comme s'ils avaient passé une sorte de pacte tacite, pour le bien commun.

Lorsque les Colonels sont arrivés au pouvoir, ma conscience politique s'est réveillée. Avant, je ne faisais que des chansons d'amour ou d'humour. Depuis, je n'ai eu de cesse de donner une tournure engagée à mes textes.


Ariane, ma soeur, de F.Ruban

Ariane ma soeur
photo FR
       

Par les sentiers escarpés et ombreux tu grimpes
           ______  jusqu'aux sommets de l'Olympe
Nouvelle Jehanne  de France tu écoutes
ces rythmes ces battements ces échos
inoculés en ton sang goutte à goutte
Renaître enfin   ___  Serait-ce trop ?

Prends ton envol      ___ l'Océan murmure
il te pousse t'attire te rassure
   - Viens avec moi réchauffe-toi
      ton coeur froid se noie

Dans la nef de la Basilique    ____  enfin Tu Vois
et s'emmêlent en ton âme  ______        ô blancheur
les Alpes et les eaux turquoise de la Mer intérieure
Le chemin de Compostelle lance l'appel
Soudain
       l'Olympe est ici
Nectar saveur de miel ambroisie
douceur de l'hydromel                 ________  Arrête-toi !
l'écran se givre de brume
tu lâches le fil le froid s'allume
sur tes lèvres l'hydromel a goût de fiel

Ariane ma soeur vois-tu une lueur ?

Tu t'égares le souffle te manque   ___ tu prends peur
    - Etouffe tes cris tes pleurs  
      le ciel reste sourd
Sous le halo de la nouvelle lune
les Ténèbres l'abîme     _______  te happent
l'Océan rugit         finies les agapes
la toile referme sa trappe
Tu es nue
en ton coeur le sang se glace

Ariane ma soeur     j'aperçois une lueur...

          Samedi 3 décembre 2011

©   F.R

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extrait de "L'Âme des marées" publié chez Epingle à nourrices édition (ene)
en octobre 2014

crédit photo FR

samedi 21 février 2015

Ils sont... et Faut vivre, de Françoise Ruban

Ils sont dessinateurs humoristes
Ils sont juifs
Ils sont chrétiens
Ils sont musulmans
Ils sont athées
Ils sont des hommes et des femmes qui revendiquent
LA LIBERTE
Liberté de dessiner d'écrire de dénoncer d'exister
Liberté de choisir leur destin leurs préférences leurs idéaux
Seuls des barbares avides de pouvoir
Seuls des tyrans faisant fi des vies humaines
Seuls des êtres que jamais je n'appellerai humains
tant ils sont sanguinaires impitoyables arrogants
Qu'on les appelle intégristes extrêmistes terroristes
Ils sont avant tout des fous dangereux auxquels
JAMAIS JAMAIS
je ne trouverai le moindre argument la moindre circonstance atténuante
Ils sont lâches
Ils sont mortifères
Ils sont les pires hyènes que notre terre ait portées

fruban
le 16 février 2015


Faut vivre
Respirer un instant l'odeur d'un box
Caresser une échine
Rire avec une enfant joyeuse
Admirer ses prouesses cavalières

Faut vivre
Quand les cimetières profanés
Les croyants exécutés ___ pas la bonne religion !
Encaisser le racisme de supporters avinés
Se plier à la rigueur et l'austérité

Faut vivre
Prendre quelques photos du ciel
Un crayon et un calepin
Et rêver espérer griffonner
Croire en l'Utopie de l'Amour

Faut vivre
Quand la bête immonde
Quand l'indifférence et la haine
Quand les serments trahis et les masques trompeurs
Quand la douleur ronge le coeur

©fruban
le 18 février 2015

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jeudi 19 février 2015

Et tu n'es pas revenu, de Marceline Loridan-Ivens (Ed Grasset)

Ce livre vient d'arriver chez moi. Déjà je me précipite dans la découverte. Après avoir écouté Marceline Loridan-Ivens, d'abord sur France Inter, puis dans La Grande Librairie, j'étais si émue, bouleversée même, que j'ai voulu tout savoir de sa vie, notamment sa détention au camp de concentration de Birkenau. FR




