samedi 21 mars 2015
Le sang du plus pur amour, d'Odysseas Elytis
Le sang du plus pur amour
m'a drapé de pourpre
Et des joies encor jamais vues
m'ont flanqué le noir
J'ai vert-de-grisé sous le
suroît moite des hommes
Mère éternelle au loin
ma Rose mon Amarante
Embusqués en haute mer
ils m'ont attendu
Avec leurs trois-mâts bombardants
et m'ont descendu
Tout mon crime était d'avoir
moi aussi
un grand amour
Mère éternelle au loin
ma Rose mon Amarante
Un certain jour de Juillet
se sont entrouverts
Ses yeux pers immensément
dans mon coeur amer
Et par eux la vie vierge un
instant
s'illumina
Mère éternelle au loin
ma Rose mon Amarante
Depuis lors s'est acharnée
par-dessus ma tête
La vindicte des siècles
qui hurlaient : " Celui
Qui t'aura vu, dans le
sang
qu'il vive et dans la pierre
Mère éternelle au loin
ma Rose mon Amarante
M'identifiant de ce fait
avec ma patrie
Dans ces pierres, j'ai
grandi
et donné ma fleur
Rachetant par la lumière
le sang
des assassins
Mère éternelle au loin
ma Rose mon Amarante
Odysseas Elytis
Le bercail aux brebis
in, Axion Esti
Poésie / Gallimard p 132-133
Odysséas Elytis (en grec Οδυσσέας Ελύτης), nom de plume d’Odysséas Alepoudhéllis (Οδυσσέας Αλεπουδέλλης), est un poète grec né le 2 novembre 1911 à Héraklion et mort le 18 mars 1996 à Athènes.
Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1979.
Il était proche des poètes surréalistes français et de peintres comme Picasso et Matisse qui ont illustré certaines de ses œuvres. Ami de René Char et d'Albert Camus dont il a partagé la pensée de midi1 sur le primat accordé aux sensations et au culte de l'harmonie de la nature contre tout absolutisme historique, il fut aussi en France et en Grèce l'ami de son compatriote Tériade.
Auteur du grand poème Axion esti, hymne à la Création qui exalte la lutte héroïque des Grecs en faveur de la liberté, il fut aussi critique d'art, et s'attacha à créer des collages dans lesquels s'exprime sa conception de l'unité de l'héritage grec, par la synthèse de la Grèce antique, de l'Empire byzantin et de la Grèce néo-hellénique. Ses poèmes ont été mis en musique par deux des compositeurs grecs les plus célèbres du xxe siècle, Míkis Theodorákis et Mános Hadjidákis. D'autres ont été popularisés en France par Angélique Ionatos.
Wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Odyss%C3%A9as_El%C3%BDtis
Torrent, de Cristina Castello
Torrent
Le monde est une clôture d'épines
Toile d'araignée où rampent des enfants aveugles
Le soleil pleut une aube sans habits
Et un violon ébauche une prière
Mais reste muet
L'oeil strabique de Dieu a perdu son axe
Les corbeaux dévorent les colombes
La bonté efface les lignes de sa main
Et Géricault esquisse un Radeau rédempteur
Mais il meurt
Tout est abîme
Ironie de l'histoire
La chaîne d'or de ton enfance
Se penche avec ton cou
Pour féconder ma bouche
Nous germons
L'amour consolera peut-être de tant d'ombre
La douleur sanglotera peut-être aux éclats.
Cristina Castello
Le chant des sirènes / El canto de las sirenas p 37 et 39
Ed. Chemins de Plume, Un Poète / Une Voix
livre et cd (bilingue)
http://www.editionscheminsdeplume.com/2015/02/le-chant-des-sirenes-cristina-castello.html
http://www.cristinacastello.fr/article-le-chant-des-sirenes-poeme-de-cristina-castello-voix-nathalie-riera-
56130589.html
Livres de Cristina Castello (en castillan)
et en français ICI
mercredi 18 mars 2015
Noctuelles de Jacques Calonne, par Cristian Ronsmans et conférence Frédéric Baal
![]() |
| Jacques et Edouard au Salon du livre de Bruxelles, photo Cristian R |
Marcher dans les pas de Jacques Calonne un soir de mars, empruntant le dédale de ses pérégrinations de chasseur de noctuelles qui se brûlent à la flamme, comme il le dit dans sa chanson, relève d’un parcours effectué dans un étant donné, qui se mute en remembrance.
Ce parcours de métalepse jusqu’à Pierre le Grand, tsar de toutes les Russies, en passant par « le bossu » et ses clochards encordés jusqu’à l’aube, est une déambulation en noir et blanc, avec le plus surprenant des géants, comme au temps des Frères Lumière projetant « l’arroseur arrosé » sous le « Parapluie de Bruxelles »
Ce géant est notre ami Jacques Calonne, à la toque voltairienne aujourd’hui, qui nous a convié hier soir à prendre la foulée des ses grandes enjambées de dandy dégingandé d’autrefois, dans un Bruxelles, couleur de billes et d’hidalgo Sandeman, bel enténébré sur métal ou sur la brique rouge de nos façades.
Nous étions tous là, où presque.
Une petite cinquantaine de ses vieux amis qui ont égrenés son existence, à moins que ce ne soit lui qui en vérité a égrené la nôtre, dans cette délicieuse quiétude du souvenir en compagnie d’un Jacques à la fois heureux, un peu troublé, et toujours aussi prompt à charger son fusil à tirer dans les coins. Pas de balles perdues avec Jacques !
Et soudain l’étant donné, dans sa remembrance atteinte, devient un étant-être et nous étions, oui, nous étions…. bien, entre nous, Claude, Tito, Noël, Monique, et les autres, tous avec Jacques, entre soupe et spaghetti, bières et vins rouges à échanger nos souvenirs, Cobra, Dotremont, Marïen , tout cela …… dans la chaleur d’une fleur en papier dorée aux allures de Cerisaie marollienne et poétique.
Merci ,cher Jacques, merci, j’allais l’oublier, pour ce joli pot à tabac aux motifs de Delft qui trône sur ma cheminée, et que tu m’as offert un jour là, dans cette maison, au 4ème étage où tu rentres …à la fin du film !
