vendredi 13 février 2015

Article de Cristian Ronsmans, La Poésie

Moi qui écris des poèmes, j'aimerais soumettre à votre lecture, cet article de Cristian Ronsmans (déjà cité ici, pour le talent de critique à l'esprit vif et caustique, un tantinet malicieux). Ce qu'il dit de la Poésie me parle, résonne en écho au fond de moi.

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« Poésie », voilà un mot qui vient du grec ancien « poein » qui signifie « action de faire ou création ».
Le poète serait-il donc un créateur? Fichtre! Il se peut. Mais un créateur de quoi, au juste ?
Créateur de mots serait bien prétentieux! Par la "malepeste" les mots existaient déjà bien avant que les poètes ne s’en mêlent. Néanmoins ou nez en plus,l’opinion fortement répandue, encore aujourd'hui consiste à penser que le poète n’est qu’un habile créateur d’agencement des mots. Une sorte de décorateur en quelque sorte.
Mais si, d'aventure, la poésie ne se réduisait qu'à cela, alors on pourrait penser que quelques gens fort adroits dans le maniement des mots sont plus poètes que d’autres qui ne sont pas pourvus de cette sublime qualité qui enchante yeux et oreilles.
Et de fait, on connut, autrefois, bon nombre de poètes qui n’étaient autres que d’habiles versificateurs, maîtres en scansion, en rimes riches et autres tournures linguistiques et grammaticales qui donnent à rêver comme une jolie carte postale vous fait entrevoir de magnifiques paysages. Cela n'a pas complètement disparu. Que du contraire!
Certes, cela ne signifie pas pour autant, qu’à l’image d’un subtil décorateur la poésie, ne nous ait jamais donné à lire des œuvres magnifiques dans leur forme qui réussirent le pari de nous débarrasser quelque fois, souvent même, de nos affects refoulés et enfouis dans notre inconscient. Tel fut ainsi le cas des différentes épopées à écriture poétique, de la poésie lyrique, de la poésie moralisatrice jusqu’à la poésie d’avant-garde. Et, las, encore aujourd'hui!
Cependant, il existe, hé oui, j’en connais, des poètes qui n’ont pas besoin de mots pour être poètes.
Car, en vérité, c’est la richesse de ce qu’ils portent en eux, que les mots certes peuvent soutenir, pourquoi pas (et ils le font magnifiquement bien), qui fait d’eux de vrais poètes, authentiques.
Ces poètes là véhiculent des idées, des concepts qui traduisent des émotions de l'ordre de l'indicible et qui nous conduisent à une forme d’hermétisme.
De sorte que la poésie hermétique, au risque de paraître hérétique, j'ai bien envie de dire qu'en réalité elle n’existe pas. Car, pour moi, ce n'est pas cet agencement de mots qui hermétique, c’est la pensée véhiculée par le poète qui l'est et c’est à chacun de nous de l’interpréter. Il faut non s'approprier l’œuvre mais se laisser traverser par elle!! Elle n'est à personne et à tout le monde!
La poésie en ce sens n’est donc pas une affaire d’intellectuel ou de gens littérairement cultivés, et cela vaut, qu'on soit ’auteur ou lecteur.
Je citerais, à cet égard, l’exemple de l’un de mes amis poètes, extrêmement brillant par sa faculté à exprimer une grande spiritualité, un immense humanisme et qui, exerce dans sa vie professionnelle le métier…. de jardinier !
Mais cultiver la poésie ou des fleurs, où est la différence?
Le poète est donc quelqu’un qui a quelque chose à dire, quelque chose à transmettre. Cette chose peut être de l’ordre du ressenti, une émotion, un sentiment mais aussi un univers plus moral, éthique, spirituel, amoureux, un univers qui peut relever du métaphysique.
Il convient donc et j’espère qu’on l’aura compris qu’il ne faut pas prendre les mots que le poète peut dire pour des idées , comme une sorte de profération presque incantatoire. De sorte qu'il convient de se rendre au-delà du sens littéral que les mots nous proposent. Au delà de la littéralité.
La langue des mots doit faire sens, c’est tout ce qu’on lui demande. La langue du poète est d'un ordre quasi surnaturel!
Dans cette approche, un genre poétique, plus que toute autre, a retenu mon attention, c’est la poésie prophétique. Dans ce registre, le poète est « animé ».
Animé par une vision du monde où il joue le rôle de décodeur de l’invisible. Platon lui-même n’en pensait pas moins. De sorte, pardonnez-moi cet iconoclasme, qu’on aurait pu substituer à la phrase célèbre de Platon( "Nul n'entre ici s'il n'est géomètre")sur le frontispice de son école de Delphes, la phrase suivante : « Nul n’entre ici s’il n’est poète ». L'Idée, chère à Platon est là!
Mais cela ne signifie pas pour autant que si le poète est un créateur, il soit forcement un démiurge !
Comme au sens photographique du terme, les mots « créateurs de rêve, de Beau ou de Sagesse » peuvent servir de…révélateur, mais ne peuvent se substituer à eux seuls aux pouvoirs du Créateur. Le Poète n’a pas cette ambition car les mots n’ont qu’une importance relative. Le plus beau des poèmes ne serait-il pas, du reste, celui qui se passe de mots ? L’ambition du Poète est de l’ordre de la transmission. C'est un transmetteur!
Et j’en terminerai, avec cette phrase de Guillaume Apollinaire qui a mes yeux résume toute l'intelligence de la poésie : « On peut être poète dans tous les domaines : il suffit que l’on soit aventureux et que l’on aille à la découverte ».
Salut, Poète!
Cristian Ronsmans