J'ai été quelqu'un de gai, tu sais, malgré ce qui nous est arrivé. Gaie à notre façon, pour se venger d'être triste et rire quand même. Les gens aimaient ça de moi. Mais je change. Ce n'est pas de l'amertume, je ne suis pas amère.C'est comme si je n'étais déjà plus là. J'écoute la radio, les informations, je sais ce qui se passe et j'en ai peur souvent.Je n'y ai plus ma place. C'est peut-être l'acceptation de la disparition ou un problème de désir. Je ralentis.
Alors je pense à toi. Je revois ce mot que tu m'as fait passer là-bas, un bout de papier pas net, déchiré sur un côté, plutôt rectangulaire.Je vois ton écriture penchée du côté droit, et quatre ou cinq phrases que je ne me rappelle pas.Je suis sûre d'une ligne, la première, "Ma chère petite fille", de la dernière aussi, ta signature, "Shloïme". Entre les deux, je ne sais plus. Je cherche et je ne me rappelle pas. Je cherche mais c'est comme un trou et je ne veux pas tomber.
incipit de Et tu n'es pas revenu, p 7-8

J'ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l'ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T'écrire m'a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m'enserre le coeur.
Je voudrais fuir l'histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille.
M.L.-L
quatrième de couverture, opus cité





Marceline Loridan-Ivens naît à Epinal le 19 mai 1928 de parents juifs polonais émigrés en France. Arrêtée avec son père par la Gestapo en 1944, elle est déportée à Auschwitz-Birkenau puis au camp de Theresienstadt jusqu’à sa libération en mai 1945. Elle livrera une évocation poignante du difficile retour à la vie après le camp dans le film Chronique d’un été (1960) de Jean Rouch et Edgar Morin, dont elle est l’un des protagonistes principaux. Devenue journaliste et réalisatrice, elle coréalise avec Jean-Pierre Sergent Algérie année zéro (1962), qui montre les débuts de l'indépendance algérienne pour laquelle ils se sont engagés. En 1963, elle rencontre et épouse le documentariste Joris Ivens avec lequel elle travaillera jusqu’à la mort de ce dernier en 1989. Ensemble, ils réalisent des films sur la guerre du Viêt-Nam, sur le Laos,  une série de six films sur la Chine en pleine révolution culturelle (Comment Yukong déplaça les montagnes, 1976) et enfin Une histoire de vent. En 2003, Marceline Loridan-Ivens écrit et réalise son premier long-métrage de fiction, La Petite prairie aux bouleaux, très largement inspiré par sa vie et son expérience des camps. Elle a publié ses mémoires, Ma vie balagan, en 2008.
(France Inter)
http://www.franceinter.fr/personne-marceline-loridan-ivens

Vous pouvez regarder le replay de La Grande Librairie, en cliquant sur le lien ci-dessous :

http://culturebox.francetvinfo.fr/emissions/france-5/la-grande-librairie/marceline-loridan-ivens-209615













Marceline vient de nous quitter, alors il me faut passer un moment avec cette Grande Dame que j'aime. fruban, 18 septembre 2018

lundi 16 février 2015

Combats, recueil de poèmes de Jean-Louis Garac (extraits)

Je vous invite à visiter le blog de Jean-Louis Garac,si riche et si délicat. Que ce soient dans ses poèmes,  critiques d'Art, photos, Jean-Louis sait nous transmettre sa sensibilité, son empathie à l'égard de l'humanité souffrante, sa passion pour l'Art sous toutes ses formes.

http://espacecreationjeanlouis.blogspot.fr/

                                                                        ***

Plus de la moitié de l'année 2014 et le début 2015 ont été marqués par des événements sanglants, inhumains, et avilissants pour l'Homme dans ce monde devenue terre d'infamie. Et je ne parle même pas de ce travail de sape commencé depuis des lustres, intense, quotidien, qui fait de tant d'hommes des bourreaux de leur propre planète comme de leurs frères. Certains le font sciemment, d'autres par facilité et soif du lucre, d'autres enfin par manque de conscience et de volonté. Ajoutons à cela une société plus étonnamment tournée vers un passé mythique, donc menteur, que vers un engagement de Renouveau et de Partage.