On t’embrasse.
Cristian Ronsmans
mardi 17 mars 2015
Le Cantique des cantiques, André Chouraqui
Chapitre 1.- Poème des poèmes
"Poème des poèmes qui est à Shelomo.
Il me baisera des baisers de sa bouche; oui, tes étreintes sont meilleures que le vin.
À l'odeur, tes huiles sont bonnes, ton nom est une huile jaillissante; aussi, les nubiles t'aiment.
Tire-moi derrière toi, courons !
Le roi m'a fait venir en ses intérieurs.
Jubilons, réjouissons-nous en toi !
Mémorisons tes étreintes mieux que le vin ! Les rectitudes t'aiment.
Moi, noire, harmonieuse, filles de Ieroushalaîm, comme tentes de Qédar, comme tentures de Shelomo.
Ne me voyez pas, moi, la noirâtre: oui, le soleil en moi s'est miré.
Les fils de ma mère ont brûlé contre moi; ils m'ont mise gardienne de vignobles.
Mon vignoble à moi, je ne l'ai pas gardé !
Rapporte-moi, toi que mon être aime, où tu pais, où tu t'étends à midi ; car pourquoi serais-je comme affublée, auprès des troupeaux de tes amis ?
Si tu ne le sais pas pour toi, la belle parmi les femmes, sors pour toi sur les traces des ovins; pâture tes chevreaux aux demeures des pâtres.
À ma jument, aux attelages de Pharaon, je te compare, ô ma compagne !
Tes joues sont harmonieuses dans les pendeloques, ton cou dans les gemmes.
Nous ferons pour toi des pendeloques d'or, avec des pointes d'argent.
Le roi encore sur son divan, mon nard donne son odeur.
Mon amant est pour moi un sachet de myrrhe; il nuite entre mes seins.
Mon amant est pour moi une grappe de cypre, aux vignobles de 'Éïn Guèdi.
Te voici belle, ma compagne, te voici belle aux yeux palombes.
Te voici beau, mon amant, suave aussi; aussi notre berceau est luxuriant.
Les cèdres sont les poutres de nos maisons; nos lambris, des genévriers."
Chapitre 2.- Lotus des vallées
Moi, l'amaryllis du Sharôn, le lotus des vallées.
Comme un lotus parmi les vinettiers, telle est ma compagne parmi les filles.
Comme un pommier parmi les arbres de la forêt, tel est mon amant parmi les fils.
Je désirais son ombre, j'y habite; son fruit est doux à mon palais.
Il m'a fait venir à la maison du vin; son étendard sur moi, c'est l'amour.
Soutenez-moi d'éclairs, tapissez-moi de pommes: oui, je suis malade d'amour.
Sa gauche dessous ma tête, sa droite m'étreint.
Je vous adjure, filles de Ieroushalaîm, par les gazelles ou par les biches du champ, n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour avant qu'il le désire !
Va vers toi-même
La voix de mon amant ! Le voici, il vient !
Il bondit sur les monts, il saute sur les collines.
Il ressemble, mon amant, à la gazelle ou au faon des chevreuils...
Le voici, il se dresse derrière notre muraille !
Il guette aux fenêtres, il épie aux treillages !
Il répond, mon amant, et me dit: Lève-toi vers toi-même, ma compagne, ma belle, et va vers toi-même !
Oui, voici, l'hiver est passé, la pluie a cessé, elle s'en est allée.
Les bourgeons se voient sur terre, le temps du rossignol est arrivé, la voix de la tourterelle s'entend sur notre terre.
Le figuier embaume ses sycones, les vignes en pousse donnent leur parfum.
Lève-toi vers toi-même, ma compagne, ma belle, et va vers toi-même !
Ma palombe aux fentes du rocher, au secret de la marche, fais-moi voir ta vue, fais-moi entendre ta voix !
Oui, ta voix est suave, ta vue harmonieuse.
Saisissez pour nous les renards, les petits renards, saboteurs de vignobles ! Nos vignobles sont en pousse.
Mon amant à moi, et moi à lui, le pâtre aux lotus.
Jusqu'à ce que le jour se gonfle, s'enfuient les ombres,
fais volte-face, ressemble pour toi, mon amant,
à la gazelle ou au faon des chevreuils, sur les monts de la rupture.
Chapitre 3.- Noces
Sur ma couche, dans les nuits, j'ai cherché celui qu'aime mon être.
Je l'ai cherché, mais ne l'ai pas trouvé.
Je me lèverai donc, je tournerai dans la ville, dans les marchés, sur les places.
Je chercherai celui qu'aime mon être. Je l'ai cherché mais ne l'ai pas trouvé.
Les gardes qui tournaient dans la ville m'ont trouvée. « Celui qu'aime mon être, l'avez-vous vu ? »
De peu les avais-je dépassés que je trouvai celui qu'aime mon être.
Je l'ai saisi et ne le lâcherai pas avant de l'avoir fait venir à la maison de ma mère, dans l'intérieur de ma génitrice.
Je vous adjure, filles de Ieroushalaîm, par les gazelles ou par les biches du champ, n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour avant qu'il le désire !
Qui est celle qui monte du désert, comme palmes de fumée, encensée de myrrhe et d'oliban, de toutes les poudres du colporteur ?
Voici le lit de Shelomo, soixante héros sont autour de lui, des héros d'Israël;
tous armés d'épée, initiés à la guerre, chaque homme son épée sur sa cuisse, contre le tremblement des nuits.
Le roi Shelomo s'est fait un palanquin en bois du Lebanôn.
Il fait ses colonnes d'argent, sa tapisserie d'or, ses montants de pourpre, son intérieur tapissé d'amour par les filles de Ieroushalaîm.
Sortez, voyez, filles de Siôn, le roi Shelomo,
le nimbe dont sa mère l'a nimbé le jour de sa noce, le jour de la joie de son coeur !
Chapitre 4.- Viens avec moi
Te voici belle, ma compagne, te voici belle !
Tes yeux palombes à travers ton litham; tes cheveux tel un troupeau de caprins qui dévalent du mont Guil'ad;
tes dents tel un troupeau de tondues qui montent de la baignade; oui, toutes jumelées, sans manquantes en elles.