le 12 février 2015

Tous droits réservés
Protégé par copyright

lundi 9 février 2015

Quête, poème de Cristina Castello

                                       Quête

Les arbres tombent
Sous le poids de papillons vieillis
La mer figée fauche les vies
Et des ailes sans oiseaux
Nous pleuvent au travers des yeux
Dans cette nuit sans aurore
Le monde

Eclairs d'ombre
Ténèbres de lumière

Où ?
Le soleil abreuvé dans le ventre de l'ange
Où ?
Les murs foudroyés par des légions de pétales
Où ?
La rétine de la paix

Même pas ce lâcher d'oiseaux
Le sang insurgé des humbles
Enflammera-t-il la lumière ?

traduit de l'espagnol ( Argentine )
 par Pedro Vianna


                                            ***



Los árboles caen
Bajo el peso de mariposas envejecidas
El mar coagulado guadaña las vidas
Y alas sin pájaros nos llueven los ojos
En esta noche sin aurora
El mundo

Fulgores de sombra
Tinieblas de luz

Dónde
El sol abrevado en el vientre del ángel
Dónde
Los muros segados por legiones de corolas
Dónde
La retina de la paz

¿O quizás esta suelta de pájaros
—La sangre insurrecta de los mansos
Inflamará la Luz?

Cristina Castello, «Quête»
París, 14 de marzo de 2011

en mi libro «El canto de las sirenas»
Editions Chemins de Plume


http://0z.fr/FImoR
photo Cristina Castello

dimanche 8 février 2015

Ode et germinations, Pablo Neruda

II
Ces années, tes années, que j'aurais dû sentir
croître comme des grappes près de moi
pour que tu voies enfin comment soleil et terre
t'auraient destinée à mes mains de pierre,
toi qui, grain après grain, eus fait chanter
le raisin en vin dans mes veines.
Le vent ou le cheval
en s'égarant auraient pu me faire passer
par ton enfance,
tu as vu chaque jour le même ciel,
la même boue du sombre hiver,
les branches des pruniers, berceau sans fin,
avec leur violette douceur.
Un rien, quelques kilomètres de nuit,
les distances mouillées
de l'aurore champêtre,
une poignée de terre nous ont séparés, les murs
transparents
que nous n'avons pas traversés, pour que la vie
après cela mette entre nous
toutes les mers
et la terre, et pour que, malgré l'espace,
nous nous rapprochions, nous cherchant
pas à pas,
d'un océan à l'autre,
jusqu'à l'instant où j'ai vu le ciel s'embraser
tandis que tes cheveux volaient dans la lumière,
tu arrivais à mes baisers avec le feu
d'un météore déchaîné,
tu t'es fondue avec mon sang, ma bouche
a reçu, du prunier sauvage
de notre enfance, la douceur,
et je t'ai serrée sur mon coeur
comme si terre et vie étaient à nouveau miennes.
Pablo Neruda
Ode et germinations, in Les Vers du capitaine
trad Claude Couffion
Poésie / Gallimard p 265-267