Il y a quelques années l'idée d'un "choc des civilisations" avait marqué les esprits, et cette idée d'ailleurs continue ici et là à être exploitée afin de trouver un coupable idéal facilement identifiable. Cependant, cette idée me parait bien maladroite et bien erronée. Le "choc" que nous subissons depuis des décennies n'est que celui d'un mépris absolu sous le masque de la soif d'argent et du pouvoir. Les hommes qui sont atteints de cette folie proviennent de toutes les civilisations que l'on peut imaginer et trouver dans le monde. Ils sont manipulateurs, cupides, et leur état d'esprit est proche de celui des mafias et des assassins des régimes totalitaires; et toutes les civilisations en sont en fait contaminées et victimes. Et cela devient un combat entre Culture, Connaissance, Libertés face à l'asservissement, au délire des profits et à la destruction de l'Intelligence elle-même.

Devant les actes de barbarie commis ces derniers mois, je me suis demandé si je ne vivais pas dans un cauchemar. Les mots n'arrivent parfois même plus à concrétiser une émotion pris eux aussi dans les sables mouvants d'un monde devenu délirant ! Mais il ne faut surtout pas oublier ces personnes qui ont été ainsi sacrifiées sur l'autel de la folie humaine: comme ce guide de randonnée qui vivait dans les Alpes-Maritimes et qui a eu le malheur de rencontrer la mort sur un chemin de montagne (j'ai tant aimé moi-même randonner pendant des années...), comme pour tant d'autres hommes et femmes qui ont perdu la vie en France ou ailleurs dans le monde parce qu'ils voulaient simplement faire rire, informer ou aider, ou parce qu'ils représentaient un État libre ou une religion particulière. Tout cela résonne et raisonne dans nos cœurs et nos consciences, pour longtemps!
JL Garac

crédit photo JL Garac


Ce n’est pas ma tasse de thé,
Ce monde formaté !
Tous ces semblables sans visage :
Habits, cheveux, mots, pensées, rage
De vivre au prix de tout gâter !
Ce n’est pas mon dessin d’étude
 La grimace trop rude
 D’une histoire qui tourne en rond !
L’apocalypse est de saison,
Mais le « refus » cherche son Rude !
Ce n'est pas mon chemin d'extase
Ce sexe métastase
Qui vient pourrir tout l'être et tue
Le sentiment comme un rebut,
Trompant le plaisir qu'il écrase !
Ce n'est pas ma musique interne,
Ombre marquée de cernes,
D'imaginer des vies perdues !
Et de mourir sans mort, déçu
De n'être qu'un vouloir trop terne...
Ce n'est pas mon rivage immense
De délaisser la France,
Et d'oublier d'où nous venons,
Forêt de lettres, tourbillon
D'idéal, d'amour, d'élégance...


**
Aux premiers morts du débarquement du 6 juin 1944
 
Un miroir d’eau glacée, pareil au printemps-givre,
A tout pris de vos vies sur son reflet de plomb ;
C’était si évident que la fin allait suivre,
Et si presque normal d’éteindre vos chansons…
Le courage a donné son merveilleux visage,
Et de l’humilité son regard le plus fort !
Aux tremblements des mains, aux nausées, aux images
Serrées sur votre cœur, vous défiez la mort !
A ce sang d’agonie la terre se déchire,
Il en reste la marque indicible des pleurs,
Et comme transformée en creusets qui s’étirent
Là où vos mains tendues n’ont pas trouvé preneur…
C’est si vieux et si près, le temps d’un long nuage,
Le temps de la folie où la haine a vomi
Tout ce que l’homme a fait depuis la nuit des âges,
Tout ce qu’il a aimé, pensé, construit, écrit…
Il y a ces nations qui n'ont pas d'existence,
Qui ressemblent aux près faits de millions de fleurs,
D'Angleterre, Amérique, Australie et de France
Et dont chaque soldat agit du même cœur;
Il y a ce sursaut à l'impossible épreuve,
Ce besoin de sauver et de vivre demain,
Cette force toujours qui surgit comme un fleuve
Et disloque les croix gammées des assassins...
Un miroir d'eau glacée, pareil au printemps-givre,
A recouvert vos corps dans l'infini des mers,
Mais ce qui ne meurt pas patiemment nous délivre,
Et le soleil fond l'ombre où se cache l'enfer.

JL Garac

Tous droits réservés
Protégé par copyright

F Varley