Tes lèvres, tel un fil d'écarlate, ton parler harmonieux; telle une tranche de grenade, ta tempe à travers ton litham ;
et telle la tour de David, ton cou, bâti pour les trophées: mille pavois y sont suspendus, tous les carquois des héros.
Tes deux seins, tels deux faons, jumeaux de la gazelle, pâturent dans les lotus.
Avant que le jour se gonfle et s'enfuient les ombres, j'irai vers moi-même au mont de la myrrhe, à la colline de l'oliban.
Toi, toute belle, ma compagne, sans vice en toi.
Avec moi du Lebanôn, fiancée, avec moi du Lebanôn, tu viendras !
Tu contempleras de la cime d'Amana, de la cime du Senir et du Hermôn, des tanières de lions, des monts de léopards !
Tu m'as incardié, ma soeur-fiancée, tu m'as incardié d'un seul de tes yeux, d'un seul joyau de tes colliers.
Qu'elles sont belles, tes étreintes, ma soeur-fiancée, qu'elles sont bonnes tes étreintes, plus que le vin !
L'odeur de tes huiles plus que tous les aromates !
De nectar, elles dégoulinent, tes lèvres, fiancée !
Le miel et le lait sous ta langue, l'odeur de tes robes; telle l'odeur du Lebanôn !
Jardin fermé, ma soeur-fiancée, onde fermée, source scellée !
Tes effluves, un paradis de grenades, avec le fruit des succulences, hennés avec nards;
nard, safran, canne et cinnamome avec tous les bois d'oliban; myrrhe, aloès, avec toutes les têtes d'aromates !
Source des jardins, puits, eaux vives, liquides du Lebanôn !
Éveille-toi, aquilon ! Viens, simoun, gonfle mon jardin !
Que ses aromates ruissellent !
Mon amant est venu dans son jardin; il mange le fruit de ses succulences.
Belle interprétation en grec du Cantique des cantiques, par la grande actrice Irène Papas
"Poème des poèmes qui est à Shelomo.
Il me baisera des baisers de sa bouche; oui, tes étreintes sont meilleures que le vin.
À l'odeur, tes huiles sont bonnes, ton nom est une huile jaillissante; aussi, les nubiles t'aiment.
Tire-moi derrière toi, courons !
Le roi m'a fait venir en ses intérieurs.
Jubilons, réjouissons-nous en toi !
Mémorisons tes étreintes mieux que le vin ! Les rectitudes t'aiment.
Moi, noire, harmonieuse, filles de Ieroushalaîm, comme tentes de Qédar, comme tentures de Shelomo.
Ne me voyez pas, moi, la noirâtre: oui, le soleil en moi s'est miré.
Les fils de ma mère ont brûlé contre moi; ils m'ont mise gardienne de vignobles.
Mon vignoble à moi, je ne l'ai pas gardé !
Rapporte-moi, toi que mon être aime, où tu pais, où tu t'étends à midi ; car pourquoi serais-je comme affublée, auprès des troupeaux de tes amis ?
Si tu ne le sais pas pour toi, la belle parmi les femmes, sors pour toi sur les traces des ovins; pâture tes chevreaux aux demeures des pâtres.
À ma jument, aux attelages de Pharaon, je te compare, ô ma compagne !
Tes joues sont harmonieuses dans les pendeloques, ton cou dans les gemmes.
Nous ferons pour toi des pendeloques d'or, avec des pointes d'argent.
Le roi encore sur son divan, mon nard donne son odeur.
Mon amant est pour moi un sachet de myrrhe; il nuite entre mes seins.
Mon amant est pour moi une grappe de cypre, aux vignobles de 'Éïn Guèdi.
Te voici belle, ma compagne, te voici belle aux yeux palombes.
Te voici beau, mon amant, suave aussi; aussi notre berceau est luxuriant.
Les cèdres sont les poutres de nos maisons; nos lambris, des genévriers."
Chapitre 2.- Lotus des vallées
Moi, l'amaryllis du Sharôn, le lotus des vallées.
Comme un lotus parmi les vinettiers, telle est ma compagne parmi les filles.
Comme un pommier parmi les arbres de la forêt, tel est mon amant parmi les fils.
Je désirais son ombre, j'y habite; son fruit est doux à mon palais.
Il m'a fait venir à la maison du vin; son étendard sur moi, c'est l'amour.
Soutenez-moi d'éclairs, tapissez-moi de pommes: oui, je suis malade d'amour.
Sa gauche dessous ma tête, sa droite m'étreint.
Je vous adjure, filles de Ieroushalaîm, par les gazelles ou par les biches du champ, n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour avant qu'il le désire !
Va vers toi-même
La voix de mon amant ! Le voici, il vient !
Il bondit sur les monts, il saute sur les collines.
Il ressemble, mon amant, à la gazelle ou au faon des chevreuils...
Le voici, il se dresse derrière notre muraille !
Il guette aux fenêtres, il épie aux treillages !
Il répond, mon amant, et me dit: Lève-toi vers toi-même, ma compagne, ma belle, et va vers toi-même !
Oui, voici, l'hiver est passé, la pluie a cessé, elle s'en est allée.
Les bourgeons se voient sur terre, le temps du rossignol est arrivé, la voix de la tourterelle s'entend sur notre terre.
Le figuier embaume ses sycones, les vignes en pousse donnent leur parfum.
Lève-toi vers toi-même, ma compagne, ma belle, et va vers toi-même !
Ma palombe aux fentes du rocher, au secret de la marche, fais-moi voir ta vue, fais-moi entendre ta voix !
Oui, ta voix est suave, ta vue harmonieuse.
Saisissez pour nous les renards, les petits renards, saboteurs de vignobles ! Nos vignobles sont en pousse.
Mon amant à moi, et moi à lui, le pâtre aux lotus.
Jusqu'à ce que le jour se gonfle, s'enfuient les ombres,
fais volte-face, ressemble pour toi, mon amant,
à la gazelle ou au faon des chevreuils, sur les monts de la rupture.