crédit photo fruban

mardi 3 février 2015

Petits ennuis avec mes photos

Je suis désolée pour tous ceux qui sont venus visiter ce blog, et ont constaté que toutes les photos avaient disparu ! Une erreur de manipulation sur Google + avait envoyé la plupart de ces photos à la corbeille ! Ouf... j'ai réussi à tout récupérer, après moult consultations, ici ou là !
L'informatique se montre parfois bien délicate et capricieuse, mais faisons avec !
Je profite pour remercier tous ceux qui aiment se balader avec moi, au rythme des images, des mots et des musiques. Un peu de beauté est tellement vital, en ces temps où le monde éclate de toutes parts. Où les conflits, les haines, la barbarie... naissent aux quatre coins de la planète.
Souvent je m'interroge, sans vraiment trouver d'issue autre que l'écriture et mon amour de l'art. De la Nature aussi, puisque mes photos (autre passion) sont le plus souvent désir d'immortaliser les ciels, l'océan, toute cette beauté qui nous est offerte. C'est un souffle, une énergie, et peut-être un sens offert à notre existence.



crédit photos fruban


dimanche 1 février 2015

Odysseas Elytis, Axion Esti suivi de L'Arbre lucide et la quatorzième beauté


Le livre : AXION ESTI suivi de L'Arbre lucide et la quatorzième beauté - Poésie / Gallimard
Traduction de Xavier Bordes et Robert Longueville.


                                                          Préface (extrait)

                                                     Ores la lumière Et telle heure la première
                                                      ….............................................................
                                                      A présent A présent le néant
                                                                      et A Jamais l'univers, l'infime, l'insondable !
photo du Web (lien ci-dessous)
                                                                                         
                                                                                     Axion Esti

Axion Esti, titre qu'au cours du livre nous avons -sans audace-traduit par Loué Soit, est, avant Marie des Brumes et L'Arbre lucide et la quatorzième beauté, l'un des poèmes qui ont le plus fait pour la gloire d'Odysseas Elytis. En Grèce pour commencer, car c'est un livre conçu à partir de la guerre et de l'exil. Quand on veut se rendre à soi-même une patrie, mesurant mieux ce qui nous est cher à l'aune du manque, un livre-temple, un livre-cathédrale, sorte de sainte Sophie reconstituant et donnant la Grèce aux Grecs et au monde, nourri d'environ dix ans d'expériences difficiles, est le meilleur moyen pour un poète exilé de se reconstituer une patrie de mots.
  Comme le reste de son œuvre, c'est aussi davantage : un bilan de l'homme contemporain(...)
                                              Xavier Bordes



http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1979/elytis-bio.html


A rebours

Courage : le ciel c'est ça
Et ses oiseaux nous
                            tous dont aucun ne se ressemble
Naufragée au fond de nous
Mer céréale avec terroirs et vastes bouveries

Seul au dehors subsiste l'hélianthe

Mais quel est celui-là qui marche en plein soleil
Noir        et d'autant plus que forcit la lumière ?

Courage : l'homme c'est ça
L'Atroce qu'on eût appelé
                                      pour un peu l'Albatros

Pures plaines de juin vents nomades
Brunes terres frayées que nous avons gravies

Altérés d'une infime étincelle de mont Thabor
Mais qu'est ceci qui tout bas vagabonde et frétille
Comme frisson qui nous viendrait d'un autre monde ?

Courage : la mort c'est ça
Dans le coquelicot épanoui
                                       et dans la fine fine camomille.

Odysseas Elytis

L'Arbre lucide et la quatorzième beauté
Poésie / Gallimard p 203-204
trad Xavier Bordes et Robert Longueville


