vendredi 26 mai 2017

Chopin, poème de Stratis Pascalis



Chopin


Angoisse de captif d'un miroir terni qui ne peut sortir
Tulle d'araignée de paradis
Lyre de poussière d'étoiles dont Gabriel joue devant une Vierge
en nuages roses
Et le Romantisme plongé à vie dans une prison dorée.
Vers traduit en notes abstraites
Cercueil flottant que traînent des cygnes entre des nénuphars de pierre
Mélancolie en blanc et noir __ nature morte aux pilules de perle,
rosaire blanc sur l'ébène d'une table de psychanalyse.
Cris sans matière au-dessus de tombeaux de blessures
Délices d'orchestre de jardins fleuristes très obscurs
Effleurements infimes de touches dissonantes
Naufrages engloutis s'agitant douloureux tentacules sous la surface
d'un Océan violet
Et une sirène pleure se sentant à demi humaine soudain.
C'est le récit perdu dont seule subsiste la musique.


Stratis Pascalis
in, Saison de paradis
éd Al Manar p 17, avec encres de Jean Anguera
traduit du grec par Michel Volkovitch



Martine Cros, peint d'après Chopin de Delacroix
(Chopin impressionniste)


A voir sur le site des éditions AL MANAR







D'autres poèmes sur le site de Michel Volkowitch




vendredi 19 mai 2017

Aube espérance ___ malgré, poème Françoise Ruban









crédit photos fruban








Aube une espérance
                                  ___   malgré




Le soleil s'enfuit _____ chassé par les nuages lourds de pluie
Au petit jour ses feux allumaient l'horizon à peine sorti de la nuit
Tu te nourris de lumières de rêves annoncés
Tu t'efforces d'oublier les menaces


Haine violence dans les cœurs
prisonniers d' egos sectaires
sur les réseaux de la planète vite propagés


Aube ton ciel épouse les rumeurs du monde
Planète indomptée reflets de tant de beauté
par la folie des hommes menacée
Eteindre les radios
_____ sur les sentiers escarpés partir solitaire


Portés par le souffle léger du vent de mai
baisers et Soleil en prime
Fil tissé de tendresse boucle ouverte
à la beauté l'amitié
_____ à notre Amour


Ne plus lire les invectives d'abrutis revanchards
prompts à arroser de leur fiel le miel et l'amour
au nom de leur vérité


Tu écoutes les poèmes des hirondelles qui dansent
le chant amoureux et mélancolique du rossignol
______ des mots beaux comme ses caresses sur ta peau
Sa main serrée dans la tienne.


©fruban

12 mai 2017

Tous droits réservés
recueil en cours



















jeudi 18 mai 2017

Mai au jardin











                                                        Mai au jardin


J'ai très souvent parlé du tout premier printemps. Quand on sort de longs mois noirs. Premières notes colorées au sol, sous les arbres encore nus et décharnés. Peu du mois de Mai.

La fin de ce renouveau, juste avant le Solstice, offre bien des charmes. Le réveil des oiseaux de jour comme de nuit, caresse mon oreille et fait sourire mon cœur. La promesse des fruits, ou leur absence, se dessine comme une évidence.
Les narines frémissent aux parfums subtils de la julienne des jardins, des glycines qui s'attardent. Et cette odeur enivrante, nourricière, de l'herbe après la pluie. Sans oublier les premières roses, bien longues à s'épanouir cette année.
Les ravages des gelées tardives peignent en rouille les jeunes feuilles trop tendres. Des taches sombres recouvrent le sol, cachent l'herbe drue et poussante. Comme dernière salissure de l'hiver qui s'accroche.
Le merle moqueur encore amoureux. Tandis que batifolent les hirondelles, entre deux becquées à leur première nichée. Par centaines ronronnent les abeilles sur les buissons fleuris, prélevant le précieux nectar pour nos boissons chaudes du prochain hiver. Elles s'attardent ici ou là, alchimistes d'une saveur inédite.
Assise à l'ombre du noisetier, je lève les yeux vers le bleu si pur que j'en suis éblouie. A mes pieds, les pâquerettes se dressent fières, là où se sont éteintes les violettes. Et toujours le merle ! Siffle mon ami de Mai !
Le gingko m'attriste. Ses bras décharnés recouverts de petits chiffons roussis. Combien de jours avant que n'apparaissent de nouveau leurs élégantes feuilles en forme de cœur... Figuier, noyer, ont subi le même sort.