Chapitre 3.- Noces
Sur ma couche, dans les nuits, j'ai cherché celui qu'aime mon être.
Je l'ai cherché, mais ne l'ai pas trouvé.
Je me lèverai donc, je tournerai dans la ville, dans les marchés, sur les places.
Je chercherai celui qu'aime mon être. Je l'ai cherché mais ne l'ai pas trouvé.
Les gardes qui tournaient dans la ville m'ont trouvée. « Celui qu'aime mon être, l'avez-vous vu ? »
De peu les avais-je dépassés que je trouvai celui qu'aime mon être.
Je l'ai saisi et ne le lâcherai pas avant de l'avoir fait venir à la maison de ma mère, dans l'intérieur de ma génitrice.
Je vous adjure, filles de Ieroushalaîm, par les gazelles ou par les biches du champ, n'éveillez pas, ne réveillez pas l'amour avant qu'il le désire !
Qui est celle qui monte du désert, comme palmes de fumée, encensée de myrrhe et d'oliban, de toutes les poudres du colporteur ?
Voici le lit de Shelomo, soixante héros sont autour de lui, des héros d'Israël;
tous armés d'épée, initiés à la guerre, chaque homme son épée sur sa cuisse, contre le tremblement des nuits.
Le roi Shelomo s'est fait un palanquin en bois du Lebanôn.
Il fait ses colonnes d'argent, sa tapisserie d'or, ses montants de pourpre, son intérieur tapissé d'amour par les filles de Ieroushalaîm.
Sortez, voyez, filles de Siôn, le roi Shelomo,
le nimbe dont sa mère l'a nimbé le jour de sa noce, le jour de la joie de son coeur !
Chapitre 4.- Viens avec moi
Te voici belle, ma compagne, te voici belle !
Tes yeux palombes à travers ton litham; tes cheveux tel un troupeau de caprins qui dévalent du mont Guil'ad;
tes dents tel un troupeau de tondues qui montent de la baignade; oui, toutes jumelées, sans manquantes en elles.
Tes lèvres, tel un fil d'écarlate, ton parler harmonieux; telle une tranche de grenade, ta tempe à travers ton litham ;
et telle la tour de David, ton cou, bâti pour les trophées: mille pavois y sont suspendus, tous les carquois des héros.
Tes deux seins, tels deux faons, jumeaux de la gazelle, pâturent dans les lotus.
Avant que le jour se gonfle et s'enfuient les ombres, j'irai vers moi-même au mont de la myrrhe, à la colline de l'oliban.
Toi, toute belle, ma compagne, sans vice en toi.
Avec moi du Lebanôn, fiancée, avec moi du Lebanôn, tu viendras !
Tu contempleras de la cime d'Amana, de la cime du Senir et du Hermôn, des tanières de lions, des monts de léopards !
Tu m'as incardié, ma soeur-fiancée, tu m'as incardié d'un seul de tes yeux, d'un seul joyau de tes colliers.
Qu'elles sont belles, tes étreintes, ma soeur-fiancée, qu'elles sont bonnes tes étreintes, plus que le vin !
L'odeur de tes huiles plus que tous les aromates !
De nectar, elles dégoulinent, tes lèvres, fiancée !
Le miel et le lait sous ta langue, l'odeur de tes robes; telle l'odeur du Lebanôn !
Jardin fermé, ma soeur-fiancée, onde fermée, source scellée !
Tes effluves, un paradis de grenades, avec le fruit des succulences, hennés avec nards;
nard, safran, canne et cinnamome avec tous les bois d'oliban; myrrhe, aloès, avec toutes les têtes d'aromates !
Source des jardins, puits, eaux vives, liquides du Lebanôn !
Éveille-toi, aquilon ! Viens, simoun, gonfle mon jardin !
Que ses aromates ruissellent !
Mon amant est venu dans son jardin; il mange le fruit de ses succulences.
Belle interprétation en grec du Cantique des cantiques, par la grande actrice Irène Papas
dimanche 15 mars 2015
A quatre mains, de F.Ruban
Et nos amours faut-il qu'il m'en souvienne
G.Apollinaire
Sous le regard tendrement aveuglé
de la dame blanche assise solitaire
sur le rebord de ma fenêtre
à la lueur de l'astre lunaire
Ecouter tes silencesRespirer les mots égrenés
au crépuscule - ou à l'aube naissante
Déployer mes poumons resserrés
Tendre mon coeur assoiffé
A la tièdeur du ciel de juin
Sonate au clair de lune
Solstice de l'âme
Feux de la St Jean
T'offrir les senteurs musquées
entrées
sur la pointe des pieds
dansantes sous mes paupières
entrouvertes
à la Vie
Emotions croisées ébouriffées
cavales sauvages envolées
avec le bruissement d'ailes de ma visiteuse nocturne
sur une mélodie de Barbara
T'offrir ce désir
de partir de courir et surtout
tout près
me réjouir de ton rire
De mes doigts impatients enfiévrés
Ô caresser sur tes lèvres
ces mots-images
beaucoup trop sages
ces mots dessinés
sur la feuille blanche
avec l'encre bleue des vagues gonflées
au rythme des marées
Ecrire à quatre mains
enfin...
Suspendre un instant
les rumeurs souillées de sang
sous les coups assourdissants des tueurs fous
qui massacrent et déboisent l'âme humaine
Je veux pour cet instant
l'Eternité
de la Vie qui frémit
de l'Amour qui prie
Je veux pour cet instant
l'Immortalité
au-delà du linceul
enfoui
sous la pierre tombale
© FR
le 29 juin 2012
Tous droits réservés
Protégé par copyright
Poème extrait de "L'Âme des marées"
recueil publié en octobre 2014
mardi 10 mars 2015
Mon fil d'Ariane , de Sylvie Mantafounis (Editions Thélès)
C'est comme un grand silence, une nuit douce éclairée par les miroitements de la Seine, et bercée par ses clapotements, un bonheur insaisissable qui glisse sans exigence, un accostage sur la rive d'en face.