                                                    La genèse


ORES la lumière Et telle heure la première
                                 qu'en l'argile encor
                                  les lèvres modulent
                                  à l'épreuve des choses de l'univers
   Sang émeraude et bulbes en terre dorés
    Charme suprême en son sommeil déferle aussi la
    mer immense,
    gazes de l'éther, ces voiles écrus
    dessous les frondaisons des caroubiers et les grands jets
     des palmiers drus
                                Là-bas tout seul j'ai rencontré
                                 l'univers
                                 sanglotant sans arrêt
Mon âme désemparée cherchait Héraut et Timonier
                                 Lors j'ai vu je m'en souviens
                                 les trois grandes Femmes Noires
     en train de lever les bras en face de l'Orient
     Leurs échines festonnées d'or et la nuée qu'elles
      laissaient
      peu à peu se ternissant
                                  à droite Et des plantes
                                  sous d'autres formes
      Etaient le soleil avec son axe au centre de moi
      tout d'un multiple rayon qui appelait Puis
celui que j'étais véritablement Le pur devancier des siècles
Le brin toujours vert dans le limbe ardent Le surgeon
non-coupé du ciel
                                  Je l'ai senti venir et se pencher
                                  au-dessus de mon berceau
telle au présent revient la mémoire vague
d'une voix qui empruntait aux forêts, aux vagues :
                                  « Ta mission, a-t-il dit :
                                  cet univers-ci
                                  car il est tracé
                                  au fond de tes entrailles
                                  Instruis-toi et démène-toi
                                  et bagarre-toi »dit-il
« A chacun selon ses armes »dit-il
Puis il a étendu les mains comme ferait
un jeune aspirant au titre de Dieu pour ensemble modeler
douleur et plaisir.
      D'abord on a tiré à grand'force
      jusqu'à ce que, du plus haut des créneaux
      descellées, finissant
      par tomber à terre les Sept Haches
                                   c'en soit comme de la Tempête
                                    lorsqu'elle est au point mort
                                    où un oiseau répand
                                    le parfum des recommencements
épuré le sang regagnait sa patrie
et les monstres peu à peu reprenaient figure humaine
                                   Tant s'avère tangible
                                   l'Incompréhensible
      Par la suite les vents de ma famille sont tous arrivés aussi
      l'avant-garde des galopins aux joues gonflées
      nantis de ces larges queues virides qu'on voit aux Gorgones
                                    et les autres les Anciens
                                    les vieilles connaissances
                                    la peau crustacée la barbe imposante
      Et la nuée par eux fut divisée en deux Puis redivisée
      en quatre
      et le peu qu'il en restait ils ont soufflé dessus et
      l'ont chassé vers le Nord
      D'un pied puissant pénétra dans les eaux, et d'un air hautain
      le grand Donjon
La ligne de l'horizon s'illumina
évidente mais dense mais infranchissable


                                    EN SOMME
                                    le premier des hymnes.

  In, Axion Esti
opus cité – p 49 à 51


                                                                                                VI


      Le POETE des brumes et des flots d'écume au fond
     de moi sommeille !
Mamme de la tempête obscure entre ses lèvres d'encre
      et son âme sans fin livrée aux ruées lascives de la
      mer
qui vont grêler sur ses pieds-monts !
      Déracinant même le chêne âpre s'abat le vent de
      Thrace.
De tout petits voiliers en contournant le cap
      soudain claquent au vent et s'éclipsent.
Puis reparaissent là-haut dans les nuages
      de l'autre côté du gouffre amer.
Aux diamants des ancres il s'est collé des algues
      barbes de saints mélancoliques.
De splendides rayons issus de leur face
      font vibrer la rade éblouie.
A jeun, par ici se tournent les yeux vides des vieillards
      Tandis que les femmes profilent leurs silhouettes
noires sur la chaux immaculée.
       Au milieu d'eux moi, j'active ma main
Poète des brumes et des flots d'écume !
       Dans l'humble boîte de couleurs je trempe bien
ma brosse au milieu d'eux et puis je peins :
       Récemment en chantier
les ors fauves et les noirs des saintes Icônes !
       Aidez-nous protégez-nous saint Canaris !
Aidez-nous protégez-nous saint Miaoulis !
       Aidez-nous protégez-nous sainte Manto !

    In, La Passion (Axion Esti)
opus cité - p 98-99


                                       Petite mer verte


Joli brin de mer si verte à treize ans
Je voudrais de toi faire mon enfant
T'envoyer à l'école en Ionie
Approfondir absinthe et mandarine
Joli brin de mer si verte à treize ans
A la tourelle du phare à midi tapant
Tu ferais tourner le soleil en sorte d'entendre
Comme le destin s'agence et comment
Savent encor l'art d'entre eux se comprendre
De crête en crête nos lointains parents
Qui telles des statues résistent au vent
Joli brin de mer si verte à treize ans
Avec ton col blanc et tes longs rubans
Tu rentrerais par la fenêtre à Smyrne
Me calquer au plafond ce qui l'enlumine
Reflets de Glorias Kyrie Matines
Puis un peu la Bise un peu le Levant
Vague à vague retournant au loin
Joli brin de mer si verte à treize ans
Nous irions dormir hors la loi tous deux
Pour que je découvre au fond de ton sein
Eclats de granite les propos des Dieux
Eclats de granit les fragments d'Héraclite.