fruban

16 mai 2017


crédit photos fruban



crédit photos fruban 


jeudi 11 mai 2017

Une nuit avec Léo Ferré, France Culture

Léo Ferré lors de l'enregistrement d'une émission de Jean-Christophe Averty sur FR3 en 1989.• Crédits : Ginies - Sipa

France Culture










Retour en 1988 le 1er janvier sur France Culture, cette nuit est consacrée à Léo Ferré... Ses amis étaient présents autour de lui pour écouter les chansons de Léo et pour parler de son oeuvre et de sa vie. Cette archive exceptionnelle, de près de six heures est rediffusée pour fêter le centenaire de la naissance de Léo Ferré né le 24 août 1916.

"Avec le temps... Spécial Léo Ferré", dans cette émission l'occasion est donnée à Léo Ferré de retracer, avec ses amis (peintres, poètes, philosophes, hommes politiques, musiciens,...) une époque et une oeuvre, avec la participation de Maxime Le Forestier, Jean-Pierre Chabrol, Jacques Attali, Jean-Claude Casadesus, Jean Vasca, Francis Claude, Anne-Marie Houdebine, Paco Ibanez. Léo Ferré donnait un très long entretien entrecoupé d'archives d'actualités sur les anarchistes, la guerre d'Espagne, les congés payés et Léon Blum, etc.

Oeuvres de Léo Ferré entendues au cours de l'émission : Le Mal aimé (2'20) / (enregistrement 1957, bande appartenant à Léo Ferré), Avec le temps (5'25), Graine d'ananar (2') avec Jean-Pierre Chabrol, Le Flamenco de Paris (3'20), Le Bateau espagnol (4'30).

Par Louis-Jean Calvet et Marc Legras
Avec Léo Ferré, Jean-Michel Boris, Jean-Claude Casadesus, Jean-Pierre Chabrol, Jacques Attali, Francis Claude, Maxime Le Forestier, Anne-Marie Houdebine, Paco Ibanez, Sapho, Catherine Sauvage et Jean Vasca
Réalisation Claude Guerre
Avec le temps - Une nuit avec Léo Ferré
1ère diffusion : 01/01/1988
Indexation web : Sandrine England, documentation sonore de Radio France
Intervenants

Léo Ferré
Maxime Le Forestier : Artiste interprète
Michel Serres : philosophe, épistémologue, membre de l'Académie française
Jean-Claude Casadesus : Chef d'orchestre
Sapho

France Culture

samedi 6 mai 2017

Ruwen Ogien, philosophe (France Inter et France Culture)

Ruwen Ogien en 2012 Crédits : Foc Kan/WireImage - Getty




Ruwen Ogien, décédé le 4 mai 2017



vendredi 5 mai 2017, par Laure Adler

Intimement vôtre avec Patrick Autréaux et Ruwen Ogien

L’un, refait à l’envers le chemin qui l’a conduit de la médecine, puis de la maladie, à la littérature. L’autre se demande si l’on peut philosopher en souffrant d’un cancer.





France Inter



En hommage au philosophe Ruwen Ogien, nous vous rediffusons l'émission du 17 mars 2017, dans laquelle nous recevions Ruwen Ogien et Patrick Autréaux.

Choix musical de Ruwen Ogien : Grand Corps Malade avec Funambule

Archives :

Archive Ina (non datée) : Gaston Bachelard s’exprime sur les relations entre la philosophie et la science
Archive Ina du 4 janvier 2001 : Susan Sontag parle des intentions d’écriture de son livre "La maladie comme métaphore" au micro de Chantal Thomas
Générique : Veridis Quo, Daft Punk


Ecouter aussi sur France Culture

ICI


Ruwen Ogien avait fait de son "cancer capricieux, chaotique" le point de départ de son dernier essai, Mes Mille et Une Nuits (Albin Michel), publié début 2017. Cette maladie qu'il décrivait comme une "bouffonnerie sociale" a fini par le tuer, le philosophe moral élève de Jacques Bouveresse en est mort ce jeudi après une vie marquée par la pensée de la liberté.

Jusqu'au bout, Ruwen Ogien aura lutté contre ce "dolorisme" qu'il critiquait dans son livre, décrivant la maladie comme tension entre un drame intime et une comédie sociale, refusant les injonctions morales faites au patient, assigné à la souffrance, à la quête intime voire à la résilience. Cet essai intime, original, mêle description du quotidien haché par la douleur et analyse des relations mises en scène, faussées par la maladie. Avec, toujours, cet humour joyeux qui accompagne la réelle liberté. Il était l'invité de la Grande table en février dernier, pour l'un de ses derniers passages dans les médias.