Nos chuchotements parmi le va-et-vient du fleuve, les effluves de la Seine témoins de notre enchantement. Le vent frais et moi tout contre toi qui enfouis mon visage près du tien. Ta moustache qui chatouille ma joue et tes yeux sombres qui me regardent. Ma petite main glissée dans la tienne, je me sens confiante au son de ta voix dont l'accent m'engourdit. Mon enfance, c'est un peu comme une traversée d'un pays à un autre.
Je veux arrêter là le temps, mais la Seine ne cesse de couler, le vent de souffler et la vie de battre. Pour certains. Je voudrais revenir à ce moment présent qui fait partie du passé, appuyer sur pause, ne pas vivre le futur qui m'attend.
Reprendre un morceau de vie qui surgit tout à coup du passé, pour que mes nuits ne soient plus hantées par ces images qui ne cessent de me tenir en éveil. Mais le destin m'a tracé un chemin, que j'emprunte malgré moi. De ma première vie, il ne me reste que ces images un peu floues où amour rimait avec bonheur.
Un précipice sépare mes deux vies.
incipit p 7-8 , Mon fil d'Ariane (Sylvie Mantafounis), éditions Thélès
A vingt-neuf ans, Clio perd son fils Yannis âgé de treize mois. Les effets et les circonstances de sa disparition provoquent une onde de choc qui s'exprime encore vingt ans plus tard. C'est à ce moment précis qu'elle trouve refuge dans ses souvenirs d'enfance, puis dans l'histoire de son père Stefanos, au travers de la Grèce, seul lieu qui les unit. Elle tente ainsi de repousser la dépression insidieuse qui s'est emparée d'elle.
Un très beau roman qui parle de l'amour d'une mère pour son fils et qui est un bel hommage au pays natal, que ce soit celui de la maternité ou celui de la culture. Reconquête de soi, difficulté dans les relations familiales, souffrance du deuil, autant de sujets abordés dans ce titre qui tente de répondre avec justesse à la question : comment survivre à la mort de son enfant ?
quatrième de couverture
http://www.theles.fr/auteur/sylvie-mantafounis
Emission sur RFI le 1er octobre 2009
Très belle émission que j'ai écoutée plusieurs fois, me rendant encore plus proche mon amie Sylvie Mantafounis.
Les choix musicaux de Sylvie Mantafounis, au cours de cette émission
Angélique Ionatos Les enfants du Pirée
Haris Alexou Otan pini mia gineka
Léo Ferré Les anarchistes
Notis Sfakianakis Ola ta S'agapo
Jean Olivet Le visiteur du soir
http://www.rfimusique.com/radiofr/editions/108/edition_481_20091001.asp
Sylvie Mantafounis est un écrivain d’origine grecque, née à Paris. Elle vit une enfance baignée dans la culture grecque, rue St Honoré ou se trouve l’atelier de son père. C’est à 20 ans qu’elle découvre la Grèce et apprend la langue paternelle. L’héroïne de son premier livre Mon fil d’Ariane, ressemble étrangement à l’auteur. Elle effectue d’incessants voyages en Grèce en quête de ce père qui n’a cessé de semer outre sa culture, son originalité et son affection. L’héroïne a perdu un petit garçon nommé Yannis. Quelques années plus tard, elle va trouver refuge dans ses souvenirs d’enfance, puis dans l’histoire de son père, au travers du pays qui les unit. Comme par magie, l’enchantement qu’il lui a légué dès l’enfance fait son oeuvre au-delà de la découverte de la Grèce, de l’histoire familiale et de ses drames que l’héroïne va mettre à jour auprès des amis restés sur place. Ce premier livre est un hymne à l’amour, il nous invite à explorer les méandres de l’amour filial et maternel et le travail de deuil.
( à lire sur le lien ci-dessus)
Sylvie, voici ce que je t'écrivais, lorsque j'ai découvert ton livre pour la première fois :
Chère Sylvie,
J'ai lu et relu " Mon fil d'Ariane"... J'ai été captivée et bouleversée, certains passages sont de vraies fulgurances que j'ai eu besoin de lire plusieurs fois, pour m'imprégner de tant de belle et douloureuse émotion. Vous dites si bien l'inacceptable, l'impossibilité du deuil et ces deux vies que doit affronter une femme qui perd son enfant..
J'ai beaucoup aimé et ressenti aussi ce que vous dites de l'exil loin de la Grèce, de la vie de vos parents,de votre papa, de la mort de son frère, de votre grand-mère...
La "fugue" en Grèce, lorsque l'amour puissant pour les vivants ne permet pas de se reconstruire, de trouver sa place en ce monde. Oh fuir fuir... disparaître, trouver un refuge, un cocon protecteur, ses racines, les parfums, la lumière du pays auquel on appartient.Redevenir Femme... une autre femme. Et puis, échouer.. avec le désir de tout arrêter.
C'est un livre magnifique et bouleversant.. J'aime aussi beaucoup votre écriture incisive, simple , dépouillée et si puissante, en harmonie parfaite avec le sujet. Chaque mot a une grande charge émotionnelle.
Je relirai encore ce beau récit
Merci à vous
Pensées chaleureuses
( le 24 juin 2012)
Depuis, je l'ai relu plusieurs fois, avec toujours la même émotion... Notre destin si proche nous a encore rapprochées, et tu as su accueillir mon recueil de poèmes, "L'Âme des marées", avec tant de chaleur humaine et d'empathie.
FRuban
J'ajoute que l'on peut trouver ce livre, à la FNAC, chez Amazon... et la plupart des libraires en ligne. Vous pouvez aussi contacter Sylvie Mantafounis, sur Facebook.
https://www.facebook.com/sylvie.mantafounis?fref=ts
lundi 9 mars 2015
Nostalgie amère, par Chantal Savenier
NOSTALGIE AMÈRE.
Il disait : "Quand on met le mot « algie », cela renvoie à une souffrance. "
Et il avait répondu à un journaliste :
Qu'elle image aimeriez-vous laisser ?