In, L'Arbre lucide et la quatorzième beauté
opus cité – p 189

Biographie d'Odysseas Elytis 

Odysséas Elytis (en grec Οδυσσέας Ελύτης), nom de plume d’Odysséas Alepoudhéllis (Οδυσσέας Αλεπουδέλλης), est un poète grec né le 2 novembre 1911 à Héraklion et mort le 18 mars 1996 à Athènes.
Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1979.
Il était proche des poètes surréalistes français et de peintres comme Picasso et Matisse qui ont illustré certaines de ses œuvres. Ami de René Char et d'Albert Camus dont il a partagé la pensée de midi1 sur le primat accordé aux sensations et au culte de l'harmonie de la nature contre tout absolutisme historique, il fut aussi en France et en Grèce l'ami de son compatriote Tériade.
Auteur du grand poème Axion esti, hymne à la Création qui exalte la lutte héroïque des Grecs en faveur de la liberté, il fut aussi critique d'art, et s'attacha à créer des collages dans lesquels s'exprime sa conception de l'unité de l'héritage grec, par la synthèse de la Grèce antique, de l'Empire byzantin et de la Grèce néo-hellénique. Ses poèmes ont été mis en musique par deux des compositeurs grecs les plus célèbres du xxe siècle, Míkis Theodorákis et Mános Hadjidákis. D'autres ont été popularisés en France par Angélique Ionatos.

(Souce Wikipedia )

La gloire du Prix Nobel (1979-1987)

Le 18 octobre 1979, le prix Nobel de littérature est attribué à Elytis, avec la mention suivante : « Pour sa poésie qui, sur le fond de la tradition grecque, dépeint avec une force sensuelle et une clarté intellectuelle, le combat de l'homme moderne pour la liberté et la créativité. » Le 8 décembre 1979, le nouveau lauréat prononce en français son discours de réception du Prix Nobel ; il reçoit des mains du roi Charles XVI Gustave de Suède la médaille et le diplôme Nobel, qui sont légués, en 1980, au Musée Benaki à Athènes. Le 10 décembre suivant, au cours du Banquet Nobel, il prononce une allocution de remerciement, comparant « le voyage d'Ulysse dont il lui a été donné de porter le nom » à sa propre aventure poétique : « En me consacrant, à mon tour, pendant plus de quarante ans, à la poésie, je n'ai rien fait d'autre. Je parcours des mers fabuleuses, je m'instruis en diverses haltes ».
  ( Source Wikipedia)

La conception poétique d’Elytis

« Je considère la poésie comme une source d’innocence emplie de forces révolutionnaires. Ma mission est de concentrer ces forces sur un monde que ne peut admettre ma conscience, de telle manière qu’au moyen de métamorphoses successives, je porte ce monde à l’exacte harmonie de mes rêves. Je me réfère à une sorte de magie moderne dont la mécanique nous conduit à la découverte de notre vérité profonde. C’est pourquoi je crois, par idéalisme, que j’évolue vers une direction encore jamais atteinte. Espérant obtenir une liberté délivrée de toute contrainte, et une justice qui puisse être confondue avec la lumière absolue, je suis un idolâtre, qui sans le vouloir, parvient à la sainteté.» Athènes, 27 mars 1972.

Et Elytis procède bien par métamorphoses, par analogies de lumière. Lui qu’on a facilement catalogué enfant du surréalisme français et de la Grèce Antique s’est toujours défendu de cela, le mariage entre l’influence de la mer Égée et de Paul Eluard et André Breton.
Le poète s’en défend. Il s’en est longuement expliqué.
« On dit de moi que je suis un poète dionysiaque, surtout à mes débuts. Je ne le pense pas. Je suis pour la clarté. Comme je l’ai écrit dans un de mes poèmes « je me suis vendu tout entier pour la clarté. Je suis critique envers le rationalisme occidental, sceptique sur son classicisme, et je ressens la brèche ouverte par le surréalisme comme une véritable libération des émotions et de l’imagination. Pouvez-vous concevoir un nouveau classicisme dans l’esprit du surréalisme. Je n’ai jamais été un disciple de l’école surréaliste. J’ai simplement certains éléments congénitaux pour moi à la lumière grecque. L’occident trouve les mystères dans l’obscurité, nous les Grecs nous les trouvons dans la lumière. ».
(Source Esprits nomades)

Angélique Ionatos parle d'Odysseas Elytis



odysseus elytis par angélique ionatos par chiranne

Liens vers sites consacrés à Odysseas Elytis

http://fr.wikipedia.org/wiki/Odyss%C3%A9as_El%C3%BDtis

http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/elytis.html

http://dornac.eklablog.com/odysseas-elytis-c21210316

http://www.volkovitch.com/F02_57.htm

http://www.poetryfoundation.org/bio/odysseus-elytis

http://angelique-ionatos.com/odysseus-elytis/

lundi 26 janvier 2015

La Grèce me blesse, Georges Seferis, interprété par Melina Mercouri

Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse



Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse.
A Pilion, parmi les oliviers,
la tunique du centaure
glissant parmi les feuilles
a entouré mon corps,
et la mer me suivait pendant que je marchais.
Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse.