Lire aussi dans Télérama





« Faire durer le suspense comme Shéhérazade, en évitant de me mettre à dos les soignants, c'est le mieux que je puisse espérer, si j'ai bien compris la nature de ma maladie. »


J'ai commandé ce livre que j'ai grande hâte de lire , FR


La Grande Librairie






mercredi 3 mai 2017

Mon nouveau recueil, Chorégraphie de cendres

Je l'avais annoncé plusieurs fois, il est arrivé !
Mon nouveau recueil : Chorégraphie de cendres, éditions épingle à nourrice

Chorégraphie de cendres










Pour le commander, vous pouvez le faire ici, en m'envoyant un mail (contact) . Vous pouvez aussi vous adresser à la maison d'édition (liens ci-dessus).

lundi 1 mai 2017

La mort viendra et elle aura tes yeux, Cesare Pavese







Cesare Pavese (1908-1950)

La mort viendra et elle aura tes yeux –
Cette mort 
qui nous escorte
Du matin au soir, et jamais ne s'endort,
Aussi sourde qu'un remords ancien
Ou un vice absurde. Tes yeux
Seront une parole vaine,
Un cri étouffé, un silence.
Ainsi les vois-tu chaque matin
Quand sur toi seule tu te penches
Dans le miroir. Ô chère espérance,
Ce jour-là nous saurons nous aussi
Que tu es la vie et que tu es le néant.
Pour tous la mort a un regard.

La mort viendra et elle aura tes yeux.
Ce sera comme répudier un vice,
Comme voir dans le miroir
Resurgir un visage mort,
Comme écouter des lèvres closes.

Nous descendrons au fond du gouffre, muets.

Traduit de l'italien par Joël GAYRAUD





PAVESE, Cesare - La mort viendra et elle aura... par Gilles-Claude



Le métier de vivre de Pavese, par Jean-François Foulon ICI


Poèmes



Je passerai par la place d’Espagne.
Le ciel sera limpide.
Les rues s’ouvriront
sur la colline de pins et de pierre.
Le tumulte des rues
ne changera pas cet air immobile.
Les fleurs éclaboussées
de couleurs aux fontaines
feront des clins d’oeil
comme des femmes gaies.
Escaliers et terrasses
et les hirondelles
chanteront au soleil.
Cette rue s’ouvrira,
les pierres chanteront,
le coeur en tressaillant battra,
comme l’eau des fontaines.
Ce sera cette voix
qui montera chez toi.
Les fenêtres sauront
le parfum de la pierre
et de l’air du matin.
Une porte s’ouvrira.
Les tumultes des rues
sera le tumulte du coeur
dans la lumière hagarde.
Tu seras là – immobile et limpide.

28 mars 1950.

Cesare Pavese
 (Santo Stefano Belbo, Cuneo, 9 septembre 1908 – Turin, 27 août 1950),
in, le recueil Travailler fatigue.



Poème retrouvé sur la table de chevet de Cesare Pavese (9 septembre 1908 – 26 août 1950) après son suicide.

La mort viendra et elle aura tes yeux -
cette mort qui est notre compagne
du matin jusqu’au soir, sans sommeil,
sourde, comme un vieux remords
ou un vice absurde. Tes yeux
seront une vaine parole,
un cri réprimé, un silence.
Ainsi les vois-tu le matin
quand sur toi seule tu te penches
au miroir. O chère espérance,
ce jour-là nous saurons nous aussi
que tu es la vie et que tu es le néant.

La mort a pour tous un regard.
La mort viendra et elle aura tes yeux.
Ce sera comme cesser un vice,
comme voir resurgir
au miroir un visage défunt,
comme écouter des lèvres closes.

Nous descendrons dans le gouffre muets.




Verrà la morte e avrà i tuoi occhi-
questa morte che ci accompagna
dal mattino alla sera, insonne,
sorda, come un vecchio rimorso
o un vizio assurdo. I tuoi occhi
saranno una vana parola,
un grido taciuto, un silenzio.
Così li vedi ogni mattina
quando su te sola ti pieghi
nello specchio. O cara speranza,
quel giorno sapremo anche noi
che sei la vita e sei il nulla

Per tutti la morte ha uno sguardo.
Verrà la morte e avrà i tuoi occhi.
Sarà come smettere un vizio,
come vedere nello specchio
riemergere un viso morto,
come ascoltare un labbro chiuso.