Georges Moustaki. "Je ne sais pas si cela répond à votre question, mais j'ai envie de faire une fondation. Une fondation pour réunir la richesse des instruments, les partitions, les beaux objets, des réalisations que j'ai créées ou qu'on a créées autour de moi. Pour ne pas que ce que j'ai fait tout au long de ma carrière, soit dispersé. J'ai peut-être été traumatisé par ce qui est arrivé à Barbara. Quand elle est morte, tout a été dispersé. J'aimerais réunir des choses qui me tiennent à coeur aujourd'hui, non pas pour en faire des icônes, mais simplement, quand je ne serai plus là, savoir qu'elles existent. C'est une idée que j'ai depuis longtemps. Je me souviens, après la disparition de Barbara et de cette dispersion un peu choquante, Jean-Claude Brialy m'a dit : « Il ne faut pas mourir. » Voilà quelqu'un qui est parti en réglant tout avec ses proches, ses amis, le public. Il a laissé un état des lieux impeccable." (L'Humanité- 23 mai 2013)
Chantal Savenier
Photo Catherine Domain.
Chantal Savenier a écrit plusieurs ouvrages sur Georges Moustaki (voir ci-dessous). Elle a ouvert un site très riche sur cet artiste (autourdemoustaki), malheureusement en pause pour quelque temps encore.
- Chantal Savenier, Voyage ethnographique au sein d'un lexique chantant — De la symbolique de la femme et de la féminité dans la séduction Moustakienne, format : 14,8 × 21, 191 pages, Éditions Les Sentiers Écartés, 2009-
- Chantal Savenier, Moustaki, pour que ça ne tombe pas aux oubliettes, format 14,8 X 21, 147 pages, Editions les Sentiers Écartés, 2014 (ISBN 978-2-9533806-1-3)
- Sophie Delassein, La vie avec Moustaki, Éditions du Moment, 150 pages, 2014
Il disait : "Quand on met le mot « algie », cela renvoie à une souffrance. "
Et il avait répondu à un journaliste :
Qu'elle image aimeriez-vous laisser ?
Georges Moustaki. "Je ne sais pas si cela répond à votre question, mais j'ai envie de faire une fondation. Une fondation pour réunir la richesse des instruments, les partitions, les beaux objets, des réalisations que j'ai créées ou qu'on a créées autour de moi. Pour ne pas que ce que j'ai fait tout au long de ma carrière, soit dispersé. J'ai peut-être été traumatisé par ce qui est arrivé à Barbara. Quand elle est morte, tout a été dispersé. J'aimerais réunir des choses qui me tiennent à coeur aujourd'hui, non pas pour en faire des icônes, mais simplement, quand je ne serai plus là, savoir qu'elles existent. C'est une idée que j'ai depuis longtemps. Je me souviens, après la disparition de Barbara et de cette dispersion un peu choquante, Jean-Claude Brialy m'a dit : « Il ne faut pas mourir. » Voilà quelqu'un qui est parti en réglant tout avec ses proches, ses amis, le public. Il a laissé un état des lieux impeccable." (L'Humanité- 23 mai 2013)
Chantal Savenier
Photo Catherine Domain.
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| crédit photo Catherine Domain le piano de Jo Moustaki déménagé |
Chantal Savenier a écrit plusieurs ouvrages sur Georges Moustaki (voir ci-dessous). Elle a ouvert un site très riche sur cet artiste (autourdemoustaki), malheureusement en pause pour quelque temps encore.
- Chantal Savenier, Voyage ethnographique au sein d'un lexique chantant — De la symbolique de la femme et de la féminité dans la séduction Moustakienne, format : 14,8 × 21, 191 pages, Éditions Les Sentiers Écartés, 2009-
- Chantal Savenier, Moustaki, pour que ça ne tombe pas aux oubliettes, format 14,8 X 21, 147 pages, Editions les Sentiers Écartés, 2014 (ISBN 978-2-9533806-1-3)
- Sophie Delassein, La vie avec Moustaki, Éditions du Moment, 150 pages, 2014
samedi 7 mars 2015
La Nostalgie, Quand donc est-on chez soi ?, de Barbara Cassin (extrait) et deux poèmes de Spyros K
![]() |
| crédit photo Spyros K |
"Elle est retrouvée. Quoi ? L' éternité. C'est la mer allée avec le soleil" (Arthur Rimbaud)
Une île est réelle de manière bien précise. On en voit les bords, depuis le bateau, l'avion. Et depuis une île, l'horizon marin se recourbe, le soir au couchant la terre est ronde. On sait, au milieu de l'eau, qu'il y a un rivage, limite entre un dedans et le grand dehors, et que l'île est finie. Une île est par excellence une entité, une identité, un quelque chose, avec un contour, eidos, elle émerge comme une idée. Dans sa finitude, une île est un point de vue sur le monde. Une île est immergée dans le cosmos, cosmique et cosmologique, avec le ciel étoilé au-dessus de nos têtes et l'immensité de face, sensible au regard. En Grèce, en Corse, j'ai fait constamment l'expérience du cosmos, le "monde" des Grecs - "ordre et beauté", dit Baudelaire. A chaque détour du chemin, à chaque tournant, à chaque pas, le monde se recompose et se réorganise. Ce que l'oeil voit fait à l'instant même structure, l'oeil est saisi d'harmonie, avec un nouvel étonnement à chaque fois. Entre cosmologie et cosmétique, immense et limité, l'horizon renouvelle son ordonnance. Une île est par excellence un lieu.
La nostalgie d'une île. Une île est en même temps, en tant que lieu, un lieu très singulier, un lieu qui invite au départ : une île, on ne peut qu'en partir, "Ô Mort, vieux capitaine". Et l'on veut, l'on doit, y revenir. Elle détermine et aimante. On peut croire que le temps se recourbe comme l'horizon, et que l'on reviendra après tout un périple, un cycle, une odyssée.
Mais est-ce bien là que l'on revient ? Et y reste-t-on jamais ?
Barbara Cassin, in La nostalgie-Quand donc est-on chez soi ? (Editions Autrement)
******
De nombreux poètes ont exprimé cet appel de l'île, du "chez soi", comme le dit encore Barbara Cassin :
"Devant les dieux assemblés, Athéna se plaint qu'Ulysse, qu'elle protège, soit le seul à ne pas être rentré chez lui. Lui qui voudrait voir monter les fumées de sa terre, il pleure au loin et appelle la mort" (opus cité).