A Santorin en frôlant
les îles englouties,
en écoutant jouer une flûte parmi les pierres ponces
ma main fut clouée à la crête d’une vague
par une flèche subitement jaillie
des confins d’une jeunesse disparue.
Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse.

A Mycènes,
j’ai soulevé les grandes pierres
et les trésors des Atrides.
J’ai dormi à leur côté à l’hôtel de "La Belle Hélène".
Ils ne disparurent qu’à l’aube lorsque chanta Cassandre
un coq suspendu à sa gorge noire.
Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse.

A Spetsai, à Poros et à Myconos
les barcarolles m’ont soulevé le coeur.
Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse.

Que veulent donc ceux qui se croient à Athènes
ou au Pirée,
l’un vient de Salamine
et demande à l’autre
s’il ne viendrait pas de la place Omonia.
"Non, je viens de la place Syndagma"
répond-il satisfait,
"j’ai rencontré Yannis
et il m’a payé une glace".
Pendant ce temps la Grèce voyage
et nous n’en savons rien, nous ne savons pas que,
tous, nous sommes marins sans emploi
et nous ne savons pas combien le port est amer
quand tous les bateaux sont partis.
Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse.

Drôles de gens,
ils se croient en Attique
et ne sont nulle part.
Ils achètent des dragées pour se marier
et il se font photographier.
L’homme que j’ai vu aujourd’hui
assis devant un fond de pigeons et de fleurs
laissait la main du vieux photographe
lui lisser les rides creusées
sur son visage
par les oiseaux du ciel.
Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse.

Pendant ce temps, la Grèce voyage,
voyage toujours.
Et si la mer Egée se fleurit de cadavres,
ce sont les corps de ceux qui voulurent rattraper à la nage
le grand navire.
Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse.

Le Pirée s’obscurcit
les bateaux sifflent, ils sifflent sans arrêt
mais sur le quai nul cabestan ne bouge,
nulle chaîne mouillée n’a scintillé dans l’ultime éclat
du soleil qui décline.
Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse.

Rideaux de montagnes, archipels,
granite dénudé ...
le bateau qui s’avance s’appelle
Agonie ....

G. Séféris (1936), traduction J. Lacarrière et E. Mavraki


Interprété par Mélina Mercouri (Si Mélina m’était conté, 1974)









dimanche 25 janvier 2015

Article de Michel Koutouzis

Devant le Parthénon, à Athènes, le 20 janvier 2015 photo Alkis Konstantinidis / Reuter

"Le monde entier se tourne à nouveau vers la Grèce avant le scrutin de dimanche 25 janvier, pour lequel le parti de gauche radicale Syriza est favori."
Le Monde.fr


Cinq heures du matin, dans une heure les urnes ouvrent en Grèce. Un calme euphorique qui détend tout mon corps me surprend.Le jour se lève, les premières lueurs de l’aube sont là, quand je sors au jardin pour chercher une nouvelle bûche pour un feu de cheminée qui brûle déjà. C’est donc le jour tant attendu en Grèce par où un nouveau message va titiller l’Europe. Tout se paie dans ce monde, et pas seulement la dette. Ce peuple humilié, fatigué, démuni, va chercher aujourd’hui, au plus profond de lui même, la réponse de ses malheurs en envoyant un message universel qui dépasse de loin les frontières grecques : c’est pas aux leviers économiques et comptables de déterminer la politique, c’est à celle-ci de juguler la finance se déclarant apolitique. Le dernier mot appartient au citoyen, sinon, comme l’affirme Aristote, celui ci devient inutile. Pendant plus de cinq ans les tenants de l’Europe ne font pas autre chose que de répéter à leurs peuples qu’ils ne servent à rien. Quoi que vous pensiez, quoi que vous disiez, vous devez subir les lois incohérentes et liberticides du marché. En dépit de tout sentiment de justice, de toute rationalité, vous autres gueux et misérables vous devez rembourser les dettes des puissants, des banquiers, des gouvernants. Ils se sont plantés, mais vous devez payer à leur place. Pourquoi ? Par ce que la loi du plus fort est toujours la meilleure. Soyez les Danaïdes, soyez Tantale et taisez vous. Vous n’êtes rien, on vous prend tout. Un point, c’est tout. Et bien, aujourd’hui, les Grecs veulent être utiles. Exister. Décider. Et ils le feront pour tous les peuples d’Europe. Avec la détermination et le courage de ceux qui n’ont rien à perdre…
Michel Koutouzis