Scenderemo nel gorgo muti.




Article de Catherine Réault-Crosnier (1998), extrait

Cesare Pavese est plus connu comme romancier et auteur noir mais il s’est voulu d’abord poète : son premier et son dernier livre sont des livres de poésie, un peu comme si la poésie pouvait cerner toute sa vie.

On comprend très bien le pessimisme de l’auteur lorsque l’on sait qu’il a perdu son père quand il avait six ans, qu’il a été élevé par sa mère, femme très stricte. Cesare Pavese a toujours eu du mal à vivre et on retrouve cette tendance dans tous ses écrits.

Il aurait pu perdre son pessimisme s’il avait pu trouver l’amour de sa vie mais il a seulement cru le trouver en la personne d’une actrice américaine qu’il a rencontrée à Rome en 1950, Constance Dowling. Celle-ci l’abandonne et il se suicidera la même année, en 1950, après avoir écrit sa dernière œuvre, "La mort viendra et elle aura tes yeux", recueil poétique dont le titre est très explicite et Cesare Pavese ne fera pas que de dire qu’il veut mourir ; il mettra son projet à exécution.

Son premier livre publié "Travailler fatigue", est paru en 1936. C’est une sorte d’autobiographie stylisée où les silences eux-mêmes nous parlent. Pour l’auteur, il faut travailler pour vivre mais il n’est pas sûr de tenir à la vie. Il assimile le travail à une tâche ingrate qui fatigue.



Ses œuvres poétiques :

Avant la parution de ce livre, Cesare Pavese avait déjà écrit des poèmes à l’âge de 21 ans (1928-1929). Ce sont des poèmes du désamour. Il a choisi d’abord d’écrire en vers libres puis il façonne son propre vers, à sa manière (13 syllabes, 4 accents).

Il publie ensuite "Le métier de poète" en 1934 puis "Travailler fatigue" en 1936 puis un recueil qui s’échelonne sur dix ans (1930-1940), "Le métier de vivre".

Son dernier recueil "La mort viendra et elle aura tes yeux" sera publié à titre posthume, un an après sa mort, c’est-à-dire en 1951. Ce livre n’a été écrit que pour Constance Dowling.

Comme je l’ai déjà signalé, Cesare Pavese est surtout romancier. Il a en particulier écrit "Le bel été" (1940), "Le diable dans les collines" (1948), "Entre femmes seules" (1949). On retrouve aussi dans ses romans, l’importance des paysages, l’enfance révolue et le pessimisme latent.

Catherine RÉAULT-CROSNIER a obtenu pour cet article, le prix international de l’essai Cesare Pavese de l’Union Mondiale des Écrivains Médecins, en 1999.

.Voir l'article entier  ICI


dimanche 30 avril 2017

Que faire...

Que faire...
Continuer le p'tit train-train habituel autour de la Poésie ?
Poster de belles photos, de belles musiques ?
Ne plus parler de ces élections ?
Avoir envie de vomir en faisant défiler à vive allure un fil d'actualité ?
Faire une longue pause ? Fermer définitivement ce compte ?
Tout cela me trotte dans la tête...
Et puis, je me dis que ce serait lâche, alors que la France est au bord du gouffre.
Alors que les abstentionnistes et les bulletins blancs persistent et signent.
Oui, je me moque des menaces, des insultes, des "amis" qui me virent.
Oui, je le redis : JE VOTERAI MACRON, sans plaisir mais sans la moindre hésitation !
Non, Le Pen et Macron ce n'est pas bonnet blanc et blanc bonnet !
Ce qui se dessine à l'horizon, les nihilistes, les populistes, de tous poils, l'ignorent - font semblant de l'ignorer - lorsque ça les arrange.
Je le comprends chez les plus jeunes qui ne connaissent pas l'Histoire.
Je le comprends chez les plus démunis, abandonnés depuis des années, qui croient aux "bonnes paroles" de ceux qui ne sont intéressés que par le pouvoir.
Je le condamne chez tous ceux qui savent, qui manipulent, qui se moquent des défavorisés comme ils se moquent des réfugiés.
Ces mots écrits d'un seul jet (pas le temps de rédiger un bel article ! ) pour exprimer ma profonde tristesse, ma colère, mon cri de femme libre.