Ces deux poèmes de Spyros K nous disent aussi cet appel vers l'île-mère, l'île amante. L'attente et l'émotion du retour.
L'Attente... (aphorisme dominical)
L'attente est un fruit impalpable
Aux filaments jaune safran
Soudain une couleur verte s'invite
Leurre d'espoir autre réalité...
***
Ecorce dure comme un coeur en pierre
La force damnée de l'inéluctable
Oblige à obtempérer
Un jeu de miroirs nous étourdit
Comme un goût de venin sucré...
***
L'attente antichambre de l'espoir
Lèche les méandres de l'esprit
Recèle des bribes de bonheur
Aux vertigineuses vicissitudes...
***
Elle ronge les entrailles
Comme la pomme originelle
L'a été par le serpent...
Mais sait ouvrir des paradis
Erratiques tourmentés
Mais parfois si beaux...
***
Et Vrais...
Spyros K
Le sens...
Le sens du temps et celui de la vie
Les absences de chaque intempérie
Les étoiles au ciel m'ont toujours ravi
Même lorsque un rêve de vie a péri...
***
J'aime le sixième sens l' invisible
Il arrose d'espoir les chimères
Dilate les mauves hypersensibles
Habillant l'âme de la Mer...
***
Le vent qui souffle sait chuchoter
Et oriente l'esprit des songes
Mauvaises pensées qui sont ôtées
Le cerveau sait être éponge...
***
On le trouve souvent à notre insu
Le capter est si difficile
J'ai pu voir mon coeur qui sue
Palpitant de revoir son île...
***
L'amour est une conscience claire
Des hélices qui brassent le présent
Attirant l'énergie rose des éclairs
Qui illuminent les saisons...
***
Le sens est aussi aboutissement
Une fatigue qui donne de la force
Fulgurance du jaillissement
Pulpe sucrée sous l'écorce...
***
Choisir le sens...
Spyros K
Tous droits réservés
Protégé par copyright
******
De nombreux poètes ont exprimé cet appel de l'île, du "chez soi", comme le dit encore Barbara Cassin :
"Devant les dieux assemblés, Athéna se plaint qu'Ulysse, qu'elle protège, soit le seul à ne pas être rentré chez lui. Lui qui voudrait voir monter les fumées de sa terre, il pleure au loin et appelle la mort" (opus cité).
Ces deux poèmes de Spyros K nous disent aussi cet appel vers l'île-mère, l'île amante. L'attente et l'émotion du retour.
L'Attente... (aphorisme dominical)
L'attente est un fruit impalpable
Aux filaments jaune safran
Soudain une couleur verte s'invite
Leurre d'espoir autre réalité...
***
Ecorce dure comme un coeur en pierre
La force damnée de l'inéluctable
Oblige à obtempérer
Un jeu de miroirs nous étourdit
Comme un goût de venin sucré...
***
L'attente antichambre de l'espoir
Lèche les méandres de l'esprit
Recèle des bribes de bonheur
Aux vertigineuses vicissitudes...
***
Elle ronge les entrailles
Comme la pomme originelle
L'a été par le serpent...
Mais sait ouvrir des paradis
Erratiques tourmentés
Mais parfois si beaux...
***
Et Vrais...
Spyros K
Le sens...
Le sens du temps et celui de la vie
Les absences de chaque intempérie
Les étoiles au ciel m'ont toujours ravi
Même lorsque un rêve de vie a péri...
***
J'aime le sixième sens l' invisible
Il arrose d'espoir les chimères
Dilate les mauves hypersensibles
Habillant l'âme de la Mer...
***
Le vent qui souffle sait chuchoter
Et oriente l'esprit des songes
Mauvaises pensées qui sont ôtées
Le cerveau sait être éponge...
***
On le trouve souvent à notre insu
Le capter est si difficile
J'ai pu voir mon coeur qui sue
Palpitant de revoir son île...
***
L'amour est une conscience claire
Des hélices qui brassent le présent
Attirant l'énergie rose des éclairs
Qui illuminent les saisons...
***
Le sens est aussi aboutissement
Une fatigue qui donne de la force
Fulgurance du jaillissement
Pulpe sucrée sous l'écorce...
***
Choisir le sens...
Spyros K
Tous droits réservés
Protégé par copyright
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| crédit photo Spyros K |
lundi 2 mars 2015
On l'appelait Socrate, de F.Ruban
Pour toi Michel
Nous t'appelions Socrate
tant tu étais féru de grec et de littérature classique
derrière ton apparence de vieux loup de mer
A l'origine de ce pseudo des anecdotes
qui toujours me feront sourire
malgré le chagrin de ton départ
Un coeur tendre et fidèle en amitié
aimant extérioriser tes invectives
contre la bêtise et tous les conformismes
tel un capitaine Haddock au langage fleuri
Tu aimais Julien Gracq et me fis découvrir Corbière
« Au vieux Roscoff » que tu récitais de mémoire
Nous retrouver Chez Carole ou Au café du port
Affronter le vent glacial pour apercevoir
les oies bernaches à la Pointe de Pen Bron
Parler poésie et découvrir l'immense sensibilité
que tu dissimulais d'un haussement d'épaule
ou d'une grimace bougonne
Je me souviens de la semaine passée en Bourgogne
Tu voulais voir des chapelles romanes
et nous vîmes la Basilique de Vézelay...
Il pleuvait il pleuvait vite se réfugier
Refuge gastronomique Au Bougainvillier
les vins les mets nous souriaient
Tes enfants aux quatre coins du monde
et si présents en toi
Tu te livrais parfois
quelques confidences où tu disais
ta fierté tes regrets aussi
Ils étaient loin
Socrate pudeur et réserve
lorsque tu voyais partir de jeunes vies
fauchées beaucoup trop tôt
La mort nous n'en parlions pas
ou avec les yeux reflets de notre coeur
Presque un sujet tabou
Je fus heureuse et fière de t'offrir et dédicacer
« L'Âme des marées » ce recueil de poèmes
né de mes larmes et de ma colère de mère
de mes espoirs en la Vie malgré tout
C'était en novembre dernier
Comment aurais-je alors pu imaginer
La Camarde insatiable implacable
t'a désigné à l'aube du printemps Elle savait
que plus jamais nous ne serions ensemble
près de l'Océan que nous chérissons
Au revoir Socrate ami si cher
tu seras une autre Etoile qui brillera pour moi
fruban
le 1er mars 2015
Tous droits réservés
Protégé par copyright
| crédit photos fruban |
Je voudrais ajouter ce poème de Tristan Corbière (1845-1875) que Michel m'avait fait découvrir et qu'il connaissait par coeur.