Article paru sur le blog de Michel Koutouzis, le 25 janvier 2015

http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-koutouzis/250115/grece-des-citoyens-utiles

jeudi 22 janvier 2015

Te dire, de Françoise Ruban

crédit photo fruban
                                                          Te dire

Ô mon fils
quand la douceur de l'hiver
est plus cruelle à mon coeur
que les givres les frimas les rigueurs les amers
quand des hommes fanatiques monstres pour nos lendemains
la folie meurtrière habite notre Terre souillée dans sa chair
que les déserts de cendre en son sein
se mêlent aux fracas des armes éclaboussant de sang
le juste et l'innocent

Te dire
ma solitaire détresse à jamais inconsolable
fouettée malmenée sous les sables
linceuls ensanglantés déchirés éparpillés
Ils s'appelaient Charlie ils dessinaient

Ô mon fils
quand demain le soleil pâle
caressera ta tombe de rouges pétales
la lumière de l'amour sera perles d'opale
quand mes entrailles de mère
meurtris de tant et tant de prières
seront noeuds inextricables impénétrables viscères
plus aucun palliatif aucun dérivatif
l'espoir anéanti devant le néant affectif
les mâles certitudes écrasant les caresses
la tendresse des innocents

Te dire
mes amis partis l'amour sali le piano ralenti
la poésie ennui qui me fuit puisque je le sais
aucun mot jamais ne pourra faire bouclier
Ils s'appelaient Charlie ils dessinaient

le 21 janvier 2015

©fruban

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Recueil en cours



crédit photo fruban

mardi 20 janvier 2015

Flocons d'hermine, de Françoise Ruban




crédit photos fruban



Des flocons aériens voltigeurs
En une danse folle caressent le sol
Lumière vierge sur ton coeur
Âme prends ton envol
En cette immaculée blancheur

  - Comment le puis-je

    Tu le sais
    Janvier cet insolent           -  premier du calendrier
    Janvier m'a blessée
    Nulle féerique et lumineuse voltige
    Nul voyage échevelé
    Nul amour en mes fantasmes rêvé
    Ne pourra  mes plaies refermer


En cette immaculée blancheur
Âme laisse-toi caresser
Jouis de l'infinie douceur
Baiser sur tes lèvres déposé
Par ces flocons aériens voltigeurs


  - Comment le puis-je

    Tu le sais
     En janvier      -  le vingt et un
     Sournoise  au petit matin
     La Camarde     la Camarde    -  quel Vertige
     En son manteau de ténèbres
     De ses doigts griffus    -   goulue harpie
     De mon sein         arracha
                  le souffle et le fruit de ma Vie


Âme prends ton envol
Demain ne le pourras
Demain viendra ton tour      -  la noire faucheuse te saisira


Demain pour toi le soleil s'évanouira
Nulle lumière vierge  en ton coeur ne brillera

  - Comment le puis-je
    En mon coeur  trop de vertige .....


Alors
Les flocons aériens voltigeurs
Demain seront ton linceul
Nulle fourrure d'hermine
Nul miel nulle ferveur
En cette immaculée blancheur
La lumière vierge en ton coeur
Etendra  ses voiles    -  infinie noirceur
Mais tu pleures......

Ô douleur

Vois à l'horizon là-bas   sous la neige       - une lueur
Et ce regard de braise       - pépites de bonheur
Vers toi une main se tend           Vois
Impatient il t'attend              - chasse la peur
Prends  l'immaculée hermine
     sur tes épaules amoureuse capeline
Rejoins-le près des rives marines        
Envole-toi sur ces flocons   légers    aériens     voltigeurs


     - Demain je le pourrai .....