fruban, 29 avril 2017

mardi 25 avril 2017

La fascination de l'horreur, de Cristian Ronsmans







photo Cristian Ronsmans


La fascination de l’horreur



Quand la désespérance gagne le cœur, quand celle-ci atteint les sommets d’une profondeur insondable, au-delà des limites du supportable, alors la fascination pour l’horreur, que la morale saine se refuse cependant, elle provoque une sensation de vertige auquel on ne peut échapper.
Quand le corps, l’âme et l’esprit ne peuvent plus résister à cette désespérance, telle un tourbillon qui entraîne le désespéré vers les fonds de l’abîme, un goût morbide envahit l’être avec son envie mortifère d’aller jusqu’au bout de l’horreur, comme un joueur de poker, désespéré de son jeu fait tapis, "pour voir".
La force morale n’existe plus. La tentation d’en finir devient la psychose d’une âme égarée qui veut partager son infortune, cette envie meurtrière d’entraîner le plus grand nombre de ses semblables
Le suicide collectif ou non est souvent à ce prix.
Cette fascination pour l’horreur, un peuple l’a connue, et s’y est plongée avec un délice extatique qui eut les conséquences que l’on sait pour le monde de cette époque jusqu’à nos jours, encore récents, où elle commence doucement à s’en remettre..
Il semble bien qu’aujourd'hui, un corps de 65 millions d’âmes soit tenté par le renouvellement de ce type de suicide collectif.
Si tel est le cas qui se profile, la chute vers les abîmes de l’enfer deviendra inévitable. Il faudra une force mentale et morale extraordinaire, une force inévitablement venue de l’extérieur pour sortir le désespéré, ou ce qu’il en restera, des entrailles du monstre.
Auriez-vous l’audace de penser que la compassion de l’autre monde qui vous regarde, affligé, sera de si tôt au rendez-vous ? N'y comptez pas trop.
Car l’envie de condamner le fou désespéré, de le séparer de la société saine afin d’éviter toute contagion, risque fort de l’emporter sur la compassion, qui , je le crains, ne viendra jamais.
Ne vous leurrez pas. Nos choix font et fondent notre réelle identité. On n’a, en conséquence, que le destin que l’on se forge. Cette loi est valable pour les faibles comme pour les forts.
Qu’on le veuille ou non, qu’on se dupe ou non, le passage par les ténèbres est une épreuve inévitable, incontournable dans toute vie humaine.
L’issue que nous trouvons pour sortir de cette épreuve est la résultante d’une grande volonté, indexée à une force morale forte, hors normes. C’est une condition indispensable pour se dépasser soi-même. Le pire est le refus de l'obstacle. Refuser de l’affronter se paie cher, car la lumière qui illumine le cœur prend alors augmente la distance qui nous en sépare jusqu’à disparaître à jamais.
Et plutôt que de se dépasser, c’est la régression comme une damnation éternelle qui prend le pouvoir sur nous !!
Nul ne pourra se défausser. On ne s’ampute pas de notre bras qui portait le couteau du crime pour s’en exonérer. Nous serons tous coupables, tous responsables sans la moindre exception et moi plus que tout autre.

© Cristian Ronsmans

le 25 avril 2017



Cristian Ronsmans est l'auteur d'Ostraka, publié aux Editions du Pont de l'Europe.

"Au fil des années, Cristian Ronsmans a rempli des carnets de notes et de pensées dont le livre Ostraka constitue un premier jaillissement. / La compassion est une faiblesse de caractère. La pitié en est l’étendard. Le fort s’en garde avec prudence. En contrepartie, il n’y a aucune contrepartie. Nada, que dalle, peau de balle et balai de crin ! En fait, l’absence de compassion, due au vide sentimental, qui en est la source, procure une joie qu’on a le plaisir de ne partager qu’avec soi. Malheur au faible qui ne mérite pas qu’on s’attarde une seconde sur sa misérable personne et ses appels incessants à l’altérité, altruisme, partage, machin, truc et autres billevesées humanistes du même cru. En revanche, il n’est pas interdit et même conseillé au fort, d’user de la feinte. Feindre le sentiment pour mieux duper le faible vous permet d’exploiter toutes les ressources de celui-ci, si tant est qu’il en a, et de vous en débarrasser ensuite sans autre forme de procès.
 Ostraka (Extrait) - Cristian Ronsmans " (en quatrième de couverture)