Au vieux Roscoff
Berceuse en Nord-Ouest mineur
Trou de flibustiers, vieux nid
À corsaires ! – dans la tourmente,
Dors ton bon somme de granit
Sur tes caves que le flot hante…
Ronfle à la mer, ronfle à la brise ;
Ta corne dans la brume grise,
Ton pied marin dans les brisans…
– Dors : tu peux fermer ton œil borgne
Ouvert sur le large, et qui lorgne
Les Anglais, depuis trois cents ans.
– Dors, vieille coque bien ancrée ;
Les margats et les cormorans
Tes grands poètes d’ouragans
Viendront chanter à la marée…
– Dors, vieille fille-à-matelots ;
Plus ne te soûleront ces flots
Qui te faisaient une ceinture
Dorée, aux nuits rouges de vin,
De sang, de feu ! – Dors… Sur ton sein
L’or ne fondra plus en friture.
– Où sont les noms de tes amants…
– La mer et la gloire étaient folles ! –
Noms de lascars ! noms de géants !
Crachés des gueules d’espingoles…
Où battaient-ils, ces pavillons,
Écharpant ton ciel en haillons !…
– Dors au ciel de plomb sur tes dunes…
Dors : plus ne viendront ricocher
Les boulets morts, sur ton clocher
Criblé – comme un prunier – de prunes…
– Dors : sous les noires cheminées,
Écoute rêver tes enfants,
Mousses de quatre-vingt-dix ans,
Épaves des belles années…
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Il dort ton bon canon de fer,
À plat-ventre aussi dans sa souille,
Grêlé par les lunes d’hyver…
Il dort son lourd sommeil de rouille.
– Va : ronfle au vent, vieux ronfleur,
Tiens toujours ta gueule enragée
Braquée à l’Anglais !… et chargée
De maigre jonc-marin en fleur
Roscoff. – Décembre
Tristan CORBIERE
Recueil : "Les Amours jaunes"
dimanche 1 mars 2015
Ces statues que l'on assassine, par Michel Koutouzis
De tout temps les religions monothéistes (mais uniquement) s’empressaient à défigurer ou détruire les représentations des cultes qu’elles avaient vaincues. Synonyme d’absolutisme, toute religion s’empresse ainsi à faire disparaître le souvenir des croyances qui les précédaient, de les faire disparaître avec tout ce qu’elle représentaient. Culte contre culte. Les iconoclastes byzantins, puis l’Islam tardif, qui s’opposèrent à toute représentation du sacré, allèrent même plus loin, détruisant leurs propres icones et œuvres d’art, dans un élan de pureté dogmatique. Mais il s’agissait toujours d’une affirmation, certes arrogante et utopique, de l’unicité absolue du sacré, représentée par leur propre religion.
C’est relativement récent, à peine quatre siècles, le fait que toute civilisation, qu’elle soit imbue de religiosité ou au contraire laïque voir carrément athée, donne à l’art une valeur intrinsèque, libère l’art du fait religieux et lui prévoit une place à part, hors des lieux du culte. Le musée est avant tout le symbole de l’émancipation de l’art d’un rôle exclusivement sacré, c’est aussi l’espace où défile l’Histoire, sans à priori, sans exclusives, sans hiérarchie. De son côté, le musée participe au processus diachronique du savoir : c’est un accumulateur des strates historiques, de la préhistoire au présent. C’est surtout un rappel de la futilité de l’instant et des interconnections culturelles et temporelles. C’est une invitation au voyage dans l’espace et dans le temps. En d’autres termes, si les statues étaient des produits d’une religion, elles sont désormais des œuvres d’art déconnectés de l’esprit qui les créa, et, en tant que telles, elles participent au savoir et au savoir-faire des générations futures.
Les démolisseurs des statues des musées iraquiens et syriens concèdent de la spiritualité religieuse à des objets d’art qui n’en ont plus depuis fort longtemps. Entre les civilisations mésopotamiennes et la naissance de l’islam il existe un hiatus plusieurs fois millénaire. Leur seule spiritualité consiste en leur beauté, en leur témoignage de civilisations complexes perdues à jamais. Elles sont une ode au savoir faire, une accumulation de cours magistraux sur l’art, un vestige qui transcende tous les cultes, toutes les civilisations pour glorifier l’homme technicien, l’homme artiste et, dans une certaine mesure, l’homme libre qui joue des formes et des volumes pour s’émanciper de la tyrannie du pouvoir. Peut-être que les démolisseurs de statues n’on rien à faire de l’Histoire, qu’il leur est indifférent de savoir comment vivait-on en Mésopotamie plus de trois millénaires avant Mahomet, comment on faisait la guerre, comment on construisait des maisons ou des palais. C’est en ce sens qu’ils sont des barbares. Ils ne vivent que pour l’instant, voyant du sacré partout, ayant peur de tout, idéalisant des époques et des pouvoirs, qui, en leur temps, protégeaient ces statues, tout en continuant bâtir, à peindre, à représenter le prophète, à raconter des histoires qui font partie, elles aussi - et malgré leurs efforts mortifères -, du patrimoine de l’humanité toute entière.
Si personne ne leur a jamais demandé comment ces œuvres d’art ont survécu tous ces millénaires, on devrait tout de même leur indiquer que l’aventure de ces statues vient de loin, et qu’elles existeront bien après le temps où eux-mêmes et leur stupidité ne seront même plus un affreux souvenir.
Mais c’est peut-être cette certitude qu’ils essaient de briser en assassinant des statues par définition immortelles.
Michel Koutouzis
http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-koutouzis/280215/ces-statues-que-l-assassine
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