© F.R le 21 janvier 2013

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poème extrait de L'Âme des marées, chez Epingle à nourrice éditions

http://editozap.jimdo.com/livres/

dimanche 18 janvier 2015

Gala d'ouverture de la Philharmonie de Paris, janvier 2015

Crédits photo : Mairie de Paris/JB Gurliat
http://www.paris.fr/accueil/culture/la-philharmonie-entre-en-scene/rub_9652_actu_152434_port_24330

Musique maestro ! Mercredi 14 janvier, la Philharmonie de Paris est entrée en scène avec son premier gala d'ouverture par l'Orchestre de Paris sous la direction de Paavo Järvi. Découvrez en détail la nouvelle grande salle de concerts à Paris.

Un édifice spectaculaire
Au centre de cet édifice spectaculaire créé par l’architecte Jean Nouvel une salle unique au monde de 2400 places, à l’acoustique révolutionnaire, mais aussi un auditorium de 400 places, des salles de répétition, un espace d’exposition de 800 m2, un pôle éducatif pour s’initier à la pratique collective d’instruments…
Tour d’horizon de ce nouveau complexe culturel, créé dans la continuité de l’actuelle Cité de la musique (renommée Philharmonie 2).

Une salle de concerts unique
C’est l’élément le plus attendu de l’édifice. En pénétrant dans la grande salle, on est frappé par l’impression de proximité, comme si l’on entrait dans un vaste cocon. « Le spectateur le plus éloigné de l’orchestre ne sera qu’à 32 mètres du chef », précise Delphine Humbert, qui a fait découvrir les lieux tout au long du chantier.

Un son "enveloppant"
C’est l’un des secrets de cette salle dite « enveloppante », où le son passe derrière les spectateurs grâce à des balcons décrochés du mur. Autre particularité, l’espace est modulable, avec deux configurations possibles : 2400 places assises, un chiffre qui pourra monter à 3650 pour certains concerts, notamment amplifiés (jazz, rock, musiques de monde…).
Côté acoustique, la Philharmonie a soigné les matériaux et fait appel aux meilleurs spécialistes mondiaux. Un orgue monumental a été construit spécialement à l'intérieur de la salle : les premiers concerts sont prévus pour septembre prochain, le temps d'affiner les règlages de cet instrument géant.

Un pôle éducatif de 1800 m2

La Philharmonie accueille tous les amateurs, qu’ils aient déjà pratiqué un instrument ou non. Son ambition est d’aider au renouveau de la pratique collective, sans s’adresser seulement aux professionnels ou aux mélomanes confirmés. Cinq salles vont permettre ainsi la pratique collective et des activités pédagogiques pour des ateliers dédiés notamment à la musique classique. Les publics individuels (familles, adultes, enfants) découvriront aussi dès cette première saison des concerts éducatifs, des ateliers jeunes ou intergénérationnels…

Un bâtiment ouvert à tous

A la Philharmonie, pas besoin d’avoir un ticket pour un concert pour venir découvrir l’œuvre de Jean Nouvel ! Plus de 200 000 oiseaux composés en tôle d’aluminium donnent une allure aérienne aux façades de cet impressionnant bâtiment. L’accès au toit est également ouvert gratuitement aux visiteurs –dans la limite de 700 personnes en simultané. De là-haut, on découvre une vue insolite à 360° : d’un côté le parc de la Villette, où brille le dôme de la Géode, au loin le Sacré Cœur et même la Tour Eiffel. De l’autre côté, la voisine directe de Paris, Pantin, avec les spectaculaires Grands Moulins.


Des orchestres à foison

Le public pourra y découvrir une palette très large de formations musicales : l’Orchestre de Paris et l’Ensemble intercontemporain –les orchestres résidents- et trois formations associées (Les Arts florissants, l’Orchestre de chambre de Paris et l’Orchestre national d’Ile-de-France). Côté international, la Philharmonie attira les meilleures formations (London Symphony Orchestra, Orchestre du Théâtre Mariinsky, New York Philharmonic, Royal Concertgebouw Orchestra d’Amsterdam…

Bowie et Boulez, premiers invités des expositions
Deux expositions sont accueillies dès mars prochain à la Philharmonie. « David Bowie is… » nous plongera dans l’univers du père de Ziggy Stardust (du 3 mars au 31 mai). Second rendez-vous avec une rétrospective Pierre Boulez du 17 mars au 28 juin.

                               ( article de la Mairie de Paris, voir lien ci-dessus )



Sur Culturebox

http://culturebox.francetvinfo.fr/musique/evenements/lang-lang-a-la-philharmonie-cest-lune-des-plus-belles-salles-du-monde-209775

France Musique

http://www.francemusique.fr/actu-musicale/pari-tenu-pour-la-philharmonie-de-paris-76549